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Auriane
Akasha
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Auriane
Messages : 129
Inscrit.e le : 24/07/2018
Auriane Mar 24 Juil - 1:22
Auriane
Généralités
• Prénom: Auriane
• Age: 23 ans
• Genre: Féminin
• Origines: Un petit village sur les terres de Vaata
• Lieu de vie: Palais d’Ébène, Akasha
• Métier: Officiellement, pupille du Souverain du Vide. Officieusement, conseillère de son frère. Elle souhaite également devenir guérisseuse.
• Avatar: selenada sur deviantart
• Règlement:
• Chemin: J’ai eu le malheur de la jouer en pnj… du coup c’était foutu.
• Commentaire: Franchement j’ai résisté. Mais je suis faible. Voilà.
Physique
Je me souviens de la première fois où tu as ouvert les yeux et où tu m’as regardé. Tes yeux avaient déjà cette couleur si particulière, ce gris pailleté de bleu et d’or, semblant scintiller de mille feux. Tu étais si petite, si délicate. Je refusais de te porter car j’avais peur de te casser. En grandissant, cette impression est restée. La maladie a laissé ses marques sur ton corps. Tu n’as jamais été très grande et aujourd’hui tu ne dois pas dépasser le mètre soixante cinq. Ton corps est mince, frêle et tes épaules restent légèrement courbées, comme si tu redoutais encore la douleur qui te coupait le souffle et te pliait en deux. Ta peau est blanche, si blanche… presque transparente. Tu sembles avoir été modelée dans de la porcelaine et je crains toujours que le moindre effleurement te brise.

Tu as repris des forces depuis que tu es arrivée à Akasha. Tu te déplaces plus souplement, libre de tes mouvements malgré la maladie qui te guette, t’espionne. Tu as retrouvé cette joie qui enfant était la tienne et ton sourire transperce les coeurs les plus froids. Tu pétilles de vie dans tes bons jours. Mais dès que la douleur revient, tu t'éteins. Ton corps se tasse, ton regard se ternit et ton sourire disparaît. Tu perds tes couleurs et la vie semble toujours prête à quitter ton corps et ton doux et beau visage devient du marbre, lisse, inexpressif et terriblement froid.

Tes vêtements reflètent ta personnalité. Simples, aux couleurs douces et claires, je ne t’ai jamais vu porter quoique ce soit de sombre ou de triste. Les tissus sont assez épais et chauds car tu as souvent froid. Tu ne portes rien d’autre. Aucun ornement, aucun bijou, comme si tu ne supportais pas le contact des métaux contre ta peau, comme s’ils étaient trop lourds pour toi. Quant à tes cheveux, ils tombent dans ton dos, longs et bruns, lisses et brillants. Ta beauté vient de ta simplicité et de la délicatesse de tes traits. Grâce à ton regard et à ton sourire tu parviens à faire oublier que plus  d’une fois, la vie a failli t’échapper. Mais si l’on t’observe attentivement on ne peut s’y méprendre. Tu souffres encore.
Caractère
Je me souviens de la première fois où je t’ai entendue rire. Un rire doux, cristallin, si semblable à celui de maman. Je t’ai toujours admirée. Je suis l'aîné et pourtant tu es celle qui a su me maintenir debout. Tu as fait de ta faiblesse une force. Tu n’as jamais cédé face à la maladie, tu n’as jamais abdiqué. Lorsque la mort venait te murmure à l’oreille, tu la repoussais avec un sourire, un éclat de rire. Enfant, tu respirais la joie et la bonne humeur. Tu faisais semblant de ne pas souffrir. Tu faisais semblant d’être normale. Tu refusais de nous inquiéter. Mais lorsque la maladie revenait et que tu devais partir, tu laissais tomber le masque. Notre famille était ce qui te retenait, ce qui te maintenait. Et à chaque séparation, tu étais terrifiée. Tu étais seule. Très seule. Mais tu ne t’en es jamais plainte. Tu portais ton fardeau et celui de notre famille sur tes épaules pourtant si frêles.

Tu as toujours eu un esprit vif et curieux. Tu rêves d’un monde au-delà de nos frontières, un monde que nous avons créé ensemble étant enfants. Tu rêves de prendre la mer, de découvrir des merveilles cachées au fond des océans. Mais tout ceci n’est qu’un doux rêve car tu n’as ni la force ni les capacités d’entreprendre un tel périple. Alors tu lis. Tu t’évades dans les histoires racontées par d’autres. Tu lis pendant des heures, seule dans ton fauteuil, devant la fenêtre ou au coin du feu. Ton visage semble toujours si mélancolique, si triste lorsque tu refermes ton livre. Comme si une partie de ton âme s’était perdue entre les pages.

Ta compagnie est un bonheur pour quiconque aurait la chance de passer un peu de temps auprès de toi. Tu es douce, intelligente et si gentille. Tu souhaiterais prendre les maux et blessures de tout un chacun et leur rendre le sourire. Quand tu m’as annoncé vouloir devenir guérisseuse, je n’ai pas été surpris. Tu étudies à la maison, studieuse et persévérante, en attendant d’être assez forte pour pouvoir aller étudier aux côtés d’autres personnes de ton âge.

Mais ce jour arrivera-t-il ? Car malgré ta force et ton optimisme, tu ne peux rien faire contre la maladie. Ton esprit s’est affaibli, la solitude des dernières années t’as rendue plus calme, plus mélancolique. La disparition de nos parents et mes actes récents ont eu bien plus de répercussions sur toi que ce que tu montres. Tu as peur. Tu es inquiète. Tu ne supportes pas qu’on te rappelle ta condition. Tu détestes qu’on s’inquiète pour toi. Je t’ai entendu hurler. Je t’ai vu pleurer. Je t’ai vu craquer. Et de ces crises tu en ressors toujours affaiblie, fragilisée et je crains toujours que la prochaine ne te terrasse définitivement. Face au monde, tu es forte. Tu tiens ton rôle à la perfection et tu m’épaules au quotidien. Mais face à toi-même, tu te perds dans les souvenirs, dans le passé et dans le bonheur des jours d’innocence qui ont à tout jamais disparus.

Informations diverses :
- Elle aime Aap qu’elle considère comme sa contrée et se passionne pour son folklore et sa flore. Si Ren a toute son allégeance, elle fait également preuve de loyauté envers Ama et Llyn.
- Elle ne sait pas danser. Elle n’a jamais pu apprendre convenablement à cause de son état de santé.
- C’est en revanche une excellente musicienne. La harpe est son instrument de prédilection. Elle sait également très bien chanter.
Histoire

80è jour de Nagar - An 977 - Vaata

Je me souviens des cris de douleur. Maman était allongée, pâle, gémissante. Elle se tordait, incapable d’alléger sa peine et papa était à ses côtés, lui tenant la main, épongeant son front couvert de sueur. Je me tenais là, assis dans un coin, me faisant tout petit, encore plus que je ne l’étais, osant à peine respirer, comme si je craignais de voler l’air dont maman avait besoin. Un nouveau hurlement de maman, comme si quelque chose se déchirait en elle, tandis que ses mains agrippaient son ventre gonflé, énorme. Je me souviens avoir plaqué mes mains sur mes oreilles et fermé les yeux. Je ne comprenais pas ce qui se passait alors. Je savais que tu arrivais. Mais je ne comprenais pas pourquoi tu causais tant de souffrance à maman. Je me souviens des cris de douleur oui… Finalement, j’avais dû sortir de la maison malgré la fraicheur extérieure. La sachante était arrivée et avec elle, un fort parfum de plantes qui embaumait la cabane. Je me souviens de cette odeur. Feuilles de framboisier, fleurs d’oranger, je n’en connaissais pas les noms à l’époque mais encore aujourd’hui leur odeur entêtante me revient. Et j’attendais, assis sur le porche, regardant le vent souffler dans les branches, grelottant malgré l’épaisse couverture qui me recouvrait. Et j’entendais toujours ces cris. Puis, le silence. Je ne savais pas combien de temps s’était passé, j’avais perdu le compte tandis que je regardais les feuilles s’envoler. Ensuite, j’entendis des pleurs. Des pleurs continus, forts, que je n’avais jamais entendu auparavant. Puis, la porte s’est ouverte. Papa m’a relevé du porche, a frictionné mon corps tremblotant et a fini par me serrer contre lui. Et il m’a ramené à l’intérieur. Maman était toujours allongée mais elle ne se tordait plus. Son visage était toujours aussi blême mais il y avait un sourire sur ses lèvres. La sachante était penchée sur elle, tenant un petit paquet de linges qu’elle déposa délicatement dans ses bras. Puis elle partit, emportant avec elle des draps souillés auxquels je ne prêtais même pas attention. Car maman s’était tournée vers moi, ses yeux brillant de larmes qu’elle parvenait à peine à contenir. Je n’oublierai jamais les mots qu’elle prononça alors tandis que je m’approchais d’elle, le regard fixé sur le petit paquet qui bougeait entre ses bras. Ils résonnent encore aujourd’hui en moi comme une douce mélodie qui allège mon coeur de bien des tourments.

“Viens Ren, approche. Je te présente ta petite soeur. Auriane.”


