Akasha
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Ren

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le Jeu 3 Mai - 19:11
L'appel du Vide

La saison de Liekki arrivait sur ses derniers jours. Dans peu de temps, Nagar le remplacerait et les tempêtes seraient nombreuses, les vents violents et les journées moins paisibles. Les jours s’assombriraient, le soleil disparaitrait et cela semblait être la période propice pour ce que Ren allait entamer. Le Souverain était déjà dans la vaste bibliothèque, étant arrivé avant son ouverture au public. Il n’était pas allé trouver Àliya, profitant d’un moment de silence et de sérénité pour parcourir les vastes salles au sol dallés sur lequel le bruit de ses pas résonnait, brisant la quiétude et amplifiant la solitude du Souverain. Pourtant il n’était pas réellement seul. Auriane avait souhaité l’accompagner. La jeune femme aimait l’endroit autant par sentimentalité que par soif de savoir. Elle ne pouvait s’empêcher de caresser les étagères, les reliures, dans une révérence solennelle, comme si elle rendait hommage à l’endroit. Ren savait à qui ses prières étaient destinées car les siennes les rejoignaient. Leur père avait aimé cet endroit mais cela n’avait été rien comparé au désir de protéger sa famille. Il avait tout donné pour que ses deux enfants vivent et aucun jour ne passait sans qu’ils ne pensent à leurs deux parents dont le corps reposait sur les terres d’Aap.

« -Si tu comptes revoir l’ordre de rangement de notre archiviste, je te conseille de te dépêcher avant qu’elle n’arrive et qu’elle ne te voit faire.
-Ah ! »


Prise sur le fait, la jeune femme sursauta et prêta attention à ce qu’elle faisait. Réalisant qu’elle s’apprêtait à ranger le recueil sur l’usage des plantes des marais parmi les ouvrages relatant des légendes d’Aap, elle se ravisa et remit le livre à sa place originelle. Amusé, Ren la regardait faire. La jeune femme ne prêtait plus attention à grand-chose lorsqu’elle était plongée dans ses livres et il songea qu’elle aurait très certainement été à sa place dans cet endroit si elle n’avait pas décidé de se tourner vers la médecine. Agitant l’ouvrage qu’elle tenait à la main en direction de son frère, elle pencha la tête sur le côté, une lueur interrogatrice dans le regard.

« - Tu penses qu’elle remarquera si je lui emprunte ce livre pour quelques heures ?
-Je pense que tu vas au devant de sérieux problèmes.
-Techniquement il ne quittera pas la bibliothèque si je suis dans le bureau de papa. Et puis dans le pire des cas… tu me couvriras ?
-Je te promets de tellement l’assommer de travail qu’elle ne remarquerait même pas si la bibliothèque entière disparaissait.
-Ren… »


Le Souverain haussa des épaules devant le regard mi-réprobateur mi-amusé de sa sœur. Il aimait son innocence. Il était prêt à tout pour l’épargner des sombres histoires que cachaient le sous-sol, bien qu’elle soit déjà au courant. Il ne mentait pas en disant que la charge de travail qui les attendait était lourde, très lourde. Mais il ne voulait pas parler de cela avec Auriane. Pas maintenant. Àliya et lui avaient convenu de commencer à travailler dans la réserve aujourd’hui. La jeune femme était en poste depuis maintenant deux mois. La quantité de travail demandée était monstrueuse mais nécessaire. Il avait promis que le Vide n’aurait plus de secrets pour les habitants d’Akasha et de Seele. Mais tout n’était pas bon à savoir. Les actes les plus barbares des Astres menaçaient de tout emporter sur leur passage s’ils venaient à être dévoilés. Cependant, cela n'arrêterait pas Ren, déterminé à ce que le voile soit définitivement levé sur tout ce qu'il s'était passé depuis l'apparition du premier héritier du Vide.

