Seigneur des Chevaux
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Ishüen

Seigneur des Chevaux
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le Sam 19 Mai - 15:47
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...


87e jour d’Eira, an 993. Nymphes qui dansez dans les brumes du lac, racontez-moi cette histoire…

En ce temps-là, les choses étaient encore ordonnées comme elles l’avaient toujours étés. Akasha était au centre du monde et Seren en occupait le trône. Il était la Loi, le Roi, le Dieu de la contrée et tous courbaient la tête sous son règne, du plus humble paysan aux autres souverains. En ce temps-là, nul ne remettait en question la puissance absolue des Astres. Leur avatar était le socle et le ciment de Seele et cela durait depuis si longtemps que toutes les failles en étaient visibles. C’était une époque de jours rudes et de larmes amères, de famine et de morts, de misère et de peur, excepté en un seul endroit. La ville au centre du centre du monde, Ébène. En ce temps-là, une autre contrée existait à l’intérieur même d’Akasha. Dans son enceinte, on ne connaissait ni la faim, ni la terreur, ni les massacres qui frappaient pourtant à moins d’une muraille de distance. Quand le peuple vivait la tête baissée vers le sol et l’esprit rivé sur le prochain repas, la prochaine journée, le prochain malheur à anticiper pour survivre, une poignée d’élus coulaient dans la ville des jours paisibles et fastueux qui leur semblaient dus. L’avenir les démentirait bientôt mais en ce temps-là, vivre dans les hauteurs d’Ébène était ce qui se rapprochait le plus du paradis et ceux qui en avaient la chance ne considéraient cela que comme la normalité. Les riches et les nobles flattaient leur Souverain et restaient entre eux, s’étourdissaient d’arts, de bals et de musique pour fermer les yeux sur la misère du dehors et oublier qu’ils vivaient moins un âge d’or que les derniers éclats d’une ère de décadence. Cela se sentait dans l’air. Le faste et la débauche de raffinement de cette époque ressemblaient à une fuite en avant, une course à l’ivresse pour être sûr de rouler sous la table avant la fin de la fête. Ishüen le sait. En ce temps-là, il y était.

Le Seigneur des Chevaux quitta le salon d’hiver du manoir de Verfeur, rajustant par habitude les pans de sa tunique. Certains de ses compatriotes s’habillaient à la mode akashane lorsqu’ils venaient à Ébène. Lui, non. Il mettait un point d’honneur à garder les vêtements traditionnels agniens, même si cela signifiait parfois devoir ajouter une épaisseur dans cette contrée plus froide. Son hôte, le baron Henry de Verfeur, n’essayait nullement de l’en décourager, trop heureux de pouvoir le présenter dans les réceptions et les bals comme un authentique Prince Marchand d’Agni. À force de patience et de piques mielleuses, Ishüen était parvenu à faire cesser ce traitement de bête curieuse mais pour ne pas trop froisser la fierté du baron et parce qu’il affectionnait cela de toute manière, il continuait de porter ses vêtements habituels. D’une certaine façon, il avait la sensation que cela le protégeait de la subtile dépravation qui poissait toute la capitale, comme un parfum trop capiteux. Son hôte était sorti pour retrouver des amis et le Seigneur des Chevaux avait poliment décliné l’invitation. Pour aujourd’hui, il n’était pas d’humeur à supporter le bavardage des nobles akashans qui s’évertuaient à ne parler que de choses futiles et détournaient systématiquement la conversation avec une gêne plus ou moins dissimulée quand, par jeu, il mentionnait l’état effroyable du pays en dehors des murs de la ville. Cette habileté forcenée à garder ainsi des œillères le fascinait, l’écœurait aussi, et il préférait pour cette fois se retirer dans ses appartements pour lire les lettres qui lui étaient parvenues aujourd’hui d’Agni, de Raasfalim où se trouvait son commerce et ses deux petites filles, sous bonne garde de leurs nourrices.

Il monta au premier étage et traversa la coursive comme à son habitude, jusqu’à passer à proximité de la troisième fenêtre donnant sur le jardin intérieur. Là, sans prévenir, dans un seul et même mouvement vif et souple, il dégaina un poignard et tira le rideau pour coincer d’une clé de bras l’intrus qui s’y dissimulait. La lame était déjà pressée contre sa gorge lorsqu’il reconnut les mèches blondes, les yeux turquoises et les lèvres sinueuses, entrouvertes par la surprise et un réflexe de peur. Ishüen dissimula son propre étonnement et le relâcha aussitôt avec un bref soupir, teinté de soulagement. Le fou… Encore tremblant, Aymeric de Verfeur retrouva son sourire malicieux sitôt qu’il réalisa ce à quoi il venait d’échapper. S’appuyant nonchalamment sur le mur, il commenta avec une légèreté parfaitement étudiée :

« J’ignorais que tu savais manier les armes. Autre que ton long cimeterre, s’entend… »
« Débiter des grivoiseries alors que j’étais près de te saigner comme un verrat. Typiquement akashan. Tu ne dois pas rester ici. »
« Me congédier dans ma propre maison après avoir manqué de me trancher la gorge. Est-ce typiquement agnien ? »


Ishüen s’interrompit alors qu’il rengainait son poignard dans son fourreau, invisible sous ses vêtements, soutint son regard plein d’innocence et son sourire plein de tout sauf de cela, puis se laissa aller à rire lui aussi en rajustant les pans de sa tunique. C’était ce qu’il préférait chez lui : sa langue piquante et agile. Il reprit sa marche dans le couloir et le jeune homme lui emboîta le pas.

« Bien plus que de briller par son absence à l’académie militaire. »
« Oh. Dans ce cas, tu n’as pas assez déteint sur moi. »
« Si ton père te voit, tu es bon pour sermon supplémentaire avant celui du dîner. »
« Si mon père me voit, c’est qu’il ne s’est pas rendu sur la promenade de Vélimène dans l’espoir que ma mère le laisse tranquille pendant qu’il discute chasse et alcools avec le duc de Joubran, ce qui serait très étonnant de sa part.
« Est-ce une raison pour dilapider ton héritage en te dispensant de tes précieux cours ? »
« Tu me manquais. »


Le Seigneur des Chevaux s’arrêta, vérifiant d’un coup d’œil qu’ils étaient seuls. Il lui avait pourtant dit qu’ils devaient être discrets, même quand personne ne semblait pouvoir les surprendre. Lorsqu’il reporta son attention sur lui, Aymeric souriait toujours mais l’éclat de ses yeux s’était fait plus intense. Il avait parfaitement qu’il prenait de risques mais c’est justement de là qu’il avait l’air de tirer son audace. Il le savait au frémissement imperceptible de son visage alors qu’il le considérait en se demandant s’il allait mettre fin ou non à cette entrevue. Ce garçon était prêt à tout pour le surprendre, tout pour un regard supplémentaire de sa part. Ishüen ne pouvait s’empêcher d’en concevoir de l’orgueil et, par là-même, de l’indulgence. Ardent petit soleil… À voix basse, il répondit :

« Tu me vois tous les jours. »
« Oui, splendide. T’entendre parler esclaves, pouliches et théâtre à longueur de temps avec mon père et tirer en vain sur ta manche pour récolter les miettes de ton attention… »
« Tu me vois toutes les nuits. »


Sous l’effet de la surprise (et des souvenirs), Aymeric resta bouche bée une seconde, ses pommettes se colorant de rouge. Par un curieux effet de miroir, le fragment de souffle qui lui échappa alors qu’il se remettait de cette sortie inattendue ressemblait à ses soupirs durant l’amour, lorsqu'il s’efforçait encore de garder le contrôle juste avant de basculer sans retour dans l’extase. Ishüen se surprit à sourire avec lui lorsqu’il ronronna doucement, s’approchant d’un pas :

« Ciel, c’est donc cela ces rêves indécents où je me laisse posséder sans relâche par un djinn insatiable qui m’assaillent depuis une semaine ? Comment être sûr qu’il ne s’agit pas que de songes ? »

Le sourire du Prince Marchand s’élargit alors qu’il contemplait son ravissant visage, émergeant glorieusement de la grâce de l’enfance pour conquérir la beauté de l’âge adulte. Ce visage d’ange auréolé de blond qui descendait lui-même de son piédestal pour lui offrir toute sa pureté, s’abîmer avec abandon dans le feu de ses reins. Ishüen leva une main pour glisser une de ses mèches derrière son oreille. Son doigt continua ensuite sa course pour effleurer l’angle de sa mâchoire avant de poursuivre sur son cou, sa gorge, saisir son menton et le rapprocher de lui avec une autorité tellement délicate qu’Aymeric obéit s’en même s’en rendre compte, déjà en son pouvoir et heureux de l’être. Le Seigneur des Chevaux sentit l’aiguillon du désir s’immiscer dans la caresse de son orgueil alors qu’il effleurait du pouce sa lèvre inférieure, lui entrouvrant lentement la bouche. Cette bouche qu’il a aimé en premier, qui lui a ôté de l’esprit l’idée qu’il était beau comme un enfant ou une chose précieuse, lui a fait réaliser qu’il n’était pas un tableau mais un être de chair et de sang qu’il pouvait toucher, désirer, posséder… Les joues rougies, les yeux mi-clos, pantelant au bout de ses doigts, Aymeric n’a plus rien du sémillant soleil qu’il a attrapé derrière le rideau. L’étoile est descendue du ciel pour se pâmer à ses pieds, lui faire don de sa lumière et le supplier dans un souffle :

« Ishüen… je t’en prie, juste… juste un peu… »
« Il y a une porte derrière toi. »
« Mais c’est le bureau de mon père… »
« Tu voulais être sûr que tu ne rêvais pas. »


Le jeune homme cligna des yeux, surpris, avant d’abdiquer comme toujours. La porte se referma sur leur baiser, deux mains blanches se perdant dans une chevelure de nuit. Sans que ni l’un ni l’autre n’aient vu la silhouette silencieuse apparue au bout du couloir…

Je ne cesse de désirer que lorsque mon désir est satisfait
Lorsque ma bouche atteint
La lèvre rouge de mon amour
Et que mon âme expire dans la douceur de son haleine


« Ishüen… S’il te plait, je vais… »
« Non… Pas encore… »
« Oui… Oh, mon Prince… »


Et toujours tu invoqueras son nom
En compagnie des tristes et des cœurs brisées

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Agni
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Seylim

Agni
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le Lun 21 Mai - 4:31

Lumière de ma vie, feu de mes reins...

[feat. Ishüen]



"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
Alfred de Musset

=> 87e jour d’Eira, an 993.
Akasha en Eira. Les coloris blanchâtres avaient volé l'émerveillement de la dame du désert. Elle l'avait aimé dès que les premiers flocons avaient fondus sur sa peau bronzée. En ce temps-là, alors que son regard scintillait encore régulièrement lorsqu'elle se déplaçait "professionnellement", alors qu'elle portait son troisième trésor. La Dame des Chevaux n'était pas tout à fait considéré comme une femme. Beaucoup voyaient en elle l'enfant, l'adolescente qu'elle avait été et les souvenirs obscurcissait la vision et le jugement lorsqu'ils lui faisaient face. Loin d'être bête, elle avait apprit à les reconnaître, à aller dans leur sens et profiter de leurs faiblesses pour son compte. Elle avait toujours fait ainsi. 

Seylim avait prit pour acquit de ne pas avouer ses préférences politiques à voix haute. Chaque préférence tout court cela étant. Elle avait toujours des avis en demie-teinte et s'en contentait. Elle n'avait pas besoin de les dire. Les discussions se passaient parfaitement ainsi. Elle obtenait doucement chaque contrat qu'on lui demandait d'avoir, devenant lentement plus  connue. Et, profitant de la notoriété de son époux, elle naviguait de connaissances en connaissances afin de créer son propre carnet de contact. Elle n'avait pas l'air d'offrir son corps à l'ouvrage mais on sentait qu'elle ne rechignait pas non plus à l'idée de travailler et diriger négociation et signature d'accords. Aujourd'hui encore, elle arrivait pour concrétiser deux accords, un avec un fournisseur de minerai qui apportait ce que l'entretien des nouvelles montures bientôt formées allait demander. Et un autre accord avec la famille des De Verfleur. Techniquement, l'accord était déjà signé. Seylim était envoyée en Akasha – notamment pour finir le travail que son compagnon ne pouvait effectuer quand il s'absentait pour gérer d'autres affaires – et profitait de la simple signature du premier contrat pour proposer une relecture finale au baron. 

Elle passa une petite de l'après-midi chez son client, discutant avec des quantités, promesses et autres notions qui lui firent signer l'accord qu'elle lui présentait. Et c'est en repartant qu'elle décida de passer voir le manoir des Verfleur. D'abord, elle y roisa majordome et servante avant que l'on ne lui amène la Baronne. Cette dernière lui parla longuement, gardant les distances que l'étiquette obligeait plus ou moins de respecter. Non... Pas l'étiquette. La bienséance. Les fortunés d'Akasha semblaient aimer cette notion de "bienséance". 

Encore une excuse pour ne pas dire les choses telles qu'elles sont...

L'ambassadrice se laissa visiter une fois de plus les lieux, échanger quelques avis sans saveurs sur le contrôle que Seren exerçait et elle trouva une petite faille dans laquelle elle se glissa aisément avant de délaisser la bourgeoise. Elle lui avait offert le seul élément qu'elle désirait : le lieu de son mari. Que Madame la Baronne diverge autant, cela n'en facilitait ses recherches que de bien plus. D'après l'épouse, la Dame des Chevaux pouvait soit "attraper" son compagnon dans son bureau, soit il était déjà partit avec son ami le duc de Joubran sur la promenade de Vélimène. Les pas de l'ambassadrice s'étaient retenus de courir mais elle s'était immédiatement dirigée vers le bureau. Ses pas avaient traversés les couloirs et autres bureaux avant qu'elle n'arrête sa marche, le nouveau couloir s'étalant devant elle. Le couloir semblait accueillant dirigeant le regard vers les deux seuls silhouettes qui remuaient. Elle mit quelques secondes à réaliser. À interprêter. À comprendre. Les formes sombres se distinguèrent et elle reconnu le tissu. Les dessins. La silhouette. Son époux. Ishüen. Dans les bras d'un autre. 

(Aymeric) ▬ Ciel, c’est donc cela ces rêves indécents où je me laisse posséder sans relâche par un djinn insatiable qui m’assaillent depuis une semaine ? Comment être sûr qu’il ne s’agit pas que de songes ?

Les paupières de la dame du désert se fermèrent rapidement, plusieurs fois de suite. "Une semaine". Un instant, son corps arrêta de bouger. Ses traits se figèrent tel un maléfice lancé par un mage ... doué. Son cœur sembla s'arrêter de battre alors que les mots dansaient sous son oreille, s'incrustaient dans son esprit jusqu'à lui faire réaliser toute l'étendue de ce qu'elle observait sans le vouloir. Spectatrice silencieuse, la dame aux cheveux d'ébène avaient le regard qui détaillait le visage de celui qui était censé partager sa vie. Elle s'était liée à lui. Devant les Dieux. Et là... Là elle semblait devenir de la glace. Quelque chose se brisa en elle. Son regard se ternit. 

Quelques années plus tôt, alors que Seylim n'avait pas son corps formé, certains la comparaient à une jument indomptable. Certains voyaient l'impertinence de la jeunesse, la beauté du "non" sincère d'une jeune femme fière. Mais tous s'accordaient à dire que la flamme de son regard était envoûtante. Depuis qu'elle s'était mariée, pour suivre les conseils de sa mère, Seylim avait mit de côté son caractère "tumultueux" et développer un honneur d'épouse. Et, en l’occurrence, ce n'était pas une bonne chose. L'adolescente semblait remuer, hurler, crier lorsque l'adulte, la mère, la femme, l'amoureuse observait son monde se déchirer devant ses yeux incrédules.

Elle semblait ne plus bouger. Devant les deux corps bien trop proches l'un de l'autre, ses pupilles se concentraient sur les gestes sensuels de son compagnon. Lentement, il charma l'akashien et leurs lèvres se rejoignirent semblant sonner le glas d'une musique macabre dont le bruit de la porte qui se refermait devenait la dernière note. Seylim restait immobile, le cœur arrêté, le corps essayant de remuer doucement pour la transporter ailleurs. Elle se remercia intérieurement d'avoir fini son contrat. Et, naturellement, elle se retourna. Ses pas la déplacèrent mollement vers la sortie. L'agnienne s'inclina respectueusement devant un majordome, lui offrant le contrat qu'elle devait faire signer. C'était l'exemplaire du baron. Son arrivée était inopinée. Elle n'aurait jamais dû venir. 

(Majordome) ▬ Je transmettrais le message à mes maîtres, soyez-en rassurée...

(Seylim) ▬ J'ai toute confiance en vous.

Les mots sortirent seuls, le regard hagard de la dame inquiétant le servant qui lui faisait face. Elle était blanche, tremblante. Son regard semblait se remettre d'avoir vu la Faucheuse et rien ne semblait réussir à la faire revenir "sur terre". Alors il prépara une calèche. Il la fit rentrer au palais où elle pourrait se reposer. Elle l'avait remercié par réflexe, sans voir ou entendre ce qu'il se passait. Elle ne revoyait que les lippes de son compagnon qui embrassait quelqu'un d'autre qu'elle-même. Elle caressa ses lèvres. Faiblement, alors que le véhicule la transportait loin du manoir. Pendant qu'elle était en train de s'ouvrir, de souffrir, lui s'amusait dans les bras du jeune homme. Et cette pensée laissa l'ambassadrice sur la fine limite de ses larmes. Elle observait devant elle sans faire attention à ce qu'elle voyait. Les paysages d'Akasha – d'habitude si calmes et reposants – paraissaient violents et hypocrites. 

Son oreille n'entendait pas le galop des chevaux, les roues qui cognaient contre les pavés. Elle n'entendait pas le vent qui soufflait, les ordres du cocher, les hennissements en guise de réponses de la part des animaux. Elle était seule. Elle se laissa rester quelques secondes silencieuse, immobile. Juste le temps de réaliser sa solitude. Et l'absolu silence semblait régner en maître, pesant sur la seule vie de l'espace clos. Rien ne le rompait, il semblait en devenir éternellement plus douloureux. Seylim se recroquevilla sur elle-même, le regard droit et franc, fixant le plancher de la calèche, les yeux imbibés de larmes qui coulaient inévitablement le long de ses joues puis de sa mâchoire et finissaient inexorablement par tomber sur ses mains toujours aussi silencieuse. 

Ce n'est que quelques heures plus tard, dans sa chambre - conjugale -, s'asseyant sur le matelas en fixant un point invisible, qu'elle finit par s'autoriser de n'être qu'une femme. Elle s'enferma, s'adossant au lit, s'asseyant à même le sol, attrapant un oreiller pour étouffer sa peine. Elle n'hurla pas. Elle ne cria pas. Elle n'avait ni l'envie ni la force de s'énerver. Elle était... Blessée. Terriblement peinée. Pire encore mais elle n'avait pas les mots pour décrire la violente révélation qu'elle avait encore du mal à digérer. Son honneur avait été souillé et sali. Son honneur de femme. D'épouse. De mère. Son honneur de Bin Shil. Son honneur de femme.

Incapable de se souvenir de la dernière fois qu'elle s'était laissée aller aux larmes ainsi, la dame du désert finit par se relever. Elle se calma, lentement, finissant par se commander un vin local. Elle ne buvait que rarement et ce, indépendamment de sa grossesse. Certains médecins recommandaient l'alcool pour aider le corps à se fortifier. Seylim n'avait jamais réfléchit à la question et, alors qu'elle venait de surprendre son compagnon s'illustrer dans les joies de l'amour avec un autre... Elle ne se la posait pas. 

