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Endor
Souverain de la Terre
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Endor
Messages : 187
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Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Lun 28 Mai - 13:23
Endor
Généralités
• Nom: Il aurait pu s’appeler Korannson sans la marque sur sa peau
• Prénom: Endor
• Age: 36 ans
• Genre: Masculin
• Origines: Brimir, modeste village de mineurs dans les montagnes de Prithvi
• Lieu de vie: Ambre, Prithvi
• Métier: Souverain de la Terre
• Avatar: Cirdan du Silmarillion, illustré par Kimberley80.
• Règlement:
• Chemin: Ma barbe pointait sans raison vers le bouton "S'enregistrer" Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 3753881676
• Commentaire: Ren, mon amour, prépare-toi j'arrive Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2969007159
Physique
Comme s’il avait été taillé sur mesure pour le rôle qui est le sien, Endor est un titan. Mesurant près de sept pieds de haut (2m10) pour plus de 120 kilos, son immense silhouette ne passe inaperçue nulle part. Ses muscles sont forgés depuis l’enfance par les exercices du corps et de la guerre qu’un souverain se doit de maîtriser, et par les nombreuses montagnes escaladées à la force des bras aux côtés de son père dans son adolescence. Fort, le Souverain de la terre l’est assurément et il suffit de jeter un œil à Heleborg, le marteau de combat ouvragée avec lequel il s’entraîne pour en juger. Pour autant, malgré ses larges épaules, son cou de taureau, son torse massif et ses mains gigantesques, il est étonnant de voir comme la droiture de son port de tête, la mesure de ses gestes et de sa démarche confèrent une noblesse peu commune à son physique hors normes. Endor avance et bouge lentement, avec réserve et précaution, comme pour éviter de bousculer les choses, les gens, le monde. Il s’y fait sa place sans hâte aucune pour trouver son équilibre et cette quiétude, cette force tranquille qui émane de son être lui donne une présence incroyable, quant bien même est-il avare de paroles.

Les années passant, l’âge et l’inquiétude commencent à marquer son visage de discrètes rides autour des yeux ou sur le front mais Endor reste un bel homme. Sur ses traits réguliers, francs et doux, en partie dissimulés par une barbe noire, fournie et bien taillée, s’épanouit le voile constant de la mélancolie. Elle se lit dans ses yeux d’un bleu glacé au regard lointain, ombrés de longs cils frémissants, dans l’ourlet de sa bouche sinueuse, dans la ligne altière de son front, de ses sourcils. Sous sa chemise et sa tunique, la marque de la terre orne son torse sous la forme d’une tâche de naissance très claire et très nette s’étalant entre ses pectoraux couverts d’une toison brune. Pâle comme celle des gens du nord, sa peau se hâle vite au soleil, dorant la courbe de ses larges pommettes rondes, apaisant le contraste avec son épaisse chevelure sombre dont les mèches retombent entre ses omoplates, parsemées ça et là de fils blancs ou gris. Les sourires éclairent peu son visage mais, lorsqu’ils le font, ils sont d’une douceur sereine qui réchauffe, tout comme sa profonde voix de basse.

Endor n’est pas un souverain très ostentatoire dans sa mise. Ses chemises, ses tuniques, ses pantalons et ses bottes sont tous d’excellentes factures, de cuir, de lin, de soie ou de velours, ornés parfois de broderies discrètes ou d’une fibule ciselée, mais pas davantage. Le bleu, le gris, l’ambre et les coupes simples ont sa préférence et il faut vraiment que l’étiquette le réclame pour qu’il consente à se revêtir avec un peu plus d’apparat. Il arbore au poignet droit un bracelet de lanières de cuir entremêlées où scintillent une agate et un morceau de minerai de fer. Ces bijoux ornaient son collier de naissance et il ne les a jamais quittés. Son frère jumeau arbore le même.
Caractère
Au premier abord, Endor est un ours. Souvent desservi par son aspect impressionnant, sa réserve et son naturel taciturne, il peut passer pour froid et abrupt auprès de nombre de gens. Conscient de cet état de fait, il peine par ailleurs à aller vers les autres de lui-même bien que sa fonction le réclame. Dans le cadre de celle-ci, il se montre là encore silencieux, plus attentif que prompt à la parole et ne se décide à ouvrir la bouche qu’après avoir soigneusement choisi ses mots. Juste et impartial autant qu’il le peut, il a à cœur le bien de ses sujets et ne ménage en réalité pas sa peine pour remplir son rôle, même si la reconnaissance du peuple est davantage dédiée à Lori, plus présent et chaleureux. Ça ne le dérange pas. Son Gardien et frère de cœur possède les qualités qu’il n’a pas, il est normal qu’il en récolte les fruits. Il dit cela sans aucune amertume, peut-être avec un brin de nostalgie dans la mesure où l’on peut être nostalgique de quelque chose que l’on n’a pas connue, mais la confiance, la gratitude, l’affection sans bornes qu’il éprouve pour lui sont un barrage sans failles à toute forme de jalousie. Il n’y a que la culpabilité qu’elles laissent assombrir son cœur. C’est aussi pour cela qu’il se montre distant, qu’il est réticent à s’attacher, à prendre de l’importance pour les autres sachant qu’il est condamné à mourir d’ici quelques années. Cette perspective l’angoisse déjà bien assez lui-même, il ne veut l’imposer à personne.

Son naturel placide a tendance à le garder en retrait devant ceux qui font preuve de plus de charisme et d’assurance, notamment parmi les autres Souverains. Ce n’est bien sûr pas pour autant qu’il se laisse intimider ou soumettre. Au contraire, il a la fermeté du roc pour défendre ses points de vue avec une endurance inébranlable. Si vous vous posez la question, oui, il est têtu comme un mulet. Sans Lori pour lui donner un peu de souplesse, il serait particulièrement difficile de le faire changer d’avis. Pourtant, Endor sait aussi être un agréable camarade. Pour qui prend la peine d’aller au-delà des apparences, force est de constater que celles-ci ont raison et qu’il est tel que son visage le montre : franc et doux, attentif et patient, avare de mots mais point de gestes affectueux bien que ses démonstrations ne se fassent qu’envers les personnes avec qui il est à l’aise. Du moins, lorsqu’il est sobre. Si le Souverain de la terre appréhende toujours les festivités, c’est parce que quelques verres un peu trop vivement avalés lui font perdre toute retenue. Transformé en joyeux compagnon noceur et paillard, il laisse toute entière éclater sa voix de stentor dans nombre de chansons de taverne et danse sur les tables. Pourvu d’un excellent sens du rythme, il est d’ailleurs aussi bon danseur que chanteur et ne fait plus aucune manière pour entraîner avec lui compagnons de chant et jolies partenaires de danse. Mais il évite de se retrouver dans cet état trop souvent, le contraste étant trop violent avec son tempérament quotidien.

