Akasha
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Ren

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le Dim 8 Avr - 22:07
The wish I whispered...

« -Il y a un problème Sire ?
-Non… nous allons faire un petit détour Fearghas…
-Sire… ?
-Attendez-moi ici. Ce ne sera pas long.
-Très bien. »


Fearghas s’inclina et ordonna aussitôt à ses hommes de se déployer aux alentours, s’assurant que nulle âme malintentionnée ne pourrait atteindre le Souverain sans avoir à passer par le fil de son épée. Ils n’étaient pas en terre hostile mais mieux valait jouer la prudence. Si Ama ne montrait aucun signe d’agressivité vis-à-vis du nouveau Souverain d’Akasha, nul ne pouvait en dire autant de son peuple. De plus, Ren n’était pas ici en visite officielle. Il avait bien entendu fait parvenir une missive à la Souveraine l’informant de sa venue prochaine mais l’objet de sa visite n’était pas la douce Souveraine, bien que l’idée n’avait rien de déplaisant. Non, il était venu dans la Cité de Saphir pour des raisons toutes personnelles. Ren n’avait pas remis les pieds dans la capitale depuis son départ, six ans auparavant, lorsqu’il avait décidé de prendre son destin en main. Un an à peine après son départ, ses parents avaient trouvé la mort lors de l’horrible épidémie qui avait décimé la capitale. Et jamais Ren n’avait pris le temps de revenir faire face à leur départ. Sa sœur était venue le rejoindre peu de temps après sa montée sur le trône mais il s’était promis de ne pas venir rendre hommage à ses parents avant de pouvoir le faire la tête haute. Ils avaient tous deux sacrifié leur vie pour qu’il survive et avait fait tout ce qui était en leur possible pour lui offrir les clés de son destin. Ren avait profondément aimé ses parents, encore plus lorsqu’il eut appris la vérité et l’étendue de leur sacrifice. Leur mort avait créé un vide béant dans son cœur et jamais encore il n’avait pris le temps de panser ces blessures. Auriane avait voulu l’accompagner bien entendu mais il avait refusé. La jeune femme était trop faible. Et les voir tous deux auraient pu éveiller les soupçons. S’il perdait sa sœur… alors il perdrait la raison.

Ils n’étaient là que depuis peu, Ren et son escorte personnelle, réduite au strict minimum pour ne pas interpeller la populace plus que de raison. Et aussi car l’entreprise était bien trop chère à son cœur pour que de nombreux témoins y assistent. Mais Ren avait été détourné de son but premier qui avait été d’aller se recueillir sur le lieu de repos de ses défunts parents. Car en marchant, une étrange sensation de familiarité s’était emparée de lui. Les rues pavées, les hauts murs surplombés par l’Académie… Un passé qui semblait révolu était revenu le heurter de plein fouet. Et il n’avait pu résister. Il savait que la revoir serait désastreux mais au plus profond de son cœur, le vœu qu’il avait prononcé huit ans plus tôt dans un petit jardin sous la pluie de Ruwa le poussait à avancer dans une direction opposée.

Mais il souhaitait s’y rendre seul. Nul besoin de gardes pour l’endroit où il se rendait, clôt et inaccessible si ce n’était par l’arche qui en marquait l’entrée. Alors il laissa à Fearghas le soin de positionner ses hommes de façon stratégique, afin qu’on ne les remarque pas tout en les ayant à portée en cas de problème. Et Ren avait repris sa route, d’un pas tranquille, alors que dans son esprit, le jeune homme de vingt-deux ans à nouveau s’élançait dans une course effrénée. Et tout était tel que dans son souvenir. L’endroit était minuscule, intime et rassurant. L’odeur des fleurs et de l’herbe luxuriante montait jusqu’à lui, caressait ses sens, lui rappelant cette conversation pour le moins étrange dont la végétation seule avait été témoin.

Il s’avança, perdu dans ses souvenirs, revoyant les lourdes boucles sombres, gorgées d’eau, leur odeur rappelant les vastes prairies et les scintillantes cascades. Et ce regard, pailleté d’or et de violet dans lequel il s’était plongé corps et âme. Ce jour-là, Ren avait su que leurs chemins se croiseraient à nouveau et il avait tout fait pour empêcher ce moment d’arriver. Par peur, par lâcheté. Car il ne pourrait supporter le mépris et la haine qu’il lirait certainement dans ce regard qui avait une fois quémandé son aide.
lumos maxima

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Aap
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Llyn

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le Mer 11 Avr - 20:58


The wish I whispered
ft. Ren


[ An 1000  – Saison de Liekki ]

« Llyn ? Tout va bien ? »

La douce voix d’Ama sort la jeune femme de ses pensées. Celle-ci quitte la contemplation de la ville qui s’étend au-delà de sa fenêtre pour tourner la tête vers la Souveraine. Cette dernière observe sa gardienne avec inquiétude. Elles se trouvent toutes les deux dans la chambre de Llyn, que cette dernière n’a pas quitté depuis deux jours, perdue dans ses pensées.

« Oui ça va. »

En réalité, pas vraiment. Lorsque le messager d’Akasha est arrivé, leur portant une missive venant tout droit de la Cité d’Ebène, Llyn a su, à l’instant même où elle a vu le blason remplaçant celui des Astres sur sa livrée, que le message apporté ne lui plairait pas. Et de fait, apprendre que le nouveau Souverain d’Akasha souhaitait se rendre à la Cité de Saphir pour une affaire personnelle, ne lui avait pas plu, et ne lui plait toujours pas. C’est aujourd’hui qu’il doit arriver entre les murs de la capitale d’Aap, et cela rend la jeune gardienne nerveuse.

« Ça n’a pas l’air. »
« Je t’assure que si. » Llyn se lève sans prévenir et passe devant sa Souveraine. « Je sors. »
« Llyn ! »

La voix d’Ama claque dans l’air, figeant la jeune femme dans sa lancée. Ses doigts se resserrent autour de son épée. Il est rare que la Souveraine élève la voix et encore moins à l’attention de sa gardienne et amie. Alors quand cela arrive, cela reste toujours un peu surprenant. Le silence s’étend avant qu’elle ne reprenne la parole dans un soupir.

« Ne fais rien de dangereux. »

Un simple sourire et Llyn quitte la chambre et le Palais en silence. Ama n’est pas au courant de sa première rencontre avec Ren il y a maintenant plusieurs années. Néanmoins, la jeune femme étant assez intuitive et perspicace, elle se doute qu’il y a un passé entre eux. Elle n’a jamais cherché à en savoir plus, attendant le moment où sa gardienne lui raconterait tout de son bon vouloir. Ce n’est jamais arrivé. Cette rencontre, il y a huit ans, Llyn n’en a parlé à personne, enfouissant ce qu’elle pensait être un événement sans réelle importance dans son cœur. Jamais elle ne se serait doutée, à cette époque, de la véracité de la discussion entretenue.

Les poings serrés le long des flancs, Llyn quitte le palais sous le regard étonné de quelques gardes. Elle les ignore et s’en éloigne. Elle a besoin de prendre de l’air, de se changer les idées et d’essayer d’oublier tout ce qui la tourmente. Ces paroles lointaines qui persistent à tourner dans son esprit. Ces paroles qui ont pris leur véritable sens il y a un maintenant un an quand elle l’a revu. La lumière du soleil est bientôt cachée par une ombre. Elle s’arrête pour regarder les tours de l’Académie s’élancer vers le ciel avec grandeur. Ce bâtiment qui a tant vu. Inconsciemment, elle se met à marcher dans sa direction, observant les étudiants qui sortent par les grandes portes et qui discutent joyeusement entre eux. Certains l’aperçoivent et la reconnaissent, s’inclinant poliment. Elle leur rend la politesse et continue sa route.

Quand elle réalise où ses pas l’amènent, il est déjà presque trop tard pour faire demi-tour. Cette rue, ces murs, cette arche qu’elle aperçoit un peu plus loin, elle les connait bien. Elle se souvient parfaitement y avoir couru sous la pluie et y être venue, encore et encore, au fil des années, dans un vain espoir. Pourtant, aujourd’hui, ce n’est pas cette sensation familière qu’elle ressent en s’avançant. Son œil avisé repère aisément les quelques hommes qui trainent aux alentours, cachés ou non, dans une posture qui se veut nonchalante. Elle ne les connait pas, ne les a jamais vu, mais elle sait qu’ils ne sont pas de simples badauds. Son regard croise brièvement celui d’un homme avant de venir se poser dans la direction du petit jardin. Il est là. Elle le sait. Une main postée non loin de la garde de son épée, elle avance vers l’entrée, prête à réagir si les soldats qu’elle peut voir font le moindre mouvement dans sa direction.

Il y a huit ans, Llyn est entrée dans ce petit jardin en jeune femme ignorante, sous la pluie de Ruwa. Aujourd’hui, elle y entre en toute connaissance de cause, sous un soleil chaud et agréable. A quelques mètres d’elle, Ren se tient debout. Elle serre les poings en se rappelant leur première rencontre.

« Je ne pensais pas que tu aurais l’audace de revenir ici après tout ce temps, et après tout ce que tu as fait. »

Sa voix l’a fait se retourner vers elle. Il a vieilli, tout comme elle, mais elle reconnait aisément les traits de son visage, du jeune homme qu’il était il y a huit ans.
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Akasha
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Ren

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le Dim 15 Avr - 9:44
The wish I whispered...

Il se souvenait de tout. De ce petit muret à moitié effondré derrière lequel quelques bosquets reprennent leurs droits sur la pierre. Ces arbres, guère hauts dont les larges feuilles accueillaient les gouttes de pluie dans un clapotis presque indicible. De cet unique banc, laissé dans un coin, à l’abandon. Rien n’avait changé et pourtant tout lui semblait différent. Le regard qui était le sien huit ans auparavant avait bien changé. Et aujourd’hui, malgré la chaleur ambiante, malgré la profusion de couleurs et la douce odeur des fleurs, le monde de Ren n’était guère plus qu’un amas de gris sans nuance.