75è jour d’Eira - An 977 - Vaata

Tu étais si petite. Si jolie. Je passais des heures à t’observer, fasciné par une aussi petite chose. Quand tu dormais, je restais à ton chevet, regardant ta petite poitrine se soulever et s’abaisser au rythme de ta respiration. Tu étais un véritable rayon de soleil et la petite cabane s’était transformée en un palais enchanté depuis ta venue. Je ne me souvenais pas avoir déjà vu papa et maman aussi heureux. Ils souriaient, pas juste avec leurs bouches mais avec leurs yeux aussi. Ils riaient et je me surprenais à rire aussi, sans réellement comprendre pourquoi. Ca m’était égal. J’étais simplement heureux d’être près de toi.

Mais notre famille ne semblait pas vraiment avoir le droit de goûter pleinement au bonheur. Tu n’étais pas née depuis une saison entière que les rires cédèrent la place aux larmes. Tu hurlais, sans qu’on ne puisse t’apaiser. Tu brûlais et rien ne semblait te soulager. Cette forte fièvre qui s’était éprise de toi et refusait de te lâcher menaçait de t’emporter à chaque instant. Les médecins se succédaient et tous repartaient avec la même expression sur leur visage. Celui de l’échec. Ils disaient que cette fièvre n’aurait dû être que passagère, qu’elle n’était pas censée être fatale. Alors pourquoi ne guérissais-tu pas ? Pourquoi papa et maman pleuraient-ils au-dessus de ton berceau ? Pourquoi est-ce que j’avais aussi peur… ?

La peur. C’est le premier souvenir que j’ai de ce sentiment viscéral, paralysant. J’ai ressenti la peur de nombreuses fois dans ma vie. Mais jamais je n’aurais dû la ressentir à cet âge là. Je n’avais que sept ans et pour la première fois de ma vie, je sentais le vide m’appeler alors que je demeurais ainsi, paralysé par la peur de te perdre, incapable de respirer. J’étais terrifié, pétrifié. Nous menions une vie bien étrange mais tu étais mon lien avec la normalité. Si je te perdais, alors je perdais tout.

Mais tu as survécu. Les guérisseurs ont parlé de miracle mais je n’y ai jamais cru. Il n’y a pas de dieux là-haut qui veillent sur nous comme ils le pensaient. S’il y en avait, jamais ils ne t’auraient infligé pareil tourment. Non, tu as survécu parce que ta vie ne pouvait s’arrêter alors qu’elle venait simplement de commencer. Tu as survécu car tu es trop importante pour que ce monde puisse se passer de toi. Car tu es un trésor. La plus belle des gemmes. Et la plus précieuse.


17è jour de Liekki - An 978 - Cité de Saphir, Aap

Je me souviens du jour où nous sommes arrivés. Le voyage avait été si long et éprouvant. Papa et maman semblaient constamment effrayés. Maman te serrait fort contre son sein et papa ne lâchait jamais ma main. Ils regardaient constamment derrière eux, sursautaient au moindre bruit. Mais rien ne se passait. Je ne savais pas ce qu’ils pensaient, je ne connaissais pas la cause de leur tourment. Aujourd’hui je comprend ce qu’un voyage de cette ampleur avait de si effrayant.

Nous avions quitté la petite cabane. Je ne connaissais pas d’autre maison, c’était là que j’avais toujours vécu, c’était là que j’étais persuadé d’être né. Papa et maman disaient que c’était pour ta santé. Que nous devions aller vivre à la ville et que la Cité de Saphir regorgeait de médecins qui pourraient t’aider. Car tu continuais à tomber malade. Tu n’étais qu’un bébé, âgée de seulement quelques saisons et ta santé était toujours aussi fragile. Je sais aujourd’hui que papa et maman pensaient que tu ne survivrais pas au voyage. C’était un gros risque, pour toi comme pour moi mais c’était nécessaire.

Saphir était une belle ville. Je me souviens avoir découvert la cité avec des yeux émerveillés, moi qui n’avais connu que la cabane.  C’était grand, si grand. Et il y avait tant de monde. Nous n’habitions plus une cabane. Nous avions une jolie maison, en plein coeur de la cité. Je ne me souviens pas de grand chose du déménagement. Je me souviens simplement de tous les médecins se succédant à notre porte…

Je me souviens de toi, toujours si petite malgré les années qui passaient. De ta santé qui semblait ne jamais vouloir s’améliorer. Je me souviens de la peur qui me saisissait à chaque fois que je t’entendais pleurer. Et je me souviens lors des nuits de tempête lorsque je venais me blottir contre toi, protégeant ton petit corps et faisant le serment que jamais je ne laisserai quoi que ce soit t’arriver. Te souviens-tu de ton enfance ? Te souviens-tu des nuits où nous restions éveillés toi et moi, éclairés à la lueur d’une bougie tandis que je te racontais des histoires inventées de toute pièce ? Tu adorais ces histoires. Tes grands yeux gris pétillaient toujours de joie et d’envie lorsque j’inventais un monde au-delà de Seele, empli de magie et d’aventures merveilleuses. Un monde où les petites filles ne tombaient pas malade et ne vivaient pas la moitié du temps dans un hôpital.

