Akasha
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Ren

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le Dim 8 Avr - 22:07
The wish I whispered...

« -Il y a un problème Sire ?
-Non… nous allons faire un petit détour Fearghas…
-Sire… ?
-Attendez-moi ici. Ce ne sera pas long.
-Très bien. »


Fearghas s’inclina et ordonna aussitôt à ses hommes de se déployer aux alentours, s’assurant que nulle âme malintentionnée ne pourrait atteindre le Souverain sans avoir à passer par le fil de son épée. Ils n’étaient pas en terre hostile mais mieux valait jouer la prudence. Si Ama ne montrait aucun signe d’agressivité vis-à-vis du nouveau Souverain d’Akasha, nul ne pouvait en dire autant de son peuple. De plus, Ren n’était pas ici en visite officielle. Il avait bien entendu fait parvenir une missive à la Souveraine l’informant de sa venue prochaine mais l’objet de sa visite n’était pas la douce Souveraine, bien que l’idée n’avait rien de déplaisant. Non, il était venu dans la Cité de Saphir pour des raisons toutes personnelles. Ren n’avait pas remis les pieds dans la capitale depuis son départ, six ans auparavant, lorsqu’il avait décidé de prendre son destin en main. Un an à peine après son départ, ses parents avaient trouvé la mort lors de l’horrible épidémie qui avait décimé la capitale. Et jamais Ren n’avait pris le temps de revenir faire face à leur départ. Sa sœur était venue le rejoindre peu de temps après sa montée sur le trône mais il s’était promis de ne pas venir rendre hommage à ses parents avant de pouvoir le faire la tête haute. Ils avaient tous deux sacrifié leur vie pour qu’il survive et avait fait tout ce qui était en leur possible pour lui offrir les clés de son destin. Ren avait profondément aimé ses parents, encore plus lorsqu’il eut appris la vérité et l’étendue de leur sacrifice. Leur mort avait créé un vide béant dans son cœur et jamais encore il n’avait pris le temps de panser ces blessures. Auriane avait voulu l’accompagner bien entendu mais il avait refusé. La jeune femme était trop faible. Et les voir tous deux auraient pu éveiller les soupçons. S’il perdait sa sœur… alors il perdrait la raison.

Ils n’étaient là que depuis peu, Ren et son escorte personnelle, réduite au strict minimum pour ne pas interpeller la populace plus que de raison. Et aussi car l’entreprise était bien trop chère à son cœur pour que de nombreux témoins y assistent. Mais Ren avait été détourné de son but premier qui avait été d’aller se recueillir sur le lieu de repos de ses défunts parents. Car en marchant, une étrange sensation de familiarité s’était emparée de lui. Les rues pavées, les hauts murs surplombés par l’Académie… Un passé qui semblait révolu était revenu le heurter de plein fouet. Et il n’avait pu résister. Il savait que la revoir serait désastreux mais au plus profond de son cœur, le vœu qu’il avait prononcé huit ans plus tôt dans un petit jardin sous la pluie de Ruwa le poussait à avancer dans une direction opposée.

Mais il souhaitait s’y rendre seul. Nul besoin de gardes pour l’endroit où il se rendait, clôt et inaccessible si ce n’était par l’arche qui en marquait l’entrée. Alors il laissa à Fearghas le soin de positionner ses hommes de façon stratégique, afin qu’on ne les remarque pas tout en les ayant à portée en cas de problème. Et Ren avait repris sa route, d’un pas tranquille, alors que dans son esprit, le jeune homme de vingt-deux ans à nouveau s’élançait dans une course effrénée. Et tout était tel que dans son souvenir. L’endroit était minuscule, intime et rassurant. L’odeur des fleurs et de l’herbe luxuriante montait jusqu’à lui, caressait ses sens, lui rappelant cette conversation pour le moins étrange dont la végétation seule avait été témoin.

Il s’avança, perdu dans ses souvenirs, revoyant les lourdes boucles sombres, gorgées d’eau, leur odeur rappelant les vastes prairies et les scintillantes cascades. Et ce regard, pailleté d’or et de violet dans lequel il s’était plongé corps et âme. Ce jour-là, Ren avait su que leurs chemins se croiseraient à nouveau et il avait tout fait pour empêcher ce moment d’arriver. Par peur, par lâcheté. Car il ne pourrait supporter le mépris et la haine qu’il lirait certainement dans ce regard qui avait une fois quémandé son aide.
lumos maxima

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Aap
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Llyn

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le Mer 11 Avr - 20:58


The wish I whispered
ft. Ren


[ An 1000  – Saison de Liekki ]

« Llyn ? Tout va bien ? »

La douce voix d’Ama sort la jeune femme de ses pensées. Celle-ci quitte la contemplation de la ville qui s’étend au-delà de sa fenêtre pour tourner la tête vers la Souveraine. Cette dernière observe sa gardienne avec inquiétude. Elles se trouvent toutes les deux dans la chambre de Llyn, que cette dernière n’a pas quitté depuis deux jours, perdue dans ses pensées.

« Oui ça va. »

En réalité, pas vraiment. Lorsque le messager d’Akasha est arrivé, leur portant une missive venant tout droit de la Cité d’Ebène, Llyn a su, à l’instant même où elle a vu le blason remplaçant celui des Astres sur sa livrée, que le message apporté ne lui plairait pas. Et de fait, apprendre que le nouveau Souverain d’Akasha souhaitait se rendre à la Cité de Saphir pour une affaire personnelle, ne lui avait pas plu, et ne lui plait toujours pas. C’est aujourd’hui qu’il doit arriver entre les murs de la capitale d’Aap, et cela rend la jeune gardienne nerveuse.

« Ça n’a pas l’air. »
« Je t’assure que si. » Llyn se lève sans prévenir et passe devant sa Souveraine. « Je sors. »
« Llyn ! »

La voix d’Ama claque dans l’air, figeant la jeune femme dans sa lancée. Ses doigts se resserrent autour de son épée. Il est rare que la Souveraine élève la voix et encore moins à l’attention de sa gardienne et amie. Alors quand cela arrive, cela reste toujours un peu surprenant. Le silence s’étend avant qu’elle ne reprenne la parole dans un soupir.

« Ne fais rien de dangereux. »

Un simple sourire et Llyn quitte la chambre et le Palais en silence. Ama n’est pas au courant de sa première rencontre avec Ren il y a maintenant plusieurs années. Néanmoins, la jeune femme étant assez intuitive et perspicace, elle se doute qu’il y a un passé entre eux. Elle n’a jamais cherché à en savoir plus, attendant le moment où sa gardienne lui raconterait tout de son bon vouloir. Ce n’est jamais arrivé. Cette rencontre, il y a huit ans, Llyn n’en a parlé à personne, enfouissant ce qu’elle pensait être un événement sans réelle importance dans son cœur. Jamais elle ne se serait doutée, à cette époque, de la véracité de la discussion entretenue.

Les poings serrés le long des flancs, Llyn quitte le palais sous le regard étonné de quelques gardes. Elle les ignore et s’en éloigne. Elle a besoin de prendre de l’air, de se changer les idées et d’essayer d’oublier tout ce qui la tourmente. Ces paroles lointaines qui persistent à tourner dans son esprit. Ces paroles qui ont pris leur véritable sens il y a un maintenant un an quand elle l’a revu. La lumière du soleil est bientôt cachée par une ombre. Elle s’arrête pour regarder les tours de l’Académie s’élancer vers le ciel avec grandeur. Ce bâtiment qui a tant vu. Inconsciemment, elle se met à marcher dans sa direction, observant les étudiants qui sortent par les grandes portes et qui discutent joyeusement entre eux. Certains l’aperçoivent et la reconnaissent, s’inclinant poliment. Elle leur rend la politesse et continue sa route.

Quand elle réalise où ses pas l’amènent, il est déjà presque trop tard pour faire demi-tour. Cette rue, ces murs, cette arche qu’elle aperçoit un peu plus loin, elle les connait bien. Elle se souvient parfaitement y avoir couru sous la pluie et y être venue, encore et encore, au fil des années, dans un vain espoir. Pourtant, aujourd’hui, ce n’est pas cette sensation familière qu’elle ressent en s’avançant. Son œil avisé repère aisément les quelques hommes qui trainent aux alentours, cachés ou non, dans une posture qui se veut nonchalante. Elle ne les connait pas, ne les a jamais vu, mais elle sait qu’ils ne sont pas de simples badauds. Son regard croise brièvement celui d’un homme avant de venir se poser dans la direction du petit jardin. Il est là. Elle le sait. Une main postée non loin de la garde de son épée, elle avance vers l’entrée, prête à réagir si les soldats qu’elle peut voir font le moindre mouvement dans sa direction.