Il lui fallu quelques heures de plus pour digérer le fait d'avoir croisé le père de ses enfants dans les bras du fils d'un de ses plus importants clients. N'oublions donc pas l'écart d'âge, de situation, de nationalités... Seylim ignorait quelle était la position d'Akasha quant à l'homosexualité. Pour elle... Le fait de l'avoir vu avec Aymeric de Verfleur était un problème plus important. Elle inspirait, se laissant réfléchir aussi calmement que ce qu'elle pouvait. Elle sentait son sang, si proche du zéro absolu auparavant, sembler bouillir dans ses veines, dans ses artères. Le son sourd des battements de son coeur ressemblait à une marche militaire qui se préparait à la guerre. Elle n'arrivait plus à être la Dame des Chevaux. L'Ambassadrice. La Mère. L'Épouse d'Ishüen. Non? Non. Alors elle avait décidé d'être elle. Égoïstement elle. Elle ne serait que Seylim Bin Shil. 

Elle dirigerait la discussion de la même façon qu'elle négociait. Après tout... Pourquoi resterait-elle avec un homme qui la brisait? Qui la trompait? Qui lui mentait? Pourquoi resterait-elle avec un homme qui détruisait chaque parcelle de ce qu'elle était. Un seconde, elle put réentendre sa mère parler à ses filles – surtout à l'aînée qui était en âge de se marier mais le conseil était valable pour ses trois enfants. 

(Mère de Seylim) ▬ Un homme heureux en ménage sera heureux en affaires! Vous devez faire progresser vos époux. Souvenez vous qu'être une bonne épouse c'est le combler. Un homme qui préfère dormir dans un autre lit a forcément une mauvaise femme.

Elle l'entendit tel qu'il avait été dit. Avec la force maternelle qu'elle n'aurait jamais, avec un regard dur qui lui manquait, avec un petit quelque chose qui lui manquait dans le regard... L'expérience peut-être. Pourtant, Seylim le prit pour elle. Personnellement. Elle se sentait... Seule. Inutile. Utilisée. Bientôt bonne à jeter. Elle n'était pas grand chose... Et il lui avait quand même tout retiré... Pourquoi...? 

La porte toqua par trois fois avant qu'une servant n'entre suite à l'autorisation verbale de l'ambassadrice. Elle déposa un plateau de fruits et de viandes cuites, quelques légumes venant accompagner le tout. La domestique annonça avoir croisé Le Seigneur des Chevaux qui lui avait commandait ce petit festin. Seylim remercia poliment la servante, ne réalisant qu'une chose de ces propos. Ishüen savait qu'elle était là. Et, vraisemblablement, il n'allait pas tard. Seylim se leva, servant leur deux verres et commençant le sien d'une douce gorgée. Elle se devait d'être prête... 

Ne pas hurler. Ne pas craquer de suite. Ce sera déjà pas mal. J'ai une calèche prête au besoin.

Au loin le son de la porte s'ouvrait. Seylim frissonna, le coeur lourd, les yeux semblant sur le point de pleurer de nouveau. 

Je n'aurais jamais dû tomber amoureuse. C'est là ma plus grande faute.

#iwhae pour epicode
Seigneur des Chevaux
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Ishüen

Seigneur des Chevaux
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le Mar 22 Mai - 9:16
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Lumière de ma vie, feu de mes reins...


Douce, blanche, délicatement veinée de bleu sur sa gorge et ses poignets, là où elle était la plus fine… La peau d’Aymeric ressemblait à du marbre. D’ordinaire, dans les moments de calme langoureux qui suivaient leurs étreintes, il aimait la caresser, s’amusant du contraste avec ses doigts sombres. Le jeune homme se pliait au trajet de sa main comme un chat bienheureux et le Seigneur des Chevaux comprenait pourquoi ses esclaves blancs étaient plus recherchés que les autres en Agni. Il y avait quelque chose de précieux dans cette carnation nivéenne, qui donnait des envies de contrôle et de possession comme le faisait l’or ou la soie. Chez lui, tout du moins. Aujourd’hui cependant, ils ne perdirent pas de temps à se rhabiller après que le feu de la passion les ait laissés pantelants l’un contre l’autre. S’y adonner dans le bureau du baron avait été des plus excitants mais n’en demeurait pas moins risqué.

« Si mon père nous surprenait ici, je ne serais pas le seul à écoper d’un sermon avant le dîner. Et je perdrais l’opportunité de te revoir. »
« Merci beaucoup de me rappeler l’évidence mais en ce qui me concerne, je perdrais un peu plus que cela. »
« Peut-être, mais n’est-ce pas la seule chose qui ait réellement de la valeur ? »


Ishüen le regarda alors qu’il renouait soigneusement autour de sa taille sa ceinture de tissu. Aymeric était appuyé sur le rebord du bureau, la chemise encore nonchalamment ouverte sur son torse d’albâtre, les joues rosies, lui adressant un sourire enjôleur sous ses mèches en désordre. Il prenait un plaisir manifeste à s’afficher ainsi, à lui offrir les preuves de ce qu’ils venaient de faire ensemble et du plaisir qu’il lui avait donné. Sa question mutine n’en était qu’une confirmation : malgré son espièglerie, il y avait quelque chose de profondément sincère dans ce qu’il affirmait. Aymeric était jeune et insouciant, héritier d’une noble et ancienne famille d’Akasha, promis à une brillante carrière à sa sortie de l’académie. Il ne pouvait, en effet, rien n’y avoir de plus important à ses yeux que la liaison secrète et fougueuse qu’il entretenait avec un homme inaccessible en tout point, en apparence. Le Seigneur des Chevaux songea un instant à le démentir mais il se ravisa. Elle avait parfois quelque chose d’agaçant, mais il aimait l’ardeur innocente de son jeune âge. Elle lui donnait une douce nostalgie de ce qu’il n’avait pour sa part pas eu le loisir de connaître après que la mort de son père et de sa sœur l’ait propulsé à son rang. Et puis le futur baron était fier. Le vexer ne donnerait lieu qu’à une somme inutile de complications.

« Transmets mes amitiés à ta femme. »
« Je préfère garder tes amitiés pour moi. »


Quelques paroles échangées, un dernier baiser, la promesse de bientôt se revoir, et le jeune homme s’éclipsa par la fenêtre pour retourner en catimini à l’académie dont il séchait les cours. Lorsqu’il fut sûr qu’aucun pas ne résonnait dans le couloir, Ishüen quitta le bureau du baron pour retourner à ses appartements comme il en avait l’intention à la base. Il s’y rafraîchit sommairement et y demeura pour lire et répondre à ses lettres, jusqu’au retour du baron. Lorsqu’il rejoignit ce dernier dans le salon, il fut surpris d’apprendre que son épouse était passée. Tiens donc. Il la croyait pourtant au palais. Après cinq années de mariage, Seylim l’assistait encore un peu dans ses affaires mais elle prenait surtout de plus en plus d’importance en tant que diplomate. Shensheïla avait beau ne pas être encore tout à fait sevrée, elle était déjà revenue à Ébène pour y assurer les liens entre Agni et Akasha malgré sa nouvelle grossesse. Ishüen aurait préféré qu’elle fasse un peu plus attention à sa santé mais il souhaitait l’épanouissement de son épouse et il savait que ce dernier n’aurait pas lieu entre les murs de leur demeure, à materner leurs enfants.

Durant ce séjour, ils ne se voyaient pas beaucoup. Le Seigneur des Chevaux logeait chez le baron pour ses propres affaires tandis que sa Dame avait sa chambre au palais. C’est pourquoi il était plutôt étonné (et soupçonneux) d’apprendre qu’elle était passée chez les Verfeur sans s’y attarder, ni demander à le voir sachant qu’il s’y trouvait, en toute logique. Peu d’hommes s’en seraient souciés outre mesure mais lui connaissait suffisamment son épouse pour savoir que cela n’avait rien de normal, pas plus que ça n’augurait quoi que ce soit de bon. Il écourta autant que possible la conversation avec le baron pour se rendre au palais dans la première calèche venue. Il espérait que rien de grave ne s’était passé vis-à-vis de l’enfant qu’elle portait. C’était sa seule véritable inquiétude.

« Vous êtes venue chez les Verfeur aujourd’hui ? Un domestique m’en a informé… »

Il s’était fait annoncer, avait commandé une collation légère au cas où (comme beaucoup d’agniens, il ne parvenait pas à se faire au concept akashan de repas interminables à heure fixe) et était rentré seul dans les appartements de sa femme après avoir essuyé bon nombre d’accostages impromptus de le part de nobles oisifs. Il trouva Seylim debout près de la table où avait été posé le plateau, une coupe de vin à la main. Ishüen vit l’expression sombre de son visage, ses yeux rougis d’avoir pleuré et le feu dévorant qui y brûlait, qu’il ne se souvenait pas y avoir déjà vu. Il sut aussitôt qu’il ne lui transmettrait définitivement pas les amitiés du jeune baron de Verfeur.

« Quelque chose ne va pas, ma Dame ? »
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Agni
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Seylim

Agni
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le Mar 22 Mai - 15:33

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
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=> 87e jour d’Eira, an 993.
Elle l'avait observé. La dame du sable avait tourné son corps pour lui faire face. Celui lui avait demandé bien plus de motivation qu'il n'aurait fallu en avoir. Sa main porta le verre a ses lèvres, lui offrant vaguement l'impression de faire quelque chose alors que la porte se refermait et qu'elle l'écoutait les propos qu'il lui tenait. La majordome avait transmit contrat et présence. C'était plus que suffisant. Mentalement, elle le remercia et se reconcentra sur l'infidèle qui partageait sa vie. Devait-elle tout dire de suite? Le faire patienter? Il ne craquerait certainement pas avec elle. Après tout... Seuls les Dieux savaient depuis combien de temps cette mascarade durait. 

   Elle s'était achevée en n'arrêtant le flux continuel de questions qui la submergeait. L'aimait-il? Aimait-il leur enfant? Était-elle importante pour lui? L'avait-il épousé pour autre chose qu'avoir des enfants? Quel était son rôle...? 

(Ishüen) ▬ Vous êtes venue chez les Verfeur aujourd’hui ? Un domestique m’en a informé…

(Seylim) ▬ Effectivement. J'ai remis au Baron le contrat dont nous parlions il y a peu.

   Elle ne répondit rien de plus. Les mots, qu'elle maniait avec une dextérité certaine, n'était plus aussi simples à prononcer. Ils semblaient se bloquer. "As-tu des sentiments pour lui? Depuis combien de temps? Pourquoi es-tu partit de notre couche? As-tu des sentiments pour moi...?". Elle but une nouvelle gorgée, plus longue, plus intense. On ressentait son envie de noyer quelque chose alors qu'elle resta là, devant lui, debout. Pourtant, la Dama du Désert délaissa son verre à moitié vide pour tendre le sien à son compagnon. Être en pleine haine ne devait pas manquer au respect le plus élémentaire. 

(Seylim) ▬ Je pensais resserrer les liens de nos familles et envisager plus grand en rebondissant sur leurs contacts.

   Une nouvelle fois, son sang se glaça. Elle avait tellement mal... Comme si une Seylim, plus enfantine, se retrouver avec un énorme puzzle qui ne se laissait pas attraper. Et quand, enfin, la petite main enfantine finit par se refermer sur le jeu, il avait explosait tel une pluie de pièces à remettre ensemble. La seule différence c'est qu'on ne pouvait l'aider à refaire le puzzle de son cœur ou de la confiance disparue entre les deux êtres. Les mains de l'adulte la resservir en vin, ses lèvres croquant dans un fruit juteux. Elle pensait à ses filles. À ses deux amours, au troisième qu'elle portait. Elle pensait à ses parents. Et à tout le reste. Leurs rôles, leurs grades, ce qu'on attendait d'eux. Ce qu'elle pouvait se permettre. Ce qu'elle ne pouvait pas. Elle jaugeait et comparait les différentes solutions qui semblaient s'offrir à elle. Finalement, la jeune adulte n'eut pas autant de temps que ce qu'elle espérait.

(Ishüen) ▬ Quelque chose ne va pas, ma Dame ?

(Seylim) ▬ Ne m’appelez pas ainsi.

   Le tumulte de l'adolescente tempétueuse qu'elle était, eut raison d'elle. Elle entendit sa voix, lointaine, glaciale, distante, résonner lourdement. Le reproche qu'elle voulait garder ne fut pas formuler. Était-ce pour autant une bonne chose? Le ton était sec et imposant. Elle semblait presque rajeunir. La flamme qui dansait tel une Agnienne en plein mariage se déchaîna. La danse sensuelle et piquante grandissait, se rapprochant toujours un peu plus de l'incendie ravageur. Elle reposa le fruit, observant son compagnon. On aurait pu la penser possédée ou folle. Dans certaines dimensions on l'aurait comparé à une démone ou un esprit frappeur. Dans d'autres on se serait contenté de dire que "Chassez le naturel il revient au galop". Et quand on sait que Seylim aimait – adolescente – se complaire secrètement et avait prit plaisir à être cette jument indomptable.

   Dans le regard sombre de l'épouse, regard accentué par sa main qui apportait la coupe à ses lèvres, les pupilles ébènes se plantant dans celle de son compagnon. Elle se faisait la remarque, se disait qu'il ne devait pas l'avoir connu ainsi. Peut-être qu'il en avait entendu parler... par ses sœurs ou ses parents. Mais il voyait pour la première fois, la petite tempête que Shil Ben Hichem avait adoré. Longtemps, au sein des grandes familles de Rubis, Seylim avait été l'océan d'Agni, impétueux et imprévisible, plus terrifiant calme que déchaîné. 

   Elle tentait de se rappeler pourquoi elle s'était retenue. À quel point elle s'était retenue, à quel point elle avait tenté de le rendre fier, de laisser une bonne image de son nom, de son époux. Et là, alors qu'elle lui faisait face, une seule question semblait rester, du tourbillon de pensées qu'elle avait... une seule lui semblait importante. 

Je me suis retenue, j'ai supporté tout en serrant des dents, j'ai eu des enfants, j'ai déménagé pour être la fierté d'autrui... J'ai été une bonne épouse, une bonne diplomate, une bonne fille, une bonne mère... pour ce résultat-ci?

(Seylim) ▬ Je me demande, mon ami, à quel point vous tenez à cœur à vos relations...

   Quelques mots. Simples, presque trop calme quand on observait le visage figé de la Dame, quand on se laissait happer par le jeu. Par le piquant de son ton. Par l'accusation non-dite et pourtant parfaitement claire. Elle soulevait plusieurs questions. D'abord s'il aimait son travail. Ensuite s'il aimait son amant. Enfin, si elle était aimée et si elle était reléguée à un "rang d'importance" plus bas qu'un amant. Les iris semblaient le mettre au défi de lui mentir. Comme si elle ne voulait pas de réponses en demie-mesure. Alors qu'elle-même jouait tel une vipère. 

(Seylim) ▬ Je me demande, Ishüen, ce qui vous tient à cœur. Ce que vous affectionnez, pourquoi et à quel point.

   Elle l’appelait rarement par son prénom, le tutoyait encore moins. Elle était polie et concise. Elle se devait de l'être. Mais pas là, pas maintenant. Elle ne pouvait pas. Elle n'y arrivait pas. Elle semblait sur le point d'exploser, à se contenir de justesse. Pourtant, cela ne l'empêchait pas de reprendre une gorgée de vin, le corps souple et calme, les gestes tendres et félins. Son esprit se focalisait sur les mots qu'il allait prononcer. Sur les réactions qu'elle aurait. Qu'il la déteste ou non n'était pas important vu qu'elle-même n'était qu'un parfait mélange entre de la haine, de la colère noire et de la détresse. 

(Seylim) ▬ Mais là Ishüen... Je me demande surtout depuis combien de temps tu me prends pour une idiote. Depuis combien de temps me mens-tu?

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Ishüen

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le Mer 23 Mai - 23:53
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Ishüen ne quittait pas du regard Seylim alors qu’il se rapprochait d’elle, la remerciait d’un signe de tête pour la coupe de vin qu’elle lui tendit. Ses yeux scrutaient la ciselure d’œuvre d’art de ses traits, les mouvements de ses mains, de ses lèvres alors qu’elle buvait à longues gorgées et cela lui faisait le même effet que de découvrir une lézarde dans un mur de pierre. Le Seigneur des Chevaux entreprit de la longer à pas prudent malgré le risque que l’édifice ne s’écroule. Mais ce n'est que lorsque son épouse lui fit part de ses intentions quant à la famille de Verfeur qu'il entrevit la réelle ampleur de la faille.

« C’est effectivement une opportunité à saisir. Les Verfeur connaissent de près ou de loin toutes les personnes influentes d’Akasha.»

Il répondit d’une voix égale avec un hochement de tête à peine esquissé, exactement comme il l’aurait fait de n’importe quel autre partenaire commercial. Intérieurement, il étudiait la situation telle qu'elle se remodelait sous son regard à la lumière de ses paroles. Seylim les avait vus. Elle s’était rendue chez le baron, les avait surpris dans le couloir et s’en était allée sans se faire annoncer. Cela lui apparaissait clairement à présent, jeté comme un morceau de viande sous une lumière crue, tout comme il percevait nettement la colère de son épouse. Son regard alourdi par ses larmes précédentes s’était fait perçant, aussi brûlant qu’un fer rouge alors qu’elle poursuivait son attaque après avoir lancé l’offensive, lui interdisant soudain de l’appeler respectueusement comme il le faisait toujours. Elle resserra ensuite un peu plus l’étau de ses paroles à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche.

Le Seigneur des Chevaux la regarda faire, sans bouger tandis qu’elle-même divaguait autour de la table, se resservait en vin, goûtait un fruit, glissait nonchalamment contre l’air de la pièce la courbe de son ventre dissimulé sous sa robe. Il pouvait le dire sans se tromper, c’était la première fois qu’il la voyait ainsi. Jusque là, Seylim avait toujours été une épouse calme et altière, accomplissant tous ses devoirs et son travail avec une dignité de reine. Depuis cinq ans, il était pleinement satisfait d’avoir pour compagne une femme ayant la tête aussi droite sur les épaules, l’intelligence aussi vive, l’honneur aussi racé. Et, exceptée la reconnaissance qu’il lui portait pour avoir mis au monde ses enfants, c’était à peu près la seule opinion qu’il avait eue d’elle jusqu’ici. Il n’en allait plus de même à présent qu’il découvrait cette autre Seylim, ce regard bouillant de colère et cette voix dure qu’il s’échappait de la faille dans le marbre. Un mince sourire étira ses lèvres à sa dernière question.

« Allons, ma chère. Ne vous fatiguez pas à tendre ce genre de pièges avec moi…  »

Le métal tinta doucement sur le plateau de bois verni de la table alors qu’il y reposait sa coupe de vin. Il n’y avait pas touché. Ses mots, calmes et nets dans l’atmosphère soudain électrique, s’enrobaient imperceptiblement du velours dont il usait dans les négociations.

« Si vous avez des reproches à me faire, je vous en prie : énoncez-les clairement.  »
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le Jeu 24 Mai - 3:24

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
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.(Servante) ▬ Que les Dieux nous viennent en aide... Mademoiselle Seylim! Veuillez arrêter de répondre à votre professeur.

(Seylim) ▬ Non.

La voix sèche et le visage hautain de ses dix ans, l'enfant plantait son regard dans celui de sa tutrice. Elle n'avait pas crié. Elle n'avait pas eu besoin de le faire. Ses sœurs se chamaillaient un peu plus loin alors qu'elle-même allait être punie sous peu. Mais peu lui importait.

(Seylim) ▬ Si sa culture n'était pas défaillante, je n'aurais pas besoin de lui répondre.

(Professeur) ▬ Vous manquez cruellement de respect Mademoiselle! tonna le professeur, furieux

(Seylim) ▬ Vous n'êtes qu'un employé. Vous êtes engagé pour m'apprendre des choses et non pour vous jouer de moi.

(Servante) ▬ Mademoiselle!

(Seylim) ▬ QUE ME VOULEZ-VOUS? Vous êtes chez mes parents! Vous devez leur obéir! VOUS N'AVEZ PAS LE CHOIX! Alors maintenant je décrète que ma leçon est finie. Oh. Ne revenez pas "Professeur". Je demanderais à Père de me trouver quelqu'un d'autre de plus compétent.

Seylim avait enfin hurlé. Le majordome de famille s'était détourné faiblement, retournant à ses obligations alors qu'il cachait le sourire fier qu'il arborait. 

