Aap
avatar
Messages : 19
Inscrit.e le : 18/05/2018

Astrid

Voir le profil de l'utilisateur
le Jeu 14 Juin - 22:47
Le bon, la brute et le truand
Endor
Dans un gémissement sourd, Astrid hissa une lourde jarre d’huile sur ses épaules. Il était tôt le matin, la journée s’annonçait longue. La demoiselle devait charger un navire d’épices et d’huiles en tout genre. Le poids des produits était excessivement élevé et il fallait le charger rapidement. Les marins autour d’elle s’activaient et beuglaient. Cela ne déboussolait en rien Astrid, le bordel du port elle connaissait. La jeune femme chargeait le navire sans se poser de question. Elle prenait une jarre, la soulevait, la transportait jusqu’au bateau puis réitérait. Au bout de plusieurs longues heures, le bateau largua les amarres et quitta le port de Saphir. Astrid le regardait faire, une bourse d’or dans la main droite. Il y a quelques jours, une personne un peu louche lui avait proposé un travail bien mieux payé. Pour faire simple il consistait à assassiner un noble. En levant un sourcil, Astrid avait refusé la proposition d’un battement de cil. Si elle savait tuer des gens, ce n’était certainement par plaisir. Et elle s’était faite la promesse de ne jamais tuer pour de l’argent. Hormis le côté « morale » de la chose, Astrid aspirait à une vie libre. Et devenir une machine à tuer était aux antipodes de ses objectifs.

Par conséquent, Astrid avait pris deux boulots. Le premier, elle venait de le finir et le second l’attendait dans une heure ou deux. Alors pour passer le temps, elle se glissa dans un bar. Dans son bar.

- Un whisky et une pomme s’il te plaît.

- Tu te rends compte qu’il n’est que midi et que ta requête semble aléatoire ?

Astrid posa juste l’argent sur le comptoir sans répondre à la barmaid. Son alcoolisme ne regardait qu’elle et puis la jeune femme aimait bien les pommes. Allez savoir. Astrid buvait donc en silence, ses yeux observant leurs reflets sur la lame de sa dague. La blonde aux cheveux cendrée se demandait si elle allait pouvoir assumer ce train de vie tous au long de la sienne. Astrid soupira puis finit son verre d’un trait. Qu’importe.

La demoiselle devait se rendre à la pointe du port pour protéger la marchandise d’un riche commerçant. Il venait d’importer des pierres précieuses et craignait que des personnes avides viennent lui dérober son bien. Astrid avait accepté le job sans comprendre pourquoi les hommes se battaient toujours pour des cailloux. On était à l’an 1000 tout de même. La jeune femme s’y rendait l’épée et sa dague à la ceinture. En y repensant, Astrid avait toujours préféré les lances. Mais ce n’était pas très discret. Astrid rencontra le marchand en question et commença sa garde. Pour sa mission elle était accompagnée de deux grands gaillards. Le marchand lui avait dit qu’au début, ils n’avaient pas été enchantés d’apprendre sa venue. Mais visiblement le physique d’Astrid semblait les avoir convaincus : du haut de son mètre presque quatre-vingt, la jeune femme ne leur faisait pas honte.

Astrid se retrouvait donc là à faire le guet. Bien entendu, elle espérait ne jamais avoir à dégainer ses armes, mais passer toute l’après-midi sans réellement bouger ne lui plaisait pas non plus. Deux fois, un malin avait essayé de s’approcher un près des caisses. La première fois c’était Astrid qui l’avait repoussé. Sans un mot, juste avec une impulsion du bras et un regard glacé. La seconde fois fut par l’une des brutasses. Il attrapa le voleur et le jeta violement contre le sol. Le malandrin eut du mal à se relever après ça. Ils gardèrent ces foutues caisses jusqu’à ce que le soleil décide de céder sa place.