Il aurait dû se douter que cela arriverait. Les années passées avaient enfermé son coeur derrière un mur de glace, empêchant toute saveur d’y parvenir. Et pourtant c’était son coeur qui avait conduit ses pas dans ce jardin. Son coeur qui avait ravivé le souvenir de cette conversation si douloureuse sous la pluie. Son coeur qui en cet instant se serrait à la simple pensée de la Gardienne qu’il avait passé huit ans à éviter.

Un léger sourire vint s’accrocher aux lèvres du Souverain tandis qu’une de ses mains vint doucement frotter sa poitrine, à l’endroit même où il pouvait sentir les battements de son coeur. Un geste irréfléchi. Spontané. Deux qualificatifs qui ne convenaient pas au Souverain. Puis, des pas dans son dos. Une présence derrière lui. Et cette odeur… si particulière. Ce musc doux et sucré semblable aux prairies et aux cascades. Et enfin, le son de sa voix.

Fermant les yeux, Ren se concentra sur son corps, sur ses émotions. Il ne voulait pas la voir. Il refusait de lui parler. Et pourtant, en venant dans cet endroit c’était tout le contraire qu’il avait espéré. Il rouvrit les yeux et se retourna. Elle se tenait là, droite et rigide, fière et belle. Ses traits encore enfantins avaient laissé place à une véritable femme dont le regard aux éclats violets lançait en ce moment des éclairs. Ren se souvint alors brusquement de ce sentiment qui l’avait envahi il y a huit ans lorsqu’il avait croisé son regard pour la première fois. Ce souhait qu’il avait prononcé mentalement en se perdant dans ces prunelles aux éclats dorés. Que leurs destins soient liés… à jamais. Il avait su à cet instant qu’ils se reverraient, qu’ils se retrouveraient de nouveau l’un en face de l’autre. Et il avait souhaité que jamais cela n’arrive. En quelques secondes, le jeune homme qu’il avait alors été avait perdu tout contrôle sur ses émotions et s’était perdu dans des contradictions toutes aussi fortes les unes que les autres. La revoir… ou ne jamais la revoir. Son choix s’était porté sur la deuxième option. Ne jamais la revoir…

Bien sûr il n’avait pu l’éviter indéfiniment. Lors de sa prise de pouvoir, chez Vilya, il l’avait revu pour la première fois en huit ans. Lorsque tous les Souverains et Gardiens avaient été invités à entendre la vérité sur la venue de Ren. Mais il l’avait ignoré, n’avait pas laissé son regard s’aventurer sur sa personne plus de quelques secondes. Il en avait été incapable. Mais aujourd’hui était différent. Elle était venue à lui… ou était-ce l’inverse ? Aucun témoin, aucun curieux. Il n’y avait qu’eux deux, personne d’autre, et Ren la dévisagea lentement, entièrement. Et pourtant rien dans son regard ne trahissait ce qu’il pouvait ressentir. Il était froid, calculateur. Son visage était fermé, sa posture raide.

“J’ai fais parvenir une missive à ta Souveraine. Je ne suis pas ici pour affaire diplomatique, politique ou autre. Alors épargne-moi ton offense Llyn car en cet instant de nous deux, tu es la seule à te montrer audacieuse.”

Un éclair passa dans son regard, l’animant d’un éclat dangereux tandis qu’il s’appuyait au petit muret derrière lui, ne quittant pas la Gardienne du regard, s’accrochant à ces prunelles orageuses qui longtemps avaient hanté ses rêves. Un léger sourire vint étirer ses lèvres tandis qu’il reprit la parole, le timbre de sa voix perdant de sa froideur mais n’exprimant toujours aucune émotion particulière.

“Tu as changé… je savais que le rôle de Gardienne te siérait à merveille. J’étais loin de me douter jusqu’à quel point.” Une note d’amertume sur ces dernières paroles tandis que son propre changement se reflétait dans le regard de la Gardienne. Tous deux avaient changé. Vieilli. Marqués par le temps mais aussi par les événements. Ils n’étaient plus les jeunes étudiants âgés d’une vingtaine d’années. Le destin les avait rattrapés. “Je suppose qu’aujourd’hui nous n’aurons pas une autre conversation dénuée de sens, pendant laquelle tu tenteras de trouver une logique à mes inepties. Voilà Llyn. Voilà devant toi l’enfant du Vide, celui qui, il y a huit ans, tâchait de comprendre ce qu’il avait pu faire pour mériter un destin pareil. Les masques sont tombés, l’imposture est terminée. Alors laisse-moi me présenter. Je me nomme Ren, héritier du Vide, assassin des Astres et présage de chaos. C’est un honneur de faire enfin ta  connaissance, Gardienne.”
lumos maxima

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Aap
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Llyn

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le Dim 22 Avr - 20:07


The wish I whispered
ft. Ren

Ses traits sont durs, et pas seulement à cause de l’âge. Son regard a perdu de cet éclat que Llyn a pu y voir il y a huit ans. Ce n’est plus le même homme. Ce n’est plus celui qui l’a arrachée au sérieux de la salle d’études pour l’emmener courir sous la pluie, avant de lui parler de choses sans queue ni tête. Cet air froid que Ren arbore a remplacé celui, amical, qu’il avait alors à l’époque. La seule chose qui n’a pas changé dans sa façon de se tenir est cette sensation qu’il sera difficile de l’atteindre, peu importe le moyen. Lorsqu’elle l’a vu, il y a un an, dans cette grande salle du Palais d’Emeraude, Llyn a cru devenir folle quand les paroles qu’il avait prononcées sept ans plus tôt s’étaient vues trouver un sens dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence. Sans qu’elle ne se l’explique, elle s’était sentie trahie, comme si tout ce qu’ils avaient partagé en si peu de temps n’avait été que des mensonges.

Sa voix est tout aussi froide que son attitude quand il lui répond. Ses paroles ne font qu’accroître cette colère insensée qui a pris possession d’elle. La jeune femme serre les poings le long de ses flancs. Elle a toujours été considérée comme une personne capable de contenir ses émotions. Elle a appris à reste imperméable à tout ce qui l’entoure et à masquer ce qu’elle ressent. Pourtant, à cet instant, elle n’y parvient pas. Peut-être est-ce la réelle raison de cette colère sous-jacente ? Elle le regarde s’appuyer au mur, sans la lâcher du regard et en affichant un petit sourire qui lui donne envie de franchir les quelques pas qui les séparent pour le gifler. Son compliment ne serre à rien, elle n’en veut pas. Il glisse sur elle aussi sûrement que la pluie qui tombait à l’époque.

« J’aimerais pouvoir dire que tu as changé aussi, mais encore faudrait-il que j’ai connu autre chose qu’un menteur à l’époque. »

Llyn sait que les paroles qu’il a prononcée étaient teintées de vérité. Mais mentir par omission reste un mensonge. Il ne lui a jamais donné toutes les informations pour qu’elle puisse comprendre tout ce que cela signifiait, il a délibérément caché la plus importante. La Gardienne serre les dents et se mord la joue pour ne pas exploser face à sa condescendance.

« Épargne-moi tes airs pompeux et ta tirade de martyr ! Les masques sont tombés ? Parfait. As-tu trouvé une réponse à ta question ? As-tu trouvé un sens à ton destin, ou seulement une excuse pour commettre exactement les mêmes crimes que celui dont tu as usurpé le trône ? »

Sans qu’elle ne s’en rende compte, le ton de sa voix s’est élevé, claquant dans l’air avec véhémence. Elle laisse passer un silence de quelques secondes pour tenter de retrouver un certain calme, plus ou moins factice, avant de reprendre, d’une voix à la fois plus lasse et plus calme. Peut-être teintée de déception.

« Si tu m’avais dit la vérité il y a huit ans, peut-être aurais-je été choquée. Peut-être n’aurais-je pas compris. Mais au moins aurais-je pu dire à l’époque que l’honneur de faire ta connaissance était partagé, avant que tu ne mettes tout en œuvre pour correspondre au plus près au présage de discorde que tout le monde veut que tu sois. »
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Ren

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le Lun 23 Avr - 19:20
The wish I whispered...

Aux paroles de Llyn, les sourcils de Ren se froncèrent, ses yeux se voilèrent et une ombre passa sur son visage. Menteur… S’il y avait bien une chose que Ren n’avait jamais pu supporter était le mensonge. Qu’il soit dissimulé, éhonté, assumé, cela faisait partie du peu de choses qui réussissaient à le propulser aussitôt dans une colère froide. Alors quand les accusations de la jeune femme retentirent dans le petit jardin, le condamnant aussitôt, il sentit cette sensation familière, cette énergie remonter le long de sa colonne vertébrale, lui laissant une désagréable sensation de picotement sur sa peau. Et les accusations suivantes ne firent rien pour améliorer l’humeur du Souverain dont le visage se fermait de plus en plus tandis que dans son regard commençait à danser une dangereuse lueur bleutée. Plus que le mensonge, c’était l’énervement non contenu de la jeune femme qui l’insupportait. Cette colère qu’elle laissait exprimer, son visage animé par toutes les émotions qu’elle ressentait, tout cela, Ren ne pouvait le concevoir, lui qui avait appris la retenue et la réserve. Autrefois, il avait aimé pouvoir lire en elle comme dans un livre ouvert. En cet instant, il souhaitait que le livre se referme et qu’elle se taise. Car elle était en train de jouer à un jeu dangereux. Très dangereux. Le rabaissant au niveau de Seren, le comparant au Souverain dont il avait pris la vie. Le jugeant pour des actes dont elle ne savait rien.