Endor est lent à se mettre en colère. Il en faut beaucoup pour entamer sa patience et plus encore pour le pousser à bout mais le résultat est alors terrifiant. Ses éclats ne sont pas de ceux qui ouvrent les yeux et la voie à la réconciliation, ils sont juste dévastateurs. Ils ébranlent et déchirent en profondeur, n’ont d’autre but que de blesser et ne laissent que ruines et chaos derrière eux, comme un séisme dont les plaies mettront des années à se refermer. De la même façon, Endor a la mémoire longue et la rancune patiente, tenace, acharnée. Pardonner lui est difficile, voire impossible car pour le meilleur et le pire, il vit à bien des égards prisonnier du passé. Les traditions, les regrets et les souvenirs pèsent d’un même poids sur ses larges épaules et ne lui permettent d’avancer que lentement, avec prudence et mesure. Pour cette raison, les changements brutaux lui font peur. Il les refuse de tout son être car à ses yeux, il ne peut rien résulter de bon à ébranler toutes les fondations d’un système et le chaos est l’exact opposé de la stabilité à laquelle il aspire pour son peuple et le pays. Il est près à tout pour la préserver, même à prendre des décisions qui peuvent sembler injustes ou cruelles. Servir une noble fin peut se faire avec des moyens pervers et la trahison ne lui poserait pas de problème non plus en dernier recours. Tant qu’elle sert le bien du royaume, il est prêt à en payer le prix même si ce dernier serait plus élevé qu’il ne l’a imaginé, comme lorsque les fantômes des massacres de Seren et de sa propre inaction face à ce dernier lui reviennent en mémoire…
Histoire
Tu es la Terre… Comment pourrais-tu mourir ?

Une aube grise, sombre, dont la lumière avait un goût métallique…

Les matinées ne sont pas froides à la cité d’Ambre. Les dernières heures de la nuit déposent une couche de givre épaisse et uniforme sur la terre et les arbres mais la ville et le palais ressentent moins durement l’air glacial du dehors, à l’abri dans le ventre de la montagne. Endor s’éveilla comme à son habitude, immobilisé sous les draps, les fourrures, les courtines du lit, la pierre des murs de sa chambre. Comme un insecte dans sa chrysalide, il se mit à bouger lentement, au ralenti, cherchant le contrôle de ses muscles engourdis. Ils lui semblaient lui obéir de très loin, se rassemblant lentement depuis les espaces étrangers où ils s’étaient dispersés durant son sommeil. Le Souverain se demanda un instant s’il aurait la force de réunir une fois de plus les différentes parties de lui-même, et pour combien de temps encore, jusqu’à ce qu’enfin il parvienne à se lever, s’extirpant avec un soupir des draps humides de chaleur…

Bientôt, je ne serai plus là.

De longs cris de bête blessée transpercent la nuit. Sa voix jaillit des tréfonds de son corps, exposés à l’air libre. Elle ne peut pas s’enfuir. On la maintient, on la brise. Peau, muscles, os… Tout est déchiqueté par une large morsure d’acier. La vie s’échappe de sa chair à flots écarlates. La plaie referme ses crocs sur elle, efface du monde tout ce qui n’est pas la douleur. Elle hurle. Elle ne peut pas s’enfuir…

Sang et souffrance. C’est ta promesse à toi qui naît femme.


Sejeril hurle. Son ventre se déchire, la crevasse sanglante lui fend bientôt tout le corps. Le prêtre-loup, du sang jusqu’aux coudes, fouaille sans douceur sa chair ouverte, dans un long bouillonnement de giclées rouge vif et de gargouillis humides. La prise de Korann est à deux doigts de lui briser les poignets. Dans l’étau de douleur qui l’écartèle, le regard bleu de son mari se fraie un chemin. Bleu du ciel, bleu des rivières, source de vie… De sa voix de bête, elle le supplie de la tuer. Elle hurle à nouveau alors qu’on arrache de ses entrailles un morceau d’elle-même. Rouge, visqueux, flasque comme l’un de ses organes à vif. Le prêtre-loup replonge aussitôt les mains dans le carnage et Sejeril se sent disparaître, sombrer dans le précipice sanglant de son corps. Elle n’a plus rien d’humain. Elle n’est plus qu’un pantin de viande écorchée…

Ce sont des garçons. Comment le sais-tu ? Je le sais, c’est tout. Embrasse-moi.

Il ne respire pas. Les mots l’effleurent, se posent sur ses paupières lourdes. Le son de son souffle lui parvient de l’intérieur, résonne dans la cavité béante de son corps, évidé comme un cerf au retour de la chasse. Peut-être les chiens attendent-il la curée… Le deuxième ne respire pas. Faites quelque chose ! Korann… La maintient-il toujours pour l’empêcher de se débattre ? Elle ne le sent plus. Elle ne sent plus rien. Il n’y a… plus rien en elle. Sauvez-la ! Elle tente de bouger. Tout reste immobile. Plus aucun mouvement entre ses flancs. Le poids palpitant qu’elle sentait tourner, sursauter, lentement voyager à l’intérieur de son corps… Tout a disparu. Où sont-ils passés ? Mes fils, s’il vous plait, quelqu’un a-t-il vu mes bébés ? Il porte la marque du souverain. Je m’en cogne, par tous les dieux ! Aidez ma femme ! Sauvez-la ! En soupirant, Sejeril referme les yeux qu’elle n’a pas ouverts. Jamais de sa vie elle n’a éprouvé une aussi grande fatigue…

