Agni
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Seylim

Agni
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le Jeu 9 Aoû - 3:26

Lumière de ma vie, feu de mes reins...

[feat. Ishüen]



"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
Alfred de Musset

=> 87e jour d’Eira, an 993.
Rêvant, de son sommeil profond – et le premier réparateur depuis de longs jours – Seylim revivait l'évènement qui l'avait tant changé.

Aymeric, dans sa fougue jeunesse, répétait les mots qui tuaient la Dame aux Chevaux, se rapprochant toujours un peu plus du Seigneur de la belle. Elle était immobile, comme à son accoutumée, incapable de bouger ou de changer le cours des choses.

Craignant pour son amour, sa survie ou encore sa pérénnité, la Dame fermait les paupières sous ce baiser destructeur qui tournait en boucle sans arrêt devant son corps immobile.

Ishüen, lui, se laissait faire. Seylim ignorait lequel avait piégé l'autre, lequel était le chat, lequel était la souris.

Nonchalemment, les deux hommes se livraient à l'amour devant l'agnienne qui n'arrivait à remuer un orteil. Elle ne criait plus, n'hurlait plus. Elle réfléchissait.

Et elle réussit, sans savoir comment, pour la première fois depuis qu'elle les avait surpris, à bouger. Elle s'avança, attrapant la main de son époux, le forçant à la voir, à l'embrasser. Et, son rêve se détruisant lentement, laissant la Dame du désert se réveiller, elle prononça les premiers mots égoïstes depuis son lien avec le commerçant.

~ ~ ~ ~ ~

(Seylim) ▬  Mien! Il est à MOI!

Elle ouvrit les yeux, observant son bras tendu, le poing fermé. Son regard papillonna quelques secondes avant qu'une voix ne la sorte de ses divagations oniriques.

(Balkish) ▬  Alors petit soeur, qui est tien?
(Seylim) ▬  Ishüen.
(Balkish) ▬  Oh... Tu l'aimes Seylim?
(Seylim) ▬  Sûrement trop.
(Balkish) ▬  Et que comptes-tu lui donner?
(Seylim) ▬  Plus rien. Il a déjà tout ma soeur.

Balkish se tut, patientant, sachant pertinemment que sa cadette n'avait pas fini.

(Seylim) ▬  Mais je vais reprendre ce qui m'appartient.
(Balkish) ▬  Bien. Je vais signaler à Mère que tu vas mieux.
(Seylim) ▬  Non.

Seylim tenta de se redresser sous une grimace.

(Seylim) ▬  Ne t'embête pas. Je le ferais moi-même. Cependant, je vais attendre mon époux, je me dois de lui parler.
(Balkish) ▬  Soit. Je vais te le chercher. Domestique! Appella-t-elle. Occupez-vous des besoins de Seylim.
(Servant) ▬  Bien Ma Dame.

Seylim commanda un plateau de fruits. Elle avait faim. Balkish, elle, se laissait chercher l'âme en peine venue quelques heures plus tôt. L'artiste de la famille lui apprit le passage du commerçant. Il était partit se reposer dans la chambre qu'avait leur soeur. Et la vipère, tout sourire, retourna calmement voir sa cadette. Elle se fichait royalement de ce qui avait amené l'époux à être si vide lors de son retour. Mais Balkish savait que ce point était important pour sa soeur. Et cela, elle ne pouvait l'ignorer. La famille comptait plus qu'elle ne le laissait paraître et la femme retourna voir Seylim, qui s'était assise, les yeux fermés – sans doute pour calmer les douleurs qu'elle devait supporter. Après lui avoir annoncé qu'elle allait l'aider à retourner dans sa chambre, elle entreprit de lui prendre le bras pour s'exécuter.

De longues minutes plus tard, après avoir écouté les dernières nouvelles et réactions d'Ishüen, Seylim remerciait sa soeur, sur la porte de sa chambre. L'aînée s'inclina lentement en souriant pendant que sa soeur entrait dans la nouvelle couche maritale. Avec une lenteur qui trahissait sa peur de choir au sol ou sa difficulté à se déplacer, l'ambassadrice se dirigea vers la couche aux côtés de son compagnon. Elle s'allongea sur le dos, venant coller ses hanches, sa cuisse contre lui.

