Agni
avatar
Messages : 42
Inscrit.e le : 09/05/2018

Seylim

Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 13 Mai - 15:59

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

[feat. Ren]

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

Proverbe Arabe

=> 27e jour de Ruwa
Akasha était – dans la mémoire de Seylim - une contrée sublime. D'aussi loin que pouvaient remonter les souvenirs de la Dame des Chevaux, jamais elle n'était restée insensible devant les paysages qu'elle observait. Le dos droit, se laissant rêvasser en observant calmement les décors qu'elle redécouvrait à chaque fois, elle se sentait étrangement calme. L'air faisait voleter une mèche semblant rebelle, sa robe légère blanchâtre lui offrait un air d'étrangère en vacances. Elle le savait et le vivait bien. Elle était une étrangère. Elle en sortait de vacances. Forcées de surcroît. Elle qui aimait et s'inquiétait des relations politiques s'était vue contrainte et forcée de rentrer sans rien pouvoir faire. Elle s'était tellement sentie impuissante que le chemin vers Akasha l'enjouait de façon presque incontrôlable.

Pourtant, des deux dames qui patientaient à la Porte, la brunette habillée de turquoise semblait réellement – elle – incontrôlable. Elle sautillait, observait, s'émerveillait bruyamment. Bien trop pour que sa Maîtresse ne puisse observer le lever du soleil avec le calme qu'elle inspirait. Si Seylim était comparable à un mat droit et fier, Najat était assurément la voile dansante que le mât retenait sans peine.

(Seylim) ▬ Najat. Calmez-vous je vous prie.

(Najat) ▬ Je puis parler diplomatie avec vous, mais vous conviendrez, je suppose, que cela est bien moins aisé avec des mots. Je ne suis qu'une modeste ambassadrice en ce lieu.

(Seylim) ▬ Et je vous en remercie.

Le regard se détourna de la servante au teint doucement plus hâlé que le sien, sa couleur se rapprochant du miel concentré que l'on pouvait déguster parfois, ses traits bien plus enfantins. Elle était nattée et portait fièrement une barrette. Sur cette dernière on pouvait voir, trônant, gravé parfaitement et délicatement orné, la balance qui désignait la Guilde des Princes Marchands. 

Tant qu'elle portait cette barrette, elle était rattachée à la famille Shil. Ce qui comprenait aussi bien un toit et un traitement correct qu'une protection ou, selon les endroits, une malédiction. Certains ne voyaient pas d'un bon œil toutes ces familles riches. Ils pouvaient avoir des extrémistes partout... Jamais Seylim ne l'aurait avoué mais elle se refusait à risquer la vie de sa dame de compagnie. Elles étaient devenues proches au fil du temps et des voyages faits ensemble mais ceci aussi, Seylim l'aurait gardé pour elle.

(Garde) ▬ Pardonnez-moi, vous êtes Madame...

(Seylim) ▬ Seylim Bin Shil, fille de Shil Ben Ismäl. Je postule au poste d'ambassadrice entre Agni et Akasha.

La Dame du désert toisait son interlocuteur avec ses deux iris glaciaux, le regard ferme, autoritaire. Les mots étaient sortis naturellement, comme une rengaine des milliers de fois prononcée. Elle n'avait pas prit la peine de s'annoncer entièrement. Elle le ferait une fois arrivée.

L'interlocuteur réprima un frisson de peur, l'amenant à ses chevaux. Elle se rapprocha assez pour caresser les bêtes, leur parlant faiblement avant de déposer ses bagages et ceux de sa suivante sur leur animal respectif. Najat eut droit à un animal couleur crème, semblant relativement doux. Celui de Seylim était gris et était bien plus téméraire que son compagnon. Un instant, elle put entendre une blague sexiste sur le fait de monter un équidé. Et la dame bronzée se laissa grimper sur le grisé. Sans honte pour son corps, par fierté de son éducation, elle se laissa relever la robe jusqu'à ses mi-cuisses, empoignant les rênes d'une main assurée. Un instant, l'homme au sol cru voir un éclat téméraire dans son regard. Quelque chose qui faisait rajeunir la femme sérieuse qu'elle était. Comme si l'adolescente allait reprendre le corps pour s'enfuir et ne jamais revenir. Pourtant elle ne fit qu'abaisser son visage en guise de remerciement, attendant le départ de sa suivante. Lorsqu'elles débutèrent leur voyage, elles restaient toutes deux sur leur gardes. Seylim par réflexe, Najat par habitude. Le grisé hennit, se cambrant, débutant presque une ruade avant que les talons de la cavalière claquèrent sur ses flancs fermement, la langue de la Dame des Chevaux claqua deux fois dans l'air. L'animal ne stoppa, certains diront de peur, d'autres de respect, et ne posa aucun autre soucis du trajet. Voilà qui était Seylim. Dure mais juste. Douce mais poignante. Épicée mais envoûtante. 

Les équidés se laissèrent traverser plaines et champs verdoyant bien que fatigué pour laisser les paysages se recouvrirent de teintes de marrons. Que ce soit par les feuilles, branches, écorces ou que ce soit par le pelage des quelques animaux qu'elle pu apercevoir... Autant qui les séparaient du Souverain de ces terres. Les deux femmes remuaient leurs bassins au rythme de la course des équidés qui les firent arriver Lorsque le soleil commençait à s'abaisser. Seylim descendit du cheval en gardant cette grâce qu'on lui avait inculqué et qu'elle travaillait encore aujourd'hui. Sous les ombres agrandissantes, elle se laissa penser quelques secondes à ses quatre amours que les nourrices devaient sûrement de regarder dormir. On était dans la période plus chaleureuse de la journée. Une seconde, les chants et danses de sa patrie se firent ressentir jusque dans le sang bouillonnant de l'ambassadrice. 

(Najat) ▬ Ma Dame, je viens de nous annoncer. Nous devrions être amenée au Seigneur sous peu.

(Seylim) ▬ Je te remercie Najat.

Retenant son cheval d'une main, les rênes s'enroulant autour de son bras d'abord durement puis avec plus de lest, Seylim le caressait de l'autre, patientant jusqu'à entendre les personnes venues les chercher. Instinctivement, elle tendit les rênes à l'écuyer... ou peu importe son rang. Elle écouta ce que l'homme, le... majordome ?, lui racontait. Elle suivit son corps, retenant où serait leurs chambres, les dispositions mises en place. Et elle arrêta sa marche dans une grande pièce. Elle pouvait aussi bien servir à recevoir un banquet ou une réunion politique. Cela impressionnait la Dame du désert. Et Najat s’éclipsa le temps de son rendez-vous. Les deux femmes se retrouvèrent séparées, Seylim restant dans cette pièce silencieuse bientôt rejointe par une servante qui s'inclina respectueusement. 