C’est ainsi que naissent les géants…

Fais entendre raison à ton épouse. Une petite tête couverte de cheveux noirs. Des mains, des pieds qui s’agitent, un corps potelé et chaud qui pèse sur elle, pelotonné contre sa poitrine comme au jour de sa naissance bien que la douleur lancinante de sa plaie recousue soit depuis longtemps oubliée, tout comme l’ombre de la mort qu’elle a vue de près. Deux grands yeux noirs comme les siens, grands ouverts quand elle chante pour eux, de la voix la plus douce qui soit. Sa peau est si blanche entre ses bras secs, marqués par la grêle de la rouille. Perchée dans les jardins du palais d’Ambre, elle sourit en le regardant, même si les larmes dévalent son visage. Si seulement il avait encore besoin de son lait… Les prêtres-loups doivent être équitablement payés pour leurs services. J’ai sauvé ta femme. J’ai sauvé ton enfant. J’ai sauvé le futur souverain de notre contrée. Sejeril le serre contre elle, pose ses lèvres tremblantes sur le front de son aîné. Sa chair, son bébé. Le premier à survivre après qu’elle ait perdu tous les autres. Ses larmes coulent sur cette peau parfaite qu’elle n’a pas assez caressée. Tu me dois ton autre fils en échange, Korann Agurson. Les choses sont ainsi. Le prêtre-loup est parti. Sejeril a longtemps pleuré avant que son mari ne parvienne à la raisonner, à la convaincre de prendre dans ses bras le seul garçon qu’il leur restait même s’ils étaient condamnés à le perdre avant l’heure lui aussi.

Ne pleure pas. Ne pleure plus. Je suis là, à présent. Et plus aucun enfant après toi ne sortira de mes entrailles, ne portera mon nom ou ne me serrera dans ses bras. Jamais…

Les torches jetaient des éclats tremblants sur les murs. Comme souvent, leur clarté ne suffisait pas à dissiper la pénombre matinale et les ténèbres des couloirs avaient un goût de glace. Endor sentait à quel point la pierre était endormie et sa torpeur l’atteignait même sous le mantel de laine enfilé par-dessus sa chemise. Il frissonnait en se rendant sur le toit du palais. Il croisa peu de monde, tous le saluèrent avec respect et il fit de même, sommairement. On ne s’en offusqua pas. Les serviteurs savaient qu’il était inutile de lui parler avant sa visite aux jardins. Comme nombre de ses prédécesseurs, Endor avait besoin de ce rituel pour rassembler les morceaux de lui-même dispersés par la nuit.

« Qui s’avance dans la lumière du matin ? »

Je ne peux pas… Une longue chemise du lin blanc le plus fin. Une tunique de velours rouge sombre, doublée de laine, cousue de pièces de soie brocardée. Une culotte assortie, large et plissée, nouée par un lien de cuir sous les genoux. Des bottes de daim souple, garnies de glands rouge et or. Une ceinture de cuir gravée, à la boucle dorée figurant la gueule d’un ours des montagnes avec une précision remarquable. Presque une livre de bijoux et d’amulettes de toutes sortes, de perles, d’or et d’argent, mêlés à ses longs cheveux noirs, pesant sur ses poignets. Une longue cape en peau de loup, attachée sous son bras droit par une fibule filigranée, incrustée de minuscules éclats d’émail. Un large pectoral de cérémonie composé d’une multitude d’écailles d’or et d’ambre qui se chevauchent sur ses épaules et sa poitrine, ressemblant au plumage d’un oiseau. Un simple cercle d’argent torsadé lui ceignant le front, porté par tous les héritiers de la terre depuis l'âge des premiers Souverains. Ilesh, je t’en prie. Je ne peux pas, je ne suis pas prêt. Tous ces ornements ne suffisent pas à cacher le petit garçon effrayé qui appelle à l’aide dans les prunelles bleues. Le jeune homme tremble sous le poids de cet apparat, du rôle qui l’attend. J’ai encore trop de choses à apprendre, je n’y arriverai pas si tu n’es pas là pour m’aider. Je serai là.

« Les enfants partis affronter la nuit qui pose son ombre sur la neige ! »


Ilesh lève les yeux vers le jeune géant qui lui fait face en implorant son soutien. Il n’a jamais eu de compagne ni d’enfants. Il ignore ce que ressentirait un père à sa place. Endor est son héritier, celui qui règnera après lui sur Prithvi, qui portera à son tour la puissance de la gemme. Celui pour qui il s’apprête à aller trouver la mort. Ils sont arrivés hier au temple de Petra. Tout est prêt pour la cérémonie. En ce moment même, Kalia et Lori les attendent pour rejoindre le gardien d’Aofa, sous le regard pieux et les incantations rituelles des prêtres. Il est temps. Je serai là.

« Qu'ont-ils trouvé dans les ténèbres profondes ? »


Te rappelles-tu cette question que tu m’as posée un jour ? Ilesh ne sera jamais père, aujourd’hui moins encore. Il s’est toujours efforcé de ne pas prendre ce rôle auprès d’Endor. Pourtant, alors qu’il le contemple aujourd’hui, immense, magnifique et terrifié dans sa tenue de cérémonie, il ne peut s’empêcher de contempler le passé dans ses yeux, dont le bleu cru de glacier est si semblable aux siens par un curieux caprice du hasard. Vingt ans depuis qu’il est arrivé au palais, à peine plus gros qu’un chat dans les bras de sa mère. Il se souvient de la première fois qu’il l’a tenu contre lui, qu’il a regardé dans les yeux celui par qui viendrait sa fin et qu’il s’est demandé s’il était vraiment juste que le glas de son existence sonne dans les prunelles innocentes d’une si petite chose. Qui suis-je, Endor ? La Terre. Tout comme toi. Il se souvient l’avoir regardé grandir, l’avoir vu devenir ce doux géant au sourire fragile, secret comme une caverne, si angoissé à l’idée de se lier aux autres et de les faire souffrir. Il se souvient comme l’affection, la compassion, la culpabilité ont pris toutes trois racine dans son cœur pour pousser en même temps que lui. Je ne peux pas te l’expliquer, mais tu ressentiras ce que je veux dire après la cérémonie. Je te promets que tu n’auras plus peur.

