Agni
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Seylim

Agni
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le Dim 13 Mai - 15:59

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

[feat. Ren]

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

Proverbe Arabe

=> 27e jour de Ruwa
Akasha était – dans la mémoire de Seylim - une contrée sublime. D'aussi loin que pouvaient remonter les souvenirs de la Dame des Chevaux, jamais elle n'était restée insensible devant les paysages qu'elle observait. Le dos droit, se laissant rêvasser en observant calmement les décors qu'elle redécouvrait à chaque fois, elle se sentait étrangement calme. L'air faisait voleter une mèche semblant rebelle, sa robe légère blanchâtre lui offrait un air d'étrangère en vacances. Elle le savait et le vivait bien. Elle était une étrangère. Elle en sortait de vacances. Forcées de surcroît. Elle qui aimait et s'inquiétait des relations politiques s'était vue contrainte et forcée de rentrer sans rien pouvoir faire. Elle s'était tellement sentie impuissante que le chemin vers Akasha l'enjouait de façon presque incontrôlable.

Pourtant, des deux dames qui patientaient à la Porte, la brunette habillée de turquoise semblait réellement – elle – incontrôlable. Elle sautillait, observait, s'émerveillait bruyamment. Bien trop pour que sa Maîtresse ne puisse observer le lever du soleil avec le calme qu'elle inspirait. Si Seylim était comparable à un mat droit et fier, Najat était assurément la voile dansante que le mât retenait sans peine.

(Seylim) ▬ Najat. Calmez-vous je vous prie.

(Najat) ▬ Je puis parler diplomatie avec vous, mais vous conviendrez, je suppose, que cela est bien moins aisé avec des mots. Je ne suis qu'une modeste ambassadrice en ce lieu.

(Seylim) ▬ Et je vous en remercie.

Le regard se détourna de la servante au teint doucement plus hâlé que le sien, sa couleur se rapprochant du miel concentré que l'on pouvait déguster parfois, ses traits bien plus enfantins. Elle était nattée et portait fièrement une barrette. Sur cette dernière on pouvait voir, trônant, gravé parfaitement et délicatement orné, la balance qui désignait la Guilde des Princes Marchands. 

Tant qu'elle portait cette barrette, elle était rattachée à la famille Shil. Ce qui comprenait aussi bien un toit et un traitement correct qu'une protection ou, selon les endroits, une malédiction. Certains ne voyaient pas d'un bon œil toutes ces familles riches. Ils pouvaient avoir des extrémistes partout... Jamais Seylim ne l'aurait avoué mais elle se refusait à risquer la vie de sa dame de compagnie. Elles étaient devenues proches au fil du temps et des voyages faits ensemble mais ceci aussi, Seylim l'aurait gardé pour elle.

(Garde) ▬ Pardonnez-moi, vous êtes Madame...

(Seylim) ▬ Seylim Bin Shil, fille de Shil Ben Ismäl. Je postule au poste d'ambassadrice entre Agni et Akasha.

La Dame du désert toisait son interlocuteur avec ses deux iris glaciaux, le regard ferme, autoritaire. Les mots étaient sortis naturellement, comme une rengaine des milliers de fois prononcée. Elle n'avait pas prit la peine de s'annoncer entièrement. Elle le ferait une fois arrivée.

L'interlocuteur réprima un frisson de peur, l'amenant à ses chevaux. Elle se rapprocha assez pour caresser les bêtes, leur parlant faiblement avant de déposer ses bagages et ceux de sa suivante sur leur animal respectif. Najat eut droit à un animal couleur crème, semblant relativement doux. Celui de Seylim était gris et était bien plus téméraire que son compagnon. Un instant, elle put entendre une blague sexiste sur le fait de monter un équidé. Et la dame bronzée se laissa grimper sur le grisé. Sans honte pour son corps, par fierté de son éducation, elle se laissa relever la robe jusqu'à ses mi-cuisses, empoignant les rênes d'une main assurée. Un instant, l'homme au sol cru voir un éclat téméraire dans son regard. Quelque chose qui faisait rajeunir la femme sérieuse qu'elle était. Comme si l'adolescente allait reprendre le corps pour s'enfuir et ne jamais revenir. Pourtant elle ne fit qu'abaisser son visage en guise de remerciement, attendant le départ de sa suivante. Lorsqu'elles débutèrent leur voyage, elles restaient toutes deux sur leur gardes. Seylim par réflexe, Najat par habitude. Le grisé hennit, se cambrant, débutant presque une ruade avant que les talons de la cavalière claquèrent sur ses flancs fermement, la langue de la Dame des Chevaux claqua deux fois dans l'air. L'animal ne stoppa, certains diront de peur, d'autres de respect, et ne posa aucun autre soucis du trajet. Voilà qui était Seylim. Dure mais juste. Douce mais poignante. Épicée mais envoûtante. 

Les équidés se laissèrent traverser plaines et champs verdoyant bien que fatigué pour laisser les paysages se recouvrirent de teintes de marrons. Que ce soit par les feuilles, branches, écorces ou que ce soit par le pelage des quelques animaux qu'elle pu apercevoir... Autant qui les séparaient du Souverain de ces terres. Les deux femmes remuaient leurs bassins au rythme de la course des équidés qui les firent arriver Lorsque le soleil commençait à s'abaisser. Seylim descendit du cheval en gardant cette grâce qu'on lui avait inculqué et qu'elle travaillait encore aujourd'hui. Sous les ombres agrandissantes, elle se laissa penser quelques secondes à ses quatre amours que les nourrices devaient sûrement de regarder dormir. On était dans la période plus chaleureuse de la journée. Une seconde, les chants et danses de sa patrie se firent ressentir jusque dans le sang bouillonnant de l'ambassadrice. 

(Najat) ▬ Ma Dame, je viens de nous annoncer. Nous devrions être amenée au Seigneur sous peu.

(Seylim) ▬ Je te remercie Najat.

Retenant son cheval d'une main, les rênes s'enroulant autour de son bras d'abord durement puis avec plus de lest, Seylim le caressait de l'autre, patientant jusqu'à entendre les personnes venues les chercher. Instinctivement, elle tendit les rênes à l'écuyer... ou peu importe son rang. Elle écouta ce que l'homme, le... majordome ?, lui racontait. Elle suivit son corps, retenant où serait leurs chambres, les dispositions mises en place. Et elle arrêta sa marche dans une grande pièce. Elle pouvait aussi bien servir à recevoir un banquet ou une réunion politique. Cela impressionnait la Dame du désert. Et Najat s’éclipsa le temps de son rendez-vous. Les deux femmes se retrouvèrent séparées, Seylim restant dans cette pièce silencieuse bientôt rejointe par une servante qui s'inclina respectueusement. 

(Servante) ▬ Nous vous demandons de patienter un instant, nous appelons notre Seigneur...

(Seylim) ▬ Je vous en remercie, je patienterais ici.

(Servante) ▬ Excusez-nous de ce temps d'attente... Nous devons vous présenter comme... ?

Seylim eut une seconde d'hésitation. 

(Seylim) ▬ Seylim Bin Shil. Je viens quant au poste d'ambassadrice entre Agni et Akasha.

Une courbette suivie et l'employée se retira, la porte se refermant sur une Dame des Chevaux droite et fière. Professionnelle.

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Ren

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le Mar 15 Mai - 17:43
Ô nuits d'Arabie

“- Alors ?
- Il lui faut du repos Sire, beaucoup de repos…
- Je vois.”


La chambre était plongée dans la pénombre, une des fenêtres légèrement entrouverte afin que l’air puisse se renouveler. Les lourds rideaux avaient été tirés presque entièrement, ne laissant passer qu’un fin rais de lumière, suffisant pour pouvoir contempler le triste spectacle qui se jouait dans la chambre. Auriane était allongée, le teint blême, les traits tirés. Sa respiration était sifflante, saccadée et chaque inspiration semblait accompagnée d’une douleur insupportable. Son front luisait de sueur et de longues mèches collaient à sa peau. Elle grelottait, malgré l’épais édredon qui la recouvrait presque en entier. Trois médecins l’entouraient. Les meilleurs d’Akasha et donc parmi les meilleurs du Royaume. L’un était penché sur elle, prenant son poul, le deuxième griffonnait des notes de sa plume sur un parchemin déjà noirci d’encre tandis que le dernier farfouillait dans son coffre rempli de fioles diverses. Ren se tenait en retrait. Appuyé contre le mur, presque plongé dans l’obscurité, bras croisés sur sa poitrine, le jeune Souverain les observait, silencieux et de marbre tandis que intérieurement son coeur saignait. Il observait le médecin tenant délicatement le bras d’Auriane entre ses mains et il fut frappé par sa maigreur et par sa blancheur.

“- Votre pupille doit se reposer Sire. Le voyage pour venir jusqu’ici lui a demandé bien plus de forces qu’elle n’en avait.
- Mais cela fait déjà deux mois…
- L’état de santé de Dame Auriane a toujours été fragile. Une personne en bonne santé se serait remise sans problème mais dans son cas… un repos forcé et surtout aucune contrariété.
- Très bien… je vous remercie messieurs.”


Comprenant qu’ils étaient à présent congédiés par leur Souverain, ils ramassèrent leurs affaires, s’inclinèrent et sortirent. A peine la porte se fut-elle refermée sur eux que Ren sortit de son immobilité et se dirigea vers le chevet de la jeune femme. S’asseyant sur le rebord du lit, il l’observa, quittant son masque de froideur et laissant ses émotions enfouies se déverser hors de lui. Sa pupille… S’ils savaient. Ce mensonge, Ren l’avait offert à tous ceux qui résidaient au Palais et s’étaient enquis de la présence de la jeune femme aux côtés du nouveau Souverain. La vérité aurait mis la vie de la jeune femme en danger et cette pensée était intolérable. Alors il avait menti. Avait inventé une histoire montée de toutes pièces afin que l’on pense que leur lien n’était pas aussi profond qu’il l’était en réalité. Attrapant le tissu gorgé d’eau et posé sur le rebord de la bassine aux côtés de sa soeur, Ren l’appliqua doucement sur le visage fiévreux de sa cadette, épongeant la sueur et tentant de la rafraîchir. Impuissant. Il était tout simplement impuissant. A quoi bon être devenu le réceptacle d’une des plus grandes puissances de ce monde s’il ne pouvait rien faire pour la personne qu’il aimait le plus sur cette terre. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’il avait pris le pouvoir. Plusieurs mois que Seren et Isil étaient morts. Mais aujourd’hui, il était de retour dans cette petite maison, perdue dans ce village de Vaata, à regarder sa petite soeur se battre pour vivre alors qu’elle n’avait que quelques mois. Les médecins avaient assuré que sa vie n’était pas en danger et qu’elle se remettrait de cette fièvre. Mais Ren ne pouvait s’empêcher d’avoir peur. Peur pour elle.

Il fut tiré de ses pensées par des coups frappés doucement contre la porte. Se redressant, il prit le temps de se composer un masque de parfaite neutralité, enfouissant ses sentiments au plus profond de son coeur, avant d’inviter la personne à entrer. Une servante arriva, s’inclinant face à lui, gardant le regard baissé vers le sol.

“- Sire… Pardonnez- moi mais Dame Bin Shil est arrivée et…
- Qui ?
- Dame Seylim Bin Shil… Elle était porte-parole et ambassadrice d’Agni avant… avant.
- Ah… oui. J’arrive.”


A nouveau, la servante s’inclina et disparut aussi vite qu’elle était arrivée. Ren eut le temps de voir passer une expression de soulagement sur son visage avant qu’elle ne referme la porte et il retint un soupire. Il était fatigué des réactions toutes similaires des habitants de ce palais. Ils étaient soit effrayés soit admiratifs. Mais tous se soumettaient devant lui et aucun n’osait prendre réellement la parole en sa présence. Le seul à avoir osé lui tenir tête et à se montrer franc avait été Samir, le soldat qui lui avait ramené sa soeur. Mais depuis plusieurs mois qu’il était là, il devait faire face à la peur et à l’hypocrisie forcée des autres. Et cela commençait réellement à le lasser.

Il reporta son attention sur sa soeur endormie une dernière fois puis sortit à son tour de la chambre. L’ancienne gouvernante et à présent dame de compagnie d’Auriane attendait dans le couloir, assise dans un fauteuil et elle lui sourit doucement, pour le rassurer. Connaissant les deux enfants depuis leur plus jeune âge, elle était la seule à connaître la vérité sur leur lien de parenté et sa loyauté était sans faille. Auriane était entre de bonnes mains. Gardant cette pensée dans son coeur pour le réchauffer, Ren entreprit alors de parcourir les longs couloirs interminables de cette vaste demeure afin de se rendre dans la salle de réunion où l’attendait la Dame d’Agni.

A présent qu’il n’était plus au chevet de sa soeur, Ren eut tout le loisir de porter son entière attention sur son invitée. Les rapports avec Agni étaient les plus conflictuels pour le moment. Les Contrées du Feu et des Astres avaient toujours gouverné main dans la main et ensemble ils avaient assis leur autorité sur le reste du Royaume pendant le règne de Seren. L’ancien Souverain d’Agni en était venu à menacer les autres Contrées lorsque ces dernières avaient tenté de s’opposer à Seren. Vilya avait pu raconter tout cela au nouveau Souverain une fois son autorité sur la nouvelle Akasha reconnue. Les menaces, le commerce illégal… il semblait que le changement de Souverain à Agni n’avait pas empêché tout cela de continuer. L’opinion de Ren sur le Souverain Nár n’était donc pas des plus hautes. Bien entendu, Ren avait mis un terme à toute cette mascarade en prenant le pouvoir. Les liens autrefois forts entre Akasha et Agni avaient donc été réduits à l’état de poussière.

Mais bien entendu, la situation ne pouvait pas rester telle quelle. Akasha avait besoin d’Agni et inversement. Leur frontière commune était l’un des pôles principaux du commerce dans Seele et bien que Ren n’accordait aucune confiance à la Contrée du Feu, un terrain d’entente devait être trouvé entre eux deux. Et c’est ainsi que l’ancienne Ambassadrice, représentant Agni du temps de Seren, avait été conviée à se rendre en Akasha afin de rencontrer le nouveau Souverain et de voir si la coexistence pouvait être possible.

Un majordome annonça l’arrivée de Ren tandis que ce dernier s’apprêtait à pénétrer dans la vaste salle de réunion et lorsqu’il entra, le même domestique annonça l’identité de la Dame d’Agni. Et Ren fut aussitôt frappé par sa prestance. Droite, le visage relevé, le regard assuré, la femme qui se tenait devant lui dégageait une aisance et une grâce qui faisaient s'aplatir toutes ces personnes au regard baissé vers le sol. Ren s’arrêta à une distance respectable de son invitée et s’inclina face à elle.

“Bienvenue en Akasha Dame Bin Shil. Je vous prie de m’excuser pour cette attente après un tel voyage. J’ai été… retenu.”

Son visage était neutre, son regard vif. Devant lui se tenait une représentante de la Contrée qui avait participé de façon indirecte au règne de terreur de Seren. Jouant la carte de la cordialité prudente, Ren espérait réussir à percevoir les véritables intentions de la Dame au cours de leur entrevue. De cet instant dépendait les futures relations entre Akasha et Agni. Ils n’avaient pas le droit à l’erreur.
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Agni
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Seylim

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le Jeu 17 Mai - 23:09

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

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=> 27e jour de Ruwa
Elle ignorait si c'était par nostalgie ou par mélancolie, mais l'endroit rappelait à l'Ambassadrice le poste qui avait été sien. Pourtant, elle ne se rappelait pas l'avoir contesté. C'était naturellement devenu son poste, comme s'il l'avait attendu. Et même maintenant, alors qu'elle n'était plus aussi importante, maintenant que son ancien Souverain soit déchu, on remettait ses compétences en question. On pouvait la juger d'un regard. Dans son corps elle n'avait jamais cessé de l'être. Elle avait agit en conséquences de cause, elle avait jaugé paroles et actes. Et elle avait trouvé le moyen de rester, de s'imposer sans jamais mentir une seule fois. C'était quelque chose qui lui apportait de la sérénité et de la fierté. 

Malheureusement, toute fierté sortie n'était pas le meilleur des comportements. Elle devait se montrer ouverte, trouver les mots, le caractère, comprendre, analyser et réagir. Elle se devait de réussir. Aussi bien pour son nom que pour leurs contrées respectives. Elle tournait le dos à la porte, en profitant pour fermer le regard quelques secondes. Juste assez pour inspirer longuement et expirer avec une lenteur forcée. Comme si elle pouvait imbiber son souffle de ses craintes et de ses soucis pour ne garder que l'essentiel. Lentement, son regard s'ouvrit, son corps pivota pour faire face à l'ouverture avant de s'immobiliser. Elle était prête. Elle ne pensait plus à rien, ses traits coincés dans un doux mélange d'assurance et de douceur.

La Dame des Chevaux se laissa remettre une mèche en place avant que, par deux fois, on ne fasse retentir la porte. On annonçait le « Sire Ren » qu'elle attendait. Elle en oubliait que les mots n'avaient qu'une signification secondaire. Elle secoua doucement le visage avant que l'ouverture ne lui montre l'homme qu'elle avait attendu. Elle l'observa s'incliner et se redresser. Elle écouta les mots d'excuses qu'il lui sortit, détaillant la neutralité de ses trains, la vivacité qui était reflétée au fond de ces océans. 

(Ren) ▬ Bienvenue en Akasha Dame Bin Shil. Je vous prie de m’excuser pour cette attente après un tel voyage. J’ai été… retenu.

Il se méfiait d'elle. Il le lui disait, le lui montrait. Il l'annonçait sans manquer ni de respect ni de convivialité. Sans son regard elle lisait son point du vue sur sa propre personne. Elle lisait ce qu'elle avait toujours lu. Et s'évertuerait à se créer sa propre réputation, comme elle l'avait toujours fait. Ses lèvres se relevèrent, éclairèrent son visage alors qu'elle se pencha à son tour. Elle avait sortit sa grâce, sa douceur devenue habituelle, le respect étant de mise. 

(Seylim) ▬ Je n'ai rien à vous reprocher, j'aurais dû vous prévenir plus tôt de mon arrivée. Je suis honorée que vous puissiez me recevoir si vite... Sire Ren.

Elle avait marqué un faible temps d'attente avant d'user de son titre. « Seigneur » était le premier mot qui lui était venu. Mais elle n'avait prêté allégeance qu'à un seul Seigneur qu'elle appelait « époux » et ce pour plusieurs raisons. Sa vision se complémenter à la sienne. Il voulait l’extension, la richesse et le luxe d'être ce qu'il était. Elle s'évertuait à le lui offrir le plus aisément possible. Elle avait eut besoin de son nom et de son appui. Chose qu'il lui avait donné sans restriction. Elle se laissa sourire de ce souvenir alors que son buste se redressait. Elle garda le regard fermé alors qu'elle poursuivait, lentement, se présentant comme les règles le souhaitaient.

(Seylim) ▬ Je me présente à vous, Sire. Je suis Seylim Bin Shil, fille de Shil Ben Ismäl, épouse d'Ishüen Ben Iphraïm, Seigneur des Chevaux au sein de la Guilde des Princes Marchands. Je viens ici dans l'attente de discussions cordiales et sincères quant à l'avenir de nos deux contrées, voir d'arrangements et d'accords si nous trouvons des terrains d'entente, cela va sans dire.

Son regard s'ouvrit, les prunelles ébènes se plantèrent dans l'océan calme de son interlocuteur. Aucun mensonge, aucun faux-semblant. Juste Seylim qui venait en représentante d'Agni et qui se laissait demander humblement :

(Seylim) ▬ J'étais l'ambassadrice avant votre arrivée au pouvoir. Les choses ayant changées, je pense que – vos différents avec notre Souverain mit de côté – nous pouvons nous offrir beaucoup l'un de l'autre. J'entends relancer les accords entre nos Contrées et continuer de nous faire prospérer mutuellement.

Elle souriait. Plus franchement, plus sincère. Elle le souhaitait réellement. Que les affaires continuent et fluctuent, que les relations se délient et se relient. Qu'elle participe à tout cela, qu'elle en soit presque membre sans être spectatrice.

(Seylim) ▬ Je puis parler diplomatie avec vous, mais vous conviendrez, je suppose, que cela est bien moins aisé avec des mots. Je ne suis qu'une modeste ambassadrice en ce lieu.

Une nouvelle courbature. Seylim s'inclinait, annonçait la supériorité du dirigeant qui lui faisait face. Et pourtant, elle ne se cachait pas de sa langue piquante. Sous ses mots, des questions, des reproches. Elle semblait le défier que d'oublier la haine qui pouvait l'habiter. Elle semblait vouloir lui démontrer que son nom n'était relié à l'ancien souverain que par des accords. Que jamais elle n'avait accepté les décisions de son souverain. 

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Ren

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le Ven 25 Mai - 18:04
Ô nuits d'Arabie

La grâce de son interlocutrice était un ravissement pour les yeux mais ce n’était pas cela que Ren apprécia le plus tandis qu’il observait et écoutait la dénommée Seylim. Il aimait cette lueur dans son regard, cette envie de faire ses preuves tout en le défiant lui-même de faire les siennes. Cette franchise dans ses paroles et cette honnêteté dans son sourire. Enfin, le jeune Souverain semblait avoir l’occasion de converser avec une personne qui savait manier ses paroles et ses idées, restant courtoise et agréable mais sans oublier ses propres positions. Mais Ren ne montra rien de cela. Prudent, il estimait qu’un simple premier échange ne pourrait suffire à estimer l’honnêteté de la Dame ou sa volonté. En poste depuis seulement une saison, Ren avait dû apprendre le plus rapidement possible quelles étaient les étiquettes propres à chaque contrée. Il avait dû apprendre à ne pas grimacer lorsqu’on l’appelait “Sire”. Il avait dû apprendre à ne pas s’impatienter lorsqu’on se présentait à lui, usant de titres longs et fastidieux pour le jeune Souverain. Il avait dû apprendre à recevoir les marques de respect qu’on offrait à sa supériorité hiérarchique. Car il n’était plus “juste Ren”. Il n’était plus un enfant de la campagne, un étudiant brillant et effacé, un jeune enseignant passionné à la carrière prometteuse. Et cette différence l’avait frappé de plein fouet et continuait encore aujourd’hui. Cet oubli qu’on le considérait comme supérieur, intouchable et important. A son tour, il sourit à Seylim, doucement mais sincèrement.

“Et je suis honoré que vous aillez accepté de venir malgré ces temps troublés. Vous êtes ici chez vous, aussi longtemps que durera votre séjour. Nos intérêts sont les mêmes, nos espoirs pour l’avenir également. Votre volonté ne peut qu’encourager la mienne. Je me nomme Ren, Souverain d’Akasha et représentant de la deuxième facette du cinquième élément.”

Ren parlait d’un ton tranquille, d’une voix douce. Il savait ce que les gens pensaient du Vide qu’il représentait. Il en avait eu de nombreux aperçus depuis qu’il avait pris la place de Seren. Il s’avança dans la pièce, se rapprochant de Seylim, regardant autour de lui. La salle était immense et vide. Sombre et austère. Il exécrait cet endroit de toutes ses forces, n’y voyait là qu’un caprice pour prouver une puissance et une richesse déplacées. Aussi, lorsqu’il reporta son attention sur Seylim, une lueur interrogatrice dans le regard, il lui désigna une porte derrière elle, légèrement entrouverte, laissant passer la lumière du jour.

“Je n’ai aucune objection à parler diplomatie avec vous et je ne doute pas que nous réussirons à trouver un terrain d’entente qui soit bénéfique à nos deux contrées. Cependant, que diriez-vous de poursuivre cette conversation dans les jardins ? Cette pièce servait peut-être de salle de réunion à mon prédécesseur mais personnellement je n’y vois qu’une vaine tentative d’afficher son goût prononcé pour l'architecture exubérante. La journée est beaucoup trop radieuse pour rester enfermés entre ces murs.”

Ren ne cachait pas son mépris pour Seren et pour ce qu’il avait fait à cette contrée. Il l’avait lui-même exécuté, il aurait été malvenu de sa part de faire montre d’une quelconque empathie pour celui qui avait mis un point d’honneur à le traquer pendant vingt-neuf ans et avait plongé Akasha dans le désespoir. Il invita donc Seylim à le suivre, deux domestiques ouvrant la double porte en grand, révélant à leurs yeux une longue terrasse surplombant l’immensité des jardins. Amoureux de l’art et de la beauté, Ren ne pouvait taire son admiration devant pareil agencement. Autant il haïssait le palais, autant les jardins avaient été modelés avec goût et raffinement. Au centre, une fontaine représentant la première génération de Souverains pleurait une eau cristalline qui se déversait dans un large bassin. Des chemins serpentaient parmi la végétation, laissant tout loisir d’admirer la diversité des espèces végétales au gré de promenades. Le soleil brillait haut dans le ciel et une légère brise soufflait sur les feuillages, bienvenue en cette période si chaude. Bienvenue également car Ren avait passé ces derniers jours enfermé au Palais, au chevet de sa soeur. Un instant, ses pensées s’éloignèrent, retournant auprès d’Auriane. Lorsqu’elle serait en état de se lever, il l'emmenerait dans ces jardins. Il était sûr qu’elle les aimerait.

“Je suppose que vous avez déjà eu l’occasion de visiter les jardins auparavant ? Je dois dire que j’ai du mal à me détacher de l’idée que nous sommes dans un autre monde… Tout semble si tranquille, si paisible…”

A nouveau, il sourit à Seylim, l’invitant à marcher à ses côtés tandis qu’ils s’avançaient, laissant la terrasse pour s’aventurer plus près de la fontaine.

“Dites-moi Ma Dame, pourquoi avoir accepté de revenir ? N’y voyez là aucun jugement, seulement une simple curiosité. Très peu sont ceux qui ont osé s’aventurer en Akasha ces derniers temps et je ne les blâme pas. J’ai bien entendu rencontré les Souverains et Gardiens mais depuis cette rencontre, vous êtes la première représentante d’une des quatre contrées à souhaiter vous entretenir avec moi. Et que vous soyez représentante d’Agni ne fait qu’attiser encore plus ma curiosité. J’ai mis un terme à une alliance vieille comme le monde en prenant le pouvoir et je ne pensais pas que ce serait la première contrée à vouloir faire un pas vers des relations plus paisibles.”
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Agni
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Seylim

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le Lun 28 Mai - 22:17

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=> 27e jour de Ruwa
Il était bien plus parlant que Seren. C'était un fait. Seren avait toujours énoncé les marchés. Il s'était comporté comme un tyran. Tout le monde le savait et faisait avec. Seylim comme les autres. Si on lui demandait, elle répondrait qu'elle n'est ni combattante ni assassin et qu'elle ne pouvait qu'espérer la paix pour limiter l'enfer que cela aurait pu être. Ce qu'elle ne devrait pas dire c'est que le décès prématuré de Seren l'ennuyait autant qu'il la réjouissait. Elle était heureuse d'avoir un nouveau Souverain qui serait, sans aucun doute, plus léger que le tyran. Mais elle avait fait ses preuves face à ce dictateur. Il l'avait reconnu et elle avait pu aisément continuer ses activités sans qu'il n'essaie de l'en empêcher. 

Maintenant, elle ne s'en plaignait pas. Seylim se plaignait peu. Elle faisait avec les nouvelles règles alors que certains restaient bloqués sur les anciennes. « Seren aurait modifié ceci », « La loi aurait été plus accessible ainsi ». Seylim pensait simplement qu'elle n'avait qu'à aller le voir pour connaître les nouvelles règles. Plus tôt elle les connaîtrait, plus tôt elle s'y adapterait. Et, par extension, plus tôt elle pourrait faire son travail minutieusement. Lorsqu'il se présenta, comme elle l'avait fait face à Seren, l'Agnienne s'inclina une nouvelle fois. Le protocole l'exigeait. Et elle-même désirait repartir sur de bonnes bases. Après tout, son « Seigneur » n'allait pas l'aider. Toute avance qu'elle prendrait sur lui maintenant serait une avance non négociable s'il décidait de ne pas suivre l'ambassadrice. 

C'était marcher sur le chemin de son Seigneur seulement, pour Seylim, elle n'avait qu'un Seigneur et ce n'était pas När. Sa loyauté devait se mériter. Bien qu'Ishüen n'ait jamais fait quoi que ce soit pour l'avoir, Seylim lui vouait une loyauté que son alliance l'obligeait d'avoir. Son alliance et ses enfants. Le déshonneur de son nom l'importait bien trop. Mais point pour elle. Elle s'inquiétait de ce que ses enfants vivraient. Jamais elle ne ferait quelque chose qui leur ferait du tord. Et comme son époux travaillait à améliorer le futur de leurs progénitures... Elle le suivait. Qu'il la méprise, qu'il la trompe encore. Peu importait. Elle était déjà brisée après tout. Seulement... Ses enfants étaient plus importants pour elle que n'importe quoi d'autre. Son corps se redressa alors qu'elle détaillait la lueur du regard du Souverain. Il lui proposait de continuer leur discussion dehors, lançant quelques critiques à l'Ancien Dirigeant. Chose sur laquelle Seylim se laissa répondre. 

(Seylim) ▬ À l'époque, nous étions tous ici lors des réunions. La pièce était bien plus vivante. Nous parlions diplomatie et accords, nous n'avions ni le temps ni le loisir de détailler la pièce. Il y avait tant à faire et nous n'avions pas assez de temps. Nous avions besoin de place et ici, c'était l'endroit parfait. Ni trop loin ni trop petit. Je n'ai rien contre sortir cependant, le temps est si lumineux, ce serait dommage de s'en priver.

Elle se laissa le suivre en dehors de la pièce, observant la terrasse qui se découvrit sous ses yeux. Pendant une seconde, elle resta sans mot. Les jardins se dressaient devant elle, les fleurs imprégnaient les divers buissons et les chemins semblaient se perdre dans la verdoyante végétation qui poussait presque trop tranquille. Il y avait une ambiance bien différente de la ville d'Ébène, presque comme si le Palais – source de conflit et de guerre – avait été épargné par la guerre qui y avait fait rage. Une seconde où le temps s'arrêta. Il y eut un courant d'air, comme si les Dieux soufflaient les sales pensées de l'ambassadrice pour qu'elle puisse profiter de ce paysage enivrant. Il ne valait pas les couchers de soleil de Ruby où les couleurs chaudes se mélangeaient aux sons des tambours et les cris de réjouissances, où la population se réveillait. Où elle avait passé tant d'heures à danser étant enfant, adolescente... Elle sembla réfléchir un instant. Elle avait profité de certaines soirées pour se détendre, confiant ses enfants aux nourrices et servants de la demeure. Et elle s'était parfois cachée pour y aller danser. Elle aimait danser. Elle aimait entendre les djembés et où son esprit voyageait, disparaissait. Ses questions s'envolaient sous chaque pas sautillant qu'elle faisait... Mais son époux l'avait-il vu danser ainsi ? Il l'avait vu pleurer, neutre, énervé. L'avait-il déjà vu rire ? Parce qu'elle riait quand elle dansait. Elle souriait et certains lui avaient confié aimer voir les ondulations de son corps... 

(Ren) ▬ Je suppose que vous avez déjà eu l’occasion de visiter les jardins auparavant ? Je dois dire que j’ai du mal à me détacher de l’idée que nous sommes dans un autre monde… Tout semble si tranquille, si paisible…

(Seylim) ▬ À vrai dire, c'est la première fois que je viens ici. Je n'avais jamais vu les jardins d'Akasha.

Elle le suivit, retenant les commentaires qu'elle aurait pû en faire. Elle se laissait emporter par les odeurs douces qui l'enveloppaient telle une douce couverture, lui faisant presque oublié la raison de sa venue. Le Souverain semblait bien loin de se perdre comme elle et il se laissa la questionner sur sa présence. Reprenant son rôle d'ambassadrice, l'Agnienne répondit naturellement, son corps se tournant vers celui du dirigeant.

(Seylim) ▬ L'alliance tout comme la position d'Agni ne dépend malheureusement pas de moi. Si je suis revenue, c'est simplement parce que la guerre a été mauvaise pour les affaires. Je suis femme de Prince Marchand et, indépendamment de mon époux, l'argent fait tourner le monde.

Elle lui sourit, d'un regard pétillant de malice, qui contrastait avec le rôle qu'elle avait. 

(Seylim) ▬ Mon Souverain sera bien moins tenté de déclarer des guerres ci et là s'il réalise que notre contrée est liée avec chacune des autres. Je vous l'ai dit, l'argent fait tourner le monde. Tout le monde se plie à l'argent, de près ou de loin. Vous allez, à l'avenir, lier des amitiés avec les dirigeants des différentes contrées, certains vous appréciant plus que d'autres. Mon Seigneur sera sûrement l'un des moins enclins à vous écouter calmement. Nous avons le sang chaud à Agni.

Elle observa une fleur, son regard se perdant sur les contours d'un pétale avant qu'elle ne reprenne, éclaircissant sa pensée. 

(Seylim) ▬ Je préfère être la première à revenir. Dans un premier temps, parce qu'il me faut vous comprendre. Vous êtes Souverain et, étant sur vos terres, si vous décidez de me tuer, je n'ai simplement aucune chance. Vous êtes la Loi. Seulement... Ce n'est pas parce que je suis une simple ambassadrice que je n'ai aucun pouvoir. Dans un second temps, j'estime qu'il faut étouffer les actes inconsidérés dans l’œuf. Que ce soit une rébellion mal venue ou une guerre imprévisible.

Elle se retournait vers lui, calmement, poursuivant, le regard dans le sien.

(Seylim) ▬ Soyons d'accord, je ne dis pas que mon Souverain envisage de vous déclarer la guerre. Mais avant même que la possibilité d'y penser apparaissent, je vous avoue que préparer le terrain pour mon époux, vous proposer un enrichissement mutuel me semble être une idée qui a au moins le mérite d'être pensée. Sire När aura bien plus de difficultés à manier les ambassadeurs tel qu'il l'entend si cela se fait avant. Et puis... Vous parlez d'avoir arrêter une alliance. Je viens pour vous en proposer une autre. Je n'ai pas l'aval de mon Seigneur, sachez-le. Je doute qu'il sache que je suis ici pour tout avouer. Cependant, n'y a-t-il meilleur engagement de la population agnienne que ma présence ? Que vous soyez le Souverain des Astres, du Vide ou des Dieux, vous êtes – à mes yeux – une source possible de guerre, au même titre que mon propre Souverain. Et croyez bien que je refuse de voir mon pays dévasté alors que je suis en position d'y faire quelque chose.

Le dos droit, le regard fier, on aurait presque pu se demander si Seylim n'avait pas dirigé l'ancien dirigeant d'une certaine façon. Si elle ne l'avait pas invité à faire certains choix... Pourtant elle semblait sereine, calme. Elle ne faisait que donner son avis. Elle n'était pas encore vraiment passée à l'action. 
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Ren

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le Lun 18 Juin - 12:32
Ô nuits d'Arabie

Il était étonné d’apprendre qu’elle n’était encore jamais venue dans les jardins. Il s’agissait pourtant de l’endroit le plus charmant, le plus ouvert et le plus accueillant de la demeure du Souverain. Le seul endroit selon lui. Il aurait imaginé que des fêtes auraient eu lieu ici, somptueuses et extravagantes, car c’était le propre de cette Cité. Apparemment il se trompait. Peut-être Seren avait-il gardé cet endroit pour son unique usage, préservant jalousement la beauté des lieux. Peut-être… il n’avait aucun moyen de le savoir. Comme bien souvent, il aurait aimé qu’Isil soit là, qu’il lui apporte conseils et paroles sages. Mais le Gardien n’était plus là. La gemme l’avait tué. Seele l’avait tué.

Il écouta Seylim parler de guerre, de commerce et de politique. Hélas, trois sujets dont le jeune Souverain ne se souciait que peu avant d’arriver à la tête de la Contrée. A présent tout cela représentait son quotidien. Bien que le terme guerre était selon lui inapproprié, il se garda bien d’en faire la remarque. Akasha n’était pas en guerre ni à l’intérieur, ni à l’extérieur de ses frontières. Il avait simplement lever le voile sur ce qui s’y passait. Ni plus, ni moins. Que ce soit mauvais pour le commerce du mari de la Dame, cela arrivait bien loin dans la liste de ses priorités. En revanche, il comprenait parfaitement les inquiétudes de Seylim concernant le futur de sa Contrée. Même si à nouveau, le terme “amitié” n’était pas celui qu’il aurait choisi afin d’évoquer les possibles futures alliances avec ses voisins, l’ambassadrice avait raison. Akasha était au centre du Royaume. Cela était autant un avantage qu’une malédiction. Car elle serait bien vulnérable si ses voisins décidaient d’attaquer ses frontières en même temps.

Plus il écoutait Seylim, plus il sentait l’admiration qu’il lui portait grandir. Elle se tenait droite, fière et parlait avec franchise, énonçant des faits hauts et forts et assurant de ses intentions. Il ne décelait aucun mensonge, aucune fausse honnêteté dans ces paroles qui envisageaient l’avenir. Prévoyante, intelligente et fine stratège, elle semblait être passée experte dans l’art de manier les mots et les relations, et ce depuis bien avant que Ren n'apparaisse. Nul doute qu’il pourrait fort apprendre aux côtés de la Dame des Chevaux.

Lorsqu’elle se tut, il laissa planer le silence. Réfléchissant aux propos de la Dame, il savait que sa décision était déjà plus ou moins prise. Cependant, il était bien trop prudent pour laisser entendre qu’il acceptait de collaborer avec l’ambassadrice, du moins pas aussi rapidement. Lorsqu’il reprit la parole, son timbre était doux, comme une confidence qu’il aurait souhaité dissimuler au monde environnant.

“Comme vous le dites, je ne suis pas les Astres. Encore moins Dieu, que les éléments nous en préservent. Etes-vous sûre de vouloir conclure un accord avec ce que je représente ? Vous parlez d’imprévisibilité, c’est pourtant cela qui fait tourner Akasha depuis que la vérité a été dévoilée. Et c’est bien cela qu’on me reproche à travers le royaume. Le chaos que je sème n’épargne personne. Il semble établi que demain, je ferais disparaître Seele d’un simple claquement de doigts.”

Il s’en amusait presque. De cette peur basée sur des suppositions, superstitions et surtout sur de l’ignorance qu’avait engendré son arrivée. Le vide et le chaos qui allaient s’emparer de tout Seele, le réduire à néant. Peut-être dans un sens c’était bien cela qu’il planifiait. Faire disparaître ces fondations instables, pourries par le mensonge et la corruption. Changer son fonctionnement. Souverains, Gardiens… tout ceci était une farce pour lui. Son avenir tout entier avait été décidé par une pierre précieuse. Par un cercle de pierres perdu sur une île dont personne ne connaissait la localisation. C’était grotesque. Mais Seele attendrait. Akasha était la priorité. La Contrée où il était né, où ses parents étaient nés et où sa soeur aurait dû naître. Il avait fait une promesse à Isil. Et il la tiendrait.

“Vous étiez ambassadrice du temps de mon prédécesseur. Vous connaissiez le Souverain qui a précédé Nár. Vous êtes donc parfaitement au fait des liens qui existaient entre nos deux contrées. Seren, dans sa quête de puissance, s’est fait un allié très précieux, Agni. La plus grande force armée de tout Seele. Leur lien était établi bien avant la naissance de Seren. Pendant des siècles, Agni et Akasha avançaient ensemble, côte à côte. Mais tout a changé il y a trente ans… Avant cela, les autres contrées n’avaient rien à craindre des relations entre Agni et Akasha. Ils étaient certes puissants mais à part développer l'essor de leurs contrées respectives, il ne faisaient rien de mal. Mais j’ai eu l’audace de naître et surtout de disparaître. Et tout a changé. Seren n’avait plus d’enfants à trouver et tuer dans sa propre contrée alors il a commencé à aller les chercher ailleurs, dans les autres contrées. Et le précédent Souverain d’Agni a pris part à cela. Aap, Vaata et Prithvi ont été subtilement menacés d’invasion et de guerre si jamais ils tentaient de se mettre sur la route d’Akasha. Ensuite, Nár a pris le pouvoir. Les choses ont quelque peu changé mais ayant été élevé par son prédécesseur, votre Souverain souhaitait que les relations entre Akasha et Agni demeurent et c’est ce qui s’est passé… jusqu’à ce que j’arrive.”

Il s’interrompit et regarda à nouveau Seylim. Son ton ne s’était pas élevé, ses intonations étaient restées les mêmes. Placides, presque froides, comme s’il relatait simplement des faits connus depuis longtemps. Ce qui était le cas. Il s’était protégé des crimes commis par Seren et ses alliés du mieux qu’il avait pu. Il avait appris à accepter la réalité du monde dans lequel ils évoluaient. Mais il avait à présent le pouvoir de changer les choses, ou du moins de faire en sorte qu’elles ne suivent plus le même chemin. Peut-être n’était-ce pas le genre de conversation à tenir avec une représentante de la Contrée qu’il accusait. Mais il n’accusait pas Seylim, ni le peuple agnien. Il accusait les puissances de ce monde qui avaient fait subir à leurs peuples leurs actes et décisions. A présent, il laissait éclater la vérité sur ce qui avait été dissimulé au peuple de Seele. Que ce soit sur Akasha ou sur le reste du Royaume.

“C’est cet accord auquel j’ai mis fin. Cette alliance que j’ai détruite. Car comme vous Dame Seylim, je refuse de voir ma contrée dévastée plus longtemps par les grands de ce monde et les actes qu’ils ont commis ou choisis d’ignorer. Vous êtes venue de votre plein gré, avez fait preuve d’audace en venant sans le consentement de votre Souverain. Et rien que pour cela, vous avez mon respect et mon attention. Alors je vous écoute. Vous dites pouvoir me proposer une nouvelle alliance qui nous sera bénéfique à tous deux. Je vous donne ma parole de ne pas laisser l’ombre des actes passés venir entacher la promesse d’un avenir possible entre nos deux maisons.”
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Agni
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Seylim

Agni
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le Mar 19 Juin - 21:49

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

[feat. Ren]

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

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=> 27e jour de Ruwa
Le silence du jeune Akashan était signe de bonne augure. Là où dès le départ elle avait dû s'imposer face à Seren, la voici face à un Roi qui l'écoutait. Il la jaugeait, c'était un fait qui ne l'intéressait que très peu. Peu importait ce qu'il pensait de la femme, elle était habituée à s'adapter pour que ses interlocuteurs la voit. Il ne ferait pas mesure d'exception. Elle avait plongé son regard sombre dans le sien sous chaque mot qu'elle avait prononcé. Elle avait rompu à plusieurs reprises l'étiquette. Mais c'était ce qu'elle était. Elle ne l'insulterait pas directement. Cependant, s'il la jaugeait, la réciproque était vraie. Quelques années plus tôt, son prédécesseur lui avait fait la remarque, alors qu'elle refusait de s'incliner face au Souverain des Astres.

(Ancien ambassadeur) ▬ Vous manquez de respect Ma Dame.
(Seylim) ▬ Je ne respecte que ceux qui le mérite.

Elle avait sourit à Seren, s'inclinant avec une ironie palpable.

(Seylim) ▬ Sans vous offenser, Sire, j'aime les actes qui décident des mots que j'emploierais. N'êtes-vous point d'accord que je puis parler des heures sans que vous ne puissiez me croire mais que d'un gestes vous seriez assuré de mes desseins ?

Seren avait, pour une raison qu'elle n'avait pas comprit et ne comprenait toujours pas entièrement, rit. Il avait rit de « connaître autant de caractère et d'insultes si joliment cachées ».

(Seylim) ▬ Jamais ne n'oserais vous mentir Sire...
(Seren) ▬ Bien sûr ! Vous êtes bien trop intelligent pour cela. Vous préférez manier les mots. Mais faîtes. Si vous vous en croyez capable, manipulez-moi.

Elle s'était inclinée avec respect. Et c'était ce qu'elle avait fait. À petites doses néanmoins. Elle avait tenté. Cela avait parfois fonctionné. Parfois non. Cependant le Souverain l'avait régulièrement féliciter pour sa fougue et son audace.

Certains événements avaient entaché cette audace qui la caractérisait tant. Mais nous étions là dans une vision privée de la belle agnienne et pour rien au monde elle n'aurait laissé quelqu'un d'extérieur voir ce qu'elle avait pu être. Ce qui, pour certains étaient de la fierté mal placée, pour d'autres c'était une protection prévoyante. Elle aimait ce maque que représentait l'ambassadrice. Cette femme forte qui feraot plier vents et montagnes, qui effraierait vague et flamme si cela lui permettait d'atteindre un but que vous ne connaissez pas. Cette femme forte qui regardait avec dédain ce qu'elle était réellement. Faible, inquiète, peut-être même folle. Néanmoins elle ne devait pas laisser son esprit divaguer. Tout irait bien tant que le Monde ne voyait que la dureté et non le reste.

Seylim l'écouta. Silencieusement, aussi calme que le dirigeant lorsqu'elle-même s'était exprimée. Elle ne réagit pas lorsqu'il annonça être imprévisible. Son visage resta stoïque. Jusqu'à l'entendre relater l'histoire de leurs contrées respectives. Elle la connaissait. Il n'y avait rien à réfuter. Il avait raison. Elle avait été là lorsque son Souverain avait accepté de prendre part à cette chasse à l'enfant. Elle avait tenté d'objecter, de raisonner... Mais il avait été difficile de dire qui avait été le plus fou des deux.

(Ancien Souverain d'Agni) ▬ Encore un mot Seylim et les Shil n'existeront plus. Ton sang mourra si tu ouvres encore tes jolies petites lèvres.

Elle sentit son regard se ternir sous les souvenirs. Non... Elle ne laisserait personne la manipuler ainsi de nouveau. Plus jamais. Elle s'était fourvoyer une fois. Face à Seren. Et ses lèvres s'ouvrirent lentement, effaçant un instant l'ambassadrice.

(Seylim) ▬ J'espère que l'homme nous pardonnera. À nous Agniens, pour avoir suivi notre Souverain. Aux autres contrées qui, par notre faute, ne pouvaient rien faire. Comprenez que si leurs armes cherchaient votre cou mais c'était notre sang qui les calmaient.

Elle s'inclina. Bien plus que de raison. Plus que l'étiquette ne le voulait.

(Seylim) ▬ Même si ma gratitude est faible, j'espère que mes remerciements pour avoir fait cessé Seren seront un gage de ma bonne foi. Ceci étant...

Elle se redressa. La femme disparut. Elle n'avait ni le temps, ni le loisir de la laisser parler plus encore.

(Seylim) ▬ Ceci étant, je vais vous dire les mêmes mots qu'à votre prédécesseur. Si vous devenez une menace pour ma Contrée, je m'essaierais à vous tuer. Seren en a joué pour que le Souverain du Feu soit le pire ennemi d'Agni. De vous à moi, soyez imprévisible. L'imprévisible n'est dangereux que pour les ignares. Je redoute votre illogisme et non votre imprévisibilité.

Elle souriait. Elle souriait doucement, presque trop tendre.

(Seylim) ▬ Les gens ont peur de vous ? Soit. Si vous espériez gagner leur confiance par le sang, c'est une très mauvaise approche. Vous le savez. Souverain du Vide, tuant pour le trône, à bien des égards vous lui êtes semblables. Les Akashans ont peur. “ Et si mon fils avait la marque des Astres... ? Tout recommencerait ?”  Votre peuple est sûrement bien plus terrorisé que vous. Certains se souviennent de Seren comme d'un souverain juste. Il l'était. Jusqu'à ne pas vous trouvez. Je ne dis pas que vous auriez dû mourir. Je dis que si demain la Souveraine d'Aap devenait folle, son peuple en viendrait à redouter tout et tout le monde.

Son corps s'accroupit pour respirer l'odeur d'une fleur blanche, doucement ouverte. Lorsqu'elle se releva elle poursuivit, le sérieux parfaitement audible.

(Seylim) ▬ Je suis là pour éviter que la folie de Seren ne revienne. Je ne suis plus aussi inexpérimentée que je l'étais. À ça, une notion commerciale s'impose. Nous avons tous deux besoin de preuves concrètes. Et votre peuple a besoin de votre bonté. Vous leur semblez être une malédiction. Que ce soit pour votre peuple, le mien ou celui des autres Contrées. Je viens ici pour être maudite. Je vous insulte, chez vous. J'ose une nouvelle fois. Les propos n'ont de valeur – à mon sens – qu'avant les écrits, les gestes. Si cela ne tenait qu'à moi, je vous la ferais signer de suite, cette alliance. Mais l'idée ne vient jamais d'un ambassadeur. Toujours du Souverain. Pour le moment, j'estime que les accords commerciaux sont un juste milieu. Votre peuple représente – actuellement – plus que vous.

Comme annoncé plus tôt, bien qu'avec les formes, elle l'insultait.

(Seylim) ▬ Si mon Sire vous voit, vous, Souverain du Vide, être accepté, soutenu et aimé de votre peuple, cela ne serait-il pas le début du changement que vous tendez à avoir ?

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Ren

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le Ven 27 Juil - 12:50
Ô nuits d'Arabie

La Dame s’inclina et le Souverain fronça les sourcils. Il ne dit rien, guère certain qu’elle s’inclinait pour lui. Elle le remercia. Pour la première fois depuis son arrivée sur les terres d’Akasha et depuis sa première rencontre avec Isil, on le remerciait. A nouveau, il garda le silence, enfouissant toute émotion qui n’avait pas sa place en cet instant au plus profond de son être, gardant son masque intact. On aurait pu croire que les deux protagonistes répétaient une scène. Tous deux parés de leurs masques et de leurs rôles, se jaugeant, se donnant la réplique, désireux de voir si l’autre suivrait ou se tromperait dans son texte. Nul doute qu’ils excellaient dans l’exercice, l’un comme l’autre, mais cela ne suffisait pas. Les masques devraient tomber tôt ou tard.

Alors il l’écouta. Ecouta les propos de l’ambassadrice qui s’essayait à une autre approche que tout ce que le jeune Souverain avait pu voir jusqu’à présent. Au lieu de tenter de l’amadouer ou de tout simplement réciter un texte appris au préalable, voilà que la Dame de Feu le menaçait et l’insultait. Sous son propre toit. Loin de sentir la colère l’envahir, Ren s’étonnait de trouver tout ceci pour le moins… normal. Il l’observait, elle et ses expressions, son regard sombre se fixant au sien sans ciller, affichant sa volonté que rien ne semblait pouvoir ébranler. Il entendait ses paroles et en devinait les propos cachés. Il ne l’interrompit pas, trop absorbé par le timbre de sa voix pour vouloir la couper. Malgré sa contrée aride, sa venue apportait un vent de fraîcheur que le jeune Souverain accueillait bras ouverts. Il se demanda un instant si l’étiquette aurait voulu qu’il la punisse pour ses propos. Peut-être la bienséance voudrait qu’il ne laisse passer ni les menaces ni les insultes. Mais qu’importe. L’étiquette était là pour être changée. Qu’elle s’incline, qu’elle l’insulte, qu’elle le frappe même si elle le souhaitait. Cela ne serait jamais plus éprouvant que ces dix dernières années.

Lorsqu’elle se tut, il l’observa, curieux. Puis, un fin sourire étira ses lèvres et il hocha doucement la tête.

« Tout comme je m’essaierais à tuer votre Souverain s’il en vient à menacer ma contrée et mon peuple. Ou toute autre personne qui pourrait représenter un danger pour Akasha. Moi y compris. Nous sommes donc d’accord. »

Le silence s’installa un instant. Imprudent, il l’avait été en menaçant aussi directement une des cinq puissances de ce Royaume. Mais à nouveau, il s’était simplement contenté d’énoncer des faits. Akasha avait beaucoup trop souffert. Chaque menace, chaque danger devait être éliminé. Seren avait perdu la tête après avoir cherché vainement l’objet de toutes ses craintes. Ren pourrait également être amené à perdre la raison, sans Gardien pour l’épauler. Il le savait, en avait parfaitement conscience. Etre Souverain ne l’intéressait pas. Mais c’était la seule solution à sa disposition pour mener ses projets à bien.

« Je n’ai pas tué pour le trône Dame des Chevaux. J’ai tué pour sauver ma vie. J’ai pris le trône ensuite, car il me revenait de droit. Tout comme il revenait de droit à l’héritier des Astres. Et je ne tenterais en aucun cas de minimiser ce que j’ai fais. J’ai tué Seren. J’ai tué son héritier. Et je ne minimiserai pas non plus ce que je compte entreprendre par la suite. »

Il l’invita à nouveau à avancer à ses côtés. Le vent se levait doucement, caressant leurs visages, les soulageant de cette charge qui pesait sur eux, de ces responsabilités qui les entouraient et resserraient leur étreinte.

« Mon peuple est tout ce qui importe. Akasha est tout ce qui importe. Ce que pense votre Souverain de moi m’importe peu. Ce qu’il pense de ma contrée en revanche… c’est là tout ce qui compte. Vos propos sont justes et bienvenus. Vous êtes une des rares personnes à oser me parler aussi franchement et croyez-moi, vous pourriez m’insulter avec ou sans formes que cela ne changerait rien. Je ne suis pas homme à me vexer facilement. Et vous n’êtes certainement pas la première, ni la dernière, à tenir de tels propos à mon encontre. La différence étant que vous et moi partageons les mêmes intérêts et les mêmes objectifs. Aussi… »

Il s’interrompit brièvement en voyant un serviteur arriver vers eux et s’incliner devant eux, le regard baissé vers le sol. Ren le congédia et se tourna vers Seylim, un sourire accroché aux lèvres, son regard pétillant.

« Maintenant que nous avons passé le stade des insultes, menaces et autres joyeusetés, que diriez-vous de vous joindre à moi pour le thé ? Nous pourrons ainsi parler plus en avant des potentiels accords que nous pourrions sceller entre nos deux contrées. »
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Agni
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Seylim

Agni
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le Dim 29 Juil - 11:59

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

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Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

Proverbe Arabe

=> 27e jour de Ruwa
La Dame des Chevaux observait, immobile, le Souverain. Certains se demanderaient si leur tête allait rouler sous peu. Pas Seylim.

Je ne mourrais pas ce jour. 

Elle n'en doutait pas. Elle n'envisageait pas non plus la possibilité que le dirigeant d'Akasha se retrouve contre elle. Il était jeune mais pas idiot. Il lui manquait ce côté prétentieux qui sied à son prédécesseur. C'était une bonne chose. Un dirigeant orgueilleux est souvent un dirigeant mort. L'ambassadrice scrutait chaque cils, chaque mouvement qui pouvaient la renseigner sur l'état de son interlocuteur. Énervé ? Peiné ? Amusé ? Et rien. Il ne ria pas, il ne se moqua pas non plus. Il la croyait. Quand elle lui annonçait qu'elle le tuerait, elle était prise au sérieux. C'était une nouveauté. Pas désagréable cependant. Oh bien sûr, on savait que Seylim parlait avec une franchise qui allait mal avec son milieu mais parfaitement avec son éducation. On ne mâchait que trop peu les idées des Bin Shil. Ishüen l'avait apprit, il la croyait. Cependant, le Sire qui lui faisait face n'avait pas tout leur passif. Il ne la connaissait peut-être. Et que de nom.

« Tout comme je m’essaierais à tuer votre Souverain s’il en vient à menacer ma contrée et mon peuple. Ou toute autre personne qui pourrait représenter un danger pour Akasha. Moi y compris. Nous sommes donc d’accord. »

Seylim détailla rapidement le Sire. Était-il sérieux ou se moquait-il d'elle ? Elle remua sa main, l'air de dire « Cela va sans dire », donnant l'impression d'avoir attendu une réponse qu'elle connaissait. Alors qu'il n'en était rien. Cela aurait pu être prit comme une déclaration de guerre. Le Souverain du Vide qui menace le Souverain du Feu... Cela aurait pu emporter Steele dans une nouvelle révolution et faire changer les choses. Ou alors faire sombrer les cinq contrées. Seylim patienta sans un mot jusqu'à l'entendre expliquer brièvement quelques informations qu'elle n'avait pas. Il ne désirait pas le trône. Mais sa vie. Hum... Elle l'observa, son regard se durcissant. Tuer un homme pour sauver sa vie, elle comprenait. Tuer l'héritier des Astres pour … Pour quelles raisons ? Il avait conscience de ce qu'il disait ? Elle se rapprocha lentement, profitant de la douce brise qui se levait, comme pour tenter de balayer les noires idées de l'ambassadrice. Sans succès. Seylim n'oubliait pas.

Elle l'écouta lorsqu'il lui annonçait qu'il aimait sa franchise, qu'il ne se vexait pas si aisément. Et qu'il s'habituait à ce qu'on dise du mal de lui. Il s'interrompit, laissant le servant s'incliner alors qu'il le congédia sans un mot entre eux. Lorsqu'il se tourna vers elle, on aurait dit un enfant qui venait d'avoir une idée merveilleuse. Il lui disait que le stade des insultes et autres menaces étant passés, cela serait de bons tons que de se retrouver près d'une tasse de thé. Et l'ambassadrice, après l'avoir écouté patiemment, ouvrit ses lèvres pour répondre.

(Seylim) ▬ Je deviens curieuse de vos propos. Vous ne désiriez pas prendre le trône mais sauver votre vie. Le trône vous revenait de droit ? Je ne suis pas d'accord. Bien que les Dieux en aient décidé ainsi, ce n'est pas parce que votre corps est marqué que le trône vous revient. Le trône devrait revenir à celui ou celle qui le mérite, qui améliorera les conditions de vie de son peuple. Tuer l'Héritier n'était en rien obligatoire.

La voix avait claqué alors que l'instant était doux. Tuer l'ancien Souverain avait été un soulagement. Il avait arrêter de faire n'importe quoi et de détériorer les Contrées. Mais l'Héritier n'avait sûrement rien demandé... Il pouvait rester héritier même si le Souverain actuel était celui du vide... non?

(Seylim) ▬ Encore une fois, je ne suis pas d'accord. Votre peuple est important mais point votre personne ? C'est faux. Mon Sire ne regardera pas votre peuple. Il vous regardera vous. Parce qu'un peuple soutient un Sire. Parce que le Sire représente le peuple. S'il vous juge mal, comment jugerait-il bien les petits gens que vous gérez ? C'est bien trop enfantin comme façon de penser. Prenons un autre exemple. Si vous ne me supportiez pas, accepteriez-vous mes enfants ? Ceux qui ont pris mon caractère et mon éducation ? Les probabilités sont faibles. Pas impossible ceci étant. Il va vous falloir travailler cela. Comprenez que vous n'êtes plus responsable que de vous et/ou de vos proches. Mais ceux qui vous traquaient il y a quelques années sont toujours là. Et s'ils sont de cette contrée, vous en êtes responsable également. Vous parlez également de ce que vous comptez entreprendre en Akasha. Puis-je avoir un peu plus d'informations?

Elle soupira longuement. Ce n'était pas de tout repos de venir chercher la paix. Certains se battent avec des armes, elle, elle se bat avec des mots. Et parfois, elle se disait que le repos du guerrier lui serait salvateur. Seulement, on avait l'air de penser que parler de paix était simple et reposant. Les ignares. Elle fit un pas en avant avant de reprendre, plus légère :

(Seylim) ▬ Je n'ai rien contre une tasse de thé. Soyez conscient que je ne peux que vous fournir qu'une ébauche de contrat, mon mari devra les accepter avant que tout ne soit effectifs. Je peux également parler de vous et vous proposer divers noms quand aux commerces que nous ne gérerions pas. Tissus, minerais, esclaves... Nous pouvons vous fournir dans presque tous les domaines.

L'agnienne observa du coin de l'oeil des serviteurs inclinés, semblant les attendre pour les diriger vers un salon ou une salle de réception pour le-dit thé.

(Seylim) ▬ Quels thés possédez-vous en Akasha ? Quels sont vos favoris ? Auriez-vous des coutumes concernant les « instants thés » que je serais susceptibles d'ignorer ? Ou quelques coutumes que vous ne souhaitez pas subir en votre présence ? Sinon je vous suis, Sire.

Elle s'inclina longuement. Elle le suivrait prendre ce thé. Elle le suivrait tant qu'il sera un Sire qu'elle peut suivre. Elle le suivrait dans ses accords. Elle était son ambassadrice. Elle le suivrait aussi longtemps qu'il le faudra tant qu'elle sera en position de le raisonner ou le conseiller.

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Ren

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le Mer 15 Aoû - 20:14
Ô nuits d'Arabie

Alors qu’il s’avançait en direction de la longue et large terrasse de pierre que dominait les tours du palais, Ren s’interrompit dans son mouvement et se retourna ver Seylim, les sourcils froncés. Sa voix avait claqué dans l’air et ses propos avaient résonné parmi la végétation. Une accusation. C’était cela qu’elle portait maintenant à son encontre. Elle l’accusait d’avoir tué l’héritier des astres, de ne pas lui avoir laissé la vie sauve. Un instant il sentit la colère venir l’envahir. Il ne s’était pas énervé lorsqu’elle l’avait insulté. Il ne s’était pas énervé une seule fois depuis son arrivée. Il avait accepté tous ses propos, qu’ils soient à double sens ou non. Mais en l’instant, il sentait son regard s’assombrir tout comme son esprit. Il assumait ses actes. Il assumait ses paroles. Pour cela, il acceptait les critiques, les conseils. Mais il ne tolérait pas qu’on puisse lui reprocher la mort de celui qui, s’il en avait eu la chance, l’aurait tué aussi froidement que Seren. Mais cela ne dura qu’un instant. Un infime instant. Car il réalisa alors que personne ne savait ce qui s’était passé lorsque Seren et son héritier étaient morts. Personne n’avait eu la version du nouveau Souverain. Car il ne s’était pas justifié. Et que tous les autres témoins n’étaient plus de ce monde. Les accusations venaient de suppositions, d’estimations et de vagues impressions. Il se détourna et reprit le chemin de la terrasse. Le thé avait été apporté, la table avait été dressée et il invita Seylim à s’assoir, lui tenant courtoisement une chaise avant de lui-même prendre place face à elle. Croisant ses longues jambes, il se laissa aller contre le dossier et accueillit à nouveau avec joie la légère brise qui les rafraichissait quelque peu. Puis, enfin, il lui répondit. D’un ton posé, calme et doux. La colère l’avait définitivement quitté.

« Vous êtes bien prompte à m’accuser et à porter un jugement sur ce que j’ai fais. Seren est mort. Son héritier également. Rien ne pourra changer cela et je n’éprouverai jamais le moindre regret face à mes actes. Maintenant, sachez ceci. Vous semblez croire que l’héritier de Seren était innocent, qu’il aurait du survivre. Nous sommes tous deux nés le même jour. Et il fut aussitôt amené aux côtés de Seren. Trente années passées à ses côtés, à grandir sous sa tutelle. Trente années pendant lesquelles on lui a appris la vérité sur le double élément, sur l’enfant du vide et sur sa mort inévitable. Trente années pendant lesquelles son esprit fut empoisonné par les propos d’un roi fou. Trente années pendant lesquelles il fut préparé à prendre la relève de Seren si celui-ci mourrait avant de m’avoir retrouvé. Ne croyez pas que je l’ai tué alors qu’il plaidait pour sa vie, qu’il me suppliait de l’épargner ou bien qu’il était sans défense. Il s’agissait d’une question de tuer ou d’être tué. Nous ne pouvions pas coexister. Croyez bien que j’en ai eu la preuve et que je la porte encore aujourd’hui sur moi. »

Il se tut. Jamais encore il n’en avait révélé autant sur ce qu’il s’était passé dans la salle de l’Obsidienne. Et il n’en révèlerait pas plus. Il devait être extrêmement prudent. Un seul mot de trop et l’implication d’Isil pourrait bien être découverte. Car bien entendu, Ren avait eu le même questionnement que Seylim. Pourquoi tuer l’héritier ? Pourquoi ne pas laisser les Astres et le Vide coexister ? Mais cela avait été impossible. L’héritier avait depuis longtemps choisi le même chemin que Seren.

« Sachez aussi que je ne crois pas aux Dieux. J’espère ne pas vous offenser en vous disant cela. Mais je ne crois ni aux Dieux, ni au destin. Je crois seulement aux paroles et aux actes. Alors oui, le trône me revenait de droit. Parce que depuis mille ans, des pierres décident du fonctionnement de ce Royaume. J’ai dis qu’il me revenait de droit, je n’ai jamais dis que cela était juste. Et je n’essayerai en aucun cas de vous forcer à penser comme je le fais. J’espère simplement vous en convaincre par mes actes. Car je n’ai pas pris le trône de force pour suivre l’exemple de Seren ou son héritier. Je ne suis l’héritier de personne. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Je suppose que nous le verrons avec le temps. Mais je suis instruit. J’ai appris énormément sur ce monde et son fonctionnement. Bien que je sois étranger à la scène politique, je ne suis pas étranger à ce monde et à ses complexités. Pour le moment, Akasha est mon unique préoccupation. Ce qui m’amène donc à un autre point que vous avez soulevez… »

Ren se redressa et se pencha en avant, observant Seylim, une nouvelle lueur apparaissant dans son regard. Ses traits se durcirent et lorsqu’il reprit la parole, sa voix était plus froide, plus intransigeante.

« Si dans le futur nous arrivons à trouver un terrain d’entendre commercial, sachez cependant que jamais je n’autoriserai le commerce d’être humains sur mes terres. L’esclavagisme ainsi que le commerce d’esclaves ont été bannis d’Akasha et je n’autoriserai aucune entorse à cette loi. Sur ce point, Agni et Akasha ne pourront plus être partenaires commerciaux. Bien entendu, si d’éventuels payements n’ont pas abouti car Seren n’est plus, je veillerai personnellement à ce que chaque pièce soit payée aux commerçants en question. Mais cela n’ira jamais plus loin. Concernant le reste… je sais qu’Agni dispose de ressources très précieuses qui seront d’une grande aide à Akasha. Malheureusement pour le moment, l’inverse n’est pas d’actualité. Il va falloir du temps pour que tous se remettent des changements récents et des pénuries que les terres subissent. Les villageois meurent de faim, la famine a décimé ou fait fuir une importante partie de la population. Vous comprendrez que mon but premier est d’utiliser les ressources de la capitale pour tenter de remédier à la famine et à la pauvreté qui sévissent depuis longtemps dans le reste de la contrée. Puisque vous vouliez savoir ce que j’envisageai pour Akasha, et bien je suppose que vous avez votre réponse à présent. »

Il sourit doucement. Il semblait plus fatigué, comme si le poids de ses nouvelles responsabilités se faisait à présent sentir alors qu’il avait tenté de l’alléger. Mais il n’était au pouvoir que depuis très peu. La tâche était énorme. Les enjeux, de taille. Il avait déjà pris certaines mesures concernant l’opulence exagérée de la capitale et la pauvreté dans laquelle vivaient tous ceux qui ne résidaient pas à Ebène, qu’ils soient nobles ou villageois. Mais cela prendrait du temps, beaucoup de temps.

« J’ai bien peur de vous décevoir… Je suis né à Akasha mais je n’y ai jamais vécu. Et je n’ai encore rencontré personne qui aurait pu me renseigner sur l’art du thé akashan bien que je souhaite très sincèrement y remédier au plus vite. Mais j’ai vécu quelques temps à Agni et j’y ai goûté sûrement les meilleurs thés de tout Seele selon moi. La patience et l’application agniennes lors de la préparation du thé m’ont toujours émerveillé. Et je dois avouer que les feuilles de menthe sont de loin mes préférées. J’en ai rapporté avec moi et je serais ravi de les partager en votre compagnie. Et je vous promets que, lors de votre prochaine visite, je saurais vous accueillir avec du thé provenant d’Akasha et selon la tradition akashane. »
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Agni
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Seylim

Agni
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le Mer 22 Aoû - 20:18

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

[feat. Ren]

Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme.

Proverbe Arabe

=> 27e jour de Ruwa
.Seylim observa le regard du Souverain se ternir sous ses propos. Bien que restant stoïque, le regard franc et le dos droit, l'Ambassadrice eut un instant de panique, de peur pour sa vie. Elle-même avait conscience que ses mots avaient été d'une rare violence. Elle avait manqué à la plus élémentaire des diplomacie, quand bien même ses accusations avaient suivies une logique presque imparable. Pendant l'instant où les iris du Souverain s'assombrirent, Seylim se préparait à recevoir une punition. Pourtant, il avança, plaça sa chaise en attendant qu'elle s'asseye avant de se poser face à elle.

Sans un mot, la Dame des Chevaux écouta le Sire. Sa façon de penser rejoignait la sienne. « Si vous ne me supportiez pas, accepteriez-vous mes enfants ? Ceux qui ont pris mon caractère et mon éducation ? » avait-elle questionné. C'était plus ou moins la même chose pour lui. L'héritier de Seren avait prit l'éducation du « roi fou ». Il aurait été … Comment l'a-t-il dit ? « Il s’agissait d’une question de tuer ou d’être tué. Nous ne pouvions pas coexister. ». Une nouvelle fois, la Dame de paix était en désaccord avec le Roi. Coexister demandait du temps. Ce n'était pas quelque chose qui se faisait en quelques heures. Cela aurait évincé son travail. Elle ne releva le fait qu'il avait été marqué. Si, comme il l'annonçait, cela se présentait comme un combat à mort, alors il était logique qu'il garde des cicatrices. Et elle ne compatirait pas. La vie a toujours eut un prix. Le sien était le sang, ça arrivait. Il n'y avait rien à regretter ou à compatir. Cela n'arrangerait rien, cela ne résoudrait rien non plus. Néanmoins l'agnienne était loin d'être stupide. La seule question qu'elle s'était posée était toujours sans réponse. Comment était-il entré dans le palais ? Comment avait-il trouvé Seren et l'héritier ? Comment avait-il évité les gardes ? Soit il y avait eu un massacre. Soit il y avait eu une taupe. L'un ou l'autre.

Ren continua de parler. Il parla des Dieux, il parlait de croire aux actes et aux paroles plutôt qu'au destin. Il annonçait lui-même que cela n'était pas juste. Et il annonçait être instruit mais point politiquement parlant. Ses mots attisèrent le ricanement de l'agnienne. Rire qu'elle arrêta instantanément alors qu'il se rapprochait d'elle. Elle sentit la glace dans sa voix, qui claquait, fendait l'air. Il n'y avait rien à discuter... croyait-il. Il affirmait que les esclaves n'avaient pas leur place à Akasha. Que c'était une loi qu'il espérait immuable et que, sous son règne, il n'y toucherait pas. Elle continua de l'écouter alors que son cerveau fourmillait d'idées, l'une d'elles attirant l'esprit de l'ambassadrice. Alors qu'il lui montrait sa fatigue, elle restait parfaitement droite. Elle avait conscience de ce qui reposait à présent sur les épaules du jeune homme. Cependant, elle n'était pas une bonne ambassadrice pour sa douceur, sa langue tendre et compatissante. Son prédécesseur était ainsi. Ren évoquait les thés d'Agni qui étaient, à son sens, les meilleurs de tout Seele. Seylim sourit une nouvelle fois. Le savoir-faire agnien en la matière était indiscutable et s'ils n'étaient pas les meilleurs, nul doute qu'ils n'en étaient pas loin.

La Dame du désert porta la tasse de thé fumante vers son interlocuteur et en dégusta longuement, oubliant qu'il était brûlant. Son esprit mettait en forme les propos qu'elle allait lui répondre. Elle ferma lentement son regard pour profiter des goûts qui se libérer sous son œsophage maltraité par la chaleur du breuvage. Elle expira longuement avant que sa voix ne reprenne :

(Seylim) ▬ J'essaie de ne pas juger la tuerie à laquelle vous vous êtes adonné pour le trône. Vous avez raison de dire que ce n'est pas juste. Je n'ai pas mon mot à dire dessus. Vous devriez seulement faire attention à ceux qui écouteront cette histoire. Peut-être suis-je trop sceptique ou peut-être que je réfléchis trop. Mais de ce que vous me dites, la seule interrogation qu'il en ressort est de savoir si vous avez tué des gardes et, si non, quel être vous a fait entrer ? Néanmoins j'ai conscience que cette question amènerait des réponses que je ne veux probablement pas connaître. J'arrête volontairement mon raisonnement ici. Je ne cherche pas à connaître ce qu'il s'est passé ce jour-là. Les informations importantes, nous les avons tous. Vous avez tuez Seren et son héritier. Vous êtes le Nouveau Souverain sans héritier tant que les pierres n'en auront pas désigné un autre. Je n'ai rien à savoir de plus.

Elle but une nouvelle gorgée, son regard fixant l'interlocuteur, à la recherche d'informations quant à ce qu'il pensait de son raisonnement. Elle pouvait arrêter ce dernier mais la curiosité restait présente. Pourtant elle poursuivit, calmement.

(Seylim) ▬ Je vais revenir sur une phrase qui a attisé mon rire plus tôt. Vous êtes instruit mais étranger à la scène politique. Vous ne savez donc que trop peu. Les gens de mon espèce sont des pires. Certains vous mentirons aussi aisément que vous respirez. Certains chercheront à vous manipulez par divers procédés. Et, je pense sincèrement que je fais partie de la pire des espèces. Nous sommes de ceux qui ne mentons jamais mais qui déformons parfois la vérité pour arriver à nos fins. Pour le coup, je vous avoue me sentir quelque peu différente. J'aime simplement la franchise. Mais il va vous falloir jouer de tout cela pour vous faire une place politique. Vous ne devez pas rester si naïf. Nous sommes des chacals, des vautours qui n'hésitons que rarement.

Elle reposa sa tasse, le regard pétillant de la commerçante qu'elle avait apprit à être face à son époux. Elle inspira longuement pour garder une voix neutre et pour prier en espérant avoir les mots justes.

(Seylim) ▬ Je comprends que la vente d'esclaves ne soit pas dans les mœurs d'Akasha et je n'ai nullement la prétention de remettre cette loi en cause. Agni pense d'une façon, Akasha d'une autre. C'est ainsi. Seulement, vous vous fermez des portes en réagissant de la sorte.

Elle leva une main, comme pour couper le Souverain qui n'avait pas bougé.

(Seylim) ▬ Permettez que je finisse mon raisonnement et si ma tête doigt rouler pour calmer l'offense, qu'il en soit ainsi. Vous me dites qu'Akasha n'a rien à offrir pour aider Agni. C'est faux. Pour l'instant, la priorité est de remettre votre peuple dites-vous ? Je ne vais pas vous dire quoi faire, la décision vous revient. Pour ma part, je puis vous proposer un premier contrat qui nous arrangerait tous deux. Akasha est réputée pour ses vignes et ses médecins. Pour sa soie également. Néanmoins, avec les recherches que Seren a faite, il les a laissé quelque peu à l'abandon ou tout du moins n'en a pas tiré le plus possible.

La partie compliquée s'amenait doucement. Seylim reprit une longue gorgée de thé avant de relever le menton vers le Souverain.

(Seylim) ▬ Je vous propose ceci. Permettez à Agni d'avoir la majorité sur le vin d'Akasha. Permettez-nous d'être les premiers acheteurs de votre produit. Nous vous le rachèterons au prix fort. En contre partie, nous pouvons, comme je vous l'ai mentionné plus tôt, tout – ou presque – vous échanger. Aujourd'hui, je vous propose cette contrepartie-ci. Nous vous vendons des esclaves et des denrées.

Elle poursuit, rapidement, espérant secrètement que le Souverain serait au moins compréhensif. Sa proposition l'aurait fait tué dans d'autres Contrées. Elle ignora les tremblements qui semblaient la prendre et qu'elle arrêta sous ses mots qui fusèrent :

(Seylim) ▬ Les esclaves que je vous propose seront habilités à travailler dans vos soieries. De surcroît, leur statut d'esclave n'est qu'une formalité agnienne. Libre à vous de les libérer si cela vous dit. Cela pourrait relancer votre économie via les soies et le vin en plus de vous apportez de la main d'oeuvre. Bien évidemment, nous pouvons aussi convenir d'un groupe de personnes qui étudierait nos façons de faire le tissu. J'étudie aussi la possibilité de vous apporter différents thés. Vous me parlez de menthe... Néanmoins les menthes sont diverses et variées. Certaines seront plus piquantes en bouche, d'autres plus sucrées. J'aime particulièrement celles qui semblent fondantes. Une légère amertume au départ et le goût mentholé s'éparpille lentement sur la langue.

Elle inspira longuement, légèrement plus détendue.

(Seylim) ▬ Entre nos deux Contrées, les possibilités sont diverses et variées. Le commerce n'étant, à mon sens, que le début. J'ose vous proposer cet échange assez particulier dès notre première entrevue car elle me semble être bénéfique des deux côtés. J'ai parfaitement conscience que votre accord n'est pas une certitude. Néanmoins je pense aussi qu'il est également une bonne preuve de ma bonne foi. Je m'excuse si ma proposition vous offense. Je me dis qu'aborder cette question de suite nous permet de partir sur de meilleures bases. Ainsi je saurais à quoi m'en tenir et vous de même.

#iwhae pour epicode
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Ren

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le Mar 18 Sep - 16:59
Ô nuits d'Arabie

Ren se contentait de rester assis, fixant Seylim, sans avoir une seule fois touché à sa tasse de thé. Cela faisait déjà plusieurs minutes que la jeune femme s’était tue et Ren n’avait encore rien dis, n’avait pas réagi. Le seul changement perceptible dans son attitude venait de son regard, qui s’était assombri, encore et encore, tandis que l’ambassadrice prononçait des mots de plus en plus insensés. S’il paraissait calme en apparence, la vérité était toute autre. En lui commençait à bouillir une colère sombre, dévastatrice. Il la maintenait en cage, sachant pertinemment que la laisser éclater n’apporterait rien de bon. Mais la lueur qui dansait en cet instant dans son regard était dangereuse. Il avait été patient… très patient. Trop patient peut-être. La faute lui revenait en partie. S’il n’avait pas laissé Seylim s’insinuer sur le sentier qu’elle avait choisi dès leurs premiers mots échangés, tout cela ne serait pas arrivé. A présent, le point de non-retour était presque atteint. Et il se devait d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard.

« Je crains, Ma Dame, que nous n’ayons quelques points d’importance capitale à régler dès à présent… »

Sa voix était doucereuse, ce qui en disait long sur ce qu’il ressentait. Il s’intimait au calme, s’exhortait à encore un peu plus de patience. Mais les mots qu’il prononça ensuite fusèrent dans le silence, glaçant, déchirant l’air chaud de Liekki.

« Lorsque vous vous êtes présentée à ma Cour, vous vous êtes annoncée comme étant ambassadrice. Diplomate. A aucun moment, je n’ai perçu que vous étiez commerçante ou juge. Vous avez partagé nombre de conseils, de jugements et de pensées avec moi depuis votre arrivée. Laissez-moi à présent vous retourner la pareille en vous prodiguant quelques conseils afin que nos futures relations soient basées sur une entente cordiale, car je ne doute pas un seul instant que nous partagions tous deux ce but commun… »

Il s’interrompit, le regard lourd de sous-entendus. Il ne souffrirait aucune prise de parole non quémandée, aucune réaction désagréable comme le petit ricanement qui avait été le sien tandis que lui s’exprimait. En cet instant, lui parlait et elle écoutait.

« A l’avenir, il serait de bon temps que vous évitiez de me sous-estimer. Je ne suis pas le petit garçon… comment dites-vous... naïf, que vous semblez croire. Ne pensez pas un seul instant que je ne sois pas initié aux danses séductrices de la manipulation. Croyez-moi, cela est un art dans lequel j’excelle. Evitez de me considérer comme un enfant qui a tout à apprendre. J’ai dis être étranger à votre scène politique. Ne pensez pas que je me plierai à vos règles de jeux. Vous apprendrez à jouer selon les miennes, et croyez bien que je puisse me montrer très mauvais perdant.  Je vous l’ai dis, je vous le répète, je représente un élément imprévisible, intangible. Cela effraie et cela me sert si je le désire. C’est avec cela que vous et votre Souverain devrez composer. Car il serait pertinent qu’avant de venir me proposer quelque accord commercial qui pourrait vous coûter la vie, vous vous entreteniez d’abord avec le dirigeant de votre Contrée. Car lorsque vous êtes censée vous montrer diplomate, vous ne faites que m’insulter, me juger et ne pas tenir compte des règles qui régissent à présent cette Contrée. Heureusement pour vous, comme je vous l’ai déjà dis, vous n’êtes pas la première à me considérer de la sorte et vous ne serez sûrement pas la dernière… Mais n’oubliez pas votre rôle Dame des Chevaux ou je me verrais obligé de vous rappeler le mien… »

Il ne souriait pas. Son visage était sérieux, grave. Il pesait chacun de ses propos et en pensait chaque mot. Il estimait la jeune femme et c’était bien la seule raison qui le rendait si loquace en l’instant. Et cela aussi, il comptait bien le lui dire.

« J’aime la franchise. Je ne tolèrerai aucun mensonge dans mon cercle proche, dont vous ferez dorénavant partie. Sur ce point nous sommes d’accord. Si vous êtes de la pire espèce, croyez bien que je le sois également dans ce cas-là. Jamais je n’ai manqué à ma parole. Jamais je n’ai pas tenu un engagement. Aussi, je vous prie de prendre mes paroles très au sérieux… Personne ne fera de commerce d’êtres humains sur mes terres ou avec mon peuple. Personne. Paysans, marchands, nobles, têtes royales, qu’importe. Cela n’arrivera plus jamais sur les terres d’Akasha. Quiconque manquera à cette règle perdra sa tête. Aussi, pour le moment, je vous propose d’oublier toute idée d’échange commercial entre nos deux contrées. Cela n’est pas votre rôle, ni votre place. Vous êtes ambassadrice Seylim. Vous êtes ici pour faire le lien entre votre Souverain et moi-même. Vous êtes ici pour assurer un futur propice pour Agni et Akasha, hier amies et aujourd’hui proches d’être ennemies. Votre tâche sera ardue, la responsabilité sur vos épaules, pesante. Croyez bien que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer un avenir serein pour nos deux contrées. Mais ne croyez pas que je sois facilement malléable ou facilement attendri. Laissez-moi ainsi que mes conseillers juger de ce qui sera bon pour le futur de ma contrée. Assurez-vous simplement qu’Agni soit une présence bienfaitrice pour nous. Laissez les Princes Marchands venir quémander des accords commerciaux. Croyez-moi, eux auront le travail le plus facile. Le votre en revanche… J’attends beaucoup des ambassadeurs qui se présenteront à ma porte. J’espère que tous auront la même franchise que vous. En revanche j’espère qu’ils se montreront plus avisés et sensés lors de nos premières entrevues car je doute pouvoir me montrer aussi patient que je l’ai été aujourd’hui. Peut-être cherchiez-vous à me tester. Peut-être vouliez-vous savoir où se trouvaient mes limites. Et bien à présent vous les avez trouvées. Veilliez à ne pas les dépasser Seylim. Prenez cela comme un conseil d’ami…»

Son regard se faisait plus pénétrant, comme s’il tentait de lire en elle, de déchiffrer ses pensées et les émotions dans son cœur. Il l’avait appelé par son prénom, manquant ainsi à la plus simple des étiquettes, tandis qu’il gardait son calme et contenait sa fureur. Puis, percevant un mouvement du coin de l’œil, il tourna la tête vers la vaste pièce ouverte qui donnait sur la terrasse et ses sourcils se froncèrent lorsqu’il reconnut l’un des médecins d’Auriane qui s’inclina devant eux, restant en retrait, refusant de les déranger. La peur s’insinua en lui, glaçant tout son être. Percevant le trouble du Souverain, lisible à son teint qui palissait à vue d’œil, il lui adressa un petit sourire réconfortant. Elle allait bien. Sa vie n’était pas en danger. Fermant brièvement les yeux, il se rassit dans le fond de son fauteuil, prenant une profonde inspiration avant de rouvrir les yeux et de regarder à nouveau Seylim. Lorsqu’il reprit la parole, son ton se fit plus doux et les traits de son visage perdirent de leur froideur.

« Je pense que nous pouvons parler d’une première rencontre… fructueuse. Vous m’avez fais part d’une proposition audacieuse. Vous m’avez offensé et je vous en ai fais part. Nous savons donc tous les deux à quoi nous en tenir à l’avenir. A présent, je vous invite à profiter pleinement de votre thé afin d’aller ensuite, si vous le désirez, vous reposer dans les appartements qui seront dorénavant les vôtres. Je pense que nous en avons assez dis pour aujourd’hui. »
lumos maxima


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