Il attendit qu’elle ait fini et lorsqu’enfin elle se tut, il sentit une énergie sombre vibrer sous sa peau, n’attendant qu’un geste, un soupir pour s’échapper. Ren se mettait rarement en colère, ne s’énervait presque jamais. Qu’à peine deux minutes après son arrivée, la Gardienne parvienne à le mettre dans cet état le surprenait tout en le laissant perplexe. Mais il n’était pas d’humeur à se pencher sur la possible explication de cette empathie qu’il ressentait au contact de la jeune femme.

« Tu as fini Llyn ? » Sa voix s’élevait, basse, grondante, retenant le tremblement que la colère provoquait en lui. Il la sentait venir comme une déferlante glaciale, étreignant son corps, son esprit, son cœur, ne laissant plus rien que le froid destructeur. « Bien… Il y a quelques points dont nous allons devoir discuter dès maintenant avant que tu ne recommences. Car je jure devant Seele, je ne sais pas ce que je serais capable de te faire si tu m’insultes à nouveau de la sorte. »

Il se tut, fermant les yeux, tentant de ramener le calme en lui, de laisser cette colère froide quitter son corps. Il avait deviné que la Gardienne ne serait pas ravie de le revoir mais jamais il n’aurait pu deviner une telle ferveur à le rabaisser ainsi. Avait-il eu un tel impact sur elle lors de leur première rencontre ? Jamais il n’aurait pensé que cela aurait été le cas. Confuse oui. Perplexe sûrement. Qu’elle l’ait considéré comme un fou était tout autant envisageable. Mais cette colère qui irradiait d’elle en cet instant, l’entourant d’une aura de sauvagerie qui ne faisait que l’embellir, d’où cela venait-il ? Ren ne comprenait pas, n’avait jamais réellement compris le genre humain et les interactions entre les genres. Llyn demeurait une énigme pour lui. Et cela ne lui plaisait guère. Son ton était toujours aussi calme lorsqu’il reprit la parole, sa position, inchangée. Seul son regard demeurait animé d’un feu ardent qu’il ne parvenait à contenir, posé sur la Gardienne face à lui.

« De quel droit te permets-tu de me parler ainsi Llyn ? Aurais-tu déjà oublié qui je suis ? Si ta seule raison pour cet éclat est de juger jusqu’où ma patience peut aller, il serait de bon ton que tu arrêtes. A aucun moment je ne t’ai manqué de respect. A aucun moment je ne t’ai insulté. Que tu te permettes en l’espace de quelques secondes de me traiter de menteur et de me rabaisser au rang de ce Souverain souillé me fait me demander si tu es pleinement consciente de ce que tu risques en me provoquant de la sorte… »

Un tic nerveux agitait ses doigts contre la pierre du muret, trahissant le combat qui faisait rage en lui. La menacer comme il le faisait ne pourrait qu’accroître la colère de la jeune femme et pourrait mener à un dénouement regrettable. Mais n’était-ce pas ce qu’il souhaitait ? Cette colère dont elle faisait preuve… Si elle l’avait réellement méprisé, n’aurait-il pas le droit à une froideur doublée de la plus pure des ignorances ? Mais cette colère était le reflet de son âme et de son cœur. Qu’avait-il fait pour éveiller de tels sentiments chez la jeune femme ? La mort d’un Gardien pouvait-elle affecter de la sorte les autres originaires d’Aofa ? Etait-ce réellement la mort de Seren et Isil qui l’avaient ainsi touchée ?

« Llyn… Je ne t’ai jamais menti. A aucun moment durant notre brève rencontre je n’ai menti sur ce que j’étais. Parce que je n’ai pu te le dire à l’époque fait donc de moi un menteur ? Parce que je n’ai pu te révéler la vérité sur mon identité ? Que crois-tu qu’il se serait passé si je te l’avais dis… N’essaye pas de me faire croire que tu aurais compris, que tu m’aurais aidé. Tu serais encore plus naïve que tu ne l’es déjà… Nous savons tous deux que ça n’aurait jamais été le cas. Tu m’accuses de commettre les mêmes ignominies que mon prédécesseur… as-tu la moindre idée de ce que Seren faisait subir à Akasha ? De ce que les Astres faisaient subir à leur Contrée pendant des siècles ? » A nouveau, la colère vibrait dans sa voix et il s’interrompit, le temps de reprendre son calme. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix n’était plus qu’un murmure. « Pourquoi es-tu en colère Llyn ? Ne viens pas me faire croire que c’est à cause de ce qu’il se passe actuellement à Akasha… Aucun de vous n’en a jamais rien eu à faire des traitements subis par les habitants de cette Contrée… Aucun de vous n’a jamais rien fais pour empêcher Seren de détruire ce qui avait autrement fois été beau et puissant. Vous vous êtes contentés de plier l’échine face à Seren avec pour seule excuse qu’il maintenait l’équilibre. Un signe de discorde tu dis ? Oui, j’ai renversé l’ordre des choses et mis fin à votre petite paix factice et fausse. Je vous ai ouvert les yeux sur la pourriture qui peu à peu gangrenait le royaume. Déteste-moi autant que tu veux… jamais je ne m’excuserais pour cela. Car j’ai fais ce qui devait être fait. J’en assume pleinement les conséquences. »
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Aap
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Llyn

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le Jeu 10 Mai - 14:39


The wish I whispered
ft. Ren

Le Vide est le Chaos. C’est pour cette raison que son existence a été cachée aux yeux du peuple de Seele. Le néant n’est rien, n’apporte rien. Comment pourrait-il après tout ? Dans un sens, Llyn parvient à comprendre les choix des précédents souverains des Astres. Se débarrasser du danger, de l’incertitude que cela pourrait apporter. Même si les décisions prises ne sont pas forcément les bonnes, la jeune femme n’arrive pas à condamner entièrement les actes commis par le passé. Néanmoins, ceux de Seren n’ont jamais été acceptés. Que ce soit par Jilya et Desde, ou par Ama et elle. Mais qu’auraient-ils pu faire dans la situation où ils se trouvaient ? Comment stopper quelque chose de cette ampleur quand une menace pèse sur vous au moindre geste ?

Il est possible qu’elle soit allée trop loin. Llyn en a parfaitement conscience. Mais elle regrette davantage de se laisser aller de la sorte plutôt que les paroles prononcées. Ces dernières, elles les trouvent légitimes, contrairement à sa colère dont elle ne parvient toujours pas à comprendre la raison. Cet homme, elle ne le connait pas au final. Est-ce qu’une rencontre d’une heure ou deux il y a huit ans peut suffire à déclencher une telle avalanche de sentiments ?  Ca n’a pas de sens, et c’est probablement cela qui l’énerve réellement.

La magie a toujours fait partie d’elle, depuis sa naissance et davantage depuis trois ans. Alors quand la jeune femme sent une aura sombre autour de Ren, s’agrandir jusqu’à venir caresser ses pieds, un long frisson lui parcourir la peau, faisant ainsi dresser les poils de ses bras et les petits cheveux derrière sa nuque. Par instinct, sa main se rapproche de la garde de son épée pendant qu’il commence à répondre d’une voix sourde dans laquelle la colère est palpable. Pourtant, il reste calme, comme si rien ne pouvait ébranler son self control. Pourtant, même si le Souverain garde une voix posée, Llyn a un regard suffisamment avisé pour remarquer les crispations dans ses mains. Les paroles qu’il prononce lui font mal mais parviennent à lui faire trouver un semblant de calme. Les accusations qu’il porte à l’encontre de Aap lui sont douloureuses. Lorsqu’il termine de parler, c’est à elle de laisser passer un silence, regardant Ren. Elle fait deux pas vers lui avant de prendre à son tour la parole, d’une voix calme et posée, en opposition à celle dont elle a usée en arrivant.

« Des conséquences qui pourraient s’avérer terribles, non pas seulement pour Akasha, mais pour Seele tout entier. Et ça, tu ne sembles pas t’en rendre compte. Cela fait des siècles que le monde vit grâce à l’équilibre des gemmes, qui sait ce qu’il pourrait arriver maintenant ? Qui es-tu, toi, pour décider de l’avenir d’un royaume en brisant tout ce qui a été construit en tant d’années ? Tu m’accuses d’avoir plié l’échine face à Seren et aux horreurs qu’il commettait. Oui, je l’admets, Aap n’a jamais cherché à venir en aide à Akasha. C’est ainsi que les gens peuvent penser, je ne le nie pas. Mais il y a des affaires politiques dont tu ignores tout, toi qui viens de débarquer dans ce monde. Sache que si nous avions bougé ne serait-ce que le petit doigt pour contrer Seren, c’est l’armée d’Agni toute entière qui nous serait tombée dessus. Crois-tu vraiment que nous allions prendre un quelconque risque ? Crois-tu que nous aurions amené notre peuple à la mort ? Voir même entraîné le pays tout entier dans une guerre ? Est-ce que tu aurais pu assumer que tout Seele se retrouve plongé dans un tel conflit par ta faute ? Est-ce qu’une guerre n’aurait pas été un fardeau plus lourd que la couronne obtenue dans le sang que tu portes aujourd’hui ?  »

Ce ne sont pas des accusations, pas cette fois-ci, mais de réelles questions. Llyn n’était qu’une enfant quand tout a commencé, mais en grandissant auprès de Jylia et Desde, elle a appris à comprendre les rouages de la politique. La Souveraine de l’eau avait ses défauts, c’est certain. Plus d’une fois, Ama et elle sont allées lui demander pourquoi elle n’agissait pas. A chaque fois, on leur répondait que c’était le mieux à faire pour protéger les leurs. Llyn a fini par comprendre cette façon de penser, même s’il lui était difficile d’admettre que laisser des gens mourir était la chose à faire pour le bien de tous. Lorsqu’elle reprend la parole, ce n’est qu’un murmure.