« Ils ont trouvé le Soleil et font don de ses flammes à ceux de la tribu, pour que la vie reprenne la montagne au froid ! »

Dans le secret de cette chambre que son héritier n’a pas encore eu le courage de quitter, Ilesh s’approche et, pour quelques instants, pour la première et la dernière fois de sa vie, s’autorise ce qu’il ne s’est jamais permis : il cesse d’être un souverain en sa présence. Il prend dans ses bras ce garçon apeuré, si jeune et si seul malgré sa stature de roc, et le serre contre lui. Ses yeux le brûlent quand il sent les bras vigoureux lui rendre son étreinte en tremblant. Il ne sera jamais père. Mais Endor, son héritier, est le seul fils que les dieux ont bien voulu lui donner. Il le lui dit sans un mot alors qu’il s’apprête à mourir. Je serai là. Je serai toujours là. Tout comme toi.

« Ils sont partis enfants et nous reviennent hommes… »

Quelques flambeaux étaient allumés dans le jardin  pour seconder la lumière nocturne des cristaux lorsqu’il y parvint mais Endor n’en avait pas besoin. Il connaissait chaque pouce de cet endroit. Chaque pierre, chaque arpent de terre lui était familier. Les quelques arbres et les fleurs qui s’épanouissaient là lors de la belle saison sous le zénith du soleil, avec un faste et une ardeur qui lui éblouissaient le cœur à chaque fois, étaient tous ses amis. Parvenu au bout de l’allée de galets plats qui serpentait parmi les massifs, il retira ses bottes et son manteau, les abandonnant sans plus de manières sur les pierres. Le premier pas dans l’herbe humide de rosée lui arracha un frisson bienheureux alors qu’il rassemblait peu à peu les fragments de lui-même…

Pour apprendre à prier, il faut aller sur la mer…

La saison de Liekki s’achève. Le soleil achève de conquérir le ciel et ses rayons dardent victorieusement sur les flèches et les murs de Saphir. Perchée sur son île, drapée dans ses nuages de vapeur qui moutonnent autour d’elle comme les volutes d’un jupon, la ville aux mille cascades fait reluire de tous ses feux ses vitraux, sa pierre blanche, ses tuiles bleues. Elle ressemble à une jeune mariée. Défiant la gravité au moyen de poulies et de perches, les innombrables rameurs peuplant les canaux poussent les barques, les barges et les gondoles le long des rues liquides, s’interpellant à grands cris pour couvrir le perpétuel grondement de l’eau. La ville est paisible. Lori la contemple par la fenêtre de leur chambre avec un soupir. Tu es sûr que tu ne veux pas m’accompagner ? Oui. Vas-y, toi. Lori se retourne pour regarder son ami, blotti près de la cheminée avec une écritoire sur les genoux. Concentré sur son devoir, il évite soigneusement des yeux les fenêtres de la chambre qu’ils partagent au palais. Ça ne dérange pas Llyn que tu viennes avec moi, tu sais ? Je sais. Endor a relevé la tête vers son futur gardien, son meilleur ami. Il n’a jamais été fluet mais le garçon joufflu et potelé qu’il était dans son enfance a cédé la place à un adolescent massif vers lequel les adultes doivent tous lever les yeux. Ses épaules ne cessent de se carrer au fil des saisons. Une toison d’ours lui recouvre les bras et les joues, dépasse du col de sa chemise ouverte. Quand il n’est pas encore de bonne humeur (en général le matin), un simple coup d’œil lui suffit à faire taire les étudiants trop bavards pendant les cours. C’est pourquoi peu de gens soupçonnent à quel point à quel point il souffre de vivre à Saphir. Personne à part Lori.

« Moi j’ai un frère mais je ne l’ai jamais rencontré. Je préférerai que ça soit toi mon frère, mais… »

Lori sourit en s’approchant de son ami pour lui frapper l’épaule d’un poing amical. Ne t’en fais pas, va. Tu les retrouveras bientôt, tes montagnes, ton froid et tes journées de six heures. Percé à jour, l’héritier de la terre se laisse aller à rire. Cela fait un an, bientôt deux, qu’ils étudient ensemble à l’Académie la plus réputée du pays, qu’Endor compte les jours et les saisons qui les séparent encore de leur retour définitif à Prithvi. Il n’en dit presque rien mais Lori n’a pas besoin de mots pour le deviner, comme s’il prenait de l’avance sur le lien qui sera le leur. Ses parents, les montagnes, la terre ferme lui manquent. Il ne comprend pas comment on peut vivre dans cette ville saturée de vapeurs ou le silence n’existe pas, étouffé en permanence par le grondement furieux de l’eau qui jaillit de toute part. Sur les murs et les fenêtres, à la place des rues pavées, dans l’air lui-même et dans ses poumons qu’il a l’impression de voir se changer en éponge. Chaque jour passé ici est une torture de tous les instants. Ce n’est qu’à grand peine que Lori et quelques autres étudiants le convainquent parfois de surmonter sa crainte des embarcations pour l’emmener boire dans les tavernes flottantes qu’ils affectionnent non loin du port. En dehors de cela et des rares sorties auxquelles il consent pour passer un peu de temps avec Llyn et lui, en restant à peu près aussi causant qu’une pierre, Endor noie son mal du pays et son angoisse de la ville dans les études, dans les longues lettres qu’il écrit aux siens restés à Ambre, dans l’apprentissage de la musique. Lori se redresse. J’y vais, alors. Amusez-vous bien…

« C’est plus fort que moi. Chaque fois que je la vois, je m’en veux tellement… »