Et ce jour-là, treize ans plus tard, le majordome sourirait s'il la voyait. Lui, en silence, avait consolé chaque larme de l'enfant qu'elle était. Il lui avait apprit des choses, lisant avec elle, il lui disait lorsque la question dépassait sa culture et ils cherchaient ensemble les réponses. C'était lui qu'elle était allée voir lorsque ses parents lui avaient annoncés son mariage. Elle avait pleuré. Elle avait longuement laissé l'homme âgé la consoler, telle une enfant qui ne désirait aucun argument logique.

(Majordome) ▬ Vous verrez Mademoiselle, je suis sûr que le Seigneur des Chevaux est un être gentil et généreux, doux et tendre. Je suis sûr que vous arriverez à vous entendre et à ne faire qu'un tel un mari et une femme.

(Seylim) ▬  Mais je ne veux pas me marier...

(Majordome) ▬ Mademoiselle... Vous devez vous y plier. Vous devez nous apporter des héritiers de votre caractère, de votre sang. Vous devez continuer et éduquer la génération future pour que nos idéaux et notre sang ne meurt pas.

[…]

Et que les Dieux lui en soient témoins, que Liekki lui-même vienne la châtier si elle n'essayait pas de se retenir. Pourtant, il avait cette gestuelle, cette aisance qui l'énervait. Il avait ce calme en la regardant qui semblait la meurtrir un peu plus à chaque seconde. Comme s'il n'avait rien fait de mal. Comme elle avant lorsqu'elle avait raison. La seule différence avec ses années de "candeur" c'était qu'elle avait du pouvoir, de l'argent. Et des responsabilités. Elle haussa un sourcil lorsque les plis de ses lèvres se redressèrent sur le visage de son époux. Si elle avait pu, son corps se serait instantanément consumé pour le brûler vif. Sourire n'était pas la bonne chose à faire. Surtout pas en cet instant.

(Ishüen) ▬ Allons, ma chère. Ne vous fatiguez pas à tendre ce genre de pièges avec moi…

Une seconde. C'est le temps qu'il fallu à la femme du désert pour comprendre. Un piège. Il pensait vraiment qu'elle était simplement en train de tisser sa toile? Non... Oh que non. Sa toile n'avait pas besoin d'être tirée. Elle la tisserait plus tard, lorsqu'il se prendra un retour de flammes, quand il comprendra qu'elle est rancunière. Sa voix avait quelque chose de désagréable. Et rapidement, elle comprit. Son regard papillonna, incrédule alors qu'elle réalisait qu'elle n'était pas une épouse. Elle était une commerçante et son compagnon essayait de la prendre comme telle. Elle ne bougeait plus. Une nouvelle chose venait de se briser. Une autre. Qu'avait-il détruit au final? Pas grand chose. Sa confiance en lui. Une partie de sa confiance en elle. Son cœur. Trois fois rien paraît-il.

(Ishüen) ▬ Si vous avez des reproches à me faire, je vous en prie : énoncez-les clairement.

(Seylim) ▬ Des reproches...?

Seylim entendit sa voix questionner, lointaine, n'écoutant pas la réponse qu'il donna – si tenté qu'il lui en donnait une. C'était... incompréhensible. Des "reproches". Il pensait qu'elle n'avait que des reproches à dire? C'était mal la connaître. Il était à noter qu'ils ne se connaissaient pas. Cela ne rendait pas son infidélité plus délectable ou tout du moins acceptable. Mais Seylim n'était pas en mesure de faire le moindre compromis. Elle en avait fait durant cinq ans. C'était tout ce qu'elle avait pu faire. Des concessions. Des compromis. Et là, il lui en demandait encore... 

La belle sourit. D'un sourire sans joie, sans bonheur. D'un sourire qui figeait son visage en une expression de chasse, de jeu malsain. En une expression qui montrait aussi bien sa colère que sa douleur. Lentement, les craquelures du masque qu'elle avait tant porté se détachèrent. Les uns des autres, les monceaux de poterie tombaient, laissant le rire de la beauté résonner. Un rire froid. Glacial. Un rire terrifiant, qui laissait voir le visage expressif qu'elle cachait. L'adolescente sortait d'un long sommeil et ne semblait pas prête de se rendormir définitivement.

(Seylim) ▬ D'abord, arrête de m'appelez "ma chère". Je ne suis ni tienne, ni chère. Je ne suis, vraisemblablement, pas assez importante pour mériter ce genre de noms. Je n'ai pas de pièges à tendre. Tu as fais une erreur. Je n'ai pas de reproches. Que des regrets.

Elle avait son rire dans la voix, qui aurait pu faire passer ça pour quelque chose qu'elle oublierait vite. Et son regard était sûrement la partie de son visage qui avait le plus pris. Son regard passait entre la détresse, la haine et la lassitude. Elle se questionnait sans arriver à se décider. Et poursuivit lorsque son rire s'eut complètement éteint.

(Seylim) ▬ Est-ce qu'au moins tu te rends compte de ce que tu as fais? Est-ce que tu as juste conscience de ce que tu ... Non. Oublie. Je me fiche de savoir si tu as conscience ou non.

Ses pas se rapprochèrent de lui. Elle se planta, soutenant son regard sans sourciller.

(Seylim) ▬ Tu veux des reproches? Alors je vais te reprocher de ne jamais m'avoir considéré comme ton épouse. Tu l'as promis devant les Dieux. Tu l'as PROMIS!

Les larmes revenaient hanter son regard. Des larmes de haine, de colère, d'incompréhension. 

(Seylim) ▬ Pourquoi? Dis-moi juste pourquoi? Ne suis-je pas assez bien pour toi? J'ai tout fais il me semble! Je t'ai donné deux filles, je t'ai aidé à prospérer. J'avais dans l'idée d'améliorer les relations diplomatiques, nous faire fructifier plus encore! J'ai été douce, obéissante, tendre, à l'écoute. Je t'ai tout offert...

Une seconde, ses propres propos l'empêchèrent de continuer. Son visage se déforma sous la haine qu'elle ressentait, sifflant entre ses lèvres. Les larmes sortaient, coulaient le long de ses joues alors qu'elle n'était que colère et indignation.

(Seylim) ▬ Je t'ai. Tout. Donné. Je t'ai donné mon nom. Mon avenir. Je t'ai offert mon corps, ma virginité. Je t'ai laissé me faire des enfants. J'ai arrêté de penser politique pour mieux t'aider. Je t'ai fais passé avant moi. Toutes ces années. Juste pour que toi, tu puisses jouir d'autres corps? Est-ce cela l'homme que j'ai épousé? Est-ce vraiment cela que tu es?
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Ishüen

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le Sam 26 Mai - 15:24
 
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Le mince sourire qui avait effleuré ses lèvres s’était effacé alors qu’il l’écoutait, qu’il subissait les débordements de l’étrange déferlante qui semblait agiter son épouse. Son visage demeurait de marbre à présent, ses yeux froids et attentifs alors qu’il en étudiait les contours. L’avait-il déjà vue en colère ? Non. Irritée, peut-être. Impatientée parfois aussi, quand Shensheïla geignait deux heures durant sans raison en pleine nuit. Mais bouillonnante de rage, se contenant à grand peine en le poignardant de son regard enflammé et brûlant de larmes comme en cet instant, jamais. Il pouvait affirmer sans trop se tromper qu’il faisait face à une autre femme que celle qu’il avait épousée. Une étrange créature à la colère serpentine, qui se masquait de rire glacial et de mots jetés comme une pluie de flèches à son visage pour faire oublier qu’elle était en train de pleurer. C’était la première fois en cinq ans qu’il la voyait pleurer. Cela l’émouvait-il ? Pas exactement, du moins pas de la façon dont on aurait pu s’attendre à ce que ce soit le cas. Il avait l’impression d’ouvrir une seconde paire de paupières qui avait maintenu son épouse dans la brume jusque là, ne laissant filtrer que ce qu’il connaissait d’elle. À présent, il la voyait nettement et elle ne correspondait pas à l’image qu’il s’en était formée durant ces cinq années où il n’en percevait que des bribes. Cela aurait sans doute suffi à désarmer n’importe qui d’autre. Pas lui. Sa voix était égale lorsqu’il lui répondit, après quelques secondes de silence à contempler les larmes sur son visage frémissant de colère :

« Vous vous méprenez dans vos accusations. Vous êtes mon épouse et vous l’avez toujours été. Je vous considérais déjà comme telle avant même de le promettre devant les dieux, comme vous aimez à le marteler. Nul n’est plus conscient que moi de vos qualités, de vos mérites et des sacrifices auxquels vous avez consentis de votre propre chef, sans que jamais je ne vous les demande. Vous pouvez, à la rigueur, me reprocher de ne pas vous l’avoir assez souvent dit. J’ai, visiblement, commis une erreur en pensant que mon estime à votre égard serait perceptible d’elle-même...  »

D’un geste souple, il reprit la coupe de vin qu’il avait délaissée et contourna la table pour aller se placer face à la fenêtre. Les flèches et les toits grandioses du palais d’Ébène, surchargés d’ornements et de statues, lui cachaient en partie les hauteurs de la ville qui s’étendaient sur le flanc de la colline. Le bleu du ciel commençait doucement à s’éclaircir et ne tarderait pas à se tacher de rose et de jaune pour annoncer le crépuscule. Même à cette distance, il lui semblait sentir monter des rues la fébrilité du soir.

« Mais c’est donc de cela qu’il s’agit, finalement. Vous m’accusez de vous avoir trahie. »

Il se retourna sans hâte, considérant le vin dans sa coupe avant d’en boire une gorgée. Fort, âpre et corsé. Son tannin lui agrippait encore la langue alors qu’il reprenait la parole, avec une maîtrise de lui-même presque qui aurait pu passer pour odieuse :

« Puis-je savoir avec qui ? »
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le Sam 26 Mai - 20:55

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
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Dévastée. Brisée. Une plaie ouverte. Si elle était un tableau, elle ressemblerait à un fantôme en train de hurler sa détresse. Elle ignorait ce qu'il pensait, comment il la voyait. Et s'en fichait. Elle ne le voyait plus. Plus vraiment. Elle ne voyait plus le père de ses enfants, elle ne voyait plus son mari. Elle voyait un homme. Un homme qu'elle méprisait. Elle-même se méprisait d'y avoir cru. D'avoir cru aux paroles de son majordome. Elle était trop naïve. Elle était... Déchirée. 

Elle l'avait observé. Elle l'avait écouté. Et elle avait craqué. Sous chacun de ses mots, elle se sentait chaque seconde plus mal, chaque seconde plus ouverte, comme s'il s'amusait à jeter du sel sur un couteau qu'il lui plantait dans chaque centimètre de son corps. Il lui disait qu'elle était son épouse, qu'elle l'avait toujours été. Il lui disait qu'il connaissait ses qualités, son mérite et ses sacrifices. Alors pourquoi...? Pourquoi lui faisait-il subir tout ça? 

Et puis... les mots de trop. Les mauvais mots. Le mauvais ton. Il avait reprit sa coupe de vin et avait observé l'horizon en l'ignorant... Elle n'y jeta pas un coup d’œil. Elle voulait partir, rentrer chez elle, prendre ses filles et partir. Ne plus le voir, ne plus l'entendre. Elle avait tellement mal... 

(Ishuen) ▬ Mais c’est donc de cela qu’il s’agit, finalement. Vous m’accusez de vous avoir trahie.

Elle haussa un sourcil incompréhensif. Non... Elle n'accusait pas. Elle annonçait qu'il l'avait trahi. Elle les avait vu. Elle n'avait pas besoin de preuves ou d'avoir une incertitude quelconque. Ce qu'elle avait vu, entendu, ne laissait aucune chance au doute.  Et Seylim ne réagit pas à sa voix. À son ton. Elle réagit à ses propos. Sa dernière question.

(Ishuen) ▬ Puis-je savoir avec qui ?

(Seylim) ▬ Plaît-il?

Sa voix vibrait de colère. Seylim baissait le visage, les larmes coulant silencieusement alors que ses poings se refermaient sur sa robe. Elle la déchira sans s'en rendre compte. Elle se mordait la lèvre pour ne pas hurler. Ils n'étaient pas chez eux... Elle ne pouvait pas se permettre de laisser les voisins les entendre... Comment osait-il? Comment osait-il lui demander ça?!

(Seylim) ▬ "Ciel, c’est donc cela ces rêves indécents où je me laisse posséder sans relâche par un djinn insatiable qui m’assaillent depuis une semaine"

Cita sa voix alors que son corps tremblait. Jamais elle n'avait été dans une telle colère. Elle avait toujours su se restreindre, se détendre, désamorcer la situation avant qu'elle-même n'explose. Elle avait été parfaite ces quinze dernières années. Elle avait encaissé, elle était restée droite, elle avait protégé son nom et était une source de fierté pour ses parents. Elle avait grandi parfaitement et avait une place assez importante. Elle s'était donnée pour les autres... Mais à quel moment avait-elle pensé à elle? C'était une question simple avec une réponse tout aussi simple. Jamais. Elle n'avait jamais fait passer ses désirs avant ceux de quelqu'un d'autres. Elle avait prit soin de ses sujets, elle avait été dans le sens de ses négociants. Elle avait tenu son époux et l'avait aidé. 

(Seylim) ▬ J'ai fais tout ça pour rien...

Sa voix murmura, signe que son esprit était en ébullition, qu'elle ressassait les images et les propos qu'Aymeric avait eu un peu plus tôt. Plus furieusement encore, les larmes redoublèrent d'intensité. Elles détruisaient l'inexpressivité de ses traits habituels, soulignait la douleur qu'elle ressentait et la détresse que son regard offrait malgré lui. Son corps n'arrivait pas à arrêter les tremblements qu'elle vivait, restant sur ses appuis sans comprendre comment elle faisait pour ne pas tomber. Elle semblait exploser. Elle semblait hurler, sa voix supportant mal qu'elle parle si fort, avec tant de virulence. Le paroxysme de la colère semblait être atteint... 

(Seylim) ▬ J'aurais dû m'en aller de chez mes parents. Je n'aurais jamais dû te rencontrer. Tu veux son nom? Mais tu le lui murmures tous les soirs, toutes les nuits "cher Djinn"!! Si je prononce son nom ce soir, il mourra! Je t'en fais la promesse Ishüen! Il mourra pour tes erreurs! Pour ton comportement! Et tu n'auras que tes beaux yeux pour le regret...

Elle allait ajouter quelque chose. Elle allait l'insulter et lui claquer la porte au nez. Elle allait partir la tête haute. Elle ouvrit les lèvres et les referma, son regard l'observant sans le voir. La vérité semblait la traverser. C'était fulgurant. Dévastateur. Son regard s'éteignit. Rapidement. Violemment. Elle pleurait. Elle ne pleurait pas comme une femme pleurait de colère. Non. Elle pleurait de comprendre et de réaliser. Comme une simple femme triste.

(Seylim) ▬ Tu en es amoureux.

Ses mots résonnèrent comme une fatalité. Elle n'avait pas d'autres explications. Il s'était caché. Il niait même maintenant. Il le protégeait. Alors qu'il n'avait jamais tenté cela pour elle. La protéger s'entend. Il ne l'avait jamais fait et elle ne le laisserait plus le faire. Ses poings se relâchèrent, les mains pendantes misérablement au bout de ses bras mous. 

(Seylim) ▬ Tu en es amoureux.Tu ne m'as jamais aimé. Pas une fois. Pas même un peu... Ah. Tu avais besoin de moi. Lui ne peut pas t'offrir d'enfants.

Il n'y avait aucune question. Peu importe ce qu'il allait lui dire. Son avis se faisait lentement. Qu'elle ait raison ou non, la vérité n'était plus importante. Pour elle, elle n'avait été que son objet. Un objet bien traité. Mais un objet quand même. Sa main se posa sur son ventre, le caressant avec une lenteur qu'elle ne contrôlait pas. Son visage ruiner par les larmes se tourna vers lui. Son regard rougit, tremblant, en train de mourir le suppliait que d'être franc, ne serait-ce qu'une fois.

(Seylim) ▬ Ishüen. Depuis combien de temps lui offres-tu... ton cœur...?

Tout ce qu'on m'a toujours refusé. La seule chose que je voulais. Être reconnue et aimée pour ce que je faisais, ce que j'étais. Et même lui en préférait un autre... Celui qui est censé m'aimer m'a tourné le dos. En tant que femme, en tant que Shil. En tant qu'épouse. Je suis un échec.

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le Jeu 31 Mai - 0:05
 
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Seylim ne comprit pas tout de suite. Il le vit lorsque la surprise vint mâtiner la douleur sur ses traits alors qu’elle l’écoutait nier de façon sournoise. Non, elle ne comprit pas tout de suite mais elle était intelligente. Sans quoi, il ne se serait pas donner la peine de lui mentir. Sitôt remise, elle lui asséna sans broncher ou presque la première vraie preuve tangible qu’elle les avait surpris. Le vin s’immobilisa dans sa coupe et ce fut son tour de lever un sourcil étonné. Intérieurement, il s’était sentir frémir d’entendre les paroles de son amant dans la bouche de sa femme. L’espace d’un instant, les deux visages, les deux voix se mêlèrent à la frontière de ses souvenirs et de la réalité. Le sourire mutin d’Aymeric enchevêtré dans la détresse de Seylim lui fit froid dans le dos mais il ne répondit pas. Il resta égal à lui-même alors qu’elle continuait de parler, plus qu’elle ne l’avait jamais fait. Comme il était étrange de voir soudain le flot de ses pensées se déverser comme une rivière en crue alors qu’elle les avait soigneusement gardées pour elle durant des années, d’entendre le timbre si mesuré de sa voix se briser, se hacher sous l’effet de la colère… Ishüen n’avait pas l’intention de réagir et de l’encourager, la situation était déjà bien assez pénible en l’état. Mais son regard se durcit malgré lui quand elle en vint à l’intimidation. La conversation prenait un tour qui ne lui plaisait pas et il le fit savoir immédiatement :

« Allons. Laissez là ces menaces ridicules. Vous vous feriez du tort sans même que j’ai besoin de tromper qui que ce soit. »

Le ton demeurait calme mais s’était sensiblement affûté, comme un sabre sur une meule. Le Seigneur des Chevaux n’aimait pas être obligé de rappeler ainsi sa femme à l’ordre, comme une pouliche rétive, alors qu’il savait qu’elle valait bien plus que cela. La jalousie et la colère desservaient la sagacité qu’il louait tant par ailleurs. Et pourtant…

« J’ignore de quoi vous parlez, ou qui vous mettez en péril avec vos assertions nébuleuses. M’accusez-vous d’avoir une liaison avec le baron de Verfeur ? Je vous en prie… Ce brave Henry serait bien plus crédible en votre compagnie qu’en la mienne. »

Pourtant elles jetaient un éclairage tellement nouveau sur son épouse qu’il ne pouvait empêcher une partie de lui d’en être fasciné. Il était troublant de découvrir soudain une lionne en furie sous ses traits habituellement imperturbables. Troublant, oui… Mais pas acceptable pour autant. Il avait beau avoir pitié d’elle pour de ce qu’il lui faisait subir, et regretter amèrement de ne pas avoir été plus prudent pour lui éviter ces souffrances, il n’avait pas l’intention de se laisser faire. Par ailleurs, bafouée et furieuse ou non, Seylim savait qui elle affrontait. Pour l’avoir déjà vu louvoyer parmi des nobles le prenant de haut ou face à des concurrents trop avides, elle connaissait les risques qu’elle prenait en le provoquant de la sorte.

