Vaata
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Mila

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le Ven 18 Mai - 15:07

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La Fête battait son plein. L’après-midi était déjà bien avancée et Mila ne savait plus où donner de la tête tant il y avait de choses à voir. C’était la première fois qu’elle se rendait à la Fête du Lac en plusieurs années. Elle en avait de vagues souvenirs remontant à son enfance mais rien ne tangible, rien de comparable à ce qu’elle avait devant les yeux. Ses parents n’avaient plus souhaité s’y rendre pour des raisons qui lui étaient obscures à l’époque mais qu’aujourd’hui elle comprenait. Elle était ravie de pouvoir revenir. Elle attendait le lancer de lanternes avec impatience.

Pour l’occasion, elle avait délaissé sa longue tunique de prêtresse et avait revêtu une robe bien plus sophistiquée que ce dont elle avait l’habitude. Car aujourd’hui elle n’était pas venue en tant que représentante de Nagar mais en tant que représentante de la famille O’Dahnan. Ses parents avaient insisté et le grand prêtre avait accepté. Aujourd’hui, elle n’était plus Mila, Vierge Sacrée. Elle était seulement Mila. Là pour soutenir ses parents, sa famille, leur rang et pour faire bonne figure devant les différents représentants de Seele. Sauf que la jeune femme n’en avait cure. Elle se moquait des dirigeants, elle se moquait de la politique. Elle avait beau porter une robe, elle n’en restait pas moins prêtresse. Les grands de ce monde ne l’intéressaient nullement. Elle leur avait rapidement faussé compagnie et s’était mêlée à la foule, s’enivrant de toutes les saveurs qui accompagnaient sa route, de toutes les mélodies qui résonnaient autour d’elle. Sa robe, ample et légère, virevoltait autour d’elle dans des teintes crèmes tandis qu’elle se mêlait aux participants d’une danse aapienne. Elle riait, tapait des mains, tournait et suivait la cadence, ses cheveux soignement peignés et ramenés sur le haut de son crâne se libérant de leur prison pour venir tomber en mèches ondulées sur ses épaules.

La musique se tut, les danseurs s’arrêtèrent dans une dernière révérence et tous applaudirent et poussèrent des exclamations de joie. Hors d’haleine, les joues rosies par l’effort, Mila s’extirpa de la foule et se dirigea vers l’une des innombrables tentes sur les bords du lac, bien décidée à se rafraîchir et à enfin goûter aux nombreux mets qu’elle avait pu entrapercevoir plus tôt. Certains lui semblaient bien différents de ce qu’elle connaissait, d’autres légèrement familiers. Le choix était tellement vaste que la jeune femme resta devant la table, sourcils froncés, moue songeuse, se demandant par quoi elle allait bien pouvoir commencer.

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Agni
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Ishüen

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le Ven 18 Mai - 22:23
 
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« Père ? »

Ishüen baisse les yeux vers le bas de sa tunique. Il a reconnu la voix et sait déjà à qui appartient la petite main qui tire sur son vêtement mais il est curieux de savoir ce que son fils peut bien lui vouloir alors que la fête bat son plein. Ce dernier le regarde d’un air à la fois sérieux et ahuri. Auprès de lui, Imrani lui sourit doucement, fière d’avoir amené son petit frère à bon port comme la seconde mère qu’elle cherche à être pour lui. Un bref coup d’œil aux alentours lui permet de repérer Najat, la suivante de sa femme, qui se tient en retrait. Bien. Si ses enfants étaient venus seuls jusqu’à lui, il aurait du réfléchir à une punition particulièrement dissuasive pour celles qui les auraient laissés échapper à leur surveillance. Mais puisque rien de ceci ne doit venir (pour l’instant) entacher les réjouissances, il sourit gentiment au petit garçon.

« Oui ? »
« J’ai faim. »
« Ah. »


Un bref rire lui échappe et il prend la main de ses enfants dans les siennes avant de se mettre en route avec eux entre les stands.

« Et bien, allons trouver de quoi manger. Ça ne devrait pas être bien compliqué. »

De quelques mots, il s’informe auprès de Najat au sujet de ses filles. Elles sont avec leurs gouvernantes, en train d’essayer de faire le tour de toute la fête et de réunir les bandes de gamins qui courent en tous sens. Rien que de très ordinaire, les connaissant. Une ou deux heures peut-être sont déjà passées depuis qu’ils sont arrivés. Le crépuscule tombe mais les flambeaux qui s’allument ça et là le repousse encore et encore sur l’autre rive du lac. Seylim et lui sont partis chacun de leur côté il y a peu après avoir croisé quelques personnalités notables et, comme son travail ne le quitte jamais vraiment, il en profitait pour jeter un œil aux étals que la Guilde a installé un peu partout, fier de trouver quelques uns de ses chevaux dans une foire aux bestiaux aménagée dans un coin. Il y a bien entendu mille autres choses à voir, à entendre et à sentir, tout un déluge de sensations qui se bouscule sur ses sens et laisse de nombreuses personnes étourdies par ce perpétuel choc des cultures, mais il est habitué à cette effervescence. Elle ne l’empêche ni de profiter de l’ambiance, ni de trouver bientôt une échoppe dont le plateau est surchargé de plats et de coupelles aux parfums alléchants.

Alors qu’il soulève son garçon dans ses bras pour qu’il puisse choisir ce qui lui fait envie, une jeune femme échoue plus ou moins à côté d’eux après s’être extraite de la danse qui vient de prendre fin juste à côté. Ishüen l’observe du coin de l’œil, amusé. Sous ses cheveux roux sombre, sa peau pâle et transparente s’est colorée de rose après l’exercice sur les joues et le haut de sa poitrine, visible dans le décolleté très sage de sa robe. Couplée à son délicat visage de souris et au large sourire qui l’éclaire, elle s’en trouve parée d’un charme rafraîchissant, plein de candeur et de joie, totalement en harmonie avec le reste de la fête. On dirait une fleur qui aurait soudain poussé là, nourrie des chants, des rires et de la lumière des torches. Le Seigneur des Chevaux sourit sous la blancheur immaculée de son turban de cérémonie. Il profite de ce qu’elle avance la main vers un plat pour lui adresser la parole :

« J’ignore si vous le savez, mais ce que vous vous apprêtez à prendre est très épicé. Au sens agnien du terme. »