« Tu parles de notre passivité face à Seren, mais il ne t’est jamais venu à l’esprit que te rendre aurait pu faire cesser tous ces massacres ? Si la vie du peuple d’Akasha te tient tant à cœur, pourquoi ne pas avoir mis fin à ta vie pour le protéger, plutôt que d’aller mettre en danger tout le royaume pour sauver ta propre vie ? Peut-être qu’avant de nous reprocher de n’avoir rien fait, tu devrais réfléchir à cela. »

Ce n’est pas ce que Llyn aurait voulu, loin de là. Dans sa situation, elle ne sait même pas comment elle aurait agi. Mais être accusée d’avoir laissé des innocents mourir, elle ne peut l’accepter.

« Après tout, qu’est-ce qu’une vie contre des centaines, voire des milliers ? »

Inconsciemment, ses yeux se sont mis à briller de larmes alors qu’elle s’est encore avancée vers lui pour plonger son regard dans le sien, au plus près. Lui montrer ce qu’elle peut ressentir en cet instant, quand elle reprend une dernière fois la parole.

« Oui, je suis en colère. Et je vais être honnête avec toi, j’ignore réellement pourquoi. Parce que tu as omis la vérité il y a huit ans ? Parce que tu as tué Seren et Isil ? Ou peut-être même parce que tu as disparu de ma vie juste après y être entré, pour réapparaître sept ans plus tard en tant que régicide ? Ne penses-tu pas que j’ai de bonnes raisons d’être en colère contre toi ? En colère… et déçue… »
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Ren

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le Jeu 10 Mai - 22:57
The wish I whispered...

Peu à peu, l’attitude de Ren changea face aux propos de Llyn. Tandis que la Gardienne recouvrait son calme et prenait la parole, laissait de véritables émotions prendre le dessus sur sa colère, le Souverain lui, sentait qu’en cet instant, un gouffre sans fin s’ouvrait sous ses pieds. Il ne ressentait plus rien. La colère avait disparu, aspirée par les questions de Llyn et ses théories. L’injustice, la révolte, tout cela disparut. En lui ne restait plus que le Vide. Un néant qui s’empara de tout son être, pulsant dans ses veines, faisant battre son cœur, transformant l’air qu’il respirait. Une vibration, une énergie qui venait électriser ses muscles, ses os, ses nerfs, tout ce qui faisait de lui un être vivant. Il n’était plus humain. En l’instant, Ren n’était plus et le cinquième élément se déchaina en lui, déferlante écrasante qui vint annihiler ses pensées, ses sentiments, ses paroles.

La beauté du jardin disparut. Le soleil se tut et plia devant la puissance de l’ombre qui s’avançait, grandissante, puisant sa force de cette enveloppe charnelle qui en cet instant n’était plus que le réceptacle d’une énergie bien trop grande pour elle, bien trop puissante pour pouvoir être contenue. Le regard de Ren s’assombrit et le bleu de ses prunelles disparut, effacé par un noir abyssal. Deux prunelles couleur de l’obsidienne, braquées sur la Gardienne, qui, si elle souhaitait y contempler son reflet, ne verrait plus que le néant le plus absolu. Son corps se mit à trembler tandis que le sol semblait s’ouvrir sous leurs pieds. L’ombre s’avançait, venant enlacer les deux protagonistes, murmurant, chuchotant, les appelant à elle. Une étreinte mortelle, dangereusement sombre mais si alléchante. Si tentante. Puis, dans un geste si rapide qu’il passa presque inaperçu dans l’air ambiant, Ren serra brusquement le poing et l’abattit sur le muret à côté de lui dans un geste d’une violence presque désespérée.

Le sol vibra, le jardin entier trembla et les pierres se désintégrèrent à l’endroit même où le Souverain avait abattu son poing. Puis, tout redevint calme. Le soleil reprit ses droits dans le ciel et revint baigner la petite cour d’une douce lueur dorée, dardant de ses rayons, réchauffant le sol et la pierre. Les arbres recommencèrent à murmurer et une légère brise vint chatouiller leur branchages. Comme si rien ne s’était passé. La seule différence notable dans ce décor, outre les quelques débris qui balayaient le sol au pied du muret, venait de Ren. Sa contenance avait disparu, son self-control également. Il ne regardait plus Llyn. Penché en avant, appuyé contre le muret, tout près de la crevasse qu’il avait lui-même créé, il semblait à deux doigts de s’écrouler. Son teint était livide, ses yeux écarquillés et sa respiration haletante. L’énergie de la gemme qui s’était déversée en lui semblait avoir emporté toutes ses forces, aspirant sa vitalité. Jamais encore depuis que le cinquième élément s’était emparé de lui comme réceptacle il n’avait fait face à une telle déferlante de puissance. Il avait bien entendu joué de cette puissance et de cette magie, l’avait utilisé sciemment. Mais jamais encore, il n’avait pu constater à quel point le Vide était effrayant. Effrayant et dangereusement attirant. Une main salvatrice et amie qui l’appelait, tentant de l’entraîner dans un abysse dont jamais il ne pourrait plus sortir.

Lorsqu’il se redressa et regarda Llyn à nouveau, son regard bleu était empli de haine, ses traits défigurés par le mépris. Il s’éloigna d’elle, la révulsion et le dégoût animant son corps pourtant endolori après une telle expérience. Elle avait réussi, par de simple mots, à lui faire perdre tout le contrôle qu’il exerçait sur lui depuis non pas sa prise de pouvoir mais depuis sa plus jeune enfance. Tout ce qui le caractérisait si bien, cette carapace qu’il avait façonné au rythme de ses découvertes, tout cela, elle l’avait fait voler en éclat. Aussi simplement que si elle avait claqué des doigts. Et il la haïssait pour ça. Plus que pour ses propos et ses paroles, il la haïssait en cet instant de tout son être. Voulait la briser de ses propres mains. Voulait la faire plier et la faire taire à jamais. Et ce sentiment était terrifiant. Car jamais encore il ne l’avait ressenti. Et à cette haine se mêlait un désir aussi dangereux et aussi primaire. Une onde de choc tandis que leurs magies s’effleuraient et se caressaient et que leurs auras n’étaient plus que voiles tangibles, si fins qu’on les distinguait à peine.

« Epargne-moi ta petite mascarade Llyn. » Il crachait ses mots, méprisant, transformé. « Garde ta colère et ta déception pour ceux qui en voudront. Tu es naïve… naïve et faible…  Tu te tiens là, tes grands yeux brillants de larmes, tentant de me faire croire à ta supposée sagesse quand je ne vois là que de la condescendance propre à ceux de ton rang. Tu ne sais rien. J’ai brisé ce qui a été construit… ? Ton équilibre si parfait a été construit sur les corps d’innombrables enfants et familles innocentes. Ton Royaume si cher à ton cœur ne tient que grâce à la corruption et à la lâcheté. Tu es tellement hypocrite... Mon ignorance tu dis ? Que sais-tu de moi ? Que sais-tu de ma vie pour juger que je ne sais rien, que je n’ai rien vu ? Llyn j’en sais tellement plus que toi… Tellement, tellement plus. Tu n’as pas la moindre idée de ce qu’il s’est passé durant ce dernier millénaire, tu n’as pas la moindre idée de la violence, de l’horreur et de l’abomination qui sévissait dans Seele, sous couvert de l’équilibre ! »

Il avait presque crié ces derniers mots. Il s’interrompit et se rendit alors compte qu’il s’était approché de la Gardienne en parlant, que ses pas l’avaient automatiquement amené vers elle et qu’à présent, le vide qui les séparait se réduisait de plus en plus. Il prit une lente inspiration, fixant la Gardienne, les bras le long du corps bien qu’il lui démangeait en  cet instant de la secouer, de lui faire comprendre à quel point ses propos étaient vides de sens et de raison. Il s’immobilisa, sa poitrine s’abaissant et se soulevant au rythme d’une respiration par trop rapide. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix était basse, contenue, bien que dans son regard, la fureur et le mépris se livraient un duel sans merci.

« Ainsi, tu penses donc que ma simple naissance a provoqué ce déchaînement de violence… Tu te trompes. Ma naissance l’a simplement rendue publique. Ma naissance et surtout ma disparition ont provoqué chez Seren la chute de son immortalité et de son invulnérabilité. Et cela l’a rendu fou. Mais je t’en prie… Si ma disparition peut régler tous tes problèmes et te rendre ton monde fait d’illusions et de mensonges, prends ton épée et tue moi. Si vraiment je suis le problème, qu’attends-tu ? Va demander au peuple d’Akasha ce qu’il en pense. Va leur dire que Seren aurait pu continuer à régner et à détruire leurs vies car l’enfant du Vide aurait été tué. Va leur dire que le héros que j’aurais été aurait ainsi contribué à leur rendre leur bonheur que j’ai osé leur voler en venant au monde. Va leur dire que tuer Seren n’était rien d’autre qu’une tentative pour moi de vivre. Je n’ai pas sauvé ma propre vie. Mon existence toute entière a été condamnée le jour de ma naissance, le jour où cette marque s’est imprimée sur mon avant-bras. Mais je suppose que tout cela, c’est un doux mensonge que tu dois te répéter le soir avant de t’endormir afin d’avoir la conscience en paix. J’ai mis un terme à votre pitoyable mascarade qui n’en finissait pas. J’ai honoré ceux qui avaient sacrifié leur vie pour moi car le changement était bien plus important pour eux que leur petit confort. J’ai mis un terme à cette hypocrisie qui suintait par tous les pores. J’ai fais ce qui aurait du être fait depuis des siècles mais qu’aucun de mes prédécesseurs n’a eu la chance de pouvoir tenter car ils furent tous arrachés au sein de leur mère et tués. Tes paroles… sont du poison. Ton esprit a été façonné par ce poison et par tous ces mensonges… Déçu… Je le suis bien plus que toi… »

A nouveau, sa voix tremblait devant l’émotion qui le saisissait en cet instant. Partir, il lui fallait partir. S’il restait un instant de plus, s’il laissait Llyn continuer ainsi, alors il ne pourrait plus répondre de rien et ne serait plus en mesure de contrôler la rage qui grondait en lui. Déjà il fit un geste pour s’écarter d’elle, puis il s’arrêta, se souvenant brusquement de certaines des paroles qu’elle avait prononcé.

« Tu disais être en colère parce que j’ai disparu de ta vie. N’as-tu pas pensé un seul instant que cela avait été prémédité ? Que tout ce que je t’ai dis à l’époque était sincère et que je ne pouvais supporter de lire la confiance que tu semblais prête à m’accorder dans ton regard sachant ce que j’étais ? N’as-tu pas pensé l’espace d’un seul instant que j’ai plus d’une fois songé que m’ôter la vie serait la meilleure solution ? Et que c’est pour cette raison que j’ai refusé de m’attacher à toi ? Ou à qui que ce soit d’autre ? Non Llyn… Apparemment tu n’y as pas pensé… Pas une seule seconde… Tu étais si innocente à l’époque… Et moi j’avais déjà la mort de tous ces enfants sur la conscience. Et si tu crois que je ne me suis pas méprisé de tout mon être pour cela… Alors tu te trompes lourdement. »
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Llyn

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le Ven 18 Mai - 2:00


The wish I whispered
ft. Ren

Tout devient noir. Le monde disparaît en un battement de cils. Le regard plongé dans celui de Ren, Llyn a soudain cette sensation que tout ce qui faisait de cette journée un moment agréable s’évapore aussi rapidement qu’une flaque d’eau en plein soleil. Les yeux bleus de l’homme face à elle ne sont qu’un puits noir sans fond, une illustration parfaite du vide et de sa représentation la plus parfaite. Si tout s’était arrêté à cela, Llyn aurait pu reprendre ses esprits, mais rien n’est aussi simple. Le sol semble soudainement s’ouvrir sous ses pieds pour l’engloutir à jamais. Cette impression de chute que l’on peut ressentir avant de se rendre compte que l’on se trouve dans notre lit, sauf que ce n’est pas le cas à cet instant. Son cœur semble s’arrêter de battre, sa respiration se coupe, alors que la chute lui paraît durer une éternité. Elle pourrait crier, mais aucun son ne franchit ses lèvres alors que ses doigts tremblants serrent la garde de son épée. Si la peur du vide l’étreint avec une force certaine, ce dernier est également extrêmement attirant, de la même façon qu’il peut l’être lorsqu’on se penche en haut d’un rempart. Cette envie de s’en approcher alors que le danger est bien réel. Pourtant, le pas de trop est fait et la chute est inévitable. Le choc du poing de Ren est hors de sa vision. Llyn ne voit rien mais l’onde se répand dans le sol pour remonter dans ses jambes et dans son corps. Elle entend la roche tomber comme un écho dans une salle vide. Puis tout revient à la normale, dans un nouveau battement de cils.

Les bruits environnants reviennent petit à petit, tout comme la caresse des rayons du soleil sur sa peau. Le souffle court, le cœur battant et les doigts crispés sur son épée, Llyn observe Ren comme si elle le voyait pour la première fois. Celui-ci l’a quitté des yeux, tout aussi tremblant qu’elle, et ne semble pas réaliser ce qu’il vient de se passer. La jeune femme se rend compte alors d’une chose : elle a peur. Une peur réelle et viscérale. Cet homme la terrifie. De part sa réaction à ses provocations et l’utilisation d’un pouvoir qu’il ne semble pas contrôler. La jeune femme recule d’un pas quand l’homme finit par se redresser pour la regarder. La colère et la haine qu’elle peut lire sur ses traits la rend méfiante, sur la défensive, prête à sortir son arme à tout moment. Sa peur est si forte qu’elle sent la présence d’Ama autour d’elle.
Llyn, que se passe-t-il ?
Il lui faut un moment pour parvenir à calmer les tremblements de son corps, pour parvenir à se détendre suffisamment pour rassurer Ama.
Je vais bien. Ce n’est rien.
Du moins elle tente encore de s’en convaincre quand Ren reprend la parole, rempli de haine à son égard. Etrangement, ça lui fait mal de voir toute cette colère tournée vers elle, alors qu’il est évident qu’elle en est la cause.

C’est également étrange de constater que le jeune homme si discret à l’époque de leur rencontre est devenu si bavard. Pourtant Llyn ne perd pas un mot de son petit discours. Chaque insulte lui donne la sensation de recevoir un coup de poignard en plein cœur. Il est possible, voir probable, qu’elle les ait mérité, mais ça n’empêche pas le tout d’être douloureux. Naïve, faible, condescendante, hypocrite… C’est donc ainsi qu’il la voit ? C’est donc de cette façon qu’il la perçoit ? Inconsciemment, la jeune femme desserre sa prise sur son épée jusqu’à la lâcher complètement, même quand Ren avale la distance qui les sépare pour se retrouver face à elle. Llyn lève les yeux, ne le lâchant pas du regard. A aucun moment. Puis c’est à son tour de reprendre la parole.

« Et toi Ren, que sais-tu de ma vie ? Que sais-tu de moi ? Penses-tu que parce que tu es parvenu à dire les choses que je souhaitais entendre dans le passé, cela te donne le droit de me juger de cette façon ? Penses-tu être le seul à avoir une vie remplie d’épreuves ? Arrête de jouer les enfants martyrs, tu veux ! Mon rang, comme tu dis, est porteur de maintes choses dont tu ignores tout. J’ignore ce que tu sais, mais je peux en dire autant de toi. Ma vie entière a été régie par l’histoire, les règles, les lois… Je t’interdis de dire que je suis naïve et ignorante. J’ai vu beaucoup de choses contrairement à ce que tu peux croire. Ne pense pas que parce que j’ai grandi et été élevée dans un palais, mon quotidien était futile. Ce serait faire une énorme erreur. »

Les lois de Seele, peu importe la contrée, Llyn les connait par cœur. Elle a appris chaque événement menant à la création ou à l’abolition d’une loi. L’histoire du Royaume n’a pas de secret pour elle, des Anciens Temps aux Nouveaux. Tout comme les secrets d’Aofa qui sont ancrés dans sa tête. Elle ignore probablement encore certaines choses, comme l’existence du Vide. Elle ne peut nier que l’apparition de Ren en Akasha a fait naître le doute sur les connaissances que Souverains et Gardiens pouvaient avoir. La bibliothèque renferme des choses dont ils ignorent la nature. C’est une réalité. Néanmoins…

« Une chose est sûre, en réagissant de la sorte à de simples provocations de ma part, en laissant tes sentiments contrôler tes pouvoirs, tu ne fais que montrer que tu manques d’expérience. Ça ne fait qu’un an que tu es en possession de l’essence même de la gemme d’obsidienne et tu es incapable de la maîtriser. Seren est devenu fou en se lançant dans une quête qui l’a tué à petit feu. L’absence de gardien à tes côtés te fera suivre le même chemin. »

Et Llyn ne peut s’empêcher de ressentir un pincement au cœur à cette pensée. L’histoire a montré qu’un Souverain sans Gardien ne pouvait se contrôler. Savoir que la probabilité que Ren se retrouve dans le même cas soit aussi grande lui fait peur, surtout après ce qu’elle vient de voir. Toutefois, si elle veut être honnête avec elle-même, ce n’est pas la seule raison. Un léger soupire lui échappe.

« Au final, nous sommes pareils, toi et moi. Formatés par un destin qui nous lie depuis l’instant même où nous sommes nés. Obligés de suivre une voie sans avoir de réel choix. Je n’ai pas choisi de devenir la Gardienne d’Aap comme je n’ai pas choisi cette voie qui m’a longtemps éloignée des jeunes de mon âge. Mais j’ai eu le choix de faire ce qui me semblait juste. » Volontairement, elle reprend mot pour mot les paroles qu’il a prononcées à son encontre il y a bien longtemps. « Tu n’as pas choisi de naître avec cette marque, mais toi seul a décidé d’emprunter le chemin que tu as pris. C’est ce qui t’a semblé juste, que ce soit le moindre mal ou non. Ton existence entière a été condamnée le jour de ta naissance, comme chaque souverain avant toi, dans chaque contrée. Comme chaque gardien. Nous n’avons jamais eu le choix. Tu n’es pas le seul. Tu n’es pas seul. »

Comment savoir si le destin les formate réellement ou si ce sont eux qui le modèlent à leur convenance ? Qu’est-ce qui est réellement décidé ou non ? Aujourd’hui, Llyn ne sait plus quoi penser avec certitude. Elle qui a longtemps pensé que les choix qu’elle faisait étaient dictés par sa propre naissance, est-ce vraiment le cas ? Cependant, ce n’est pas réellement le moment de se perdre dans ses propres réflexions.

« Tu m’as posé une question à l’époque. Tu m’as demandé si j’avais peur de toi. Je t’ai répondu non. Parce que c’était réellement le cas. Mais aujourd’hui, oui, tu me fais peur Ren. Non pas pour ce que tu es, qui tu es ou pour ce que tu as fait jusqu’à aujourd’hui, mais parce que j’ignore à quoi tu penses. J’ignore ce dont tu es capable et jusqu’où tu mèneras le Royaume de Seele. » Les paroles d’Ishüen lui reviennent. « La paix que tu veux bâtir ne se fera pas sans sacrifice. Peu importe la façon dont tu t’y prendras. J’espère que tu as conscience de cela et que tu es prêt à en assumer la responsabilité. »

Pas de sarcasme ni d’ironie, simplement un constat sincère. Même si l’année passée a vu naître quelques tensions, le royaume est resté plutôt calme. Mais comme le lui a dit Ishüen, les graines du changement ont été semées. Seul le temps pourra leur dire ce qui en germera. Prenant son courage à deux mains, Llyn lève la main pour la poser sur la joue de Ren.

