Akasha
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Samir

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le Ven 30 Mar - 15:38
Rechercher le passé pour comprendre le présentLe vrai danger de la connaissance est de rendre l'esprit plus grand que sa cage.
An 1000, Bibliothèque d'Akasha

Il ne me semble pas vraiment être connu pour ma propension à la procrastination,  pourtant cela fait un temps fou que je repousse une certaine tâche au lendemain. Depuis qu’Isil – paix sur lui – nous a appris le double visage des Astres et l’existence d'un héritier du Vide, je repense à toutes les histoires et légendes que l'on m'a apprises dans mon enfance. J'ai beau me creuser les méninges et retourner chaque conte dans ma tête jusqu'à m'en donner le tournis, je n'en retrouve aucun indice. Je dois me tromper, j'en suis presque sûr. Il est impossible que nul dans le royaume ne soit au courant. Plus le temps avance, et plus je me persuade que je trouverai réponse à cela dans la bibliothèque si célèbre d’Akasha. Malgré cela, j'ai eu bien du mal à me résoudre d'y entrer. Je me répète avec mauvaise foi que des raisons pratiques m'ont empêché de le faire – le chaos de la première année, mes obligations personnelles et professionnelles, tout cela m'a bien gardé occupé. Au fond de moi, je sais cependant que je me mens. J'ai plutôt peur de la réponse que je risque de trouver, quelle qu'elle soit.

Aujourd'hui est mon jour de repos, il pleut, je n'ai rien de mieux à faire que de feuilleter de vieux livres. J'ai donc pris mon courage à deux mains pour me donner de l'élan, et me voilà sur le chemin de l'imposant bâtiment qui contient toutes les archives du royaume. Il pleut à torrent, les rues sont désertes sauf pour quelques domestiques qui n'ont pas pu couper à leurs tâches et les gardes de la villes qui cherchent abri sous les porches. Je les salue en passant, reconnaissant un certain nombre de visages qui n'ont pas changé depuis que j'ai quitté leurs rangs. Je ne m'arrête cependant pas pour parler. Cela fait déjà un an ou presque, mais quelque part j'ai toujours un peu peur des questions qu'on  pourrait me poser. La plupart de mes anciens camarades sont assez futés pour se douter qu'il y a anguille sous roche quelque part et je ne veux pas me retrouver dans une situation où je serais obligé de leur mentir – je leur dois bien cela.

J'arrive sur le parvis de la bibliothèque, et en pousse la grande porte. Dans le sas je vois les quelques vêtements laissés par ceux qui comme moi ont bravé la météo pour venir mener des recherches. J'y laisse mon manteau et mon turban avant qu'ils ne détrempent toutes les couches de tissu que je porte, et j'entre dans la bibliothèque elle-même. Ce n'est pas la première fois que jy viens, j'avais déjà visité cet imposant édifice peu après mon arrivée à la capitale. L'immensité de la pièce principale m'avait alors coupé bras et jambes, moi qui n'étais jamais sorti de mon village natal avant. Aujourd'hui encore j'en ai le souffle coupé, et prends quelques minutes pour tourner sans but et m'habituer à l'endroit.
Une fois mon premier tour fait, je commence à chercher ce qui m'intéresse aujourd'hui. Après avoir fait une deuxième fois le tour du lieu, je me rends à l'évidence: je n'ai pas la.moindre idée de comment trouver quelque chose ici.
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Àliya

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le Dim 1 Avr - 0:22


Les jours précédant avaient été chauds, lourds. Etouffants presque. Une moiteur patente s’était installé dans les rues de la ville et une tension électrique nous liait les uns les autres, à l’instar d’une chaîne composée d’arcs hachés et bondissant. Et si je bénissais chaque jour ma position et mon lieu de travail pour son incroyable fraîcheur, je fus tout autant soulagé, sinon plus, quand un bruit sourd déchira le ciel. Les gouttes avaient commencé à tomber, épaisses et lourdes, avant de se transformer en torrent, jaillissant de toute part, incapable de se frayer un chemin dans le sol trop sec. C’était comme si la terre elle-même refusait ce divin présent. Ou qu’elle fut alors offensée, tant elle avait fait preuve d’ingéniosité pour survivre sans eau. Quoi qu’il en soit, la pluie avait fait ressortir un parfum d’ozone, de géosmine et surtout, de petrichor. Cette odeur si caractéristique m’était plaisante et je prenais plaisir à ouvrir les fenêtre pour m’en délecter. La moindre goutte qui tombait exhalait plus que la précédente. C’était comme si les rues étaient épaisses, texturés d’une senteur puissante et aromatique.

La bibliothéque avait beaucoup servi de refuge contre la chaleur ces derniers jours, mais avec la pluie, la plus part des habitants eurent à cœur de rester chez eux, pour profiter de ce salut temporaire. Et si l’endroit offrait un confort certain face à une canicule, ce n’était en revanche, pas l’endroit le plus réconfortant après une rincée. Aussi avais-je décidé de venir en aide à mes bibliothécaire, laissant de côté quelques heures durant, les contraintes administratives et harassante qu’incombait à ma nouvelle fonction. J’aimais beaucoup me balader dans la bibliothèque. L’odeur de parchemin, de cuir relié, de poussière aussi parfois, de résine et d’encre était une délectation de chaque instant. Il faisait souvent sombre, c’était rendu flagrant par l’orage d’aujourd’hui et la noirceur du ciel, et l’éclat des lampes sur les tables s’apparentaient à petits feux de joie. Cette ambiance était propice pour mes réflexions, qu’elles concernent mes doutes, mes remises en questions ou mes choix.

J’avais une haute pile de livre dans les bras, que je vins déposer avec douceur sur le comptoir de la secrétaire de l’établissement. Il s’agissait de livres d’histoires, denses et renseignés, que l’on laissait en consultation libre, à condition qu’ils demeurent entre ses murs. Aussi, de temps à  autres, il fallait faire un tour pour les ranger. Et même si j’apprenais vite, l’endroit était immense, je n’étais pas encore familière de tous les rayonnages, et j’avais besoin de quelques renseignements. Je m’entendais somme toute, assez bien avec l’ensemble de mes collègues. Polie et courtois, nos échanges pouvaient également se montrer assez chaleureux. Ma position concernant Ren était forcément connue de l’ensemble du personnel, aussi essayé-je de détacher cet aspect de ma qualité d’archiviste et de mes compétences. Je fouinais dans les papiers du bureau pour trouver l’allée et les rayonnages adéquates quand j’entendis ma collègue s’éclaircir la gorge pour interpeller quelqu’un.


«  - Excusez-moi…Cela fait plusieurs fois que vous passez par ici…Désirez-vous un renseignement ou une indication ? »

Levant les yeux, je pus constater qui était l’individu légèrement égaré, et au vue de son allure, de sa démarche, je compris aisément que cet endroit ne devait pas être son lieu de prédilection. Je me redressais, ayant trouvé l’information que je cherchais, la griffonnant sur un morceau de papier, avant de poser ma main sur l’épaule de ma secrétaire.

« - Laissez, je vais m’en occuper. Je fis le tour de comptoir pour récupérer ma pile de livre avant de m’approcher de l’inconnu. Si vous souhaitez m’expliquer ce qui vous amène en ces lieux, chemin devisant, je me ferais un plaisir de vous apporter mon aide. J’ai à faire dans les rayonnages, et même si je suis nouvelle en ces lieux, je crois pouvoir dire que deux esprits avisés feront toujours d’avantage qu’un seul. »

Je lui offris un sourire franc et poli, avant de l’enjoindre à me suivre d’un signe de tête.