Il y a huit ans, Llyn est entrée dans ce petit jardin en jeune femme ignorante, sous la pluie de Ruwa. Aujourd’hui, elle y entre en toute connaissance de cause, sous un soleil chaud et agréable. A quelques mètres d’elle, Ren se tient debout. Elle serre les poings en se rappelant leur première rencontre.

« Je ne pensais pas que tu aurais l’audace de revenir ici après tout ce temps, et après tout ce que tu as fait. »

Sa voix l’a fait se retourner vers elle. Il a vieilli, tout comme elle, mais elle reconnait aisément les traits de son visage, du jeune homme qu’il était il y a huit ans.
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Akasha
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Ren

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le Dim 15 Avr - 9:44
The wish I whispered...

Il se souvenait de tout. De ce petit muret à moitié effondré derrière lequel quelques bosquets reprennent leurs droits sur la pierre. Ces arbres, guère hauts dont les larges feuilles accueillaient les gouttes de pluie dans un clapotis presque indicible. De cet unique banc, laissé dans un coin, à l’abandon. Rien n’avait changé et pourtant tout lui semblait différent. Le regard qui était le sien huit ans auparavant avait bien changé. Et aujourd’hui, malgré la chaleur ambiante, malgré la profusion de couleurs et la douce odeur des fleurs, le monde de Ren n’était guère plus qu’un amas de gris sans nuance.

Il aurait dû se douter que cela arriverait. Les années passées avaient enfermé son coeur derrière un mur de glace, empêchant toute saveur d’y parvenir. Et pourtant c’était son coeur qui avait conduit ses pas dans ce jardin. Son coeur qui avait ravivé le souvenir de cette conversation si douloureuse sous la pluie. Son coeur qui en cet instant se serrait à la simple pensée de la Gardienne qu’il avait passé huit ans à éviter.

Un léger sourire vint s’accrocher aux lèvres du Souverain tandis qu’une de ses mains vint doucement frotter sa poitrine, à l’endroit même où il pouvait sentir les battements de son coeur. Un geste irréfléchi. Spontané. Deux qualificatifs qui ne convenaient pas au Souverain. Puis, des pas dans son dos. Une présence derrière lui. Et cette odeur… si particulière. Ce musc doux et sucré semblable aux prairies et aux cascades. Et enfin, le son de sa voix.

Fermant les yeux, Ren se concentra sur son corps, sur ses émotions. Il ne voulait pas la voir. Il refusait de lui parler. Et pourtant, en venant dans cet endroit c’était tout le contraire qu’il avait espéré. Il rouvrit les yeux et se retourna. Elle se tenait là, droite et rigide, fière et belle. Ses traits encore enfantins avaient laissé place à une véritable femme dont le regard aux éclats violets lançait en ce moment des éclairs. Ren se souvint alors brusquement de ce sentiment qui l’avait envahi il y a huit ans lorsqu’il avait croisé son regard pour la première fois. Ce souhait qu’il avait prononcé mentalement en se perdant dans ces prunelles aux éclats dorés. Que leurs destins soient liés… à jamais. Il avait su à cet instant qu’ils se reverraient, qu’ils se retrouveraient de nouveau l’un en face de l’autre. Et il avait souhaité que jamais cela n’arrive. En quelques secondes, le jeune homme qu’il avait alors été avait perdu tout contrôle sur ses émotions et s’était perdu dans des contradictions toutes aussi fortes les unes que les autres. La revoir… ou ne jamais la revoir. Son choix s’était porté sur la deuxième option. Ne jamais la revoir…

Bien sûr il n’avait pu l’éviter indéfiniment. Lors de sa prise de pouvoir, chez Vilya, il l’avait revu pour la première fois en huit ans. Lorsque tous les Souverains et Gardiens avaient été invités à entendre la vérité sur la venue de Ren. Mais il l’avait ignoré, n’avait pas laissé son regard s’aventurer sur sa personne plus de quelques secondes. Il en avait été incapable. Mais aujourd’hui était différent. Elle était venue à lui… ou était-ce l’inverse ? Aucun témoin, aucun curieux. Il n’y avait qu’eux deux, personne d’autre, et Ren la dévisagea lentement, entièrement. Et pourtant rien dans son regard ne trahissait ce qu’il pouvait ressentir. Il était froid, calculateur. Son visage était fermé, sa posture raide.