Astrid, après avoir été payé, se redirigea naturellement vers son auberge favorite. Il y avait une sacrée agitation, comme tous les soirs. Astrid fit signe à la barmaid et cette dernière lui servit en soupirant sa boisson préférée. Le whisky réchauffa son corps sans pour autant le rendre léthargique comme autrefois. La blonde appela la barmaid pour lui dire qu’elle réservait une chambre. Dormir à la belle étoile c’est bien, dans un lit c’est mieux.

Prithvi
avatar
Messages : 36
Inscrit.e le : 28/05/2018

Endor

Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 22 Juin - 23:23
Le bon, la brute et le truand
Je n’aime pas Saphir. C’est problématique, car il se passe rarement pas une saison sans que je ne m’y rende.

Chaque fois que je quitte les montagnes, que je vois peu à peu l’horizon se déployer à l’infini devant moi, j’ai toujours un instant de vertige et une profonde angoisse me serre le cœur. Beaucoup de gens aiment voir le ciel à perte de vue, se réjouissent que le soleil soit présent plus de quelques heures dans la journée. Moi, je suis plus rassuré de le voir découper par les pics et les chaînes qui encerclent Ambre. Là où mon élément n’élève plus ses forteresses, je me sens démuni et mis à nu, même si ça ne dure que quelques instants. Autant dire que ces moments n’ont que peu en commun avec ce qu’éveille en moi la cité aux mille cascades. Ce qui me prend lorsque j’aperçois au loin son îlot qui se dresse dans la baie et les volutes de vapeur blanches qui drapent ses tourelles s’apparentent davantage à de la répulsion.

Malgré les années qui passent et l’habitude que j’en ai prise, je n’aime pas cette ville. Elle me déplaît profondément. L’eau de toute part, l’humidité, la quasi-impossibilité de s’y déplacer sans prendre un bateau, le bruit incessant… J’ignore comment font ceux qui y vivent. Dès que j’y passe plus d’une journée, j’ai l’impression d’être pris en otage et je ne suis plus tranquille. On a beau me réserver l’une des meilleures suites du palais, rien n’y fait. Les draps les plus fins me semblent poisseux et froids, les murs suintants et le calme inexistant. Même l’air que je respire est saturé d’eau. J’ai l’impression de pourrir de l’intérieur dès que je passe plus de quelques jours dans cette ville. S’il n’y avait pas les impératifs de ma fonction, et surtout s’il n’y avait pas Ama, je m’épargnerais cette corvée à longueur d’année. Mais mon petit feu follet vaut bien le sacrifice de mon confort lorsque je viens la voir à Saphir pour que nous traitions des affaires communes de nos contrées et pour lui épargner de faire le voyage à chaque fois. C’est ce que je m’efforce de me dire alors que je contemple les lumières du soir qui s’allument depuis la fenêtre de ma chambre.

J’ai beau ne pas aimer cet endroit, j’y ai une multitude de souvenirs. J’y ai passé quatre ans de ma vie avec Lori et, même si elle a changé depuis ma jeunesse, je peux encore y retrouver mon chemin jusqu’aux tavernes flottantes du port où je me laissais traîner parfois par nos amis de l’académie, juste pour boire et oublier que j’étais coincé dans cette ville loin de la terre ferme. Je suis presque surpris de découvrir que je me souviens aussi bien du chemin alors que j’avance dans les « rues » de la ville à la tombée de la nuit, tout autant que je me demande ce qui me pousse à m’y rendre. Cela fait deux jours que je suis à Saphir et, si je ne me lasse pas de la compagnie de mon amie ou de Llyn, elles avaient ce soir des affaires importantes à régler ne regardant que leur contrée. Je ne voulais pas faire preuve d’ingérence et pensait rester dans mes appartements mais, comme cela m’arrive parfois, je n’ai soudain plus été capable de supporter l’haleine de la pierre humide. Je suis sorti incognito, habillé aussi simplement que le permettait ma garde-robe de voyage, pour aller me perdre seul dans les rues du port jusqu’à la taverne du Serpent sans Queue.