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Akasha
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Samir

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le Mar 3 Avr - 19:59
Rechercher le passé pour comprendre le présentLe vrai danger de la connaissance est de rendre l'esprit plus grand que sa cage.
Je me lance dans une recherche aléatoire, puisque je n'ai pas d'autre idée de comment m'y prendre. Je me doute que je n'ai que peu de chance de trouver ce que je veux dans ce labyrinthe de livres en m'y prenant de cette manière. Déjà, si j'avais une idée précise d'un livre qui répondrait à mes questions, je pense que cela serait plus facile, mais malheureusement je n'ai pas encore ce luxe. Ce que j'espère, de manière à mon avis plus réaliste, c'est qu'en tournant au hasard dans les rayonnages j'arrive à me rendre compte du système de classement utilisé: il y en a forcément un, aucune personne saine d'esprit ne pourrait travailler ici sans cela, et j'ai déjà repéré plusieurs personnes qui me semblent être des bibliothécaires.

Après ce qui me semble avoir été des heures et des heures – mais qui réalistement ne pouvait être plus d'une quinzaine de minutes, j'entends quelqu'un s'éclaircir la gorge derrière moi. Absorbé dans mon analyse laborieuse de la logique du lieu, je m’écarte d'un pas, pensant que je gêne une personne qui elle sait ce qu'elle cherche et où cela se trouve. Cependant je l'entends interpeller quelqu'un, et sa description me correspond bien: c'est effectivement au moins la troisième fois que je passe devant L’Histoire de la Fondation du Royaume d’Aap, dont je n'arrive pas à me défaire puisqu'il me semble si proche en thème de ce que je recherche. Il me semblerait tellement logique que l'équivalent concernant Akasha ou l'ensemble des royaumes se trouve à proximité…

Je me retourne vers elle, un sourire contrit aux lèvres. Je crois qu'il est temps d'abandonner ma fierté clairement déplacée qui me pousse à me débrouiller seul. Cependant, je n'ai pas le temps de lui expliquer mon problème que ma sauveuse providentielle est interrompue par l'une de ses collègues. Celle-ci se propose même de m'accompagner. Finalement, peut-être les Astres sont-ils bien avec moi aujourd'hui. Je m'incline légèrement en guise de salut.

Si cela ne vous ennuie pas. Je crains effectivement d'avoir besoin de votre aide. Je suis à la recherche d'un ouvrage concernant l’apparition des gemmes et des premiers souverains. J’avais la sensation que je pourrais trouver cela par ici mais force est de constater que je me suis trompé.

Je jauge d'un coup d'oeil la pile de livres qu'elle tient dans ses bras, et la juge un peu trop volumineuse et lourde pour un être humain normalement constitué. Et comme je n’ai pas l’impression d’avoir affaire à une bûcheronne, je me propose de la décharger un peu.

Si nous devons explorer l’endroit ensemble, laissez-moi au moins vous aider à transporter ces livres, que je me rende utile.
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Àliya

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le Mer 18 Avr - 11:19

La voix du soldat, car il ne faisait plus de doute à présent que c'était là sa vocation, m'apparut comme agréable, avec une pointe de lassitude. De la fatigue ? De la peine ? J'étais incapable de le dire. Et tandis que je l'écoutais formuler sa demande, mon subconscient se mit en branle pour moi, retraçant les allées, les contres allées et les classements de la bibliothèque, jusqu'à cibler les quelques endroits les plus adaptés. Je marqua un temps d'arrêt, me retournant en remerciant d'un sourire poli mon interlocuteur, laissant glisser quelques uns des grimoires dans ses bras, avant de reprendre ma marche.


" - Vous n'avez pas à vous rendre utile ici, vous savez. C'est mon travail ça. Mais j'apprécie votre sollicitude. L'apparition des gemmes donc. Nous l'avons classés avec tout ce qui touche de prêt ou de loin à nos mythologies et nos spiritualités. Les légendes sont des leçons, en elles raisonnent la vérité. Il est toujours délicat, à mon sens, de dissocier mythes, religions et histoire. Ils sont tous intrinsèquement lié, évoluant de concert sur une toile encore plus vaste, permettant des ponts, d'établir des connexions."

L'endroit était plus serein, comme à l'accoutumé et levant les yeux sur notre immense verrière, je pouvais apercevoir les gouttes qui s'éclataient invariablement sur le verre, ruisselant de toute part, torrent d'énergie, le ciel déversant sur le monde, un trop plein de tristesse. Un léger frisson me parcourut et je secouais la tête, reprenant mon chemin. De temps à autres je fis quelques crochets et détours pour déposer mes livres, débarrassant  l'imposant jeune homme qui m'accompagnait. Je profitais de ces instants pour mieux détailler Samir, qui m'apparaissait comme quelqu'un de tempéré à qui l'on devait aisément accordé sa confiance. Je ne m'étais pas attendu à voir des gardes en ces lieux, compte tenu de tous les troubles qui nimbait encore Akasha d'une aura grisâtre, lourde.

Et il fallait falloir un certain nombres d'années avant que les choses ne changent, cela ne faisait aucun doute à présent. Soupirant, je marqua une halte alors qu'il me fallait emprunter une échelle de bois pour ranger les derniers ouvrages en hauteur. De la haut, je pouvais jeter un regard d'ensemble sur la bibliothèque, et parfois me semblait il, sur le monde. C'était ça, l'exact effet que prodiguait celui qui savait acquérir la connaissance et le savoir. Se tenir au dessus de tous les concepts faussement bien pensant, des préconçus, des idées reçues. De pouvoir visualiser l'ensemble du monde, d'en appréhender les liens et les ponts, tout en acceptant qu'il y a toujours plus derrière l'horizon, que nous ne sommes capables de voir. Je descendis avec légèreté et offrit un sourire sincère au soldat.


"- Alors dites moi, parce que le sujet est vaste n'en doutez pas, les gemmes et leur apparitions....C'est pour une réflexion en particulier ? Peut être que si vous m'en disiez plus sur votre travail de recherche, je pourrais vous aider à cibler un peu plus les ouvrages dont vous avez besoin.  Et ce sujet fait encore plus sens à l'heure actuelle, que l'on ne veut bien l'admettre. Je serais assez curieuse de savoir ce qui amène un soldat sur pareil terrain d'exploration."

En quelques secondes, une ombre passa sur mon visage, et la lumière qui d'habitude, émanait des traits fins de mes expressions, s'altéra. Le savoir était une charge lourde à porter, qui bien souvent, nous enjoignait à la solitude. Une solitude froide, à contempler les abysses jusqu'à ce qu'eux même, finissent par nous contempler. Nous finîmes par déboucher sur une alcôve,  un peu en retrait,  avec une table de travail au centre. Cette partie aurait nécessité un petit coup de neuf, à n'en pas douter.  Je fis glisser ma main sur le bois de la table, tapotant négligemment du bois de mes doigts.

" - Nous y sommes. C'est encore vaste, mais vous êtes au bon endroit. Mais avec tout ceci, j'ai oublié de me présenter. Je me prénomme Àliya. Et vous ?"


Je lui tendis la main avec courtoisie, après m'être incliné poliment, comme de coutume dans ma région natale.