(Seylim) ▬  Désires-tu quelque chose qui t'apaisera? questionna-t-elle avec une douceur non dissimulée, ses doigts effleurant son visage faiblement, compte tenu de la position dans laquelle elle était. Je doute de bouger une nouvelle fois de ce lit. Cela me fatigue bien trop. Cependant, le médecin est un peu plus enthousiaste quand à mon état. Je m'excuse de t'avoir inquiété. ajouta-t-elle tendrement.

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Ishüen

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le Ven 17 Aoû - 8:31
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...


Il ne saurait dire combien de temps il dormit. À peine sa tête avait-elle touché l'oreiller et un soupir franchi ses lèvres qu'il se laissa engloutir par le sommeil comme par une tempête de sable. Et à l'instar d'une tempête, sous ses dehors doux et paisibles, il ne cessa en réalité de le balloter dans des abysses étranges et des rêves diffus où se mêlaient mille et un visages. Il revit son père et sa sœur, Reshgrim et Joruq, ses filles, des esclaves de sa maisonnée, Sanila et Balkish dont les traits furieux et la voix mielleuse se confondaient. Il revit son épouse le soir de leurs noces, grave, enceinte et pâle comme la mort dans sa robe. Il se vit lui-même. Il le vit Lui. Et il se réveilla alors que l'ombre du soir tombait sur la maison, qu'il n'avait pas l'impression d'être moins fatigué qu'en arrivant et que Seylim dormait paisiblement à ses côtés, une main reposant près de son visage comme si elle l'avait caressé durant son sommeil. En silence, Ishüen contempla le repos sur son visage creusé, se demandant pourquoi et comment elle se trouvait ici. En avait-elle émis le souhait ? Combien le trajet depuis le salon l'avait-il fatiguée ? Cela signifiait-il qu'elle lui avait pardonné ? Avec un soupir, il se tourna sur le côté et l'enlaça de son bras avant de refermer les yeux. Il la connaissait, il savait ce qu'il en était. Elle ne lui avait pas pardonné. Il ne lui restait plus qu'à se demander pour quelles raisons elle ne pouvait s'éloigner de lui malgré tout et les réponses consumaient les lambeaux de son cœur alors qu'il songeait à l'éclat solaire d'une chevelure blonde qui aujourd'hui ne lui appartenait plus...

« J'ai tenu ma promesse, ma Dame. Je n'appartiens plus qu'à vous désormais... »

Quant bien même il ne restait pour l'heure plus grand-chose de lui...

47e jour de Ruwa.

« Un médecin ! Vite ! »

Ishüen jaillit de la chambre à peine habillé, sa longue chevelure défaite flottant sur ses épaules et la lueur d'angoisse dans son regard le rendant semblable à un djinn venu chercher quelque vengeance. Il manquait une heure ou deux avant l'aube, toute la demeure ou presque dormait. Il arpenta le couloir en direction des appartements de Sanila, sans cesser d'appeler d'une voix forte pour réveiller tout le monde. Un domestique ne tarda pas à courir à sa rencontre pour s'enquérir de la situation.

« Elle a perdu les eaux, les douleurs la prennent alors qu'il est encore beaucoup trop tôt. Préviens ta maîtresse, préviens toute la maison. Il lui faut un médecin sur le champ ! »