La première chose qui me vient à l’esprit en passant sa porte, baissant la tête au passage, est qu’elle n’a pas beaucoup changé. On a changé les poutres et plusieurs tables rongées par l’humidité, le comptoir s’affaisse peut-être un peu plus et la tenancière n’est plus la même que du temps de mes études mais en dehors de cela, la clientèle parait ne pas avoir bougé depuis la dernière fois que j’y ai mis les pieds. Des gouvernails recouverts de chandelles servant de lustres dégouttent de suif, l’odeur de bière et de graisse cuite imprègne jusqu’au mobilier, deux hommes jouent du violon et du tin whistle dans un coin de la pièce. Non vraiment, le temps ne défile pas dans ce genre d’endroit. Évitant de mon mieux les marins avinés qui reprennent en chœur des chants joyeux d’une voix grasse, je m’installe au comptoir près d’une jeune femme silencieuse et pensive aux cheveux cendrés et commande sommairement une pinte de brune. Mon regard se perd dans le liquide foncé et mousseux dès qu’on me l’apporte. Je n’ai aucune idée de ce que je fais là…
Codage par Libella sur Graphiorum
Aap
avatar
Messages : 19
Inscrit.e le : 18/05/2018

Astrid

Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 13 Aoû - 1:49
Le bon, la brute et le truand
Endor
Astrid finissait de siroter son verre le regard dans le vide. Elle se laissait aller à de multiples rêves éveillés. Et si sa mère n’avait pas quitté son père ? Les choses se seraient-elles passées différemment ? La jeune femme croisa son regard dans le reflet d’un vieux miroir accroché à l’arrière du comptoir avant de sourire. Non ça n’aurait rien changé. Ses sens avaient soudainement tiré la sonnette d’alarme. Discrètement elle regarda autour d’elle avant de voir le colosse assit à côté d’elle. Cet homme faisait une taille démesurément grande, pour l’une des premières fois de sa vie, Astrid se sentit petite. Evidemment, l’armoire à glace semblait posséder une force herculéenne. Mais il y avait quelque chose en plus. Un je-ne-sais-quoi qui le rendait effrayant. Et s’il y a bien une chose que la blonde avait apprise, c’était de bien suivre son instinct. La jeune femme fit un signe à la barmaid de lui resservir un verre. Cette dernière fit d’abord « non » de la tête, puis face au regard meurtrier de sa fidèle cliente, elle n’eut d’autre choix que de remplir son verre. Du côté des chanteurs, l’agitation était née. La venue du géant ne les avait pas laissés de marbre. Certains commençaient déjà à parier en combien de coups ils pourraient le mettre K.O. Fatiguée de toutes ces fabulations, Astrid donna un violent coup de son fourreau sur le sol, en fusillant les fautifs du regard. Cela sembla les calmer…Du moins pour le moment. La blonde se tourna ensuite vers la barmaid.

- Tu m’empêches de boire alors que j’ai toute ma tête, mais ces sombres idiots derrières, tu les laisses faire n’importe quoi.

- Eux, ce ne sont pas mes amis.

Astrid pencha la tête sur le côté, observant la barmaid comme si elle pouvait sonder son âme. Puis finit par finir son verre d’un trait. Son intention était noble, mais la barmaid ne devrait vraiment pas laisser ces soûlards boire. Le regard de la jeune femme finit sa course sur le titan à sa droite. Il ne semblait pas particulièrement heureux d’être là. En vérité il était très difficile de lire sur son visage, ce dernier étant comme creusé dans de la roche.

- Excusez-moi mais…Vous n’êtes pas d’ici ? Je n’ai jamais vu pareil homme dans les environs.

Les yeux glacials d’Astrid ne montraient pas la moindre trace d’expression, gardant ce simple regard neutre et froid habituel. Mais sa voix trahissait une certaine admiration. La puissance respecte la puissance disait l’autre.

Contenu sponsorisé

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum