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Astrid

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le Jeu 14 Juin - 22:47
Le bon, la brute et le truand
Endor
Dans un gémissement sourd, Astrid hissa une lourde jarre d’huile sur ses épaules. Il était tôt le matin, la journée s’annonçait longue. La demoiselle devait charger un navire d’épices et d’huiles en tout genre. Le poids des produits était excessivement élevé et il fallait le charger rapidement. Les marins autour d’elle s’activaient et beuglaient. Cela ne déboussolait en rien Astrid, le bordel du port elle connaissait. La jeune femme chargeait le navire sans se poser de question. Elle prenait une jarre, la soulevait, la transportait jusqu’au bateau puis réitérait. Au bout de plusieurs longues heures, le bateau largua les amarres et quitta le port de Saphir. Astrid le regardait faire, une bourse d’or dans la main droite. Il y a quelques jours, une personne un peu louche lui avait proposé un travail bien mieux payé. Pour faire simple il consistait à assassiner un noble. En levant un sourcil, Astrid avait refusé la proposition d’un battement de cil. Si elle savait tuer des gens, ce n’était certainement par plaisir. Et elle s’était faite la promesse de ne jamais tuer pour de l’argent. Hormis le côté « morale » de la chose, Astrid aspirait à une vie libre. Et devenir une machine à tuer était aux antipodes de ses objectifs.

Par conséquent, Astrid avait pris deux boulots. Le premier, elle venait de le finir et le second l’attendait dans une heure ou deux. Alors pour passer le temps, elle se glissa dans un bar. Dans son bar.

- Un whisky et une pomme s’il te plaît.

- Tu te rends compte qu’il n’est que midi et que ta requête semble aléatoire ?

Astrid posa juste l’argent sur le comptoir sans répondre à la barmaid. Son alcoolisme ne regardait qu’elle et puis la jeune femme aimait bien les pommes. Allez savoir. Astrid buvait donc en silence, ses yeux observant leurs reflets sur la lame de sa dague. La blonde aux cheveux cendrée se demandait si elle allait pouvoir assumer ce train de vie tous au long de la sienne. Astrid soupira puis finit son verre d’un trait. Qu’importe.

La demoiselle devait se rendre à la pointe du port pour protéger la marchandise d’un riche commerçant. Il venait d’importer des pierres précieuses et craignait que des personnes avides viennent lui dérober son bien. Astrid avait accepté le job sans comprendre pourquoi les hommes se battaient toujours pour des cailloux. On était à l’an 1000 tout de même. La jeune femme s’y rendait l’épée et sa dague à la ceinture. En y repensant, Astrid avait toujours préféré les lances. Mais ce n’était pas très discret. Astrid rencontra le marchand en question et commença sa garde. Pour sa mission elle était accompagnée de deux grands gaillards. Le marchand lui avait dit qu’au début, ils n’avaient pas été enchantés d’apprendre sa venue. Mais visiblement le physique d’Astrid semblait les avoir convaincus : du haut de son mètre presque quatre-vingt, la jeune femme ne leur faisait pas honte.

Astrid se retrouvait donc là à faire le guet. Bien entendu, elle espérait ne jamais avoir à dégainer ses armes, mais passer toute l’après-midi sans réellement bouger ne lui plaisait pas non plus. Deux fois, un malin avait essayé de s’approcher un près des caisses. La première fois c’était Astrid qui l’avait repoussé. Sans un mot, juste avec une impulsion du bras et un regard glacé. La seconde fois fut par l’une des brutasses. Il attrapa le voleur et le jeta violement contre le sol. Le malandrin eut du mal à se relever après ça. Ils gardèrent ces foutues caisses jusqu’à ce que le soleil décide de céder sa place.

Astrid, après avoir été payé, se redirigea naturellement vers son auberge favorite. Il y avait une sacrée agitation, comme tous les soirs. Astrid fit signe à la barmaid et cette dernière lui servit en soupirant sa boisson préférée. Le whisky réchauffa son corps sans pour autant le rendre léthargique comme autrefois. La blonde appela la barmaid pour lui dire qu’elle réservait une chambre. Dormir à la belle étoile c’est bien, dans un lit c’est mieux.

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le Ven 22 Juin - 23:23
Le bon, la brute et le truand
Je n’aime pas Saphir. C’est problématique, car il se passe rarement pas une saison sans que je ne m’y rende.

Chaque fois que je quitte les montagnes, que je vois peu à peu l’horizon se déployer à l’infini devant moi, j’ai toujours un instant de vertige et une profonde angoisse me serre le cœur. Beaucoup de gens aiment voir le ciel à perte de vue, se réjouissent que le soleil soit présent plus de quelques heures dans la journée. Moi, je suis plus rassuré de le voir découper par les pics et les chaînes qui encerclent Ambre. Là où mon élément n’élève plus ses forteresses, je me sens démuni et mis à nu, même si ça ne dure que quelques instants. Autant dire que ces moments n’ont que peu en commun avec ce qu’éveille en moi la cité aux mille cascades. Ce qui me prend lorsque j’aperçois au loin son îlot qui se dresse dans la baie et les volutes de vapeur blanches qui drapent ses tourelles s’apparentent davantage à de la répulsion.