Car c’est ce qui finit par arriver. Tu avais cinq ans lors de ton premier séjour. Je me souviens de tes pleurs tandis que tu t’agrippais à moi. Je me souviens des pleurs de maman également à qui on avait refusé le droit de t’accompagner et de rester auprès de toi. Ils ne savaient pas combien de temps tu devrais rester. Mais ta santé n’était pas assez bonne pour que tu puisses rester à la maison. Et jamais, lors de ces séjours, nous n’avons eu le droit de venir te voir. Et je me souviens de mon coeur qui s’est brisé en mille morceaux épars ce jour-là…

Dès que tu revenais, le soleil réapparaissait. Tu étais dorlotée, aimée, choyée au-delà de l’imaginable. Tu étais si forte, si jolie, malgré la maladie. Jamais tu ne semblais triste, jamais tu ne semblais abattue. Toujours souriante, toujours optimiste, tu effaçais mes craintes d’un simple petit rire cristallin. Nous passions tout notre temps ensemble. Je t’ai appris à lire, à  écrire, à compter. Je t’ai appris à t’évader, à te construire un monde dans lequel te réfugier lorsque tu souffrais trop. Toi ? Tu m’as appris à vivre et à aimer.


1er jour de Ruwa - An 985 - Saphir, Aap

Je me souviens de ce jour. Non pas parce que nous changions de saison. Non pas à cause de la fête de Saphir. Mais à cause de ce que j’ai fais. J’ai détruit l’illusion de sécurité qui maintenait notre famille. Je savais qu’un lourd secret pesait sur nous. Je n’en avais jamais compris l’ampleur. Jusqu’à cet instant. Tu étais à l’hôpital depuis deux saisons et c’était insupportable, intolérable. J’avais quinze ans, toi huit ans. J’étais suffisamment âgé pour avoir arrêté de croire que quelqu’un d’autre nous aiderait et pour vouloir m’en charger moi-même. Alors j’ai effectué des recherches. J’ai passé des heures plongé dans des livres, dehors à l'affût de la moindre information. Je ne voulais plus t’imaginer, couchée dans un lit d’hôpital, souffrante. Je ne voulais plus qu’on nous sépare. Et j’ai fini par trouver. Pour la première fois de ma vie, j’ai entendu le nom d’Akasha, la cinquième contrée. Car lors de mes recherches, j’ai découvert que c’était là-bas qu’on trouvait les meilleurs médecins.

J’étais empli de joie à cette idée. Enfin, nous allions pouvoir t’aider. Enfin tu allais pouvoir grandir normalement et vivre une vie pleine de joie et de lumière. Je me suis empressé d’aller apprendre la nouvelle à nos parents. Si nous partions pour Akasha, tu aurais une chance de te rétablir et de guérir. Je ne pouvais qu’apercevoir leur bonheur à cette pensée.

Hélas… Je leur ai fait peur. C’est ainsi que j’ai compris. Ce lourd secret que cachaient nos parents, cette peur permanente qui planait au-dessus d’eux… Akasha en était responsable. J’ai compris que cette contrée était au centre de notre existence, responsable de notre vie solitaire et que quelque chose de grave s’y était passé. Tout avait basculé et j’ai peu à peu commencé à sentir que Akasha n’était pas l’unique cause. L’idée a commencé à germer et à se développer dans mon coeur et mon esprit. Akasha n’était pas la seule responsable. Je l’étais aussi.

Je n’ai plus jamais posé de questions. Je n’ai plus jamais essayé de chercher à comprendre. Je ne passais du temps à la maison que lorsque tu étais là. Car tu étais la seule à pouvoir me faire sourire. La seule à me faire oublier cette pensée qui me hantait. Tu me soulageais de mes maux quand j’aurais dû être celui qui effaçait ta douleur. Tu n’étais qu’une enfant et tu avais déjà ce pouvoir de guérir les âmes et les coeurs. Tu ne m’as jamais posé de questions. Tu savais que quelque chose s’était passé. Mais tu n’as jamais cherché à savoir. Pour toi, je restais le même. Ton grand frère, celui qui te permettait de voyager. Alors que moi-même, j’étais devenu prisonnier.