À bon entendeur...
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Vaata
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Mila

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le Sam 19 Mai - 19:11

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Après plusieurs minutes d’intenses réflexions, Mila s’est enfin décidée. L’immense plateau en argent au centre de la table l’attire bien malgré elle. Le plat semble constitué de tout un tas d’aliments divers et variés et l’odeur qui s’en échappe promet un feu d’artifice de saveurs pour son palais. Elle commençait déjà à se pencher légèrement, afin de se servir lorsqu’une voix près d’elle la fit sursauter. Se figeant dans son geste, elle tourna la tête et planta son regard surpris dans celui, amusé d’un homme qui la regardait faire, un petit garçon dans ses bras. Un instant, elle resta interdite devant le spectacle que lui offrait son interlocuteur, vêtu de couleurs riches dont les teintes pourpres et or rendaient son vêtement bien fade en comparaison et d’un turban aussi immaculé que sa tunique de cérémonie. Puis, clignant des yeux, elle se redressa tout en ramenant sa main contre sa poitrine.

« Ah… je doute que mes papilles survivent dans ce cas-là… Merci. »

Elle lui sourit. Quelque chose dans l’allure de l’homme qui lui faisait face l’intimidait, sans qu’elle ne réussisse à déterminer quoi. Il était grand, très grand comparé à elle et ses traits respiraient la grâce et l’assurance. Mettant cette gêne occasionnée sur le compte de la chaleur et de toutes les fragrances qui s’échappaient de la table, Mila reporta son attention sur le buffet. Il semblait qu’elle avait surestimée sa témérité en pensant pouvoir goûter à ce qu’elle ne connaissait pas sans devoir s’inquiéter. Cependant, elle ne connaissait aucun des plats présentés ici et, après un regard jeté au buffet le plus proche où trois de ses frères semblaient occupés à refaire le monde à coup de gestes amples et d’exclamations bruyantes, elle oublia bien vite l’idée d’aller trouver son bonheur ailleurs.

« Vous semblez bien meilleur connaisseur en la matière que moi ! Je vous serais très reconnaissante si vous pouviez me dire quel plat conviendrait à une fille de Vaata. Pour être honnête les épices ne font vraiment pas parties de mon quotidien. »

Et c’était peu de le dire. En tant que prêtresse, Mila avait renoncé à l’opulence qui accompagnait généralement la vie des nobles de Vaata. Elle ne mourrait pas de faim et ne subissait aucune privation, mais son régime alimentaire était simple, composé des aliments de la terre que les disciples venaient leurs apporter généreusement. Cela lui suffisait, mais en ce jour de fête, elle n’avait aucun problème à l’idée de changer ses habitudes. Elle n’était cependant pas brave au point de tester la résistance de ses papilles en goûtant à des mets étrangers. Toute concernée par ses problèmes alimentaires, il fallut un temps à la jeune femme pour réaliser qu’elle ne s’était même pas présentée. Sa grossièreté lui fit piquer un fard et elle se retourna complètement, faisant face à l’individu avant de s’incliner selon la tradition de sa région natale.

« Je vous prie d’excuser mon impolitesse. Je me nomme Mila. Mila O’Dahnan. »

Elle se redressa et lui sourit à nouveau avant d’adresser un petit geste de la main au petit garçon qu’il tenait entre ses bras. Elle avait beau être venue en tant que représentante de sa famille, cette fête lui faisait oublier ses bonnes manières, pourtant si durement inculqués entre deux roulades dans la terre en compagnie de ses frères. Il fallait croire que le temps ne venait pas à bout des habitudes les plus tenaces.

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Ishüen

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le Dim 20 Mai - 0:05
 
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Ishüen lui rend son sourire et s’incline à son tour quand elle le remercie pour son conseil. Il ne voulait pas faire montre de présomption mais l’expérience lui a appris à maintes reprises que rares sont les téméraires à s’en sortir sans heurts lorsqu’il s’agit des épices agniennes. Il la regarde un instant sans mot dire alors qu’elle hésite à nouveau sur le choix des plats, intrigué. Elle s’est exprimée avec politesse à son encontre, sans flagornerie mais quelque chose dans le ton et les gestes qui lui laissent soupçonner une certaine éducation bien que la demoiselle paraisse avant tout simple et joyeuse. Elle est éminemment sympathique. C’est pourquoi il répond sans manières, et avec un brin de malice, quand elle requiert ses conseils dans ses explorations culinaires :

« Ma foi, je le pourrais. Mais quant à savoir ce qui conviendrait réellement à une fille de Vaata, vous êtes bien plus à même d’en juger que moi. Vous savez ce que l’on dit : c’est aux audacieux que la fortune sourit… Mais si vous voulez commencer doucement, je vous suggère ceci. »

Dit-il en désignant des petits beignets de poissons au piment, très léger. Juste de quoi éveiller la bouche à son goût, mais pour un pur agnien comme lui dont le palais s’est forgé au contact de mille et unes épices, ce n’est peut-être pas forcément objectif. La jeune femme n’attend même pas de s’y brûler pour rougir violemment sans prévenir, s’incliner à nouveau et se présenter, rattrapant son retard. Ishüen ne peut s’empêcher d’en rire. Au cours de la soirée, il a lui-même énoncé ses titres plus souvent qu’à son tour, mais aussi bavardé en toute simplicité avec des badauds dont il ignorait jusqu’au nom. Il n’y fait même plus attention. Néanmoins, pour ne pas la gêner davantage, il lui rend son salut :

« C’est un plaisir de faire votre connaissance, Mila O’Dahnan. Ishüen ben Iphraïm, Seigneur des Chevaux de la Guilde des Princes Marchands. Et voici mes enfants. Mes enfants ? »
« Imrani bint Ishüen. Enchantée, Madame. »
« Azhan. »


Imrani, qui jusque-là s’était faite oublier derrière son père pour écouter la conversation comme à son habitude, sort aussitôt de sa cachette pour s’incliner à son tour et offrir son plus beau sourire à la jeune femme. Tout le contraire d’Azhan tout court, qui préfère se détourner pour cacher sa timidité et attraper ce qui lui fait envie sur la table. Ishüen décide, en ce jour de fête, de ne pas lui en tenir rigueur. Et contre toute attente, son fils se tortille pour quitter ses bras, se planter face à Mila et lui tendre avec autorité l’un de ses gâteaux :

« Goûte. »

Puis il va littéralement se réfugier dans les jupes de sa sœur avec le reste de son butin. Le Seigneur des chevaux ne peut s’empêcher de rire.