Malgré les années qui passent et l’habitude que j’en ai prise, je n’aime pas cette ville. Elle me déplaît profondément. L’eau de toute part, l’humidité, la quasi-impossibilité de s’y déplacer sans prendre un bateau, le bruit incessant… J’ignore comment font ceux qui y vivent. Dès que j’y passe plus d’une journée, j’ai l’impression d’être pris en otage et je ne suis plus tranquille. On a beau me réserver l’une des meilleures suites du palais, rien n’y fait. Les draps les plus fins me semblent poisseux et froids, les murs suintants et le calme inexistant. Même l’air que je respire est saturé d’eau. J’ai l’impression de pourrir de l’intérieur dès que je passe plus de quelques jours dans cette ville. S’il n’y avait pas les impératifs de ma fonction, et surtout s’il n’y avait pas Ama, je m’épargnerais cette corvée à longueur d’année. Mais mon petit feu follet vaut bien le sacrifice de mon confort lorsque je viens la voir à Saphir pour que nous traitions des affaires communes de nos contrées et pour lui épargner de faire le voyage à chaque fois. C’est ce que je m’efforce de me dire alors que je contemple les lumières du soir qui s’allument depuis la fenêtre de ma chambre.

J’ai beau ne pas aimer cet endroit, j’y ai une multitude de souvenirs. J’y ai passé quatre ans de ma vie avec Lori et, même si elle a changé depuis ma jeunesse, je peux encore y retrouver mon chemin jusqu’aux tavernes flottantes du port où je me laissais traîner parfois par nos amis de l’académie, juste pour boire et oublier que j’étais coincé dans cette ville loin de la terre ferme. Je suis presque surpris de découvrir que je me souviens aussi bien du chemin alors que j’avance dans les « rues » de la ville à la tombée de la nuit, tout autant que je me demande ce qui me pousse à m’y rendre. Cela fait deux jours que je suis à Saphir et, si je ne me lasse pas de la compagnie de mon amie ou de Llyn, elles avaient ce soir des affaires importantes à régler ne regardant que leur contrée. Je ne voulais pas faire preuve d’ingérence et pensait rester dans mes appartements mais, comme cela m’arrive parfois, je n’ai soudain plus été capable de supporter l’haleine de la pierre humide. Je suis sorti incognito, habillé aussi simplement que le permettait ma garde-robe de voyage, pour aller me perdre seul dans les rues du port jusqu’à la taverne du Serpent sans Queue.

La première chose qui me vient à l’esprit en passant sa porte, baissant la tête au passage, est qu’elle n’a pas beaucoup changé. On a changé les poutres et plusieurs tables rongées par l’humidité, le comptoir s’affaisse peut-être un peu plus et la tenancière n’est plus la même que du temps de mes études mais en dehors de cela, la clientèle parait ne pas avoir bougé depuis la dernière fois que j’y ai mis les pieds. Des gouvernails recouverts de chandelles servant de lustres dégouttent de suif, l’odeur de bière et de graisse cuite imprègne jusqu’au mobilier, deux hommes jouent du violon et du tin whistle dans un coin de la pièce. Non vraiment, le temps ne défile pas dans ce genre d’endroit. Évitant de mon mieux les marins avinés qui reprennent en chœur des chants joyeux d’une voix grasse, je m’installe au comptoir près d’une jeune femme silencieuse et pensive aux cheveux cendrés et commande sommairement une pinte de brune. Mon regard se perd dans le liquide foncé et mousseux dès qu’on me l’apporte. Je n’ai aucune idée de ce que je fais là…
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le Lun 13 Aoû - 1:49
Le bon, la brute et le truand
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Astrid finissait de siroter son verre le regard dans le vide. Elle se laissait aller à de multiples rêves éveillés. Et si sa mère n’avait pas quitté son père ? Les choses se seraient-elles passées différemment ? La jeune femme croisa son regard dans le reflet d’un vieux miroir accroché à l’arrière du comptoir avant de sourire. Non ça n’aurait rien changé. Ses sens avaient soudainement tiré la sonnette d’alarme. Discrètement elle regarda autour d’elle avant de voir le colosse assit à côté d’elle. Cet homme faisait une taille démesurément grande, pour l’une des premières fois de sa vie, Astrid se sentit petite. Evidemment, l’armoire à glace semblait posséder une force herculéenne. Mais il y avait quelque chose en plus. Un je-ne-sais-quoi qui le rendait effrayant. Et s’il y a bien une chose que la blonde avait apprise, c’était de bien suivre son instinct. La jeune femme fit un signe à la barmaid de lui resservir un verre. Cette dernière fit d’abord « non » de la tête, puis face au regard meurtrier de sa fidèle cliente, elle n’eut d’autre choix que de remplir son verre. Du côté des chanteurs, l’agitation était née. La venue du géant ne les avait pas laissés de marbre. Certains commençaient déjà à parier en combien de coups ils pourraient le mettre K.O. Fatiguée de toutes ces fabulations, Astrid donna un violent coup de son fourreau sur le sol, en fusillant les fautifs du regard. Cela sembla les calmer…Du moins pour le moment. La blonde se tourna ensuite vers la barmaid.

- Tu m’empêches de boire alors que j’ai toute ma tête, mais ces sombres idiots derrières, tu les laisses faire n’importe quoi.

- Eux, ce ne sont pas mes amis.

Astrid pencha la tête sur le côté, observant la barmaid comme si elle pouvait sonder son âme. Puis finit par finir son verre d’un trait. Son intention était noble, mais la barmaid ne devrait vraiment pas laisser ces soûlards boire. Le regard de la jeune femme finit sa course sur le titan à sa droite. Il ne semblait pas particulièrement heureux d’être là. En vérité il était très difficile de lire sur son visage, ce dernier étant comme creusé dans de la roche.

- Excusez-moi mais…Vous n’êtes pas d’ici ? Je n’ai jamais vu pareil homme dans les environs.

Les yeux glacials d’Astrid ne montraient pas la moindre trace d’expression, gardant ce simple regard neutre et froid habituel. Mais sa voix trahissait une certaine admiration. La puissance respecte la puissance disait l’autre.
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le Dim 19 Aoû - 23:09
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J’aurais du choisir une taverne du faubourg de la ville, sur la côte. Je ne cesse de me le répéter alors que les minutes passent et que l’agitation dans mon dos commence à faire peser des regards de plus en plus lourds sur ma nuque. Les marins avinés qui font des commentaires sur ma carrure en se demandant en combien de temps m’envoyer au tapis prennent de moins en moins la peine de parler à voix basse et leurs paroles peu subtiles me font soupirer. Même les autres clients de la taverne me jettent de temps en temps un regard à présent, en se demandant si je vais finir par relever l’insulte et me battre ou me laisser faire comme un pleutre. La plupart penche pour la deuxième option après que la femme à mes côtés ait ramené une discipline temporaire en faisant lourdement cogner le fourreau de son arme contre le sol. Je soupire en buvant ma bière. Une taverne du faubourg. Elle ne sera sans doute pas mieux fréquentée, loin de là, mais au moins aurais-je de la terre sous les pieds et pas les planches vermoulues d’un quai flottant sur cette île humide…

La femme à mes côtés finit par s’adresser directement à moi, me tirant de mes pensées. Je me tourne vers elle, baissant les yeux sur ses prunelles de pierre gris-bleu luisant froidement au milieu de son visage buriné, encore agréable aux regards malgré les marques d’une vie rude. Dans cette contrée où les femmes sont maîtresses, elle me regarde pourtant droit dans les yeux, sans mépris ni animosité, peut-être juste avec une légère forme d’intérêt. Pour faire simple, elle me regarde comme un égal. La force froide qui luit dans son regard me rappelle un instant les glaciers de Prithvi, avant que je n’incline poliment la tête.

« Bonsoir. Non, vous avez vu juste. Je suis arrivé de Prithvi il y a deux jours. Je voulais simplement voir si les docks avaient changé depuis mon dernier passage mais à l’évidence, non... »

Je n’ai pas besoin de me retourner vers le reste de la salle pour faire comprendre à quoi je fais référence. Aussi longtemps qu’elle tiendra debout, Saphir comptera son lot de tavernes bourrées jusqu’aux combles de marins et de dockers avides de se distraire virilement pour oublier le labeur harassant de leurs journées. À dessin, je ne dis pas un mot de plus sur mon précédent séjour à Aap, brièvement évoqué. Je suis ici incognito. Je répondrai s’il l’on me pose des questions mais j’aime autant que l’on ne sache pas qui je suis. C’est pourquoi je ne demande pas son nom à la jeune femme, sachant que cela me mettrait sans doute dans l’obligation de lui donner le mien :

« Vous avez l’air de bien connaître cet endroit. Vous êtes marin ? »

La fin de ma question est couverte par un grand éclat de rire dans mon dos, suivant une remarque désobligeante faite par celui qui semble avoir le plus grand gosier de la bande. Je lève les yeux au plafond. Qu’est-ce qui m’a pris de quitter le palais ce soir, par tous les dieux...

« Sans vouloir vous offenser, ces hommes ont l’air décidé à venir me chercher querelle dans peu de temps. Je ne voudrais pas vous attirer d’ennuis, vous ne devriez pas parler avec moi. »
« Hé, le prithvien ! »


Le meneur s’est levé pendant que j’étais occupé à mettre en garde la jeune femme. Il s’avance vers moi en roulant des mécaniques, un sourire gouailleur aux lèvres. À l’évidence, il a bu suffisamment d’alcool pour lui donner un excès d’assurance et pas encore assez pour ne plus tenir sur ses jambes. Le pire état possible, dans la présente situation. Faisant par avance le deuil d’un règlement à l’amiable, je commence tout de même poliment en me tournant vers lui.