« Combien de temps ? Et bien j’escomptais que vous me le diriez, vous qui semblez tellement au fait de mes sentiments. Je ne vous ai jamais aimée. J’en aime un autre dont vous refusez de me dire le nom. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin… »
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le Jeu 31 Mai - 1:24

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
Alfred de Musset

=> 87e jour d’Eira, an 993.
D'abord il crut pouvoir la résonner, ses mots tentant de la rappeller à l'ordre. Il faisait son devoir d'époux. Mais elle ne l'entendait pas. Elle souffrait. La comparer à une plaie béante n'était qu'euphémisme. Elle était toute aussi bien que le sel qu'il s'amusait à déverser sur elle, comme si s'ouvrir en deux et hurler sa souffrance n'était qu'un jouet pour lui. Elle se ferait du tort. Qu'en savait-il? Avait-il seulement conscience qu'en cet instant, protéger leur nom ou leur honneur ne faisait plus partie de ses priorités? Comprenait-il à quel point elle se sentait délaissée, trahie, humiliée. Et pourtant, pourtant, son corps ne bougea pas. Elle resta devant lui, le visage à l'image de son coeur, dévasté. Il ne la connaissait pas et, par ses propos, lui prouvait qu'il ne cherchait pas à la connaître. Pour la première fois de son existence, la Dame des Chevaux n'était qu'elle. Elle n'arrivait ni à se calmer, ni à juste le désirer. Plus jeune, elle se serait enfermée, aurait pleuré toutes les larmes de son corps. Et, quelque part... Elle voulait réagir ainsi.

(Ishuen) ▬ J’ignore de quoi vous parlez, ou qui vous mettez en péril avec vos assertions nébuleuses. M’accusez-vous d’avoir une liaison avec le baron de Verfeur ? Je vous en prie… Ce brave Henry serait bien plus crédible en votre compagnie qu’en la mienne.

(Seylim) ▬ Je n'ai besoin de vos mots. Je sais ce que j'ai vu et entendu. Tout cela n'est que mensonges.

Sa voix mourut dans sa gorge. Elle qui était habituellement droite et fière, elle qui se tenait contre tout, le regard vif et la langue cinglante, se mourrait devant son époux. Son regard se ternit. Une nouvelle fois. Seulement, il n'était pas remplacé par une colère sombre, une détresse quelconque. Non non. Son regard n'exprimait plus rien. Elle comprenait. Elle réfléchissait. Et chaque constat, chaque possibilité qu'elle tentait d'étouffer, rendait son cœur de plus en plus lourd. Son estomac lui-même se tordait. Elle avait mal. Physiquement mal. Pourtant, ses yeux n'exprimaient que le vide qu'il avait créé. Quelque chose s'était éteint en elle et il pouvait le voir. Jamais l'agnienne ne s'était sentie si désœuvrée, si nue. Si faible et fragile. Si elle ne pouvait lui faire confiance, maintenant qu'il avait ruiné ce qu'elle avait tenté d'obtenir depuis des années... Alors que lui restait-il...? 

(Ishuen) ▬ Combien de temps ? Et bien j’escomptais que vous me le diriez, vous qui semblez tellement au fait de mes sentiments. Je ne vous ai jamais aimée. J’en aime un autre dont vous refusez de me dire le nom. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin…

Quelques secondes plus tôt et la gifle serait partie. Elle aurait sûrement hurlé, crié, avec une véhémence nouvelle, avec une fureur qui la dépassait. Et là, sa voix était tout aussi vide que son âme lorsqu'elle se laissa lui répondre, quelques secondes après avoir reposé le gobelet vide, s'inclinant avec bien trop de respect quand on considérait la situation dans laquelle les amants se trouvaient. 

(Seylim) ▬ Effectivement, j'aurais aimé vous en dire plus. Cependant, vous mettez un point d'honneur à rester insensible et, pire encore, secret. Jamais je ne vous ai compris et je doute de ne jamais vous comprendre, vous qui vous vous enfermez loin du reste du monde. J'ai espéré. J'ai espéré que vous me fassiez confiance. J'ai espéré, vous aidant de mon mieux, qu'un jour vous vous ouvriez à moi.

Ses larmes, ininterrompues, tombaient sur le sol alors qu'elle observait les pierres qui lui faisaient face. Elle ne pouvait se taire. Elle ne pouvait se redresser. Elle ne pourrait jamais s'en relever. 

(Seylim) ▬ J'ose espérer que vous pardonnerez mon comportement. Du plus profond de mon coeur, je vous souhaite une longue et belle vie mon ami. J'espère sincèrement que vous continuerez à faire fleurir vos affaires et qu'Aymeric saura bander ce coeur qui lui appartient. J'ose espérer aussi qu'il sera tendre et doux avec Tylim et Shensheïla.

Repenser à ses filles fut son propre coup de grâce. Elle ne se battait plus. Elle ne pouvait se battre contre lui. 

(Seylim) ▬ Seigneur Bin Iphraïm, permettez-moi de me retirer.

Jamais elle ne l'avait appelé ainsi. "Mon Seigneur", "mon époux", "Ishüen" récemment ou lors de leurs folies conjugales. Jamais elle ne l'avait nommé ainsi. Jamais elle n'avait pensé s'adresser à son époux de la sorte. Seylim n'attendit pas sa réponse. Comme dans chaque entrevue qu'elle passait, son ton était mesuré et franc, bien qu'aux intonations beaucoup trop vides par rapport à ce qu'elle avait l'habitude de dire. Elle se refusait de rester plus longtemps dans cette pièce. Son buste se releva. Elle ne lui jeta pas un seul regard, semblait ne plus le voir. Elle sortit. Simplement. La porte de la chambre lui parut peser quatre fois son poids alors que cette même ouverture avait été salvatrice lorsqu'elle était arrivée. Naturellement, alors que le couloir des chambres se laissait être traversé, elle accéléra sa marche, ignorant les larmes qui ne cessaient de perler le long de ses joues, se dirigeant vers les écuries. On tenta de lui parler, sans qu'elle n'entende ses interlocuteurs. Toute son éducation sortie, elle grimpa sur une jument aussi noire que son être, ses pieds frappant les flancs de l'animal qui se mit à avancer. Peu importe où elle irait. Tant qu'elle était loin de lui, elle pourrait se laisser aller... Son corps se pencha alors qu'on la laissait passer puis, bientôt, sortir d'Akasha. Ce n'est que les portes refermées derrière elle et quelques lieux parcourue qu'elle se pencha vers le cou de l'animal, s'y agrippant telle une enfant et ouvrant ses lèvres en un hurlement de douleur. Elle n'arrivait plus à parler, à peine à respirer. Elle voulait partir, mourir ou juste être enfermée quelque part, loin de tout et tout le monde. 

[Lorsque le soleil ne tarda pas à se lever, non loin de Calib]

(Majordome) ▬ Ma Dame! Mais que faites-vous ici, en pleine nuit?

(Seylim) ▬ Excusez-moi de ne pas m'être faite annoncer plus tôt... Sanila est-elle présente?

(Majordome) ▬ Bien sur Ma Dame! Entrez donc! Par Liekki, vos yeux...!

(Seylim) ▬ Je vous en conjure... Laissez-moi voir ma soeur... Par pitié...

Les deux majordomes présents laissèrent la cadette de la famille qu'ils servaient attacher elle-même son animal. L'un resta à ses côtés, incrédule devant la demande surprenante, l'invitant dans le salon alors que le second s'éloignait d'elle. Ce dernier travaillait pour la famille Shil bien avant que les trois soeurs ne viennent au monde. Et des trois soeurs, jamais il n'avait vu Seylim aussi désespérée. Il avait beau tenté de se souvenir, jamais elle n'avait supplié non plus. Il se hâta de réveiller la benjamine, endormie, qui observa incrédule son serviteur. L'écoutant, elle se leva rapidement, ne prenant pas la peine de s'habiller, rejoignant sa soeur. 

(Sanila) ▬ Seylim! Que se passe-t-il? Quelque chose de grave?

(Seylim) ▬ Sanila...! Par tous les Dieux, offre-moi l'hospitalité... Une nuit. Deux. Trois... Je ne sais plus...

(Sanila) ▬ Quelle question idiote! Bien sûr! Ma maison est la tienne aussi. Mais d'abord calme-toi... Raconte-moi tout. Devrais-je faire appel à ton époux pour qu'il te ra...

(Seylim) ▬ NON!

L'agnienne semblait folle. Elle attrapa sa soeur par la main, la forçant à lui promettre de ne pas faire mander son mari. Ce que Sanila finit par promettre, sans comprendre. Elle lui redemanda de lui expliquer, ne comprenant pas l'état de son aînée, les larmes de la Dame des Chevaux se remettant à couler longuement contre ses joues alors qu'elle semblait rajeunir lorsqu'enfin elle lui répondit, la détresse parfaitement audible.

(Seylim) ▬ Je ne peux pas...
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Ishüen

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le Dim 3 Juin - 23:25
 
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Ishüen n’avait jamais considéré son épouse comme une faible femme, bien au contraire. Dès qu’il l’avait rencontrée, dès le premier instant où elle avait soutenu son regard alors qu’elle lui était présentée, il avait vu qu’il pourrait s’appuyer en toute confiance sur cette future épouse aussi solide qu’un pilier dans la tempête. Le temps ne l’avait pas démenti. Que ce soit dans leurs affaires communes, puis dans les siennes, dans la tenue de leur maison ou dans la maternité, Seylim avait traversé vents et marées sans même un battement de ses longs cils gracieux, sans que son regard ne dévie de cette ligne d’horizon qu’elle dessinait devant elle à la seule force de sa volonté. Il n’y avait guère que dans l’intimité qu’il avait vu le roc s’attendrir, fondre, devenir souple et mouvant, se perdre dans le feu d’une passion qu’elle s’efforçait de maîtriser. Si inconvenant soit-il de penser à cela maintenant, le Seigneur des Chevaux se rendait soudain compte que l’épouse qui lui faisait face pour lui reprocher sa trahison en tremblant de colère lui rappelait celle qui s’offrait à lui dans la soie de la chambre conjugale, une fois que plus personne d’autre que lui ne pouvait la voir et l’atteindre. Et pour la première fois, il vit cette flamme devenue femme vaciller et s’éteindre alors qu’il s’obstinait à nier chacune de ses accusations. Sous ses yeux étonnés, la tempête retomba tout comme le silence sur la pièce et les paroles de Seylim se firent soudain aussi ternes que le sable sous la lune, dans le creux de la dune. Elles le laissèrent sans voix, un bref instant, avant qu’il ne se reprenne, posant son verre et avançant d’un pas, radouci :

« Allons, Seylim, ne dites pas de sottises… »

Une longue et belle vie aux côtés d’Aymeric ? Un second père pour leurs deux filles ? Ridicule. Ce n’était en aucun cas ce qu’il souhaitait. Il n’était pas encore fou. Du reste, s’il avait voulu quitter son épouse, il le lui aurait fait comprendre. Or, cette éventualité était la dernière chose à laquelle il aurait consenti. Quelles qu’aient étés ses fautes et ses errances, Seylim bint Shil était sienne, la mère de ses enfants, sa femme devant les dieux. Jamais il n’avait escompté qu’il en soit autrement, malgré son aventure avec le jeune akashan. Il voulait le lui dire, mais avant même d’ouvrir la bouche il comprit que cela serait inutile. Son épouse s’était enfermée dans sa gangue de pierre, étrangement privée de vie, et tout ce qu’il pourrait dire glisserait sur elle comme la pluie sur le verre. Avec un soupir, il lui répondit donc, accompagnant sa voix d’un léger geste de la main :

« Je vous le permets. »

Il ne mentionna pas le fait qu’il s’agissait de sa chambre et que c’était plutôt à lui de se retirer. Il la laissa quitter la pièce et perdit son regard sur les toits de la ville en terminant son vin, ne lui trouvant aucun goût. Puis, il retourna chez le baron. Il retrouverait Seylim plus tard et ils reprendraient la discussion posément, une fois qu’elle aurait retrouvé un peu d’empire sur elle-même. Du moins, c’est ce qu’il avait cru…

« Tu n’es pas obligé d’y aller toi-même… »
« Non, en effet. »
« Pourquoi ne restes-tu pas encore un peu ? »


Ishüen posa les yeux sur Aymeric alors que ce dernier le regardait se vêtir à la hâte mais soigneusement pour sortir. La nuit était tombée, les lampes étaient allumées partout dans la demeure et il y avait un peu plus de cinq minutes qu’une des suivantes de sa femme était venue le prévenir chez les Verfeur que Seylim avait pris un cheval et s’était enfuie. Aussi le Prince Marchand n’avait-il pour le moment que peu de patience en réserve pour son amant entré sans frapper dans sa chambre, trop jeune et trop égoïste pour entrevoir l’urgence de la situation ou la part de responsabilité qu’il avait dans cette dernière.

« Parce que c’est une femme, riche, seule, enceinte de presque deux saisons, dans une contrée où tout le monde meurt de faim passées les murailles d’Ébène. J’imagine que tu comprends le danger que cela représente. »
« Elle te vole à moi… »
« Tu es un bon professeur. »


Le jeune homme tiqua, se redressa pour le toiser de toutes ses boucles blondes, les pommettes soudain colorées de deux tâches roses, mais ne dit rien. Il ne fallut que quelques secondes à Ishüen pour regretter la sécheresse de son ton envers lui, son petit astre trop brillant pour voir autre chose que sa propre lumière. Il était fautif, il le savait bien. C’était son imprudence qui les avait précipités dans cette posture périlleuse. Mais il ne pouvait lui en vouloir longtemps en le voyant qui tentait de masquer sa détresse à l’idée de le regarder partir à la recherche de son épouse légitime. Avec un bref soupir, il s’approcha d’Aymeric, glissa la main dans la profusion d’or de sa chevelure et ferma les yeux pour l’embrasser longuement, frissonnant de passion contenue quand il sentit ses doigts de musiciens se lover autour de son cou. Adorable, éblouissant, triste petit soleil qui tremblait de se retrouver seul… Rompant le baiser, Ishüen murmura contre ses lèvres comme il en avait l’habitude :

« Je reviendrai te voir. Laisse-moi le temps de la mettre en sûreté. »
« Je sais que tu reviendras. »


Cette certitude si spontanément exprimée jeta un pressentiment glacé le long de son échine. Il s’efforça de l’ignorer alors qu’il rejoignait ses gens pour se mettre en quête de sa femme, mais ces mots résonnèrent longtemps en lui avec un écho froid qui sonnait comme une malédiction…

Il lui fallut quatre jours pour la retrouver. Les gardes de la ville leur apprirent que la Dame des Chevaux avait effectivement quitté la ville précipitamment et sans aucune escorte pour galoper vers le sud. C’est par là qu’ils orientèrent leurs recherches. Ishüen commença par dépêcher un messager sur le plus rapide de ses crins de tempête jusqu’à la Porte, porteur d’une missive où il requérait l’assistance de son confrère Joruk ben Saïf, puis il s’arrêta dans chaque village avec sa garde personnelle, promettant une bourse pleine pour n’importe qui aurait une information à propos d’une agnienne passée par là récemment. Même si la somme était tout bonnement vertigineuse pour les paysans affamés qu’ils entrevoyaient par les volets entrouverts ou sur le pas des portes à demi-closes, les massacres de Seren avaient consolidé la méfiance bien plus solidement que la soif de l’or. Les sabres de ses spahis effrayaient les akashans et il eut bien de la peine à rassembler quelques maigres indications qui confirmaient que sa femme faisait route vers leur contrée à bride abattue. Il craignait le pire pour elle et l’enfant qu’elle portait lorsque la réponse de Joruk lui parvint. Le Premier Prince régnait sur l’immense marché de la Porte comme sur son harem et rien de ce qui s’y passait ne pouvait lui échapper. Ses espions avaient bel et bien vu la Dame des Chevaux passer la frontière entre les deux contrées avant d’obliquer en droite ligne vers Calib. Aussitôt, Ishüen abandonna les interrogatoires et lança lui aussi sa monture au galop vers le sud. Il savait où se trouvait sa femme.

« Sanila. Où est-elle ? »

Ce furent les premières paroles qu’il prononça en pénétrant dans la demeure de sa belle sœur après être descendu de cheval, encore couvert de la poussière de la route. Il n'avait pas dormi depuis deux jours.
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Agni
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Seylim

Agni
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le Lun 4 Juin - 11:26

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Elle avait été dans l'une des chambres inutilisées du lieu de vie de sa soeur. Elle avait été forcée de se taire quand à son traitement : Sanila ne dira rien à Ishüen, Seylim devait voir un médecin et suivre ses consignes. Et la voilà coincée dans un lit qu'elle n'envisageait pas de quitter. Elle semblait vide, répondant aux servants d'une voix morte, le même ton utilisé peu importait qui se présentait à la future ambassadrice. Elle se savait brisée et, pour la première fois – lui semblait-il – elle ne cherchait pas à le cacher. Le pouvait-elle seulement...? À quoi bon tenir, se calmer? À quoi bon rester droite et fière alors que lui ne la considérait que comme un simple accord commercial? Il n'avait pas eut l'air touché ou d'avoir des remords. Rien qui ne puisse faire espérer l'agnienne. Rien qui ne lui permette d'espérer un lendemain. Pourquoi s'était-elle battue? Pourquoi avait-elle fait tout cela...?

Rien qu'à se remémorer les propos d'Aymeric ou même les derniers qu'elle avait entendu de celui qu'elle avait épousé.

(Ishuen) ▬ "Ne dites pas de sottises"

Elle avait été considéré comme une enfant par celui qui avait fait d'elle une femme. Comme si ses propos n'avaient aucune valeur, aucun intérêt. Comme si son existence n'était que subsidiaire. Une enfant qui n'arrivait ni à se calmer, ni à passer outre. Elle n'était pourtant plus une enfant! Elle pouvait même se demander si elle en avait été une un jour.

(Servante) ▬ Ma Dame, vous ne mangez pas assez...

(Seylim) ▬ Je n'ai pas faim... Ne vous inquiétez pas, cela reviendra.

Elle n'y croyait pas une seule seconde. La servante sortit après s'être inclinée avec un respect évident alors que le regard éteint de Seylim se posa sur le plateau de fruits. Parmi eux, ses préférés. Des krisu. Une sorte de fruit rond, à peler, semblables à des mandarines mais composé de grappes et au goût plus doux, plus sucré. Plus jeune, elle pouvait en manger des quantités astronomiques. Et là, alors qu'elle était dans le lit, son regard passa sur l'écorce attrayante sans la faire réagir. Elle n'avait pas faim. Non pas qu'elle refuse de manger. Elle avait simplement aucune envie de manger... Et cela durait depuis deux jours déjà. La porte toqua alors qu'elle autorisa la personne à entrer, la voix éteinte. Elle ne pleurait plus. Elle était incapable de pleurer alors qu'elle semblait s'être transformée en oasis de douleur.

(Sanila)  ▬ Ma sœur... Je viens de raccompagner le médecin. Ta grossesse pourrait être bien plus compliquée si tu ne te forces pas à avaler quelque chose...

(Seylim)  ▬ Je n'ai pas faim Sanila.

(Sanila)  ▬ Seylim... Tu ne peux vraiment rien m'expliquer? Je veux t'aider. Je suis et ai toujours été ton alliée...

Les lèvres de l'agnienne s'ouvrirent lentement avant de se fermer une première fois. Elle repensait à son regard qui la fixait sans sentiment, à son cœur qui battait sans qu'elle ne le désire ou à ses filles...

(Seylim) ▬ Il m'a trahit.

Trois mots qui portait toute la douleur qu'elle pouvait ressentir. Alors qu'elle baissait la tête, Sanila sembla sentir son sang bouillonner. D'un tempérament tout aussi impétueux que ses aînées, elle n'avait ni la retenue de Seylim, ni cette capacité à rediriger ses sentiments pour la manipulation d'autrui comme Balkish. Seylim portait une attention particulière aux mots qu'elle choisissait. C'était ainsi. Le fait qu'elle annonce une trahison méritait parfaitement que la benjamine s'énerve. Elle se rapprocha, s'assit face à sa sœur, ne prononçant un mot. Seylim parlerait d'elle-même. Propos qu'elle finira par chuchoter, comme si sa voix transmettait les larmes que ses yeux avaient tant écoulés.

(Seylim)  ▬ Il m'a menti Sanila. Droit dans les yeux. Sans ciller. Sans trembler.

(Sanila)  ▬ Je ne comprends pas ma soeur...

(Seylim) ▬ Il a nié. Je lui ai prouvé, j'ai annoncé... Peut-être étais-je trop en colère... Mais il a nié. Il m'a évincé comme un contrat sans importance. Sanila... J'ai tellement mal... Que suis-je censée faire...? Si je ne peux faire face qu'à un mur qui me brise... Que puis-je faire...?