« Ce n’est pas ainsi que l’on s’adresse à une dame, mon fils. Néanmoins, il n’a pas tort. Ce sont des cornes de gazelles. Délicieux si on aime l’amande. »

Pour sa part, il commence par le salé et saisit un morceau de pain rond et plat pour y déposer quelques morceaux de viande, du riz pilaf, des aubergines sucrées à l’ail.

« Vous venez de Vaata, n’est-ce pas ? C’est la première fois que vous assistez à la fête du lac ? »
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Mila

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le Mar 22 Mai - 19:23

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La gêne de Mila se dissipa, tout comme ses rougeurs, tandis que son interlocuteur lui apportait ses premiers conseils culinaires. Il était aimable, le timbre de sa voix reflétant la chaleur de son regard et la jeune femme trouvait sa compagnie agréable. Il riait, mais non pas pour se moquer d’elle. Son rire était franc, léger et en parfaite harmonie avec la fête qui les entourait. Elle observa les petits beignets que lui désigna son conseiller et après un nouveau sourire et un air faussement audacieux sur son visage, elle se servit une assiette:

"Et bien… allons-y !"

Cependant, elle n’y goûta pas de suite car le reste des présentations s’imposait. Son interlocuteur lui révéla alors son identité, un nom quelque peu familier pour la jeune fille qui avait passé son enfance dans les plus hautes sphères de Vaata, mais cependant étranger car elle ne connaissait que peu de choses à propos de la Contrée du feu, si ce n’était que la Guilde des Princes Marchands jouait un rôle d’une importance capitale pour la région mais également le reste du Royaume. Haussant un sourcil surpris, Mila vit alors une petite fille s’avancer, jusqu’à présent cachée derrière son père, si bien que la prêtresse n’avait pas remarqué sa présence. Lorsque la petite demoiselle s’inclina, Mila en fit de même à son tour, rendant son sourire à l’enfant avant de se tourner vers son frère, manifestement plus timide que ne l’était sa soeur. Enfin, c’est ce qu’elle crut. Car le dénommé Azhan chercha à se délivrer de l’étreinte de son père et , une fois à terre, s’approcha de Mila, tenant quelque chose dans sa petite main qu’il lui tendit avant de lui ordonner de goûter. La jeune femme tenta tant bien que mal de réprimer le rire qui lui montait aux lèvres devant le regard si sérieux de l’enfant et elle se contenta d’accepter son présent en le remerciant d’un sourire, tenant ainsi une petite pâtisserie blanche qu’Ishüen présenta comme étant une corne de gazelle. Un nom bien singulier et que Mila n’avait jamais entendu auparavant. Cependant, la simple évocation du mot amende suffit à convaincre la demoiselle gourmande qui s’empressa de goûter, oubliant les beignets qui reposaient sur son assiette.

“C’est délicieux ! Merci Azhan pour ce cadeau, je crois que je viens de trouver mon nouveau dessert préféré.”

A nouveau, elle agita la main en direction du jeune garçon qui s’était réfugié cette fois auprès de sa soeur. Mila se sentait réellement bien en cet instant. Cette nouvelle rencontre avec Ishüen et ses enfants était rafraîchissante et changeait de son quotidien. De plus, l'assoiffée de voyages qu’elle était ne pouvait s’empêcher d’être émerveillée par le peu qu’elle découvrait provenant d’Agni, qu’il s’agisse de la nourriture, des vêtements ou des manières. Mais Ishüen fut plus rapide qu’elle et fut le premier à s’enquérir de ses origines et de sa venue à Akasha. Elle hocha doucement la tête, finissant la dernière bouchée d’amandes et une fois capable de parler, prit la parole.

“C’est bien ça, je suis née et j’ai grandi à Vaata. J’accompagne ma famille aujourd’hui mais je réside normalement à Azura, au temple. Je suis déjà venue à cette fête mais c’était il y a longtemps, lorsque j’étais encore enfant. Mes parents ont fait le choix de ne plus s’y rendre par la suite et lorsque je suis arrivée en âge de prendre mes propres décisions, mes obligations m’empêchaient de venir. C’est bien différent que ce dont je me souviens ! Mais ils lancent toujours les lanternes au-dessus du lac n’est-ce pas ?”

Elle espérait que cette tradition existait toujours car elle en avait un souvenir marquant. Elle avait aperçu beaucoup de personnes tenant des petites lanternes dans leurs mains ou même des stands aidant à leur fabrication mais elle n’avait pas l’assurance que tout se déroulerait comme dans son souvenir. Après tout il avait bien dû s’écouler au moins seize ans depuis sa dernière visite.

“Et je ne pense pas me tromper en supposant que vous venez d’Agni ? J’ai déjà entendu parler de la Guilde des Princes Marchands. J’ai vu énormément de stands vendant des produits en provenance de tout le Royaume. Est-ce que certains de ces stands sont à vous ?”

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Ishüen

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le Jeu 24 Mai - 9:27
 
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Ishüen sourit aussi bien en voyant le ravissement de Mila qui goûte les savoureuses pâtisseries qu’en voyant son fils rougir, se renfrogner et tourner résolument le dos à la jeune femme. Un signe qui ne trompe pas chez lui : il est content. Imrani le félicite en lui caressant la tête par-dessus son petit turban blanc, fière de son petit frère. Le Seigneur des Chevaux ne relève pas son apparente impolitesse pour cette fois non plus, soucieux de ne pas contrecarrer ses élans de sociabilité. C’est encore un enfant, il a tout le temps d’apprendre à se montrer courtois. Au lieu de cela, il poursuit sa conversation avec la jeune femme. Les informations qu’elle lui délivre l’intrigue et il ne peut s’empêcher de hausser les sourcils en considérant d’un rapide coup d’œil sa robe, certes simple, mais définitivement pas dépouillée comme un habit clérical.