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Samir

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le Jeu 19 Avr - 18:25
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Je souris, amusé. Si elle me connaissait, elle saurait qu'il est futile de penser que je pourrais rester les bras croisés à ne rien faire pendant que quelqu'un travaille à côté de moi. La suite de ses paroles est moins sujette à sourire. Du moins c'est ce que j’imagine. Je n’avais jamais auparavant fait le lien entre Histoire et légendes, et je n’avais jamais réfléchi à la question. Il faut dire que si je connais un certain nombre de légendes, je suis bien moins calé pour ce qui est de l’histoire de Seele, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis ici à la recherche d’informations pour combler les creux. Je n’avais juste jamais pensé que les contes racontés au coin du feu pouvaient contenir des éléments réels. Je les avais toujours simplement considérés comme une sagesse populaire.

Je la suis entre les étagères, me demandant comment elle s'y retrouve. Je lui fais passer les livres qu'elle m'indique, l'un après l'autre, et il ne nous faut pas longtemps pour que toute la pile ait disparu. Toute l'opération n'aura duré que quelques minutes, et je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine admiration pour ce que j'interprète comme un talent d'orientation et d'organisation. En regardant autour de moi, je pense que c'est une qualité indispensable pour son activité. Je vois bien qu’elle est encore obligée de réfléchir pour se repérer dans ce labyrinthe, mais quelque chose me dit qu’elle n’aura plus ce problème très longtemps : en l’écoutant parler et en la regardant évoluer, je me rend compte qu’elle est ici comme un poisson dans l’eau.

D’après ce qu’elle m’a dit un peu plus tôt, elle n’est pas ici depuis longtemps, mais je pense que la bibliothèque a gagné un bon élément avec son arrivée. Ses conseils semblent éclairés, elle a l’air de savoir de quoi elle parle. Ce qui est loin d’être mon cas, je m’en rends compte en l’écoutant. Je n’avais absolument pas idée qu’il y ait autant de livres qui puissent parler de ce sujet en particulier, que j’imaginais plutôt précis. J'hésite avant de répondre, sans toutefois savoir si cela va l'aider à préciser notre champ d'investigation. Je continue à la suivre et me gratte la tête.

Eh bien… si ça peut aider, je recherche une trace ancienne de la duplicité de la pierre des Astres et du Vide. Je n'arrive pas à croire que nul à part les Souverains et leurs Gardiens aient connu l'existence de la gemme du Vide et qu'ils aient réussi à garder le secret mille ans.

Nous arrivons dans une sorte de coin reculé de la bibliothèque, étrangement plus poussiéreux que le reste, comme si personne ne s'était intéressé au sujet depuis des années. J'ai l'impression d'être entré dans un univers parallèle où le coup d'état n'aurait jamais eu lieu et où Seren continuerait de contrôler sévèrement les pensées de ses sujets. Comment tous les intellectuels du royaume ne se sont pas jetés sur ces rayons de livres, je ne peux le comprendre. Ma guide semble presque nostalgique, ici. Elle s'incline devant moi – tiens, est-elle originaire de ???? – et se présente. Oh… J'ignorais que c'était la coutume dans un tel lieu. Embarrassé, je lui retourne en souriant une version plus souple et détendue d'un salut militaire.

Ravi de faire votre connaissance, Àliya. Je m'appelle Samir, et permettez-moi de vous remercier pour votre aide précieuse. Cependant j'ai l'impression que je me suis attelé à une tâche qui me dépasse un peu. Serait-ce abuser que de vous demander encore un peu d'aide ? Je n'imaginais pas que ma curiosité pouvait soulever tant de questions.
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Àliya

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le Dim 22 Avr - 11:41

La pluie n’avait cessé de tomber depuis le début de notre rencontre, tambourinant sur le haut plafond de la bibliothèque, en un bruit sourd, lointain, comme étouffé. La présence à peine audible du monde extérieur dans ce lieu sacré, sur lequel ne semblaient avoir de prise, ni les intempéries, ni le temps qui passe. Pourtant, il m’avait semblé mieux percevoir la pluie, comme si elle s’était intensifié, porteur d’un présage plus vaste encore. Je frissonnais, levant les yeux sur la voute structurale, guettant la moindre anomalie, convaincue que tout ceci était un signe, une manifestation subtile et abstraite des pouvoirs à l’œuvre en ce monde. De l’inéluctable.

Ma réaction l’avait surpris, et je souris, m’extirpant de ma précédente contemplation. Il est vrai, que je ne m’habituais que difficilement au manque de cérémoniel d’Akasha dans son quotidien. Et de partout ailleurs en Seele également. Passant une main dans mes mèches folles, j’inclinais à nouveau la tête.


« - Ne soyez pas surpris, à Vaata nous avons coutumes de toujours faire preuve de respect et de courtoisie au travers de marques et d’attitude. Manifestement, vous êtes un soldat, c’est un rang qu’il convient d’honorer. J’espère ne pas vous avoir mis mal à l’aise. »

Je lui offris à nouveau un franc sourire avant de faire le tour des étagères environnantes. Il avait vu juste dans ses estimations, le travail sur lequel il souhaitait s’investir allait être colossal. Autant que celui qui m’attendait dans les sous-sol de cet endroit. Il était tout aussi curieux de constater que le besoin de réponse de Samir correspondait en tout point à la volonté que nous avions, Ren et moi, d’offrir à tous, la possibilité d’avoir accès à une connaissance trop longtemps oublié. Je ne pouvais, pour l’instant, pas permettre à Samir d’avoir accès à ces informations, mais peut-être que si je l’estimais, je pourrais, verbalement, lui faire part de ce à quoi j’avais eu accès.

Je jaugeais l’homme que j’avais en face de moi, son naturel souriant et affable, son allure souple et maitrisé, la façon qu’il avait de se tenir, l’honnêteté qui se lisait sur son visage. Comment être sûr… ? Comment savoir ? Ren voulait que la connaissance des exactions de Seren soit connu de tous. Mais aussi de tous les savoirs qu’il avait estimé dangereux ou interdits. J’étais plus partagée. Je ne croyais pas que, malgré l’accès plus vaste à la connaissance, les individus s’en empareraient pour mieux saisir les tenants et aboutissants du monde. A mon sens, ils n’attendaient que d’être guidé dans la bonne direction, sans avoir eu même la responsabilité ou la réflexion de ce qui devait être bon pour eux.  Mais j’avais en face de moi quelqu’un qui semblait ne pas correspondre à cette définition à la fois cynique et sincère du monde.


«  - Ce à quoi vous aspirez, ce savoir, n’est pas juste dense…Il est aussi dangereux. Ce qu’il requiert va nécessiter d’avantage que de la volonté… »

Par ce temps, la bibliothèque offrait un refuge, soit de la chaleur et pour aujourd’hui, également de la pluie. Je voyais des individus déambuler, se balader entre les rayonnages. Cet endroit n’était peut être pas le plus adapté. Fronçant les sourcils, je me mis en tête de chercher et de sélectionner plusieurs ouvrages sur le sujet, tout en gardant à l’esprit que les plus pertinents, n’étaient pas encore accessible au grand public. Une fois le choix fais, je fis une pile d’une demie douzaine d’ouvrage épais, de cuir relié, que je tendis à Samir.

« - Si vous voulez bien…. »

Avant de l’enjoindre à me suivre d’un signe de tête. La situation était étrange, et je comptais sur son naturel à obtempérer pour me suivre sans trop poser de question avant que nous arrivions à destination. D’un pas rapide, je le fis passer à nouveau dans l’axe centrale de la bibliothèque, avant d’emprunter un escalier, dissimuler par une lourde porte en bois. Le bruit de nos pas rapide, claquait sèchement dans le colimaçon de pierre. Un large couloir, nimbé d’une douce lumière, s’offrit à nous, que nous traversions avec la même allure jusqu’à ce que le couloir bifurque pour donner sur une seule et unique porte de bois ouvragé. J’ouvris celle-ci à l’aide d’une clé, faisant entrer Samir, avant de refermer en douceur derrière nous.

