Vaata
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Mila

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le Ven 18 Mai - 15:07

Saveurs venues d'ailleurs

La Fête battait son plein. L’après-midi était déjà bien avancée et Mila ne savait plus où donner de la tête tant il y avait de choses à voir. C’était la première fois qu’elle se rendait à la Fête du Lac en plusieurs années. Elle en avait de vagues souvenirs remontant à son enfance mais rien ne tangible, rien de comparable à ce qu’elle avait devant les yeux. Ses parents n’avaient plus souhaité s’y rendre pour des raisons qui lui étaient obscures à l’époque mais qu’aujourd’hui elle comprenait. Elle était ravie de pouvoir revenir. Elle attendait le lancer de lanternes avec impatience.

Pour l’occasion, elle avait délaissé sa longue tunique de prêtresse et avait revêtu une robe bien plus sophistiquée que ce dont elle avait l’habitude. Car aujourd’hui elle n’était pas venue en tant que représentante de Nagar mais en tant que représentante de la famille O’Dahnan. Ses parents avaient insisté et le grand prêtre avait accepté. Aujourd’hui, elle n’était plus Mila, Vierge Sacrée. Elle était seulement Mila. Là pour soutenir ses parents, sa famille, leur rang et pour faire bonne figure devant les différents représentants de Seele. Sauf que la jeune femme n’en avait cure. Elle se moquait des dirigeants, elle se moquait de la politique. Elle avait beau porter une robe, elle n’en restait pas moins prêtresse. Les grands de ce monde ne l’intéressaient nullement. Elle leur avait rapidement faussé compagnie et s’était mêlée à la foule, s’enivrant de toutes les saveurs qui accompagnaient sa route, de toutes les mélodies qui résonnaient autour d’elle. Sa robe, ample et légère, virevoltait autour d’elle dans des teintes crèmes tandis qu’elle se mêlait aux participants d’une danse aapienne. Elle riait, tapait des mains, tournait et suivait la cadence, ses cheveux soignement peignés et ramenés sur le haut de son crâne se libérant de leur prison pour venir tomber en mèches ondulées sur ses épaules.

La musique se tut, les danseurs s’arrêtèrent dans une dernière révérence et tous applaudirent et poussèrent des exclamations de joie. Hors d’haleine, les joues rosies par l’effort, Mila s’extirpa de la foule et se dirigea vers l’une des innombrables tentes sur les bords du lac, bien décidée à se rafraîchir et à enfin goûter aux nombreux mets qu’elle avait pu entrapercevoir plus tôt. Certains lui semblaient bien différents de ce qu’elle connaissait, d’autres légèrement familiers. Le choix était tellement vaste que la jeune femme resta devant la table, sourcils froncés, moue songeuse, se demandant par quoi elle allait bien pouvoir commencer.

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Agni
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Ishüen

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le Ven 18 Mai - 22:23
 
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« Père ? »

Ishüen baisse les yeux vers le bas de sa tunique. Il a reconnu la voix et sait déjà à qui appartient la petite main qui tire sur son vêtement mais il est curieux de savoir ce que son fils peut bien lui vouloir alors que la fête bat son plein. Ce dernier le regarde d’un air à la fois sérieux et ahuri. Auprès de lui, Imrani lui sourit doucement, fière d’avoir amené son petit frère à bon port comme la seconde mère qu’elle cherche à être pour lui. Un bref coup d’œil aux alentours lui permet de repérer Najat, la suivante de sa femme, qui se tient en retrait. Bien. Si ses enfants étaient venus seuls jusqu’à lui, il aurait du réfléchir à une punition particulièrement dissuasive pour celles qui les auraient laissés échapper à leur surveillance. Mais puisque rien de ceci ne doit venir (pour l’instant) entacher les réjouissances, il sourit gentiment au petit garçon.

« Oui ? »
« J’ai faim. »
« Ah. »


Un bref rire lui échappe et il prend la main de ses enfants dans les siennes avant de se mettre en route avec eux entre les stands.

« Et bien, allons trouver de quoi manger. Ça ne devrait pas être bien compliqué. »

De quelques mots, il s’informe auprès de Najat au sujet de ses filles. Elles sont avec leurs gouvernantes, en train d’essayer de faire le tour de toute la fête et de réunir les bandes de gamins qui courent en tous sens. Rien que de très ordinaire, les connaissant. Une ou deux heures peut-être sont déjà passées depuis qu’ils sont arrivés. Le crépuscule tombe mais les flambeaux qui s’allument ça et là le repousse encore et encore sur l’autre rive du lac. Seylim et lui sont partis chacun de leur côté il y a peu après avoir croisé quelques personnalités notables et, comme son travail ne le quitte jamais vraiment, il en profitait pour jeter un œil aux étals que la Guilde a installé un peu partout, fier de trouver quelques uns de ses chevaux dans une foire aux bestiaux aménagée dans un coin. Il y a bien entendu mille autres choses à voir, à entendre et à sentir, tout un déluge de sensations qui se bouscule sur ses sens et laisse de nombreuses personnes étourdies par ce perpétuel choc des cultures, mais il est habitué à cette effervescence. Elle ne l’empêche ni de profiter de l’ambiance, ni de trouver bientôt une échoppe dont le plateau est surchargé de plats et de coupelles aux parfums alléchants.

Alors qu’il soulève son garçon dans ses bras pour qu’il puisse choisir ce qui lui fait envie, une jeune femme échoue plus ou moins à côté d’eux après s’être extraite de la danse qui vient de prendre fin juste à côté. Ishüen l’observe du coin de l’œil, amusé. Sous ses cheveux roux sombre, sa peau pâle et transparente s’est colorée de rose après l’exercice sur les joues et le haut de sa poitrine, visible dans le décolleté très sage de sa robe. Couplée à son délicat visage de souris et au large sourire qui l’éclaire, elle s’en trouve parée d’un charme rafraîchissant, plein de candeur et de joie, totalement en harmonie avec le reste de la fête. On dirait une fleur qui aurait soudain poussé là, nourrie des chants, des rires et de la lumière des torches. Le Seigneur des Chevaux sourit sous la blancheur immaculée de son turban de cérémonie. Il profite de ce qu’elle avance la main vers un plat pour lui adresser la parole :

« J’ignore si vous le savez, mais ce que vous vous apprêtez à prendre est très épicé. Au sens agnien du terme. »

À bon entendeur...
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Vaata
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Mila

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le Sam 19 Mai - 19:11

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Après plusieurs minutes d’intenses réflexions, Mila s’est enfin décidée. L’immense plateau en argent au centre de la table l’attire bien malgré elle. Le plat semble constitué de tout un tas d’aliments divers et variés et l’odeur qui s’en échappe promet un feu d’artifice de saveurs pour son palais. Elle commençait déjà à se pencher légèrement, afin de se servir lorsqu’une voix près d’elle la fit sursauter. Se figeant dans son geste, elle tourna la tête et planta son regard surpris dans celui, amusé d’un homme qui la regardait faire, un petit garçon dans ses bras. Un instant, elle resta interdite devant le spectacle que lui offrait son interlocuteur, vêtu de couleurs riches dont les teintes pourpres et or rendaient son vêtement bien fade en comparaison et d’un turban aussi immaculé que sa tunique de cérémonie. Puis, clignant des yeux, elle se redressa tout en ramenant sa main contre sa poitrine.

« Ah… je doute que mes papilles survivent dans ce cas-là… Merci. »

Elle lui sourit. Quelque chose dans l’allure de l’homme qui lui faisait face l’intimidait, sans qu’elle ne réussisse à déterminer quoi. Il était grand, très grand comparé à elle et ses traits respiraient la grâce et l’assurance. Mettant cette gêne occasionnée sur le compte de la chaleur et de toutes les fragrances qui s’échappaient de la table, Mila reporta son attention sur le buffet. Il semblait qu’elle avait surestimée sa témérité en pensant pouvoir goûter à ce qu’elle ne connaissait pas sans devoir s’inquiéter. Cependant, elle ne connaissait aucun des plats présentés ici et, après un regard jeté au buffet le plus proche où trois de ses frères semblaient occupés à refaire le monde à coup de gestes amples et d’exclamations bruyantes, elle oublia bien vite l’idée d’aller trouver son bonheur ailleurs.