« Je suis désolée. Désolée que tu aies dû vivre ce que tu as vécu. Désolée de ne pas avoir pu comprendre le véritable sens de tes paroles il y a huit ans. Mais je ne m’excuserai pas d’avoir peur ou de manquer de confiance en toi. Je ne peux pas. Tu es entré avec violence sur la scène de Seele, brisant tout ce qui a été bâti jusqu’à aujourd’hui, de bonne ou de mauvaise façon. Nous ignorons tous ce qu’il va se passer dans les mois, les saisons, les années à venir. Nous ignorons comment en ressortira le royaume. Alors je ne peux pas faire comme si de rien n’était. Je ne peux pas entraîner mon peuple, ma contrée, dans un conflit dont l’issue restera incertaine très longtemps. Ça m’est impossible. Et j’espère que ça, tu peux le comprendre. »

Sa main retombe le long de son flanc.

« De la même façon que je comprends, ne serait-ce qu’un peu, ce qui t’a poussé à agir. »

Parce que chaque mot, chaque information, chaque couteau planté dans son cœur durant les dernières minutes passées en sa compagnie, depuis qu’elle a franchi l’entrée de ce jardin, lui ont fait prendre conscience du mal qui a pu le ronger durant des années.
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Ren

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le Sam 19 Mai - 23:00
The wish I whispered...

La situation devenait incontrôlable. Jamais Ren n’aurait pu penser que Llyn apparaîtrait réellement et que s’en suivrait un tel échange. Plus que cela, ses propres réactions l’effrayaient, le faisaient douter. La présence de la jeune femme avait suffi à raviver une colère et une amertume qu’il avait appris à enfouir au plus profondément de son être. Plus que cela, ses paroles avaient déclenché en lui une rafale d’émotions toutes si puissantes qu’il s’était senti tituber. Il n’aimait pas ça. Il n’aimait pas l’emprise que semblait posséder la jeune femme sur son self-control. Il ne pouvait pas le perdre. Car qui pourrait prédire ce qui arriverait s’il se laissait véritablement aller et qu’il abattait toutes ses défenses, autant mentales que psychiques. Il n’osait y penser. Partir… Il devait partir.

Même si la caresse du Vide l’avait effrayée, cela n’avait pas empêché Llyn de reprendre la parole. Fermant les yeux, se détournant, Ren fit appel à toute sa bonne volonté pour tenter de contenir le flot de paroles toutes plus virulentes les unes que les autres qui venait s’écraser contre les parois de son esprit, tentant de se libérer. Il savait sa colère toujours incandescente et de cela résultait une envie de faire taire la Gardienne, de l’empêcher de parler. Un besoin irrépressible, une pulsion qui relevait de l’incohérence. En l’entendant parler de son inexpérience, il rouvrit les yeux, le visage fermé, sombre, son regard devenu de glace. Un sourire amer vint se dessiner sur ses lèvres en l’entendant évoquer l’absence de Gardien à ses côtés. La vision d’Isil s’imposa à son esprit. Pendant un instant, il fut tenté de lui dire. Pendant un instant, il voulut lui dévoiler la vérité. Qu’il avait toute sa vie eu un Gardien. Qu’il avait été protégé comme aucun autre Souverain avant lui ne l’avait été. Mais qu’il l’avait perdu. Car ainsi fonctionnait le Royaume de Seele.

Mais tout cela, il le garda pour lui, reléguant ces souvenirs et cette douleur au passé. Il s’apprêtait à se détourner définitivement de Llyn, à la laisser sur place et à ne plus l’écouter. Il n’était après tout pas venu pour cela. N’avait pas à prendre ombrage des paroles d’une femme qu’il n’avait connu que quelques heures dans une autre vie. Et pourtant… Toute la colère et le mépris de son regard disparurent lorsqu’il entendit ces paroles si familières résonner dans la petite cour. Son regard s’écarquilla sous la surprise et il dévisagea la Gardienne, interdit. Car ces paroles qu’elle prononçait en cet instant étaiet les siennes, qu’il avait prononcé à son encontre il y avait huit ans de cela, lorsqu’en lui s’était déroulé un combat acharné afin de déterminer s’il pouvait ou non dévoiler la vérité à la jeune fille qu’il avait enlevée à ses études rébarbatives de langues anciennes. Et plus il l’écoutait et plus il sentait ses défenses s’ébranler face aux changements brutaux dont il était le témoin depuis qu’elle était apparue devant lui.

Il ne comprenait plus, ne savait plus ce qu’elle souhaitait réellement. Il avait pensé qu’elle voulait le blesser, le provoquer afin de lui donner une excuse suffisante pour se débarrasser du chaos qu’il symbolisait. A présent, il n’en était plus sûr. Il continuait de l’écouter, tentant d’analyser ses paroles, de trouver un sens à toute cette scène qui en l’instant lui paraissait irréelle tant tout cela était absurde. Puis, elle s’avança légèrement et au contact de sa main contre sa joue, Ren plongea dans ses prunelles pailletées d’améthyste. Il écouta ses paroles sans savoir si elle s’excusait auprès de lui ou auprès d’elle-même. Mais quelle importance. Ses peurs pour l’avenir, ses inquiétudes pour son peuple, tout cela Ren pouvait le voir. Lorsque la main de Llyn retomba, le Souverain prit une lente et profonde inspiration, fermant à nouveau les yeux, avant de les rouvrir, son regard se faisant à nouveau dur.

« Il devient très difficile de te suivre Gardienne… Je ne sais de toi et ne juge que ce que je vois, ce que j’entends. Ce que tu me montres. Ne viens pas me reprocher d’avoir une image peu reluisante de ta personne en cet instant… » Un soupire s’échappa d’entre ses lèvres et il sentit une immense fatigue s’emparer de tout son corps et embrumer son esprit. « Tu n’es pas la seule à avoir peur Llyn. Pendant longtemps j’ai eu peur de ce que j’étais, du futur qui m’attendait. Aujourd’hui, j’ai peur de toi Gardienne. J’ai peur de mes réactions lorsque je suis près de toi. Jamais encore je n’avais eu à détruire quoique ce soit pour m’assurer que mon interlocuteur ressortirait vivant de notre entrevue… Et crois-moi, j’en ai entendu des choses qui auraient pu me pousser à faire disparaitre certaines personnes déplaisantes. Tu dis ne pas savoir à quoi je pense. Au contraire, je peux deviner tes pensées aussi aisément que si elles étaient les miennes. Tes yeux sont le reflet de ta pensée et de ton cœur, tu ne peux tromper personne. En revanche, tu es imprévisible. Il n’y a aucun doute sur le fait que ton élément te correspond à la perfection… »

A nouveau, son regard se durcit. Il refusait de se laisser atteindre à nouveau, de se laisser aller à imiter la jeune femme et à laisser parler toutes ces émotions qu’il avait gardées en lui depuis leur première rencontre.

« Je suis étonné… que tu te souviennes de mes paroles. Je pensais ne t’avoir laissé qu’un souvenir flou, embrumé. Rien de tout cela ne faisait sens pour toi. Et pourtant… »

Sa voix n’était qu’un murmure, comme s’il se parlait à lui-même et non plus à la jeune femme qui lui faisait face. Son regard était absent, distrait, tandis qu’il se replongeait dans le souvenir de leur première rencontre. Ces longues mèches gorgées d’eau, ces yeux violets emplis d’incompréhension et cet échange si marquant. Sans qu’il ne le réalise, à son tour sa main s’éleva et vint capturer une des boucles noires qu’il fit danser entre ses doigts.

« Je me souviens de chaque parole. De chaque mot. N’essaye pas de retourner ces paroles contre moi aujourd’hui Llyn, tu n’y arriveras pas. » Sa main retomba et son ton redevint froid, son regard, méfiant. « Tu as raison d’avoir peur. Tu as raison de ne pas me faire confiance. Car votre équilibre ne m’intéresse pas. Il est faux. Factice. Les sacrifices existent depuis la nuit des temps. Je serais responsable de certains d’entre eux. Comme je te l’ai déjà dis, j’assume l’entière responsabilité de mes actes et j’avance la tête haute. Condamnés tu dis… Je doute que vos naissances aient apporté le malheur autour de vous, au contraire… Je n’attends rien de toi Llyn… Rien que tu ne puisses me donner. »

Il s’interrompit. Puis, un fin sourire vint étirer ses lèvres. Un sourire froid, dénué de la moindre émotion, reflet de son regard d’acier. A son tour, il reprit ses propres paroles, jouant le jeu de la Gardienne.

« Tu as peur Llyn, c’est un fait et je ne te blâme pas pour cela au contraire, je pense que c’est ta première réaction sensée… mais souhaites-tu partir ? »
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Llyn

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le Dim 27 Mai - 14:23


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ft. Ren

S’il y a des personnes que l’on peut oublier rapidement, qui ne nous marque pas, d’autres, au contraire, ont un impact fort sur notre vie. Une rencontre peut être si brève qu’elle ne deviendra qu’un souvenir lointain dans notre esprit, mais avoir autant d’importance qu’une personne faisant partie intégrante dans notre histoire. D’une simple phrase, un inconnu peut changer la vie de quelqu’un. D’un simple geste, il peut changer beaucoup de choses dans le cœur d’un individu. Ren fait parti de ceux-là. Une rencontre, aussi éphémère qu’étrange, est parvenue à impacter la vie d’une jeune femme, promise à un avenir tout tracé. Une jeune femme qui, à l’époque, ne voyait aucune échappatoire à cette vie d’isolation à laquelle elle faisait face. Mais lui, cet homme aux yeux bleus, aussi discret que solitaire, est parvenu à lui faire ouvrir les yeux sur la façon dont elle se percevait elle-même. Pour lui, c’était probablement bien peu. Pour elle, c’était beaucoup.