« File. Si tu as besoin de quoique ce soit, Fearghas est là. » La jeune femme lui sourit, serra le livre contre sa poitrine et disparut entre les rayonnages, en direction des étages et du bureau de leur père. Ren la regardait s’éloigner, le cœur serré. Il chérissait les instants passés avec sa cadette car il s’agissait des seuls moments où il ne pensait plus à Seele, à Akasha, à la politique et à tout ce que cela impliquait. Mais à présent, il était de retour dans la réalité. Une bien dure réalité dans laquelle lui et la bibliothécaire allaient consacrer des semaines voire des mois à lire et relire les écrits autant fascinants qu’horrifiants qui se trouvaient sous ses pieds. Afin de les montrer au monde. Et que leur ignorance disparaisse à jamais.
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Akasha
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Àliya

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le Mer 9 Mai - 10:03


Les jours s’étaient succédé depuis mon accession au poste d’Archiviste, tantôt sous un soleil de plomb, tantôt sous des pluies diluviennes. Mon arrivée sur les terres d’Akasha, bien que surtout marqué par mon nouvel emploi,  l’avait également été par diverses rencontres. En moins de deux mois j’avais eu l’occasion d’approcher de prêt le Souverain, le tristement connu et régicide Ren. Un soldat dont mon appréciation était toujours en négociation, une prêtresse maladroite et dynamique puis pour finir, un mercenaire. Cette rencontre aura surement été…la plus marquante. Littéralement. Portant une main à mon visage, je soupirais. Les jours s’étaient écoulés depuis mon agression, mais je portais encore des ecchymoses bien visibles et quelques cicatrices en cours de guérison.

Je pris un peu d’eau fraiche entre mes mains, à la vasque de ma salle de bain, pour m’en asperger le visage. Il était tôt et le soleil filtrait déjà parmi les tentures de la pièce. Les plus grosses chaleurs étaient dernière nous et j’appréciais ces instants de quiétude paisibles et simple d’une matinée comme celle-ci. D’autant qu’il y avait fort à parier que je n’allais pas revoir la lumière du soleil de si tôt. J’avais rendez vous avec Ren pour donner un coup de collier à nos recherches et à nos lectures et j’appréhendais ce moment. J’avais, je pense, fais bonne impression. Mais qu’allait-il en être aujourd’hui, alors que j’apprête à me tenir devant mon souverain avec l’équivalent d’une preuve grossière et visible, d’un acte d’une rare violence au sein de ses rues.

Soupirant, je secouai la tête, laissant de côté quelques instants ces réflexions  pour finir de me préparer. Après m’être rafraichie et laver, j’entrepris de prendre un petit déjeuner au soleil, fermant les yeux, profitant d’un thé fumant et d’une assiette de fruits de saison. Je mis fin à ce moment de légèreté d’un soupir lourd et fatigué, avant de tout laisser négligemment dans l’évier. L’intendance pouvait attendre. Attrapant une cape légère, d’un vert tendre et lumineux, dans l’espoir de dissimuler un temps soit peu  mes traits meurtris. Il me fallut une petite demi-heure pour rejoindre la bibliothèque, laissant mon cheval à l’écurie la plus proche, leur expliquant que je ne savais pas franchement quand est ce que je pensais revenir. On m’assura du plus grand soin apporté à mon ami équidé, et parti rejoindre mon lieu de travail, le cœur entre deux eaux.

Une fois les lourdes et épaisses portes de la bibliothèque franchies, je fit tomber ma capuche sur mes épaules, laissant  toutefois mes cheveux encadrés mon visage. Sans faire illusion, cela permis de dissimuler auprès de ma collègue, le plus gros des stigmates, prétextant une mauvaise chute de cheval. Avec un sourire, elle m’expliqua que Ren était déjà arrivé et que je le trouverai s surement dans les rayonnages avoisinant la porte du sous sol. Avec un sourire sincère, qui me coûta quelques grimaces, je la remerciai et filais rejoindre Ren, ma cape flottant derrière moi, comme le vert d’une saison qui reculais face au froid rigoureux des saisons prochaines. Je saluai poliment d’un signe de tête, une jeune femme qui s’éloignait vers les étages supérieurs, un livre en main, sans avoir la moindre idée de qui elle pouvait être.

Avisant la stature familière de Ren, j’inspirais lentement et intensément, prête à affronter autant la charge de travail, que les questions qui n’allaient pas manquer d’arriver. Arrivant derrière lui, je fis le tour, m’inclinant à côté de lui.


« - Votre Altesse. »

Me redressant, je lui souris, commençant à dénouer ma cape, le visage de trois quart, je jetais de rapide coup d’œil à la porte qui nous attendait, un peu plus loin, dissimulant des secrets plus sombres et plus noirs que ce que je pouvais imaginer. Je me tournais vers Ren, avec un léger tressautement de la poitrine, imperceptible pour qui n’avais pas le regard que lui et moi portions sur autrui.

« - C’est une belle journée pour aller s’enfoncer dans la noirceur du genre humain. Quitte à s’y enfermer. Comment allez-vous ? »

J’avais beau être aussi naturel que possible, nul doute mon que mon trouble allait finir par se sentir. J’espérais de tout cœur, ne pas aller au devant de problèmes plus importants encore.