(Servante) ▬ Nous vous demandons de patienter un instant, nous appelons notre Seigneur...

(Seylim) ▬ Je vous en remercie, je patienterais ici.

(Servante) ▬ Excusez-nous de ce temps d'attente... Nous devons vous présenter comme... ?

Seylim eut une seconde d'hésitation. 

(Seylim) ▬ Seylim Bin Shil. Je viens quant au poste d'ambassadrice entre Agni et Akasha.

Une courbette suivie et l'employée se retira, la porte se refermant sur une Dame des Chevaux droite et fière. Professionnelle.

Symbole de la Guilde Marchande:
#iwhae pour epicode
Akasha
avatar
Messages : 326
Inscrit.e le : 27/12/2017

Ren

Voir le profil de l'utilisateur
le Mar 15 Mai - 17:43
Ô nuits d'Arabie

“- Alors ?
- Il lui faut du repos Sire, beaucoup de repos…
- Je vois.”


La chambre était plongée dans la pénombre, une des fenêtres légèrement entrouverte afin que l’air puisse se renouveler. Les lourds rideaux avaient été tirés presque entièrement, ne laissant passer qu’un fin rais de lumière, suffisant pour pouvoir contempler le triste spectacle qui se jouait dans la chambre. Auriane était allongée, le teint blême, les traits tirés. Sa respiration était sifflante, saccadée et chaque inspiration semblait accompagnée d’une douleur insupportable. Son front luisait de sueur et de longues mèches collaient à sa peau. Elle grelottait, malgré l’épais édredon qui la recouvrait presque en entier. Trois médecins l’entouraient. Les meilleurs d’Akasha et donc parmi les meilleurs du Royaume. L’un était penché sur elle, prenant son poul, le deuxième griffonnait des notes de sa plume sur un parchemin déjà noirci d’encre tandis que le dernier farfouillait dans son coffre rempli de fioles diverses. Ren se tenait en retrait. Appuyé contre le mur, presque plongé dans l’obscurité, bras croisés sur sa poitrine, le jeune Souverain les observait, silencieux et de marbre tandis que intérieurement son coeur saignait. Il observait le médecin tenant délicatement le bras d’Auriane entre ses mains et il fut frappé par sa maigreur et par sa blancheur.

“- Votre pupille doit se reposer Sire. Le voyage pour venir jusqu’ici lui a demandé bien plus de forces qu’elle n’en avait.
- Mais cela fait déjà deux mois…
- L’état de santé de Dame Auriane a toujours été fragile. Une personne en bonne santé se serait remise sans problème mais dans son cas… un repos forcé et surtout aucune contrariété.
- Très bien… je vous remercie messieurs.”


Comprenant qu’ils étaient à présent congédiés par leur Souverain, ils ramassèrent leurs affaires, s’inclinèrent et sortirent. A peine la porte se fut-elle refermée sur eux que Ren sortit de son immobilité et se dirigea vers le chevet de la jeune femme. S’asseyant sur le rebord du lit, il l’observa, quittant son masque de froideur et laissant ses émotions enfouies se déverser hors de lui. Sa pupille… S’ils savaient. Ce mensonge, Ren l’avait offert à tous ceux qui résidaient au Palais et s’étaient enquis de la présence de la jeune femme aux côtés du nouveau Souverain. La vérité aurait mis la vie de la jeune femme en danger et cette pensée était intolérable. Alors il avait menti. Avait inventé une histoire montée de toutes pièces afin que l’on pense que leur lien n’était pas aussi profond qu’il l’était en réalité. Attrapant le tissu gorgé d’eau et posé sur le rebord de la bassine aux côtés de sa soeur, Ren l’appliqua doucement sur le visage fiévreux de sa cadette, épongeant la sueur et tentant de la rafraîchir. Impuissant. Il était tout simplement impuissant. A quoi bon être devenu le réceptacle d’une des plus grandes puissances de ce monde s’il ne pouvait rien faire pour la personne qu’il aimait le plus sur cette terre. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’il avait pris le pouvoir. Plusieurs mois que Seren et Isil étaient morts. Mais aujourd’hui, il était de retour dans cette petite maison, perdue dans ce village de Vaata, à regarder sa petite soeur se battre pour vivre alors qu’elle n’avait que quelques mois. Les médecins avaient assuré que sa vie n’était pas en danger et qu’elle se remettrait de cette fièvre. Mais Ren ne pouvait s’empêcher d’avoir peur. Peur pour elle.

Il fut tiré de ses pensées par des coups frappés doucement contre la porte. Se redressant, il prit le temps de se composer un masque de parfaite neutralité, enfouissant ses sentiments au plus profond de son coeur, avant d’inviter la personne à entrer. Une servante arriva, s’inclinant face à lui, gardant le regard baissé vers le sol.

“- Sire… Pardonnez- moi mais Dame Bin Shil est arrivée et…
- Qui ?
- Dame Seylim Bin Shil… Elle était porte-parole et ambassadrice d’Agni avant… avant.
- Ah… oui. J’arrive.”


A nouveau, la servante s’inclina et disparut aussi vite qu’elle était arrivée. Ren eut le temps de voir passer une expression de soulagement sur son visage avant qu’elle ne referme la porte et il retint un soupire. Il était fatigué des réactions toutes similaires des habitants de ce palais. Ils étaient soit effrayés soit admiratifs. Mais tous se soumettaient devant lui et aucun n’osait prendre réellement la parole en sa présence. Le seul à avoir osé lui tenir tête et à se montrer franc avait été Samir, le soldat qui lui avait ramené sa soeur. Mais depuis plusieurs mois qu’il était là, il devait faire face à la peur et à l’hypocrisie forcée des autres. Et cela commençait réellement à le lasser.

Il reporta son attention sur sa soeur endormie une dernière fois puis sortit à son tour de la chambre. L’ancienne gouvernante et à présent dame de compagnie d’Auriane attendait dans le couloir, assise dans un fauteuil et elle lui sourit doucement, pour le rassurer. Connaissant les deux enfants depuis leur plus jeune âge, elle était la seule à connaître la vérité sur leur lien de parenté et sa loyauté était sans faille. Auriane était entre de bonnes mains. Gardant cette pensée dans son coeur pour le réchauffer, Ren entreprit alors de parcourir les longs couloirs interminables de cette vaste demeure afin de se rendre dans la salle de réunion où l’attendait la Dame d’Agni.