Llyn se souvient de leur rencontre aussi précisément qu’elle vit leur face à face du jour. Chaque geste, chaque mot, tout a été imprimé dans son esprit aussi sûrement que du fer rouge sur de la chair. Quand elle y repense, il lui arrive même de ressentir la fraîcheur de la pluie qui s’égouttait tranquillement des mèches de ses cheveux. Tant de petits détails qui sont parvenus à lui assurer que cette rencontre n’avait pas été qu’un rêve, mais bien la réalité, aussi étrange soit-elle. La surprise que la Gardienne peut lire dans le regard de Ren quand il entend ses propres paroles être prononcées après huit ans, lui indique qu’il ne s’attendait probablement pas à l’avoir marqué de cette façon. Surprise qui s’intensifie lorsqu’elle vient poser sa main sur sa joue, contrastant fortement avec la colère dont elle a pu faire preuve au début de la conversation.

De nouveau, c’est au tour de Ren de reprendre la parole. Celui-ci exprime sa propre peur face aux réactions qu’elle parvient à provoquer chez lui. Llyn ignore de quelle façon elle doit prendre ce genre d’aveux. Que veut-il sous-entendre ? Néanmoins, son cœur manque un battement quand il avoue que le muret a été détruit pour éviter qu’elle-même se retrouve tuée par inadvertance. Plutôt rassurant…. Elle détourne légèrement les yeux lorsqu’il prétend qu’ils peuvent lui révéler ses pensées aussi facilement. Il ment. Elle a appris depuis des années à cacher ses émotions. Pourtant, tout comme elle lui fait perdre le contrôle de sa colère, Ren lui fait perdre le contrôle de son propre masque. La jeune femme reporte de nouveau son regard vers le sien alors qu’il exprime son étonnement face aux souvenirs qu’elle peut avoir de leur rencontre. C’est à son tour de lever la main vers elle pour venir jouer avec l’une de ses boucles. Elle le laisse faire, frémit à peine.

« As-tu peur Llyn… ? Souhaites-tu partir ? »

Ces questions qu’il lui a posé il y a huit ans, les revoilà. Encore une fois. Elle ne répond pas tout de suite mais garde son regard plongé dans celui de Ren. La logique voudrait qu’elle réponde « oui » et qu’elle s’en aille. C’est ce que sa tête lui hurle de faire. Va-t-en. A quoi bon rester face à un homme qui n’a pas la même façon de penser, qui perd le contrôle de sa colère et, par extension, de ses pouvoirs ? Cet homme n’est rien pour elle, si ce n’est un usurpateur sur un trône qui ne lui appartient pas… entièrement. Pourtant, elle ne bouge pas, restant face à lui, ne sachant quelle décision prendre. Celle de la raison et de la logique, ou l’autre ? Un soupir finit par lui échapper.

« Non. »

Quelle idiote n’est-ce pas ? Un léger rire nerveux lui échappe et la jeune femme se passe la main dans les cheveux avant de relever de nouveau les yeux vers lui.

« Non, je ne souhaite pas partir. Et pour être honnête je ne sais même pas pourquoi. Après tout, si tu n’attends rien de moi, pourquoi devrais-je rester ? Tu as dit qu’il était difficile de me suivre, que je te faisais perdre le contrôle de tes propres réactions. Mais… Je pourrai dire la même chose. J’ai l’impression d’être incapable de réagir de façon logique quand je suis avec toi. C’est complètement stupide… »

Ces derniers mots, Llyn les murmure principalement pour elle-même. Elle ferme brièvement les yeux, prend une profonde inspiration et les rouvre.

« Tu ne te rends même pas compte de ce que tes paroles ont fait. Tu pensais sûrement que ce n’était rien, juste des mots prononcés dans le vent. Ce n’était pas le cas pour moi. J’ignore ce que tu attendais en disant tout cela à l’époque, si ça avait un but quelconque, mais je ne les ai pas oubliées, contrairement à ce que tu peux croire. »

La Gardienne se mord la lèvre, comme si elle venait d’avouer quelque chose qu’elle n’aurait pas dû. Un nouveau soupir et elle se reprend.

« On m’a appris à faire face à ma peur, à ne pas lui tourner le dos. Mais toi, Ren, souhaites-tu partir ? »
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Akasha
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Ren

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le Lun 11 Juin - 13:04
The wish I whispered...

Elle détourna le regard, fuyant le sien. Tout dans son attitude démontrait qu’elle ne souhaitait pas être là, qu’elle ne souhaitait pas avoir à faire à lui. Cela il le comprenait aisément. Ce qu’il avait fait était condamnable et il n’y avait aucune raison pour que la jeune femme pense différemment du reste de la classe dirigeante. Pas avec les connaissances qu’elle possédait et qui n’étaient pas entières. Nul autre que Vilya et Celian ne savaient le fin mot de l’histoire, la vérité vraie sur ce qu’il s’était passé. Et Ren escomptait que cela ne change pas. Alors il attendit la réponse de Llyn, persuadé qu’elle serait celle qui mettrait cette fois-ci fin à leur entrevue. Très certainement la dernière. Et pourtant…

Il ferma brièvement les yeux. Il était un homme logique, rationnel, calculateur. Et la logique aurait voulu que Llyn souhaite partir et le fasse. Mais elle ne le fit pas. En entendant son rire nerveux, Ren rouvrit les yeux et la regarda se passer une main dans les cheveux, comme si elle-même ne comprenait pas réellement ce qui venait de se passer. Elle releva à nouveau le regard vers lui et, prudent, Ren resta de marbre, une expression indéchiffrable sur son visage. Les propos de Llyn accentuèrent cette incompréhension qui semblait régner entre eux deux et Ren ne put empêcher un petit sourire de venir craqueler son masque de neutralité. Elle disait vrai, leurs réactions à tous deux étaient exagérées, injustifiées et pour le moins surprenantes. Comme deux enfants qui n’auraient comme seul plaisir et unique but de pousser l’autre à bout.

C’était du moins tout ce que souhaitait Llyn apparemment. Elle reprit à nouveau la parole et un profond soupir d’exaspération s’échappa de la poitrine du Souverain tandis qu’elle supposait que leur rencontre il y avait huit ans n’avait eu aucun impact sur lui et que tout ce qu’il avait pu lui dire… n’était que du vide. Pendant un instant, il soupçonna la jeune femme de le provoquer pour le simple plaisir, mais devant cette expression coupable qu’il vit passer dans son regard tandis qu’elle se mordait la lèvre, il dut se rendre à l’évidence. La jeune femme ne savait que penser. Ses émotions et pensées étaient conflictuelles. Et à sa dernière question, Ren sut que rien de ce qu’il s’apprêtait à dire ou faire n’aiderait Llyn dans son combat intérieur.

“Oui.”

La réponse, cinglante, avait brisé le silence qu’il avait laissé s’installer entre eux après la dernière question de Llyn. Oui, il souhaitait partir. Oui, il souhaitait n’avoir jamais rencontré la Gardienne. Mais plus que cela, il souhaitait effacer la colère et la haine qu’elle lui portait et pouvoir à nouveau lui apporter son aide pour une quelconque leçon de langues anciennes. Effacer le gouffre de huit années qui s'était formé entre eux et revenir à cette période où personne ne savait encore ce que sa naissance signifiait.

“Oui je souhaite partir car l’un de nous deux doit faire preuve de bon sens et mettre fin à ce supplice que nous sommes tous deux en train de nous infliger… mais je ne le ferais pas. Car il semble que je dois également dénué de la moindre parcelle de bon sens en ta présence.”

Son ton était plus doux, plus tranquille. Il disait la vérité. Lors de leur première rencontre, il n’avait pas écouté une seule fois la raison et laissé son coeur décider et parler pour lui. Huit ans plus tard, alors que son coeur était enfermé derrière un mur d’acier imprenable, il pouvait cependant le sentir battre au plus profond de son être. Une sensation angoissante et terrifiante mais également étrangement chaleureuse. Une véritable symphonie d’émotions, toutes plus fortes, vives et incontrôlables.

“Je ne prononce jamais de paroles dans le vent Gardienne, cesse de m’insulter je te prie… Tout ce que j’ai pu te dire… je m’en souviens. Et je croyais en chacune de mes paroles. Mais plus que tout je croyais en ma peur. Celle qui me disait que ton regard s’assombrirait de haine le jour où tu apprendrais la vérité. On ne m’a pas appris à faire face à ma peur ou à lui tourner le dos. On m’a appris à vivre avec. A l’accepter. Peut-être est-ce une bonne chose… peut-être pas… Mais c’est ainsi. Est-ce elle qui a provoqué ce que je redoutais tant ? Peut-être… Je n’ai pas la réponse à ces questions.”

Son masque se fissura, une lueur d’incertitude vint embrumer son regard. Ses épaules s'affaissèrent, ses traits s’adoucirent. Comme si son armure avait brusquement fondu sous le soleil de Saphir et qu’il ne restait plus que l’homme qu’il était, mis à nu sous les remarques de Llyn.

“Ici...personne ne te jugera. Personne ne te regardera… Sois qui tu désires être en cet instant. La Gardienne qui me hait pour mes crimes. Ou la femme qui refuse de quitter ce jardin malgré tout. Qui seras-tu Llyn ? Moi… j’ai choisi d’être celui qui cherchait de l’aide dans ton regard, celui qui craignait d’y voir de la peur ou de la haine et qui s’est éloigné car effrayé. Effrayé par ce que j’étais, par ce que l’avenir me réservait… mais surtout effrayé de ne plus voir dans tes yeux la confiance que tu souhaitais m’accorder et ne plus y lire que de la déception.”

A nouveau, sa main s’éleva, emprisonnant le visage de la jeune femme entre ses doigts, doux mais sûrs d’eux. Relevant son visage vers lui tandis qu’il se pencha en avant, ses prunelles ancrées aux améthystes qui l’avaient toujours fasciné, ses lèvres frôlèrent les siennes le temps d’un souffle, d’un soupir. Sensation aérienne, si légère qu’on pourrait douter de son existence, mais qui laissait pourtant une trace brûlante dans son sillage. Un murmure, un chuchotement, tandis qu’à nouveau le jardin semblait plongé dans la pénombre, dénué de la moindre vie autre que celle qui s’écoulait d’eux deux.