« Bonsoir. »
« On t’a entendu. Tu viens des montagnes, pas vrai ? »
« C’est exact. »
« T’en avais marre de baiser tes sœurs et tes cousines ? »


Silence. L’agacement m’effleure la poitrine, contracte une fraction de seconde mes traits. Mes sœurs sont toutes mortes avant de voir le jour. Mes cousines ne doivent qu’à mon statut de n’être pas condamnées à mourir avant l’heure d’un coup de grisou au fond d’une galerie mal étayée. Et d’une façon générale, je n’apprécie pas que l’on parle des femmes de ma famille en me prêtant des pratiques contre nature. Si j’avais été un autre homme, je lui aurais déjà fait ravaler son insulte. Mais je suis le Souverain de la Terre. Même incognito, je ne peux pas me comporter comme un soudard. Pourtant, comme il devient de plus en plus évident que cette histoire ne pourra se résoudre pacifiquement, je finis mon verre et me lève lentement, me redressant de toute ma taille. Comme prévu, je dépasse le malotru d’au moins deux têtes. La tension monte d’un cran dans l’auberge alors que je réponds calmement, froidement :

« J’aurais pu m’offenser de cet affront si les paroles d’homme ivre mort m’atteignaient. »
« On n’aime pas trop les gars des montagnes comme toi, par ici. »
« Sans doute parce qu’ils vous rendent ridicules quand il s’agit de tenir l’alcool. »


L’autre rougit de colère et commence à vomir un chapelet d’insultes, sans pour autant porter le premier coup. Tiens donc. Je soupire. Tout ceci risque d’être long et pénible...
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le Lun 20 Aoû - 2:14
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Endor
La voix de l’homme était semblable à son apparence : incroyablement virile. Mais sans la bêtise qui allait souvent avec. Son niveau de langage était élevé sans être pompeux, et il semblait exercer sur lui une maîtrise de soi parfaite. Les doutes d’Astrid se confirmaient : il devait être quelqu’un d’important. Le magnétisme et le charisme qu’il dégageait en faisait de lui un leader certain. L’homme se disait de Prithvi. Peut-être un chef militaire de cette contrée ? Un chevalier ? Astrid analysait toutes les caractéristiques de son voisin sans aucune gêne. Elle avait ce pressentiment que quelque chose clochait. Son commentaire sur les docks la fit doucement sourire. En effet, ils avaient toujours été connus pour « l’agitation » qui y régnait. Astrid s’y été fait. Le lieu dans lequel on décide de vivre reflète souvent notre personnalité et la blonde ne faisait pas exception à cet adage. Le port était violent, joyeux, ravagé et plein de promesses. Lorsque l’homme lui demanda si elle était marin, les pitres du fond éclatèrent de rire. C’était un petit monde ici, et même si s’était il y a maintenant six ans, les plus vieux d’ici savaient qu’elle avait été pirate. D’autre faisait des commentaires plus ou moins sexiste.

- Marin qu’il dit l’autre ! Une femme marin !

- Elle était pirate oui ! Et pas des plus commodes !

- Faut vraiment être un bouseux de Prithvi pour dire des âneries pareil…

Astrid n’entendait même pas les remarques de ses congénères. En temps normal, elle ne se serait pas laisser insultée de la sorte. Mais là, la blonde observait avait presque de la peur le calme de son voisin. De loin on aurait pu prendre cela pour de la couardise, mais la jeune femme voyait très bien qu’il contenait simplement son agacement. L’une des choses qu’elle avait apprise dans sa vie était que celui qui refusait de se battre n’était pas forcément le plus faible. Mais celui qui a peur de te faire du mal. Et faire mal, l’homme en était parfaitement capable, la blonde pourrait le parier. Encore une fois le calme de sa voix et le respect qui lui témoigna dans son interlocution la troublèrent légèrement.

- Je suis libre de parler avec qui je veux. Et les ennuis je ne les crains guère ne vous en faites pas pour moi.

La suite fut pour le moins…Pas si surprenante. Un des ignares vint provoquer l’homme. Astrid regarda leur échange sans un mot, maudissant intérieurement la bêtise crasseuse de ces individus. Lorsque l’Aapien insulta la famille de son voisin, Astrid ressenti la même terreur que tout à l’heure. Tous les pores de sa peau lui hurlaient que la colère de l’homme pouvait être dévastatrice. Le soûlard quant à lui continua son œuvre en couvrant d’injures celui qui avait osé répliquer. Cette petite plaisanterie commençait à sérieusement taper sur le système d’Astrid. Elle venait ici pour se détendre, pas pour subir la xénophobie stupide d’hommes possédés par l’alcool.

- Je pense qu’il a compris ton point de vue. Laisse-nous à présent.

N’importe qui de sensée aurait compris la menace sous-jacente derrière cette phrase. Mais ce qu’il y avait de merveilleux avec les alcooliques, c’est que la logique ne faisait ni parti de leur vocabulaire, ni de leur façon de vivre en général.

- Ta gueule la lesbo’, tu l’ouvres quand j’te cause.