15e jour d’Eira - An 990 - Saphir, Aap

Tu étais épatante. Tellement forte. Beaucoup plus que je ne l’étais. Tu affirmais déjà ta volonté haut et fort malgré ton jeune âge et ta condition. Je te regardais grandir, émerveillé. Tu n’étais pas très grande, pas très forte, mais jamais tu n’as baissé le regard. Jamais tu ne m’as lâché la main. Et pour cela je t’en serais à jamais infiniment reconnaissant. Et pourtant je t’ai laissée tomber. Malgré ma promesse de toujours rester à tes côtés. Je n’ai pas su affronter le destin comme toi.

De cette journée, je me souviens de ton regard. Quel âge avais-tu alors ? Treize ans ? Et pourtant tu en semblais vingt de plus. Tu semblais accablée par le poids des années alors que tu prenais mon fardeau sur tes épaules. Tu semblais si seule, si fatiguée. Ou peut-être était-ce uniquement mon reflet dans tes prunelles ? Je me suis accroché à ton regard, à ta force et à la confiance que tu me portais. Je me souviens du moindre détail te concernant.

Tu étais assise dans le fauteuil que tu chérissais tant, au coin du feu. Ta robe était couleur du ciel pendant les chaudes saisons et une couverture te recouvrait les épaules. Tes cheveux étaient relevés, dévoilant la pâleur et la fragilité de ton visage. Tu avais un livre entre les mains. Et tu me regardais fixement. Tu gardais ton regard accroché au mien tandis que nos parents nous délivraient alors les secrets entourant notre famille. Tu ne disais rien, ne faisait aucun geste. Tu t’es contentée de me regarder. Puis, tu m’as souris. De ce sourire doux et réconfortant qui n’appartient qu’à toi. Et dans ce sourire, j’ai pu entendre des paroles silencieuses, qui m’étaient destinées et que je garde tout contre mon coeur.

Tout ira bien… car je serais toujours là pour toi…

Et pourtant, je t’ai trahi.


50e jour d’Eira - An 995 - Saphir, Aap

“Mon cher frère,

Les mots me manquent et ma main tremble. Et pourtant il va me falloir coucher ma douleur sur papier car tu dois savoir. J’aurais aimé être messagère de nouvelles qui empliraient ton coeur de joie mais hélas, je ne suis que porteuse de tristes nouvelles.
Ecrire ces mots me demande un effort considérable, si bien que je dois le faire en cachette pendant la nuit, éclairée à la simple lueur d’une bougie, car les médecins m’interdisent le moindre effort ou la moindre contrariété. Mais il serait bien mal-avisé de penser qu’ils m’empêcheront de t’écrire, surtout maintenant.
Tu es parti depuis un an à présent et pourtant j’ai l’impression que cela fait une éternité depuis nos derniers mots échangés. Pas une journée ne passe sans que je ne pense à toi. Je me demande comment tu vas, où est-ce que tes pas t’ont emmené, si tu es à l’abri et si tu trouves ce que tu cherches… Ne pas avoir de nouvelles de ta part est une vraie torture. Pourquoi n’écris-tu pas ? Je ne sais même pas comment cette lettre trouvera son chemin jusqu’à toi… Je n’ai plus qu’à espérer que les vents de Nagar jouent en notre faveur.
Ren… je sais ton coeur déjà accablé de tant de choses, de tant de tourments. Et me voilà devenue exécutrice, obligée de le briser à nouveau.
Tu dois savoir qu’une horrible épidémie s’est emparée de la Cité de Saphir. Des centaines de morts ont été déclarées et la ville est toujours en situation de crise. Et mon coeur saigne de devoir te l’annoncer mais nos parents ne sont plus. Ils ont péri ensemble, touchés par l’épidémie. Il ne reste plus rien… Ils sont partis.
Je n’étais pas avec eux. J’ai du être isolée quand l’épidémie s’est déclarée et on m’a emmené en dehors de la ville, en lieu sûr chez ma préceptrice. Mais l’annonce de leur mort a été trop dure et mon coeur a faibli. Je suis alitée et ne peux plus marcher. Tout effort est douloureux. Je n’ai même pas pu aller leur dire au revoir une dernière fois...
Tout ce qu’il me reste aujourd’hui, c’est toi. Toi et l’assurance que je te reverrais, que tu reviendras et que nous serons à nouveau ensemble. Nous n’avons plus rien d’autre Ren. Je ne sais pas ce que tu cherches à accomplir mais je t’en prie, je t’en supplie, si tu as la moindre affection pour ta soeur, ne fait rien qui puisse te mettre en danger.
Je souhaite juste que tu reviennes… Je te l’ai déjà dis avant que tu ne partes. Cela m’importe peu que tu sois marqué. Cela m’est égal que tout Seele soit ton ennemi. Tu es mon frère. Personne ne pourra jamais m’enlever cela. Et je défie quiconque de tenter de briser ce lien.
Pardonne-moi, j’ignore si tu réussiras à lire tout le contenu de cette lettre. Les larmes ont fait couler l’encre.
S’il te plait, reviens. Reviens dire au revoir à papa et maman. Reviens me raconter des histoires. J’ai plus que jamais besoin de toi, je fais preuve d'égoïsme en cet instant, je le sais. Nous ne reverrons jamais nos parents. Je ne veux pas imaginer que je ne reverrais jamais mon frère non plus.
Je t’attends…

Auriane”


75e jour de Ruwa - An 998 - Saphir, Aap

Oui je me souviens… Je me souviens de tout. Du rire cristallin de maman tandis qu’elle me berçait. Des exclamations mélangeant incrédulité et fierté de papa tandis que tu récitais tes leçons. De tes grimaces dans leur dos alors que tu tentais de me faire rire. Et de ton regard brillant de mille feux tandis que tu m’emmenais au-delà des frontières de Seele. C’était cela le bonheur pour moi. J’étais heureuse. La maladie n’existait pas. La douleur non plus. Notre famille était tout ce qui comptait. Tant que j’avais tout cela, je ne souhaitais rien d’autre.

Mais le bonheur est éphémère. Il se fane, disparaît pour ne plus laisser qu’un goût amer en bouche. J’avais oublié à quoi il ressemblait. Je ne me souvenais plus du rire de maman ni du regard bienveillant de papa. Et ton sourire avait disparu. Tout cela ressemblait à un rêve. Quelque chose que j’aurais imaginé. Un bonheur qui ne vivait que dans mon esprit pour oublier la réalité. C’est ce que j’ai cru, alors que je me suis retrouvée seule. Tu étais parti. Nos parents aussi. Il ne me restait plus que mes propres pensées pour seule compagnie. Tu m’avais promis que tu reviendrais. Je t’ai attendu. Une saison, deux saisons, un an… Quatre ans. Je guettais tes lettres, je tendais l’oreille aux nouvelles du monde. J’avais peur. Tellement peur. Je connaissais ta vérité et elle me terrifiait. Et je ne guérissais pas. Je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais ni te rejoindre ni rejoindre nos parents. Je vivais sans vraiment vivre. Mon corps s’affaiblissait mais mon esprit demeurait. Je sentais ma volonté disparaître dans le néant, mes forces m’abandonner. J’aurais pu céder. Mais je ne l’ai pas fait. Je me suis accrochée de toutes mes forces à la vie, j’ai préservé ce lien si frêle, si fragile qui me rattachait à notre monde. Car je n’avais jamais abandonné. Je ne me suis jamais inclinée face à la mort qui a pourtant tenté de m’emporter tant de fois. J’aurais pu… surtout ce jour-là.

Cette journée dont le souvenir me donne encore le vertige. Ce jour où je les ai entendu murmurer entre eux,  où j’ai vu la panique dans leurs yeux tandis qu’ils me regardaient. Ce jour où tu es réapparu. Je m’en rappelle. Je lisais près de la fenêtre, perdue parmi les mots et les vers de la poésie aapienne. Et la rumeur est montée depuis la ville, traversant les champs, les villages, m’atteignant en plein coeur jusque dans l’hôpital.

“Il faut la protéger.”

“Personne ne sait qui elle est. Personne ne savait qui il était.”

“Quel monstre est-il devenu ?”

“Un monstre ? Le monstre est mort.”

“Elle sera en danger.”


Mes mains se sont mises à trembler. Le livre est tombé au sol tandis que ma vision se troublait. Mon coeur battait fort et vite, sur le point d’exploser. Je savais. Je savais ce que tu avais fais. Je savais quel chemin tu avais choisi.

J’ai fermé mon coeur à tous les autres. Je me suis enfermée, ne supportant plus les regards. Pitié, compassion, peur, dégoût. Tu inspirais bien des sentiments et moi, en tant que ta petite soeur, je suivais le même chemin. Je n’avais tué personne. Je n’avais pas renversé l’ordre établi depuis un millier d’années. Et pourtant j’étais, par notre lien de naissance, ta complice. Mais jamais on ne m’a trahi. Ils nous connaissaient tous depuis l’enfance. J’étais leur patiente avant tout. Ils nous connaissaient… ils me connaissaient… et moi je ne te reconnaissais plus.

Celui dont j’avais tant souhaité le retour était enfin réapparu. Sur le devant de la scène politique. Ton nom était sur toutes les lèvres. Je me fermais à toute discussion. Je voulais simplement qu’on me rende mon frère. Et je savais que le Royaume tout entier t’avait enlevé à moi. Je pensais ne plus te revoir. Je pensais que tes actes signeraient ta fin. Ou que, même si tu survivais, je n’avais plus ma place à tes côtés. J’ai douté de toi. A mon tour, je t’ai trahi. Et pourtant...


13e jour de Liekki - An 999 - Saphir, Aap

Je me souviens de Samir. Je me souviens de ce soldat, au sourire si chaleureux et au doux regard. Je me souviens de ses paroles. Et je me souviens de mes larmes. Je n’avais plus pleuré depuis longtemps. Je pensais mon corps asséché après avoir tant pleuré pour papa, pour maman et pour toi. Et pourtant, je ne me suis pas arrêtée. Je pleurais de joie, de soulagement. Je laissais enfin le mur derrière lequel je m’étais retranchée depuis ta réapparition s’effondrer et tomber en miettes à mes pieds. Le voyage fut éprouvant. Les médecins ne voulaient pas me laisser partir. Mais tu avais à présent le pouvoir d’exiger. Quand enfant, tu suppliais de rester à mes côtés et qu’ils te repoussaient, à présent tu tendais la main et ils s’inclinaient. Je n’aimais pas cela. Ce pouvoir m’effrayait. Mais il me permettait de partir. Samir s’est occupé de moi comme si j’étais sa propre soeur. Je sentais que je faiblissais à nouveau. Mais je ne cédais toujours pas. Aap disparaissait. Je disais au revoir à papa et maman, je disais au revoir à l’hôpital. Je disais au revoir à mon enfance, à notre enfance. Je disais au revoir à l’innocence.

Il y a une chose dont je ne me souviens pas. Du trajet final. Celui où mes pas m’ont mené jusqu’à toi. Je ne me souviens pas avoir parcouru la distance qui nous séparait. Je me souviens simplement de ta froideur et de ta raideur. Tu étais là, devant moi. Mon souhait le plus cher s’était enfin réalisé. Quatre ans de séparation, quatre ans sans nouvelles et enfin, je te voyais à nouveau. Mais je ne te connaissais pas. Je ne savais pas qui était l’homme qui me faisait face. Si sombre. Si distant. Pas un geste, pas un sourire. Simplement un ordre froid et sans appel.

“Transportez-la dans ses appartements. Elle a besoin de repos.”

Je t’ai détesté. Je t’ai haïs de tout mon être. Qui étais-tu ? Sûrement pas celui que je souhaitais revoir. Un étranger, un inconnu. Un Usurpateur. Pour la première fois je me suis rangée du côté de tous ces gens qui te détestaient. Je me fichais de quel Souverain tu avais pris la place. Tu avais pris la place de mon frère. Des gens que je ne connaissais pas m’ont emmenée loin de toi, dans ce grand palais vide et froid. Je voulais crier, je voulais me débattre mais je tenais à peine debout. Je voulais t’appeler, je voulais te gifler. Mais les gardes qui t’entouraient m’auraient sûrement arrêtée avant même que je puisse m’approcher. Car tu étais intouchable. Comme je t’ai haïs…

Et puis, enfin, je t’ai revu. Il s’était écoulé quelques heures seulement depuis mon arrivée. J’avais été plongée dans une sorte de torpeur, à moitié endormie, à moitié assommée par toutes ces émotions qui se bousculaient en moi. Je refusais d’affronter la réalité, j’étais bien trop faible pour ça. Puis, tu es rentré dans la chambre. Doucement, sans un bruit. Chaque seconde de cet instant sont restées gravées dans ma mémoire. Tu as refermé la porte derrière toi et tu m’as regardé. Je n’ai rien dis. Je n’ai pas bougé. J’ai attendu. Attendu que tu cesses ta mascarade. Et c’est arrivé. Ton masque s’est fissuré et tu es tombé à mes pieds. Tu pleurais, le visage enfoui dans mes jupes tandis que moi, assise dans mon fauteuil, je tentais de t’apaiser, oubliant la haine, la colère, la tristesse et la peur, sentiments éphémères que je ne pouvais plus ressentir à ton égard. Je ne t’avais jamais vu pleurer. Je ne t’avais jamais vu craquer. Et nous sommes restés ainsi de longues heures, seulement toi et moi, en silence, pleurant tous deux sur ce que nous avions perdus et accueillant ce que nous venions de retrouver.


1er jour de Nagar - An 1000 - Ebène, Akasha

Aujourd’hui, je te regarde. Tu es assis à mes côtés, plongé dans ta lecture, les sourcils froncés par la concentration. Nagar se lève, apportant avec lui la brise fraîche qui vient chasser la chaleur de Liekki. Les arbres bruissent autour de nous et j’observe le jardin, calme et serein. J’aime cet endroit. J’aime sa quiétude et sa beauté. Je pose à nouveau le regard sur toi.

Tant de choses se sont passées depuis que tu m’as amenée ici. Ton souhait s’était enfin réaliser. Tu as su me soigner. Tu as fais appel aux meilleurs médecins d’Akasha. Je suis restée alitée longtemps après mon arrivée. Devant les médecins tu ne montrais rien, tu redevenais cet homme que j’avais détesté. Mais dès qu’ils partaient, l’inconnu laissait place au grand frère, celui qui, à nouveau, s’occupait de moi et dont je pouvais lire l’émotion dans le regard.

Je me suis remise. Et j’ai alors découvert quelle était devenue ta vie. J’ai vu à quel point tu la détestais. Je t’observais, si froid et si indifférent face au monde extérieur et si fragile, si vulnérable lorsque nous n’étions plus que tous les deux. Il m’a fallu du temps, beaucoup de temps, pour accepter l’idée de ce que tu étais devenu. Pour accepter que l’essence même du Royaume coulait à présent dans tes veines. Pour accepter que tu étais devenu un réceptacle et que la magie qui coulait en toi pouvait à tout instant te tuer. Tu ne m’as jamais menti. Tu m’as tout raconté. Tes histoires n’avaient plus rien de magique. Elles étaient sanglantes, horribles et m’empêchaient de trouver le sommeil. J’avais peur. Si peur. Non pas pour moi, mais pour toi. Mais je ne pouvais pas le montrer. Je n’en avais pas le droit. Pas lorsque nous étions à la vue de tous. J’étais devenue ta pupille. Enfant d’un ami cher et disparu et que tu avais prise  sous ton aile. Voilà ce qui fut raconter. Voilà ce que je devins. Je n’avais plus le droit d’être ta soeur. Je t’en ai voulu. Tellement voulu. Mais j’ai fini par l’accepter. Je savais pourquoi tu avais créé ce mensonge. Pour moi. Uniquement pour moi. Et j’ai moi-même fais de ce mensonge une réalité.

Tu m’as offert une nouvelle vie. Une vie où je peux respirer sans ressentir le poids écrasant de la maladie. Une vie où je peux marcher sans redouter la fatigue. Une vie où je peux espérer avoir un futur. Un futur dont tu m’as ouvert les portes. La maladie est toujours là mais elle ne m’étouffe plus. J’ai appris à jouer mon rôle à la perfection. J’ai appris à en tirer les bénéfices. Aujourd’hui je demeure à tes côtés, la tête haute et le dos droit quand je le peux. Tu n’as pas de Gardien pour t’aider et cela m’effraie. Nous ne partageons pas ce lien psychique qui pourrait te sauver mais je te connais. Je t’apporte mes conseils et mon aide autant que cela m’est possible. Mais je redoute tout ce qui t’entoure. Seele m’effraie. Les autres Souverains m’effraient. Le nombre de tes ennemis m’effraie. Tu as choisi ta voie et j’ai choisi la mienne. Celle de demeurer à tes côtés. Car je te l’ai dis, ce jour où nos parents nous ont dévoilé la vérité sur ta naissance.

Tout ira bien… Car je serais toujours là pour toi...
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Re: Auriane Mar 24 Juil - 1:43
Bienvenue !
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Re: Auriane Mar 24 Juil - 7:31
Grumpf. Bienvenue, Damoiselle. Puissiez-vous ramener votre frère à la raison...

(Omg, comme elle est mignonne >w< vivement la validation Auriane 871576418 )
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Sable
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Re: Auriane Mar 24 Juil - 14:44
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Re: Auriane Mar 24 Juil - 15:40
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Re: Auriane Mer 25 Juil - 2:12
Ma Dame ~

*S'incline avec respect* Heureuse de vous (re)voir ♥️
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Auriane
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Re: Auriane Mer 25 Juil - 9:21
Moh Auriane 1150397739 Merci à tous Auriane 2715026490

C'est tout bon pour moi Auriane 1598555155


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Llyn
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Re: Auriane Mer 25 Juil - 10:59
Je te l'ai déjà dit, mais cette histoire est belle et triste Auriane 2993150826
J'aime Auriane Auriane 2528907821

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