« Vous semblez bien meilleur connaisseur en la matière que moi ! Je vous serais très reconnaissante si vous pouviez me dire quel plat conviendrait à une fille de Vaata. Pour être honnête les épices ne font vraiment pas parties de mon quotidien. »

Et c’était peu de le dire. En tant que prêtresse, Mila avait renoncé à l’opulence qui accompagnait généralement la vie des nobles de Vaata. Elle ne mourrait pas de faim et ne subissait aucune privation, mais son régime alimentaire était simple, composé des aliments de la terre que les disciples venaient leurs apporter généreusement. Cela lui suffisait, mais en ce jour de fête, elle n’avait aucun problème à l’idée de changer ses habitudes. Elle n’était cependant pas brave au point de tester la résistance de ses papilles en goûtant à des mets étrangers. Toute concernée par ses problèmes alimentaires, il fallut un temps à la jeune femme pour réaliser qu’elle ne s’était même pas présentée. Sa grossièreté lui fit piquer un fard et elle se retourna complètement, faisant face à l’individu avant de s’incliner selon la tradition de sa région natale.

« Je vous prie d’excuser mon impolitesse. Je me nomme Mila. Mila O’Dahnan. »

Elle se redressa et lui sourit à nouveau avant d’adresser un petit geste de la main au petit garçon qu’il tenait entre ses bras. Elle avait beau être venue en tant que représentante de sa famille, cette fête lui faisait oublier ses bonnes manières, pourtant si durement inculqués entre deux roulades dans la terre en compagnie de ses frères. Il fallait croire que le temps ne venait pas à bout des habitudes les plus tenaces.

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Agni
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Ishüen

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le Dim 20 Mai - 0:05
 
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Ishüen lui rend son sourire et s’incline à son tour quand elle le remercie pour son conseil. Il ne voulait pas faire montre de présomption mais l’expérience lui a appris à maintes reprises que rares sont les téméraires à s’en sortir sans heurts lorsqu’il s’agit des épices agniennes. Il la regarde un instant sans mot dire alors qu’elle hésite à nouveau sur le choix des plats, intrigué. Elle s’est exprimée avec politesse à son encontre, sans flagornerie mais quelque chose dans le ton et les gestes qui lui laissent soupçonner une certaine éducation bien que la demoiselle paraisse avant tout simple et joyeuse. Elle est éminemment sympathique. C’est pourquoi il répond sans manières, et avec un brin de malice, quand elle requiert ses conseils dans ses explorations culinaires :

« Ma foi, je le pourrais. Mais quant à savoir ce qui conviendrait réellement à une fille de Vaata, vous êtes bien plus à même d’en juger que moi. Vous savez ce que l’on dit : c’est aux audacieux que la fortune sourit… Mais si vous voulez commencer doucement, je vous suggère ceci. »

Dit-il en désignant des petits beignets de poissons au piment, très léger. Juste de quoi éveiller la bouche à son goût, mais pour un pur agnien comme lui dont le palais s’est forgé au contact de mille et unes épices, ce n’est peut-être pas forcément objectif. La jeune femme n’attend même pas de s’y brûler pour rougir violemment sans prévenir, s’incliner à nouveau et se présenter, rattrapant son retard. Ishüen ne peut s’empêcher d’en rire. Au cours de la soirée, il a lui-même énoncé ses titres plus souvent qu’à son tour, mais aussi bavardé en toute simplicité avec des badauds dont il ignorait jusqu’au nom. Il n’y fait même plus attention. Néanmoins, pour ne pas la gêner davantage, il lui rend son salut :

« C’est un plaisir de faire votre connaissance, Mila O’Dahnan. Ishüen ben Iphraïm, Seigneur des Chevaux de la Guilde des Princes Marchands. Et voici mes enfants. Mes enfants ? »
« Imrani bint Ishüen. Enchantée, Madame. »
« Azhan. »


Imrani, qui jusque-là s’était faite oublier derrière son père pour écouter la conversation comme à son habitude, sort aussitôt de sa cachette pour s’incliner à son tour et offrir son plus beau sourire à la jeune femme. Tout le contraire d’Azhan tout court, qui préfère se détourner pour cacher sa timidité et attraper ce qui lui fait envie sur la table. Ishüen décide, en ce jour de fête, de ne pas lui en tenir rigueur. Et contre toute attente, son fils se tortille pour quitter ses bras, se planter face à Mila et lui tendre avec autorité l’un de ses gâteaux :

« Goûte. »

Puis il va littéralement se réfugier dans les jupes de sa sœur avec le reste de son butin. Le Seigneur des chevaux ne peut s’empêcher de rire.