A présent qu’il n’était plus au chevet de sa soeur, Ren eut tout le loisir de porter son entière attention sur son invitée. Les rapports avec Agni étaient les plus conflictuels pour le moment. Les Contrées du Feu et des Astres avaient toujours gouverné main dans la main et ensemble ils avaient assis leur autorité sur le reste du Royaume pendant le règne de Seren. L’ancien Souverain d’Agni en était venu à menacer les autres Contrées lorsque ces dernières avaient tenté de s’opposer à Seren. Vilya avait pu raconter tout cela au nouveau Souverain une fois son autorité sur la nouvelle Akasha reconnue. Les menaces, le commerce illégal… il semblait que le changement de Souverain à Agni n’avait pas empêché tout cela de continuer. L’opinion de Ren sur le Souverain Nár n’était donc pas des plus hautes. Bien entendu, Ren avait mis un terme à toute cette mascarade en prenant le pouvoir. Les liens autrefois forts entre Akasha et Agni avaient donc été réduits à l’état de poussière.

Mais bien entendu, la situation ne pouvait pas rester telle quelle. Akasha avait besoin d’Agni et inversement. Leur frontière commune était l’un des pôles principaux du commerce dans Seele et bien que Ren n’accordait aucune confiance à la Contrée du Feu, un terrain d’entente devait être trouvé entre eux deux. Et c’est ainsi que l’ancienne Ambassadrice, représentant Agni du temps de Seren, avait été conviée à se rendre en Akasha afin de rencontrer le nouveau Souverain et de voir si la coexistence pouvait être possible.

Un majordome annonça l’arrivée de Ren tandis que ce dernier s’apprêtait à pénétrer dans la vaste salle de réunion et lorsqu’il entra, le même domestique annonça l’identité de la Dame d’Agni. Et Ren fut aussitôt frappé par sa prestance. Droite, le visage relevé, le regard assuré, la femme qui se tenait devant lui dégageait une aisance et une grâce qui faisaient s'aplatir toutes ces personnes au regard baissé vers le sol. Ren s’arrêta à une distance respectable de son invitée et s’inclina face à elle.

“Bienvenue en Akasha Dame Bin Shil. Je vous prie de m’excuser pour cette attente après un tel voyage. J’ai été… retenu.”

Son visage était neutre, son regard vif. Devant lui se tenait une représentante de la Contrée qui avait participé de façon indirecte au règne de terreur de Seren. Jouant la carte de la cordialité prudente, Ren espérait réussir à percevoir les véritables intentions de la Dame au cours de leur entrevue. De cet instant dépendait les futures relations entre Akasha et Agni. Ils n’avaient pas le droit à l’erreur.
lumos maxima

_________________

Agni
avatar
Messages : 42
Inscrit.e le : 09/05/2018

Seylim

Voir le profil de l'utilisateur
le Jeu 17 Mai - 23:09

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

[feat. Ren]

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

Proverbe Arabe

=> 27e jour de Ruwa
Elle ignorait si c'était par nostalgie ou par mélancolie, mais l'endroit rappelait à l'Ambassadrice le poste qui avait été sien. Pourtant, elle ne se rappelait pas l'avoir contesté. C'était naturellement devenu son poste, comme s'il l'avait attendu. Et même maintenant, alors qu'elle n'était plus aussi importante, maintenant que son ancien Souverain soit déchu, on remettait ses compétences en question. On pouvait la juger d'un regard. Dans son corps elle n'avait jamais cessé de l'être. Elle avait agit en conséquences de cause, elle avait jaugé paroles et actes. Et elle avait trouvé le moyen de rester, de s'imposer sans jamais mentir une seule fois. C'était quelque chose qui lui apportait de la sérénité et de la fierté. 

Malheureusement, toute fierté sortie n'était pas le meilleur des comportements. Elle devait se montrer ouverte, trouver les mots, le caractère, comprendre, analyser et réagir. Elle se devait de réussir. Aussi bien pour son nom que pour leurs contrées respectives. Elle tournait le dos à la porte, en profitant pour fermer le regard quelques secondes. Juste assez pour inspirer longuement et expirer avec une lenteur forcée. Comme si elle pouvait imbiber son souffle de ses craintes et de ses soucis pour ne garder que l'essentiel. Lentement, son regard s'ouvrit, son corps pivota pour faire face à l'ouverture avant de s'immobiliser. Elle était prête. Elle ne pensait plus à rien, ses traits coincés dans un doux mélange d'assurance et de douceur.

La Dame des Chevaux se laissa remettre une mèche en place avant que, par deux fois, on ne fasse retentir la porte. On annonçait le « Sire Ren » qu'elle attendait. Elle en oubliait que les mots n'avaient qu'une signification secondaire. Elle secoua doucement le visage avant que l'ouverture ne lui montre l'homme qu'elle avait attendu. Elle l'observa s'incliner et se redresser. Elle écouta les mots d'excuses qu'il lui sortit, détaillant la neutralité de ses trains, la vivacité qui était reflétée au fond de ces océans. 

(Ren) ▬ Bienvenue en Akasha Dame Bin Shil. Je vous prie de m’excuser pour cette attente après un tel voyage. J’ai été… retenu.

Il se méfiait d'elle. Il le lui disait, le lui montrait. Il l'annonçait sans manquer ni de respect ni de convivialité. Sans son regard elle lisait son point du vue sur sa propre personne. Elle lisait ce qu'elle avait toujours lu. Et s'évertuerait à se créer sa propre réputation, comme elle l'avait toujours fait. Ses lèvres se relevèrent, éclairèrent son visage alors qu'elle se pencha à son tour. Elle avait sortit sa grâce, sa douceur devenue habituelle, le respect étant de mise. 

(Seylim) ▬ Je n'ai rien à vous reprocher, j'aurais dû vous prévenir plus tôt de mon arrivée. Je suis honorée que vous puissiez me recevoir si vite... Sire Ren.