Endor marcha jusqu’à n’être plus entouré que d’herbe et d’arbres. Les belle-de-nuit ne se fermaient pas encore, les belle-de-jour commençaient à s’ouvrir. Il sourit, heureux d’être arrivé au bon moment, et se défit de sa chemise pour l’abandonner derrière lui alors qu’il s’agenouillait tranquillement. L’air doux du matin et le vent frais qui tombait doucement de la bouche d’Ambre percée dans la montagne lavaient son corps des restes du sommeil. Le souverain emplit ses poumons en fermant les yeux, puis expira longuement en plongeant ses doigts dans l’herbe tendre comme il l’aurait fait des cheveux d’une femme. Il sentait sa conscience s’ouvrir, les murmures de la terre alentours grimper en lui lorsque l’on vint interrompre sa méditation. Il entendit la voix de Lori dans sa tête tout en devinant l’écho que laissaient ses pas sur les marches de pierre, à même sa peau. Il rouvrit les yeux, le ventre soudain noué par une sourde angoisse…

« Un voleur d’enfant. Voilà ce qu’elle voit en toi. »

La lune endort le vent, enfant il faut dormir… Lysis fait les cent pas dans la chambre obscure où on l’a enfermée, berçant trop nerveusement sa fille pour parvenir à la calmer ou à se calmer elle-même. Pressant ses lèvres contre le fin duvet de cheveux roux, elle maudit la lourde porte barrée et les fenêtres étroites de la pièce qui laissent à peine passer la lumière cristalline. Le feu prestement allumé dans l’âtre réchauffe la pierre tiède de la cité enterrée mais la jeune femme tremble malgré tout de peur et de colère. Elle n’a pas de temps à perdre entre ces quatre murs. Elle doit s’enfuir au plus vite et mettre son enfant à l’abri loin de ce palais austère, loin des montagnes. Loin de cet homme. À cet instant, de lourds sons métalliques de l’autre côté du battant la font sursauter. Le cœur tambourinant dans sa poitrine, elle vient s’embusquer près de l’ouverture sitôt qu’elle comprend qu’on déverrouille sa prison. Si elle est suffisamment rapide, elle pourra peut-être surprendre le garde, le bousculer et s’enfuir. Elle ne connait pas ce palais, mais elle trouvera sans doute un moyen de se cacher. Elle parviendra toujours à s’échapper et à survivre comme elle l’a fait depuis plus de deux saisons. Depuis que les soldats de Seren ont enfoncé sa porte et tué son frère. Serrant la tête de son bébé contre sa poitrine, elle bande ses muscles, se prépare à bondir et recule soudain précipitamment de plusieurs pas. Ce n’est pas un garde. C’est lui.

« Tu ne seras jamais père. Un héritier, c’est si peu de chose face à un fils… »

Bonjour. Le souverain entre dans la pièce à pas tranquilles et referme la porte derrière lui. Malgré son calme et la douceur de ses gestes, de son regard sur elle, Lysis l’observe avec hargne et méfiance, le mettant au défi d’approcher. Veuillez pardonner la réaction de mes gens tout à l’heure. J’espère qu’ils ne vous ont pas brutalisée. Allez-vous-en. La jeune femme fusille méchamment du regard ce géant aux yeux de ciel qui lui fait face. Elle serre si étroitement sa fille contre elle que le bébé commence à geindre. Je sais ce que vous voulez. Vous ne l’aurez pas. Je ne la laisserai jamais vous succéder ! Vraiment ? Le souverain de la terre la regarde avec calme, la voix et les yeux voilés par une douce tristesse qui la met mal à l’aise. Vous pensez vraiment que je veux imposer mon rôle et mon sacrifice à une enfant innocente ? Vous vous trompez. Il avance de quelques pas vers elle et Lysis recule du double. N’approchez pas ! Contre elle, Gaïa se met à pleurer. Le regard d’Endor cherche le nourrisson, la jeune mère l’y dérobe farouchement. Si je le pouvais, je vous laisserais partir et vivre comme vous l’entendez. Je laisserais votre fille grandir sans rien lui imposer de ma charge. Mais cela m’est impossib- Vous nous avez laissés mourir ! Un silence glacial tombe dans la pièce, uniquement rompu par les pleurs du bébé. Lysis sent distinctement le regard du souverain se durcir mais la colère et la rancune lui dévorent tellement le cœur qu’elle ne le voit pas, ne songe pas à faire preuve d’un respect qu’elle ne ressent pas face à cet immense pleutre.

« Nous sommes la terre. Nous sommes le socle stable du monde. La terre ne se rebelle pas sous le regard des astres… »

Seren saigne à blanc Akasha depuis des années. Il nous affame, nous étouffe sous les taxes pour pouvoir se cloîtrer tranquillement avec tous ses noblaillons dans sa belle capitale ! Il décime des familles entières sans aucune raison. Des enfants, des bébés et leurs parents, tous ceux qui ont le malheur de se trouver sur son chemin ! J’ai vu ses gardes égorger mon frère, sa femme et leur fils de deux semaines, juste parce qu’il avait une… une tâche de naissance sur le visage ! J’ai du fuir et me cacher sans oser demander de l’aide à mes voisins, à mes amis, de peur qu’ils ne me dénoncent ou ne se fassent tuer. Tout ceci arrive aux frontières de votre contrée ! Vous le savez, vous ne pouvez pas l’ignorer après tant d’années. Et qu’avez-vous fait pour nous aider ? Pour arrêter ces massacres ? Rien. Vous n’avez jamais rien fait. Vous fermez les yeux, vous vous terrez dans vos montagnes et vous nous laissez mourir. Vous êtes lâche et abject, vous n’avez rien d’un souverain ! Et marquée ou pas par votre pierre, je refuse que ma fille prenne la suite d’un homme tel que vous.