Le regard habituellement dur d’Astrid se changea en mille millions de petits pics glacés, qui venaient transpercer de toute part l’imbécile. L’insulter chez elle ? Lui manquer de respect en public en la rabaissant ? Dans la rue, la jeune femme n’aurait pas soulevé la remarque. Dans sa taverne, certainement pas. Astrid donna un violent coup de poing dans le ventre du misérable. Il se plia en deux, accusant le coup, un crachat ensanglanté lui échappant. La fureur aux cheveux cendrée prit ensuite sa tête et la fracassa violemment contre le comptoir, brisant le nez du malheureux dans un bruit sans équivoque. Astrid se tourna ensuite vers les autres en hurlant dans leur direction :

- La lumière ne brille-t-elle pas assez fort ? Je ne vois aucun homme par ici ! Que des raclures, des fils de catin qui ne savent pas la fermer quand il le faut. On m’avait pourtant dit, que la peste de Saphir avait été purgée !

La jeune femme était prête à se battre. Certes, elle ne se donnait pas sous son meilleur jour à son compagnon de Prithvi, mais courber l’échine ne faisait pas partie de ses habitudes. Dans sa colère, la blonde avait eu l’intelligence de laisser bien de côté ses armes : même ces immondices ne méritaient pas la mort, ses valeurs étaient plus importantes que leurs provocations…Mais un brin d’éducation leur ferait le plus grand bien !

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le Mer 29 Aoû - 21:51
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Je savais que les choses dégénéreraient si je restais ici. J’aurais du partir, sans me soucier de mon ego ou de ce que peuvent bien penser de moi quelques pauvres ères du port de Saphir. S’ils connaissaient ma véritable identité… Non, il y a des chances pour que leur réaction ait été exactement la même s’ils avaient su qui je suis. L’alcool ne rend que trop téméraire. C’est pourquoi je regrette autant de ne pas être parti tout de suite plutôt que tenir tête à l’insulte. Lorsque ma voisine de comptoir s’en mêle, tentant de prendre ma défense, les cours des choses perd toute chance de s’infléchir dans le bon sens. Une pointe d’orgueil me souffle que je n’ai pas besoin d’une femme pour  me protéger face à quelques amas de viande saoule mais le vrai choc vient ensuite, lorsque le marin aviné fait décidément preuve de bien peu de respect envers les autres clients de la taverne et se permet d’insulter ma camarade d’infortune, usant d’un mot qui me fait écarquiller les yeux. Ai-je bien compris ? Cette grossièreté signifie-t-elle que… La femme ne me laisse pas le temps d’y réfléchir. Les yeux brillants de fureur, elle frappe violemment le malotru à l’estomac et je recule d’un pas pour lui laisser la place de lui éclater le visage contre le comptoir. Pas que ça m’enchante mais il ne l’a pas volé. Si seulement les choses pouvaient en rester là… Je formule ce vœu pieu au fond de mon coeur. Hélas, nous sommes dans une taverne flottante du port de Saphir et, aussi longtemps que le monde sera monde, la fatalité y suivra son cours comme partout ailleurs. Les autres marins répondent immédiatement à la provocation de la femme en se levant de leur table pour s’approcher en groupe, l’air menaçant.

« On va pas s’laisser insulter par toi qu’est même pas une vraie femme ! »

Je pose à nouveau les yeux sur elle, l’espace d’un instant. Leur insulte de tout à l’heure me revient en tête. Se pourrait-il qu’elle soit… une invertie ? Je frissonne à cette idée. Pourtant, quelle que soit sa nature, je sens la colère m’envahir en voyant les autres se jeter à quatre sur elle en se croyant, pour leur part, de vrais hommes. J’intercepte le poing du premier qui s’avance et le tord violemment pour le couper dans son élan. Un coup d’épaule me permet de réceptionner ceux qui n’ont pas le temps de s’arrêter, les faisant tous tituber en arrière, puis je repousse celui que je tiens sans douceur. Ça semble impressionnant vu de dehors. Il est triste de se dire que j’ai seulement de bons appuis.

« En effet. Vous vous insultez déjà suffisamment tout seul. »

Me retournant vers l’aubergiste, je tire quelques pièces de ma bourse pour les laisser sur le comptoir. Grossière erreur.

« Je ne souhaite pas causer de désordre dans votre établissement. Voilà pour la bière. »

Elles ont tout juste fini de tinter contre le bois qu’une violente douleur explose sur mon épaule, dans un fracas de verre brisé. Quelques débris m’égratignent la joue, déchire ma veste, se logent sous ma peau. Je pivote à nouveau vers la salle, interloqué. Un des marins, un gamin de même pas vingt ans, le visage encore marqué par des cicatrices d’acné, tient le reste de goulot dans sa main tremblante sans paraître se rendre compte de ce qu’il vient de faire. Se ressaisissant brusquement sous mon regard, il piaille d’une voix qu’il espère intimidante sans doute.

« Viens te battre, salaud de prithvien ! Bats-toi si t’es un homme ! »

Oh, par les dieux, combien de temps encore vont durer ces idioties… La patience entamée par tant de bêtise, l’esprit échauffé par une ardeur belliqueuse jaillie d’on-ne-sait-où, je m’avance vers eux à mon tour. Après tout, pourquoi pas ? Ce sont eux qui l’ont voulu...