La pièce était vaste, lumineuse, décoré avec un goût sobre et élégant. Isil, avant moi, avait du beaucoup être influencé et aimer la conception artistique de Vaata, car j’y retrouvais énormément de détail familiers. La pièce comprenait un pan de baie vitré, dont une porte ouverte sur l’intérieur, donnait sur l’extérieur, un balcon qui longeait la dite pièce, donnant sur les verts  parcs de la cité d’Ebène. Une alcôve un peu en retrait, et dissimulé par un rideau de voilage, possédait un lit. Au centre, une table basse, avec en son centre, un brasero grillagé. La table était muni, à un endroit précis, d’un bateau à thé, un ensemble de strié en bambou, parfaitement intégré au reste de la boiserie. Tout autour était disposé tatami et coussins. Un bouquet de fleur fraîche y était également disposé, d’une élégance sobre et travaillée, sans oublié une estampe des contrées de Vaata accroché en face de la table. Et le bureau était un peu en retrait du centre de la pièce, composée de plusieurs fauteuils pour y travailler, de plusieurs lampes, avec de nombreuses étagères comprenant parchemins, encres et livres. Voici ce qu’était l’ancien bureau d’Isil, le mien à présent.

J’invitais Samir à déposer la pile de livre sur mon bureau avant de prendre place sur le tatami, tandis que je sortais d’une étagère, tout un nécessaire à thé et une bouilloire que je m’en allais remplir à la vasque d’eau. Je savais que Samir devait bouillonner en son fort intérieur, et que mon silence, dans cette pièce, laissait planer un mystère total. Ravivant le braséro, je déposais la bouilloire avant de m’assoir en seiza, posant mes mains sur mes genoux. A nouveau, je regardais Samir, plongeant dans ce regard, pour lui communiquer le calme et la sérénité qui étaient mien.


« - J’aime autant nous travaillons ici…Le sujet de vos recherches est….quelque peu épineux en pareilles conjonctures. Tout le monde ne peut pas entendre certaines vérités. Vérités qui ne se trouve par ailleurs, pas toute dans ces livres. Je suis navrée d’avoir fais autant de mystère, j’ai agis au plus vite, pardonnez-moi. Maintenant que nous sommes dans un lieu sur…Je présume que vous avez de nombreuse question à l’esprit, peut être plus précises, et plus nombreuses….Je suis à votre entière disposition. Du thé ? »



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Samir

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le Mar 24 Avr - 15:38
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Je souris et acquiesce poliment à l’explication d’Àliya. Elle n’a pas besoin de se justifier, surtout lorsque cela donne – involontairement, je n’en doute pas – l’impression que son interlocuteur et tous ses compatriotes sont des rustres. J’ai été régulièrement en contact avec certaines parties de la noblesse, ce n’est donc pas la première fois que j’essuie une insulte ainsi dissimulée, et ça ne sera pas la dernière, j’imagine. Malgré les changements que Ren a apporté, la culture de ces gens-là reste la même, et leur considération pour le peuple également. En l’occurrence je décide de ne pas en prendre ombrage pour l’instant, étant donné que mon interlocutrice semble ne pas l’avoir fait exprès.

Je ne vais pas non plus engager un débat sur le statut de soldat. Je n’ai jamais eu l’impression d’être digne de plus de respect que quelqu’un d’autre, la plupart du temps autant, parfois même moins. Le respect est quelque chose qui se gagne et se mérite, ce n’est pas un dû. Ce type de philosophie est ce qui mène certaines personnes à se penser supérieures à leurs semblables, et je ne peux tout simplement pas me reconnaître là-dedans. Ce n'est cependant pas ma place de protester, et j'accepte avec humilité toutes les marques de courtoisie qui me sont offertes.

Elle reste par là suite immobile et silencieuse un moment, et je me demande si je ne lui ai pas demandé quelque chose de bien trop complexe. Je n'avais pas pensé que ma question soulèverait tant de réflexion. Sans aucune base je m'étais imaginé qu'un livre précisément sur le sujet existait et que je pourrais le trouver dans la plus grande bibliothèque du pays. Sans doute avait-il été censuré du temps de Seren, mais son successeur avait promis de rendre la connaissance accessible à tous, j'aurais donc pu le trouver. Il est bien loin de mon imagination qu'un sous-sol entier était rempli de tels ouvrages et qu'un an n'a pas été suffisant pour tout remettre en ordre. Si lors d'un premier jet, Aliya me met déjà dans les bras une demi-douzaine de livres, je n'ose pas penser au temps que je vais devoir passer ici. C’est un peu effrayant, mais il en faudra plus pour me décourager. Je ne suis pas du genre à abandonner une tâche que je m'étais fixée.

Je la suis donc à travers les couloirs de ce qui m'était apparu au départ comme une sorte de hangar, mais qui se révèle plutôt ressembler à un labyrinthe. J’essaie de me repérer pour être en mesure de revenir d’où je viens seul plus tard. Àliya me conduit jusqu’à une pièce que j’identifie comme étant son bureau. La décoration, sobre et élégante, reprend des codes que je ne connais pas, provenant sans doute de Vaata puisqu’elle semble en être originaire. Je suis plus décontenancé par le lit que je repère dans une alcôve. Habite-t-elle ici, au sein même de la bibliothèque ? Ou bien est-ce une pièce réservée aux travaux de grande ampleur, et s’attend-elle donc à ce que je passe mes nuits ici, penché sur des ouvrages cryptiques à la recherche de réponses ?

Elle me fait signe de m’asseoir et je m’exécute, m’installant en tailleur autour de la table basse après y avoir déposé les tomes qu’elle m’a confié un peu plus tôt. Je la regarde s’affairer autour de la pièce, incertain de la marche à suivre. Elle s’excuse de s’être montrée si mystérieuse, d’accord, mais je n’en comprends toujours pas l’utilité. Elle ne veut peut-être pas évoquer ce sujet devant n’importe qui, ce que je conçois parfaitement, mais dans ce cas pourquoi accepter d’aider un parfait inconnu ?

J’accepte son thé avec gratitude : je sens que cela va être long, et mes vêtements humides me font languir pour une boisson chaude.

Volontiers, si cela ne vous ennuie pas.” Je m’interromps un instant, me laissant le temps d’une dernière réflexion. Je n’ai pas l’habitude d’organiser mes pistes de réflexions, mes questions sortent donc en vrac. “Que savons-nous réellement des pierres et des gemmes, hormis ce que Souverains et Gardiens nous rapportent ? Quelqu’un à part eux a-t-il déjà vu celle du Vide ? Est-elle apparue en même temps que celle des Astres ou bien plus tard ? Comment est-il possible que Ren soit le premier héritier du Vide à apparaître ? Comment ses prédécesseurs ont-ils pu être à ce point oubliés de l’Histoire ? Je peux éventuellement comprendre que l’héritier des Astres n’ait jamais voulu laisser sa place, mais qu’en est-il des autres ? Quel intérêts avaient-ils eux à le cacher ? Connaissaient-ils seulement son existence ? Comment …” Je m’arrêtai brusquement, réalisant soudain que j’avais inondé mon interlocutrice de questions. “Je suis désolé, je me suis un peu laissé emporter.
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Àliya

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le Jeu 3 Mai - 22:08


Un fin sourire se dessina sur mes lèvres, alors que j’entendais les questions se succéder, le débit de mon interlocuteur, accélérer et son souffle, se faire plus rare. Versant de l’eau fumante sur les feuilles sèches de mon thé, un parfum d’herbe coupé, de foin avec une note marine s’en éleva. Fermant les yeux, je humais le délicat parfum du thé qui s’échappait des deux zhong disposé devant moi. Au bout de quelques secondes, je finis par porter à nouveau mon attention sur Samir, bien que je ne l’eus jamais vraiment mis de côté. J’espérais apporter un peu de calme à cet esprit tempêtueux qui se tenait devant moi. Servant le thé dans deux tasses, je fis glisser la sienne au soldat, avant de découper des morceaux d’un genre de pâte de fruit rouge, que je lui servis également. Les mains sur le haut des cuisses, les coudes légèrement arqués vers l’extérieur, je pris une profonde inspiration.


«  - Vous êtes un esprit fougueux Samir. Et troublé également, si je ne m’abuse. Vous semblez si empressé d’apporter des réponses à vos questions…Le chemin de la connaissance est long, semé d’embuches et cruel. Douloureux aussi. Je vous prie de le croire….J’ai été nommé comme Archiviste de cet endroit depuis peu. La responsabilité n’est rien, comparé à ce que j’ai appris. »


Je portais à mes lèvres la tasse remplie  de ce liquide d’un vert pâle que j’affectionnais tant. D’un vert tendre, qui rappelait les premières pousses d’herbes de Ruwa. L’éclosion des bourgeons et le parfum de sève.


« - Nous savons peu de choses concernant les pierres, sinon rien. Le témoignages des Gardiens à ce sujet ne sont pas nombreux et personne mis à part eux, n’est jamais allé sur l’île d’Aofa. Et jusqu’à preuve du contraire, aucun d’entre ayant vécu n’a jamais voulu y emmener qui que se soit. Concernant les gemmes….Et bien la réponse est somme toute assez similaires. Il n’y a que les Souverains et les Gardiens qui ont eu l’honneur de les contempler. Et au vue des derniers évènements, je serais plus que prudente avec l’emploi du mot honneur. »


Non sans légèreté, je me levais pour retourner à mon bureau, récupérer l’imposante pile de livre que j’avais choisie pour Samir, avant de les déposer au sol, à coté de lui. Reprenant ma place, détachant mes cheveux, ondulant sur mes épaules, captant la lumière du soleil comme une cascade scintillante et dorée.


« - Tout ceci…Relate les histoires que vous connaissez déjà. Aucune des questions que vous me posez ne pourrons trouver réponse à l’intérieur. Pourquoi ? Parce que l’histoire est écrite par les vainqueurs et que leur partialité n’a d’égal que leur sens de la probité….Notre histoire est sanglante. Et quand les temps de paix revinrent, il y a de ça milles ans, le premier Souverain des Astres n’a pas voulu risquer une nouvelle guerre. Comment croyez-vous que le commun des mortels accueillent la nouveauté, la différence ? Tant de chose qu’ils ne comprennent pas…Aussi, pour le bien de l’équilibre précaire et instable naissant, il a préféré taire l’existence d’une autre face à son pouvoir. D’un autre souverain. Mis à part lui, son gardien, personne n’était au courant. Il a du transmettre cette information et la nécessité de la conserver secrète. Au fil des siècles, l’équilibre est devenu une tyrannie. Une nécessité tortueuse, ambiguë et imperméable. »


Mes yeux se voilèrent d’une ombre. D’une ombre sans aucune forme d’astre brillant. D’une ombre comme seul le vide peut en produire. J’avais eu accès à tant de connaissance, à tant de savoir, qu’aujourd’hui je naviguai dans l’ombre, entre chaos et incertitude. Une forme de lassitude s’abattit sur moi.


« - Personne d’autre, aucun Souverain ou aucun Gardien n’était au courant de l’existence du Vide. Comment auraient-ils pu ? Tous les régisseurs associés aux Astres ont gardés le secret…Ren est un survivant. A proprement parler. Pèse sur ses épaules, la mort d’innombrables enfants, assassinés pour une soit disant vision du bien. Pèse sur ses épaules, la responsabilité de venger leur morts et de les rendre….utiles. Tant est si bien que cela soit possible... »


Fermant les yeux, je soupirais. Je fis à nouveau couler de l’eau dans mon zhong, contemplant les feuilles ouvertes, d’un vert intense, danser dans le blanc immaculé de la porcelaine.


« - Je crois pouvoir affirmer que toutes les personnes qui jadis, ont pu être informés de l’existence du Vide, l’ont rejoins rapidement…Et leur noms, leur familles…N’ont plus été qu’un simple souvenir. Tous les souverains ont ce pouvoir. Et parfois, aussi royales sont les individus, ils sont simplement lâches. Il est plus facile de fermer les yeux que d’accepter la vérité…De fait, il n’est intérêt plus grand que la préservation d’une zone de confort pour qui n’a jamais affronter le danger….Ou pour qui s’y refuse. »


Plongeant mon regard d’obsidienne dans les yeux de Samir, je pouvais y lire un océan de perdition ainsi qu’une étincelle vive et chatoyante. Un mélange entre la frustration, l’incompréhension et la colère. Et je ne pouvais que trop bien saisir l’essence de ces interrogations.


« - Ren…a été sauvé. Par la providence ou par une des rares personnes en mesure de savoir. Ou peut être les deux. Mais ce qu’il représente, ce qu’il est…Dépasse de loin tout ce que nous avons connus. Nous vivons une aire nouvelle, une parfaite immersion dans l’inconnue et le chaos. Aussi…Je pense que vous avez là bon nombre de questions, qui n’ont attrait finalement, qu’à une seule et unique question. Pourquoi vous ? Pourquoi devoir vivre cette sombre époque ? Je me trompe ? »




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Samir

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le Sam 5 Mai - 16:46
Rechercher le passé pour comprendre le présentLe vrai danger de la connaissance est de rendre l'esprit plus grand que sa cage.
J'accepte poliment la tasse de thé fumant que me tend Àliya mais n'y touche pas. Je suis trop occupé à essayer de faire le tri dans ce qu'elle me dit. J’acquiesce sans vraiment y croire à ses considérations philosophiques sur la connaissance. Qu'elle puisse être dangereuse j'en suis conscient, surtout lorsqu'elle concerne les êtres les plus puissants du continent. Je me doute que si j'en viens à déterrer des éléments compromettants pour tous nos dirigeants, j'aurais forcément des ennuis. J'en suis conscient et je l'assume pleinement. Je n'ai jamais été effrayé par l'idée de forcer la transparence. Ma propre santé m'importe peu quand il s'agit de faire la lumière sur les agissements qui ont condamné mon peuple à des années de souffrance. Je ne crois cependant pas que la connaissance en elle-même puisse être douloureuse en elle-même. Elle n'est rien à elle seule, ses conséquences viennent des humains et c'est seulement eux qui doivent en porter la responsabilité.

De ce fait je ne suis pas certain que j'aurais employé le terme “fougueux”. Cette recherche est une action mûrement réfléchie. Je ne suis pas venu ici sur un coup de tête, il m'a fallu des semaines pour peser le pour et le contre, et ai moins autant de temps pour être sûr que j'étais prêt à supporter les conséquences de mes actes. Une fois que je suis arrivé à la conclusion que oui, je me suis lancé, mais pas avant.

J’écarte ma tasse encore pleine pour laisser la place aux livres que l'archiviste pose devant moi. Je m’apprête à ouvrir le premier mais j’interromps mon geste. Il est vrai que je n’avais pas réfléchi à cet aspect : quelque part, je savais que je ne trouverais pas ce que je cherchais dans les livres en venant dans la bibliothèque, mais j’avais espéré que, peut-être, je tomberai sur un indice qui me permettrait d’avoir une piste à creuser, un fil conducteur à suivre qui me mènerait jusqu’à la réponse. Elle vient de doucher tous mes espoirs. Elle a raison, c’est une évidence. Mais il m’en faut plus pour me décourager, je ne suis pas du genre à abandonner une fois que je me suis assigné une tâche.