Elle avait marqué un faible temps d'attente avant d'user de son titre. « Seigneur » était le premier mot qui lui était venu. Mais elle n'avait prêté allégeance qu'à un seul Seigneur qu'elle appelait « époux » et ce pour plusieurs raisons. Sa vision se complémenter à la sienne. Il voulait l’extension, la richesse et le luxe d'être ce qu'il était. Elle s'évertuait à le lui offrir le plus aisément possible. Elle avait eut besoin de son nom et de son appui. Chose qu'il lui avait donné sans restriction. Elle se laissa sourire de ce souvenir alors que son buste se redressait. Elle garda le regard fermé alors qu'elle poursuivait, lentement, se présentant comme les règles le souhaitaient.

(Seylim) ▬ Je me présente à vous, Sire. Je suis Seylim Bin Shil, fille de Shil Ben Ismäl, épouse d'Ishüen Ben Iphraïm, Seigneur des Chevaux au sein de la Guilde des Princes Marchands. Je viens ici dans l'attente de discussions cordiales et sincères quant à l'avenir de nos deux contrées, voir d'arrangements et d'accords si nous trouvons des terrains d'entente, cela va sans dire.

Son regard s'ouvrit, les prunelles ébènes se plantèrent dans l'océan calme de son interlocuteur. Aucun mensonge, aucun faux-semblant. Juste Seylim qui venait en représentante d'Agni et qui se laissait demander humblement :

(Seylim) ▬ J'étais l'ambassadrice avant votre arrivée au pouvoir. Les choses ayant changées, je pense que – vos différents avec notre Souverain mit de côté – nous pouvons nous offrir beaucoup l'un de l'autre. J'entends relancer les accords entre nos Contrées et continuer de nous faire prospérer mutuellement.

Elle souriait. Plus franchement, plus sincère. Elle le souhaitait réellement. Que les affaires continuent et fluctuent, que les relations se délient et se relient. Qu'elle participe à tout cela, qu'elle en soit presque membre sans être spectatrice.

(Seylim) ▬ Je puis parler diplomatie avec vous, mais vous conviendrez, je suppose, que cela est bien moins aisé avec des mots. Je ne suis qu'une modeste ambassadrice en ce lieu.

Une nouvelle courbature. Seylim s'inclinait, annonçait la supériorité du dirigeant qui lui faisait face. Et pourtant, elle ne se cachait pas de sa langue piquante. Sous ses mots, des questions, des reproches. Elle semblait le défier que d'oublier la haine qui pouvait l'habiter. Elle semblait vouloir lui démontrer que son nom n'était relié à l'ancien souverain que par des accords. Que jamais elle n'avait accepté les décisions de son souverain. 

#iwhae pour epicode
Akasha
avatar
Messages : 326
Inscrit.e le : 27/12/2017

Ren

Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 25 Mai - 18:04
Ô nuits d'Arabie

La grâce de son interlocutrice était un ravissement pour les yeux mais ce n’était pas cela que Ren apprécia le plus tandis qu’il observait et écoutait la dénommée Seylim. Il aimait cette lueur dans son regard, cette envie de faire ses preuves tout en le défiant lui-même de faire les siennes. Cette franchise dans ses paroles et cette honnêteté dans son sourire. Enfin, le jeune Souverain semblait avoir l’occasion de converser avec une personne qui savait manier ses paroles et ses idées, restant courtoise et agréable mais sans oublier ses propres positions. Mais Ren ne montra rien de cela. Prudent, il estimait qu’un simple premier échange ne pourrait suffire à estimer l’honnêteté de la Dame ou sa volonté. En poste depuis seulement une saison, Ren avait dû apprendre le plus rapidement possible quelles étaient les étiquettes propres à chaque contrée. Il avait dû apprendre à ne pas grimacer lorsqu’on l’appelait “Sire”. Il avait dû apprendre à ne pas s’impatienter lorsqu’on se présentait à lui, usant de titres longs et fastidieux pour le jeune Souverain. Il avait dû apprendre à recevoir les marques de respect qu’on offrait à sa supériorité hiérarchique. Car il n’était plus “juste Ren”. Il n’était plus un enfant de la campagne, un étudiant brillant et effacé, un jeune enseignant passionné à la carrière prometteuse. Et cette différence l’avait frappé de plein fouet et continuait encore aujourd’hui. Cet oubli qu’on le considérait comme supérieur, intouchable et important. A son tour, il sourit à Seylim, doucement mais sincèrement.

“Et je suis honoré que vous aillez accepté de venir malgré ces temps troublés. Vous êtes ici chez vous, aussi longtemps que durera votre séjour. Nos intérêts sont les mêmes, nos espoirs pour l’avenir également. Votre volonté ne peut qu’encourager la mienne. Je me nomme Ren, Souverain d’Akasha et représentant de la deuxième facette du cinquième élément.”

Ren parlait d’un ton tranquille, d’une voix douce. Il savait ce que les gens pensaient du Vide qu’il représentait. Il en avait eu de nombreux aperçus depuis qu’il avait pris la place de Seren. Il s’avança dans la pièce, se rapprochant de Seylim, regardant autour de lui. La salle était immense et vide. Sombre et austère. Il exécrait cet endroit de toutes ses forces, n’y voyait là qu’un caprice pour prouver une puissance et une richesse déplacées. Aussi, lorsqu’il reporta son attention sur Seylim, une lueur interrogatrice dans le regard, il lui désigna une porte derrière elle, légèrement entrouverte, laissant passer la lumière du jour.

“Je n’ai aucune objection à parler diplomatie avec vous et je ne doute pas que nous réussirons à trouver un terrain d’entente qui soit bénéfique à nos deux contrées. Cependant, que diriez-vous de poursuivre cette conversation dans les jardins ? Cette pièce servait peut-être de salle de réunion à mon prédécesseur mais personnellement je n’y vois qu’une vaine tentative d’afficher son goût prononcé pour l'architecture exubérante. La journée est beaucoup trop radieuse pour rester enfermés entre ces murs.”

Ren ne cachait pas son mépris pour Seren et pour ce qu’il avait fait à cette contrée. Il l’avait lui-même exécuté, il aurait été malvenu de sa part de faire montre d’une quelconque empathie pour celui qui avait mis un point d’honneur à le traquer pendant vingt-neuf ans et avait plongé Akasha dans le désespoir. Il invita donc Seylim à le suivre, deux domestiques ouvrant la double porte en grand, révélant à leurs yeux une longue terrasse surplombant l’immensité des jardins. Amoureux de l’art et de la beauté, Ren ne pouvait taire son admiration devant pareil agencement. Autant il haïssait le palais, autant les jardins avaient été modelés avec goût et raffinement. Au centre, une fontaine représentant la première génération de Souverains pleurait une eau cristalline qui se déversait dans un large bassin. Des chemins serpentaient parmi la végétation, laissant tout loisir d’admirer la diversité des espèces végétales au gré de promenades. Le soleil brillait haut dans le ciel et une légère brise soufflait sur les feuillages, bienvenue en cette période si chaude. Bienvenue également car Ren avait passé ces derniers jours enfermé au Palais, au chevet de sa soeur. Un instant, ses pensées s’éloignèrent, retournant auprès d’Auriane. Lorsqu’elle serait en état de se lever, il l'emmenerait dans ces jardins. Il était sûr qu’elle les aimerait.

“Je suppose que vous avez déjà eu l’occasion de visiter les jardins auparavant ? Je dois dire que j’ai du mal à me détacher de l’idée que nous sommes dans un autre monde… Tout semble si tranquille, si paisible…”

A nouveau, il sourit à Seylim, l’invitant à marcher à ses côtés tandis qu’ils s’avançaient, laissant la terrasse pour s’aventurer plus près de la fontaine.

“Dites-moi Ma Dame, pourquoi avoir accepté de revenir ? N’y voyez là aucun jugement, seulement une simple curiosité. Très peu sont ceux qui ont osé s’aventurer en Akasha ces derniers temps et je ne les blâme pas. J’ai bien entendu rencontré les Souverains et Gardiens mais depuis cette rencontre, vous êtes la première représentante d’une des quatre contrées à souhaiter vous entretenir avec moi. Et que vous soyez représentante d’Agni ne fait qu’attiser encore plus ma curiosité. J’ai mis un terme à une alliance vieille comme le monde en prenant le pouvoir et je ne pensais pas que ce serait la première contrée à vouloir faire un pas vers des relations plus paisibles.”
lumos maxima

_________________

Agni
avatar
Messages : 42
Inscrit.e le : 09/05/2018

Seylim

Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 28 Mai - 22:17

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

[feat. Ren]

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

Proverbe Arabe

=> 27e jour de Ruwa
Il était bien plus parlant que Seren. C'était un fait. Seren avait toujours énoncé les marchés. Il s'était comporté comme un tyran. Tout le monde le savait et faisait avec. Seylim comme les autres. Si on lui demandait, elle répondrait qu'elle n'est ni combattante ni assassin et qu'elle ne pouvait qu'espérer la paix pour limiter l'enfer que cela aurait pu être. Ce qu'elle ne devrait pas dire c'est que le décès prématuré de Seren l'ennuyait autant qu'il la réjouissait. Elle était heureuse d'avoir un nouveau Souverain qui serait, sans aucun doute, plus léger que le tyran. Mais elle avait fait ses preuves face à ce dictateur. Il l'avait reconnu et elle avait pu aisément continuer ses activités sans qu'il n'essaie de l'en empêcher. 

Maintenant, elle ne s'en plaignait pas. Seylim se plaignait peu. Elle faisait avec les nouvelles règles alors que certains restaient bloqués sur les anciennes. « Seren aurait modifié ceci », « La loi aurait été plus accessible ainsi ». Seylim pensait simplement qu'elle n'avait qu'à aller le voir pour connaître les nouvelles règles. Plus tôt elle les connaîtrait, plus tôt elle s'y adapterait. Et, par extension, plus tôt elle pourrait faire son travail minutieusement. Lorsqu'il se présenta, comme elle l'avait fait face à Seren, l'Agnienne s'inclina une nouvelle fois. Le protocole l'exigeait. Et elle-même désirait repartir sur de bonnes bases. Après tout, son « Seigneur » n'allait pas l'aider. Toute avance qu'elle prendrait sur lui maintenant serait une avance non négociable s'il décidait de ne pas suivre l'ambassadrice. 

C'était marcher sur le chemin de son Seigneur seulement, pour Seylim, elle n'avait qu'un Seigneur et ce n'était pas När. Sa loyauté devait se mériter. Bien qu'Ishüen n'ait jamais fait quoi que ce soit pour l'avoir, Seylim lui vouait une loyauté que son alliance l'obligeait d'avoir. Son alliance et ses enfants. Le déshonneur de son nom l'importait bien trop. Mais point pour elle. Elle s'inquiétait de ce que ses enfants vivraient. Jamais elle ne ferait quelque chose qui leur ferait du tord. Et comme son époux travaillait à améliorer le futur de leurs progénitures... Elle le suivait. Qu'il la méprise, qu'il la trompe encore. Peu importait. Elle était déjà brisée après tout. Seulement... Ses enfants étaient plus importants pour elle que n'importe quoi d'autre. Son corps se redressa alors qu'elle détaillait la lueur du regard du Souverain. Il lui proposait de continuer leur discussion dehors, lançant quelques critiques à l'Ancien Dirigeant. Chose sur laquelle Seylim se laissa répondre. 

(Seylim) ▬ À l'époque, nous étions tous ici lors des réunions. La pièce était bien plus vivante. Nous parlions diplomatie et accords, nous n'avions ni le temps ni le loisir de détailler la pièce. Il y avait tant à faire et nous n'avions pas assez de temps. Nous avions besoin de place et ici, c'était l'endroit parfait. Ni trop loin ni trop petit. Je n'ai rien contre sortir cependant, le temps est si lumineux, ce serait dommage de s'en priver.

Elle se laissa le suivre en dehors de la pièce, observant la terrasse qui se découvrit sous ses yeux. Pendant une seconde, elle resta sans mot. Les jardins se dressaient devant elle, les fleurs imprégnaient les divers buissons et les chemins semblaient se perdre dans la verdoyante végétation qui poussait presque trop tranquille. Il y avait une ambiance bien différente de la ville d'Ébène, presque comme si le Palais – source de conflit et de guerre – avait été épargné par la guerre qui y avait fait rage. Une seconde où le temps s'arrêta. Il y eut un courant d'air, comme si les Dieux soufflaient les sales pensées de l'ambassadrice pour qu'elle puisse profiter de ce paysage enivrant. Il ne valait pas les couchers de soleil de Ruby où les couleurs chaudes se mélangeaient aux sons des tambours et les cris de réjouissances, où la population se réveillait. Où elle avait passé tant d'heures à danser étant enfant, adolescente... Elle sembla réfléchir un instant. Elle avait profité de certaines soirées pour se détendre, confiant ses enfants aux nourrices et servants de la demeure. Et elle s'était parfois cachée pour y aller danser. Elle aimait danser. Elle aimait entendre les djembés et où son esprit voyageait, disparaissait. Ses questions s'envolaient sous chaque pas sautillant qu'elle faisait... Mais son époux l'avait-il vu danser ainsi ? Il l'avait vu pleurer, neutre, énervé. L'avait-il déjà vu rire ? Parce qu'elle riait quand elle dansait. Elle souriait et certains lui avaient confié aimer voir les ondulations de son corps... 