« Je commence à en avoir plus qu’assez de vos insultes. »
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le Sam 1 Sep - 17:45
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La pique d’Astrid avait fait mouche. Les hommes se levèrent et se dirigèrent dans sa direction. Les poings serrés, la demoiselle se mettait en position de combat. La peur ne trouvait pas sa place dans le cœur de la blonde. Les sourcils froncés, Astrid étudiait les déplacements des imbéciles. Comment allait-elle répliquer, comment elle allait attaquer, son cerveau encodait tout cela. Cette fois-ci, la jeune femme ignora l’insulte des ignares. De toute manière, qu’était-ce qu’une vraie femme ? Une personne définit seulement par sa capacité à procréer ? Ou bien une personne qui assumait pleinement ses choix de vie même quand cela contrecarrait avec la vision biaisée de la réalité qu’avaient ses semblables ? Son voisin mit fin à cette réflexion en envoyant valser les opposants. Astrid ne s’attendait pas à ce que l’homme prenne sa défense. Ou plutôt elle avait espéré qu’il ne le fasse pas. Il fallait désamorcer la situation avant qu’il décide de se battre vraiment. La jeune femme ne savait pas pourquoi, mais son instinct la trompait rarement.
La barmaid avait lancé un regard désolé à l’homme quand celui-ci paya sa bière. Un jeune homme quant à lui le frappa avec une bouteille. Astrid écarquillait grand les yeux : c’était un gamin qui avait porté le coup. Que la violence monte crescendo, cela, la jeune femme y était habituée. Mais que la violence prenne vie dans des corps si jeune la désolait. Même si une petite voix en elle lui rappelait qu’elle ne faisait pas mieux au même âge. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que la jeune femme lui donna un violent coup coude sur le crâne. L’inconscient sombra dans l’inconscience dans un bruit sourd. Astrid ne voulait pas qu’il participe à ce qui allait suivre.

- Raah la pute ! Frappez-moi ces deux ordures !

Astrid avait arrêté de penser. Tous ses gestes étaient mécaniques, à force d’être répété toutes ces années. Parer, riposter, attaquer, bloquer, encaisser, frapper. Trois hommes couraient vers son ancien voisin qui se trouvait embarqué dans cette histoire. Astrid ne pouvait pas s’en préoccuper car elle avait aussi son lot d’importuns. Elle distribua de nombreux coups de poings à l’un d’entre eux, et donna un violent coup de pied au visage d’un autre. Le reste des clients étaient devenus une foule avide de sang, encourageant les acteurs de cet étrange spectacle. Astrid encaissa quelques coups au niveau des côtes notamment. Alors afin de répliquer de manière efficace, la blonde prit une chaise et dans un grand fracas poétique, la brisa en mille morceaux sur la tête d’un de ses agresseurs. Ensuite comme ce dernier n’était pas K.O et proférait toujours des insultes, elle se mit sur lui, et le frappa jusqu’à ce qu’il rejoigne les bras de Morphée. De manière temporaire bien entendu. Après quelques bras cassés et autres membres amochés, Astrid en sueur se redressa. Sous les vivas de la foule rassasiée, la blonde qui reprenait difficilement son souffle se tourna vers son mystérieux compagnon. Comment s’en était-il sortit ? En prenant appuis sur une table, la jeune se massait les côtes et la jambe droite. Elle allait avoir de jolis bleus, sinon une côte fêlée. Ses phalanges aussi lui faisaient mal, elles étaient abîmées et du sang commençait à sécher sur ses doigts. Le tout était de savoir s’il s’agissait du sien ou de celui des pleutres.
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Endor

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le Mer 12 Sep - 23:10
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Les musiciens ne s’arrêtent pas de jouer. C’est étrange, mais ce détail me reste en tête et donne un côté surréaliste à la scène alors que la jeune femme assomme le jeune qui vient de tenter de faire de même avec moi, juste avant que les marins ivres ne se jettent sur nous. Je les accueille à bras ouverts, si l’on peut dire. À Prithvi, la lutte est une discipline très importante dans l’éducation des jeunes hommes et il va sans dire que ma carrure m’a toujours donné des dispositions naturelles dans cet art. Des hommes qui marchent à peine droit ne devraient pas me poser de problème. J’attrape à bras-le-corps le premier qui se jette sur moi en beuglant et profite de son élan pour le soulever, me retourner et l’écraser lourdement sur le bar. Profitant de l’appui, j’accueille le suivant d’un coup de pied au plexus avant de me redresser, l’œil étincelant. Et aussitôt, l’emprise familière de Lori se fait sentir sur mon esprit.

Endor, que se passe-t-il ?


J’ai peine à me concentrer sur ces mots alors que mes assaillants s’y mettent à deux pour viser les côtes, les genoux. J’encaisse les coups pour les rendre aussitôt, sachant que je manque d’agilité pour les éviter dans un espace réduit comme celui-ci, où les poutres sont dangereusement voisines de mon crâne.

Une triste histoire, Lori. Je te raconterai.
Sois prudent, par tous les dieux…


Il ne dit plus rien ensuite mais je continue de sentir sa présence qui me surveille prudemment de loin, me gardant de la colère et de la fougue du combat comme la balustrade sur le pont d’un navire. Je lui en sais gré et peut me concentrer sur mes adversaires. De toute façon, j’ai bien peu de terre à mouvoir ici… De son côté, et pour ce que je peux en voir, la jeune femme blonde a l’air de bien s’en tirer également. Mais à dire vrai, je ne peux prendre la mesure de cela que lorsque le combat se termine et que la demi-douzaine de marins ivres gît hors d’état de nuire sur le sol, parmi les chaises brisées, les tables renversées et les vivas avinés du reste des clients. Le souffle court, je regarde les hommes à terre, dépité. Quel gâchis… Puis mon regard se pose sur ma camarade d’infortune. Elle a l’air contusionnée mais tient debout et s’est défendue vaillamment. Pour ma part, j’aurais sans doute une belle collection de bleus, quelques éclats de verre se sont logés plus profondément dans ma blessure à l’épaule et l’un de mes genoux me lance, mais rien qui ne soit dans les cordes d’Ahxi. Mon frère aîné risque fort de me morigéner quand il apprendra cet esclandre, d’ailleurs. Mais qu’à cela ne tienne, je m’approche pour l’instant de la jeune femme.

« Mademoiselle… Vous avez été entraînée dans cette histoire à cause de moi. Vous m’en voyez sincèrement navré, mais je vous remercie. Sans vous, je ne m’en serais peut-être pas tiré à si bon compte. »

Dis-je en inclinant la tête à son encontre. Mes yeux croisent les siens par inadvertance lorsque je me redresse et je me rappelle soudain des sous-entendus des marins. La gêne me reprend à cette idée et je me détourne pour m’adresser à l’aubergiste, déposant le contenu d’une bourse sur le comptoir.

« Voilà pour payer les réparations. Veuillez me pardonner pour le désagrément causé. »

Mon regard revient malgré moi sur la jeune femme et, pendant un instant, je ne sais que dire. Si cela est vrai, ce n’est pas… naturel. Mais elle m’est venue en aide contre ces brutes alors que cela ne pouvait rien lui apporter de bon. Je me dois d’être équitable.

« Êtes-vous blessée ? »
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Aap
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Astrid

Aap
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le Lun 17 Sep - 3:14
Le bon, la brute et le truand
Endor
Après avoir soufflé quelques instants, Astrid se redressa pour de bon en jetant un regard emplit de mépris à l’égard de ceux qui étaient au sol. Sur les anciens bateaux à voiles qui sillonnaient la mer en quête de butin, ces gars là n’auraient pas tenus cinq minutes. Avec le vent, la mer et les cris, les combats régnaient dans une confusion folle. Alors qu’ici, ils étaient en surnombre, face à deux personnes et ils poussaient le prodige de se faire battre à plate couture. La jeune femme espérait ne jamais atteindre un niveau si honteux. Son camarade vint vers elle pour s’excuser à nouveau.

- Je pense que vous vous en seriez tiré comme un chef. Et un jour ou l’autre je me serais retrouvée dans cette situation puisque ces idiots cherchent toujours à se battre. M’enfin, peut-on en vouloir à des hommes ivres…

L’homme lui jeta par la suite un drôle de regard. Une sorte de gêne avait voilé son visage sans aucune raison particulière. Astrid ne doutait pas de ses charmes, mais cette dernière penchait plutôt sur quelque chose qui le dérangeait…Sans oser le dire ? Allez savoir. La blonde se dirigea vers le comptoir et récupéra ses armes, accrochant les fourreaux à sa ceinture. Tout de suite elle se sentait mieux. Le doux poids de l’acier contre sa hanche lui rappelait qu’aucun de ses soûlards ne pourraient lui faire de mal. Ne pourrait plus lui faire de mal. Sans demander l’avis à la barmaid, Astrid prit un sac de premier secours. La responsable de la taverne leva simplement les yeux au ciel, consciente que dans tous les cas, sa parole ne changerait rien. Et puis si son amie devait se soigner…De plus la bourse sonnante et trébuchante de l’homme dénoua vite sa langue.

- M-Mais enfin, c’est vous qui avez été attaqué ! Mais ! Monsieur ?!

L’homme était déjà passé à autre chose et ce autre chose était Astrid. De ses yeux perçant, Astrid descella le même regard que précédemment. Mais qu’est-ce qui tracassait cet homme à ce point. Tous leurs ennemis étaient à terre non ? La blonde prit néanmoins la peine de répondre :

- Des contusions et des bleues. Rien d’exceptionnel. Vous par contre avez de méchants éclats de verre qui risque de causer une sérieuse infection. Alors si vous voulez bien me suivre…

Sa requête n’avait de requête que la forme. Astrid entraina en réalité l’homme dans l'arrière boutique. Là, éclairés par la lune, les deux compagnons de fortune pouvaient s’asseoir sur des tonneaux. La blonde sortait le kit de premiers soins et engagea la conversation :

- Qu’est-ce qui vous tracasse ? Vous me regardez d’une drôle de façon depuis tout à l’heure. Vous ne sembliez pas si travaillé face à des hommes prêts à en découdre…Et par ailleurs comment vous nommez-vous ? J’aimerai mettre un nom sur ce visage.