Malgré son discours, je reste dubitatif. Je ne peux pas imaginer qu’en plus de dix générations, sur mille an, aucun autre souverain ou gardien ait su qu’il existait une deuxième facette à notre pierre. C’est impensable. Je ne comprends d’ailleurs pas plus que personne à présent ne s’interroge sur les autres pierres maintenant. Si celle des Astres cachait le Vide, que peuvent cacher les quatre autres ? On ne peut plus être certain de rien et je n’aime pas ça. Je ne suis pas de nature à toujours regarder par-dessus mon épaule, mais je suis devenu méfiant depuis l’arrivée de Ren, et la parole des sages ne suffit plus à me convaincre. S’ils ne savaient pas cela, comment imaginer qu’ils n’ignorent pas tout le reste ? Rien que le fait que nul n’ait jamais été autorisé à mettre le pied sur Aofa éveille à présent ma suspicion. Je ne crois plus au sanctuaire qu’il faut laisser intouché, ce secret est forcément louche. Quelqu’un cache quelque chose au peuple de tout le Royaume, et si personne d’autre ne cherche à percer le secret, alors je le ferais.

Ne vous méprenez pas sur moi. Il ne s’agit pas d’introspection. Si je suis venu ici en quête de réponses, ce n’était pas à but personnel. Ces questions sont importantes pour les habitants du Royaume, tout le monde mérite ces informations. Je ne pense pas être le seul à les chercher, et j’ai la chance de vivre à proximité  de la plus grande bibliothèque du pays. Venir ici pour obtenir des réponses n’est pas tant une volonté personnelle que mon devoir.

Mon ton est resté doux, et ma voix basse. J’essaie d’être franc autant que possible, et direct, mais il ne s’agit pas d’agressivité, ni même de colère. Ce sont des faits que j’énonce car il me paraît important qu’elle ne se trompe pas de question. Je ne cherche pas une réflexion profonde sur l’intérêt et la difficulté de la connaissance, ni un recueil de mythes sur la création du Royaume. Je connais les légendes aussi bien que tout le monde, et je ne me serais pas tourné vers la Bibliothèque pour un simple rappel, mais vers ma grand-mère. J’entendais ce qu’Àliya me disait. Je ne me satisfaisait pas de l’idée d’abandonner mes recherches aussi vite.
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Àliya

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le Mer 9 Mai - 18:50


Je regardais Samir en face de moi, avec un œil plus aiguisé mais aussi plus froid. J’étais surprise et sinon déçue, de constater qu’à l’instar de l’ensemble de la population, il était incapable d’aller au-delà de la simple réponse qu’il attendait. Mais je n’étais pas femme à renoncer et j’avais promis à Ren d’essayer. D’essayer de dépasser ma conception cynique du monde, pour lui offrir la possibilité de se racheter. Croisant les bras sous ma poitrine, je regardais le soldat. Il n’était pas mauvais, cela ne faisait aucun doute. Je pouvais presque même supposé de son indéfectible loyauté. Mais était-ce suffisant ? Mon travail auprès de Ren était de juger de ce qui allait pouvoir être accessible au plus grand nombre, et pour ça, une partie de mon travail allait être de juger ce « plus grand nombre ». L’un ne peut pas aller sans l’autre.

Doucement je me remis sur mes pieds, traversant mon bureau pour regarder par les grandes fenêtres ouvertes sur l’extérieur florissant. Le monde me semblait si vaste. Si faste. Regorgeant d’infinis curiosités. D’infinis possibilités. Et une vie ne suffisait assurément pas pour le comprendre. Nous ne pouvions qu’en appréhender les contours, pour léguer cet apprentissage, en espérant qu’il serve de clé de voûte à un savoir plus grand encore. Nous ne pouvions…qu’apporter notre pierre à l’édifice.


«  - Il est peut être là, le véritable problème. L’incapacité qu’on les gens à s’extirper du fil directeur de leur conscience. Leur incapacité à faire des liens, des connexions. Et comprendre le monde, non pas comme le paysage qu’ils ont en face d’eux, mais bel et bien comme des remous bondissants et cahotants qui sont tour à tour, causes et conséquences. »

Mon visage s’était fermé bien que mon ton soit rester neutre, calme et pédagogue. Comment aider Ren dans son projet, dans l’œuvre de sa vie, si j’étais convaincue de son échec à chaque fois que je rencontrais quelqu’un. J’étais d’un tel niveau d’exigence, que m’étonner d’être déçue frôlait bêtise et égo. Et c’était insupportable de ne pas être capable de dépasser cet état de fait. Je ne pouvais pas, je n’avais pas le droit, d’attendre d’autrui, ce que j’étais en mesure d’apporter. Mais ce niveau d’abnégation demande beaucoup.

« - Peut être auriez vous du songer à vous introspecter avant de venir chercher des réponses. En êtes-vous seulement digne ? Vous-même, mais le reste de ces personnes qui, à vous entendre, ont le droit d’avoir des réponses. Mais droits et devoirs vont de pairs, on ne peut pas songer à l’un sans songer à l’autre. »

Je fermais les yeux en soupirant. Un soupir lourd et las. Peut-être, était-ce là mon devoir, d’apprendre à chacun à ne plus percevoir le monde comme on leur avait jadis enseigné. A faire tomber les barrières, sectionner les œillères. Leur tenir la main sur chemin tortueux et douloureux. Revenant vers Samir, le toisant quelques instants pour finalement me rassoir, plus prêt de lui, ne lâchant pas son regard aussi sombre qu’une nuit orageuse.

« - Avez-vous seulement la moindre idée du chaos et des conflits que tout dévoiler engendreraient ? La moindre idée des ravages que cela pourraient causer et des liens que tout cela pourraient briser ? Est-ce que la vérité vaut autant de peine et de souffrance à votre avis ? Est-il nécessaire que tout se fasse dans le sang et dans les larmes ? Votre peuple, dont il est votre devoir de le protéger, n’a-t-il pas assez souffert pour qu’on lui épargne un peu de temps et de quiétude ? »

Une guerre. Courte et incisive. Qui m’avait fait rentrer des territoires inconnus plus rapidement que je ne l’avais escompté, dans le simple espoir de m’assurer de la sécurité de mes parents. Et les mots de mon tendre et défunt ami qui s’imposaient toujours plus vivaces à mes yeux. Je fermais les yeux, dissimulant mes yeux brillants d’émotions. Je mordis ma lèvre inférieure, inspirant à nouveau.

« - Je suis archiviste Royale, Samir. Nous ne nous connaissons pas, mais je puis vous assurer que j’ai à cœur d’apporter autant de paix que de connaissance à cette cité et à ce monde. Je connais cet endroit. Et je connais aussi des choses qui méritent, pour l’heure, de patienter avant d’éclater au grand jour…Je prends tout ceci très au sérieux et très à cœur également... Alors dites moi Samir, qu’est ce qui a déclencher chez vous, cette envie soudaine de tout comprendre ? De vous faire un devoir d’être le porte-parole  de la vérité auprès de vos concitoyens ? »


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Samir

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le Jeu 10 Mai - 19:21
Rechercher le passé pour comprendre le présentLe vrai danger de la connaissance est de rendre l'esprit plus grand que sa cage.
La réponse me fait l’effet d’un soufflet. Cette femme, engoncée dans ses manières rigides, qui paraît ne pas avoir quitté les étagères poussiéreuses de ce lieu depuis des années, se permet de me juger comme un vulgaire idiot. Ma poitrine est compressée par la colère, mes poings se serrent à mes côtés et mes dents grincent légèrement. Je fais appel à tout le sang-froid dont je suis capable pour ne pas simplement me lever et quitter la pièce sans plus de cérémonie. Je ne suis pas venu ici pour me faire insulter ainsi, mais je veux avoir des éléments de réponse, ou au moins un endroit où chercher. Je ravale ma fierté et reste immobile comme je sais si bien le faire, un amer goût de bile à l’arrière de la gorge.