(Ren) ▬ Je suppose que vous avez déjà eu l’occasion de visiter les jardins auparavant ? Je dois dire que j’ai du mal à me détacher de l’idée que nous sommes dans un autre monde… Tout semble si tranquille, si paisible…

(Seylim) ▬ À vrai dire, c'est la première fois que je viens ici. Je n'avais jamais vu les jardins d'Akasha.

Elle le suivit, retenant les commentaires qu'elle aurait pû en faire. Elle se laissait emporter par les odeurs douces qui l'enveloppaient telle une douce couverture, lui faisant presque oublié la raison de sa venue. Le Souverain semblait bien loin de se perdre comme elle et il se laissa la questionner sur sa présence. Reprenant son rôle d'ambassadrice, l'Agnienne répondit naturellement, son corps se tournant vers celui du dirigeant.

(Seylim) ▬ L'alliance tout comme la position d'Agni ne dépend malheureusement pas de moi. Si je suis revenue, c'est simplement parce que la guerre a été mauvaise pour les affaires. Je suis femme de Prince Marchand et, indépendamment de mon époux, l'argent fait tourner le monde.

Elle lui sourit, d'un regard pétillant de malice, qui contrastait avec le rôle qu'elle avait. 

(Seylim) ▬ Mon Souverain sera bien moins tenté de déclarer des guerres ci et là s'il réalise que notre contrée est liée avec chacune des autres. Je vous l'ai dit, l'argent fait tourner le monde. Tout le monde se plie à l'argent, de près ou de loin. Vous allez, à l'avenir, lier des amitiés avec les dirigeants des différentes contrées, certains vous appréciant plus que d'autres. Mon Seigneur sera sûrement l'un des moins enclins à vous écouter calmement. Nous avons le sang chaud à Agni.

Elle observa une fleur, son regard se perdant sur les contours d'un pétale avant qu'elle ne reprenne, éclaircissant sa pensée. 

(Seylim) ▬ Je préfère être la première à revenir. Dans un premier temps, parce qu'il me faut vous comprendre. Vous êtes Souverain et, étant sur vos terres, si vous décidez de me tuer, je n'ai simplement aucune chance. Vous êtes la Loi. Seulement... Ce n'est pas parce que je suis une simple ambassadrice que je n'ai aucun pouvoir. Dans un second temps, j'estime qu'il faut étouffer les actes inconsidérés dans l’œuf. Que ce soit une rébellion mal venue ou une guerre imprévisible.

Elle se retournait vers lui, calmement, poursuivant, le regard dans le sien.

(Seylim) ▬ Soyons d'accord, je ne dis pas que mon Souverain envisage de vous déclarer la guerre. Mais avant même que la possibilité d'y penser apparaissent, je vous avoue que préparer le terrain pour mon époux, vous proposer un enrichissement mutuel me semble être une idée qui a au moins le mérite d'être pensée. Sire När aura bien plus de difficultés à manier les ambassadeurs tel qu'il l'entend si cela se fait avant. Et puis... Vous parlez d'avoir arrêter une alliance. Je viens pour vous en proposer une autre. Je n'ai pas l'aval de mon Seigneur, sachez-le. Je doute qu'il sache que je suis ici pour tout avouer. Cependant, n'y a-t-il meilleur engagement de la population agnienne que ma présence ? Que vous soyez le Souverain des Astres, du Vide ou des Dieux, vous êtes – à mes yeux – une source possible de guerre, au même titre que mon propre Souverain. Et croyez bien que je refuse de voir mon pays dévasté alors que je suis en position d'y faire quelque chose.

Le dos droit, le regard fier, on aurait presque pu se demander si Seylim n'avait pas dirigé l'ancien dirigeant d'une certaine façon. Si elle ne l'avait pas invité à faire certains choix... Pourtant elle semblait sereine, calme. Elle ne faisait que donner son avis. Elle n'était pas encore vraiment passée à l'action. 
#iwhae pour epicode
Akasha
avatar
Messages : 326
Inscrit.e le : 27/12/2017

Ren

Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 18 Juin - 12:32
Ô nuits d'Arabie

Il était étonné d’apprendre qu’elle n’était encore jamais venue dans les jardins. Il s’agissait pourtant de l’endroit le plus charmant, le plus ouvert et le plus accueillant de la demeure du Souverain. Le seul endroit selon lui. Il aurait imaginé que des fêtes auraient eu lieu ici, somptueuses et extravagantes, car c’était le propre de cette Cité. Apparemment il se trompait. Peut-être Seren avait-il gardé cet endroit pour son unique usage, préservant jalousement la beauté des lieux. Peut-être… il n’avait aucun moyen de le savoir. Comme bien souvent, il aurait aimé qu’Isil soit là, qu’il lui apporte conseils et paroles sages. Mais le Gardien n’était plus là. La gemme l’avait tué. Seele l’avait tué.

Il écouta Seylim parler de guerre, de commerce et de politique. Hélas, trois sujets dont le jeune Souverain ne se souciait que peu avant d’arriver à la tête de la Contrée. A présent tout cela représentait son quotidien. Bien que le terme guerre était selon lui inapproprié, il se garda bien d’en faire la remarque. Akasha n’était pas en guerre ni à l’intérieur, ni à l’extérieur de ses frontières. Il avait simplement lever le voile sur ce qui s’y passait. Ni plus, ni moins. Que ce soit mauvais pour le commerce du mari de la Dame, cela arrivait bien loin dans la liste de ses priorités. En revanche, il comprenait parfaitement les inquiétudes de Seylim concernant le futur de sa Contrée. Même si à nouveau, le terme “amitié” n’était pas celui qu’il aurait choisi afin d’évoquer les possibles futures alliances avec ses voisins, l’ambassadrice avait raison. Akasha était au centre du Royaume. Cela était autant un avantage qu’une malédiction. Car elle serait bien vulnérable si ses voisins décidaient d’attaquer ses frontières en même temps.