“J’ai fais parvenir une missive à ta Souveraine. Je ne suis pas ici pour affaire diplomatique, politique ou autre. Alors épargne-moi ton offense Llyn car en cet instant de nous deux, tu es la seule à te montrer audacieuse.”

Un éclair passa dans son regard, l’animant d’un éclat dangereux tandis qu’il s’appuyait au petit muret derrière lui, ne quittant pas la Gardienne du regard, s’accrochant à ces prunelles orageuses qui longtemps avaient hanté ses rêves. Un léger sourire vint étirer ses lèvres tandis qu’il reprit la parole, le timbre de sa voix perdant de sa froideur mais n’exprimant toujours aucune émotion particulière.

“Tu as changé… je savais que le rôle de Gardienne te siérait à merveille. J’étais loin de me douter jusqu’à quel point.” Une note d’amertume sur ces dernières paroles tandis que son propre changement se reflétait dans le regard de la Gardienne. Tous deux avaient changé. Vieilli. Marqués par le temps mais aussi par les événements. Ils n’étaient plus les jeunes étudiants âgés d’une vingtaine d’années. Le destin les avait rattrapés. “Je suppose qu’aujourd’hui nous n’aurons pas une autre conversation dénuée de sens, pendant laquelle tu tenteras de trouver une logique à mes inepties. Voilà Llyn. Voilà devant toi l’enfant du Vide, celui qui, il y a huit ans, tâchait de comprendre ce qu’il avait pu faire pour mériter un destin pareil. Les masques sont tombés, l’imposture est terminée. Alors laisse-moi me présenter. Je me nomme Ren, héritier du Vide, assassin des Astres et présage de chaos. C’est un honneur de faire enfin ta  connaissance, Gardienne.”
lumos maxima

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Aap
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Llyn

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le Dim 22 Avr - 20:07


The wish I whispered
ft. Ren

Ses traits sont durs, et pas seulement à cause de l’âge. Son regard a perdu de cet éclat que Llyn a pu y voir il y a huit ans. Ce n’est plus le même homme. Ce n’est plus celui qui l’a arrachée au sérieux de la salle d’études pour l’emmener courir sous la pluie, avant de lui parler de choses sans queue ni tête. Cet air froid que Ren arbore a remplacé celui, amical, qu’il avait alors à l’époque. La seule chose qui n’a pas changé dans sa façon de se tenir est cette sensation qu’il sera difficile de l’atteindre, peu importe le moyen. Lorsqu’elle l’a vu, il y a un an, dans cette grande salle du Palais d’Emeraude, Llyn a cru devenir folle quand les paroles qu’il avait prononcées sept ans plus tôt s’étaient vues trouver un sens dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence. Sans qu’elle ne se l’explique, elle s’était sentie trahie, comme si tout ce qu’ils avaient partagé en si peu de temps n’avait été que des mensonges.

Sa voix est tout aussi froide que son attitude quand il lui répond. Ses paroles ne font qu’accroître cette colère insensée qui a pris possession d’elle. La jeune femme serre les poings le long de ses flancs. Elle a toujours été considérée comme une personne capable de contenir ses émotions. Elle a appris à reste imperméable à tout ce qui l’entoure et à masquer ce qu’elle ressent. Pourtant, à cet instant, elle n’y parvient pas. Peut-être est-ce la réelle raison de cette colère sous-jacente ? Elle le regarde s’appuyer au mur, sans la lâcher du regard et en affichant un petit sourire qui lui donne envie de franchir les quelques pas qui les séparent pour le gifler. Son compliment ne serre à rien, elle n’en veut pas. Il glisse sur elle aussi sûrement que la pluie qui tombait à l’époque.