“Te souviens-tu du voeu que j’ai murmuré… ? Si tu en viens à me détester… rappelle-toi que je suis celui à qui tu as demandé de l’aide… et non pas les étudiants de la table d’à côté…”
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Aap
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Llyn

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le Dim 1 Juil - 20:43


The wish I whispered
ft. Ren

Dans le silence qui s’installe après sa question, Llyn se demande quelle réponse elle aimerait entendre. Si une part d’elle-même aimerait que l’un d’eux face au moins preuve de bon sens et s’en aille, l’autre aimerait qu’il refuse de partir, tout comme elle. Serait-ce une façon pour elle de se rassurer sur ses propres agissements ? Probablement. Depuis le moment même où elle est arrivée dans ce jardin, la Gardienne n’a ressenti que l’envie de faire demi-tour, de quitter cet endroit et ce qu’il représente. Mais qu’est-ce qu’il représente, au juste ? Elle ne le sait pas elle-même. Son cœur s’est mis à battre dans l’attente de cette réponse qui ne vient pas. L’envie de lui reposer la question, de l’envoyer promener ou de partir lui effleure l’esprit, mais la jeune femme se contente de le regarder, incapable de faire le moindre mouvement ou de dire quoique ce soit. Comme si elle attendait simplement la chute d’une bombe. Bombe qui finit enfin par s’écraser dans le silence du jardin.

« Oui. »

Pendant une seconde, ça lui coupe le souffle alors qu’elle s’attend presque à le voir la dépasser pour quitter le jardin, comme il l’a fait il y a huit ans, la laissant seule ici avec ses interrogations. Mais à la place, Ren reprend la parole pour justifier cette réponse qui lui fait plus mal que ce qu’elle pensait. Ses mots sont exactement ce qu’elle pensait juste avant qu’il ne parle. Néanmoins, comme il le dit si bien, le bon sens semble les avoir déserté tous les deux. Il est difficile pour Llyn de savoir ce qu’il peut bien sous-entendre dans tout ce qu’il peut dire. Ren lui semble tellement étranger qu’elle se sent incapable de lire entre les lignes. Accepter sa peur et vivre avec. Cela ne lui viendrait même pas à l’esprit.  Elle a appris à combattre et à être forte, à ne jamais laisser quoique ce soit la rendre faible.

Les épaules du Souverain du vide s’affaissent tandis qu’il soupire, visiblement tout aussi perdu qu’elle. A quoi jouent-ils à rester ainsi à se dire des choses qui les font souffrir et les perdent tout autant l’un que l’autre ? Ca n’a aucun sens. Puis la jeune femme sent son cœur louper un battement alors que Ren prononce de nouveaux des mots qu’elle a déjà entendus par le passé. « Ici, personne ne te jugera, personne ne te regardera. Tu peux être qui tu désires, personne n'en saura jamais rien. » Qui je désire être... Encore aujourd’hui, Llyn n’a pas de réponse à cela. Elle ignore qui elle désire être vraiment. Elle n’a jamais eu l’opportunité de réfléchir à cette question, trop ancrée dans le rôle qu’on lui a donné. La main de l’homme face à elle se lève pour venir attraper son visage et cette fois c’est au moins deux battements que son cœur loupe avant qu’il ne s’emballe alors qu’il s’approche d’elle. Son regard s’écarquille et Llyn n’ose pas faire le moindre geste alors que sa raison lui hurle d’attraper son poignard pour l’obliger à la relâcher face à la crainte de ce qu’il s’apprête à faire. Leurs lèvres se frôlent à peine et la jeune femme a même l’impression d’avoir imaginé ce contact éphémère avant qu’il ne se recule juste assez pour qu’elle ait la sensation de respirer à nouveau. Ne vient-il pas de l’embrasser ? Ou bien l’a-t-elle simplement rêvé ?

Ce vœu, elle s’en souvient, comme un écho lointain du passé. Je m’en souviendrai. C’est ce qu’elle lui a dit à cette époque, alors qu’il était déjà en train de quitter le jardin en la laissant sur place. Aujourd’hui, elle ne parvient néanmoins pas à se souvenir pourquoi c’est vers lui qu’elle s’est dirigé pour lui demander de l’aide. Pourquoi a-t-elle engagé la conversation avec cet homme qu’elle ne connaissait pas ? Pourquoi lui et pas un autre ? Y’a-t-il eu un geste de sa part qui l’a poussé vers lui ? Un mot ? Un regard ? Autre chose ? Llyn a beau essayer de s’en souvenir, ça ne lui revient pas. Pourtant, elle se souvient que c’est à lui qu’elle a parlé. A lui et à personne d’autre.

« Je m’en souviens. »

Cette phrase qui a tourné dans sa tête pendant un moment encore après ça, comme toute cette conversation irréelle. Toutefois, il a raison sur une chose, la gardienne et la femme en elle se battent pour prendre la place la plus importante. Le duel qui fait rage en elle est épuisant et difficile à régler.

« Peu importe ce que tu choisis d’être Ren, cela n’efface malheureusement pas ce que tu as fait, et cette autre facette de toi qui existe. Tout comme pour moi, la gardienne ne pourra jamais effacer la femme que je suis, et inversement. Elles doivent apprendre à vivre ensemble, de la même façon que tu as appris à vivre avec ta peur. Ce que je dis n’a peut-être pas de sens, ni pour toi, ni même pour moi, mais la réalité est bien là. Malgré nous. »

Ses mains se lèvent pour venir se poser sur les siennes et les retirer doucement de son visage. Elle les tient quelques secondes avant de les relâcher dans un soupir.

« Je me souviens de ce que tu m’as demandé avant de partir d’ici, je ne l’ai pas oublié, malgré la véracité de tes propos. Mais sache que je ne déteste pas l’étudiant à qui j’ai demandé de l’aide il y a huit ans, je déteste l’homme qu’il est devenu et le chemin qu’il a emprunté. Peut-être qu’un jour, je parviendrai à te pardonner, je l’espère… »

C’est à son tour de lever une main pour venir se poser sur sa joue légèrement râpeuse. Son regard se plonge dans le bleu de ses yeux.

« Au final, si nous n’avions été ni souverain ni gardienne, les choses auraient pu se passer différemment. Mais nos destins en ont décidé autrement… »

Dans ses prunelles prend place une lueur de tristesse et de déception. Si leurs places dans le monde avaient été différentes, nul doute qu’elle aurait agi d’une autre façon avec lui. Nul doute que ses sentiments auraient été moins conflictuels. Malheureusement, le destin semble vouloir s’immiscer entre eux avec sournoiserie.
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Akasha
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Ren

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le Lun 13 Aoû - 19:48
The wish I whispered...

A nouveau, le jeune Souverain retint le soupir qui montait en lui. La jeune femme semblait en proie à un véritable combat d’identité et en être le témoin éveillait en lui un sentiment de frustration et d’impatience qu’il parvenait tant bien que mal à contenir. Il ramena ses mains le long de son corps et un instant, son regard erra sur le jardin derrière Llyn. Le vent soufflait doucement, la brise marine amenant une fraîcheur bienvenue et il observa le doux mouvement de la végétation qui restait imperméable au spectacle bien étrange qu’ils offraient. Puis, il regarda la Gardienne, observa la tristesse et la déception qui animaient ses traits. Deux sentiments qu’elle s’infligeait elle-même, prisonnière d’un conflit intérieur qu’il avait déjà remarqué lors de leur première rencontre et qu’il peinait à comprendre.

« Je vois… Tu détestes donc l’homme que je suis aujourd’hui. J’avoue être assez curieux Gardienne… Que sais-tu de moi au juste ? Et que savais-tu de moi il y a huit ans de cela ? »

Il sentait que la colère l’avait pour le moment quitté, laissant place à une profonde exaspération qu’il dissimulait aussi mal que la jeune femme dissimulait ses sentiments. Mais il n’eut pas le temps de dire à Llyn ce qu’il pensait de ses dernières paroles. Des pas résonnèrent sur les pavés et Ren se redressa, se rendant compte qu’il s’était penché en attente d’une réponse à ses dernières interrogations. Il fronça légèrement les sourcils en voyant Fearghas apparaître devant eux. Ce dernier s’inclina face à lui puis face à Llyn.

« -Sire… Ma Dame… Pardonnez-moi de vous interrompre.
-Que se passe-t-il ?
-Le temps passe Sire… Nous devrions nous remettre en route.
-Je vois… »


Ren n’était pas dupe. Il connaissait parfaitement la raison de cette interruption. Son petit éclat avait dû se faire remarquer parmi ses hommes, postés non loin des murs du jardin. Mais il ne dit rien et se contenta de hocher la tête avant de s’adresser à nouveau au soldat, tout en regardant Llyn.

« Nous avions fini de toute façon. »

Son ton était froid, son masque était revenu. Il ne restait plus aucune trace de leur échange sur son visage. Il inclina légèrement la tête vers elle et se détourna, s’en allant rejoindre le soldat qui attendait, baissant respectueusement la tête alors que son Souverain s’approchait. Ce dernier s’arrêta un instant, comme s’il venait de se rappeler quelque chose et, se retournant vers la Gardienne, il prononça ses derniers mots pour elle, un sourire ironique aux lèvres et une lueur entendue dans le regard.

« Nous nous reverrons Gardienne. Et nous reprendrons cette conversation. Une fois que tu auras décidé d’arrêter de te cacher derrière ton destin. »

Et il partit, suivi par le capitaine de la garde qui gardait le silence, laissant la Gardienne à nouveau derrière lui, comme dans le passé. Et à nouveau, divers sentiments venaient éclore petit à petit dans son cœur, faisant écho à ce face-à-face qu’il laisserait maintenant derrière lui et auquel il ne repenserait plus que lorsqu’il serait en sa seule compagnie. Jusqu’à leur prochaine rencontre.
lumos maxima

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