« Le temple d’Azura ? Vous êtes donc prêtresse ? Je ne l’aurais pas deviné. Pour ma part, cela fait quelques années de suite que mes affaires m’ont empêché d’y venir mais pour ce que j’en sais, oui il lance toujours les lanternes au-dessus du lac. Pour la plus grande joie de mes petits diables d’enfants. Nous irons acheter nos lanternes tout à l'heure. »

Ajoute-t-il en pinçant gentiment la joue de sa fille qui se dégage de son étreinte en riant. Elle n’a presque rien dit, mais il sait de longue date qu’elle n’attend que ce moment elle aussi et il se fait fort de lui acheter bientôt une jolie lanterne à fabriquer elle-même. Rêveuse et sensible comme elle l’est, des milliers de lumières s’envolant de concert dans le ciel nocturne ne peuvent que subjuguer de joie pour longtemps son âme d’enfant. En tant que père, il se fait fort de rendre ce moment inoubliable pour elle. En attendant, il hoche la tête aux suppositions de Mila :

« Vous ne vous trompez pas. Nous sommes arrivés de Raasfalim il y a six jours mais ma caravane nous a précédés. Vous avez peut-être eu l’occasion de passer devant une longue série d’enclos abritant des bêtes de toutes sortes, un peu à l’écart des tentes ? C’est mon étal. »
« Il y a des chevaux, des chameaux et des éléphants. Et de vrais lions ! Et des créatures étranges… »
« Des autruches. Avez-vous déjà vu des autruches ? »


Il en doute fort. Ses chasseurs se sont aventurés dans les terres inconnues du Désert Rouge pour les débusquer. C’est sans nul doute l’attraction phare de ses enclos. Ça, et le fait de pouvoir monter les éléphants pour les plus courageux. Il n’a pas lésiné sur sa contribution à cette fête du lac. Outre le fait que c’est l’occasion pour lui de vendre son bétail prestigieux à la noblesse de toutes les contrées rassemblée ici, montrer son faste et sa puissance est aussi une façon de conjurer le sort. De gagner au moins une partie du duel l’opposant à cette nouvelle Akasha qui lui a porté le premier coup. Gardant pour lui ces pensées, il finit la bouchée de viande qu’il avait portée à ses lèvres pour poser la question qui lui trottine sur le bout de la langue depuis tout à l’heure :

« Pardonnez-moi, mais votre nom m’est familier. Ai-je déjà eu l’occasion de traiter avec votre famille ? »

Il jurerait que non. Mais, si le jeu en vaut la chandelle, il n’est jamais trop tard pour commencer…
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Mila

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le Jeu 7 Juin - 10:16

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Mila sourit doucement aux questions d’Ishüen concernant ses fonctions. En effet, en la voyant ainsi présentée aujourd’hui, il aurait été difficile de deviner qu’elle appartenait à la caste des prêtres, encore plus qu’elle détenait le rang élevé de prêtresse sacrée. Il fallait dire que même une fois parée de sa tunique de lin, Mila détonnait de la prêtresse classique de par son attitude. Elle avait surpris tant de fidèles au temple les premières fois où elle s’était présentée à eux. Aujourd’hui, ils s’étaient tous habitués à son trop plein d’enthousiasme et à sa langue bien déliée.

Mila ne le dit pas mais elle partageait la joie et l’excitation des enfants d’Ishüen concernant les lanternes. Le souvenir de ces centaines de lumières se reflétant sur la surface du lac avant de s’envoler dans le ciel était poignant et inoubliable. Une fois que le soleil s’éclipserait, elle irait à la rencontre de sa famille et, ensemble, ils laisseraient leurs souhaits s’envoler dans la nuit, priant pour que la félicité continue d’éclairer leur chemin comme cela avait été le cas jusqu’à présent.

Mais en attendant de les rejoindre, il semblait que Mila allait encore pouvoir goûter aux surprises qu’offraient ces festivités. Ses yeux se mirent à pétiller tandis qu’Imrani et son père lui décrivaient l’étal du marchand et ce qu’il offrait. Elle connaissait les animaux pour en avoir déjà entendu parler et en avoir vu des gravures dans ses livres mais jamais elle n’en avait vu en vrai. Déjà son regard commençait à errer autour d’elle, dans le vain espoir d’apercevoir la silhouette gigantesque d’un éléphant.

“De tout ce que vous avez nommé, je n’ai jamais vu que des chevaux ! C’est fascinant ! Bien plus intéressant que des étals vendant des tissus au prix exorbitant...”

Mila grimaça au souvenir de ce marchand agnien qui l’avait grossièrement éconduite au marché d’Ébène après avoir supposé qu’elle n’aurait jamais les moyens de s’offrir l’un de ses rouleaux de soie. Mais elle laissa ces pensées désagréable au passé et préféra se concentrer sur le présent et sur le plaisir de la conversation. Elle avait entendu la dernière question d’Ishüen mais n’était pas certaine de la réponse. Peut-être avait-il déjà rencontré certains membres de sa grande famille, mais elle doutait qu’ils aient pu traiter ensemble.

“Je viens d’une très grande famille… Il y a beaucoup de O’Dahnan à Vaata. Et nous y sommes installés depuis la première génération de Souverains… Peut-être avez-vous déjà rencontré certains de mes oncles ou tantes… voire même mes parents ou grand-parents ? Mais je doute que vous ayez traité avec nous, cela fait bien longtemps que ma famille s’est retirée du monde politique et commerçant. Nous nous contentons de cultiver nos terres et de vivre de ce qu’elles nous rapportent ! Parfois nous faisons bonne figure auprès de notre Souveraine lors de mondanités ou de festivités comme maintenant mais c’est à peu près tout. Mais je peux me tromper… j’ai quitté ma famille alors que j’avais un peu plus de dix ans, autant dire que je ne suis pas la mieux placée pour vous renseigner.”

Elle ne pouvait pas apporter plus de précisions que cela et elle offrit à Ishüen un petit sourire contrit. Elle avait quitté le domaine familiale alors qu’elle était encore une enfant et ne s’était jamais intéressée aux relations politique et professionnelles de sa famille. Elle savait que ses frères, surtout les deux ainés avaient de l’ambition et souhaitaient relancer le nom O’Dahnan dans les hautes sphères de Seele. Quant à savoir s’ils y arriveraient, c’était une toute autre histoire. Laissant de côté ces questions auxquelles elle ne pouvait apporter de réponse, elle frappa doucement dans ses mains, les joignant devant elle dans une prière muette.