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Akasha
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Ren

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le Jeu 10 Mai - 20:57
L'appel du Vide

A peine Auriane s’était-elle éclipsée en direction du bureau de leur père que Ren entendit des pas venir dans sa direction. Il ne se retourna pas, attendant que la jeune femme arrive à sa hauteur. Venant à ses côtés, elle s’inclina et il tourna légèrement la tête vers elle, encore installé dans la bulle de douceur qui l’enveloppait lorsqu’il était en présence de sa sœur. Bulle qui vola brusquement en éclat lorsque son regard se posa sur les ecchymoses et quelques blessures qui ornaient le visage d’Àliya. Une ombre passa sur son visage et son regard se glaça tandis qu’il attrapa le visage de la jeune femme entre ses doigts, doucement mais d’un geste qui ne tolérait aucune dérobade. Il scruta son visage, ne disant mot, le tournant légèrement afin de contempler pleinement l’étendue des dégâts. Il hocha lentement la tête et laissa retomber sa main, ne réalisant pas qu’il venait à l’instant d’instaurer un premier contact physique avec une personne autre que sa sœur, ce qui n’était pas arrivé depuis des mois. Lorsqu’il prit sa parole, sa voix était doucereuse, mesurée, son flot de paroles lent comme s’il tentait de maitriser une émotion intérieure bien trop vive.

« En vous offrant ce poste je n’aurais jamais pensé qu’il représenterait le moindre danger physique pour vous. Je savais le savoir parfois dangereux mais j’ignorais à quel point… A moins que vous n’ayez une autre explication à me fournir pour ces marques sur votre visage qui… je présume… ne sont pas les seules ? »

Il observa la jeune femme de toute sa hauteur, guettant la moindre réaction, la moindre émotion apparente. Cela ne lui plaisait pas. Il ne savait pas encore dans quelles circonstances elle avait été blessée mais son instinct lui soufflait qu’il n’apprécierait pas la réponse. Ren n’était pas réellement du genre à s’enquérir du bien-être des autres. Il ne montrait aucun signe distinctif d’affection ou d’inquiétude pour toute autre personne que sa sœur. On le disait froid, distant, insensible. Et pourtant… une vive émotion s’emparait de lui devant le visage marqué d’Àliya sans qu’il ne sache réellement comment la qualifier. Ren n’était pas insensible. Il se gardait cependant bien de le montrer et n’exprimait pas son inquiétude de la même manière que la plupart des gens. Quand on attendait de lui un geste ou une parole réconfortante, il préférait pour sa part aller régler le problème à la source. Il ne réconforterait pas Àliya, ne lui montrerait pas son inquiétude. En revanche, un seul mot de sa part et il s’occuperait personnellement du problème.

Il avait déjà oublié les quelques instants de douceur qu’il avait partagé avec sa sœur. La sérénité s’était envolée et il attendait une réponse, espérant que la jeune femme ne lui mentirait pas ou ne tenterait pas de changer la vérité. En deux mois qu’elle était présente, elle avait continué de lui prouver que son choix avait été le bon. Aussi il n’insista pas, attendant qu’elle se décide d’elle-même à lui raconter les faits. Peut-être n’y avait-il rien. Peut-être imaginait-il des choses. Mais il en doutait fortement. Il pouvait sentir son trouble aussi clairement que s’il avait été le sien.
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Àliya

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le Dim 13 Mai - 16:56

Les rencontres avec Ren avaient toutes été placées sous le signe de l’étrangeté. D’une atmosphère intense, oppressante et parfois, terrifiante. Mais je crois pouvoir dire que jusqu’alors, je m’étais relativement sentie en sécurité et sereine. Je n’avais jamais vraiment craint Ren, surement parce qu’il m’avait assuré du respect de mes choix et que le poids de son passé n’était qu’à mes yeux, une page d’histoire. Il était communément établi, une logique à la fois grossière et imparable, que nos actes définissaient qui nous étions. Je pense pour ma part, que beaucoup de gens n’ont pas réellement conscience de ce qui motivent leur acte, qu’ils sont souvent, motivés par leur inconscient et le cadre dans lequel ils évoluent. Qu’ils agissent envers lui ou pour lui d’ailleurs. Non, ce qui définit réellement un individu, est sa capacité à mesuré l’étendu des ramifications qui l’ont conduit à faire ce choix plutôt qu’un autre.

