Agni
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Seylim

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le Dim 13 Mai - 15:59

ft. Ren

Nous sommes le 40ème jour de Nagar de l'an 999 au Palais d'Akasha.

Je parle en #83309D et pense en #009F8A

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

Akasha était – dans la mémoire de Seylim - une contrée sublime. D'aussi loin que pouvaient remonter les souvenirs de la Dame des Chevaux, jamais elle n'était restée insensible devant les paysages qu'elle observait. Le dos droit, se laissant rêvasser en observant calmement les décors qu'elle redécouvrait à chaque fois, elle se sentait étrangement calme. L'air faisait voleter une mèche semblant rebelle, sa robe légère blanchâtre lui offrait un air d'étrangère en vacances. Elle le savait et le vivait bien. Elle était une étrangère. Elle en sortait de vacances. Forcées de surcroît. Elle qui aimait et s'inquiétait des relations politiques s'était vue contrainte et forcée de rentrer sans rien pouvoir faire. Elle s'était tellement sentie impuissante que le chemin vers Akasha l'enjouait de façon presque incontrôlable.

Pourtant, des deux dames qui patientaient à la Porte, la brunette habillée de turquoise semblait réellement – elle – incontrôlable. Elle sautillait, observait, s'émerveillait bruyamment. Bien trop pour que sa Maîtresse ne puisse observer le lever du soleil avec le calme qu'elle inspirait. Si Seylim était comparable à un mat droit et fier, Najat était assurément la voile dansante que le mât retenait sans peine.

- Najat. Calmez-vous je vous prie.
- Excusez mon enthousiasme ma Dame, j'essayerais de le contenir un peu plus.
- Et je vous en remercie.

Le regard se détourna de la servante au teint doucement plus hâlé que le sien, sa couleur se rapprochant du miel concentré que l'on pouvait déguster parfois, ses traits bien plus enfantins. Elle était nattée et portait fièrement une barrette. Sur cette dernière on pouvait voir, trônant, gravé parfaitement et délicatement orné, la balance qui désignait la Guilde des Princes Marchands.

Tant qu'elle portait cette barrette, elle était rattachée à la famille Shil. Ce qui comprenait aussi bien un toit et un traitement correct qu'une protection ou, selon les endroits, une malédiction. Certains ne voyaient pas d'un bon œil toutes ces familles riches. Ils pouvaient avoir des extrémistes partout... Jamais Seylim ne l'aurait avoué mais elle se refusait à risquer la vie de sa dame de compagnie. Elles étaient devenues proches au fil du temps et des voyages faits ensemble mais ceci aussi, Seylim l'aurait gardé pour elle.

- Pardonnez-moi, vous êtes Madame...
- Seylim Bin Shil, fille de Shil Ben Ismäl. Je postule au poste d'ambassadrice entre Agni et Akasha.

La Dame du désert toisait son interlocuteur avec ses deux iris glaciaux, le regard ferme, autoritaire. Les mots étaient sortis naturellement, comme une rengaine des milliers de fois prononcée. Elle n'avait pas prit la peine de s'annoncer entièrement. Elle le ferait une fois arrivée.

L'interlocuteur réprima un frisson de peur, l'amenant à ses chevaux. Elle se rapprocha assez pour caresser les bêtes, leur parlant faiblement avant de déposer ses bagages et ceux de sa suivante sur leur animal respectif. Najat eut droit à un animal couleur crème, semblant relativement doux. Celui de Seylim était gris et était bien plus téméraire que son compagnon. Un instant, elle put entendre une blague sexiste sur le fait de monter un équidé. Et la dame bronzée se laissa grimper sur le grisé. Sans honte pour son corps, par fierté de son éducation, elle se laissa relever la robe jusqu'à ses mi-cuisses, empoignant les rênes d'une main assurée. Un instant, l'homme au sol cru voir un éclat téméraire dans son regard. Quelque chose qui faisait rajeunir la femme sérieuse qu'elle était. Comme si l'adolescente allait reprendre le corps pour s'enfuir et ne jamais revenir. Pourtant elle ne fit qu'abaisser son visage en guise de remerciement, attendant le départ de sa suivante. Lorsqu'elles débutèrent leur voyage, elles restaient toutes deux sur leur gardes. Seylim par réflexe, Najat par habitude. Le grisé hennit, se cambrant, débutant presque une ruade avant que les talons de la cavalière claquèrent sur ses flancs fermement, la langue de la Dame des Chevaux claqua deux fois dans l'air. L'animal ne stoppa, certains diront de peur, d'autres de respect, et ne posa aucun autre soucis du trajet. Voilà qui était Seylim. Dure mais juste. Douce mais poignante. Épicée mais envoûtante.

Les équidés se laissèrent traverser plaines et champs verdoyant bien que fatigué pour laisser les paysages se recouvrirent de teintes de marrons. Que ce soit par les feuilles, branches, écorces ou que ce soit par le pelage des quelques animaux qu'elle pu apercevoir... Autant qui les séparaient du Souverain de ces terres. Les deux femmes remuaient leurs bassins au rythme de la course des équidés qui les firent arriver Lorsque le soleil commençait à s'abaisser. Seylim descendit du cheval en gardant cette grâce qu'on lui avait inculqué et qu'elle travaillait encore aujourd'hui. Sous les ombres agrandissantes, elle se laissa penser quelques secondes à ses quatre amours que les nourrices devaient sûrement de regarder dormir. On était dans la période plus chaleureuse de la journée. Une seconde, les chants et danses de sa patrie se firent ressentir jusque dans le sang bouillonnant de l'ambassadrice.

- Ma Dame, je viens de nous annoncer. Nous devrions être amenée au Seigneur sous peu.
- Je te remercie Najat.

Retenant son cheval d'une main, les rênes s'enroulant autour de son bras d'abord durement puis avec plus de lest, Seylim le caressait de l'autre, patientant jusqu'à entendre les personnes venues les chercher. Instinctivement, elle tendit les rênes à l'écuyer... ou peu importe son rang. Elle écouta ce que l'homme, le... majordome ?, lui racontait. Elle suivit son corps, retenant où serait leurs chambres, les dispositions mises en place. Et elle arrêta sa marche dans une grande pièce. Elle pouvait aussi bien servir à recevoir un banquet ou une réunion politique. Cela impressionnait la Dame du désert. Et Najat s'éclypsa le temps de son rendez-vous. Les deux femmes se retrouvèrent séparées, Seylim restant dans cette pièce silencieuse bientôt rejointe par une servante qui s'inclina respectueusement.

- Nous vous demandons de patienter un instant, nous appelons notre Seigneur...
- Je vous en remercie, je patienterais ici.
- Excusez-nous de ce temps d'attente... Nous devons vous présenter comme... ?

Seylim eut une seconde d'hésitation.

- Seylim Bin Shil. Je viens quant au poste d'ambassadrice entre Agni et Akasha.  

Une courbette suivie et l'employée se retira, la porte se refermant sur une Dame des Chevaux droite et fière. Professionnelle.


Symbole de la Guilde Marchande:

Akasha
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Ren

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le Mar 15 Mai - 17:43
Ô nuits d'Arabie

“- Alors ?
- Il lui faut du repos Sire, beaucoup de repos…
- Je vois.”


La chambre était plongée dans la pénombre, une des fenêtres légèrement entrouverte afin que l’air puisse se renouveler. Les lourds rideaux avaient été tirés presque entièrement, ne laissant passer qu’un fin rais de lumière, suffisant pour pouvoir contempler le triste spectacle qui se jouait dans la chambre. Auriane était allongée, le teint blême, les traits tirés. Sa respiration était sifflante, saccadée et chaque inspiration semblait accompagnée d’une douleur insupportable. Son front luisait de sueur et de longues mèches collaient à sa peau. Elle grelottait, malgré l’épais édredon qui la recouvrait presque en entier. Trois médecins l’entouraient. Les meilleurs d’Akasha et donc parmi les meilleurs du Royaume. L’un était penché sur elle, prenant son poul, le deuxième griffonnait des notes de sa plume sur un parchemin déjà noirci d’encre tandis que le dernier farfouillait dans son coffre rempli de fioles diverses. Ren se tenait en retrait. Appuyé contre le mur, presque plongé dans l’obscurité, bras croisés sur sa poitrine, le jeune Souverain les observait, silencieux et de marbre tandis que intérieurement son coeur saignait. Il observait le médecin tenant délicatement le bras d’Auriane entre ses mains et il fut frappé par sa maigreur et par sa blancheur.

“- Votre pupille doit se reposer Sire. Le voyage pour venir jusqu’ici lui a demandé bien plus de forces qu’elle n’en avait.
- Mais cela fait déjà deux mois…
- L’état de santé de Dame Auriane a toujours été fragile. Une personne en bonne santé se serait remise sans problème mais dans son cas… un repos forcé et surtout aucune contrariété.
- Très bien… je vous remercie messieurs.”


Comprenant qu’ils étaient à présent congédiés par leur Souverain, ils ramassèrent leurs affaires, s’inclinèrent et sortirent. A peine la porte se fut-elle refermée sur eux que Ren sortit de son immobilité et se dirigea vers le chevet de la jeune femme. S’asseyant sur le rebord du lit, il l’observa, quittant son masque de froideur et laissant ses émotions enfouies se déverser hors de lui. Sa pupille… S’ils savaient. Ce mensonge, Ren l’avait offert à tous ceux qui résidaient au Palais et s’étaient enquis de la présence de la jeune femme aux côtés du nouveau Souverain. La vérité aurait mis la vie de la jeune femme en danger et cette pensée était intolérable. Alors il avait menti. Avait inventé une histoire montée de toutes pièces afin que l’on pense que leur lien n’était pas aussi profond qu’il l’était en réalité. Attrapant le tissu gorgé d’eau et posé sur le rebord de la bassine aux côtés de sa soeur, Ren l’appliqua doucement sur le visage fiévreux de sa cadette, épongeant la sueur et tentant de la rafraîchir. Impuissant. Il était tout simplement impuissant. A quoi bon être devenu le réceptacle d’une des plus grandes puissances de ce monde s’il ne pouvait rien faire pour la personne qu’il aimait le plus sur cette terre. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’il avait pris le pouvoir. Plusieurs mois que Seren et Isil étaient morts. Mais aujourd’hui, il était de retour dans cette petite maison, perdue dans ce village de Vaata, à regarder sa petite soeur se battre pour vivre alors qu’elle n’avait que quelques mois. Les médecins avaient assuré que sa vie n’était pas en danger et qu’elle se remettrait de cette fièvre. Mais Ren ne pouvait s’empêcher d’avoir peur. Peur pour elle.

Il fut tiré de ses pensées par des coups frappés doucement contre la porte. Se redressant, il prit le temps de se composer un masque de parfaite neutralité, enfouissant ses sentiments au plus profond de son coeur, avant d’inviter la personne à entrer. Une servante arriva, s’inclinant face à lui, gardant le regard baissé vers le sol.

“- Sire… Pardonnez- moi mais Dame Bin Shil est arrivée et…
- Qui ?
- Dame Seylim Bin Shil… Elle était porte-parole et ambassadrice d’Agni avant… avant.
- Ah… oui. J’arrive.”


A nouveau, la servante s’inclina et disparut aussi vite qu’elle était arrivée. Ren eut le temps de voir passer une expression de soulagement sur son visage avant qu’elle ne referme la porte et il retint un soupire. Il était fatigué des réactions toutes similaires des habitants de ce palais. Ils étaient soit effrayés soit admiratifs. Mais tous se soumettaient devant lui et aucun n’osait prendre réellement la parole en sa présence. Le seul à avoir osé lui tenir tête et à se montrer franc avait été Samir, le soldat qui lui avait ramené sa soeur. Mais depuis plusieurs mois qu’il était là, il devait faire face à la peur et à l’hypocrisie forcée des autres. Et cela commençait réellement à le lasser.

Il reporta son attention sur sa soeur endormie une dernière fois puis sortit à son tour de la chambre. L’ancienne gouvernante et à présent dame de compagnie d’Auriane attendait dans le couloir, assise dans un fauteuil et elle lui sourit doucement, pour le rassurer. Connaissant les deux enfants depuis leur plus jeune âge, elle était la seule à connaître la vérité sur leur lien de parenté et sa loyauté était sans faille. Auriane était entre de bonnes mains. Gardant cette pensée dans son coeur pour le réchauffer, Ren entreprit alors de parcourir les longs couloirs interminables de cette vaste demeure afin de se rendre dans la salle de réunion où l’attendait la Dame d’Agni.

A présent qu’il n’était plus au chevet de sa soeur, Ren eut tout le loisir de porter son entière attention sur son invitée. Les rapports avec Agni étaient les plus conflictuels pour le moment. Les Contrées du Feu et des Astres avaient toujours gouverné main dans la main et ensemble ils avaient assis leur autorité sur le reste du Royaume pendant le règne de Seren. L’ancien Souverain d’Agni en était venu à menacer les autres Contrées lorsque ces dernières avaient tenté de s’opposer à Seren. Vilya avait pu raconter tout cela au nouveau Souverain une fois son autorité sur la nouvelle Akasha reconnue. Les menaces, le commerce illégal… il semblait que le changement de Souverain à Agni n’avait pas empêché tout cela de continuer. L’opinion de Ren sur le Souverain Nár n’était donc pas des plus hautes. Bien entendu, Ren avait mis un terme à toute cette mascarade en prenant le pouvoir. Les liens autrefois forts entre Akasha et Agni avaient donc été réduits à l’état de poussière.

Mais bien entendu, la situation ne pouvait pas rester telle quelle. Akasha avait besoin d’Agni et inversement. Leur frontière commune était l’un des pôles principaux du commerce dans Seele et bien que Ren n’accordait aucune confiance à la Contrée du Feu, un terrain d’entente devait être trouvé entre eux deux. Et c’est ainsi que l’ancienne Ambassadrice, représentant Agni du temps de Seren, avait été conviée à se rendre en Akasha afin de rencontrer le nouveau Souverain et de voir si la coexistence pouvait être possible.

Un majordome annonça l’arrivée de Ren tandis que ce dernier s’apprêtait à pénétrer dans la vaste salle de réunion et lorsqu’il entra, le même domestique annonça l’identité de la Dame d’Agni. Et Ren fut aussitôt frappé par sa prestance. Droite, le visage relevé, le regard assuré, la femme qui se tenait devant lui dégageait une aisance et une grâce qui faisaient s'aplatir toutes ces personnes au regard baissé vers le sol. Ren s’arrêta à une distance respectable de son invitée et s’inclina face à elle.

“Bienvenue en Akasha Dame Bin Shil. Je vous prie de m’excuser pour cette attente après un tel voyage. J’ai été… retenu.”

Son visage était neutre, son regard vif. Devant lui se tenait une représentante de la Contrée qui avait participé de façon indirecte au règne de terreur de Seren. Jouant la carte de la cordialité prudente, Ren espérait réussir à percevoir les véritables intentions de la Dame au cours de leur entrevue. De cet instant dépendait les futures relations entre Akasha et Agni. Ils n’avaient pas le droit à l’erreur.
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Agni
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Seylim

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le Jeu 17 Mai - 23:09

ft. Ren

Nous sommes le 40ème jour de Nagar de l'an 999 à ENDROIT.

Je parle en #83309D et pense en #009F8A

Ô Nuits d'Arabie ~ ♫

Elle ignorait si c'était par nostalgie ou par mélancolie, mais l'endroit rappelait à l'Ambassadrice le poste qui avait été sien. Pourtant, elle ne se rappelait pas l'avoir contesté. C'était naturellement devenu son poste, comme s'il l'avait attendu. Et même maintenant, alors qu'elle n'était plus aussi importante, maintenant que son ancien Souverain soit déchu, on remettait ses compétences en question. On pouvait la juger d'un regard. Dans son corps elle n'avait jamais cessé de l'être. Elle avait agit en conséquences de cause, elle avait jaugé paroles et actes. Et elle avait trouvé le moyen de rester, de s'imposer sans jamais mentir une seule fois. C'était quelque chose qui lui apportait de la sérénité et de la fierté.

Malheureusement, toute fierté sortie n'était pas le meilleur des comportements. Elle devait se montrer ouverte, trouver les mots, le caractère, comprendre, analyser et réagir. Elle se devait de réussir. Aussi bien pour son nom que pour leurs contrées respectives. Elle tournait le dos à la porte, en profitant pour fermer le regard quelques secondes. Juste assez pour inspirer longuement et expirer avec une lenteur forcée. Comme si elle pouvait imbiber son souffle de ses craintes et de ses soucis pour ne garder que l'essentiel. Lentement, son regard s'ouvrit, son corps pivota pour faire face à l'ouverture avant de s'immobiliser. Elle était prête. Elle ne pensait plus à rien, ses traits coincés dans un doux mélange d'assurance et de douceur.

La Dame des Chevaux se laissa remettre une mèche en place avant que, par deux fois, on ne fasse retentir la porte. On annonçait le « Sire Ren » qu'elle attendait. Elle en oubliait que les mots n'avaient qu'une signification secondaire. Elle secoua doucement le visage avant que l'ouverture ne lui montre l'homme qu'elle avait attendu. Elle l'observa s'incliner et se redresser. Elle écouta les mots d'excuses qu'il lui sortit, détaillant la neutralité de ses trains, la vivacité qui était reflétée au fond de ces océans.

- Bienvenue en Akasha Dame Bin Shil. Je vous prie de m’excuser pour cette attente après un tel voyage. J’ai été… retenu.

Il se méfiait d'elle. Il le lui disait, le lui montrait. Il l'annonçait sans manquer ni de respect ni de convivialité. Sans son regard elle lisait son point du vue sur sa propre personne. Elle lisait ce qu'elle avait toujours lu. Et s'évertuerait à se créer sa propre réputation, comme elle l'avait toujours fait. Ses lèvres se relevèrent, éclairèrent son visage alors qu'elle se pencha à son tour. Elle avait sortit sa grâce, sa douceur devenue habituelle, le respect étant de mise.

- Je n'ai rien à vous reprocher, j'aurais dû vous prévenir plus tôt de mon arrivée. Je suis honorée que vous puissiez me recevoir si vite... Sire Ren.

Elle avait marqué un faible temps d'attente avant d'user de son titre. « Seigneur » était le premier mot qui lui était venu. Mais elle n'avait prêté allégeance qu'à un seul Seigneur qu'elle appelait « époux » et ce pour plusieurs raisons. Sa vision se complémenter à la sienne. Il voulait l’extension, la richesse et le luxe d'être ce qu'il était. Elle s'évertuait à le lui offrir le plus aisément possible. Elle avait eut besoin de son nom et de son appui. Chose qu'il lui avait donné sans restriction. Elle se laissa sourire de ce souvenir alors que son buste se redressait. Elle garda le regard fermé alors qu'elle poursuivait, lentement, se présentant comme les règles le souhaitaient.

- Je me présente à vous, Sire. Je suis Seylim Bin Shil, fille de Shil Ben Ismäl, épouse d'Ishüen Ben Iphraïm, Seigneur des Chevaux au sein de la Guilde des Princes Marchands. Je viens ici dans l'attente de discussions cordiales et sincères quant à l'avenir de nos deux contrées, voir d'arrangements et d'accords si nous trouvons des terrains d'entente, cela va sans dire.

Son regard s'ouvrit, les prunelles ébènes se plantèrent dans l'océan calme de son interlocuteur. Aucun mensonge, aucun faux-semblant. Juste Seylim qui venait en représentante d'Agni et qui se laissait demander humblement :

- J'étais l'ambassadrice avant votre arrivée au pouvoir. Les choses ayant changées, je pense que – vos différents avec notre Souverain mit de côté – nous pouvons nous offrir beaucoup l'un de l'autre. J'entends relancer les accords entre nos Contrées et continuer de nous faire prospérer mutuellement.

Elle souriait. Plus franchement, plus sincère. Elle le souhaitait réellement. Que les affaires continuent et fluctuent, que les relations se délient et se relient. Qu'elle participe à tout cela, qu'elle en soit presque membre sans être spectatrice.

- Je puis parler diplomatie avec vous, mais vous conviendrez, je suppose, que cela est bien moins aisé avec des mots. Je ne suis qu'une modeste ambassadrice en ce lieu.

Une nouvelle courbature. Seylim s'inclinait, annonçait la supériorité du dirigeant qui lui faisait face. Et pourtant, elle ne se cachait pas de sa langue piquante. Sous ses mots, des questions, des reproches. Elle semblait le défier que d'oublier la haine qui pouvait l'habiter. Elle semblait vouloir lui démontrer que son nom n'était relié à l'ancien souverain que par des accords. Que jamais elle n'avait accepté les décisions de son souverain.

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Ren

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le Ven 25 Mai - 18:04
Ô nuits d'Arabie

La grâce de son interlocutrice était un ravissement pour les yeux mais ce n’était pas cela que Ren apprécia le plus tandis qu’il observait et écoutait la dénommée Seylim. Il aimait cette lueur dans son regard, cette envie de faire ses preuves tout en le défiant lui-même de faire les siennes. Cette franchise dans ses paroles et cette honnêteté dans son sourire. Enfin, le jeune Souverain semblait avoir l’occasion de converser avec une personne qui savait manier ses paroles et ses idées, restant courtoise et agréable mais sans oublier ses propres positions. Mais Ren ne montra rien de cela. Prudent, il estimait qu’un simple premier échange ne pourrait suffire à estimer l’honnêteté de la Dame ou sa volonté. En poste depuis seulement une saison, Ren avait dû apprendre le plus rapidement possible quelles étaient les étiquettes propres à chaque contrée. Il avait dû apprendre à ne pas grimacer lorsqu’on l’appelait “Sire”. Il avait dû apprendre à ne pas s’impatienter lorsqu’on se présentait à lui, usant de titres longs et fastidieux pour le jeune Souverain. Il avait dû apprendre à recevoir les marques de respect qu’on offrait à sa supériorité hiérarchique. Car il n’était plus “juste Ren”. Il n’était plus un enfant de la campagne, un étudiant brillant et effacé, un jeune enseignant passionné à la carrière prometteuse. Et cette différence l’avait frappé de plein fouet et continuait encore aujourd’hui. Cet oubli qu’on le considérait comme supérieur, intouchable et important. A son tour, il sourit à Seylim, doucement mais sincèrement.

“Et je suis honoré que vous aillez accepté de venir malgré ces temps troublés. Vous êtes ici chez vous, aussi longtemps que durera votre séjour. Nos intérêts sont les mêmes, nos espoirs pour l’avenir également. Votre volonté ne peut qu’encourager la mienne. Je me nomme Ren, Souverain d’Akasha et représentant de la deuxième facette du cinquième élément.”

Ren parlait d’un ton tranquille, d’une voix douce. Il savait ce que les gens pensaient du Vide qu’il représentait. Il en avait eu de nombreux aperçus depuis qu’il avait pris la place de Seren. Il s’avança dans la pièce, se rapprochant de Seylim, regardant autour de lui. La salle était immense et vide. Sombre et austère. Il exécrait cet endroit de toutes ses forces, n’y voyait là qu’un caprice pour prouver une puissance et une richesse déplacées. Aussi, lorsqu’il reporta son attention sur Seylim, une lueur interrogatrice dans le regard, il lui désigna une porte derrière elle, légèrement entrouverte, laissant passer la lumière du jour.

“Je n’ai aucune objection à parler diplomatie avec vous et je ne doute pas que nous réussirons à trouver un terrain d’entente qui soit bénéfique à nos deux contrées. Cependant, que diriez-vous de poursuivre cette conversation dans les jardins ? Cette pièce servait peut-être de salle de réunion à mon prédécesseur mais personnellement je n’y vois qu’une vaine tentative d’afficher son goût prononcé pour l'architecture exubérante. La journée est beaucoup trop radieuse pour rester enfermés entre ces murs.”

Ren ne cachait pas son mépris pour Seren et pour ce qu’il avait fait à cette contrée. Il l’avait lui-même exécuté, il aurait été malvenu de sa part de faire montre d’une quelconque empathie pour celui qui avait mis un point d’honneur à le traquer pendant vingt-neuf ans et avait plongé Akasha dans le désespoir. Il invita donc Seylim à le suivre, deux domestiques ouvrant la double porte en grand, révélant à leurs yeux une longue terrasse surplombant l’immensité des jardins. Amoureux de l’art et de la beauté, Ren ne pouvait taire son admiration devant pareil agencement. Autant il haïssait le palais, autant les jardins avaient été modelés avec goût et raffinement. Au centre, une fontaine représentant la première génération de Souverains pleurait une eau cristalline qui se déversait dans un large bassin. Des chemins serpentaient parmi la végétation, laissant tout loisir d’admirer la diversité des espèces végétales au gré de promenades. Le soleil brillait haut dans le ciel et une légère brise soufflait sur les feuillages, bienvenue en cette période si chaude. Bienvenue également car Ren avait passé ces derniers jours enfermé au Palais, au chevet de sa soeur. Un instant, ses pensées s’éloignèrent, retournant auprès d’Auriane. Lorsqu’elle serait en état de se lever, il l'emmenerait dans ces jardins. Il était sûr qu’elle les aimerait.

“Je suppose que vous avez déjà eu l’occasion de visiter les jardins auparavant ? Je dois dire que j’ai du mal à me détacher de l’idée que nous sommes dans un autre monde… Tout semble si tranquille, si paisible…”

A nouveau, il sourit à Seylim, l’invitant à marcher à ses côtés tandis qu’ils s’avançaient, laissant la terrasse pour s’aventurer plus près de la fontaine.

“Dites-moi Ma Dame, pourquoi avoir accepté de revenir ? N’y voyez là aucun jugement, seulement une simple curiosité. Très peu sont ceux qui ont osé s’aventurer en Akasha ces derniers temps et je ne les blâme pas. J’ai bien entendu rencontré les Souverains et Gardiens mais depuis cette rencontre, vous êtes la première représentante d’une des quatre contrées à souhaiter vous entretenir avec moi. Et que vous soyez représentante d’Agni ne fait qu’attiser encore plus ma curiosité. J’ai mis un terme à une alliance vieille comme le monde en prenant le pouvoir et je ne pensais pas que ce serait la première contrée à vouloir faire un pas vers des relations plus paisibles.”
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