Prithvi
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Emrys

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le Mer 27 Juin - 18:13
On dansera sur les ruines



Je frissonne en sortant dans les jardins qui couronnent le palais d’Ambre. Le temps est clément, la température douce pour la région, malgré les taches de neige qui s’accrochent encore aux plantes hivernales. Je déteste ce pays pour tout ce qu’il représente, et pour son climat. Le ciel a commencé à s’éclaircir avec ce qui sera les premiers rayons du jour blafard qui s’annonce, où le soleil ne fera son apparition que quelques minutes. Rien que d’y penser me laisse un arrière-goût amer de bile au fond de la gorge. Un jour je redescendrai, libre, vers le sud pour profiter du soleil d’Agni qui me remplit de nostalgie. En attendant d’avoir à nouveau chaud un jour, je resserre autour de moi l’espèce de tricot informe qui m’est indispensable.

J’ai passé une bonne partie de la nuit – si longue ici – à m’introduire discrètement dans cette forteresse et à nouer des contacts. Les esclaves et serviteurs exploités sont plus présents ici que ce que l’aristocratie qui nous gouverne aime à l’admettre, derrière leur pudeur hypocrite. Mon but aujourd’hui n’était pas de créer une insurrection. Pas encore, nous ne sommes pas prêts. Nos frères et nos soutiens dans le fort sont encore trop peu nombreux et trop hésitants. Je voulais juste discuter, de leur condition, de la mienne, de celle de nos frères dans les autres contrées. Insinuer un peu de doute dans leur esprit, Non, l’idée était uniquement de semer le vent, pour aujourd’hui. La tempête se récolterait plus tard.

Je ne sais pas pourquoi je me suis aventuré jusqu’aux jardins, ils sont à l’exact opposé de la porte que je compte emprunter pour ressortir. Il ne faut pas que je me fasse prendre : à première vue mes vêtements peuvent peut-être donner le change et me faire passer pour un domestique du palais, mais ils ne résisteront pas à une inspection plus détaillée, et je ne compte pas finir en taule. Un frisson glacé me parcourt à cette idée. J’essaie de me convaincre que ma venue dans ce lieu a quelque chose de rationnel, mais même moi je n’arrive pas à y croire. Je crois que les plantes luxuriantes de l’oasis de Rubis me manquent plus que je ne veux l’admettre. Ici les plantes sont rabougries par l’éternel hiver qui règne sur les montagnes.

Je m’avance lentement entre les branches parfaitement taillées des arbustes, les secouant doucement pour les débarrasser de la neige qui les encombre. Au fur et à mesure que les tiges se redressent dans le jardin désert, je me sens un peu plus léger. J’en viens presque à oublier qu’il faut que je me presse pour sortir, au risque de me retrouver coincé toute la journée ici une fois que l’activité du palais aura repris pour la journée.
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Prithvi
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Endor

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le Ven 6 Juil - 21:37
On dansera sur les ruines
Ce n’est pas perceptible si l’on n’y fait pas attention. Mais dès que l’on ouvre les yeux, que l’on tend l’oreille, les signes affluent. Les insectes, frénétiques durant les heures claires de Liekki, font décroître leur bourdonnement. Le jour dispense peu à peu moins de lumière, moins de chaleur, et paye son tribut à la nuit. Les bêtes et les plantes calment leur appétit insatiable, terminent de rassembler leurs forces et guettent les changements dans l’air. Tout cela n’est pas encore visible, ce n’est que le commencement. Mais même si la saison reste belle, elle lance ainsi son ultime adieu. L’été se termine. Le souffle de Nagar recouvre les montagnes.

La terre me parle de tout cela lors de mes méditations matinales et je l’écoute. Je sens son pouls et le mien qui retournent petit à petit au repos après le foisonnement de vies innombrables  qui en agitaient les veines. Elle se prépare à se rendormir, à supporter l’épais manteau de neige qui la recouvrira bientôt, la recouvrira d’eau et de promesses. Moi-même, inconsciemment, je commence à économiser mes forces même si je n’en ai en apparence nul besoin. Peu importe. Même dans l’opulence, l’automne est la saison des réserves et se plier aux messages naturels est un gage de survie. Et puis quoi que l’on en dise, j’ai bien besoin de me ressourcer après mon voyage en Akasha, la Fête du Lac et tout ce qui en a découlé Les jardins du palais d’Ambre sont pour cela mes meilleurs alliés. À genoux dans l’herbe humide, torse nu, yeux clos et mains épousant le sol, je m’imprègne des milliers de sensations qui s’y cachent. J’écoute les racines des plantes qui parlent entre elles à travers leur maillage, les frottements et les stridulations des petits animaux, des insectes, des créatures invisibles et incalculables qui y vivent. Je ressens sur ma langue le goût minéral de la pierre là où elle prend le pas sur la terre. J’écoute ses résonnances, la présence de tous ceux qui parcourent le granit poli des couloirs. Et les pas de celui qui s’avance dans le jardin.

« Bonjour. »

Ma voix résonne étrangement parmi toutes celles qui m’habitent et je réduis peu à peu le champ de ma conscience pour me ré-acheminer vers mon corps. Je ne vois pas celui qui arpente la rosée matinale mais je sais précisément où il est, là où ses pieds touchent le sol. Je rouvre doucement les yeux alors que ceux-ci perdent les reflets d’or de mon élément pour retrouver leur bleu habituel.

« Tu peux approcher. J’ai terminé. »
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