Sanila l'observait, incrédule. Elle en perdait ses mots, à ne pas savoir quoi dire à sa sœur. Elle semblait n'être qu'une plaie béante, ouverte. Elle n'aimait pas la voir ainsi seulement sans connaître toute la situation, elle ne pouvait se permettre de conseiller...

(Sanila) ▬ Reste ici autant de temps que tu le souhaiteras.

----------------

(Dame de compagnie)  ▬ Ma Dame, un cheval fait route vers votre demeure avec une allure folle.

(Sanila)  ▬ Le voilà enfin. Va donner les ordres suivants : Seylim ne doit pas quitter sa chambre et, hors moi et toi, personne n'y entre. Que ce soit Ishüen ou När. Personne. Est-ce clair?

(Dame de compagnie) ▬ Il sera fait selon vos désirs Ma Dame.

Sanila était étonnamment calme. Le médecin était revenu et ses nouvelles étaient bien plus inquiétantes que ce qu'elle s'imaginait entendre. Seylim n'allait pas bien. Il suffisait de la voir pour le savoir. Elle ne dormait plus, ne mangeait presque pas. Un plateau qui devrait tenir à peine une journée en tenait deux et elle ne le finissait pas. Elle ne touchait pas à ses fruits favoris et, régulièrement, ses suivantes lui confiaient l'entendre crier et pleurer en pleine nuit. Pourtant, ce n'était qu'une épine dans le cœur de la petite sœur. Sa grossesse se passait mal. Déjà parce que Seylim ne faisait pas d'efforts pour améliorer son état, comme si un diable avait aspiré son âme. Ensuite parce que – sûrement à cause de son époux – Seylim stressait. Le bébé se développait mal. Enfin, pas assez bien. Et, avec son état, cela pouvait mettre en péril leur vie à eux deux.

Sanila était en train de rédiger un courrier pour le Seigneur des Chevaux lorsque sa dame de compagnie – postée la veille à l'observation – était venue lui confier la nouvelle. La benjamine s'arrêta d'écrire, se levant lentement avant de sortir de son lieu de vie. Elle traversa la cour et attendit son beau-frère, le dos droit, le visage fermé. Contrairement à ses soeurs, Sanila était toujours joyeuse, drôle, une bout-en-train. Elle observa l'équidé se diriger vers elle. Et elle se laissa écarter les bras, comme pour l'empêcher de passer.

(Ishüen)  ▬ Sanila. Où est-elle ?

(Sanila) ▬ Elle est ici.

Son ton était dur, son regard l'observant sans émotion. Il était sale, les yeux cernés. Il semblait presque fou. Et c'est naturellement qu'elle lâcha, la langue claquant avec une violence inouïe.

(Sanila)  ▬ Alors tu t'inquiètes quand même pour elle? C'est mignon. Mais tu ne peux pas la voir.

Elle claqua des doigts, son précédent ordre se faisant exécuter dans un silence évident, son majordome s'avançant pour venir prendre la monture du Seigneur. Il l'emporta aux écuries pour en prendre grand soin, la demoiselle toisant le mauvais mari. Elle l'emmena dans le salon, jetant un coup d'oeil à ses servants absents. Une fois dans le salon, Sanila reprit la parole alors qu'elle demanda à ce qu'on apporte des boissons.

(Sanila) ▬ Je ne peux pas te laisser voir ma soeur. Elle n'est pas en état de te recevoir. Indépendamment du fait que tu l'as blessé. Je suppose que tu ignores à quel point. Mais elle ne veut pas te voir et je refuse de te laisser face à elle.

Elle laissa sa servante le servir, s'asseyant devant lui, portant une éternelle tenue agnienne – telle celle que Seylim pouvait porter en privé. Un sarwel et un soutien-gorge orné, simple, juste assez pour que l'on s'intéresse à son visage. Sa chevelure était libre, indomptée. Les rôles n'existaient plus. Il n'y avait, en face de lui, qu'une petite soeur, inquiète et énervée.

(Sanila) ▬ Ishüen. Qu'as-tu fais pour que ma sœur me revienne dans cet état? Quel genre de démon as-tu été pour que tu brises le pilier sororal? Comprend-moi bien. J'ai envie de te gifler. J'ai envie de te mettre dehors et de t'interdire de la revoir. Seylim a toujours fait face. Peu importe les difficultés. Là... Même moi je ne la connaissais pas ainsi. Si on ne fait rien, elle se laissera mourir. Alors je me répète Ishüen mais je me placerais entre vous deux tant que je n'aurais de réponses suffisantes. Je ne sais pas grand chose, ni de toi, ni – malheureusement – d'elle. Mais tu lui as menti. Pourquoi? Pourquoi as-tu trahi la seule personne qui a sacrifié l'entièreté de sa vie, de ses rêves, juste pour que tu sois heureux? Lui as-tu seulement fais confiance une seule fois?
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Ishüen

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le Ven 8 Juin - 16:47
 
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Objectivement, Ishüen était épuisé. Ses deux jours de cavalcade dans le désert avaient laissé autant de poussière et de fatigue sur son corps qu’en dedans et, même si sa volonté de fer de Seigneur des Chevaux lui permettait de se tenir droit face à sa belle-sœur et de la regarder dans les yeux, il ne se sentait pas du tout d’humeur à supporter ses piques doucereuses. Même si l’agacement crispa visiblement ses traits durant quelques secondes, il accepta de la suivre sans protester alors qu’elle le guidait jusqu’au salon. La pièce était lumineuse et belle, décorée avec le goût flamboyant propre à la jeune artiste mais Ishüen n’y prêta pas la moindre attention, pas plus qu’au plateau de rafraîchissements qu’on leur apporta. Même si la soif lui asséchait le palais, il ne fit pas un geste vers les verres de thé à la menthe bientôt remplis. Il ne se sentait pas assez maître de lui pour cela, même si cela ne se devinait que peu de l’extérieur. Intérieurement, il bouillonnait. Sa femme était ici, souffrante, brisée, sa vie et celle de leur enfant en danger. La pensée qu’il était la cause de son état lui grevait la poitrine. Pour la première fois, il éprouva du regret à s’être laissé emporter dans les bras blancs et les boucles blondes de son jeune amant. Mais alors qu’il ne souhaitait que voir de ses yeux son épouse, il devait rester ici, à supporter les accusations de sa petite péronnelle de belle-sœur. Lorsqu’elle se tut enfin, le regardant durement de ses yeux bruns, le Seigneur des Chevaux soutenait son regard avec tout autant de froideur, les poings serrés sur les accoudoirs de l’ottomane.

« As-tu terminé ? »

Le ton était emprunt du même sarcasme doucereux dont elle avait usé à son encontre, quelques minutes plus tôt. Par les fenêtres donnant sur la cour, le bruit de sabots martelant le sol leur parvint de loin, bientôt suivi par les voix des cavaliers. Sa garde rapprochée qui l’avait accompagné jusqu’ici et sur laquelle il avait imprudemment pris de l’avance en arrivant aux abords de la ville. Lentement, maîtrisant avec soin chacun de ses gestes, il se pencha en avant pour détacher chaque syllabe.

« Que les choses soient bien claires, Sanila : je ne suis pas venu jusqu’ici pour subir tes sermons. L’asile et la sollicitude que tu accordes à Seylim sont tout à ton honneur et je te remercie de l’avoir accueillie. Je suis effectivement la cause de son état et je ne nierai pas les accusations que tu portes à mon encontre. J’ai menti. Je l’ai trahie. Je suis le seul à blâmer pour cela. Mais quelques soient mes fautes, elles ne te concernent pas. Il n’y a qu’une seule personne dans cette demeure à qui je rendrai des comptes. »

Il se leva de l’ottomane sur ses mots, la toisant de toute sa hauteur. Il en fallait plus pour effrayer la benjamine des filles de Shil et il le savait. Il n’en avait cure. Les ferments d’une colère sourde bouillonnaient en lui, plus distinctement qu’ils ne l’avaient pas fait depuis des années, depuis une lointaine époque où le Seigneur des Chevaux n’avait pas encore appris à cuirasser sa propre fougue pour endosser son rôle. Profitant de sa fatigue et de ses nerfs à vif, ce jeune homme d’autrefois brûla brièvement dans le regard d’Ishüen alors qu’il fixait sa belle-sœur. Il l’écarterait pas la force si elle persistait à se dresser sur son chemin.

« Tu veux te placer entre nous ? Me jeter dehors ? Essaye donc et grand bien t’en fasse. Mais je verrai ma femme aujourd’hui, que cela te plaise ou non. Dois-je enfoncer chaque porte de ta demeure, ou nous épargneras-tu cette peine à tout deux ?  »
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Agni
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le Ven 8 Juin - 23:58

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
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=> 87e jour d’Eira, an 993.
Le regard de l'agnienne s'enflamma. Contrairement à ses sœurs, Sanila n'avait jamais ressentit le besoin de s'incliner, de se plier aux règles de la société ou des marques de respect. Elle incarnait la liberté là où, pour elle, ses sœurs s'étaient enfermées. Elle leur avait dit mais été restée calme. C'était leur choix, elle n'avait pas à imposer un avis qui n'était pas le leur. Seulement en l'instant, Sanila était chez elle. Que croyait-il ? Qu'elle-même n'avait pas de gardes, pas de protections ? Pensait-il seulement qu'elle était si cruche ? Bien sur que non. Sanila était toute aussi intelligente que ses sœurs. Elle entendit le pas de courses de chevaux, les ignorant rapidement. C'était sûrement sa garde. Elle ne s'en inquiéterait pas. La peintre l'observa se pencher, haussant un sourcil lorsqu'il parla. Pensait-il vraiment ses propos ? Elle entendit les battements de son cœur se calmer, tonnant avec une colère qu'elle n'avait jamais ressentie, calmement. C'était terrifiant de ne pas se connaître à ce point. Et des trois Bin Shil, Sanila pouvait se vanter d'être celle ayant le plus de connaissances d'elle-même. Elle continua de le fixer, le regardant se lever, son regard gardant ce côté glacial. Elle l'écouta et se leva à son tour. Il essayait de l'intimider. C'était mal la connaître, mal la juger.

(Sanila) ▬  Non je n'ai pas finis. Et je doute d'en finir rapidement. Si tu n'es pas venu ici en étant prêt à subir ma colère, alors va-t-en ! Tu ne serais qu'un idiot de plus de ne pas l'avoir envisagé. Et tu n'as rien à nier. Je ne crois que ma sœur. Soyons bien clair. Ton nom, je m'en fous. Ton rôle ? Je m'en fous tout autant. Ici, Ishüen, tu n'es ni Seigneur, ni mari, ni rien. Ici, tu es un importun, quelqu'un que j'accepte parce que malgré tout tu restes le père de mes nièces.

Sa main s'avança et elle se laissa le pousser, tentant de le forcer à se rasseoir. Sa voix tremblait, ses doigts se crispaient sur les vêtements sales qu'il portait. Elle ne cherchait pas à lui faire peur, elle ne cherchait pas à le ménager. Il n'était pas le bienvenu. Pas quand Seylim débarquait chez elle dans l'état qu'elle avait.

(Sanila) ▬  Tu n'as pas l'air de comprendre. Soyons, une nouvelle fois, d'accord. Tu n'es ni mon époux, ni mon Seigneur et je suis certaine de ne rien te devoir. A contrario, je dois beaucoup à Seylim. TA femme est avant tout MA sœur. Et je refuse de laisser quelqu'un la briser sans que je ne fasse quelque chose ! Tu as annoncé que tout cela ne me concernait pas. Faux. Depuis qu'elle est ici, depuis l'instant où elle a fondu en larmes dans mes bras, depuis la seconde où elle a passé la porte de ma demeure, votre couple me concerne.

Sa main s’aplatit sur le torse de l'homme,la belle posant son poids, l'invitant – le forçant ? - à rester assis. Par manque de force et de constitution, elle finit par simplement se reposer sur lui, poursuivant

(Sanila) ▬  Tu m'as mal comprise. Seylim. Refuse. De te voir. Elle ne veut pas prononcer ton nom, elle ne veut pas retourner chez vous. Tu ne comprends pas et n'a sûrement pas conscience de ce que tu as fais.

Son visage sourit. Ses lèvres se relevèrent en une grimace alors que sa voix montait de plus en plus, la laissant hurler, cracher ses mots.

(Sanila) ▬  Si tu bouges de cette pièce Ishüen, je te ferais sortir par la force, m'entends-tu ? Ce n'est pas une intimidation. Ce n'est pas du chantage ou des menaces. C'est un fait. Si tu bouges ton cul d'ici, je te ferais physiquement mal. Tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas ! As-tu seulement conscience des mots que ma sœur a pu prononcé ces derniers jours ? COMPRENDS-TU SEULEMENT CE QUE SIGNIFIE « ÊTRE BRISÉE » !?!

Son corps s'avança, son souffle semblait brûlant à travers ses poumons, son œsophage, son nez. Ses lèvres s'ouvrirent de nouveau.

(Sanila) ▬  Que lui as-tu fais ? Quel monstre as-tu été ? Qu'as-tu fais pour qu'elle ne veuille plus voir ses filles ? Pour qu'elle refuse de sortir ? De manger ? Qu'as-tu fais pour attiser ses cauchemars, apporter ses hurlements chez moi !? QU'AS-TU FAIS A MA SOEUR ?! RÉPONDS-MOI ! Pour que j'entende « Je veux mourir » de sa bouche ! QU'AS-TU FAIS ?

----------------

Seylim ouvrit les yeux, écoutant la voix qui hurlait. Sanila hurlait ? Contre qui ? Pourquoi ? Était-ce un des éternels prétendants de sa sœur qui refusait de laisser une bague passer son doigt ? Était-ce un de ces tableaux qui ne plaisait pas ? L'agnienne se leva, passant devant un miroir, s'y arrêtant pour se fixer. Elle semblait … anéantie. Son regard était vide, les yeux bouffis et rougis. Ses lèvres étaient sèches, les cernes lui offraient une dizaine d'année qu'elle n'avait pas. Et son corps s'immobilisa devant sa propre vision.

(Tylim) ▬  Maman, tu es fatiguée ?

Elle frissonna d'entre la voix de sa filles. Sans qu'elle ne s'en rende compte, les larmes perlaient de nouveau sur ses joues...

(Sanila) ▬  QU'AS-TU FAIS À MA SOEUR ?! RÉPONDS-MOI !

La violence qu'elle entendit dans la voix de sa sœur la fit sursauter. Sa violence et sa détresse. Et elle ouvrit la porte, s'arrêtant sur le pas alors que la dame de compagnie l'empêchait de passer. Cette dernière lui parla, la cadette se concentrant sur les propos de sa benjamine. Et elle passa. La dame de compagnie n'eut pas le cœur de lui refuser cela. Elle portait une longue robe de chambre, l'air blafard, le regard tout aussi mort que ce jour-là.  

(Sanila) ▬  TU L'AS TUÉ ! TU AS TUÉ TA PROPRE FEMME ! ALORS ME PARLE PAS COMME SI J'ÉTAIS UNE INCONNUE ! QUI A ÉCOUTÉ SES PLAINTES ? QUI L'A RASSURÉ ? PARCE QUE TU NE SAIS PAS ÇA ! MAIS GRACE A TOI, ELLE SE LAISSE MOURIR ! ALORS OUI ! OUI J'ESTIME ÊTRE EN DROIT DE T'EMPÊCHER DE LA VOIR ! ET LE PIRE ! ELLE A TOUT ABANDONNÉ POUR TON BONHEUR ! SAIS-TU LE NOMBRE DE FOIS OÙ J'AI LU, DANS SES LETTRES, QU'ELLE REGRETTAIT SES ÉTUDES ? SAIS-TU CE QU'ELLE A RENIÉ POUR TOI ? ET MÊME LOIN DE TOI, MÊME LORS DES NUITS CALMES, SES CAUCHEMARS NE CONCERNENT QUE TOI !? ELLE T'AIME À CE POINT ! ET TU ES TROP IDIOT POUR JUSTE LE VOIR !

Et elle entra dans le salon, ne comprenant pas tous les propos de sa sœur, se tenant à la porte par peur de tomber.

(Seylim) ▬  Sanila... Arrête de cri...

Son regard observa Ishüen et, tout comme ce jour-là, elle s'immobilisa. Ne plus bouger, ne plus respirer alors que son cœur s'arrêtait devant l'homme qu'elle aimait. Et sa voix reprit, morne, lasse, abattue. Comme si l'idée de se battre contre lui n'existait plus. Elle s'inclina lentement, fermant les yeux
   
(Seylim) ▬  Vous devriez rentrer Seigneur Bin Iphraïm. Vous avez des rendez-vous pour la fin de semaine. Vous avez besoin de ces contrats. Je n'ai ni l'envie ni la force d'écouter vos mensonges.

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Ishüen

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le Ven 15 Juin - 9:06
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...



Il allait la frapper. Pendant quelques secondes, alors qu’elle continuait de s’époumoner contre lui encore et encore, Ishüen entrevit avec une précision surnaturelle la seconde où il allait perdre son calme, le moment où il volerait en éclats comme un morceau de verre. Des années après ce face à face, il ignorerait toujours comment il avait fait pour résister à cet accès de rage qui rugissait et se cabrait contre les liens de plus en plus mince de sa volonté. Les poings serrés, les mâchoires contractées, résistant davantage à lui-même qu’à la main frémissante de Sanila sur son torse, il détourna le regard avec un rictus rempli de cynisme, déformé par la colère.

« Par les dieux… C’est pour cela que je déteste les artistes… »

Et ceux qui se permettaient de lui parler ainsi sans connaître rien à rien. Il avait toujours eu de l’estime pour Sanila, pour sa force de caractère et son indépendance, pour la délicatesse de son art, pour l’affection qu’elle témoignait à sa sœur et ses nièces. Leurs relations avaient toujours étés cordiales jusqu’ici. Mais en cet instant, alors qu’elle avait l’arrogance de se mettre en lui et sa femme et de se croire capable de l’empêcher de la voir, lui, il la détestait. Et il ignorait quelles forces supérieures l’empêchaient de la faire taire d’un revers de main. Au lieu de cela, il saisit le poignet qui pesait sur son torse depuis le début de sa tirade et le repoussa sans douceur, les traits contractés par une fureur contenue.

« Je me moque de ce que tu as pu faire et de ce que tu peux penser. Crie et menace tant que tu le peux, je n’en ai que faire. Tu n’auras rien, car je ne te dois rien. Alors écarte-toi de mon chemin ! »
« Sanila… Arrête de cri... »


Les regards des deux belligérants se tournèrent vers la porte du salon qui s’était ouverte sans qu’ils ne s’en rendent compte, et Ishüen sentit toute sa colère se vaporiser en l’espace d’un battement de cil, sitôt que l’image de sa femme lui emplit le regard. Il ne l’avait pas vu depuis quatre jours, et pourtant cela lui semblait plutôt faire dix ans. Pouvait-il vraiment s’agir d’elle ? Cela lui paraissait impossible. La Dame des Chevaux était belle, forte et fière. Il lui suffisait de poser les yeux sur ses vis-à-vis pour que ceux-ci s’inclinent presque sans y penser tant elle portait sa noblesse comme une robe. Même au terme de ses deux précédentes grossesses, alors que son ventre ressemblait à la pleine lune et ralentissait sa démarche, elle se tenait toujours aussi droite et altière devant tout un chacun. Telle était son épouse. Il ne pouvait donc pas s’agir de la femme devant lui. Elle n’avait pas ce teint cendreux, ni ces cernes grisâtres, elle ne se tenait pas ainsi courbée et misérable contre le battant de la porte et ne parlait pas de cette voix éteinte qui lui faisait goûter à sa mort avant l’heure. Pourtant, sitôt qu’il vit la pauvre apparition s’incliner face à lui comme face à la hache du bourreau, le Seigneur des Chevaux délaissa complètement sa belle-sœur pour s’avancer auprès d’elle.

