Seigneur des Chevaux
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Ishüen

Seigneur des Chevaux
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le Lun 9 Avr - 21:31
 
Les maîtres des secrets


Le désert n’a pas de limites. Il commence avant même que l’on en aperçoive les premiers reliefs. Bien avant que les premières vagues de sable ne viennent crépiter au pied du voyageur, son souffle remonte dans les terres, réchauffe les cultures et assèche les rivières. Parfois, il chevauche le vent pour porter ses armées bien au-delà des frontières qu’on veut lui prêter et même ceux qui ignorent la voix des djinns courbent la tête pour se mettre à l’abri lorsqu’il obscurcit le ciel. Et bien entendu, il continue de s’étendre après que le dernier pas du dernier homme assez courageux pour s’y enfoncer ait foulé le sable. Nul n’a jamais vu la fin des dunes après les Dents du Lion, nul ne la verra jamais car il faudrait être capable de porter bien plus que son poids en eau pour espérer y parvenir. Ainsi, le désert rouge n’a pas de limites. Il règne en maître sur le sud de Seele et personne ne peut contredire sa loi implacable. Les habitants de Tenib le savent peut-être mieux que quiconque, eux qui vivent à la lisière de son infinie fournaise. Le dernier battement de cœur humain avant que le néant doré ne dévore l’horizon.

La caravane du Seigneur des Chevaux arrive en vue de la ville une heure avant le coucher du soleil. Le soulagement se relaye d’un bout à l’autre du serpent de bêtes et d’hommes, la nouvelle délassant chacun par avance après ces longs jours de marche entre les dunes. Tous se hâtent d’atteindre la petite cité, pressés de s’abriter de la chaleur et de se reposer, et face à eux la ville aussi s’active pour recevoir. Le caravansérail grouille de voix et de pas trottinant de toutes parts, on prépare écuries, chambres, nourriture et boissons pour ces hôtes de marque. Mais lorsque les voyageurs arrivent enfin, seuls les animaux et les caravaniers font halte. Ishüen, lui, continue sa route avec une partie de l’escorte, menant son chameau jusqu’à l’une des plus grandes demeures de la petite cité. Il n’a jamais réellement su pourquoi Yussuf ben Najr a choisi de s’installer ici, dans cet endroit éloigné de tout aux confins d’Agni. Bien sûr, c’est une des sources de la richesse du pays. Le cuir et l’orfèvrerie de Tenib comptent parmi les plus réputés du continent, nombreux sont ceux qui viennent de loin pour s’en procurer ou qui paient à prix d’or pour en trouver sur les marchés. Mais lui ne pourrait pas vivre dans un lieu si reculé, si proche des Dents du Lion qui sont le séjour des djinns et du gouffre brûlant du désert qui s’étend tel le vide après les murs. Il n’y a que pour ce vieil ami de son père qui marie son fils aîné qu’il a consenti à y passer quelques temps et il lui sourit quand ce dernier vient l’accueillir au bas des marches de sa demeure, lui ouvrant largement les bras.

Le mariage ne doit pas avoir lieu avant au moins trois jours, le temps que tous les invités arrivent, mais Yussuf a prévu quelques festivités préliminaires pour ceux qui, comme Ishüen, seraient en avance. Le Seigneur des Chevaux se serait quant à lui volontiers épargné ces soirées mondaines supplémentaires mais comme il ne désire pas froisser son hôte, il s’y plie de bonne grâce. Un artisan zélé parvient même à lui fabriquer un loup de cuir ouvragé et rehaussé de chaînettes d’or se mêlant à sa chevelure, soigneusement tressée et huilée, avant le début du bal. Car il faut s’y présenter masqué, l’informe Yussuf avec un sourire espiègle. Ishuen sourit en réponse. Évidemment. C’est donc le haut du visage dissimulé derrière la belle pièce de cuir qu’il fait son entrée dans l’un des salons de son hôte, revêtu d’une de ses somptueuses tuniques pourpres, brodée d’or et de pierreries. Il arbore en plus de nombreux bijoux précieux et une ceinture damassée de l’emblème de sa famille. La badine d’or qui y est passée indique sans l’ombre d’un doute son rang de Seigneur des Chevaux et deux traits de khôl soulignent ses yeux. Les senteurs de vins et de parfum l’enveloppent à l’égal d’un manteau raffiné et il s’enfonce à pas lents et gracieux parmi la foule, dans son élément. Il est des choses immuables. Le désert, comme les hommes.
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