« Être au pouvoir, c’est faire des choix. Le plus prudent, le plus juste, le plus sage, et ensuite supporter la haine que tu récolteras fatalement pour tes meilleures décisions. »

Gaïa ne cesse pas de pleurer contre sa poitrine. Elle est la seule indication du temps qui continue de s’écouler alors que la mère et le souverain se fixent, se jugent et s’affrontent. Lysis a bien conscience que cet homme pourrait, d’un claquement de doigt, lui arracher sa fille et la laisser devenir folle ici, toute seule dans cette pièce à peine éclairée. Tant pis. Quel qu’en soit le prix, elle refuse de courber la tête et d’oublier l’horreur qu’il a validée par son inaction. Alors elle se tient droite et fière face à lui, comme tout à l’heure lorsqu’on l’a amenée jusqu’à son trône et qu’elle lui a craché au visage. Peut-être cela suffira-t-il... Je comprends que vous m’en vouliez, tout comme je comprends qu’il est inutile que je vous explique pour quelles raisons je tiens Prithvi à l’écart de ce qui se produit en Akasha. Je ne vous en blâme pas. Endor s’approche de nouveau, à pas lents et mesurés, et Lysis frissonne. Quelque chose a changé dans sa démarche, soudain pesante comme si elle entraînait la montagne avec elle. À compter de ce jour, vous êtes ici chez vous, libre d’aller où bon vous semble dans toute la ville. Votre fille recevra la meilleure éducation possible, vous ne manquerez de rien et vous ne serez pas séparées. Je ne veux rien qui vienne de vous ! Je le sais. Mais vous devrez l’accepter tôt ou tard car vous ne vous échapperez pas d’ici. Vous me menacez ? Non, vous pouvez essayer si cela vous amuse. Vous échouerez, c’est tout. Qu’est-ce qui vous rend si sûr de vous ? Le souverain s’approche encore et Lysis demeure pétrifiée. Contre elle, Gaïa cesse de pleurer pour lever des yeux curieux vers cet homme gigantesque.

« Tu sens ? » « Oui… » « Que sens-tu ? » « Tout… »

Je suis la Terre… Était-il aussi grand quand il a passé la porte tout à l’heure ? La jeune femme ne le sait plus mais, à cet instant, il lui apparait cyclopéen. Plus grand que les frontières de son corps, plus massif et plus lourd que les murs de granit de la pièce et plus vieux, infiniment plus vieux que la somme de toutes les vies du royaume de Seele. Je m’étends aussi loin que porte le regard. Je suis la montagne, la plaine, la dune et la colline. Je suis le ventre, le sein et le tombeau de tout ce qui vit. Cette voix caverneuse, semblable au roulement d’un millier de rochers et au murmure du sable l’écrase. Lysis tremble de tous ses membres, incapable de bouger ou de dévier le regard de ces iris bleues, matinées de reflets d’ambre qui la font se sentir petite et insignifiante face à celui dont elle niait le statut de souverain. Elle ne songe plus à aucune bravade à présent. Avec une lenteur sculpturale, Endor lève la main, écarte du doigt la couverture qui emmaillote sa fille et pose ses yeux inhumains sur elle. Lysis ne peut pas l’en empêcher malgré sa peur et contemple désespérément son enfant alors qu’elle semble soudain totalement apaisée en refermant ses minuscules mains autour de l’index du souverain. Si loin que vous vous alliez, tant que vous marcherez sur la terre pour me fuir, je vous trouverai. Et je vous la reprendrai. À ces mots, la jeune femme se brise comme un morceau de verre. Avec un sanglot enfantin qui laisse soudain tout deviner de sa jeunesse, elle détourne le visage pour fondre en larmes. Je vous déteste… Je le sais.

Dans la forêt profonde où je m’en allais dormir
Sous un immense chêne je fis
Le plus étrange des rêves…


Que se passe-t-il ? Endor se rhabilla et rejoignit Lori dans l’escalier qui menait aux jardins. Ils ne s’étaient pas encore retrouvés mais leur lien psychique lui transmettait son angoisse alors qu’il était parfaitement maître des émotions filtrant entre eux d’habitude. Ce simple fait aura suffi à lui dire à quel point la situation était grave mais les mots qui tombèrent soudain dans son esprit, lourds et glacés comme des pierres tombales, l’arrêtèrent plus sûrement qu’une volée de flèches. Seren est mort. Le souverain en resta pétrifié de longues secondes, sous le choc.

« Te voilà donc, nouveau roi de la montagne. C’est amusant. Tu as les yeux d’Ilesh… »

Comment, mort ? Endor ne comprenait toujours pas ce que son gardien venait de lui annoncer. Ses mots étaient de simples bulles vides qui flottaient dans son esprit sans qu’il ne puisse s’en saisir. Je ne sais pas. C’est ce qu’a dit le messager de Vylia arrivé à l’instant. Il a une lettre avec lui qui t’es expressément destinée. Endor se remit en marche. Il finit par rejoindre son gardien dans l’escalier alors qu’il venait à sa rencontre, Axhi sur les talons. Le soulagement allégea un peu ses épaules alors qu’il rejoignait ses deux frères à la mine grave. Sans un mot, il prit le parchemin qu’on lui tendait, brisa le sceau de Vylia, lut à la lumière d’une torche… et blêmit. Endor ? Qu’y a-t-il ? C’est impossible… L’espace d’une seconde, le sol de pierre se mit à trembler. Une fine couche de poussière se détacha des murs, les lampions de la Halle frissonnèrent sur leur filin et la montagne entière s’ébranla sur ses fondations. La main de Lori se posa sur son épaule et le souverain sentit le bouclier mental de son gardien se déployer dans son esprit, endiguer une partie de l’angoisse qui agitait ses pouvoirs en sommeil. Endor, calme-toi. Que dis cette lettre ? Elle a perdu la raison… Que dit-elle ? C'est un assassinat… Le silence tombe sur ce couloir obscur menant aux jardins du palais d’Ambre, où les trois hommes contemplent leur monde qui vole en éclats dans les arabesques sombres de quelques mots sur une lettre. Elle a aidé un inconnu à jeter Seren à bas du trône d'Akasha…

Quand vint la lumière du matin, je m’éveillais avec un enfant
Un fils m’était né, chantait, riait,
Et le froid de la nuit est resté en moi…


Il ne voit pas la beauté du temple. Il ne voit pas la finesse des bas-reliefs, la pureté des dalles de marbre, la délicatesse des fenêtres ajourant le dôme de pierres au-dessus d’eux. Seules les silhouettes d’Ilesh et Kalia marchant trois pas devant lui emplissent le regard, lui dévorent l’esprit. Il ne peut distinguer leurs visages ni deviner leurs pensées alors qu’ils avancent vers la gemme, ogre lumineux et insensible sur son piédestal, mais lui-même doit lutter pour ne pas tourner les talons et fuir de cet endroit. La peur lui noue les entrailles quand il descend les marches sur ses jambes flageolantes et les écailles dorées de son pectoral cliquètent légèrement, au rythme des tremblements qui lui agitent les épaules. À sa droite, Lori est pâle comme un noyé, aussi effrayé que lui. Ilesh… Tais-toi. Le Souverain de la terre et sa Gardienne se retournent vers eux, graves, tristes, mais sereins. Kalia leur sourit tendrement, sans son espièglerie habituelle mais toujours avec cette douceur maternelle qu’ils lui connaissent depuis l’enfance. La musique, c’est le vent. La danse, c’est toi. La danse, c’est la terre qui cherche à se rapprocher du ciel… Ce souvenir lui revient en tête, ces mots qu’elle lui a dit il y a bien longtemps lors d’une fête alors qu’il admirait l’orchestre et n’osait se joindre à eux, complexé par son grand corps et sa maladresse. Il se souvient avoir vu Ilesh danser aussi quelques fois, avec un talent insoupçonné et une joie qu’il ne lui connaissait pas. Tout lui revient en mémoire, tout et rien, une foule de détails insignifiants qu’il se maudit soudain de ne pas avoir chéris maintenant qu’ils sont voués à la mort et il sent ses yeux le brûler. Je ne peux pas… Tu le peux. Tu le dois. Non…

Qui au monde pourrait vivre accablé sous un tel poids ?

Celle qui est encore la Gardienne de la Terre dépose de ses lèvres tremblantes un baiser humide sur leurs fronts et Endor sent ses larmes déborder sur ses joues alors qu’il ferme les yeux. Il aimerait ne pas voir ce qui va suivre mais il est incapable de se détourner. Ilesh et Kalia reviennent faire face à la gemme scintillante et se prennent la main, mêlant leurs doigts avec force dans un geste plus intime encore que s’ils s’étaient embrassés. Le prêtre d’Aofa apparait soudain à sa perception, prenant corps seulement maintenant alors qu’il était là depuis le début pour les inviter, Lori et lui à prendre place autour de la pierre. Quelques instants se passent, des prières auxquelles il ne comprend pas un mot sont récitées et lui ne voit que les yeux bleus d’Ilesh quand enfin, le prêtre se tait, baisse la tête et les enjoint à toucher la gemme. Endor pensait qu’il serait incapable de bouger mais, à son grand désespoir, sa main se lève toute seule et avance vers l’ambre brillant de tous ses feux, horriblement belle alors qu’il met à mort son maître, la présence silencieuse, réservée et bienveillante qu’il l’a accompagnée depuis ses premiers pas. Il n’est pas prêt, mais il est temps. Un souffle, un regard, et ses doigts frissonnants épousent la surface lisse de la pierre avec ceux de Lori, d’Ilesh et de Kalia. Les papillons de lumière qui dansaient sous sa surface transparente s’illuminent soudain avec une intensité insoutenable et Endor lâche un bref cri avant que l’air ne lui manque…

Je serai toujours là. Nous serons toujours là…

Une avalanche de puissance brute l’emporte brutalement hors des frontières de son corps. Effrayé, incapable de comprendre ce qui lui arrive, Endor a soudain l’impression d’être enlevé au loin, étiré dans toutes les directions, dispersé dans une infinité de sensations opposées, identiques, simultanées. Il est partout. Dans le marbre poli du temple, le granit rugueux des murs, la peau de terre qui recouvre les rochers de la montagne, dans les entrailles du sol, dans toute la matière de sa contrée, du pays. Il est la boue des marais de Sumach, le sable brûlant du Désert Rouge, la terre lourde et riche des plaines d’Aap. Des milliards de vie le parcourent, éclosent et meurent en un instant en lui, plus vite qu’il ne peut en avoir conscience. Des milliards de voix qui résonnent en chœur, s’extraient et reviennent se fondre au plus profond de son être pour germer à nouveau, ailleurs, sans discontinuer, sans cesser de le morceler. Arrêtez ! Endor voudrait hurler, mais il n’a plus de voix. La terre ne peut crier comme un homme. Submergé, sur le point de disparaître dans ce magma, il ne peut appeler à l’aide quand soudain… Je suis là. Un éclat de conscience familier perce dans la tempête, l’enveloppe et le guide dans ce chaos primordial. La voix d’Ilesh résonne en lui sans que cela ne soit sa voix, sans user de mots ou de sons. N’aie pas peur. Tu n’as rien à craindre, tu ne peux disparaître dans la terre. Tu es la Terre. La peur reflue peu à peu, Endor se raccroche à cette vérité que le souverain lui offre. Cessant de lutter, il s’abandonne à cette force qui s’empare de lui. Et ainsi, violemment, sereinement, il vient au monde.

Qui es-tu ?
Ilesh. Vargan. Krenna. Ymir. Valkesha. Hermione. Tereani. Les premiers Souverains.
Qui es-tu ?
Prithvi. Agni. Aap. Vaata. Akasha. Seele tout entière.
Qui es-tu ?
La montagne qui s’élève vers le ciel. La roche qui dort sous la mer. La terre qui s’étend sur le monde.
Qui es-tu ?
La matière dans le vide. Le berceau de la vie. L’Un. Le Tout.
Qui es-tu ?
Je Suis.

Endor rouvrit les yeux. Le temple d’Ambre était baigné par le silence et la lumière des torches. Loin derrière lui, la ville s’éveillait peu à peu. Il ne savait pas exactement depuis combien de temps il priait, seulement que la lettre de Vylia se déchirait peu à peu dans son poing serré. Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Il ne priait jamais ici, la terre des jardins lui convenait bien mieux pour se recueillir. Mais après la nouvelle terrible qu’il venait d’apprendre, après avoir donné des ordres pour préparer de toute urgence un voyage jusqu’à Vaata, il avait ressenti le besoin irrépressible de venir goûter la sérénité cristalline de la pierre, son écoute silencieuse et attentive, et de voir les visages de ceux qui l’avaient précédé. Sans un mot, il posa le regard sur le masque de pierre d’Ilesh. Ses doigts effleurèrent le grain fin de la roche. Tu seras toujours là. Mais c’est à moi de faire face aujourd’hui, n’est-ce pas ? Un sourire affleura brièvement sur ses lèvres avant de disparaître. Ses traits se fermèrent alors qu’il laissait retomber sa main. Les reliefs d’une colère froide et acérée émergèrent en lui comme la glace sur les pics à la venue de l’hiver, contracta le calme de la pierre. Je ferai face.