« Ce n’est pas ainsi que l’on s’adresse à une dame, mon fils. Néanmoins, il n’a pas tort. Ce sont des cornes de gazelles. Délicieux si on aime l’amande. »

Pour sa part, il commence par le salé et saisit un morceau de pain rond et plat pour y déposer quelques morceaux de viande, du riz pilaf, des aubergines sucrées à l’ail.

« Vous venez de Vaata, n’est-ce pas ? C’est la première fois que vous assistez à la fête du lac ? »
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Vaata
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Mila

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le Mar 22 Mai - 19:23

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La gêne de Mila se dissipa, tout comme ses rougeurs, tandis que son interlocuteur lui apportait ses premiers conseils culinaires. Il était aimable, le timbre de sa voix reflétant la chaleur de son regard et la jeune femme trouvait sa compagnie agréable. Il riait, mais non pas pour se moquer d’elle. Son rire était franc, léger et en parfaite harmonie avec la fête qui les entourait. Elle observa les petits beignets que lui désigna son conseiller et après un nouveau sourire et un air faussement audacieux sur son visage, elle se servit une assiette:

"Et bien… allons-y !"

Cependant, elle n’y goûta pas de suite car le reste des présentations s’imposait. Son interlocuteur lui révéla alors son identité, un nom quelque peu familier pour la jeune fille qui avait passé son enfance dans les plus hautes sphères de Vaata, mais cependant étranger car elle ne connaissait que peu de choses à propos de la Contrée du feu, si ce n’était que la Guilde des Princes Marchands jouait un rôle d’une importance capitale pour la région mais également le reste du Royaume. Haussant un sourcil surpris, Mila vit alors une petite fille s’avancer, jusqu’à présent cachée derrière son père, si bien que la prêtresse n’avait pas remarqué sa présence. Lorsque la petite demoiselle s’inclina, Mila en fit de même à son tour, rendant son sourire à l’enfant avant de se tourner vers son frère, manifestement plus timide que ne l’était sa soeur. Enfin, c’est ce qu’elle crut. Car le dénommé Azhan chercha à se délivrer de l’étreinte de son père et , une fois à terre, s’approcha de Mila, tenant quelque chose dans sa petite main qu’il lui tendit avant de lui ordonner de goûter. La jeune femme tenta tant bien que mal de réprimer le rire qui lui montait aux lèvres devant le regard si sérieux de l’enfant et elle se contenta d’accepter son présent en le remerciant d’un sourire, tenant ainsi une petite pâtisserie blanche qu’Ishüen présenta comme étant une corne de gazelle. Un nom bien singulier et que Mila n’avait jamais entendu auparavant. Cependant, la simple évocation du mot amende suffit à convaincre la demoiselle gourmande qui s’empressa de goûter, oubliant les beignets qui reposaient sur son assiette.

“C’est délicieux ! Merci Azhan pour ce cadeau, je crois que je viens de trouver mon nouveau dessert préféré.”

A nouveau, elle agita la main en direction du jeune garçon qui s’était réfugié cette fois auprès de sa soeur. Mila se sentait réellement bien en cet instant. Cette nouvelle rencontre avec Ishüen et ses enfants était rafraîchissante et changeait de son quotidien. De plus, l'assoiffée de voyages qu’elle était ne pouvait s’empêcher d’être émerveillée par le peu qu’elle découvrait provenant d’Agni, qu’il s’agisse de la nourriture, des vêtements ou des manières. Mais Ishüen fut plus rapide qu’elle et fut le premier à s’enquérir de ses origines et de sa venue à Akasha. Elle hocha doucement la tête, finissant la dernière bouchée d’amandes et une fois capable de parler, prit la parole.

“C’est bien ça, je suis née et j’ai grandi à Vaata. J’accompagne ma famille aujourd’hui mais je réside normalement à Azura, au temple. Je suis déjà venue à cette fête mais c’était il y a longtemps, lorsque j’étais encore enfant. Mes parents ont fait le choix de ne plus s’y rendre par la suite et lorsque je suis arrivée en âge de prendre mes propres décisions, mes obligations m’empêchaient de venir. C’est bien différent que ce dont je me souviens ! Mais ils lancent toujours les lanternes au-dessus du lac n’est-ce pas ?”

Elle espérait que cette tradition existait toujours car elle en avait un souvenir marquant. Elle avait aperçu beaucoup de personnes tenant des petites lanternes dans leurs mains ou même des stands aidant à leur fabrication mais elle n’avait pas l’assurance que tout se déroulerait comme dans son souvenir. Après tout il avait bien dû s’écouler au moins seize ans depuis sa dernière visite.

“Et je ne pense pas me tromper en supposant que vous venez d’Agni ? J’ai déjà entendu parler de la Guilde des Princes Marchands. J’ai vu énormément de stands vendant des produits en provenance de tout le Royaume. Est-ce que certains de ces stands sont à vous ?”

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Agni
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Ishüen

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le Jeu 24 Mai - 9:27
 
Saveurs venues d'ailleurs


Ishüen sourit aussi bien en voyant le ravissement de Mila qui goûte les savoureuses pâtisseries qu’en voyant son fils rougir, se renfrogner et tourner résolument le dos à la jeune femme. Un signe qui ne trompe pas chez lui : il est content. Imrani le félicite en lui caressant la tête par-dessus son petit turban blanc, fière de son petit frère. Le Seigneur des Chevaux ne relève pas son apparente impolitesse pour cette fois non plus, soucieux de ne pas contrecarrer ses élans de sociabilité. C’est encore un enfant, il a tout le temps d’apprendre à se montrer courtois. Au lieu de cela, il poursuit sa conversation avec la jeune femme. Les informations qu’elle lui délivre l’intrigue et il ne peut s’empêcher de hausser les sourcils en considérant d’un rapide coup d’œil sa robe, certes simple, mais définitivement pas dépouillée comme un habit clérical.

« Le temple d’Azura ? Vous êtes donc prêtresse ? Je ne l’aurais pas deviné. Pour ma part, cela fait quelques années de suite que mes affaires m’ont empêché d’y venir mais pour ce que j’en sais, oui il lance toujours les lanternes au-dessus du lac. Pour la plus grande joie de mes petits diables d’enfants. Nous irons acheter nos lanternes tout à l'heure. »

Ajoute-t-il en pinçant gentiment la joue de sa fille qui se dégage de son étreinte en riant. Elle n’a presque rien dit, mais il sait de longue date qu’elle n’attend que ce moment elle aussi et il se fait fort de lui acheter bientôt une jolie lanterne à fabriquer elle-même. Rêveuse et sensible comme elle l’est, des milliers de lumières s’envolant de concert dans le ciel nocturne ne peuvent que subjuguer de joie pour longtemps son âme d’enfant. En tant que père, il se fait fort de rendre ce moment inoubliable pour elle. En attendant, il hoche la tête aux suppositions de Mila :

« Vous ne vous trompez pas. Nous sommes arrivés de Raasfalim il y a six jours mais ma caravane nous a précédés. Vous avez peut-être eu l’occasion de passer devant une longue série d’enclos abritant des bêtes de toutes sortes, un peu à l’écart des tentes ? C’est mon étal. »
« Il y a des chevaux, des chameaux et des éléphants. Et de vrais lions ! Et des créatures étranges… »
« Des autruches. Avez-vous déjà vu des autruches ? »


Il en doute fort. Ses chasseurs se sont aventurés dans les terres inconnues du Désert Rouge pour les débusquer. C’est sans nul doute l’attraction phare de ses enclos. Ça, et le fait de pouvoir monter les éléphants pour les plus courageux. Il n’a pas lésiné sur sa contribution à cette fête du lac. Outre le fait que c’est l’occasion pour lui de vendre son bétail prestigieux à la noblesse de toutes les contrées rassemblée ici, montrer son faste et sa puissance est aussi une façon de conjurer le sort. De gagner au moins une partie du duel l’opposant à cette nouvelle Akasha qui lui a porté le premier coup. Gardant pour lui ces pensées, il finit la bouchée de viande qu’il avait portée à ses lèvres pour poser la question qui lui trottine sur le bout de la langue depuis tout à l’heure :

« Pardonnez-moi, mais votre nom m’est familier. Ai-je déjà eu l’occasion de traiter avec votre famille ? »

Il jurerait que non. Mais, si le jeu en vaut la chandelle, il n’est jamais trop tard pour commencer…
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