« Seylim, tu n’aurais pas du te lever. »

Elle tenait à peine debout, il le voyait d’ici. Sans se soucier de ce que Sanila avait bien pu lui dire, il referma ses bras autour d’elle pour la soutenir, la recueillant comme un oiseau blessé. Il la sentait si frêle et si faible entre ses bras qu’elle n’avait même pas la force de le repousser. Une main posée sur ses longs cheveux noirs, il vint presser ses lèvres sur son front avec une tendresse qu’il réservait d’ordinaire aux petites heures des nuits qu’ils passaient ensemble, lorsqu’ils étaient seuls et que la passion se retirait de leurs corps étendus entre les draps.

« Non, plus de mensonges. Plus rien de tout cela. Viens… »

Et il la souleva délicatement dans ses bras sur ces mots, s’étonnant de la sentir si légère malgré son ventre rond. Toujours sans s’occuper de Sanila (il voulait éviter à tout prix de l’avoir dans son champ de vision, il quitta le salon et retourna vers l’aile de la demeure où se trouvait les chambres. Il était déjà venu chez sa belle-sœur à plusieurs occasions et conservait assez bonne mémoire de l’endroit pour retrouver sans trop de difficultés la pièce où Seylim dormait depuis son arrivée ici. Il l’allongea dans le lit avec soin, referma sur elle le drap de soie et resta assis sur le rebord du lit, tout près d’elle, effleurant doucement son visage de ses doigts salis par la poussière de la route.

« T’enfuir jusqu’ici au triple galop alors que tu es à moins d’une saison de donner la vie… Je suis le seul à blâmer pour cela mais tu ne cesseras tout de même jamais de me surprendre. »

Sa voix était douce, presque un murmure, et le tutoiement avait des accents de confidence. Ils en usaient si peu au quotidien que la moindre de ses irruptions dans leurs conversations rendaient celles-ci plus intimes encore que des baisers.
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Seylim

Agni
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le Sam 16 Juin - 9:31

Lumière de ma vie, feu de mes reins...

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
Alfred de Musset

=> 87e jour d’Eira, an 993.
Sanila ne bougea pas. Elle observa sa sœur et sa propre colère s'évapora pour laisser place à l'inquiétude de son état. Elle n'empêcha pas Ishüen de se diriger vers sa femme, pourtant, elle avait toutes les raisons de le faire. Néanmoins, sa fière et forte sœur s'inclinait face à lui. Lui qui attisait sa peine, sa douleur... Ses cauchemars, ses cris en pleine nuit... Pourquoi s'inclinait-elle ? Pourquoi lui avait-il tout retiré sans se rendre compte de son état ? L'artiste observa son beau-frère se rapprocher de l'agnienne malade.

(Ishüen) ▬  Seylim, tu n’aurais pas du te lever.

Effectivement. Sanila ne pouvait rien dire. Pour la première fois depuis qu'il était entré chez elle, c'était – lui semblait-il – les premières paroles censées qu'il prononçait. Elle l'observa prendre sa sœur dans ses bras. Et elle leva les yeux au ciel, faisant un geste silencieux pour ses majordomes. L'un d'eux se dirigea derrière le couple, ouvrant la porte de la chambre réservée pour Seylim, s'inclinant avec respect pour les laisser ensemble. Et la benjamine attacha ses cheveux, attrapant une bouteille d'alcool et ses pinceaux.

[…]

La future ambassadrice n'aurait, effectivement, pas du se lever. Elle était faible. Elle ignorait ce qu'il s'était dit, n'ayant que la fin de la discussion et pourtant... Pourtant, lorsqu'elle sentit les bras du Seigneur des Chevaux l'enlacer, elle se laissa fermer ses lourdes paupières. Elle était fatiguée. Elle se sentait éreintée, incapable d'en faire plus. Sa main avait tenté de l'éloigner d'elle... Sans succès tant ses muscles ne lui obéissaient plus. Et pourtant, elle se laissa être portée, sa voix chuchotant, incapable de parler plus fort.

(Seylim) ▬  Lâche-moi... Tu es trop fatigué... pour me porter...

Elle ne résistait pas. Elle n'arrivait pas à tenir debout seule... Alors le repousser ou se battre avec lui ? Non. Elle n'y arrivait pas. Cela lui demandait des ressources qu'elle avait perdu des jours plus tôt. Il lui avait dit plus de mensonges... Et elle avait des dizaines de questions à lui poser. Et ces mêmes questions qui n'arrivaient pas à passer ses lèvres. Elle les lui avait déjà posé... Il lui avait menti. Yeux dans les yeux... Comment pouvait-elle le croire... ? Il allait lui mentir de nouveau. Lui faire comprendre qu'elle n'était qu'une enfant, qu'elle avait tord. Qu'il n'avait rien fait... Et d'y repenser, alors que son odeur l'emportait totalement, fit naître de nouveau les larmes aux bords de ses yeux éreintés.

Lorsqu'elle rouvrit de nouveau le regard, elle l'observa. Elle était dans son lit, recouverte, son époux à ses côtés. Et elle n'avait pas la force de s'arrêter de pleurer. Elle ne savait pas quoi lui dire. Ou plutôt, elle savait trop bien ce qu'elle voulait lui dire. Mais elle était terrorisée. Rien que l'idée qu'il puisse juste vouloir la garder – pour une raison qu'elle ignorait – qu'il lui mente... Rien que cette idée lui était insupportable.

(Ishüen) ▬  T’enfuir jusqu’ici au triple galop alors que tu es à moins d’une saison de donner la vie… Je suis le seul à blâmer pour cela mais tu ne cesseras tout de même jamais de me surprendre.

(Seylim) ▬  Tu pensais que j'allais rester? Je ne voulais croiser Aymeric. Je l'aurais tué. J'ignore comment. Mais je l'aurais tué Ishüen. Et je ne voulais certainement pas te revoir. Toi qui me mens sans honte. Sans te soucier des dégâts que tu causes.

Il n'y avait plus de colère dans ses propos. Elle annonçait des faits. Elle avait la voix faible, lasse. Comme si le combat avait été abandonné quatre jours plus tôt. Ce qui était le cas. Elle ne voulait pas se battre. Elle était... morte. Il l'avait tué quelques jours avant. Elle n'avait ni l'envie, ni la force de se battre. Pas pour ce résultat-là...

(Seylim) ▬  Comment tu fais? Pour me caresser comme si tu m'aimais?


C'était une vraie question. Pourquoi ses doigts effleuraient sa peau avec une douceur qu'elle n'avait que dans leur chambre, pourquoi sa voix était mieilleuse, pourquoi il était venu la chercher..?

(Seylim) ▬  Je dois mourir à petit feu pour que tu me vois enfin...?

Une semie-question à peine prononcée distinctement. Elle avait peur de le questionner. Elle avait peur qu'il continue de la considérer comme un simple contrat. Peur qu'elle ne soit plus jamais heureuse. Et quelque part... Elle avait des choses à dire. À mettre au clair. Elle avait des choses à lui dire... Seulement elle n'avait pas les mots. Elle ne voulait pas se battre. Elle le voulait. Lui. Malgré tout, elle n'arrivait pas à ne pas l'aimer. Il lui avait fait mal. Quelque chose était mort en elle. Son corps se redressa, faiblement, ses bras entourant le visage de son époux. Elle ne devrait pas bouger... Et pourtant... Pourtant... Pourtant. Ses bras se plièrent, rapprochant son compagnon pour l'embrasser. Ses lèvres étaient si douces... Si tendres... Elle se pressa contre lui, son désespoir parfaitement palpable.

(Seylim) ▬  Je t'aime bien trop pour mon propre bien. Je suis égoïste. Je te veux pour moi seul. Je veux être la seule à posséder tes lèvres. Je veux que tu ne regardes que moi. Que tu ne vois que moi. Que tu ne touches que moi. Et à l'inverse, je veux être la seule à qui tu offres tes pensées, tes gémissements ou même ton corps. Tu peux mentir au monde entier, tu peux trahir qui tu veux... J'aurais été à tes côtés. Mais moi... J'avais juste besoin de te faire confiance. Maintenant... Comment puis-je croire en tes mots Ishüen? Même si, par miracle, tu en viens à m'aimer... Comment pourrais-je y croire?

Elle le relâcha. Lentement. Son corps se baissa. Elle était fatiguée. Lasse. Elle avait mal. Et elle se décala, attirant son bras vers elle. Elle attendit qu'il s'approche, qu'il s'allonge près d'elle. C'était douloureux. Savoir que son corps avait appartenu à un autre... C'était un poignard qui semblait ne pas s'arrêter d'émincer son coeur. Elle le cala contre son épaule, l'enlaçant avec la tendresse d'une mère. Ses yeux se fermèrent, faiblement, son front se posant sur le sien.

(Seylim) ▬  Dis moi Ishüen... Comment je peux faire... Pour arrêter tout ça? Ça me fait mal de te revoir sans cesse avec lui...

Sa voix s'éteignait lentement. Elle voulait lui parler. Elle voulait lui dire. Elle voulait... avoir plus de forces. Ses propos d'avant semblaient avoir pompé toute son énergie. Elle était ridiculement faible. Et son raisonnement mourra dans son esprit alors que sa voix murmura, avant qu'elle ne s'endorme contre son époux.

(Seylim) ▬  J'en viens à regretter notre mariage... J'en viens à regretter de m'être battue...
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Ishüen

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le Sam 23 Juin - 9:11
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...



Ses doigts interrompirent leur course légère sur son visage l’espace d’une seconde. Sans qu’il ne le veuille, aux paroles de sa femme avaient répondu en écho dans son esprit la vision d’un face à face entre elle et Aymeric. Elle n’aurait sans doute pas été capable de tuer un fringuant jeune homme de dix-sept ans comptant parmi les meilleurs bretteurs de l’Académie militaire d’Ébène mais nul doute que l’issue en aurait été fatal. Cette pensée le fit frissonner et il la chassa de son esprit, reprenant ses caresses sur le visage épuisé de Seylim. Il aurait voulu qu’elle cesse de parler et qu’elle se repose, mais il n’avait rien à lui répondre qui puisse la ramener au silence. Ses questions murmurées de cette voix de mourante lui faisaient plus mal que son éclat de colère quatre jours plus tôt, que tous les reproches de Sanila. Il l’accueillit contre lui, la soutenant lorsqu’elle se redressa, lui rendit son étreinte, puis son baiser.

Ses lèvres étaient sèches et craquelées par sa chevauchée dans le désert, celle de sa femme pâlies par la lutte épuisante qu’elle menait contre elle-même depuis tout ce temps et pourtant leur rencontre était d’une douceur déchirante, comme une supplication, la première nuit d’une esclave ou un poignard s’enfonçant tendrement dans les chairs. Il lui fit plus mal qu’il n’aurait pu le dire et pourtant il le prolongea autant qu’il le put, caressant son dos, l’or noir et parfumé de sa chevelure, le seul à être resté intact dans la perdition de son épouse. Il ferma les yeux en la tenant dans ses bras alors qu’elle murmurait tout contre ses désirs, ses souhaits impossibles tout contre sa bouche, prolongeant la souffrance dévouée de leur baiser. Puis, lentement, il l’aida à se rallonger, la laissant épuisée contre les coussins. Fallait-il donc qu’il soit un tel monstre pour la priver ainsi de ses forces par ce seul contact ? Il l’ignorait, tout comme il ignorait quoi lui répondre. En cet instant précis, Ishüen ben Iphraïm ben Yassouan, onzième Seigneur des Chevaux de la guilde des Princes Marchands, ne pouvait plus rien dire.