Plus il écoutait Seylim, plus il sentait l’admiration qu’il lui portait grandir. Elle se tenait droite, fière et parlait avec franchise, énonçant des faits hauts et forts et assurant de ses intentions. Il ne décelait aucun mensonge, aucune fausse honnêteté dans ces paroles qui envisageaient l’avenir. Prévoyante, intelligente et fine stratège, elle semblait être passée experte dans l’art de manier les mots et les relations, et ce depuis bien avant que Ren n'apparaisse. Nul doute qu’il pourrait fort apprendre aux côtés de la Dame des Chevaux.

Lorsqu’elle se tut, il laissa planer le silence. Réfléchissant aux propos de la Dame, il savait que sa décision était déjà plus ou moins prise. Cependant, il était bien trop prudent pour laisser entendre qu’il acceptait de collaborer avec l’ambassadrice, du moins pas aussi rapidement. Lorsqu’il reprit la parole, son timbre était doux, comme une confidence qu’il aurait souhaité dissimuler au monde environnant.

“Comme vous le dites, je ne suis pas les Astres. Encore moins Dieu, que les éléments nous en préservent. Etes-vous sûre de vouloir conclure un accord avec ce que je représente ? Vous parlez d’imprévisibilité, c’est pourtant cela qui fait tourner Akasha depuis que la vérité a été dévoilée. Et c’est bien cela qu’on me reproche à travers le royaume. Le chaos que je sème n’épargne personne. Il semble établi que demain, je ferais disparaître Seele d’un simple claquement de doigts.”

Il s’en amusait presque. De cette peur basée sur des suppositions, superstitions et surtout sur de l’ignorance qu’avait engendré son arrivée. Le vide et le chaos qui allaient s’emparer de tout Seele, le réduire à néant. Peut-être dans un sens c’était bien cela qu’il planifiait. Faire disparaître ces fondations instables, pourries par le mensonge et la corruption. Changer son fonctionnement. Souverains, Gardiens… tout ceci était une farce pour lui. Son avenir tout entier avait été décidé par une pierre précieuse. Par un cercle de pierres perdu sur une île dont personne ne connaissait la localisation. C’était grotesque. Mais Seele attendrait. Akasha était la priorité. La Contrée où il était né, où ses parents étaient nés et où sa soeur aurait dû naître. Il avait fait une promesse à Isil. Et il la tiendrait.

“Vous étiez ambassadrice du temps de mon prédécesseur. Vous connaissiez le Souverain qui a précédé Nár. Vous êtes donc parfaitement au fait des liens qui existaient entre nos deux contrées. Seren, dans sa quête de puissance, s’est fait un allié très précieux, Agni. La plus grande force armée de tout Seele. Leur lien était établi bien avant la naissance de Seren. Pendant des siècles, Agni et Akasha avançaient ensemble, côte à côte. Mais tout a changé il y a trente ans… Avant cela, les autres contrées n’avaient rien à craindre des relations entre Agni et Akasha. Ils étaient certes puissants mais à part développer l'essor de leurs contrées respectives, il ne faisaient rien de mal. Mais j’ai eu l’audace de naître et surtout de disparaître. Et tout a changé. Seren n’avait plus d’enfants à trouver et tuer dans sa propre contrée alors il a commencé à aller les chercher ailleurs, dans les autres contrées. Et le précédent Souverain d’Agni a pris part à cela. Aap, Vaata et Prithvi ont été subtilement menacés d’invasion et de guerre si jamais ils tentaient de se mettre sur la route d’Akasha. Ensuite, Nár a pris le pouvoir. Les choses ont quelque peu changé mais ayant été élevé par son prédécesseur, votre Souverain souhaitait que les relations entre Akasha et Agni demeurent et c’est ce qui s’est passé… jusqu’à ce que j’arrive.”

Il s’interrompit et regarda à nouveau Seylim. Son ton ne s’était pas élevé, ses intonations étaient restées les mêmes. Placides, presque froides, comme s’il relatait simplement des faits connus depuis longtemps. Ce qui était le cas. Il s’était protégé des crimes commis par Seren et ses alliés du mieux qu’il avait pu. Il avait appris à accepter la réalité du monde dans lequel ils évoluaient. Mais il avait à présent le pouvoir de changer les choses, ou du moins de faire en sorte qu’elles ne suivent plus le même chemin. Peut-être n’était-ce pas le genre de conversation à tenir avec une représentante de la Contrée qu’il accusait. Mais il n’accusait pas Seylim, ni le peuple agnien. Il accusait les puissances de ce monde qui avaient fait subir à leurs peuples leurs actes et décisions. A présent, il laissait éclater la vérité sur ce qui avait été dissimulé au peuple de Seele. Que ce soit sur Akasha ou sur le reste du Royaume.

“C’est cet accord auquel j’ai mis fin. Cette alliance que j’ai détruite. Car comme vous Dame Seylim, je refuse de voir ma contrée dévastée plus longtemps par les grands de ce monde et les actes qu’ils ont commis ou choisis d’ignorer. Vous êtes venue de votre plein gré, avez fait preuve d’audace en venant sans le consentement de votre Souverain. Et rien que pour cela, vous avez mon respect et mon attention. Alors je vous écoute. Vous dites pouvoir me proposer une nouvelle alliance qui nous sera bénéfique à tous deux. Je vous donne ma parole de ne pas laisser l’ombre des actes passés venir entacher la promesse d’un avenir possible entre nos deux maisons.”
lumos maxima

_________________

Agni
avatar
Messages : 42
Inscrit.e le : 09/05/2018

Seylim

Voir le profil de l'utilisateur
le Mar 19 Juin - 21:49

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

[feat. Ren]

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

Proverbe Arabe

=> 27e jour de Ruwa
Le silence du jeune Akashan était signe de bonne augure. Là où dès le départ elle avait dû s'imposer face à Seren, la voici face à un Roi qui l'écoutait. Il la jaugeait, c'était un fait qui ne l'intéressait que très peu. Peu importait ce qu'il pensait de la femme, elle était habituée à s'adapter pour que ses interlocuteurs la voit. Il ne ferait pas mesure d'exception. Elle avait plongé son regard sombre dans le sien sous chaque mot qu'elle avait prononcé. Elle avait rompu à plusieurs reprises l'étiquette. Mais c'était ce qu'elle était. Elle ne l'insulterait pas directement. Cependant, s'il la jaugeait, la réciproque était vraie. Quelques années plus tôt, son prédécesseur lui avait fait la remarque, alors qu'elle refusait de s'incliner face au Souverain des Astres.