Et je savais Ren mesuré. Très mesuré. Et même si j’étais convaincue qu’assassin ou régicide ne pouvaient le définir sur le long terme, je savais de quoi il était capable. Aussi, quand il saisit mon visage entre ses doigts, come l’on manipule un objet en cristal, je sentis mon corps se pétrifier et mon sang, se figer. Le contact léger, me fit frissonner. La chaleur de sa peau contre la mienne. La pression modérée sur mes mâchoires. Et je pouvais pré sentir de toute la violence de son ressenti, comme s’il irradiait en moi. Je déglutis avec difficulté, ne pouvant contenir les battements de mon cœur qui s’acceléraient, pulsant dans les doigts de Ren. Mes yeux s’écarquillaient et instinctivement, mon corps se préparaient à une lutte. Rompu aux arts martiaux, toute incursion physique rentrant dans mon périmètre de confort, non consenti, était naturellement perçu comme une agression.

Mais rapidement il me lâcha, comme presque répugné de cette soudaine proximité. Ses mots avaient claqués, d’une douceur cinglante qui ne tolérait ni mensonge, ni dérobades. Passant une main dans mes cheveux, me reculant d’un mouvement que j’aurais voulu plus serein, je tentai de reprendre un peu de constance.


« - Si vous voulez bien que nous descendions…Je vous expliquerai tout, mais j’aimerais autant que cela…disons que cela ne regarde personne d’autre. »

Ma voix tremblait légèrement, mais je restai droite et fière, avant de me diriger d’un pas assuré vers la porte menant au sous-sol. Ren ouvrit, me laissant courtoisement passer. J’appréciais la fraîcheur des pierres, et le bruit de nos pas qui se brisaient en échos sur les parois illuminées ça et là de bougeoirs. Une fois que nous fûmes arrivé en bas, je déposais ma sacoche sur la table, m’asseyant sur une chaise. Tout en soupirant, je relevais mes cheveux en un chignon négligé, levant le visage vers le Souverain du Vide.

« - N’ayez crainte. Vous n’êtes en rien responsable de ce qu’il m’est arrivé. Je suis seule fautive. Les rues de la Cité d’Ebène portent leur lot de souffrance et de peine. Je déambulai en ville, j’étais sorti tard de la bibliothèque. Il pleuvait ce soir-là, et je ne sais pas. Je ne sais pas ce qui m’a conduit dans cette rue en particulier. Rapidement la foule s’est dispersé et quelque chose m’a interpelé. Je sentais que quelque chose n’allait pas bien finir. »

Je posais mon coude sur la table, appuyant le bas de mon visage dessus, regardant de biais, quelques feuillets déposés sur la table.

« - Deux hommes en suivaient un depuis un moment déjà. J’ai voulu en avoir le cœur net, jouant faussement les femmes étourdie et trempée. J’ai pu constater les armes en le dépassant. J’ai eu le temps de prévenir l’individu avant que le premier agresseur ne fonde sur nous. Je l’ai envoyé au sol sans trop de soucis, mais je n’ai pas entendu le second. Je me suis retrouvé projeté contre une poutre, et j’ai fini face contre terre. J’ai pu éviter son coup en lui fauchant les jambes, mais bois et pierres sont des ennemis plus coriaces que je ne l’aurai supposé. »

Portant ma main à mon arcade, je la laissais glisser le long des autres marques, me souvenant du sang qui avait coulé le long de mes tempes. Je fronçais les sourcils, ne sachant si la suite se devait d’être racontée. Inspirant une nouvelle fois, je me redressais, pour regarder Ren.

« - Disons que cela m’a valu quelques traumatismes. Dont qui, fort heureusement, ne sont pas visibles. Physique….Mais psychologiques également. L’individu que j’ai prévenu du piège dans lequel il courait….S’avérait être un mercenaire. Ou du moins je le suppose. J’étais à moitié sonné, j’avoue qu’il faudrait que je retrouve un dojo, pour cultiver ma résilience…Toujours est-il que j’ai… »

Les larmes montèrent à mes yeux et je détournai le visage, portant la main à ma bouche, une expression de dégoût mêlée à la peur. Un relent de colère monta à ma gorge, en un goût de bile et de métal. Je pouvais encore sentir les éclaboussures de sang sur mon visage. Son goût dans ma bouche.

«  - Il les a tués. Il leur a brisé le crâne à coup de marteau. Mais il m’a assurément sauvé la vie. »


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