Sera-t-il plein d’amour ou pavera-t-il la voie du mal ?
Me caressant de ses yeux dorés, le sort en est jeté
Ces mots, je ne les ai pas dits…

Pouvoirs
En tant que Souverain de la terre, Endor possède évidemment la maîtrise de son élément. La terre sous toutes ses formes obéit à sa volonté, suit ses mouvements et son commandement. La pierre aussi, même si elle lui réclame un peu plus d’énergie. Plus la quantité est grande, plus le tribut prélevé sur ses forces est élevé mais, après seize années passées à maîtriser ses pouvoirs, il sait où se trouvent ses limites et Lori est là pour l’y aider à ne pas les franchires. Cependant, ce n’est là que la base de ce qu’il est capable de faire.

Grâce à une certaine forme de méditation propre aux Souverains de la terre, Endor est capable d’étendre sa conscience dans son élément. Il « devient » alors la terre et les pierres alentours et ressent en lui tout ce qui s’y déroule. La vie et les mouvements de tout ce qui y palpite, les murmures des racines, les pas des hommes et des bêtes qui y résonnent… Il éprouve tout cela directement en lui, simultanément. Le temps aidant, il parvient à isoler les sensations ou à se concentrer pour n’en mettre qu’une en relief mais l’usage de cette conscience tellurique le laisse souvent déboussolé après utilisation, le temps de regagner son propre corps. Le rayon va de deux ou trois mètres à plusieurs kilomètres. Sans les barrières de Lori, il pourrait ressentir ainsi tout le pays de Seele mais les conséquences en seraient certainement fatales.

Mais la capacité la plus puissante dont Endor dispose indéniablement est le contrôle qu’il peut exercer sur la gravité. Par sa seule volonté, votre corps devient soudain terriblement léger et le moindre bond vous fait flotter plusieurs secondes dans les airs, ou bien terriblement pesant. Décoller les pieds du sol devient impossible, lever une main ou même respirer se transforment en calvaire. Vos os, vos muscles, vos tissus ne sont pas conçus pour une telle pression et la douleur vous paralyse bientôt tout autant que le poids qui vous oppresse de toutes parts. Peu à peu, votre sang peine à remonter vers le haut de votre corps malgré les efforts désespérés de votre cœur, vous vous sentez faible et l’inconscience vous guette. Et s’il n’y avait que vous… Lorsqu’il étend le champ d’action de ce pouvoir, les arbres et les bâtiments, la montagne elle-même souffrent dans leurs structures et finiraient par se briser et s’effondrer sous leur propre poids. Endor ne se sert pas de ce don, bien trop dangereux pour l’équilibre du monde. Mais il sommeille en lui malgré tout, sous bonne garde.
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Llyn
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Lun 28 Mai - 13:24
IL EST LAAAAAA Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 4211656393

C'pas trop tôt Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 4207626575
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Samir
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Lun 28 Mai - 13:36
Owi! Bravo pour ton DC on va pouvoir élever des pingouins à Prithvi !
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Ren
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Lun 28 Mai - 14:29
J'arrive toujours pas à décider si ta venue m'emplit de joie ou si elle me met en PLS totale Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 3753881676

Ren va aller pleurer pendant qu'Auriane danse sur une table o/
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Endor
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Mar 29 Mai - 7:31
Llyn: Oui je suis là ! Me voilà ! Si fragile et si fort tout à la fois ! Et vu comme je t'ai faite cravacher pour finir un rp, en effet c'est pas trop tôt Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 4207626575

Samir: Mewoui ! Je construis un poulailler tout confort pour vous de mes mains ! (parce que je sais pas comment on appelle un élevage de pingouins. Pingouiniere, ça fait super salace Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 3753881676 )

Ren: Oh mais ne t'inquiète pas Ren, je ne te remplirai pas que de joie Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2969007159

Merci à tous pour votre accueil Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2715026490
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Endor
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Ven 8 Juin - 11:20
Et c'est avec une émotion sans borne et un coeur plein d'allégresse que je vous annonce que j'ai fini ma fiche Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 3828281359 je ne l'ai pas encore entièrement relue et corrigée (ça va se faire, vous en faites pas) mais je la laisse d'ores et déjà à vos bons soins c:

Merci d'avance Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2715026490
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Ven 8 Juin - 14:26
Re-bienvenue ici ! Ça c'est de l'histoire xD
Llyn
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Sam 9 Juin - 12:59
Après concertation entre admins ( Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 4207626575 ), on a décidé que c'était bon Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2528907821

J'ai adoré ta fiche et la façon dont l'histoire est racontée. Au début le mélange narration dialogues m'a un peu perturbé, mais finalement on s'y fait vite et la lecture se fait très naturellement Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2528907821
J'ai adoré le passage avec la mère de Gaïa ♥️

Bref. Amuse-toi Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 3828281359

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, ta fiche est validée !

Tu peux maintenant aller...
• ... recenser ton avatar.
• ... faire une demande de rp pour démarrer ton aventure dans le Royaume de Seele.
• ... créer ta fiche de liens.
• ... remplir ton profil !

N'hésite pas également à faire de la pub autour de toi et à voter régulièrement sur les tops sites ! ♥️

Amuse-toi bien ♥️
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Ren
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Sam 9 Juin - 13:15
Et je rajoute que je suis déjà un peu trop in love d'Endor Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2528907821 woups !

BIENVENUE COLLÈGUE SOUVERAIN ! ON VA BIEN S'AMUSER ! Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 415384509
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Endor
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre Sam 9 Juin - 13:54
Oooooooh, merci beaucoup, je ne suis plus que joie Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre 2952387263

Je vais sur-le-champ me bourrer la gueule avec vous à la fête pour vous remercier de vos compliments !
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Re: Far over the Misty Mountains rise ~ Endor, souverain de la Terre
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