La jeune femme désinfectait la pince qui allait servir à extraire les bouts de verre. Il n’y avait rien de plus dangereux. Ces bouteilles de verre traînaient n’importe où, étaient souvent très sale, et pouvaient entraîner toutes sortes de maladies plus joyeuses les unes que les autres. Alors si l’on pouvait les éviter…
Souverain de la Terre
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Endor

Souverain de la Terre
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le Dim 23 Sep - 13:31
Le bon, la brute et le truand
Je ne réponds pas lorsque la jeune femme affirme que j’aurais parfaitement pu m’en sortir tout seul. Dans l’absolu, elle a peut-être raison. Mais à quel prix ? Bien que je sois le seul à le savoir ici, je suis le souverain de Prithvi. Je ne devrais même pas me trouver en ces lieux et je ne peux en aucun cas me permettre de paraître demain à la cour de Saphir avec la patte folle, le bras en écharpe et le visage cabossé comme un vétéran. Ce serait humiliant pour moi, pour Ama, pour la ville qui nous accueille moi et ma suite. Les pauvres bougres qui gisent par terre risqueraient de se voir raccourcis d’une tête pour ce crime de lèse-majesté alors que, comme le dit ma camarade, leur seul tort est de n’avoir pas été raisonnables. Les dieux savent combien il est difficile d’être raisonnable lorsque l’on s’épuise tout le jour à un travail harassant, sur les quais ou au fond des mines, pour nourrir sa famille et payer ses taxes. Non, mieux vaut que j’ai eu cette femme à mes côtés pour réduire les risques. Grâce à elle, les conséquences de cette soirée seront infiniment moins funestes. Mais bien entendu, je ne peux le lui expliquer sans révéler mon identité.

La tenancière ouvre des yeux ronds en voyant le contenu de ma bourse, sidérée que je souhaite payer les dégâts alors que je n’y suis pas pour grand-chose. Il est vrai que ce genre de générosité n’est pas habituelle et pourrait me trahir mais j’y tiens. Après tout, je peux me le permettre. Et si cela permet d’inculquer à ces hommes un peu d’humilité (quoique j’en doute), et bien ça ne sera pas perdu. Je m’apprêtais à en rester là pour mes escapades nocturnes mais je cille des paupières avec surprise lorsque la jeune femme qui s’est battue à mes côtés entend soudain soigner ma blessure à l’épaule.

« Non, je vous souciez pas de moi. Mon frère est médecin, je ne peux pas vous demander de... »

Elle ne m’écoute pas. Elle s’est déjà emparée d’une trousse de cuir, d’une bouteille de rhum et d’une lampe à huile pour passer dans une autre pièce, me faisant signe de la suivre sans douter une seule seconde que je m’exécuterai. Je reste un moment là, les bras ballants, légèrement piqué dans ma fierté de me voir dicter ma conduite (à plus forte raison si cette femme est bien ce que prétendaient les soûlards qui s’en sont pris à nous), mais je finis malgré tout par la rejoindre. En silence, je m’assois sur un tonneau et retire ma chemise avec une grimace de douleur en sentant les éclats de verre remuer dans ma plaie. Cela me chagrine de l’admettre mais elle a raison. Je ne peux traverser toute la ville blessé ainsi avant de m’en remettre à Ahxi. Il me bassinerait pendant des heures au sujet du risque d’infection et de mon manque de prudence. Tandis qu’elle désinfecte soigneusement une pince avec un chiffon et du rhum, je la regarde sans mot dire, retournant dans ma tête les insultes des ivrognes sans pouvoir m’en empêcher. Et comme si elle avait lu dans mes pensées, elle finit par me demander ce qui me préoccupe. Je détourne les yeux, honteux, et préfère répondre à sa deuxième question.

« Korann. Enchanté, même si vous rencontrer dans de telles circonstances n’est peut-être pas l’idéal. Et vous-même ? »

J’ai préféré donner le nom de mon père en lieu et place du mien. Après tout, ma carrure, la finesse de mes vêtements et mon accent prithvien me trahissent déjà bien assez. Même si peu de gens m’ont vu dans les bas-fonds de Saphir, j’aime mieux ne pas prendre de risques. Hésitant, je finis par répondre à voix basse.

« Ces hommes ont eu… des mots à votre égard. »

Un court silence s’installe. Je suis extrêmement mal à l’aise d’évoquer ceci. Elle pourrait se sentir vexée si cela n’est pas vrai. D’ailleurs, pourquoi cela le serait ? Pourquoi accorderais-je davantage de crédit aux insultes d’une bande d’hommes saouls plutôt qu’aux paroles de celle qui m’est venue en aide ? Ça n’a pas de sens. Je ne devrais pas évoquer ce sujet.

« Des mots très insultants. C’était vraiment indigne de leur part de recourir à des insinuations aussi basses pour vous avilir. »
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