Quels que soient les mots, leur habileté, leur beauté aveuglante ou lénifiante, ils étaient aujourd’hui impuissants. Ils tombaient de ses mains sans force devant l’abîme qu’il avait creusé, alors qu’il regardait en silence le mal qu’il avait causé. L’espace d’un instant, il se revit à seize ans, immobile et pâle, frappé par la foudre alors que les serviteurs et les conseillers de son père s’inclinaient devant lui, propulsé par la perte des siens à un rang bien trop vertigineux pour son jeune âge, mais cela n’avait en réalité pas grand-chose à voir. Pas de choc, pas d’hébétude, pas de soudaine détresse lancinante qui lui donnait l’impression que les murs reculaient autour de lui, le projetant bien trop vite dans un espace bien trop grand, bien trop vide et effrayant pour sa compréhension du monde. Il n’y avait en cet instant que le regret dévorant, le remord lancinant de faire face à un désastre dont il était la seule et unique cause, qu’il avait déclenché en agissant sans penser aux multiples conséquences de ses actions. Il regardait leur  monceau à présent et c’était la première fois de toute son existence qu’il ressentait cette culpabilité, si cuisante qu’elle l’empêchait de parler. Alors sans mot dire, il s’allongea auprès d’elle. Sans mot dire il la prit dans ses bras, glissant une main dans ses cheveux et l’autre au creux de ses reins, après avoir caressé l’enfant qui dormait dans ses flancs, en danger par sa faute. Sans mot dire, il s’endormit en même temps qu’elle, glissant dans un sommeil amer…

~~~

« Comment va-t-elle ? »
« Mal, Seigneur. Elle refuse de se nourrir, ou alors à peine, elle dort peu et mal alors qu’elle a besoin de repos. Le col de la matrice a commencé à s’ouvrir et le bébé à changer de position alors qu’il est bien trop tôt. Il ne survivrait pas s’il naissait maintenant et, dans son état de faiblesse, votre épouse non plus… »
« Que faut-il faire ? »
« La convaincre de manger, au moins un peu. La garder le plus possible alitée, pour éviter d'ouvrir davantage le col ou de rompre la poche des eaux. Je peux lui prescrire de la valériane pour l’aider à trouver le sommeil, encore faut-il qu’elle accepte d’en boire. »
« Prescrivez tout ce que vous jugerez bon pour améliorer son état et les tirer du danger, elle et l’enfant. Je me charge de les lui administrer. Vous serez généreusement payé pour votre office. »
« Bien, Seigneur. »


Le médecin s’inclina et Ishüen resta de longs instants seuls dans le couloir. Le soleil était levé depuis longtemps, les serviteurs avaient mis en place le buffet pour les collations de l’après-midi. Il avait dormi plus d’une journée entière dans les bras de sa femme et s’était réveillé aux premières lueurs du jour. Les domestiques mis à leur disposition par Sanila lui avaient préparé un bain et des vêtements propres et mis à sa disposition le petit hammam de la maison dans lequel il était resté transpirer longtemps, massant ses tempes et tentant d’effacer la lourdeur de son corps. Après quoi, avant même de se nourrir, il était venu trouver le docteur qui s’occupait de son épouse et qui avait confirmé ses pires craintes. Il avait caressé un instant l’espoir de la faire ramener à Raasfalim, dans leur demeure, mais il avait rapidement fait le deuil de ce projet en voyant son état de fatigue. Tant pis. Il resterait ici, à endurer la proximité de sa belle-sœur avec qui il était toujours en froid. Après quelques instants de réflexion, il regagna la chambre où se reposait Seylim et referma la porte derrière lui. Sans la regarder, il marcha jusqu’à la fenêtre et contempla le petit jardin. Une toute jeune fille nourrissait de lamelles de poulet deux gros chats persans qui se frottaient paresseusement contre ses jambes, leurs longues queues touffues la faisant rire doucement quand elles lui chatouillaient la peau.

« Je le quitterai. »

Il lui fallut encore quelques secondes pour se tourner vers sa femme et la regarder dans les yeux. Son visage était encore marqué par la fatigue du voyage et, peut-être à cause des restes de sa lassitude, il ne parvenait pas totalement à masquer la douleur sur ses traits mais son regard droit la fixait sans faillir, la détermination lourdement ancrée dans le regard, comme de nouveaux fers aux sabots d’un étalon ou sur le cou d’un esclave.

« Tu m’as demandé ce que tu pouvais faire pour que cela cesse. Un mot de toi et je renonce à lui. »
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Seylim

Agni
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le Sam 23 Juin - 17:27

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
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=> 87e jour d’Eira, an 993.
Dans l'obscurité de ma douleur, j'en venais à n'être que regrets et remords. J'en venais à ne plus vouloir ouvrir les paupières, faire face, me relever. Ma descendance qui attendait mon retour, l'enfant que je portais, plus rien n'avait d'importance. Si j'avais eu la force, je crois que j'en serais morte une nouvelle fois. Comme depuis plusieurs jours, je regrettais de lui avoir offert tout ce que j'avais, de mon nom à ma pureté, mon avenir, mon coeur. J'en venais à simplement avoir dit "oui", ce jour-là...

Je me retrouvais, comme depuis siix nuits, immobile. Devant cette allée, vide de monde, à les observer. Je les revoyais, la voix enfantine du jeune akashan résonnant dans mon esprit, tournant telle une musique infatigable. Et j'avais beau hurler, crier, tempêter, pleurer... Rien n'y faisait. On ne me voyait pas. On ne m'entendait pas. Ou alors on m'ignorait. Lentement, mes souvenirs changeaient...

(Aymeric) ▬  ... ces rêves indécents où je me laisse posséder sans relâche...

Ses lèvres venaient voler celle de mon époux... Pire encore... C'était mon aimé qui l'embrassait. Qui lui offrait son coeur, son âme, ses nuits. Je ne réagissais plus. Ce rêve divaguait toujours... Ishüen stoppait leur embrassade, son doux regard dans le mien. "Lui me comble" semblait-il me dire. Et j'avais mal. Je ne pouvais rien faire, rien dire. Je l'aimais. Et lui m'avait évincé de sa vie. Il ne me désirait pas. Ne m'aimait pas. Et ne m'aimerait jamais. Il...



(Ishüen) ▬  Je le quitterai.

Sortant de son cauchemar - qui l'avait réveillé le matin levé- qui la hantait même éveillée, Seylim ne répondit pas. Lui-même n'avait rien dit l'avant-veille. Lorsqu'elle lui avait demandé comment il faisait pour avoir des gestes si attentionnés alors que son coeur en aimait un autre. Lorsqu'elle lui avait demandé comment elle pouvait lui faire de nouveau confiance... Il n'avait rien dit, il s'était endormit. Après elle, contre elle. Après des gestes lents et doux, après de la tendresse qu'elle savait fausse... Son époux lui paraissait bien lointain. Inhumain. Menteur. Indigne. Elle entendait ses propos sans y croire ne serait-ce qu'une seconde. Tout n'était facétie, théâtre et jeu. Elle ne pouvait cuider chaque son qui sortait de cette douce mâchoire. Et quand bien même elle le voulait, elle n'y arrivait pas. Les mots de son compagnon sonnait vide, creux. Elle les entendait mais ils ne la touchaient plus. Elle était insensible à ce qu'il lui disait. Rien en elle ne semblait réagir. Elle aurait aimé. Mais rien n'y faisait. Elle semblait bien plus vide que la veille. Et la visite du médecin ainsi que la discussion avec sa soeur n'avait rien changé.

~ ~ ~

(Sanila) ▬  Seylim, tu dois te reprendre... Il est là... Il est venu pour toi... Alors... par tous les Dieux, mange ma soeur...
(Seylim) ▬  Je n'ai pas faim...
(Sanila) ▬  Tu es en train de te laisser mourir. Tu veux que j'en vienne à appeller nos parents? Tu préfères que je mandate Balkish?
(Seylim) ▬  Sanila. Tais-toi. Je n'ai pas faim.
(Sanila) ▬  Tu vas rejoindre nos anciens trop tôt. Je refuse de t'enterrer ma soeur.

Elle avait relevé le visage et sourit. D'un sourire tout aussi éteint que son regard, vide et sans émotions. D'un sourire mort qui fit frissonner sa cadette.

(Seylim) ▬  Je préfère être enterrée plutôt que de continuer à supporter ça. Tu n'imagines pas Sanila à quel point je regrette de l'avoir laissé faire. Je regrette d'avoir accepté de l'épouser. Je regrette de lui avoir fais des enfants. Et c'était ça, la vie de rêve avec le Seigneur des Chevaux?

~ ~ ~

Ishüen lui tournait le dos. Il observait le jardin, silencieux après ses propos. Elle se mura dans le silence. Peu importe ses mots. Il n'y avait aucune vérité à entendre, plus rien à espérer. Plus rien à envisager si ce n'était de la tromperie et de la fourberie. Elle leva son regard vers le sien. Et ce qu'elle y lu confirma ce qu'il avait nié la semaine passée. Il l'aimait. Tout son être refusait les propos qu'il venait de lui dire. Elle ignora ce semblant de volonté qu'elle lisait, elle ignora tout sauf sa douleur. Envisager de se séparer d'Aymeric le blessait... La trahir et lui mentir ne le dérangeait pas. Mais être loin du jeune noble lui était insupportable...

(Ishüen) ▬  Tu m’as demandé ce que tu pouvais faire pour que cela cesse. Un mot de toi et je renonce à lui.

(Seylim) ▬  Continue de le voir. Je suis lasse. Je ne compte plus me battre pour toi. Tu en es amoureux. Alors passe ton temps avec lui. Je n'ai ni mon mot à dire, ni à faire entendre. Tu te fiches bien de ce que j'en pense. Ton regard veut être avec lui. Le garder pour toi. Alors reste.

Son visage prit le sourire qu'elle avait offert à sa soeur plus tôt, alors que le médecin sortait de sa couche, les mauvaises nouvelles ayant probablement été annoncé à son époux. Devant lui, elle lâchait. Elle lâchait le peu d'emprise qu'elle pensait avoir. Le peu d'importance qu'il restait, elle l'abandonnait. Elle se détournait de son rôle d'épouse, de son rôle tout court. Jamais elle ne l'avait comprit, aujourd'hui, elle comprenait simplement qu'elle n'avait jamais été plus qu'un nom, que le moyen necessaire à la survie de sa lignée. Elle ou une autre. Quelle importance? Et maintenant qu'elle avait fait son devoir, quelle importance si elle n'était plus là? Elle avait fait la seule chose qu'il voulait. Des enfants. Il n'y avait rien d'autre qu'il désirait d'elle. Il n'y avait rien d'autre qu'elle désirait d'elle-même. Juste que tout s'arrête.

(Seylim) ▬  Je ne te crois plus. Je me fiche complètement que tu restes ou non avec lui. Le fait même que tu le quittes signifie que tu ne faisais pas que coucher avec. Que je te dise de le quitter ou non... Je ne puis avoir la certitude que tu le feras. Et, sincèrement Ishüen, je n'en ai cure. Repais-toi de la luxure et de l'amour que je ne peux t'offrir. Déguste-le. Tu as déjà fais ton choix et je n'étais en rien importante. Continue donc ainsi.

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le Mar 3 Juil - 8:57
 
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Évidemment. Cela aurait été bien trop facile, Ishüen le savait. Il avait lu et écouté suffisamment de poèmes et d’histoires pour le savoir. Rien de plus simple que se dévouer à une femme. Quelques caresses, des regards énamourés et des serments enflammés chuchotés dans le secret d’une chambre ou d’un jardin y suffisaient. C’était si aisé que cela n’avait en effet que peu de valeur. Pour que les mots deviennent autre chose que du vent, il fallait sortir de la fiction et agir. Et, dieux, cela était autrement plus difficile. Le Seigneur des Chevaux le sentait alors qu’il sentait le deuil lui grever le cœur, alors qu’il lui fallait dire adieu au soleil. Pourtant, son regard ne trembla pas, ne dévia pas alors que son épouse n’accueillait sa promesse que par l’indifférence lasse, mortifère, qui faisait peser son fantôme sur elle depuis qu’il l’avait retrouvée.

« Tu penses que tu n’es rien pour moi ? Rien de plus que la mère de mes enfants et mon épouse aux yeux du monde ? Tu es en droit de ne pas me croire si j’affirme le contraire. Mais je l’affirme. »

En quelques pas, il revint près d’elle, s’assit sur le rebord du lit, prit délicatement sa main dans la sienne.

« Plus de mensonges, t’ai-je promis. Ainsi soit-il : ce que tu dis est vrai. Je souffre à l’idée de renoncer à lui. J’ai pour lui des sentiments qui ne devraient revenir qu’à toi. Mais ce que tu dis est faux. »

Une de ses mèches noires étendue sur les draps s’était mêlée à leurs doigts alors qu’il lui recueillait sa main et il en sentait la douceur de soie, le parfum d’huile précieuse qui s’en élevait, comme si la chevelure de son épouse était la seule partie d’elle qui s’obstinait à vivre alors qu’elle-même en avait perdu le désir. Sa longue coulée d’or sombre luisait doucement à la lumière qui parvenait du dehors et les reflets chauds qui lustraient le sommet de ses boucles n’en rendaient que plus profonde, plus intense l’obscurité de leur teinte. Ce noir plein de vie contrastait lugubrement avec la pâleur de son visage pâli, amaigri. Ishüen porta doucement ses doigts à ses lèvres dans un geste rempli de dévotion et garda un instant sa main contre sa bouche pour respirer le parfum de cette mèche de cheveux.

« Tu es la mère de mes filles. Ma Dame des Chevaux. Mais tu es plus que cela. L’affection, l’estime, la reconnaissance que j’ai pour toi ne sont pas ce que tu désires mais elles sont bien réelles, plus que toute autre chose. C’est par elles que je peux te caresser sincèrement. Je ne ressens cela pour personne d’autre, quoi que tu puisses en dire. Il n’y a pas personne qui existe à mes yeux comme tu le fais. Le foyer que nous avons fondé ensemble, même l’amour n’en vaut pas le prix. Ne dis rien si tu ne le désires pas. Mais je le ferai malgré tout. Je le quitterai. »

Et cela lui fendait réellement le cœur alors qu’il revoyait dans sa mémoire l’éclat du jeune homme, tout d’or et d’ivoire, qui illuminait chaque pièce et l’éblouissait lorsqu’il se donnait à lui. Pauvre Aymeric qui l’avait laissé partir en affirmant qu’il reviendrait, sans savoir encore que Seylim avait déjà récupéré ce qu’il avait volé. Mais le Seigneur des Chevaux écouta sa douleur, lui fit dire tout ce qu’elle avait à dire sur ce choix, et jugea qu’elle constituait la perte la plus acceptable. Alors il la musela solidement et l’enferma au plus profond de son cœur, loin de la lumière et de la liberté comme il le faisait de ses esclaves les plus rétifs, et déjà il la sentit se fossiliser. Cela appartenait désormais au passé et n’avait eu droit qu’à trop de sursis. Tout ce désastre aurait pu être évité s’il avait consenti à y mettre fin plus tôt. Son regard était plus déterminé que jamais lorsqu’il croisa celui de son épouse, effleura de ses doigts le contour de son visage fatigué.

« Je peux renoncer à lui. Pas à toi. »

Et ce n’était là que la pure vérité.
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le Mar 3 Juil - 19:55

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
Alfred de Musset

=> 87e jour d’Eira, an 993.
Je nous hais. Tous les deux. Je le hais comme je n'ai jamais haïs quiconque. Je le hais de ne pas s'offrir à moi. Je le hais de me cacher ce qui est important. Je le hais de mentir, de transcender la vérité pour l'arranger. Je le hais d'être ce qu'il est. Mais la plus grande haine que j'éprouve, ce qui me blesse et me tue, ce ne sont ni ses mots doux, ni sa voix suave, ni ses gestes tendres. Non... Ce qui attise ma haine, remplit mon coeur de noirceur, de mépris, c'est qu'au fond de moi, je suis prête à accepter cette torture. Je suis prête à souffrir silencieusement, à rester à ses côtés. Je suis prête à n'être que son jouet. Je l'aime à vouloir mourir pour lui. Et cela, je trouve que c'est inacceptable.

(Mère de Seylim) ▬ Souvenez vous qu'être une bonne épouse c'est le combler. Un homme qui préfère dormir dans un autre lit a forcément une mauvaise femme.

Oui Mère. Je suis une mauvaise épouse. Une mauvaise femme. Je le sais. Je le sens. Je le vois. Si j'avais la moitié du courage de Sanila, je pourrais vous poser cette question qui brûle mes lèvres sèches : "Une mauvaise épouse peut-elle aider son compagnon?". Seulement je me connais. Ce n'est pas à moi de vous demandez cela. Mes sœurs sont bien plus aptes à se dresser devant vous. Je suis trop vicieuse pour cela. C'est vous-même qui m'avez appris à l'être. Soyez dont fière du monstre que vous avez engrangé Mère.




La Dame du désert semblait sur le point de s'éteindre. Ses paumes reposaient, inertes, sur les draps qui séparaient ses doigts de ses cuisses. Elle le fixait sans le voir, donnant l'impression que son souffle serait le dernier.

(Ishüen) ▬  Tu penses que tu n’es rien pour moi ? Rien de plus que la mère de mes enfants et mon épouse aux yeux du monde ? Tu es en droit de ne pas me croire si j’affirme le contraire. Mais je l’affirme.

Encore une fois, elle se fit la réflexion qu'avec plus de hargne, elle l'aurait giflé. S'il pouvait affirmer le contraire, qu'il lui montre, qu'il arrête ses mots vides de sens. Elle n'arrivait à y croire. Les mots voletaient sans la pénétrer, comme si l'insensible Seylim se réveillait... S'éveillait. Ou pire encore. Comme si elle se rendormait. Comme si ce n'était plus un masque qu'elle enfilait pour se protéger mais une réalité, sombre et sourde. Elle sentit sa chaleur sur sa main pourtant, pourtant elle ne bougea pas. Sa main n'eut aucun mouvement, que ce soit de recul ou non. Elle aurait désiré retirer son poignet, arrêté leur contact. Et son corps se refusa de faire le moindre geste. Il lui répétait qu'il ne lui mentirait plus. Il lui affirmer être amoureux du jeune homme. Il souffrait. Il souffrait pour lui. Alors qu'elle n'attisait rien de semblable. Et elle l'entendait lui dire qu'elle était dans le tord... En quoi?

Elle le laissa caresser la chevelure que sa soeur pouvait maintenir en vie. Sans elle, elle aurait terni. Comme le reste de son être... Sanila aimait la chevelure de sa soeur... Elle l'avait protégée, nourrie, lavée... C'était la seule chose que Seylim lui avait autorisé à faire... Alors elle s'était donné bien plus intensément qu'autre chose. Seylim sembla revenir, le regard s'abaissant lentement pour observer les lèvres de son compagnon s'abaisser, sa main apportant la sienne à ses lippes pour qu'il l'embrasse, comme un chevalier face à sa Reine. Et il lui rappellait ce qu'elle savait. Qu'elle était Mère. Qu'elle était Sienne. Et qu'il lui avait offert son affection. Son estime. Sa reconnaissance.

Quelle importance?

Il continuait, lui expliquant que ses caresses étaient dûes à cela. Qu'il ne ressentait cela pour nulle autre personne. Il lui disait que l'Amour ne valait pas leur famille. Et il lui répétait qu'il quitterait Aymeric. Que même sans son accord il le ferait.

Alors pourquoi me poses-tu la question si tu ne prends pas en compte ma réponse?

(Ishüen) ▬  Je peux renoncer à lui. Pas à toi.

Elle se mura dans son immobilité parfaite. Celle qui avait fait la fierté de ses professeurs, celle qui leur avait fait dire qu'elle deviendrait une Grande Dame. Celle qu'elle avait cultivé de bien de manières. Elle aurait pû se murer dans un silence tout aussi pesant que parfait. Mais elle entrouvrit les lèvres.

(Seylim) ▬  Tu as déjà renoncé à ma présence. Dès lors que tu l'as choisis. C'est simplement trop tard. Tes mots coulent encore et toujours sur moi. Je ne suis que verre lustré sous ton flot.

Elle leva la main pour éloigner ses doigts de sa peau. Les gestes lents, sans aucun calcul, sans même se cacher de la douleur qui la parcourait. Seul son regard tremblait. Là où elle y lisait de la détermination, son propre regard ne reflétait qu'une souffrance infinie. Qu'un laissé aller. Comme si elle le suppliait de la laisser mourir ici, ainsi. Elle prit la main de son compagnon, la posant sur son genou – à lui – comme une interdiction silencieuse. Sa peau semblait la brûler lorsqu'il la touchait. C'était insupportable. Douloureux. Trop vivace. Elle ne voulait plus rien ressentir. Plus rien sentir tout court. Sa voix résonna une nouvelle fois, comme lorsqu'elle contait diverses histoires à ses filles. Elle se laissa conter, lentement, le regard évitant le sien, la douceur maternelle ressortant, une légère candeur alors qu'elle contait son histoire préférée, celle que sa propre mère lui racontait étant enfant.

(Seylim) ▬  " Un homme chassait des oiseaux, un jour de grand froid. Chasseur émérite, chaque piège emprisonnait les volatiles. Il égorgeait les oiseaux qu'il attrapait, pendant que des larmes lui coulaient sur les joues, causée par le froid qui s'abattait sur lui.

Un oiseau dit à son compagnon : "N'aie pas peur de cet homme, ne vois-tu pas qu'il est en pleurs?".
Et l'autre de lui répondre : "Ne regarde pas ses larmes, mais vois plutôt ce que font ses mains!"
"


Cette histoire, bien que courte avait été et était encore, la préférée de la Dame. Elle tourna son visage vers la fenêtre, observant un paysage qui n'existait que dans son esprit, dans ses souvenirs. À se revoir enfant, innocente, à rêver du Prince qui aurait pu prendre son coeur, ne voir qu'elle... Qu'ils forment un couple parfait, en parfaite harmonie... Et... Et elle souriait. Les Dieux lui avaient sûrement accordé le meilleur époux qu'elle pouvait avoir. Un menteur, une de ces vermines qui parlaient pour envoûter et qui ne la comprendrait jamais. Avait-il seulement essayé?

(Seylim) ▬  Tu me veux Ishüen?

La question tomba lourdement alors que la voix était douce et tendre. L'intonation était lourde de sens. Presque comme si elle ne s'attendait pas à la réponse qu'elle espérait.

(Seylim) ▬  Dis-moi mon époux. Explique-moi. Tu peux le quitter mais pas ma personne. Pourquoi? Tu l'aimes non? Tu pourrais parfaitement me laisser partir ou ne pas t'occuper de moi. Sauvons les apparences. Je resterais. Mais si tu ne me veux pas, si tu ne ressens que de la reconnaissance... de l'estime, pourquoi donc continuer à jouer au mari? Nous pourrions parfaitement vivre séparément. Tu serais bien plus libre. Je te laisserais le voir. Explique moi pourquoi tu ne peux pas renoncer à moi.

Elle continuait d'observer la fenêtre, absorbée par ses propres rêves qu'elle finissait de détruire d'une voix calme.

(Seylim) ▬  Si tu ne me désires pas. Maintenant que tu as tes enfants. As-tu encore une raison de me toucher? De me voir? Je veux bien te laisser une chance Ishüen... Mais pourquoi ferais-je ça? Vois l'état dans lequel je suis... Pourquoi prendrais-je la peine de me relever? Tu ne m'aimes pas. Je ne te fais plus confiance. Alors je t'écoute... Dis-moi. Explique-moi. Et pire encore... prouve moi ce que tu vas dire... J'ai besoin de preuves Ishüen. Bien plus que quelques mots qui sont probablement plus pour l'enfant que je porte que pour moi-même.

[Conte]
Alors... Visiblement le conte est réel et a été trouvé => Ici <== Je me suis permise de doucement l'arranger pour qu'il soit un peu plus joli ♥️ Il aurait été écrit / rapporté par Al-Sharîshî (1162-1222, XII-XIII° siècle)

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Ishüen

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le Sam 7 Juil - 16:59
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...