Ishüen laissa le serviteur repartir aussitôt en courant pour exécuter ses ordres et rebroussa aussitôt chemin pour sa part, retournant au chevet de Seylim étendue sur le lit qu'elle n'avait quasiment pas quitté depuis qu'elle l'y avait rejoint à son retour au début de la saison. Depuis quarante jours, elle tentait de recouvrer ses forces et, même si elle n'était plus en danger selon les médecins, il n'en allait pas de même de l'enfant qu'elle portait. Le col de sa matrice s'ouvrant de plus en plus, on avait fini par lui interdire complètement de quitter le lit. Le Seigneur des Chevaux était resté auprès d'elle chaque jour. Sa présence, le temps et l'inquiétude avait fini par reléguer au fond de son cœur la douleur de sa rupture avec Aymeric. Elle lui semblait à présent comme une cicatrice, toujours présente mais moins douloureuse que la bataille à venir, cette lutte pour la survie de leur enfant qui allait venir au monde bien trop tôt. S'asseyant auprès d'elle, il lui prit la main, la serra fort. Sa respiration haletait, son visage se crispait sous l'effet de la douleur qui commençait à lui tenailler tout le bassin et Ishüen sentit son cœur se serrer. Il n'avait pas assisté à la naissance de leurs deux filles aînées, se contentant d'arpenter le patio en écoutant ses cris de douleurs et en priant Ruwa, patronne des eaux de la naissance et maîtresse de la vie, avant de la rejoindre sitôt audibles les premiers pleurs d'enfant. Il n'en serait pas ainsi aujourd'hui. Aujourd'hui, il resterait auprès d'elle.

« J'ai prévenu tout le monde. Le médecin va venir. Sois forte... »

Ajouta-t-il en pressant sa main contre ses lèvres.
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Agni
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Seylim

Agni
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le Sam 25 Aoû - 23:21

Lumière de ma vie, feu de mes reins...

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47e jour de Ruwa.

Réveillée par une douleur sourde, Seylim tenta de s'asseoir par pur réflexe. Et son ventre gonflé l'en empêcha. Elle eut un cri, de surprise, de douleur. Il lui semblait que l'on tentait de la couper, de la rompre en deux. Elle plissa ses yeux, se mordant la lèvre en expirant longuement. Le souffle lourd, les premières perles de sueurs qui naissaient sur ses tempes permettaient à quiconque de réaliser sa douleur. Elle se permit de prendre quelques secondes pour penser ) ses filles. Shani... Tylim. Oui... L'accouchement de Tylim avait été long et éprouvant. Elle avait prié Liekki d'arrêter la douleur. Elle avait eu l'impression d'être coupée, déchirée de part en part sans interruption. Ses souvenirs flanchaient sous une nouvelle et fulgurante douleur. Elle ne tiendrait pas. Elle le savait. Elle le sentait... Elle tentait de se reprendre, de se calmer, de faire quelque chose contre le mal qui semblait écarter ses entrailles. Jusqu'à sentir une humidité familière l'emporter. Elle poussa un juron, une vulgarité qui n'allait pas avec sa condition de noble, cependant, la Dame des Chevaux n'en avait cure et finit par réveiller son compagnon.

(Seylim) ▬  Ishüen! Ishüen! J'ai perdu les eaux.

Elle tentait de se contenir, de ne pas paniquer, de simplement annoncer un fait. Mais le seul fait qu'il y avait dans son esprit était la date. C'était trop tôt. Bien trop tôt. Son enfant ne devait pas naître maintenant. Il devait rester encore quelques semaines... Ce n'était pas le bon moment... Elle serrait sa mâchoire alors que son souffle s'allourdissait avec les secondes. Et lorsqu'elle ouvrit le regard suite à une nouvelle contraction, elle vit le lit vide et la voix de son compagnon résonnait dans le couloir.

(Ishüen) ▬  Un médecin ! Vite !

Seylim grogna en se forçant à se rallonger. Elle n'aimait pas cette partie-là de la maternité. Immobile, impossible de bouger ou de faire quoi que ce soit. Il lui fallait prendre sur elle et attendre le médecin. Et cette inaction, cette paralysie forcée, si elle durait, pouvait la rendre folle. Néanmoins l'esprit de la dame du désert semblait fuser à une vitesse folle. Ses pensées alternaient entre le fait qu'elle avait déjà donner naissance par deux fois et que celle-ci se passerait bien, le fait qu'il était trop tôt, et chaque prières silencieuses qu'elle adressait à Liekki. Elle le suppliait de donner la force à son enfant de vivre, de respirer. De se battre pour ses soeurs, pour ses parents.