“Pourrais-je abuser de votre gentillesse encore un peu ? Je ne peux pas rentrer chez moi sans avoir vu de lion, d’éléphant ou d’aut… autr… Hum. Ce curieux animal dont vous avez parlé ? Je me doute que vous et votre famille avez encore bien des choses à voir et à faire mais pourrais-je vous demander de me guider jusqu’à votre étal ? Mes frères seront verts de jalousie si je leur raconte que j’ai vu un lion autrement que dans un livre !”

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Ishüen

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le Mer 13 Juin - 9:35
 
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Ishüen ne peut s’empêcher de rire, tant à cause de la remarque de Mila sur le prix des tissus que sur l’enthousiasme enfantin qui fait briller les yeux de la jeune femme à la mention des animaux exotiques peuplant ses enclos. Pour un peu, il se croirait presque nanti d’une enfant supplémentaire…

« Hahaha ! Ces étals appartiennent sans doute à un confrère. Je transmettrai votre avis, ça le convaincra peut-être de baisser ses prix. »

Ce brave Seigneur de la Soie devra bien accepter un jour de ne plus être le seul et unique leader du marché et s’adapter en conséquence. Les tensions entre les contrées du vent et du feu ont rendu la soie agnienne rare et chère, ce dont les akashans se sont empressés de profiter pour devenir de sérieux concurrents. Mais il n’est pas ici pour parler commerce ou politique, bien que ces deux domaines fassent tourner le monde et s’immiscent partout, même quand on veut s’en tenir éloigné comme les O’Dahnan. Une posture sage, qui garantit une vie tranquille et sûre à défaut d’apporter renom, richesses et revers de fortune. Ishüen les envierait presque. Un marchand ne peut pas se permettre ce genre de repos s’il veut assurer la prospérité des siens.

« Hélas, les choses sont sans doute telles que vous les décrivez mais les relations entre Agni et Vaata étaient par trop tendues ces dernières années pour que j’ai réellement l’occasion de faire affaire avec les vôtres. Mais il me semblait bien que les O’Dahnan n’étaient pas n’importe qui dans votre contrée…  »

Satisfait d’avoir vu juste, le Seigneur des Chevaux s’occupent un instant de ses enfants qui s’en mettent partout en mangeant leurs pâtisseries (surtout Azhan à vrai dire) jusqu’à ce que Mila se rappelle à nouveau à lui en joignant les mains pour lui adresser une charmante requête. Il n’a même pas le temps d’y répondre qu’aussitôt son fils secoue le bas de sa tunique en sautillant sur place :

« Oh oui, Père ! Je veux revoir les éphélants, s’il vous plaît ! »
« On dirait que je ne peux lutter. Puisqu’il en est ainsi, soit. »
« Merci ! Viens. »


Et avec la même autorité enfantine que tout à l’heure, Azhan attrape la main de la jeune femme et commence à la guider vers les étals. Ishüen reste à son niveau pour lui montrer le chemin tout en gardant sa fille à ses côtés, pouffant de rire en voyant son frère si sérieux. Ce petit a assurément beaucoup de caractère, à la plus grande joie de ses parents. Après quelques minutes à se frayer un chemin dans la foule, les étals et les tentes s’espacent pour laisser la place aux enclos où paissent tranquillement les animaux, au corral où on lieu quelques démonstrations, aux cages où sont enfermés les bêtes dangereuses avec des gardes pour s’assurer que personne ne s’approche trop près. Ishüen se tourne vers Mila :

« Par quoi voulez-vous commencer ? »
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Mila

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le Ven 22 Juin - 10:34

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La jeune femme bénissait l’enfant pour faire preuve du même enthousiasme qu’elle en cet instant. Elle ne voulait pas voler du temps à cette charmante famille pendant les célébrations mais elle aimait déjà énormément leur compagnie. Passer un peu plus de temps avec eux ne lui posait absolument aucun problème et, à la réponse d’Ishüen, elle était ravie de savoir que la réciproque était vraie. Azhan ne perdit pas de temps pour s’éloigner de son père et s’emparer de la main de Mila, avec ce même ton extrêmement sérieux et autoritaire qui, à nouveau, fit rire la jeune prêtresse.

Sa main bien enserrée autour de celle de l’enfant à cause du monde alentours, elle le laissa le guider, son père et sa soeur à leurs côtés. Ils passèrent devant des étals aux mille saveurs, saluèrent d’un signe de tête des groupes de personne aux mille couleurs et la musique résonnait autour d’eux, carillonnant tandis que Nagar soufflait une légère brise, rendant la chaleur bien plus supportable sur les rives du lac.

Enfin, après quelques minutes à se frayer un chemin parmi la foule et les tentes, l’espace se dégagea et Mila sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine tandis qu’elle s’arrêtait brusquement, le regard écarquillé devant le spectacle qui s’offrait à elle. Enclos et cages avaient été installés afin d’offrir à la foule un spectacle remarquable. Des animaux que Mila n’avait jamais vu que dans ses livres apparaissaient devant elle, paissant tranquillement, tournant en cage ou offrant différents petits spectacles aux badauds qui s’étaient regroupés, poussant des exclamations, tantôt admiratives, parfois effrayées mais toujours enjouées.

Hypnotisée, elle entendit à peine la question d’Ishüen tandis que son regard s’était posé sur un lion dont la crinière rivalisait avec celle de la jeune femme par sa couleur chatoyante. Pendant un instant, elle crut que les deux yeux ambrés de l’animal se posèrent sur elle et elle cligna des yeux, tentant de chasser l’étrange sentiment mêlant curiosité et malaise qui s’emparait d’elle.

“C’est… c’est un vrai… ?”

Elle ne se rendit compte qu’après coup de la stupidité de sa question et elle secoua la tête, reprenant ses esprits. C’est alors qu’elle avisa un drôle d’animal un peu plus loin. Il était laid, c’était la première pensée qui lui traversa l’esprit. On aurait dit un drôle d’oiseau de taille extravagante, avec un long cou et de longues pattes, au plumage noir et blanc. Elle se retourna vers Ishüen, curieuse.

“Qu’est-ce que c’est ? On dirait un oiseau mais… c’est beaucoup trop gros pour être un oiseau, non ?”

Malgré elle, elle s’approcha de l’enclos, observant avec intérêt l’animal inconnu. Peut-être était-ce ça dont lui avaient parlé Ishüen et ses enfants. Une autruc ou quelque chose dans ce goût là.