Depuis qu’il était le Seigneur des Chevaux, depuis qu’il l’était pleinement, Ishüen était toujours parvenu à ses fins. D’une façon ou d’une autre, quelque soit la cruauté ou la perversité du moyen, tous les obstacles avaient fini par céder et ployer le genou devant lui. Il n’avait pas de doute sur le fait que sa volonté pouvait lui ouvrir toutes les portes à condition qu’il soit suffisamment patient, habile et résolu. Même aujourd’hui, il en était toujours convaincu. Mais il ne pouvait nier qu’il se sentait peu à peu gagné par l’impuissance alors qu’il voyait toutes ses tentatives se briser une à une sur la torpeur de son épouse. Il était prêt à tout faire pour la persuader de sa sincérité. Mais à quoi bon si tout ce qu’il était prêt à faire ne pouvait l’atteindre ? Si elle persistait à repousser tous les signaux qu’il lui adressait sans prendre la peine de lire le message ? Au fond de lui-même, il commençait à ressentir de la peur. La peur glaçante et térébrante qui paralysait les êtres lorsque ceux-ci se rendaient compte qu’ils avaient peut-être perdus à jamais quelque chose de précieux sans le savoir et qu’il était trop tard pour revenir en arrière. Il en ressentait les prémisses ronger les bases de son sang-froid, inéluctablement, alors que sa femme usait d’un conte pour lui dépeindre la situation, ce que ses mots juraient pendant que ses actes brisaient sa confiance. Il accusa le coup à nouveau mais cette fois, la peine se lisait sur son visage et cette peine ouvrait en lui des portes qu’il avait jusque là laissées fermées, libérant des courants qui le portèrent un instant.

Lorsque Seylim l’assaillit de questions, le mettant à nouveau au pied du mur, il renonça aux mots désormais inutiles : il saisit le visage de son épouse et ferma les yeux pour l’embrasser longuement. Jusqu’à ce que le souffle lui manque, il prit possession de ses lèvres, de sa cette bouche qui l’avait accueilli tant de fois. Il murmura tout contre elle les mots qui lui vinrent ensuite :

« Nous le pourrions. Je ne le souhaite pas. »

Ses doigts se perdaient dans ses cheveux noirs, goûtaient le parfum de leur flot épais et soyeux tandis qu’il effleurait son souffle de sa peau. Cette peau qui était sienne, qu’il avait marqué de ses baisers depuis leur mariage et qu’il refusait, corps et âme, de voir un jour s’éloigner de sa paume.

«S’il ne s’agissait que d’apparence, de prestige ou de lignée, cela serait sans doute possible. Ce n’est pas le cas. »

Il n’avait pas de moyen de lui prouver sa sincérité, elle avait dit elle-même que ses mots ne l’atteignaient plus. Pourtant sa voix vibrait d’une émotion violente, fougueuse, contenue à grand peine. Une part d’égoïsme l’animait aussi, il en avait bien conscience. Tant pis. Il n’en avait cure, il l’assumait. Si cela pouvait l’aider à la garder près de lui, toute aide, tout sentiment serait bon à prendre. Même sans pouvoir mettre de mots dessus, il ne pouvait renoncer à son épouse.

« Il y a des choses plus précieuses que l’amour. J’ai commis des erreurs, des erreurs stupides et graves qui te mettent en danger, mais si elles ont au moins un mérite, c’est de m’avoir fait m’en rendre compte. Tu as plus d’importance que lui à mes yeux. Si le médecin me demandait de choisir, je sauverais ta vie avant celle de cet enfant, quant bien même devrais-tu me haïr à jamais pour cela. Je te veux à mes côtés. Nulle part ailleurs. Mais ce sont des preuves que tu désires… »

Dans un souffle, ses lèvres se posèrent sur son front durant une pleine seconde avant qu’il ne se décide à la relâcher. Se relevant du lit, posant un genou à terre, il plongea son regard dans le sien.

« Ceci, ma Dame, est le dernier baiser que je m’autorise à vous donner. Mes lèvres ne vous toucheront plus que lorsque vous m’en jugerez de nouveau digne, lorsque mes actions auront suffisamment rachetées mes fautes. »

Puis il se releva et s’éloigna vers la porte. Plus de mensonges, avait-il dit. Je le quitterai, avait-il ajouté. Il était tant maintenant de sortir de la fiction et d’agir s’il voulait que les mots cessent d’être vains, que son épouse le croie à nouveau.

« Je serai bientôt de retour. Vivez, je vous en conjure. »

Il s’écoula presque six jours avant qu’il ne repasse la porte de la demeure de Sanila, à nouveau blanchi par la poussière de la route, épuisé par les épreuves de son cœur.
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Agni
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le Dim 8 Juil - 5:19

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
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Elle avait parfaitement perçue la douleur qui l'embrasait. Elle l'avait vue. Lue. Et l'avait ignoré. Sa peine, ô combien insupportable pour cet être malfaisant, ne serait jamais comparable à celle qu'il avait lui-même créé, attisé. Cette douleur qui l'avait fait se détourner d'elle, lui mentir. À quel point pouvait-il être cruel? À quel point pouvait-elle accepter cette cruauté? Elle aurait pu penser qu'elle pouvait l'accepter totalement, qu'elle s'en fichait. Tant qu'elle était de son côté. Jamais elle n'avait envisagé qu'il la ciblerait, qu'elle en payerait le prix. Jamais, jusqu'à la semaine passée. Ce moment où elle l'avait vu lui mentir était bien plus pesant que ce qu'elle imaginait. Le mensonge. Elle avait réalisé juste après. Et elle avait prié pour oublier. Pour devenir stupide. Pour ne plus comprendre. Pour... Pour mourir.

Même lorsqu'il posa ses lèvres sur les siennes, elle ne ressentait qu'un vide abyssal qui s'ouvrait sous ses pieds. Elle sentait son coeur s'éteindre, son corps se dessécher. Elle n'arriva pas à voir ses iris, cachées derrière ses paupières. Il semblait essayer de la reconquérir de force. Cela ne fonctionnerait pas. Ils le savaient tous deux.

(Ishüen) ▬  Nous le pourrions. Je ne le souhaite pas.

Un murmure, simple, son souffle arrêtant sa course sur ses lèvres. Il continuait de profiter de sa chevelure. Elle ne bougeait pas, le souffle court sous l'étreinte qu'il lui offrait. Son souffle semblait avoir du mal à revenir alors qu'il éloignait leurs lippes. Pour être exact, il éloignait ses lèvres des siennes. Elle se rappellait qu'il était sien. Et n'arrivait as à s'empêcher de se demander pourquoi il n'était pas réellement sien. Pourquoi il lui faisait tant de mal. Pourquoi... Quel plaisir y avait-il prit?

(Ishüen) ▬  S’il ne s’agissait que d’apparence, de prestige ou de lignée, cela serait sans doute possible. Ce n’est pas le cas.

"Ce n'est pas le cas". Quel était-il alors? Qu'y avait-il de plus? Il avait clairement annoncé qu'il ne l'aimait pas. Alors à quel point la reconnaissance qu'il avait pour elle lui était importante? Elle n'avait aucun moyen et se traitait d'idiote d'en avoir quelque chose à faire. Il y avait beaucoup dans son intonation. Beaucoup oui. Mais il n'y avait pas ce qu'elle voulait. Elle voulait son corps. Elle voulait qu'il résonne en sa présence comme c'était le cas pour elle. Elle l'imaginait aisément possessif. Seulement, ce n'était pas la possession dont elle rêvait. Ce n'était qu'une autre façade de ses rêves d'enfant. La vérité faisait toujours mal. Elle l'écoutait toujours aussi immobile. Il tentait de lui dire qu'elle était plus "précieuse que l'amour". Pour elle, ce n'était plus le problème. C'était le plus blessant sur l'instant. Mais la trahison valait bien cette blessure. Il lui disait qu'il la sauverait sa vie plutôt que celle de leur enfant. Et sa main vint se poser sur son ventre. Tentait-elle de le protéger? Ou juste de sentir un peu plus ses mots? Même elle l'ignorait... Elle le laissa embrasser son front. Elle le regarda s'agenouiller sans comprendre, sans le montrer. Et le fixa comme il le lui rendait.

(Ishüen) ▬  Ceci, ma Dame, est le dernier baiser que je m’autorise à vous donner. Mes lèvres ne vous toucheront plus que lorsque vous m’en jugerez de nouveau digne, lorsque mes actions auront suffisamment rachetées mes fautes.

Elle s'était interdite de réagir. Elle ne voulait de ses baisers. Elle ne voulait de ses mots. Elle ne voulait plus de lui.

(Ishüen) ▬  Vivez, je vous en conjure.

Elle l'observa partir. Et lorsque la porte se referma, sa voix s'éleva, la lassitude toujours maîtresse de l'intonation de la Dame.

(Seylim) ▬  Et si tu me trouvais dans les bras d'un autre... M'aimerais-tu enfin?

~  ~  ~

Deux jours s'écoulèrent sans que sa situation ne change. Elle restait lasse, seule, le regard perdu dans le vide. Jusqu'à entendre la porte de sa chambre s'ouvrir. D'abord elle vit sa mère. Puis son père. Et, derrière eux, le visage triste et regardant le sol, ses filles. Elle se mordit la lèvre de les voir, de sentir son coeur se serrer. Elle les avait abandonné. Oublié.

(Tylim) ▬  Mère... On nous as dit que vous étiez malade...  

Ce n'est pas juste. Vous n'aviez pas le droit...

Son regard se releva sur ses parents. Seule sa mère semblait s'inquiéter. Son père l'observait, le regard aussi fermé que pouvait être celui de son mari... Ou le sien lorsqu'elle négociait un contrat. Mais on ne voit jamais son propre visage. Derrière eux quatre, Sanila. Et sa soeur eut droit à un regard qui l'aurait découpé si elle en possédait le pouvoir. Ce à quoi Sanila lui tira la langue.

(Sanila) ▬  Père, puis-je vous faire goûter d'un vin Aapien reçu plus tôt?
(Shil Ben Hichem) ▬  Tu me déçois Seylim.

La Dame des Chevaux reçue la claque sans un mot alors que sa fille se retournait pour frapper de son pied dans le tibia de son grand-père.

(Tylim) ▬  On dit pas ça! Vous êtes méchant! Mère fait de son mieux pour guérir! Moi je le sais! Alors excusez-vous!
(Shil Ben Hichem) ▬  Je m'excuserais quand elle sera guérie. Pas avant. Rétorqua l'adulte, posant sa main immense sur l'épaule de sa petite-fille.
(Seylim) ▬  Bien Père...

La voix éteinte de Seylim résonna. Et Shani se dirigea vers elle pour lui déposer un petit bracelet sur le lit.

(Seylim) ▬  Merci Shensheïla.

Les deux enfants furent appelées par leur tante qui leur proposait un morceau de gâteau. L'autorisation maternelle reçue, elles refermèrent la porte sur leur grand-mère qui s'avançait vers sa fille.

(Seylim) ▬  Mère...
(A'dab Bin Chokri) ▬ Qu'as-tu?

Seylim semblait redevenir une enfant. Elle détourna le regard, honteuse, triste.

(Seylim) ▬  Il m'a trahit.
(A'dab Bin Chokri) ▬ Je vois.

Sa mère n'ajouta rien de plus. Elle laissa le silence les emporter toutes deux un long moment avant que la sage voix rompe le calme, Seylim s'étant perdue dans ses rêves brisés une nouvelle fois.

(A'dab Bin Chokri) ▬ Penses-tu, ma fille, que ton rôle est fini?

Seylim tourna son visage vers sa mère, le symbole de calme et de sérénité qu'elle avait. Elle hocha lentement sa tête, comme lorsqu'elle avouait une bêtise, étant enfant.

(A'dab Bin Chokri) ▬ As-tu imaginé que ton rôle venait tout juste de commencer?

La Dame des Chevaux haussa un sourcil, penchant lentement le visage sur le côté.

(Seylim) ▬  Je ne comprends pas.
(A'dab Bin Chokri) ▬ Nous t'avons élevé pour que tu sois fière. Droite. Juste. Honnête. Mais, comme pour tes soeurs, nous espérions un compagnon qui resterait malgré ton caractère. Et là que tu as l'occasion de lui montrer qui est Seylim Bin Shil, tu te cloisonnes et tu te replies. Est-ce là ma fille? Celle qui nous as rendu fou de ne pas accepter ses professeurs? Celle qui impose ses volontés? Celle qui était douce et calme jusqu'au moment où elle en avait marre...? Le sais-tu Seylim, ton père et moi avions peur de tes colères plutôt que celles de tes sœurs. Et tu sais pourquoi? Parce que tu n'oublies pas. Cela rendait tes colères violentes et imprévisibles. Un rien te faisait sombrer. C'est pour ça qu'on t'appelait notre "petite tempête".
(Seylim) ▬  Mais quel rapport avec le fait d'avoir un rôle qui débute?
(A'dab Bin Chokri) ▬ Il est partit voir quelqu'un d'autre. Ton père l'a fait aussi. Il regrette actuellement. Il regrette parce que je lui ai fais comprendre que je devais être la seule. Nous ne sommes pas dans un conte pour enfant Seylim. Tu le veux? Alors prend-le. C'est TON mari. Pas celui d'une autre. Il ne doit voir que toi. Et c'est ainsi que ton combat commence ma fille.

~  ~   ~

Quatre jours plus tard, lorsqu'Ishüen revint, elle n'était pas dans sa chambre. La veille, sa mère – ayant ramené les deux enfants dans la maison principale -, revint avec un courrier l'informant d'un possible refus de contrat. Seylim avait fait apprêté une calèche, son départ étant imminent pour Rubis. Une engueulade avec sa petite sœur plus tard, elle avait abdiqué, se laissant écrire une lettre d'explication, négociant en divers termes les nouveaux accords qu'elle pouvait lui proposer. Elle avait rédigé le tout dans le salon, finissant par s'endormir sur le canapé, le nouveau contrat en main. Sanila vint accueillir Ishüen, l'observant longuement.

(Sanila) ▬  Bienvenue. On va te préparer un bain et un lit.

Elle ne le salua pas autrement, les mains pleines de peinture attestant de son travail. Elle se retourna, lâchant d'une voix neutre.

(Sanila) ▬  Seylim est en train de dormir dans le salon. Ne fais pas trop de bruit. Ah, d'ailleurs... Elle se tourna vers son servant. Vous lui apporterez le contrat que ma soeur a ramené.

Elle s'éclypsa, le servant informant Ishüen des faits et gestes de sa femme, lui offrant le contrat avant de le diriger vers la salle d'eau.

(Servant) ▬ Elle s'est remise à manger Seigneur. Toujours trop peu, d'après le docteur... Mais plus que lors de votre dernière visite.
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Ishüen

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le Lun 23 Juil - 8:31
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...


« Merci, Sanila. Comment va-t-elle ? »

Les mots étaient sortis par automatisme, sans qu’il ait réellement conscience de les avoir prononcés. Il avait l’impression de ne pas encore être tout à fait arrivé. Une partie de lui était encore en train de chevaucher dans le désert, dans la campagnes morne et apeurée d’Akasha, l’esprit vide et insensible devant cette désolation. Une autre encore n’avait pas quitté Ébène, se trouvait toujours dans une des chambres outrageusement décorées du manoir des Verfeur, contemplant les cendres du bûcher qu’il avait lui-même allumé pour y brûler le dernier de ses jours ensoleillés… Ishüen revenait dans la demeure de Sanila comme on revient du front, blessé et amer, le regard terni par les horreurs qu’il avait été forcé d’accomplir, l’âme réclamant désespérément quelque chose à quoi se raccrocher dans ce lieu qui avait autrefois été un foyer. Il n’avait même pas remarqué les autres chevaux dans l’écurie, la litière aux armoiries de Shil ben Hichem et des siens. Cela n’avait aucune importance. Il aspirait à retrouver sa femme de la même façon qu’il aspirait au repos. Un repos insondable, éternel, qui étoufferait assez longtemps les commotions de son cœur pour permettre à l’oubli de répandre sa chaleur lénifiante sur ses paupières. Néanmoins, si apathique se trouvait-il en passant la porte, les mots de sa belle-sœur ne tardèrent pas à éveiller son attention.

« Pardon ? Quel contrat ? »

Sanila avait déjà disparu dans son atelier et le Seigneur des Chevaux était trop épuisé, trop hébété par ce qu’il venait d’entendre pour avoir la présence d’esprit de la rattraper et de lui demander des précisions. Il resta donc face à un serviteur zélé et tout plié de courbettes qui trottinait à ses côtés en le conduisant vers ses quartiers. Ishüen l’écoutait, estomaqué.

« Comment ça elle a tenté de se rendre à Rubis ? Elle a perdu l’esprit ? »

Son regard balaya un instant le couloir où il se trouvait, comme s’il doutait d’être réellement au bon endroit. Rien de tout cela n’avait de sens. Son épouse se laissait mourir lorsqu’il l’avait quitté six jours plus tôt. Elle ne pouvait pas tenter de partir à Rubis en son absence pour gérer ses affaires, c’était impossible. Plantant là le serviteur, il dirigea ses pas vers le salon où Seylim dormait. Il devait s’en assurer. Il devait poser les yeux sur elle pour démêler cette situation sans queue ni tête où son cœur douloureux se démenait déjà bien fébrilement à la recherche du repos tant escompté. Frappant quelques coups discrets contre la porte de bois sculpté, il ouvrit doucement et entra dans la pièce, cherchant sa femme du regard.

« Ma Dame ? »
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Agni
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Seylim

Agni
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le Mer 25 Juil - 2:15

Lumière de ma vie, feu de mes reins...

[feat. Ishüen]



"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
Alfred de Musset

=> 87e jour d’Eira, an 993.
Quelques jours après le retour de son beau-frère, Sanila fera accrocher un tableau qu'il lui a... imposé. La vision qu'eut la cadette des Shil en accueillant le Seigneur des Chevaux dans sa demeure fut si virulente, si marquante, qu'elle n'eut pas le choix que de le retransmettre sur sa toile. Le tableau était assez massif, s'observant en portrait, marquant par son contenu que par les couleurs. Les teintes étaient sombres. On y observait le buste d'une ombre dans un désert de sable. Le paysage était flou, le vent soufflait fort, la cape que portait l'ombre voletant sur le côté, lui donnant un aspect de défunt. Pourtant, au centre du tableau, d'un blanc imaculé et point cuminant de l'oeuvre, un regard. Un regard qui était mort et qui se réveillait. Ou bien était-ce un regard réveillé qui mourrait? On pouvait lire la détresse, la solitude, la résignation. Et par delà, certains pouvaient lire la détermination et l'inquiétude. Ce tableau aurait dû être la pièce maîtresse de sa nouvelle collection. L'artiste évincera cette possibilité sans possibilité de négociations. Même s'il lui avait fait mal, son modèle – sûrement malgré lui – n'était pas resté de marbre. Quelque chose avait changé. Elle y voyait un bon présage. Ça et le fait qu'elle voulait leur montrer, égoïstement.

Pour l'heure, l'ombre répondait d'une voix éteinte, cette voix qu'elle avait entendu dans la bouche de sa soeur quelques jours plus tôt. Elle se détourna rapidement de l'ombre, l'inspiration prenant le contrôle de son coeur. Elle entendit sa voix résonner une seconde fois pour parler du contrat. Elle ne lui répondit pas. Le domestique n'ajouta pas grand chose. Il se contenta de le rassurer sur l'état physique de sa femme. Il suivit le Seigneur lorsqu'il rejoignit leurs quartiers puis le laissa se diriger vers le salon.

Toc. Toc. Toc.

(Ishüen) ▬ Ma Dame ?
(Nalkish) ▬ Elle se repose cher beau-frère.

L'aînée des Shils se tenait dans un large fauteuil, abaissant un livre pour cacher les écritures vers ses cuisses alors que son visage fin se relevait vers son interlocuteur. Elle tourna le visage vers sa soeur, endormie dans un large fauteuil. Le teint clair, la chevelure libre, elle dormait sur le dos avec une sérénité visible.

(Servant) ▬ Madame, votre soeur vous confie le soin de parler du contrat au Seigneur des Chevaux. Permettez-moi de me retirer pour vous laisser en parler.
(Blakish) ▬ Bien. Je te remercie. Fais-nous apporter fruits et boissons, nous n'allons pas le laisser dans un tel état~

La voix de la première née était douce et mélodieuse. Presque trop. Elle avait une quiétude qui semblait à la fois feinte et de l'autre totalement réelle. Officiant dans l'ombre de son époux, Balkish n'avait jamais caché être de celles qui jouaient encore aux poupées à son âge. Tous ignoraient, ou presque, qu'elle était aussi douée pour manipuler autrui que Seylim ne l'était avec les mots.

(Balkish) ▬ Nous avons écrit ce contrat ensemble. Elle refusait de passer outre et de vous attendre très cher ~ Mère lui a rapporté quelques missives concernant vos affaires. Par habitude Seylim les a lu, m'a raconté Mère. Et, pour une raison que j'ignore totalement, cela l'a vexée, frustrée, tant et si bien qu'elle a descendu les marches dans l'idée de faire apprêter une calèche et aller "retrouver ces hommes sans esprit pour leur apprendre qu'une "sauvage" comme moi n'est pas uniquement capable de répéter les propos d'Ishüen"! Quelle absurdité!"

La voix moqueuse de l'aînée qui caractérisait la petite soeur était palpable alors que Balkish poursuivait son histoire, semblant insensible à ses propres propos.

(Balkish) ▬ Sanila a hurlé. Ça a été aussi bien violent d'un côté comme de l'autre. J'ai fini par emmener Seylim se reposer alors que Sanila est partie dans son atelier pour se calmer. Seylim m'a dicté ce que je devais écrire. Elle n'a pas émit le souhait que tu le lises vu qu'elle était convaincue qu'il t'intéressera.

Sa main se releva, le poignet semblant se casser alors qu'elle désignait la table face à elle. Un domestique posa le-dit contrat, s'inclinant avant de poser de quoi se restaurer, la Shil observant son beau-frère avec une attention toute particulière. Et sa voix reprit son conte:

(Balkish) ▬ Elle n'a pas supporté quelque choqe qu'elle connaît pourtant. De toi à moi, je pense que Mère lui a parlé. La dernière fois que je l'ai vu, elle était une jolie poupée. Là je retrouve ma petite soeur. C'est donc à partir de maintenant que je dois te souhaiter tout le courage du monde?

#iwhae pour epicode
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Ishüen

Seigneur des Chevaux
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le Ven 3 Aoû - 10:46
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...


Dans son état de fatigue, Ishüen eut peine à contenir son mouvement de surprise lorsque sa belle-sœur lui répondit en lieu et place de sa femme mais il se reprit vite. Son visage était impénétrable, uniquement marqué par ce qu'il venait de traverser quand il vint s'asseoir à ses côtés, bien que ni boissons ni fruits n'amélioreraient son état, ne répareraient les ruines qu'il portait en lui.

« Tu peux me souhaiter ce que tu veux, Balkish. J’aurai besoin de tout, de toute façon. »

Sa voix était lourde de soupirs, de lassitude et de désillusion, en contrepoint au timbre mélodieux de la  femme élégante face à lui. Il savait combien il était risqué de lui exposer ce qui pouvait passer pour une faiblesse. Depuis qu’il la connaissait, il prenait plaisir à la compagnie de Balkish mais comme on prend plaisir à regarder un fauve alangui sur un rocher. Si majestueux soit-il, l’homme prudent ne s’en approcherait pas, lui présenterait de loin ses hommages et ne lui disputerait pas son territoire car la lionne tenait également du serpent. Rien n’égalait la douceur, la discrétion de son venin. Souvent, il agissait avant même que l’on ne remarque la morsure. Il réussissait d’ordinaire à éviter gracieusement les entrelacs vénéneux de son charme et il en ressortait des conversations éclairées, raffinées, plaisantes entre toutes. Aujourd’hui, il n’avait pas le cœur de se livrer à leurs menuets verbaux habituels. Il n’aspirait qu’au repos et aux mains de sa femme sur son visage. Ne pouvant obtenir l’un, il se rabattit sur l’autre et se leva du siège avant le retour du serviteur.

« Elle ne doit pas se livrer à ce genre de folies. Les affaires attendront. La priorité absolue est sa santé et celle de l’enfant qu’elle porte. »

Sans même demander à jeter un œil au contrat (c’était la dernière chose dont il avait envie de se soucier en cet instant), il saisit les doigts de sa belle-sœur pour l’embrasser en un geste de politesse lasse avant de se retirer. Rassemblant ses dernières forces pour retourner voir Sanila, son regard se posa sur la silhouette de sa femme. Ses traits tirés, l’une de ses mains reposant sur son ventre gravide, elle lui inspira soudain un sentiment de tristesse si intense qu’il sentit sa gorge se nouer et détourna les yeux.

« Je vais devoir m’installer ici quelques temps, il serait trop dangereux de la faire voyager dans son état. Je reviendrai la voir quand elle sera éveillée. »
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