En parlant de parents, revoilà le père qui revient, inquiet. Il restait aux côtés de sa femme comme depuis quelques jours. Seylim ressentit sa poigne, l'ignorant pour ses contractions qui la distrayaient. Elle repensait à ses filles et laissait son esprit divaguer sous les serrements de son bas-ventre. Elle sentait son souffle se couper périodiquement, ses paupières se fermaient pour se crisper, la dame laissant sa douleur se voir, se montrer et l'emporter lentement. C'était la première fois qu'il la voyait dans cet état. Enfin, peu importait ce qu'il avait fait. Elle y penserait plus tard. Elle penserait à son amant, à son coeur brisé, à sa confiance détruite. Rien n'avait changé. Elle avait juste enfermé tout cela. Cela sortirait. Un jour. Plus tard. D'abord leur enfant. Ensuite... Ensuite elle verrait. Peut-être qu'elle le quitterait. Peut-être qu'elle resterait dans une chambre à part. Elle n'avait pas pu extérioriser quoi que ce soit. Elle avait dû tout garder pour elle. Peut-être que c'était pour cela que son enfant sortait si tôt? Parce qu'elle prenait trop sur elle?

Elle l'entendit lui dire d'être forte. Et elle ricana, se crispant une nouvelle fois sous la douleur.

(Seylim) ▬  Je suis... une Bin Shil. Je suis forte. Personne... ne nous laisse... le choix... Toi... Mes parents... Liekki... ou même Ruwa qui voit... cette scène... Jamais... on n'a demandé... nos avis. Alors... Je... continuerais d'être... forte.

La voix s'entrecoupait de souffles, de légers grognements alors qu'elle tentait, à sa façon, de rassurer son compagnon. Seulement, rassurée, elle ne l'était pas. Aussi bien pour sa santé, pour son enfant et pour son couple. Elle n'avait pas oublié. Elle ne pourrait sûrement jamais oublier. Son coeur restait meurtrit de ses actions et jamais elle n'aurait pu penser le laisser l'approcher de la sorte. Elle aurait voulu être seule, comme pour ses deux précédents accouchements. Elle aurait voulu qu'il s'éloigne. Lui dire de retourner voir Aymeric. Elle aurait tellement voulu que tout se passe autrement...

(Seylim) ▬  Ishüen... Dis-moi... Est-ce que...  tu ... vas me détester? Si... Si ta douce femme ne revient pas... Si je reste... bin shil avant d'être... ton épouse... Tu vas de nouveau partir...?

Elle ne le regardait pas, fixant le plafond lorsqu'elle ne souffrait pas. Elle tentait de ne pas lui montrer à quel point son ventre semblait vouloir se déchirer. Pourtant... C'était la douleur qui la faisait divaguer. C'était la souffrance qui lâchait les mots qu'elle espérait garder au fond d'elle. Parce que s'il lui disait que oui, sans mensonges... Le supportera-t-elle?
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Ishüen

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le Ven 31 Aoû - 9:12
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...


Un sourire éclaire le visage du Seigneur des Chevaux alors qu’il endure en silence la main de sa femme qui se crispe sur la sienne, écrasée par la douleur de la poussée, puis une ombre y passe lorsque son souffle hachuré lui livre ses paroles. Aguerrie, solide, mais aussi affaiblie à cause de lui, il en a bien conscience. Dans son dos, le médecin s’engouffre dans la pièce au pas de charge, suivi de deux sage-femmes, de quelques femmes de chambre. Ishüen se penche sur son épouse afin qu’elle seule perçoive sa promesse :

« Je l’ai juré. Je ne m’en irai plus. Il n’y a plus que vous désormais... »

Après cela, le jour se lève, règne puis décline, accompagné par les cris de douleur de Seylim. Le Seigneur des Chevaux a laissé sa femme aux soins de ses gens ainsi que des dieux les premières fois où elle a donné la vie. Son ignorance se brise aujourd’hui en mille morceaux alors qu’il regarde, paralysé, le carnage qui se joue. Dans la béance de ses cuisses maculées de sang qui se dérobe à ses yeux alors qu’il la laisse enfoncer ses ongles dans le dos de sa main à chaque spasme effroyable qui secoue son corps, le médecin s’affaire, l’encourage de paroles qu’elle ne semble pas percevoir. La souffrance déforme son beau visage, le couvre de sueur, y creuse des cernes profondes comme des ravins. Chaque cri lui déchire un peu plus les cordes vocales, lui confère peu à peu la voix d’un animal blessé. Ishüen frissonne d’horreur face à une douleur aussi grande, inimaginable. Lorsqu’arrive le crépuscule, il se découvre presque aussi épuisé que son épouse, les nerfs usés jusqu’à la corde quand le minuscule corps poisseux de sang, de fluides crayeux, émerge enfin des flancs de sa mère après une dernière poussée qui la brûle. Le Seigneur des Chevaux vacille face au bébé si maigre, si pâle, qui respire à peine. Le médecin s’en empare sur-le-champ, s’éloigne avec les sage-femmes pour le réanimer, le ramener à la vie. Sans forces, Ishüen échoue à se lever pour aller voir la chair de sa chair qui a manqué d’emmener son épouse dans la demeure des dieux. La peur vibre en lui, enlève les forces de sa main encore vissée à celle de Seylim. Une femme de chambre s’affaire à laver les cuisses, le sexe souillé après avoir récupéré le délivre, essuie son visage emperlé de sueur, lui donne de l’eau, des éloges pour son dur labeur mais le Seigneur des Chevaux ne réalise rien de cela. Il n’a d’yeux que pour médecin qui s’approche enfin, lui demande de se lever pour lui parler un peu plus loin. À voix basse, il murmure.

« Vous avez une fille, mes seigneurs. Mais... »
« Quoi donc ? Parlez. »
« Il y a peu d’espoirs pour qu’elle survive. »


Un froid glacial s’écrase sur ses épaules, chasse le sang de son visage, puis la colère y succède. Il serre les poings, ses yeux remplis de fureur braqués sur le médecin qui se recroqueville.

« Par quelle audace osez-vous... »
« Pardonnez-moi, Seigneur. Je ne veux pas vous manquer d’égards. Mais sa naissance, avec presque une saison d’avance, la condamne. Il y a des moyens pour la sauver, mais rien de sûr... »
« Parlez. Sur-le-champ. Vous aurez de l’or si vous le désirez mais parlez, je vous l’ordonne si vous voulez garder la vie sauve ! »


L’homme s’incline, effrayé, puis appelle la sage-femme. Celle-ci avance jusqu’à la couche de son épouse pour rendre la fille nouvelle-née à sa mère. Elle repousse d’une main la chemise de soie de Seylim, pose le bébé lavé sur son sein, la recouvre puis presse le mamelon gonflé près de la minuscule bouche.

« Posez-la à même la peau, couvrez-la bien. La chaleur la gardera en vie. Elle n’a pas assez de forces pour boire seule mais il faudra la nourrir à chaque heure, qu’il fasse jour ou non. Priez les dieux pour que la maladie l’épargne. »

Ishüen frissonne à nouveau, assailli par la peur à l’idée que leur fille puisse périr alors qu’elle ne respire que depuis peu. Il s’approche de son épouse, ramène les draps sur elles deux, effleure de l’index le crâne chauve, fragile, du bébé.

« Sois sereine, ma fille. Nous veillons. »
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Seylim

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le Sam 15 Sep - 19:46

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"Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire ; une larme a son prix, c'est la sœur d'un sourire."
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=> 87e jour d’Eira, an 993.
Elle l'entendit. Elle l'entendit lui dire qu'il n'y avait plus qu'elle. Seylim remua lentement de la tête, désireuse de lui répondre quelques mots qu'elle oublia sous la nouvelle contraction qui la parcourut. Elle entendit quelques personnes parler et son regard se dirigea vers eux alors qu'elle n'arriva pas à les voir. Elle ne les aperçut pas. Elle savait qu'ils étaient médecins, aide-soignantes ou autres. Seulement tout son être semblait obnubilé par la douleur, par l'agression de son propre corps. Et, bientôt, les premiers cris de la future ambassadrice se firent entendre.

Elle avait les mots aux bouts des lèvres. Il lui suffisait de les ouvrir et de parler. C'était simple pourtant. "Ton mensonge si franc et ton amour à un autre sont les seules raisons de mon cœur brisé". Malgré tout, elle savait qu'il n'y avait pas que son cœur de brisé. Elle n'osait se regarder. Elle n'osait se livrer. Elle n'osait plus. Elle essayait. Elle y arriverait. Mais ce serait de l'éternel mensonge, pensait-elle. Elle n'allait pas bien et n'irait sûrement jamais mieux. Il avait détruit une part d'elle...

"Pendant qu'un autre être détruit mon corps" pensa l'agnienne alors que la douleur s'intensifiait un peu plus sous les secondes.

[...]

Donner naissance à une vie est affaiblissant,
Usant. Et laissait la dame aux équidés dans
Une ivresse jouxtant le coma, la quiétude vraie.
Elle semblait vidée de toutes forces, de toutes envies.

Il ne restait que celle de s'écrouler. Longtemps.
Sans autre envie de rester endormie tant...
Non, elle ne peut penser cela. Le visage de
Son époux tord son coeur sous la colère qu'elle observe.

Le médecin attrape son enfant pour s'éloigner
Le manipulant de toutes ses saintes connaissances
Les sages-femmes s'avancent vers le nouveau bébé
Rapidement, elles tapent d'une main, avec aisance

Les compliments fusant tant que la mère ne les ouït
L'émoi naît en réponse aux détails du mari.
Son visage est marbre quand, son corps lui est connu.
Et ce qu'elle lit ne la rend que plus ingénue.

Les muscles de son dos se tendent, il se redresse,
Tremblant, il est colère; il attise sa détresse.
Le professionnel s'incline, sous les mots sifflés
Il l'a averti, c'est l'opinion de la mariée.

Bientôt, on lui rend son enfant, le collant
A son sein nu, ses propres bras le protégeant.
Elle reste silencieuse, alarmée par l'état
De sa fille, si frêle, sans parler de son poids.


(Seylim) ▬  Elle vivra.

Il n'y avait pas de doute dans la voix de l'agnienne. Elle ne regardait ni la femme qui eut l'air surprise, ni son époux, partagé entre inquiétude et colère. Sa voix semblait avoir répondu à celle de sa moitié qui les protégeait toutes deux d'un drap. Doucement, le bambin téta faiblement alors que Seylim ne quittait pas le petit corps du regard.

(Seylim) ▬  Mes enfants aiment la vie. Elle s'y tiendra. Elle était sûrement un peu trop impatiente de visiter le monde.

Elle se tut, son esprit priant silencieusement. "Liekki, si vous m'entendez, laissez-moi avoir raison, juste pour cette fois. Je peux me tromper pendant des années... Mais par pitié... Laissez-la vivre. Je paierais pour mon compagnon. Je paierais double pour moi-même. Mais elle n'a rien fait. Je vous en conjure... Ne me la prenez pas alors que je viens de la mettre au monde..."

Elle ne savait pas pourquoi elle était sortie si tôt. Quelque part, le visage blond qu'elle avait apprit à détester semblait la saluer. Comme si tout était de sa faute... Mais elle était bien trop exténuée pour y penser. Elle repoussa l'idée avant de se concentrer sur sa fille.

(Seylim) ▬  Mon époux... Comment allons-nous l'appeler?

Elle caressait le petit crâne tendrement avant de poursuivre, ayant conscience que son sommeil ne viendrait pas de suite.

(Seylim) ▬  Tu peux aller te reposer... Je veillerais sur elle.