Je la laisse parler. Par habitude autant que par lassitude, je la laisse exprimer tout le mépris qu’elle a pour moi et pour mon peuple entier, dans lequel elle ne s'inclut visiblement pas comme elle me le faisait remarquer il y a quelques minutes. J’en reste un peu ébahi, moi qui arrivait, peut-être avec maladresse mais avec une vrai volonté d’apprendre, puisque je croyais que c’était le rôle de cette Bibliothèque. Je me trompais apparemment puisqu’elle semble s’être donnée pour mission de trier sur le volet une élite qui correspondrait à sa vision du monde et qui seule mériterait qu’on lui apporte connaissance et savoir. C’est une perspective qui me fait froid dans le dos, moi qui me suis battu et ai renoncé à tout ce que je pensais être pour renverser la précédente classe dirigeante. J’espérais que ce n’était pas la demande que Ren lui avait faite.

Elle s’assied à côté de moi, plus près qu’auparavant et j’ai du mal à retenir un mouvement de recul. Je suis tellement déçu par cette jeune femme à qui j’ai instinctivement fait confiance au départ, devant sa politesse et son attitude serviable. Lorsqu’elle a terminé sa longue diatribe, je respire profondément et prend à mon tour la parole. Heureusement ma voix est maîtrisée et transforme le grondement sourd que je ressens en une intonation lisse et détachée que je réserve habituellement aux remontrances de mes supérieurs hiérarchiques.

J’ai l’impression que vous projetez vos propres questionnements sur moi. Vous vous demandez pourquoi vous devez vivre des événements tels qu’Akasha vient d’en connaître, et il en va de même pour tout ceux qui vivent en de pareils temps. Mais il ne leur appartient pas de décider qui est digne et qui ne l’est pas. Tout ce qu'il nous appartient de décider, c'est ce que nous comptons faire du temps qui nous est imparti. De mon côté, c’est ce que j’essaie de faire : ne pas demander “pourquoi” mais “comment” améliorer un tant soit peu la situation dans laquelle je me trouve.

Je préfère passer sous silence mon rôle personnel dans le commencement de la guerre civile. Elle finira peut-être par l’apprendre un jour, mais je ne compte pas lui en parler moi-même. Je n’ai pas honte de ce que j’ai fait. Plus. Malgré les troubles qui ont secoué la contrée, et qui se poursuivent encore, je vois déjà, en à peine un an, l’amélioration que Ren au pouvoir a apporté sur la vie de mes concitoyens. Cela m’a libéré de ma culpabilité. Mais une telle déclaration ici et maintenant soulèverait trop de questions – puisqu’elle semble se considérer comme suffisamment méritante pour connaître des secrets – auxquelles je veux pas répondre et ne pourrais le faire sans trahir ma parole.

La paix est aussi ce à quoi j’aspire, plus que vous ne pourrez imaginer. Mais la paix ne vaut pas tous les mensonges du monde. Il y a des années qu’Akasha n’est plus en paix, même du temps de Seren ce n’était qu’une mauvaise illusion. L’abcès a été percé par l’ascension de Ren. Même si la période d’adaptation est difficile, une véritable période de sérénité ne pourra être atteinte que lorsque la plaie sera entièrement nettoyée, parée et cicatrisée.

Je reste immobile comme une statue, comme un soldat au garde-à-vous. Ma respiration est lente et profonde, comme si je me tenais dans un état de presque méditation pour ne pas exploser.

Vous ne savez en effet rien de moi et pourtant vous me jugez sans hésiter. Je peux vous éclairer. Cette “soudaine” envie a germé lorsque Ren est arrivé au pouvoir. Son existence même pose des milliers de questions. Je veux ces réponses et je finirai par les trouver, que vous soyez prête à m’aider ou non. Vous montrer méprisante ne changera pas ma détermination. Seul le temps passé à mes recherches sera influencé. Contrairement à ce que vous semblez penser je ne me vois pas comme un porte-parole, qui implique une relation verticale avec le peuple. Je fais partie de cette population et je veux partager le peu de sagesse dont je dispose.
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Àliya

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le Jeu 10 Mai - 22:39

J’écoutais avec une attention certaines les paroles de Samir, et ne pu que constater l’ampleur de la colère qui suintait au delà de ses mots. Pour autant, je ne pus faire que sourire. Sourire, non pas d’une quelconque satisfaction désobligeante, mais bel et un d’un sentiment plus doux et plus chatoyant. Je pris le temps de l’écouter, sans l’interrompre, le regardant du même regard que j’arborais. Quand il eu fini, je me redressai, allant m’assoir sur le bureau en bois massif, écoutant la pluie s’était mis à tomber de plus belle. Averse sur les cœurs d’un trop plein de ressentis.


« - Pardonnez moi une dernière offense Samir, mais vous vous trompez. Sur presque tout. »

Je fermais les yeux, souriant en même temps que mes lèvres laissaient échapper un petit soupire. Je venais de comprendre probablement plus qu’il ne voulait m’en dire, et peut être même plus qu’il le songeait lui-même. J’avais compris quel était son état d’esprit, cet impérieux besoin de comprendre. Cette soif qui ne demandait qu’à être étancher, d’avoir trop longtemps souffert d’un manque.


« - Je ne vous juge pas Samir, ni vous ni tous ces gens que je ne connais pas. Je suis une intellectuelle, pas un ersatz de penseur. C’est-à-dire que ce que je pense, et de fait, ce que je dis, peut très bien être questionner, mis en doute voir complètement infirmer, si tant est que l’on s’en donne la peine. Je vous ai fais part d’un avis, d’une réflexion, assurément pas d’une affirmation définitive qui aurait vocation à tous vous condamnez, à commencer par vous. »

Passant une main dans mes cheveux, je regardais la pluie tomber, de lourd nuage assombrissant le ciel. Je souriais de constater que le temps était particulièrement en symbiose avec cet échange. Orageux. Electrique. Ou peut être était la tension de l’atmosphère qui avait provoquer un tel remous ? Rien ne pouvait l’affirmer. Rien ne pouvait l’infirmer. Je me contentai simplement de ce constat léger et spirituel.

« - Je n’ai peut-être pas su mesurer l’étendue de votre sensibilité à la question autant que je l’aurais dû. Mon but n’a jamais été de vous blesser, je vous prie de le croire. Mais votre empressement à surement fait échos à ma passion. Le savoir, les questions que vous vous posez, les réponses que vous désirez, il s’agit là de toute ma vie. Mais je vous ai mis dans une posture inconfortable, j'en suis désolée»

Me redressant de mon assise, je tirai les rideaux de mon bureau, laissant entrer une vague d’air frais et humide, dans l’espoir aussi symbolique que physique, d’apporter un vent nouveau à cet conversation et à cette ambiance. Parfois, j’oubliais que je n’avais pas à faire à Ren, ou à des gens qui avaient l’habitude de ce genre d’échange. Et j’oubliais que d’aucun puisse être choqué sinon blessé.