“C’est incroyable… Je n’avais jamais vu autant d’espèces différentes en un seul endroit… Ishüen votre étal bat tous ceux que j’ai pu voir dans ma vie, toutes contrées confondues !”

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Agni
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Ishüen

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le Dim 24 Juin - 20:19
 
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Les yeux de Mila ne semblent pas assez grands pour se rassasier du spectacle devant elle alors que toutes les étoiles du ciel s’y bousculent déjà. Intérieurement, Ishüen s’amuse beaucoup de la voir se retourner ainsi de tout côté alors qu’ils avancent en essayant de tout regarder à la fois. Les chevaux, les buffles à longues cornes, les bouquetins et les mouflons laineux de Prithvi, les oiseaux multicolores, les loups et l’ours savant qui danse avec son dresseur. Imrani et Azhan sont tout aussi excités qu’elle mais, ayant déjà effectué un premier tour plus tôt dans l’après-midi, ils la tirent de tout côté pour lui montrer les animaux et lui apprendre leurs noms. Ishüen découvre à l’occasion que son fils sait prononcer sans se tromper « Oiseau-lyre d’Aray », ce qui n’est pourtant pas simple à retenir pour un enfant de quatre ans. Les lions couchés dans leur cage impressionnent tout particulièrement la jeune femme et sa question fait sourire le Seigneur des Chevaux.

« Aussi vrai que vous et moi. Et je vous recommande de ne pas le toucher pour vous en assurer. »

L’un de ses chasseurs a eu le bras quasiment arraché par le grand mâle au moment de sa capture et les gardes chargés d’en assurer le périmètre de sécurité sont parfaitement au courant. Peut-être peu rassurée, Mila se tourne rapidement vers les fameux oiseaux marcheurs attrapés dans les terres inconnues et sa fille s’empresse de partager son savoir avec enthousiasme :

« C’est une autruche ! C’est un vrai oiseau mais il ne peut pas voler ! C’est bien cela, père ? »
« Tout à fait, Imrani. À la place, il court très vite. Et il pince fort, ne t’approche pas Azhan.  »


Le compliment de la jeune femme fait rire avec bienveillance le Seigneur des Chevaux. Voir cette démonstration de ses ressources et de son pouvoir porter ses fruits le satisfait au plus haut point. Nul doute que le succès de son étal sera des plus bénéfiques pour son chiffre d’affaires et confortera un peu plus sa position au sein de la Guilde. Il y a peut-être là un concept à exploiter, d’ailleurs. Une sorte de ménagerie ouverte au peuple pour se distraire et se promener…

« Vous me comblez de joie, ma chère. Vos éloges valent amplement tout le défi que cela a été d’amener ces animaux jusqu’ici. Laissez-moi vous remercier, je vous prie. »

Lui offrant son bras, il la conduit jusqu’à un autre enclos où se presse là aussi une petite foule de curieux. Surplombant de loin les têtes les plus hautes, deux énormes éléphants gris remplissent leur gueule de foin avec l’aide de leur longue trompe tandis qu’un troisième attend un peu à l’écart, harnaché et sellé. Avec un sourire avenant et un geste de la main, Ishüen le désigne à Mila :

« Souhaitez-vous monter dessus ? »
« Moi ! Moi je veux, Père ! »
« Cela suffit, Azhan. Ce n’est pas à toi que je l’ai proposé mais à Mila. Fais preuve de politesse. »


Pendant un instant, le petit garçon rougit et fronce les sourcils, tout près à faire une colère. Mais son père reste inflexible et, déjà plus ou moins au fait qu’un caprice ne lui apportera pas ce qu’il désire, Azhan finit par se maîtriser et se tourner vers la jeune femme en lui prenant à nouveau d’office la main.

« Tu viens sur l’éphélant avec moi ? »

Ishüen se racle la gorge.

« S’il te plait ? »
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Vaata
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Mila

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le Lun 25 Juin - 12:54

Saveurs venues d'ailleurs

Une grimace vint déformer le visage de Mila en entendant que ces fameuses autruches pinçaient. Déjà qu’elle n’avait pas vraiment envie de s’en approcher, maintenant elle était sûre de vouloir se tenir éloignée le plus possible de ces oiseaux apparemment très rapides. Mais elle pensait réellement ce qu’elle avait dit à Ishüen. Le spectacle qu’offrait sa ménagerie était époustouflant. Elle avait bien du mal à concentrer son regard tant il y avait à voir. Une autre assurance que le monde regorgeait de merveilles à découvrir. Lorsque le marchand la remercia, elle lui sourit avant d’accepter volontiers le bras qu’il lui offrait. Intriguée, elle le suivit et bientôt, le soleil fut temporairement caché par trois immenses silhouettes qui se tenaient tranquillement dans un enclos, sous les yeux admiratifs des badauds qui s’étaient regroupés en grand nombre.

Mila marqua un temps d’arrêt. Elle savait que les éléphants étaient grands. Elle n’imaginait pas qu’ils seraient gigantesques ! Il allait sans dire qu’elle les trouvait passablement moins intimidants réduits à l’état de gravures sur un parchemin. Ils étaient splendides. Leurs longues défenses d’ivoire semblaient luire au soleil tandis que deux d’entre eux se nourrissaient, ignorant leur public, et que le troisième se tenait à l’écart, semblant attendre quelque chose. L’observant de plus près, Mila remarqua alors que le pachyderme était sellé. Son cerveau mit alors une demi-seconde à comprendre et elle se retourna vers Ishüen, effarée, au moment-même où ce dernier lui proposait de monter sur le dos de l’éléphant. Azhan intervint et le petit échange entre le garçon et son père laissa le temps à la jeune femme de se remettre à moitié de sa surprise.

“Je… Je ne suis pas sûre…”

Toute son assurance semblait l’avoir désertée tandis qu’elle reportait son attention sur l’énorme mammifère qui attendait toujours aussi tranquille. Elle n’était jamais montée sur le dos d’un autre animal qu’un cheval et, si la hauteur ne l’effrayait pas pour avoir déjà grimpé en haut des arbres les plus hauts du domaine familial, elle sentait que l’expérience serait bien différente. Les arbres ne bougeaient pas eux. Mais il semblait qu’Azhan avait définitivement surmonté sa timidité vis-à-vis de Mila car à nouveau, sa main enveloppa la sienne tandis qu’il lui demandait de venir avec elle sur le dos de l’éléphant. Et Mila était bien incapable de refuser quoique ce soit aux grands yeux qui l’observaient en cet instant. Un petit rire lui échappa, moins assuré qu’elle l’aurait souhaité et elle pressa la main du garçon dans la sienne.

“Et bien si tu es avec moi, je n’ai aucune raison d’avoir peur n’est-ce pas ? Alors allons-y.”

Elle se rapprocha lentement de l’enclos, sentant son courage aller et venir tandis qu’elle observait les mammifères. Jetant un coup d’oeil à Ishüen, elle l’appela discrètement à l’aide du regard.

“Je n’ai absolument aucune idée de comment… euh… monter à dos d’éléphant… Je suppose que c’est bien différent d’un cheval et mes compétences s’arrêtent à peu près là.”

Puis, une pensée la traversa et lui redonna tout le courage dont elle avait besoin. Quand ses amies du temple apprendraient ce qu’elle avait fait nul doute qu’elles en seraient vertes de jalousie.

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Agni
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Ishüen

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le Mer 4 Juil - 9:00
 
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Ishüen sourit en voyant Mila céder malgré ses appréhensions, puis rit en l’entendant lui en faire part. D’un geste de la main, il désigne le dresseur qui attendait près de la barrière de l’enclos et s’est avancé vers l’animal sitôt qu’ils les as vus approcher.

« Ne vous inquiétez pas. Eux deux savent parfaitement ce qu’il doit faire. Reste tranquille, Azhan. Montre à cette demoiselle comme tu sais bien te tenir en selle. »

Le petit garçon hoche la tête et bombe le torse, bien décidé à briller devant la jeune femme. Ce n’est que la deuxième fois qu’il grimpe sur le dos d’un éléphant et il n’a pas encore tout à fait vaincu sa peur mais son caractère l’empêche de le montrer. Guidant la bête avec des ordres brefs et un long bâton, le dresseur lui fait plier le genou puis aide Mila à grimper en s’accrochant aux poignées dans le harnais avant de faire de même avec Azhan. Ce dernier est réceptionné par sa camarade sur la selle ressemblant davantage à un fauteuil et se cramponne bien fort à cette dernière quand l’éléphant se relève, faisant tanguer ses passagers. Dès qu’il les voit redevenus stable, l’homme fait avancer la monture et entreprend de faire un petit tour de l’enclos. Ishüen les suit du regard, très amusé par les réactions de Mila et de son fils. Ses yeux se posent sur Imrani, restée sagement à côté d’elle. Elle a refusé de monter pour sa part, n’étant jamais à l’aise en hauteur, et lui sourit gentiment. Il caresse ses cheveux artistiquement nattés. Douce enfant. Cinq minutes plus tard, l’éléphant plie le genou à nouveau pour permettre à ses passagers de descendre et Azhan court dans les jambes de son père dès qu’il pose pied à terre, s’extasiant à pleine voix et s’assurant que ce dernier l’a bien vu pendant qu’il montait. Le Seigneur des Chevaux le félicite avant de reporter son attention vers Mila qui le suit.

« Alors ? La vue vous a plu ? Vous n’avez pas le mal de mer ? »

Les sensations n’ont que peu à voir avec la monte d’un cheval. Lui-même se souvient avoir été malade la première fois, il y a des années et des années. Son regard se pose avec fierté sur les majestueux pachydermes agitant leurs larges oreilles dans la chaleur de l’après-midi.

« Ils vont se relayer jusqu’au soir. Ensuite, on les laissera se reposer. Ce sont des animaux remarquablement intelligents et ils peuvent aider les hommes de bien des façons, mais ils peuvent aussi se montrer caractériels et imprévisibles. Il faut les respecter autant que possible. »

C’est la conviction qu’il a acquise après toutes ces années passées en tant que Seigneur des Chevaux, à vendre, acheter et dresser hommes et bêtes à toutes fins. Les animaux sont bien plus dignes de respect que les humains. Ils peuvent être loyaux et fidèles, fiers et forts, et surtout plus honnêtes et plus droits que la plupart des gens. Nul calcul dans leur esprit. Un animal n’agit qu’en réaction à son environnement et à ceux qui l’entoure. Il est le reflet exact de ce que l’on lui offrira, ce que nul être humain ne sera jamais. Les bêtes sont bien plus dignes de confiance. S’arrachant à ces réflexions, Ishüen se retourne vers Mila et lui annonce avec un sourire malicieux :

« Et maintenant Damoiselle, en tant que Prince Marchand, je vous annonce mon prix pour cette petite promenade : à votre tour de nous faire découvrir quelque chose. Vaata est une contrée que je connais peu et je suis certain que mes enfants seraient ravis de raconter des merveilles inconnues à leurs aînées ce soir. »
« Oh oui ! S’il vous plaît, Dame Mila ! »
« Oui oui ! Montre ! »


Après tout, c’est l’occasion.
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Vaata
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Mila

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le Dim 8 Juil - 22:35

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Peu assurée, Mila accepta la main qu’on lui tendit afin de l’aider à monter sur le dos du mammifère qui avait ployé un genou. Par Nagar, que c’était haut. Elle s’était accrochée au harnais, s’était installée sur la selle et déjà, elle sentait toutes ses appréhensions revenir. Les hauteurs ne la dérangeaient pas. A combien d’arbres avait-elle grimpé, plus jeune ? Non, elle redoutait ce qui se passerait quand l’animal commencerait à se mouvoir. Elle aida le garçon à monter et lorsque l’animal se redressa ils eurent tous deux la même réaction. Azhan s’agrippa à elle et Mila s’agrippa aux bords du siège. La sensation était vraiment étrange. Ils tanguaient et la jeune femme avait l’impression qu’elle allait chavirer à chaque seconde qui passait. Elle était raide, tendue, guère à l’aise tandis que l’animal faisait paisiblement le tour de l’enclos. Non, elle n’était pas vraiment pas sûre d’aimer. Le temps lui parut ralentir et la promenade sembla durer une éternité lorsqu’enfin, l’animal s’arrêta et ploya à nouveau le genou. Que les cieux soient liés. Elle allait enfin pouvoir descendre. Elle laissa Azhan descendre en premier avant de décrisper ses muscles raidis par la nervosité et de poser pied à terre à son tour. Un long soupir de soulagement lui échappa et elle fit quelque pas mal assurés, persuadée que le monde continuaient de tanguer autour d’elle. Elle se rapprocha d’Ishüen et de ses enfants et à sa question, elle lui offrit un sourire désolé. Elle ne recommencerait pas l’expérience de sitôt.

« La vue était splendide mais… je crois que je préfère la terre ferme. Je ne me sens pas très bien. »

Elle avait mal au cœur et avait du mal à retrouver sa stabilité. Si c’était ça le mal de mer, elle n’était plus certaine de vouloir voguer sur les eaux au large d’Aap. Mais déjà, elle commençait à se sentir mieux. Elle profita des explications d’Ishüen pour prendre une grande inspiration d’air frais et expirer lentement, doucement. Puis, il réclama son dû. Mila rit à nouveau en entendant le prix à payer pour son aventure à dos d’éléphant et elle réfléchit quelques instants, le regard posé sur les deux enfants excités. Puis, son regard s’illumina et elle frappa dans ses mains avant de les tendre aux enfants et de regarder Ishüen.

« Suivez-moi ! »

Se frayant un chemin parmi la foule, elle éloigna la petite famille des éléphants, des lions et des autruches et les amena vers une des nombreuses estrades qui avaient été installées pour l’occasion. Elle les avait vus en arrivant et savait où aller. Leurs pas les amenaient plus près de la berge. La position était idéale, centrale et déjà, ils pouvaient entendre des éclats de rire tandis que devant eux apparaissait un regroupement assez important de personnes venant de tout Seele. Puis elle les vit. Debout sur l’estrade qui leur servait de scène, deux d’entre eux faisant des galipettes et des pirouettes, amusant la galerie. C’était la première partie. Un premier spectacle avant le numéro principal. Ravie, Mila se retourna vers Ishüen et indiqua la scène d’un signe de tête.

« Avez-vous déjà assisté à un spectacle vaatan ? »

Vaata était réputée pour ses arts et ses artistes qui se produisaient dans la capitale, souvent même pour le plaisir de sa Souveraine et de son Gardien. Elle s’avança encore, se frayant un chemin parmi la foule qui riait aux éclats devant les pitreries des deux acrobates qui semblaient s’être lancés dans un combat d’épées imaginaire. De nombreux enfants étaient assis au sol au premier rang et Mila se tint légèrement sur le côté, bien que sa petite taille ne gênait guère ceux qui se tenaient debout derrière elle mais ayant une vue idéale sur la scène.

« Voici la troupe la plus connue de Vaata. Et la plus vieille également. Les Enfants des Bois. Ma mère en faisait partie avant de rencontrer mon père et un de mes frères les a rejoins il y a peu. Il m’avait prévenu qu’il viendrait jouer avec la troupe pour l’occasion. Ils sont connus pour offrir des spectacles très variés. Il y a de la danse, du chant… enfin vous verrez. Je crois qu’ils vont bientôt commencer ! »

En effet, les deux acrobates s’étaient remis debout et s’inclinaient devant la foule qui applaudissait, les enfants poussant des cris d’excitation et de joie tandis qu’ils disparaissaient derrière les rideaux qui avaient été installés sur l’estrade, délimitant la scène et cachant ce qui allait suivre. Pendant quelques minutes, le silence régna sur scène jusqu’à ce qu’une jeune femme s’avance. Elle était magnifique. Ses longs cheveux blonds étaient lâchés dans son dos et diverses feuilles et fleurs y avaient été accrochées. Sa robe verte effleurait les planches de la scène tandis qu’elle s’inclina sous les applaudissements. A la main, elle tenait un luth. Un des deux acrobates lui apporta un tabouret et elle s’assit dans un coin de la scène. Ses doigts commencèrent à pincer les cordes et les notes résonnèrent dans le silence qui régnait à présent dans le public. Puis, un homme apparut, lui aussi tout de vert vêtu et ses cheveux roux semblaient s’enflammer sous le soleil de l’après-midi. Il porta le frestel qu’il tenait en main à ses lèvres et s’approchant de la jeune femme blonde, il commença également à jouer, s’accordant sur les notes du luth. Les deux instruments étaient en parfaite harmonie et la mélodie était douce et joyeuse.

Des exclamations de surprise s’élevèrent parmi le public le plus jeune tandis que trois autres femmes faisaient leur apparition dans un ballet de rubans colorés qui épousaient leurs corps tandis qu’elles entamaient une danse traditionnelle vaatane. Elles formèrent une ronde dans laquelle un homme entra, aussi gracieux que les trois danseuses et le spectacle qu’ils offraient était d’un étrange réconfort. Une certaine sérénité s’empara de Mila tandis qu’elle regardait son frère jouer de son frestel, accompagnant les danseurs et la joueuse de luth. La légèreté de leurs mouvements et des notes apaisaient même les enfants assis au sol ou dans les bras de leurs parents, hypnotisés par les voiles qui semblaient voler autour des danseurs comme si la brise elle-même les faisait onduler.
S’arrachant quelque peu à sa contemplation, Mila se pencha vers Ishüen, parlant à voix basse.

« Peut-être avez-vous entendu parler de la plus vielle légende de notre contrée Ishüen ? Vous avez dû deviner que le nom de la troupe n’était pas anodin. On raconte que les Enfants des Bois peuplaient la forêt de Vaata bien avant l’arrivée des gemmes et qu’ils y résident encore aujourd’hui. Ils seraient les gardiens de la forêt et danseraient et chanteraient pour les arbres, communiquant avec la nature. On raconte que ce seraient les enfants de Nagar lui-même. »

Une légende vieille comme le monde mais qui avait son importance pour les vaatans. La forêt était sacrée et les traditions de la contrée également. Leurs légende occupait une place particulière parmi les artistes, qu’ils soient musiciens, poètes, peintres. Les légendes étaient au centre de l’art vaatan et aujourd’hui, Mila en faisait découvrir une infime partie à Ishüen et ses enfants. Plus que l’amour pour sa contrée et son Dieu, c’était l’amour pour sa mère et pour son frère qui la faisait apprécier ce qu’elle voyait et elle espérait que cela toucherait n’importe qui, qu’il soit résidant de Vaata ou non.

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