« J’aimerais pouvoir dire que tu as changé aussi, mais encore faudrait-il que j’ai connu autre chose qu’un menteur à l’époque. »

Llyn sait que les paroles qu’il a prononcée étaient teintées de vérité. Mais mentir par omission reste un mensonge. Il ne lui a jamais donné toutes les informations pour qu’elle puisse comprendre tout ce que cela signifiait, il a délibérément caché la plus importante. La Gardienne serre les dents et se mord la joue pour ne pas exploser face à sa condescendance.

« Épargne-moi tes airs pompeux et ta tirade de martyr ! Les masques sont tombés ? Parfait. As-tu trouvé une réponse à ta question ? As-tu trouvé un sens à ton destin, ou seulement une excuse pour commettre exactement les mêmes crimes que celui dont tu as usurpé le trône ? »

Sans qu’elle ne s’en rende compte, le ton de sa voix s’est élevé, claquant dans l’air avec véhémence. Elle laisse passer un silence de quelques secondes pour tenter de retrouver un certain calme, plus ou moins factice, avant de reprendre, d’une voix à la fois plus lasse et plus calme. Peut-être teintée de déception.

« Si tu m’avais dit la vérité il y a huit ans, peut-être aurais-je été choquée. Peut-être n’aurais-je pas compris. Mais au moins aurais-je pu dire à l’époque que l’honneur de faire ta connaissance était partagé, avant que tu ne mettes tout en œuvre pour correspondre au plus près au présage de discorde que tout le monde veut que tu sois. »
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Ren

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Hier à 19:20
The wish I whispered...

Aux paroles de Llyn, les sourcils de Ren se froncèrent, ses yeux se voilèrent et une ombre passa sur son visage. Menteur… S’il y avait bien une chose que Ren n’avait jamais pu supporter était le mensonge. Qu’il soit dissimulé, éhonté, assumé, cela faisait partie du peu de choses qui réussissaient à le propulser aussitôt dans une colère froide. Alors quand les accusations de la jeune femme retentirent dans le petit jardin, le condamnant aussitôt, il sentit cette sensation familière, cette énergie remonter le long de sa colonne vertébrale, lui laissant une désagréable sensation de picotement sur sa peau. Et les accusations suivantes ne firent rien pour améliorer l’humeur du Souverain dont le visage se fermait de plus en plus tandis que dans son regard commençait à danser une dangereuse lueur bleutée. Plus que le mensonge, c’était l’énervement non contenu de la jeune femme qui l’insupportait. Cette colère qu’elle laissait exprimer, son visage animé par toutes les émotions qu’elle ressentait, tout cela, Ren ne pouvait le concevoir, lui qui avait appris la retenue et la réserve. Autrefois, il avait aimé pouvoir lire en elle comme dans un livre ouvert. En cet instant, il souhaitait que le livre se referme et qu’elle se taise. Car elle était en train de jouer à un jeu dangereux. Très dangereux. Le rabaissant au niveau de Seren, le comparant au Souverain dont il avait pris la vie. Le jugeant pour des actes dont elle ne savait rien.

Il attendit qu’elle ait fini et lorsqu’enfin elle se tut, il sentit une énergie sombre vibrer sous sa peau, n’attendant qu’un geste, un soupir pour s’échapper. Ren se mettait rarement en colère, ne s’énervait presque jamais. Qu’à peine deux minutes après son arrivée, la Gardienne parvienne à le mettre dans cet état le surprenait tout en le laissant perplexe. Mais il n’était pas d’humeur à se pencher sur la possible explication de cette empathie qu’il ressentait au contact de la jeune femme.

« Tu as fini Llyn ? » Sa voix s’élevait, basse, grondante, retenant le tremblement que la colère provoquait en lui. Il la sentait venir comme une déferlante glaciale, étreignant son corps, son esprit, son cœur, ne laissant plus rien que le froid destructeur. « Bien… Il y a quelques points dont nous allons devoir discuter dès maintenant avant que tu ne recommences. Car je jure devant Seele, je ne sais pas ce que je serais capable de te faire si tu m’insultes à nouveau de la sorte. »

Il se tut, fermant les yeux, tentant de ramener le calme en lui, de laisser cette colère froide quitter son corps. Il avait deviné que la Gardienne ne serait pas ravie de le revoir mais jamais il n’aurait pu deviner une telle ferveur à le rabaisser ainsi. Avait-il eu un tel impact sur elle lors de leur première rencontre ? Jamais il n’aurait pensé que cela aurait été le cas. Confuse oui. Perplexe sûrement. Qu’elle l’ait considéré comme un fou était tout autant envisageable. Mais cette colère qui irradiait d’elle en cet instant, l’entourant d’une aura de sauvagerie qui ne faisait que l’embellir, d’où cela venait-il ? Ren ne comprenait pas, n’avait jamais réellement compris le genre humain et les interactions entre les genres. Llyn demeurait une énigme pour lui. Et cela ne lui plaisait guère. Son ton était toujours aussi calme lorsqu’il reprit la parole, sa position, inchangée. Seul son regard demeurait animé d’un feu ardent qu’il ne parvenait à contenir, posé sur la Gardienne face à lui.

« De quel droit te permets-tu de me parler ainsi Llyn ? Aurais-tu déjà oublié qui je suis ? Si ta seule raison pour cet éclat est de juger jusqu’où ma patience peut aller, il serait de bon ton que tu arrêtes. A aucun moment je ne t’ai manqué de respect. A aucun moment je ne t’ai insulté. Que tu te permettes en l’espace de quelques secondes de me traiter de menteur et de me rabaisser au rang de ce Souverain souillé me fait me demander si tu es pleinement consciente de ce que tu risques en me provoquant de la sorte… »

Un tic nerveux agitait ses doigts contre la pierre du muret, trahissant le combat qui faisait rage en lui. La menacer comme il le faisait ne pourrait qu’accroître la colère de la jeune femme et pourrait mener à un dénouement regrettable. Mais n’était-ce pas ce qu’il souhaitait ? Cette colère dont elle faisait preuve… Si elle l’avait réellement méprisé, n’aurait-il pas le droit à une froideur doublée de la plus pure des ignorances ? Mais cette colère était le reflet de son âme et de son cœur. Qu’avait-il fait pour éveiller de tels sentiments chez la jeune femme ? La mort d’un Gardien pouvait-elle affecter de la sorte les autres originaires d’Aofa ? Etait-ce réellement la mort de Seren et Isil qui l’avaient ainsi touchée ?

« Llyn… Je ne t’ai jamais menti. A aucun moment durant notre brève rencontre je n’ai menti sur ce que j’étais. Parce que je n’ai pu te le dire à l’époque fait donc de moi un menteur ? Parce que je n’ai pu te révéler la vérité sur mon identité ? Que crois-tu qu’il se serait passé si je te l’avais dis… N’essaye pas de me faire croire que tu aurais compris, que tu m’aurais aidé. Tu serais encore plus naïve que tu ne l’es déjà… Nous savons tous deux que ça n’aurait jamais été le cas. Tu m’accuses de commettre les mêmes ignominies que mon prédécesseur… as-tu la moindre idée de ce que Seren faisait subir à Akasha ? De ce que les Astres faisaient subir à leur Contrée pendant des siècles ? » A nouveau, la colère vibrait dans sa voix et il s’interrompit, le temps de reprendre son calme. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix n’était plus qu’un murmure. « Pourquoi es-tu en colère Llyn ? Ne viens pas me faire croire que c’est à cause de ce qu’il se passe actuellement à Akasha… Aucun de vous n’en a jamais rien eu à faire des traitements subis par les habitants de cette Contrée… Aucun de vous n’a jamais rien fais pour empêcher Seren de détruire ce qui avait autrement fois été beau et puissant. Vous vous êtes contentés de plier l’échine face à Seren avec pour seule excuse qu’il maintenait l’équilibre. Un signe de discorde tu dis ? Oui, j’ai renversé l’ordre des choses et mis fin à votre petite paix factice et fausse. Je vous ai ouvert les yeux sur la pourriture qui peu à peu gangrenait le royaume. Déteste-moi autant que tu veux… jamais je ne m’excuserais pour cela. Car j’ai fais ce qui devait être fait. J’en assume pleinement les conséquences. »
lumos maxima

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