« - Je ne suis certes, assurément pas d’accord avec vous sur la question de la dignité. J’estime que certains individus ne le sont pas. Seren ne l’était pas, voyez où cela l’a conduit et les exactions qu’il a commises. D’autres ne le peuvent pas. Ce que je suis à même d’endurer n’est pas la même chose que ce vous êtes capables d’endurer, pas plus qu’une tiers personne ne l’aurait. Devons nous risquer de la briser pour la vérité ? Devons-nous…être à ce point si prompt à apporter une autre forme de souffrance ? Ce sont de vrais questions Samir, auxquels je travaille encore et auxquels vous pouvez très bien apporter un éclairage nouveau. »

Je laissais glisser ma main dans le tissu souple et flottant du rideau qui voletait sous l’effet du vent, comme une lame de fond, une forme souple, ronde, à la fois puissante et imperceptible.

« - Vous venez en exigeant une réponse. Je veux…Ha…Si seulement vous saviez. Il n’appartient pas qu’à moi de décider, pas plus qu’il ne vous appartiens d’exiger. Ces choses là demande du temps. Et il faut savoir se questionner, s’interroger. Se demander. Le simple fait de vouloir n’est pas assez…Croyez vous qu’il suffit de vouloir le pouvoir, pour le mériter, en être digne ? Croyez vous qu’il suffit vouloir une personne pour mériter la posséder ? Voila à quel niveau je place les réponses que vous souhaitez. Elles sont aussi importantes que n’importe quel individus, que n'importe quelle vie la plus sacrée,  parce qu’il y aura des conséquences qu’il m’incombe d’anticiper. C’est mon devoir. Celui de dispenser autant que de préserver. Je marquai un temps de pause, portant mon regard sur Samir, dont l’humeur et la tension m’avaient, quelques instants plus tôt, frappés avec une rare violence.
Vous savez, quand les questionnements sont quotidiens, les liens et les connexions se font inconsciemment, on en vient à ne désirer qu’une chose : se tromper. Il n’y a rien de plus frustrant et de plus stérile qu’avoir raison. Cela devrait être le désir de chaque sincère penseur de ce monde : avoir tort. Parce que vouloir avoir raison ne satisfait quelques facettes de l’égo que chacun devrait mettre de côté. »

Inspirant un peu d’air frais, je revins vers Samir, me mettant à nouveau en seiza à ses côtés.

« - Comme vous, j’ai un rôle et des responsabilités. Comprenez qu’il me faille estimer à qui j’ai affaire. Je vous ai parlé comme j’aurais parlé à un confrère, parce que vous m’avez semblé apte à entendre. Je me suis trompée, et bien que l’erreur ne soit jamais un problème à mes yeux, le fait que je vous ai offensé lui, en est un. Veuillez acceptez mes excuses. Mais rappelez vous que les questions que vous posez sont des questions d’Etats et qu’elles sont encore en cours d’interrogations…Elles sont capitales…et le manque de facteurs ou de preuves pourraient très bien détruire plus que guérir. Et ce n’est pas là mon souhait. »

Glissant ma main sous la table, j’en sorti un petit livre brun, d’une épaisseur moyenne. Je glissais mes pages sur la tranches, avant de l’ouvrir, cherchant du bout des doigts la page qui m’intéressait. Le posant à ma plat sur mes genoux, je fis tourner délicatement la feuille de papier de soie qui recouvrait un rameau de cerisier aux fleurs séchées.


« - Dans l’ensemble d’un feuillage, chaque fleurs à sa propre croissance. Certaines sont précoces, l’essentiel pousse de concert et d’autres sont tardives. Et pourtant, toutes naissent, avec leur importances et leur différences pour étoffer et embellir. Elles sont définies autant pour ce qu'elles sont de manière unique, mais également pour ce qu'elles représentent dans un ensemble. Je perçois le monde, les villes et tous les groupements humains de cette manière. Nous devons tous composer avec cette évidence. Et ce n’est jamais aisé. »



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Samir

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le Sam 12 Mai - 16:30
Rechercher le passé pour comprendre le présentLe vrai danger de la connaissance est de rendre l'esprit plus grand que sa cage.
Il me faut tout le sang-froid dont je dispose et mon habitude de gérer des situations difficile pour ne pas me lever et effacer ce sourire de son visage. Je me souviens tout ce que dans ma jeunesse on m’a appris sur la désescalade de la violence – qui apparemment fait partie de la formation d’un garde mais pas de celle d’une archiviste – et aurait presque envie de rire de son attitude suffisante si je n’étais pas plus près de pleurer de dépit et de dégoût. Je respire et la laisse parler un moment. J’espère encore trouver quelque chose sur quoi l’accrocher, pour essayer de sauver cet ersatz de conversation. En réalité je crois qu’elle aime juste philosopher sans fin et n’apprécie guère se tromper, contrairement à ce qu’elle prétend. Après tout, elle a commencé à se montrer désagréable lorsqu’elle a compris qu’elle s’était trompée sur moi.

Je finis par me détendre. Ma décision est prise. Je ne suis pas prêt à accepter ses excuses que je ne sens absolument pas sincères. Je ne suis pourtant habituellement pas tatillon là-dessus, mais je n’apprécie pas pour autant qu’on me prenne pour un lourdaud. Je la vois enfin reprendre place à mes côtés et sortir un petit carnet brun qui me semble lui être personnel. Je ne sais pourquoi mais un instant durant j’ai le fol espoir qu’elle se soit décidée à m’aider malgré sa réticence. Je retiens mon souffle, mais je suis vite déçu, puisqu’elle n’en sort qu’un rameau de cerisier dont les fleurs sont parfaitement préservées. En un autre moment j’aurais trouvé l’objet magnifique, car il l’est, cela je ne peux pas le nier. Mais je ne suis pas à même de supporter une autre circonvolution inutilement complexe de son discours, une autre discussion qui se veut philosophique mais qui ne lui sert qu’à asseoir sa supériorité intellectuelle sur moi.

Pour être parfaitement honnête, je sais bien qu’elle a raison sur une chose : je n’ai pas passé ma vie à l’abri dans des écoles et des bibliothèques, à affûter mon esprit et mes réflexions, et en cela elle a un talent qui surpasse de loin le mien. C’est un fait et je n’ai pas de mal à l’admettre. Il m’apparaît en revanche que toute intellectuelle qu’elle soit, elle ne possède pas le bon sens nécessaire pour qu’une conversation se passe bien. En revanche, pour ma part je sens que je suis déjà resté trop longtemps pour notre bien-être à tous les deux. Il est temps que je prenne le taureau par les cornes. J’avais prévu de chercher ce que je voulais seul, et c’était seul que j’allais le faire, finalement. Je repousse la tasse de thé à laquelle je n’ai pas touché pour éviter de la renverser.

Merci pour le thé, il est délicieux.

Je me lève, tranquillement, comme si elle venait de me donner congé. Il n’y a dans mon attitude ni colère ni frustration, simplement la sérénité d’un moment qui se termine. Je me saisis de la pile de livres qu’elle a sélectionnés pour moi, et m’incline devant elle comme devant un maître.

Je vous suis reconnaissant pour l’aide que vous m’avez apportée. Je vous souhaite une bonne fin de journée.

Je contourne la table et quitte la pièce, refermant doucement la porte derrière moi. Je retrouve plus facilement que je le pensais mon chemin jusqu’à la pièce principale de la bibliothèque, où je m’installe à une table un peu reculée. Après tout, elle m’a laissé beaucoup de lecture.
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