Akasha
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Àliya

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le Dim 22 Avr - 20:28


Le soleil tardait de ses premiers rayons matinaux, sur un jardin magnifique, un peu en retrait d’Azura. Niché dans une enceinte d’arbres immenses et imposant, se trouvait d’un étang à l’eau clair et scintillante, dans lequel nageait gaiement quelques carpes aux teintes chatoyantes. Un petit pont en bois ouvragé sobrement, aux teintes vert d’eau, surplombait une partie de l’eau recouvert de nénuphars et autre lotus colorés. Le vent battait doucement dans la bambouseraie, faisant danser élégamment les roseaux qui bordaient le point d’eau.  Persistait quelques arbustes fleuris, mais l’ensemble du jardin était un dégradé de vert, du plus tendre, au plus intense. Plus jeune, je venais souvent ici, trouver la quiétude dans les affres de l’adolescence. Maintenant, j’y revenais, emplit de quiétude, de sérénité, en ce lieu si chargé en sens et en émotion. Cela faisait un moment maintenant, que j’avais rejoint Akasha, trouvant un emploi et une demeure. Revenir ici était…presque irréel.

J’avais retiré mes chaussures et je marchais doucement pieds nu dans l’herbe encore chargé de rosé. J’appréciais la douceur et la fraicheur au contact de ma peau nue, la souplesse du sol qui portait chacun de mes pas. L’odeur de chlorophylle encore humide. L’odeur du soleil, qui commençait à chauffer ma peau. J’étais encore seule, il était tôt et le jardin était un peu en retrait de la ville. Un sentiment intense vint étreindre mon cœur, comme si j’entrai dans une communion parfaite avec l’environnement. Comme si je pouvais ressentir en moi, comme une vibration douce, chacune des particules qui composaient chacun des éléments m’entourant. Ce tout à la fois d’une rare complexité, offrant une unicité à chaque chose vivante qui pourtant, découlait d’un ensemble vaste. Une entité vivante et puissante, aux ramifications aussi subtiles que variées.

J’étais vêtue d’un ensemble spécial, une veste col mao noir, manque trois quart, aux boutons et liserés blancs ainsi que d’un pantalon souple, noir également. Le tissu était souple, léger, fluide, me laissant toute l’amplitude dont j’avais besoin. Après plusieurs minutes de respiration, les yeux fermés, au bord de l’eau, j’entrepris une longue série de mouvement, lents et intenses. Alliant souplesse et maitrise. Equilibre et perfection. J’avais conscience de chacun de mes gestes, de l’air qui entouraient mes membres, que je fendais de mes mouvements. Tout, de mes bras, mes jambes, jusqu’à ma respiration, évoluait en cercle. Avec cette idée de cycle. L’éternel retour au sein du vivant, ancré dans le réel, dans le physique et le corps. La partie visible et émergé de l’iceberg. Et je laissais mes idées s’enfuir, dessinant d’elles même des trames que je n’aurais pu entrevoir, faire des liens, créer des nœuds ou des ramifications. Evoluer d’elles même.

Et j’avais la certitude, en cet instant précis, d’appartenir à un projet plus grand que moi-même. A quelque chose de plus vaste au sein duquel, je n’étais qu’une simple personne. Une simple fleur qui, saisons après saisons, éclos pour faner, après être tombé gracieusement de l’arbre par un coup de vent ruwaesque. Donnant de mon corps, matière à continuer le cycle. C’était ainsi. J’appartenais, au-delà de moi-même, à un dessin si exceptionnel, que je ne pouvais en appréhender les contours. Comme un peintre, qui n’aurai pu jeter sur une toile, que des contours au fusain, à l’encre noir, attendant que l’image se révèle d’elle-même.

Le temps s’était écoulé, aussi décidais je de m’installer en seiza dans l’herbe, au bord de l’eau, jouant avec la surface de l’eau du bout des doigts, comme si je touchais un tissu soyeux et fragile. En cet instant précis, des vers me vinrent à l'esprit, inviter par la douceur du moment, qui aujourd'hui encore, faisait plus que sens. Aussi, me les murmurais je, en guise d'offrande spirituelle au monde.


"-Voir le monde dans un grain de sable.
Et le paradis dans une fleur sauvage.
Tenir l'infini dans le creux de sa main.
Et l'éternité dans une heure."
W.B


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Vaata
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Mila

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le Lun 23 Avr - 20:38

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Le soleil n’était levé que depuis peu lorsqu’une silhouette quitta l’enceinte du temple, se dirigeant vers l’arrière de l’imposant monument qui baignait encore dans l’ombre fraîche du petit matin. Une silhouette dénuée de grâce, lourde, gauche, qui semblait se mouvoir avec difficulté dans le silence de la ville encore endormie. Et pour cause, la silhouette appartenait à une jeune femme, d’assez petite stature, qui semblait porter un objet faisant le double de son poids. Ce qui, pour être tout à fait honnête, était le cas.

Mila se déplaçait avec difficulté, tentant tant bien que mal de porter la lourde jarre faite de terre cuite remplie d’eau qu’elle tenait entre ses bras et qui l’empêchait presque de voir le chemin qu’elle empruntait. La jeune femme s’arrêta à l’ombre d’un cerisier, posant le lourd récipient contre l’arbre, soufflant bruyamment sur les mèches rousses qui venaient barrer son visage et empêchaient sa bonne visibilité. Elle transpirait déjà, sa tunique, pourtant légère, collant à sa peau, rendant ses mouvements réellement désagréables. Elle regarda autour d’elle, presque tentée de déverser le contenu de la jarre à l’endroit où elle se trouvait. Mais Nagar la regardait. Ce serait sacrilège que de laisser l’eau de Timera se déverser ainsi sur le sol foulé par tant de mortels. Non, elle se devait, comme à chaque fin de cérémonie de purification, de déverser l’eau pure des sources dans un endroit sacré.

Le jardin n’était pas loin, la distance le séparant du temple pouvait être aisément parcourue en quelques minutes à peine. Mais c’était sans compter le poids conséquent que devait porter la jeune prêtresse. Alors, reprenant son courage à deux mains, elle reprit sa marche encombrante, se dirigeant vers le jardin derrière le temple, où l’étang accueillerait cette eau purificatrice. Mila aimait cet endroit. Elle y venait souvent, surtout depuis son arrivée au temple. Elle aimait le calme et la beauté tranquille des lieux. Elle s’y sentait paisible, sereine. Propice à la méditation et à la prière, le jardin servait autant de lieu de culte que le temple non loin. Mila avait toujours remis en cause la nécessité de se trouver dans un endroit empli de signes religieux pour pouvoir pratiquer sa foi et communier avec son Dieu. Nagar était le Dieu du Vent, Gardien suprême de la Gemme d’Emeraude et maitre des Cieux. Pour la jeune femme, il n’y avait donc pas meilleur endroit qu’un lieu à ciel découvert pour pratiquer sa foi.

Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas tout de suite qu’elle avait franchi l’entrée du jardin. Elle s’arrêta un court instant, juste le temps d’inspirer profondément, s’emplissant de l’odeur tant aimée de la rosée matinale et de l’herbe fraiche, encore humidifiée par le couvert de la nuit. Elle reprit sa route, posant un pied devant l’autre avec la plus grande précaution. Elle savait l’endroit parfois traitre et n’aurait pas voulu trébucher sur une dalle ou se tordre la cheville dans un renfoncement de la terre. Elle entendait le doux chant des oiseaux et le bruissement des feuilles dans les arbres tandis que Nagar leur chuchotait à l’oreille. Elle tandis la sienne, désireuse de saisir ses paroles et d’entendre sa voix. Un des nombreux rituels qui marquaient la vie de la fille de Vaata.

Mais alors que son regard restait fixé sur les arbres devant elle, ses pieds eux vinrent heurter le petit chemin dallé qui serpentait parmi la végétation. Une de ses sandales vint s’accrocher contre la pierre et la prêtresse perdit l’équilibre, lâchant un cri de stupeur tandis que le contenu de sa jarre se déversait sur le sol devant elle. Enfin. Sur le sol. C’est ce qu’elle crut dans un premier temps. Car en se redressant et en  posant la jarre désormais moins lourde à ses côtés, elle découvrit ce que l’encombrant récipient avait dissimulé à sa vue.

« OH MON… ! MAIS ! »

La jeune femme sursauta en constatant qu’elle n’était pas seule dans le jardin et que devant elle, à quelques centimètres à peine de l’endroit où sa chaussure s’était accrochée, se tenait une jeune femme, assise dans l’herbe, au bord de l’étang. Une jeune femme qui, en l’instant, était trempée jusqu’aux os après que l’eau sacrée ne se soit renversée sur elle. Le visage de Mila vira instantanément au rouge tandis qu’elle gesticulait dans tous les sens, bafouillant des paroles incompréhensibles à la pauvre femme qui venait de se prendre une douche froide.

« Je… Je suis tellement désolée… Je ne vous avais pas vu, j’ai… J’ai… Holala vous êtes trempée. Je… »

Les yeux de la jeune femme commencèrent à s’embuer sous le coup de la panique et ses gestes étaient fébriles tandis qu’elle tentait, d’un pan de sa tunique, d’éponger l’eau dégoulinante. Elle était la pire des catastrophes ambulantes. Son karma avait encore frappé.

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Akasha
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Àliya

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le Lun 7 Mai - 9:36

Quelle ne fut pas ma surprise que d’entendre le crissement plus ou moins régulier d’une foulée dans le jardin. Sortant de ma rêverie solitaire, je tournais la tête pour contempler la démarche gauche et absurde d’une jarre immense. Un sourire se dessina sur mes lèvres, devinant les frêles pieds nus et les avants bras délicats qui tenaient l’imposant objet. Je pouvais aisément deviner son poids, à l’allure cocasse et irrégulière de la personne qui le transportait. Cependant, j’aurais surement du jeter un œil plus que distrait à cette démarche et à la direction dans laquelle l’objet marchant se dirigeait. J’avais décidé de m’étirer, d’étendre les muscles de mes bras, faire rouler ma nuque, profiter encore de ces quelques instants de quiétude que m’offrait la tranquillité du parc.

Maintenant qu’une autre personne avait pénétré ce sanctuaire de quiétude et de sérénité, un peu de magie s’était dissipé. La bulle dorée dans laquelle je m’étais enfermé, changeait de forme. Se muait en autre chose. Les vibrations propres à mon environnement  avaient elles aussi, quelques peu variées. Mais si j’avais été plus…prompte à réaliser qu’il s’agissait surtout de mon instinct d’avantage que d’une métaphore spirituelle, j’aurais peut être pu éviter ce qui s’en suivit. Ce ne fut que lorsqu’elle rentra dans mon champ magnétique, à proximité, que je réalisai le problème.  Levant les yeux, un peu trop tard, je n’eu le temps que de tendre les bras pour tenter d’éviter la chute de la jarre, en vain.

Les bras tendus dans le vide, les yeux fermés, le visage figé dans une expression de surprise glacée, je demeurais interdite. J’étais trempée, des pieds à la tête et assurément jusqu’aux os. La jarre aurait pu se contenter de tomber à côté en m’éclaboussant quelque peu. Non. Elle s’était déversée dans son intégralité sur moi. Secouant les mains dans l’espoir de me débarrasser du surplus d’eau, je ne pus que sourire en entendant une voix de femme, en proie à un profond désespoir, se confondre en excuse. Cette dernière, une rousse aux traits fins et à l’air mutin, s’empressa de tenter de m’éponger avec les pans de sa propre tunique. Je posais ma main sur son bras, la cherchant du regard, pour l’enjoindre à se détendre.


« - Rassurez-vous. Les jours de Liekki sont longs et chauds. A une heure plus avancée de la journée, j’aurais surement pris ça comme le plus grand des soulagements mais….Je ne vais pas en mourir. Ce n’était pas si froid que ça. »

Doucement, je me relevais, avec la désagréable sensation de mes vêtements jadis amples, me collant à la peau. Chacun de mes mouvements étaient accompagnés par un bruit de succion spongieux tout à fait singulier et irritant. Jetant un regard alentours, m’assurant de notre seule et unique présence, j’entrepris de me défaire de mes atours détrempés. Pour avoir grandis et vécu dans les terres de Vaata, j’étais apte à reconnaître rapidement une prêtresse de Nagar qu’en j’en voyais une. Mais nécessité faisant loi, je me doutais qu’entre sa pudeur et sa culpabilité, mieux valait choquer la première. Dépliant mes vêtements que je déposais un peu plus loin, à plat, au soleil, je revins vers la jeune femme, m’asseyant sur une partie de l’herbe moins humide avec un naturel déconcertant.

Rabattant mes cheveux sur le côté, je les essorais précautionneusement, invitant la jeune femme à s’assoir à côté de moi.  Elle semblait au bord de la crise de larmes, entre colère et frustration. Je tapotais doucement le sol, lui offrant un sourire sincère.


« - Vous savez, j’ai un peu voyagé au-delà de nos frontières. J’ai connu un endroit où il existe un proverbe qui s’impose en cet instant : « On connaît les bonnes sources dans la sécheresses et les bons amis, dans l’adversité. » A vous seule, vous incarnez parfaitement les deux, il y a de quoi être fier ! »

Une moue rieuse se dessina sur mon visage. Je levais les yeux au ciel, constatant à quel point cet incident avait eu raison de mes bonnes manières. D’un bond je me remis sur mes pieds, m’inclinant courtoisement face à la prêtresse qui se tenait devant moi.

« - Enchantée, prêtresse de Nagar, je me prénomme Àliya Hildegard »


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Vaata
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Mila

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le Jeu 10 Mai - 19:02

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Mila regardait la femme qui lui faisait face, affolée. Elle était véritablement trempée. Pas une seule parcelle de peau ou de tissu n’avait été épargnée. Ainsi, l’eau sacrée d’Ena, au lieu de rejoindre sa source, avait fini son parcours dans les vêtements et cheveux d’une étrangère. Mila faillit s’évanouir sous le coup de l’effroi. Que se passerait-il lorsque le Grand Prêtre apprendrait qu’elle avait failli à sa tâche ? Serait-elle radiée ? Exclue ? Traitée d’hérétique et lapidée sur place publique, nue et vulnérable ?

En parlant de nudité… Toute perdue dans des scénarios de plus en plus sordides, la jeune prêtresse n’avait pas remarqué que son interlocutrice, loin de s’offusquer de l’attaque imprévue de la jeune femme, avait commencé à retirer ses vêtements avant de les étendre au soleil. Lorsque Mila comprit que la femme face à elle n’était vêtue que de sa propre nudité, elle en oublia d’être affolée. Elle la regarda fixement, main en l’air, interrompue dans son geste ample explicitant toute sa détresse. Elle cligna des yeux plusieurs fois avant de se mettre subitement à rougir. Mais elle ne détourna pas le regard. Son éducation l’en empêchait bien que sa vocation lui hurlait de se bander les yeux. Mais Mila n’était pas seulement prêtresse. Elle était aussi guérisseuse et elle avait du mettre de côté ses principes de nombreuses fois afin de venir en aide à des blessés, découpant leurs vêtements, lavant leurs corps ensanglantés ou les aidant à se baigner.

Mais le naturel et l’aisance avec lesquels se déplaçaient la jeune femme mettaient étrangement Mila mal à l’aise. Elle se sentait gauche, à l’étroit dans son propre corps et à plusieurs reprises, elle vint lisser sa tunique d’un geste automatique dont elle n’avait pas conscience. Lorsqu’on lui fit signe de venir s’assoir à son tour sur l’herbe, la prêtresse s’exécuta tout en raideur. Installée sur ses genoux, mains posées sagement sur ces derniers, elle fixait l’étang devant elle, les joues toujours empourprées, ne sachant que dire ou que faire. Les paroles et l’air affable de son interlocutrice ne parvinrent pas à dérider Mila qui tenta de lui sourire en retour et ne réussit à lui offrir qu’une grimace pitoyable. Mais loin de s’en tenir là, toujours drapée de sa nudité, la victime éclaboussée se redressa d’un bon, avant de se présenter et de s’incliner dans un style que la jeune femme connaissait très bien. Tout comme le nom de famille de la dénommée Àliya. Son visage s’anima alors et elle revint subitement à la vie. Joignant ses mains devant elle, elle s’exclama :

« Oh mais… ! Vous êtes de la région ! Vous êtes de Vaata ! »

Cela ne faisait aucun doute. Ses manières, sa façon de s’incliner, le fait qu’elle savait qu’elle était prêtresse à la simple vue de sa tunique, Àliya était une habitante de Vaata. De plus, son nom de famille était bien connu de la jeune femme dont la famille évoluait également dans les plus hautes sphères de la contrée de l’air. A son tour, elle se leva et s’inclina, non pas à la mode des habitants de Vaata, mais selon ce que son rang exigeait d’elle. Tête baissée, nuque offerte, paumes ouvertes vers le ciel, sa gaucherie disparut et l’élégance la remplaça tandis qu’elle effectuait le salut offert par les prêtresses à tous ceux qu’elles reconnaissaient dignes de recevoir la bénédiction de Nagar.

« Mila O’Dahnan, pour vous servir. Votre nom ne m’est pas inconnu ma Dame, tout comme le mien doit vous évoquer quelques souvenirs lointains. Nos familles appartiennent toutes deux aux premiers jours de Vaata. C’est un honneur de faire votre rencontre. Bien que… » Elle s’interrompit et se redressa, ses traits défigurés par une grimace tandis qu’elle regardait la jarre posée au sol. « J’aurais souhaité ne pas vous avoir renversé la totalité d’un bain dessus de si bon matin. »

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Akasha
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Àliya

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le Ven 11 Mai - 14:00

Je ne pus empêcher mon visage de se fendre d’un large sourire. Mila, puisque c’est ainsi qu’elle se nommait était une personnalité fraîche et dynamique. Elle me faisait penser, en cet instant précis, aux fleurs de lotus qui s’épanouissent à la surface limpide et cristalline d’une eau de rivière. Sa présence était un ravissement, à l’instar des premiers rayons de soleil sur une terre encore craquante du givre et de la glace. Je me rassis, remontant mes jambes sur ma poitrine, les enserrant de mes bras nus, appréciant la chaleur des rayons sur ma peau qui avait presque déjà séché. Posant ma tête sur mes genoux, je la tournait de trois quart pour pouvoir regarder Mila.

«  - En effet, ce nom m’est familier mais j’ignorais qu’un des enfants O’Dahnan avait intégré le culte de Nagar. Il faut dire que je suis partie il y a longtemps de chez moi et pour n’y revenir qu’en des temps meurtris et conflictuels… »

Je soupirais, repensant à ma famille, à l’empire qu’elle m’avait légué en héritage et que je faisais vivre de loin, depuis les terres d’Akasha. Je ne me sentais pas très digne de ma naissance et encore moins des miens. Un soupire souleva ma poitrine, quittant  mes lèvres avec lassitude. Cependant, la joie revint rapidement sur mon visage, surement dû aux lieux mais aussi à la jeune femme qui se tenait prêt de moi.

«  - C’est un honneur également…Et je crois pouvoir dire que c’est d’autant plus un honneur qu’il n’est pas coutume d’être accueilli de la sorte en Vaata. Nulle part ailleurs il faut dire. Cela à le mérite d’être unique en son genre et je ne pouvais en espérer moins d’un membre de la famille O’Dahnan ! »

Les grandes et anciennes familles n’étaient pas si nombreuses en Vaata et chacune avait très souvent un lien avec une autre. C’était ainsi. En tant que fille unique, j’avais souvent lorgné sur les familles nombreuses, les frasques et les brusqueries des différentes fratrie que je côtoyais. Mais je ne pouvais y prétendre. Si j’ai eu une enfance tout à fait heureuse, elle a également été très studieuse, j’étais la seule et il m’incombait de reprendre la suite de mes parents.

« - Mais dites-moi, cela fait longtemps que vous avez intégré les ordres de Nagar ? Il s’agissait d’une volonté personnelle ou plutôt familiale ? Il y a longtemps que je n’ai pas entendu parler de Nagar et longtemps aussi, que je ne suis pas allée lui rendre hommage…»

C’était sincère. Ma spiritualité, bien loin d’être absente, s’était vu bousculée et malmenée par l’ensemble des mes apprentissages, de mes voyages et également pour mon nouveau travail. Ces dernières années, j’envisageais les différents dieux des factions de Seele comme un immense panthéon, appartenant tous à un ensemble, à un tout cohérent. Sauf que les humains en avaient fais quelque chose de plus…unique. J’avais du mal avec cette pensée simpliste et tellement humaniste. Etalant mes cheveux sur mes épaules, détaillant mèches par mèches ma chevelure, je contemplais sur la surface de l’eau.

« - Mais dites-moi….Où alliez-vous donc avec cette jarre assurément plus imposante que vous et pleine d’eau ? Je n’ai pas souvenir d’avoir vu un jardin potager non loin et encore moins qu’il soit dans les attributions des prêtresses de Nagar de jardiner…Même si cela expliquerait pourquoi vous avez voulu prendre si grand soin de moi. Vous deviez craindre que je ne me dessèche ! C’est une charmante attention que voilà ! »

Je ne pouvais m’empêcher de sourire, lui offrant un visage mi taquin mi mutin. Cela me faisait le plus grand bien, du soleil soit, mais également un peu de légèreté. Ces derniers mois avaient été intenses, les prochains le seraient assurément plus, maintenant que les journées commençaient à raccourcir et les températures chuter…

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Mila

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le Dim 13 Mai - 19:58

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Mila suivit Àliya lorsque cette dernière se rassit. Cette fois-ci, sa posture était plus détendue, ses jambes repliées sur le côté, son bras jeté négligemment en travers de ses cuisses tandis que son autre main venait soutenir le poids de son corps, frôlant et épousant l’herbe fraîche et encore légèrement humide. Cette rencontre impromptue chamboulait l’organisation de sa journée mais aucune tâche importante ne requérait sa présence ailleurs pour le moment. Les jours qui suivaient les cérémonies de purification étaient bien souvent tranquilles et reposants pour les prêtres et prêtresses. Mila pouvait donc se permettre de passer un peu de temps auprès de sa nouvelle compagne. En espérant seulement que personne ne penserait venir s’enquérir de sa présence et découvrirait Àliya, complètement nue.

Mila écoutait la jeune femme et un sourire restait en permanence accroché à ses lèvres. Elle n’avait plus réellement l’habitude de côtoyer la noblesse de Vaata mais cet échange était le bienvenue. Elle ne connaissait pas réellement la famille Hildegard mais savait que leurs deux familles avaient toujours entretenus des rapports plutôt chaleureux. Les questions d’Àliya finirent de la convaincre quand à ce passif courtois et elle ne put retenir un rire devant la malice de son interlocutrice face à sa maladresse qui lui avait valu un bain improvisé.

«  Non, en effet, je ne suis pas surprise que vous n’ayez pas entendu parler de moi. Je suis la plus jeune de six enfants et j’ai cinq frères aînés dont les frasques sont connues de tout le monde. »

Un nouveau sourire vint éclairer le visage de la jeune prêtresse. Elle aimait ses frères tout en les maudissant. Ils lui en avaient fait voir de toutes les couleurs lorsqu’elle était enfant. Mais elle n’avait pas été la seule victime. Elle ne pouvait compter le nombre de réceptions ou apparitions publiques ou ses parents avaient du s’excuser pour le comportement de leurs garnements. Son frère ainé, Maël, lui avait raconté qu’une fois il avait renversé du jus de raisin sur la robe immaculée de la Souveraine. Mila n’avait jamais su si cette histoire était vraie. Mais elle l’aimait beaucoup.

« J’aurais pu rester chez moi et suivre le même chemin que mes frères – courir à travers champs, déchirer mes vêtements en grimpant aux arbres et revenir aux cuisine, trempée et crottée jusqu’au cou ! Mais… lorsque j’avais dix ans j’ai eu cette révélation lors de ma première Fête de l’Emeraude. J’ai suivi la procession jusqu’au temple et… tout semblait si simple ce jour-là. Si… Je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’ai simplement eu la sensation que mon cœur allait exploser tellement il était empli de belles choses. Et ce sentiment ne m’a jamais quitté. Je suis au service de Nagar depuis maintenant dix ans en tant que Prêtresse Sacrée et pas une seule journée ne passe sans que je sois reconnaissante envers ce que la vie m’a offerte. »

Ses yeux pétillaient, ses joues rosissaient et tout son être semblait irradier d’une douce lumière tandis qu’elle parlait avec ferveur de sa vie et des choix qu’elle avait faits alors qu’elle n’était pas plus haute que trois pommes.

« Mais vous savez Àliya, vous n’avez pas réellement besoin de venir vous recueillir au temple pour lui rendre hommage. Accueillez simplement la brise sur votre visage. Les quatre éléments sont partout autour de nous… les divinités qui y sont associées également. Le notre a cet avantage d’être dans l’air que l’on respire, si vous voulez mon avis, c’est un Dieu bien commode. »

A son tour, elle abordait une petite moue taquine, son œil pétillant de malice. Mila était dévouée à son Dieu. Mais elle était également relativement souple concernant les façons de lui rendre hommage ou même de l’accepter dans la vie de tous les jours. Elle s’étira, inspirant une grande bouffée d’air frais et pur et une exclamation ravie lui échappa lorsqu’elle se laissa tomber en arrière, bras écartés en croix, le regard levé vers le ciel azur.

« Pour vous dire la vérité, mon intention première n’était pas de vous réveiller grâce à de l’eau glaciale. Je venais vider la jarre dans le ruisseau, afin que l’eau retourne à son élément. Il s’agissait de l’eau d’Ena, utilisée pour une cérémonie de purification hier. J’étais la prêtresse en charge de la cérémonie… Mais assez parlé de moi ! Vous disiez ne plus vivre à Vaata c’est bien ça ? Vous avez voyagé alors ? Où vivez-vous maintenant ? »

La curiosité la poussait à vouloir en savoir plus sans se demander si ses questions pouvaient être délicates. Mila avait visité quelques parties du Royaume mais depuis les évènements survenus à Akasha, le Grand Prêtre se montrait moins enclin à la laisser partir seule, ce qu’elle trouvait parfaitement intolérable.

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Akasha
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Àliya

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le Mer 16 Mai - 18:12

Un fin sourire se dessina sur mes lèvres et une rire léger et court s’extirpa de ma poitrine à la mention des frères de la famille O’Dahnan. Par flash, des bribes de souvenirs jaillirent sous mes yeux clos, fait de rire, de hurlements et de divers fractures. Ces garçons étaient de véritables démons, mais d’une vivacité qu’il était souvent dommage de condamner. Je n’avais guère eu le temps de les revoir durant mon bref séjour en Vaata qui avait précédé mon arrivé en Akasha.

« - Oui…Je me souviens parfaitement. Ils avaient le don d’animer la plus morose des soirées de Vaata. Et Nagar seul sait combien il y’en a eu… ! »

Une douce chaleur m’envahie. Parler de chez moi, de l’endroit où j’étais née…avait quelque chose de réconfortant. J’avais énormément voyagé et très longtemps, j’ai songé que peu m’importait l’endroit où je me trouvais, c’était le fait de voyager qui me faisait me sentir chez moi. Mais le temps passait et petit à petit je commençais à comprendre que mes racines avaient pris formes et avaient modelé une profonde partie de moi-même. Je ne pouvais pas lutter contre ça. C’était dans les terres verdoyantes et les cours d’eau clapotant que je me sentais le mieux.

Passant mes mains dans l’herbe grasse sur laquelle nous étions assises, je fis rouler doucement mes articulations, profitant des rayons chauds et vivaces du soleil. Finalement, outre passée les premières minutes quelque peu gênantes de se trouver nue avec une inconnue, c’était plutôt agréable.


« - Oui. Je comprends. Mais c’est justement ça dont je suis privée, ou dont je me prive volontairement. Il se trouve que j’ai énormément de travail dans un endroit où le grand air n’est pas vraiment présent. Et la quantité de travail qui m’incombe à tendance à me faire oublier de profiter des éléments simples et naturels qui s’ébattent joyeusement autour de moi. »

Je trouvais assez admirable que Mia ai pu trouver si rapidement sa voie et que dix ans après, elle soit toujours si heureuse et épanouie dans sa quête spirituelle et son quotidien.

«  - Et bien, j’ai été lavé de tous mes doutes, de tous mes tourments et je suis donc, d’une certaine manière, purifiée. Comme quoi. Rien n’arrive par accident. »

Je tournais mon visage vers la jeune fille, lui offrant un sourire franc et sincère. Sa présence était simple, chaleureuse et rassérénante.  J’étendais ma jambe, touchant du bout des orteils les pans de mes vêtements, pour tenter d’aviser l’étendu de leur humidité. Je n’allais pas encore pouvoir m’habiller.

« - J’ai voyagé… Un peu partout. J’ai traversé tout Seele. J’ai surtout longtemps vécu à Aap, j’ai fais toutes mes études la bas. Puis j’ai fini par partir…plus loin. Les territoires inexplorés. Je n’y suis pas restée aussi longtemps que je l’aurai souhaité, j’ai du rentré en urgence. Il y a eu une maladie il  y a quelques années, qui a causé beaucoup de tort, j’imagine que vous avez du en entendre parler…Mes parents ont mis à disposition la demeure familiale. Je crois que la fatigue et le soucis ont eu raison de l’âge de mes parents. Du coup je les ai envoyé dans une maison où on allait prendre soin d’eux en Akasha. C’est là que je suis partie dans les terres inconnues. »

Cette épidémie était de notoriété commune. Je n’apprenais surement rien de nouveau à la jeune prêtresse. D’autant que la maison avait été le théâtre d’un nombres considérables d’aller et retours de médecin, d’infirmiers et de tout personnel soignant. Je passais sous silence la mort d’Helge et le tragique destin qu’il avait accordé à mon prétendant. Même si…C’était aussi inscrit dans les archives de la ville et que les pendaisons était publiques. Un assassinat ne restait jamais impuni.

« - Puis les récents évènements qui se sont produits dans la Cité d’Ebène m’ont poussés à revenir….prestement. Depuis je n’ai pas quitté l’endroit. Je travaille dans la bibliothèque, cela me permet de rester proche de mes parents. Mais je reviens de temps à autre en Vaata. C’est toujours agréable de se ressourcer chez soi.  Et vous, vous avez voyagé un peu également ou votre statut ne vous le permet que peu ?
»

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Vaata
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Mila

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le Mer 23 Mai - 19:18

Le monde n'a de sens que celui que tu lui offres

Mila ne pouvait s’empêcher de répondre au sourire d’Àliya par un autre sourire, tout aussi sincère et lumineux. La présence de la jeune femme était rafraichissante. Mila avait toujours aimé les nouvelles rencontres, surtout lorsque ses interlocuteurs se révélaient être aussi agréables qu’intéressants. C’était le cas de la jeune femme qui lui faisait face. Lorsqu’Àliya commença à lui raconter son histoire, Mila se redressa et se rassit, entourant ses genoux de ses bras, une vive lueur d’intérêt éclairant son regard noisette. Elle ne l’interrompit pas et écouta attentivement, seul son regard trahissant ses réactions, ses yeux s’écarquillant en entendant le rapide récit de ses voyages et se plissant en entendant l’évocation de l’épidémie qui avait touché Vaata il y avait quelques années. Oui, elle s’en souvenait parfaitement. L’hôpital du temps avait été occupé comme jamais encore auparavant. Les malades affluaient de partout et le personnel soignant avait été vite déboré. De nombreuses familles avaient ouvertes leurs portes aux malades, les O’Dahnan en faisant parti et Mila se souvint très bien avoir entendu le nom Hildegard mentionné également. Ainsi, c’était la maison d’Àliya qui avait aidé à s’occuper de tous les pauvres malheureux touchés par l’épidémie.

Mais alors que Mila pensait avoir entendu le plus intéressant, elle fut bien vite détrompée. Un éclat nouveau vint briller au fond de ses prunelles en entendant le récit de sa vie actuelle. Ce n’était plus la surprise qui habitait ses traits mais l’effarement, ainsi que l’admiration. Mila n’avait pas eu le droit de poser pied à Akasha depuis bien longtemps. L’ancien Souverain faisait bien trop peur à sa famille tout comme au Grand Prêtre. Quand au nouveau… Le Grand Prêtre s’en méfiait bien trop pour vouloir autoriser Mila à y retourner pour le moment. Mais elle avait bon espoir que cela changerait sous peu, car elle rêvait de retourner au grand marché dont elle avait un souvenir vivace, bien qu’elle n’était qu’une enfant lors de sa dernière visite.

« Vous semblez avoir vécu déjà énormément de choses… autant belles qu’effrayantes. J’ai toujours rêvé de voyager. Je veux dire, réellement voyager. Partir avec cette peur au ventre car on ne sait pas quand est-ce qu’on reviendra, si on revient. J’aime ma vie. Je ne l’échangerai pour rien au monde. Mais il y a un attrait… presque douloureux dans l’inconnu. Comme un grand plongeon dans le vide. C’est effrayant tout en étant excitant. J’ai toujours aimé les livres qui parlaient d’aventures, vous savez ces histoires romanesques qui nous emportent au-delà des mers et des montagnes… »

Sa voix mourut tandis que son regard se perdait dans la contemplation du petit ruisseau au bord duquel elles étaient assises. Elle se souvenait de ce sentiment enivrant lorsqu’elle lisait en cachette au lieu d’étudier. Elle avait la fâcheuse manie de disparaitre en haut des arbres sur les terres familiales avec un livre et de réapparaître que lorsque son estomac criait grâce. Elle n’était pas naïve au point de penser que le vrai monde ressemblait à celui des livres mais quelque part en elle, la petite fille qui vivait toujours dans son cœur ne pouvait s’empêcher d’idéaliser ces grandes romances et ces épopées aux confins du monde. Elle cligna doucement des yeux, revenant dans le monde présent et se retourna vers Àliya, lui souriant doucement.

« Ah… désolée ! Je me suis encore laissée aller dans mes divagations ! Je suis incorrigible. Sinon pour répondre à votre question, normalement mes fonctions devraient me rendre la tâche plutôt compliquée lorsqu’il s’agit de voyager, mais le Grand Prêtre me trouve tellement insupportable qu’il m’envoie souvent prêcher la bonne parole de Nagar ailleurs qu’à Vaata pour avoir la paix ! »

Elle partit d’un léger rire amusé. Son ton était affectueux, sans la moindre once de reproche. Elle savait son tempérament parfois dur à gérer, notamment pour un endroit aussi calme et solennel que le grand temple d’Azura et elle ne disait jamais non lorsqu’il s’agissait de partir, même si c’était dans la ville d’â côté. Son ton redevint légèrement plus sérieux quand elle reprit :

« Par contre je n’ai pas vraiment le droit de me rendre à Akasha. Je dois vous avouer que je m’en moque complètement de qui gouverne quoi mais ma famille et le Grand Prêtre n’ont aucune confiance en cette contrée et ce depuis plusieurs années. Mais je ne perds pas espoir, je veux vraiment revoir le marché ! Et la Fête du Lac avec ses lanternes… Par contre je n’ai jamais mis les pieds à la Bibliothèque, je me souviens juste l’avoir entraperçu lors de ma dernière visite mais je devais avoir environ neuf ans… Est-ce que c’est vraiment aussi somptueux qu’on le dit ? Il parait que le palais lui-même ne peut pas rivaliser avec la Bibliothèque ? »

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