HRP:
Boum! C'qui la maman hein? *fière*
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Ishüen

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le Mer 19 Sep - 9:39
 
Lumière de ma vie, feu de mes reins...


La petite fille arrivait à peine à téter. Sa minuscule bouche qui parvenait tout juste à contenir le mamelon de Seylim n’avait pas la force pour en extraire le lait pourtant vital à sa survie. C’est la sage-femme qui effectuait de ses doigts le mouvement de succion nécessaire. Ishüen aurait pu s’offusquer de voir son épouse, sa Dame des Chevaux, traite comme une vulgaire brebis, mais il était encore trop occupé à se remettre de l’accouchement, de la peur, de l’angoisse, de l’espoir et de toutes les émotions viscérales qu’il suscite. Il ne pouvait détacher son regard de son enfant si faible, si fragile, que les dieux pouvaient lui reprendre à tout instant. Tant de souffrances pour en arriver là… Cela lui semblait si dérisoire, si cruel, et en même temps si crucial. Il ne mesurait que maintenant à quel point la vie de leurs deux autres filles, ou même la sienne et celle de sa femme, étaient de véritables miracles tant elles étaient semées d’embûches et de périls. Il fallut les mots de sa femme pour le ramener à la réalité. Leur enfant vivrait, disait-elle. Cette certitude exprimée si calmement alors qu’elle semblait si épuisée trouva un écho si lointain en lui qu’il s’en sentit ébranlé jusqu’au plus profond de son être, sans vraiment en avoir conscience. Ses yeux revinrent sur le bébé qui ne pouvait téter seul. Elle vivrait… Quand Seylim lui suggéra d’aller se délasser, il secoua la tête.

« Tu as passé la journée à la mettre au monde. C’est toi qui as besoin de repos. »

Et puis il ne pouvait songer une seconde à s’éloigner d’elles, comme si son départ risquait de précipiter leur enfant dans la mort qui la guettait si avidement. Quel nom lui donner… Le Seigneur des Chevaux y réfléchit en effleurant du bout du doigt la peau si fine, si fragile, encore fripée de la chaleur maternelle qui ne l’avait pas suffisamment gardée, par sa faute. Que voulait-il pour sa fille nouvelle-née ? Une bonne santé, une longue vie, plus de joies et de bonheur qu’il n’en pouvait souhaiter pour lui-même. Que les dieux funestes détournent d’elle le regard, relâchent leur emprise sur son frêle corps. Que jamais elle ne connaisse longtemps la douleur. Il pensa d’abord à un nom pour repousser l’ombre de mort qui planait sur elle. Et puis, la petite fille se mit soudain à tenter de pleurer. Elle n’en avait même pas la force. Cela lui mit un coup au cœur. Le son si faible qui s’extirpa de sa bouche, de son petit visage crispé lui parut intolérable.

« Imrani. »

Ne la faites pas pleurer. Le mot, issu d’un lointain dialecte du sud, jaillit dans son esprit comme une évidence. Ne la faites pas pleurer. Sa main rejoignit celle de sa femme qui soutenant l’enfant, cherchant la chaleur de ses doigts alors qu’il y mêlait les siens.

« Ainsi, personne ne la rendra malheureuse sans être maudit. »

Cette phrase sonnait comme un douloureux écho de ce qu’ils venaient de vivre, son épouse et lui, et du malheur qui planait sur eux pour le prix de ses erreurs. Ce jour-là, dans la chambre encore moite des affres de la naissance, Ishüen se jura de ne plus se détourner de la voie qu’il avait choisit, sur laquelle il s’était engagé en épousant sa femme. Après tout, il était le Seigneur des Chevaux. Il ne pouvait se laisser éblouir par le soleil et laisser ses rayons ternir l’éclat et l’honneur de la badine d’or, de tous ceux qui vivaient sous son ombre. Il le jura en son for intérieur, posa les lèvres sur les cheveux de Seylim et contempla longuement l’invisible dessein des dieux sur la peau de sa fille.
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