(Ancien ambassadeur) ▬ Vous manquez de respect Ma Dame.
(Seylim) ▬ Je ne respecte que ceux qui le mérite.

Elle avait sourit à Seren, s'inclinant avec une ironie palpable.

(Seylim) ▬ Sans vous offenser, Sire, j'aime les actes qui décident des mots que j'emploierais. N'êtes-vous point d'accord que je puis parler des heures sans que vous ne puissiez me croire mais que d'un gestes vous seriez assuré de mes desseins ?

Seren avait, pour une raison qu'elle n'avait pas comprit et ne comprenait toujours pas entièrement, rit. Il avait rit de « connaître autant de caractère et d'insultes si joliment cachées ».

(Seylim) ▬ Jamais ne n'oserais vous mentir Sire...
(Seren) ▬ Bien sûr ! Vous êtes bien trop intelligent pour cela. Vous préférez manier les mots. Mais faîtes. Si vous vous en croyez capable, manipulez-moi.

Elle s'était inclinée avec respect. Et c'était ce qu'elle avait fait. À petites doses néanmoins. Elle avait tenté. Cela avait parfois fonctionné. Parfois non. Cependant le Souverain l'avait régulièrement féliciter pour sa fougue et son audace.

Certains événements avaient entaché cette audace qui la caractérisait tant. Mais nous étions là dans une vision privée de la belle agnienne et pour rien au monde elle n'aurait laissé quelqu'un d'extérieur voir ce qu'elle avait pu être. Ce qui, pour certains étaient de la fierté mal placée, pour d'autres c'était une protection prévoyante. Elle aimait ce maque que représentait l'ambassadrice. Cette femme forte qui feraot plier vents et montagnes, qui effraierait vague et flamme si cela lui permettait d'atteindre un but que vous ne connaissez pas. Cette femme forte qui regardait avec dédain ce qu'elle était réellement. Faible, inquiète, peut-être même folle. Néanmoins elle ne devait pas laisser son esprit divaguer. Tout irait bien tant que le Monde ne voyait que la dureté et non le reste.

Seylim l'écouta. Silencieusement, aussi calme que le dirigeant lorsqu'elle-même s'était exprimée. Elle ne réagit pas lorsqu'il annonça être imprévisible. Son visage resta stoïque. Jusqu'à l'entendre relater l'histoire de leurs contrées respectives. Elle la connaissait. Il n'y avait rien à réfuter. Il avait raison. Elle avait été là lorsque son Souverain avait accepté de prendre part à cette chasse à l'enfant. Elle avait tenté d'objecter, de raisonner... Mais il avait été difficile de dire qui avait été le plus fou des deux.

(Ancien Souverain d'Agni) ▬ Encore un mot Seylim et les Shil n'existeront plus. Ton sang mourra si tu ouvres encore tes jolies petites lèvres.

Elle sentit son regard se ternir sous les souvenirs. Non... Elle ne laisserait personne la manipuler ainsi de nouveau. Plus jamais. Elle s'était fourvoyer une fois. Face à Seren. Et ses lèvres s'ouvrirent lentement, effaçant un instant l'ambassadrice.

(Seylim) ▬ J'espère que l'homme nous pardonnera. À nous Agniens, pour avoir suivi notre Souverain. Aux autres contrées qui, par notre faute, ne pouvaient rien faire. Comprenez que si leurs armes cherchaient votre cou mais c'était notre sang qui les calmaient.

Elle s'inclina. Bien plus que de raison. Plus que l'étiquette ne le voulait.

(Seylim) ▬ Même si ma gratitude est faible, j'espère que mes remerciements pour avoir fait cessé Seren seront un gage de ma bonne foi. Ceci étant...

Elle se redressa. La femme disparut. Elle n'avait ni le temps, ni le loisir de la laisser parler plus encore.

(Seylim) ▬ Ceci étant, je vais vous dire les mêmes mots qu'à votre prédécesseur. Si vous devenez une menace pour ma Contrée, je m'essaierais à vous tuer. Seren en a joué pour que le Souverain du Feu soit le pire ennemi d'Agni. De vous à moi, soyez imprévisible. L'imprévisible n'est dangereux que pour les ignares. Je redoute votre illogisme et non votre imprévisibilité.

Elle souriait. Elle souriait doucement, presque trop tendre.

(Seylim) ▬ Les gens ont peur de vous ? Soit. Si vous espériez gagner leur confiance par le sang, c'est une très mauvaise approche. Vous le savez. Souverain du Vide, tuant pour le trône, à bien des égards vous lui êtes semblables. Les Akashans ont peur. “ Et si mon fils avait la marque des Astres... ? Tout recommencerait ?”  Votre peuple est sûrement bien plus terrorisé que vous. Certains se souviennent de Seren comme d'un souverain juste. Il l'était. Jusqu'à ne pas vous trouvez. Je ne dis pas que vous auriez dû mourir. Je dis que si demain la Souveraine d'Aap devenait folle, son peuple en viendrait à redouter tout et tout le monde.

Son corps s'accroupit pour respirer l'odeur d'une fleur blanche, doucement ouverte. Lorsqu'elle se releva elle poursuivit, le sérieux parfaitement audible.

(Seylim) ▬ Je suis là pour éviter que la folie de Seren ne revienne. Je ne suis plus aussi inexpérimentée que je l'étais. À ça, une notion commerciale s'impose. Nous avons tous deux besoin de preuves concrètes. Et votre peuple a besoin de votre bonté. Vous leur semblez être une malédiction. Que ce soit pour votre peuple, le mien ou celui des autres Contrées. Je viens ici pour être maudite. Je vous insulte, chez vous. J'ose une nouvelle fois. Les propos n'ont de valeur – à mon sens – qu'avant les écrits, les gestes. Si cela ne tenait qu'à moi, je vous la ferais signer de suite, cette alliance. Mais l'idée ne vient jamais d'un ambassadeur. Toujours du Souverain. Pour le moment, j'estime que les accords commerciaux sont un juste milieu. Votre peuple représente – actuellement – plus que vous.

Comme annoncé plus tôt, bien qu'avec les formes, elle l'insultait.

(Seylim) ▬ Si mon Sire vous voit, vous, Souverain du Vide, être accepté, soutenu et aimé de votre peuple, cela ne serait-il pas le début du changement que vous tendez à avoir ?

#iwhae pour epicode

Contenu sponsorisé

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum