Prithvi
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Al'Zhaaër

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le Mer 16 Mai - 19:58
Langueur, vapeurs et acharnements



Les jours avaient raccourcis, tant est si bien que l’on puisse parler de jour concernant Prithvi. Les rares heures d’ensoleillement c’étaient vu tarir avec l’arrivée de la saison froide et pour ma part, je réservais cette lumière à certains exercices ou à la méditation, profitant de l’air froid et des traits de lumières qui parvenaient sur le plateau de la citadelle. Aussi la nuit était déjà tombée quand je parvins dans le cœur de la région, la cité d’Ambre. La ville et ses habitants, avaient appris à vivre avec ces journées si peu lumineuses et rien ne semblait entacher leur volonté de faire vivre l’endroit. Les lumières brûlaient d’un feu orangé dans les grands lampadaires et les substituts de lumière offraient au monde, une saveur étrange. Ethérée. Avec un parfum de souffre et de bois brûlant. On devinait les lueurs à chaque fenêtre, aussi, et comme tous les jours, la Cité d’Ambre semblait briller de milles éclats éphémères sans toujours de cohérence, vivant indépendamment les uns des autres, offrant un tableau si changeant et si unique.

Il est vrai que vivre dans cette ville et dans cette région, relevait d’un défi frôlant bien souvent l’ineptie. Mais au-delà du courage et de la résilience, il y avait dans cette ville….un attrait pour la mort. Pour le sordide. Et pour la beauté, pour les cœurs battants et la peur de vivre. Pour chacun de ses moments si précieux. Pour tous ses souffles de vies. Pour tous ses combats. On venait en Prithvi pour chercher la mort, son sens le plus profond. Quand on ressortait, si on était assez fort pour en ressortir, la vie et la mort n’étaient plus que des armes pour affronter le monde.

Je passais une main dans mes cheveux, que j’avais laissé détaché, enfonçant mon visage dans ma large capuche pour me protéger du vent glacial qui cinglait particulièrement en cette période de l’année. Chaque carrefour, coin de rue et ouverture devenaient une menace glacière. Mes mains gantés tenaient les pans de ma cape refermés, tandis que je regardais un peu partout autour de moi. J’aimais cette ville. J’aimais cet endroit. Il était dynamique, vivant sans pour autant être trop peuplé, moi qui rêvait parfois, de ma tribu nomade. C’était un temps si lointain, qu’il ne me semblait même plus avoir existé.

Je glissais de ma monture, que je laissai avec quelques pièces à une écurie, décidant de finir le chemin à pied. Les bains n’étaient plus très loin et j’attendais avec un rare plaisir de pouvoir m’y couler. Un évènement y avait été organisé, de moindre envergure, mais attirant quelques notables. La vie d’un des membres de la Guilde de l’Ombre n’est pas uniquement faite de plaisir et de langueurs, il me fallait si souvent allié l’utile à l’agréable que j’avais complètement oublié le sens de la bonté gratuite et sans attente.

Je pouvais sentir la chaleur des bains, évacuée dans la rue par quelques soupirail. Le bâtiment était impressionnant, d’une grande beauté et richement décoré, même si l’extérieur était semblable à un bloc de pierre et de verre. Je fis tomber ma capuche sur mes épaules, regardant encore une fois autour de moi avant de rentrer. J’aurai juré capté un regard atypique. Vide. Mais je n’avais pas le temps. Le temps était une arme redoutable, mais un allé précieux et capricieux. Laissant mes affaires dans une pièce prévu à cet effet, je sortis, une serviette nouée à ma taille, les cheveux tombant négligemment sur mes épaules. De nombreuses cicatrices épaisses et profondes, bardaient mon torse et mon dos, lesquels ne laissaient aucune place à l’oisiveté. Déambulant avec une démarche bien plus molle que celle qui était mienne, je me glissais dans la salle principale, où se trouvait les bains les plus grands, eaux limpides sur des dessins en mosaïques, on pouvait également trouver des plantes grimpantes de longs des colonnes, retombant négligemment ou s’accrochant à des colombages.

Il y régnait un parfum capiteux de rose, d’argile et de fleurs d’orangés. La vapeur était dense, propice à tellement de subtilité. Des lueurs perçaient doucement ça et là, repère fantomatique dans un monde entre deux eaux. Avisant les buffets regorgeants de mets, je m’y dirigeais tout naturellement, ombre parmi le monde.



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Akasha
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Ren

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le Ven 18 Mai - 14:54
Langueur, vapeurs et acharnements

Il aurait été inutile de tenter de prédire l’heure dans une contrée ou la nuit régnait en maîtresse absolue. Etrangement, cela apaisait Ren. Il trouvait un certain réconfort dans cette obscurité constante qui ne craignait pas le retour du soleil, notamment en cette période si froide de l’année. Baissant le regard sur ses mains, il aperçut ses doigts à la peau rougie, craquelée. Il l’aperçut mais ne la vit pas. Ses yeux passaient sur les écorchures, sur les articulations engourdies par le froid, mais rien de tout cela ne l’atteignait. La condensation formée par son souffle formait d’épaisses formes grisâtres avant de disparaître en voile vaporeux dans le néant. Tout était calme dans la Cité d’Ambre. Ou peut-être était-ce simplement que Ren n’entendait plus. Ses sens avaient été entravés. Il ne voyait plus le monde extérieur, ne l’entendait plus. Il ne voyait que ce gouffre en lui. Cette faille sans fin, si sombre, qui l’attirait, aspirait tout son monde. Il avait longtemps lutté contre ces limbes. Il avait longtemps tenté de les ignorer, de les contourner, de les remplir, de les détruire. Mais il ne pouvait plus se battre. Il n’en avait plus la force. C’était terminé. Tout était terminé.

Ses pas l’avaient mené devant les bains par automatisme. Il ne savait pas pourquoi et ne souhaitait pas le découvrir. Il songea simplement que c’était assez atypique comme endroit pour mourir. Mais cela n’avait pas d’importance. Car le résultat serait le même au final. Si ce n’était pas ici, ce serait plus tard, ailleurs. Dans un endroit isolé ou sa vie s’éteindrait dans le silence et la solitude. Tout comme l’avait été sa naissance. Une erreur. Un contre-temps. Une tâche sur le tableau. C’était ainsi. Cette pensée ne le faisait plus souffrir. Il l’avait depuis longtemps accepté. Il avait fait des efforts. Avait tenté de prendre son destin en main, de faire quelque chose de la malédiction qui marquait sa peau. Il avait essayé. Pour ses parents qui avaient tout sacrifié pour qu’il survive. Mais la survie était harassante. Ce n’était pas une vie. Seulement une tentative de ne pas sombrer. Mais aujourd’hui il n’en avait plus la force.

Ren avait vingt-cinq ans. Il avait appris la vérité cinq ans auparavant. Et depuis, son monde s’était teinté de gris, il avait progressivement perdu ses nuances et ses couleurs. Ses fragrances. Peut-être était-ce pour cela que ses pas l’avaient amené aux bains. Pour tenter, une dernière fois, de sentir les saveurs, fragrances et parfums d’un monde chaleureux et confortable.

Il entra, laissa ses vêtements et le peu de biens qu’il possédait - à savoir presque rien. Il ne se souvint pas d’avoir traversé la pièce, d’avoir laisser ses affaires et d’avoir pénétré les bains, sa nudité dissimulée derrière une serviette nouée à sa taille. Rien de tout cela ne resta dans sa mémoire. Il reprit légèrement conscience une fois assis, enveloppé par cette chaleur humide, dissimulé par un écran de fumée. Son coeur s’apaisa quelque peu. Il aperçut une silhouette se diriger vers le buffet, il entraperçut des cicatrices mais à nouveau, son regard glissa sur l’individu sans le voir. Ren se leva, laissa tomber la serviette et entra dans l’un des bains. Peu à peu, il s’enfonça dans l’eau brûlante, jusqu’à disparaître complètement. Alors il oublia tout. La marque sur son avant-bras, la vérité sur sa naissance, la nouvelle de la mort de ses parents qui venait de lui parvenir. Plus rien n’avait d’importance dans ce monde obscur et apaisant. Et il souhaita y rester. A tout jamais.
lumos maxima

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