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Ishüen
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Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Jeu 20 Juin - 9:40
 
L'Art et l'Artisan


20e jour de Liekki 989. Elle le savait. Dès le début, elle avait su comment les choses se passeraient parce qu’il ne pouvait en être autrement. C’était pour cela qu’elle avait détesté cette enfant, qu’elle avait tout fait pour ne pas s’y attacher. Il ne fallait aimer personne quand on était un esclave, quand on était assuré de perdre nos êtres chers et pouvoir s’en défaire sans remords lorsque ce jour viendrait. Elle s’en souvint avec amertume le jour où Montagne revint chercher l’enfant alors qu’elles étaient aux cuisines, après le nourrissage du matin. Tatalia regarda le pagne de tissu fin de l’eunuque, sa peau huilée, le maquillage de ses yeux et elle sut aussitôt qu’il ramenait Sable au Pavillon du Lys. La fillette le comprit également et vint se réfugier dans ses jupes avec tellement de naturel que la vieille esclave en eut la gorge nouée. Sa main caressa les boucles poussiéreuses, détacha doucement les petits doigts de son vêtement.

« Allez, obéis. Tu seras en sécurité là-bas. Il ne t’arrivera que du malheur si tu restes ici. »

S’agenouillant un instant devant elle, elle prit son visage dans ses paumes couturées de cicatrices et essuya les yeux humides du plat de ses pouces. Elle tenta de sourire, de se rappeler quelle horrible petite peste elle était en arrivant ici, mais ne pouvait voir autre chose que sa peine à l’idée de partir.

« Sois sage, petite. Garde bien ton talisman, n’en fais pas qu’à ta tête. Et fais attention. Oh, s’il te plaît fais attention à toi... »

Les larmes lui nouèrent la gorge. Elle aurait voulu lui dire tant d’autres choses. De rester discrète. De plaire à ses maîtres. De ne pas être cruelle avec les chiens pour ne pas fâcher Veshar. De se mêler aux autres car on ne survit à la violence des jours qu’avec l’aide de mains secourables. De bien se purifier quand elle aurait son premier sang. De prendre de l’aludra ou du pied-de-djinn pour ne pas tomber enceinte. De se méfier des hommes, de tous les hommes. De ne pas tomber amoureuse. De ne pas trop aimer ses amis, ses amants, ses enfants quand elle en aurait car ils lui seraient tous arrachés un par un. De ne pas oublier les histoires qu’elles avaient pu lui raconter. De ne pas oublier son Vipère. Tant de choses qu’elle était désespérée de voir soudain ses mots se tarir alors qu’elle regardait le joli visage de la petite fille, cette enfant qui avait pleuré dans ses bras en se serrant contre elle, qui lui avait rappelé la venue au monde de tous ses bébés et la façon dont ils avaient eu besoin d’elle pour grandir et vivre avant qu’on ne les emmène au loin. Ces bébés qui lui avaient donné le nom de mère, qui avaient fait d’elle autre chose qu’une esclave. Tatalia contemplait à présent la fillette qui sanglotait à l’idée de la quitter alors que cet endroit était le dernier où l’on pouvait désirer rester et son cœur se brisait tandis qu’un millier de questions le traversait. Était-elle assez grande ? Assez forte ? Y aurait-il quelqu’un pour veiller sur elle là où on l’emmenait ? Quelqu’un qui lui apprendrait tout ce qu’elle devrait savoir, la consolerait quand elle pleurerait, qui lui rendrait le sourire lorsqu’il le faudrait, qui la protégerait du malheur qui finissait toujours par frapper les faibles ? Il le fallait…

La vieille esclave ne pouvait en être certaine. Une fois encore, elle était forcée de remettre l’un de ses enfants entre les mains du destin, condamnée à ignorer à jamais ce qu’il en adviendrait, à le pleurer en secret comme on pleure les choses ni vivantes ni mortes, les blessures qui ne se referment pas. Lorsque la petite eut disparu avec Montagne et qu’elle se retrouva seule dans la cuisine vide, elle ne put s’empêcher de pleurer quelques minutes, priant dans le secret de son cœur fatigué. Dieux tout puissants, gardiens de la flamme et du foyer, ayez pitié. Ayez pitié...

27e jour de Liekki 989.

« Reshgrim. »
« Oui, Seigneur ? »
« Pourquoi ce nom figure-t-il encore sur les rapports d’incidents ? »
« Quel nom, Seigneur ? Oh ! Cette esclave-là, la peste l’emporte. Même après une lune au Pavillon des Chiens, il n’y a toujours rien de bon à en tirer. »
« Pourtant, elle était parfaitement docile à son retour. »
« Oui, mais c’est de la mauvaise graine, Seigneur. Son naturel a repris le dessus... »
« Qu’a-t-elle fait, exactement ? »
« Elle a refusé de participer aux travaux pratiques comme les autres bourgeons. Ismaë l’a fait remettre au cachot. »
« Rien d’autre ? »
« Il ne me semble pas, Seigneur. »
« Hmm… Fais-la sortir. Laisse-la rejoindre le Pavillon. Et préviens Ismaë que j’assisterai en personne à la prochaine séance d’apprentissage des bourgeons. »
« Bien, Seigneur. Comme vous voudrez, Seigneur. »

30e jour de Liekki 989.


« Attends… Tourne la tête… Et voilà ! À ton tour maintenant, nous n’avons plus beaucoup de temps. »

Arroyo reposa le peigne et admira la coiffure de tresses et de perles qu’elle venait de faire à son bourgeon, plutôt satisfaite d’elle-même. Heureusement que ses cheveux commençaient à ressembler à quelque chose. Quelques jours plus tôt, c’était un véritable boisseau de paille, sale et cassant. La jeune Fleur avait pâli d’horreur, puis de honte lorsque Sable était revenue du Pavillon des Chiens. À dire vrai, elle ne pensait pas qu’elle la reverrait. On entendait tellement d’histoires atroces sur cet endroit qu’elle était sûre que la fillette mourrait en quelques jours et qu’on lui donnerait un nouveau Bourgeon. Mais non. Et même si elle n’en était pas fière, elle aurait préféré que ça soit le cas au début. Sable ne lui avait causé que des soucis. Elle avait été punie plusieurs fois, puis était devenue la risée des autres pour n’avoir pas su l’éduquer correctement. Quand elle avait été ramenée par Montagne, elle était aussi crasseuse et puante qu’une soue à cochon ! Arroyo en aurait pleuré en entendant les commentaires des autres tandis qu’elle s’efforçait de lui redonner une apparence décente. Cependant, au fil des jours, ses craintes et ses griefs envers l’enfant s’étaient vus apaisés par la docilité toute nouvelle dont elle faisait preuve. Elle ne s’enfuyait plus, ne se rebellait plus, s’appliquait pour s’occuper d’elle et apprendre les différentes disciplines du Pavillon. Et elle s’accrochait à elle la nuit comme un petit chat pour dormir. Le cœur tendre d’Arroyo lui avait bien vite pardonné avant qu’une nouvelle déconvenue ne survienne en travaux pratiques et que son Bourgeon ne termine de nouveau aux cachots…

« Serre un peu plus la tresse de ce côté. Il ne faut pas que ça se défasse pendant la journée. »

La jeune Fleur lui adressa un sourire dans le miroir mais la douceur de ce dernier ne pouvait en effacer totalement la crainte. Aujourd’hui était un jour de travaux pratiques, où l’on s’initiait à l’art de donner du plaisir. Ismaë les avait prévenus le matin même que le Maître en personne assisterait à ce cours, pour une raison mystérieuse et toutes les Fleurs étaient en ébullition.

« Tu te tiendras bien cette fois, n’est-ce pas ? »
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Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Dim 30 Juin - 22:20

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27ème jour de Liekki 989

L’obscurité m’enveloppe, douce et apaisante. Je ne pensais pas un jour apprécier le silence à ce point, ni l’isolement. D’une certaine façon, je me sens sereine ici, jamais je n’aurai imaginé que cela puisse être le cas, surtout après avoir passé tant de temps enfermée entre ces murs. Mais après tant de jours passés dans le Pavillon des Chiens, le cachot ne me semble plus effrayant. Au moins, ici, on me laisse tranquille avec moi-même. On ne m’enferme pas dans un endroit rempli d’hommes affamés et sales, on ne m’appelle pas Sable, mais surtout on ne me demande pas de faire des choses dégoûtantes et horribles. Allongée sur le sol, la tête posée sur mon bras replié, ma main libre dessine des dessins invisibles dans la poussière pendant que je fredonne.

Cela fait plusieurs jours que j’ai quitté le Pavillon des Chiens, je ne saurai dire combien exactement puisque j’ignore depuis quand je suis enfermée là. Après que Montagne soit venu me chercher, j’ai retrouvé la chaleur du Pavillon du Lys, ses couleurs, sa bonne ambiance, sa musique, sa nourriture et ses eaux de toilette parfumées. Mais j’ai surtout retrouvé Arroyo qui a semblé surprise de me revoir. Je n’y ai pas fait plus attention que ça et je l’ai laissée m’aider à me nettoyer, ignorant les murmures sur mon passage. Je n’avais pas le cœur à parler, à me rebeller ou à quoi que ce soit d’autre. Même si le Lys est un endroit mille fois plus agréable que la fosse où je me suis retrouvée, mon cœur se serre encore en repensant à Tatalia et Vipère, encore enfermés là-bas. Ils me manquent encore. Arroyo a dû s’y reprendre à plusieurs fois pour me débarrasser de toute la crasse qui me recouvrait, le pire ayant été mes cheveux, pourtant régulièrement coiffés par la vieille esclave.

Tout en me souvenant des conseils de cette dernière, j’ai obéi. J’ai suivi les ordres en silence, arrêté de protester en entendant ce nom qui n’est pas le mien, j’ai commencé à apprendre à m’occuper d’Arroyo en faisant attention de ne pas lui faire mal, en m’excusant quand c’était le cas. Je me suis accrochée à elle durant la nuit, pour faire fuir les images qui dansent encore devant mes yeux. La jeune fille a pris la place de Tatalia à mes côtés et j’ai même commencé à apprécier être là. Avant que l’horreur ne se rappelle à moi.

Des bruits de pas se font entendre dans le couloir mais c’est l’ouverture de la porte qui me fait sursauter et redresser. Par réflexe, je recule vers le mur pour m’y cacher avant de reconnaître Montagne. Celui-ci me regarde de ses yeux à la fois si durs et si vides. Ça suffit à me transmettre l’ordre muet. Hésitante, je finis par me relever et par le rejoindre hors de la cellule avant qu’il ne me reconduise auprès d’Arroyo.

***

30ème jour de Liekki 989

Admirative, je tourne un peu la tête pour observer dans le miroir la magnifique coiffure que vient de me faire la fleur. Un léger sourire vient même ourler mes lèvres alors que les petites perles brillent à la lumière du jour. Après un hochement de tête, je me relève pour échanger nos places et attrape la brosse pour coiffer la jeune fille. Je ne suis pas encore aussi douée qu’elle pour tresser les cheveux, mais je m’améliore petit à petit. J’admets avoir toujours peur de serrer trop fort et de lui faire mal, mais Arroyo répète de bien le faire pour que la coiffure ne s’en aille pas au cours de la journée. Alors j’obtempère, me concentrant sur la danse de mes doigts dans les longues mèches brunes, la langue légèrement sortie au coin des lèvres pendant que je passe une mèche sous l’autre.

« Tu te tiendras bien cette fois, n’est-ce pas ? »

La question de la fleur me fait relever la tête sous la surprise pour croiser son regard dans le miroir. Il y a une légère crainte dans ses yeux qui me fait rougir. Aujourd’hui, c’est le jour des travaux pratiques et le dernier est ce qui m’a valu de me retrouver de nouveau aux cachots. Doucement, je hoche la tête avant de revenir me concentrer sur les tresses. Je n’ai pas envie d’embêter Arroyo et je sais que la moindre de mes bêtises la met dans une position difficile, néanmoins… Mon cœur accélère quand je repense à tout ça. J’ignore pourquoi, mais c’est un événement particulier qui se déroule en ce moment. Apparemment, le Maître va assister au cour, même si je n’ai pas vraiment compris ce que cela impliquait réellement. Alors j’ai envie d’être sage. Vraiment.

Quand l’heure arrive, nous rejoignons tous la salle où va se dérouler la matinée. Agrippée au bras d’Arroyo, je la suis en gardant les yeux baissés, ignorant les regards que les autres fleurs posent sur moi, rougissant de honte et de gêne. Les fleurs retirent leurs ceintures dès que les gardes du Pavillon les déverrouillent et chacun va s’installer à sa place. Mes doigts s’enfoncent dans le bras de la jeune femme à mesure que nous nous approchons de notre partenaire du jour. Les battements de mon cœur s’affolent petit à petit et je commence à regarder autour de moi, comme pour chercher une porte de secours. Mais comme toujours, toutes les entrées sont sécurisées et chacun d’entre nous est surveillé. Esman est un garçon d’un an ou deux de plus que moi. Ses cheveux noirs encadrent son visage délicat et son sourire est doux. Néanmoins, le simple fait de le voir me fait peur et je me cache derrière Arroyo sans même y penser. Celle-ci semble soudain contrariée et se baisse pour me caresser le visage, me souriant pour me rassurer. Mon regard passe d’Esman à Arroyo, en s’arrêtant sur Prune, la fleur qui accompagne l’adolescent. Je tente de prendre sur moi alors qu’Ismaë arrive à son tour pour annoncer le début du cours.

Tout va alors très vite. Esman retire son pantalon et mon regard tombe sur son entrejambe. Un glapissement m’échappe et je recule jusqu’à me cogner contre Arroyo. C’est Prune qui lance les hostilités, qui se met à parler pour m’expliquer les choses à faire, qui me fait une démonstration, mais je n’entends plus rien. Mon regard est rivé sur ce qu’elle fait, mais mon esprit est parti totalement ailleurs, se repassant une scène à laquelle j’ai assisté involontairement. Tatalia n’a pas fait exprès de me montrer ça, mais elle n’a pas eu le choix pour éviter Maruk et en tournant la tête, je les ai vu. Les chiens avec les chiennes. Soudain, sans prévenir, je me mets à hurler et à tirer sur le bras d’Arroyo pour m’éloigner. Je me débats pour lui échapper.

« Non ! Non je veux pas ! Laisse-moi ! Je veux pas ! Non ! »

La panique s’empare de moi, remonte du plus profond de mon corps pour m’enserrer la poitrine et la gorge. Les larmes me montent aux yeux. Les fleurs et les bourgeons se sont tournés vers moi mais je n’y fais pas attention. J’entends à peine la voix d’Arroyo tenter de me calmer, me soufflant de me taire.
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Ishüen
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Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Dim 21 Juil - 11:02
 
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30ème jour de Liekki 989. Ce n’était plus comme avant. Il s’en rendit compte sitôt qu’il la vit entrer dans la pièce, cramponnée à sa Fleur, une délicieuse créature à la peau d’ébène parée de tresses et de reflets d’acajou dont il fixa le prix sans même y penser. Oui, elle avait changé.

En vérité, il aurait été absurde qu’il en fût autrement. Si les djinns entraînaient les âmes des pécheurs dans les enfers, nul doute que le Pavillon des Chiens en était l’antichambre. Le Seigneur des Chevaux ne s’y rendait pas souvent mais ses quelques visites suffisaient chaque fois à l’en convaincre. Même maintenant après que presque dix ans de gestion des haras l’ait dépouillé de sa maladresse et de ses angoisses, il ne pouvait y descendre sans se souvenir de l’horreur qu’il avait éprouvé en s’y rendant la première fois, à seize ans à peine. Il ne doutait pas qu’une lune entière passée la-bas pouvait mettre au pas une petite fille indocile, pour peu qu’elle y survive. C’était un risque qu’il avait accepté de courir quand la colère avait quitté son jugement, la laissant là où elle était sans adoucir sa punition après l’y avoir jetée. Si Seylim ou l’enfant qu’elle portait avaient souffert de l’agression de cette furie, il l’y aurait laissée sans l’ombre d’un remord, en aurait fait une chienne pour qu’elle regrette à jamais son geste, à chaque portée qui viendrait grossir son ventre dans la douleur et le viol. Mais rien n’était venu menacer la santé de sa femme et du bébé et la fillette avait survécu, ce qui relevait du miracle après son passage dans la fosse dont il avait été informé par Urû. Elle était retournée au Pavillon du Lys en vie, entière, sans blessure qui aurait pu compromettre son avenir de Perle, et bien plus obéissante que lorsqu’elle y était entrée. Pour Ishüen, la punition avait porté tous ses fruits. Aussi était-il persuadé, contrairement à Reshgrim, qu’elle ne pouvait se montrer insolente sans raison.

Il sut qu’il avait vu juste peu après le début des travaux pratiques. Conformément à son souhait, Ismaë avait préparé pour lui une alcôve masqué par un paravent de bois sculpté, de façon à ce qu’il puisse observer ce qui se passait dans la pièce sans que l’on ne le voit. La matinée était encore jeune et le bassin carrelé où flottait de délicats pétales au centre de la pièce rafraîchissait l’atmosphère parfumée d’encens. Par petits groupes, les Fleurs s’installèrent sur les coussins et les nattes tressées tout autour de la vasque, abandonnant leurs ceintures de chasteté. Le Seigneur des Chevaux s’absorba un instant dans la contemplation des membres graciles, des peaux parfaites, des jeunes corps splendides aux mouvements gracieux qui s’initiaient sous ses yeux à l’art du plaisir. Il songea à ce que pourrait payer nombre seigneurs et dames de sa connaissance pour se trouver à sa place, aux agréables privilèges dont il jouissait en temps que seul homme autorisé à pénétrer dans ce pavillon, puis retrouva son sérieux en voyant s’avancer la fillette et sa Fleur pour s’installer devant lui. Ismaë y avait veillé. Se penchant légèrement en avant, il l’observa avec une attention redoublée et vit très exactement le moment où les choses dégénérèrent.

L’autre bourgeon se déshabilla et la fillette glapit de terreur en reculant. La Fleur put bien expliquer et faire ce qu’elle voulait ensuite, son apprentie ne l’écoutait pas, ne l’entendait pas. Toute son attention était rivée sur le sexe qui s’érigeait lentement devant elle. Ce fut bientôt plus qu’elle n’en était capable de supporter et elle se mit à hurler en tentant de s’échapper. Le Seigneur des Chevaux se releva du siège où il était installé au moment où Montagne repoussait durement Arroyo pour saisir la fillette par le bras.

« Cela suffit. »

Il émergea à la vue de tous. Toutes les Fleurs se figèrent avant de se prosterner fébrilement, le front contre le sol. La jeune Arroyo tremblait de tous ses membres. Ishüen était sûr qu’elle pleurait, ou à peu de choses près. Il la trouva délicieuse. Un sourire effleura ses lèvres, brièvement.

« Je crois savoir le problème de ce bourgeon. Renvoyez-la aux dortoirs pour le moment et poursuivez les travaux pratiques. »
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Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 12 Aoû - 19:52

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Les cris et les grognements emplissent ma tête, me rappellent l’horreur et la douleur auxquelles j’ai assistées. Les visages des femmes déformés par la souffrance alors que les chiens les brutalisaient avec… ça. Si Esman n’a jamais fait preuve de méchanceté ou de cruauté, cela ne veut pas dire qu’il n’en est pas capable. N’est-ce pas ? Alors je crie, je rue et je tente d’échapper à la prise d’Arroyo pour fuir cet endroit et tous ceux qui s’y trouvent. Ce sont tous des monstres ! Des créatures envoyées par les djinns pour me faire du mal ! Je n’entends pas la voix de la Fleur, ni sa propre peur qui s’est immiscée dedans. Il n’y a plus rien qui prend sens en cet instant et mes cris se transforment en hurlement quand c’est la poigne de Montagne qui s’abat sur mon bras, repoussant violemment la jeune femme à mes côtés.

« Cela suffit. »

La voix est dure  et tombe dans la pièce comme un couperet, une seconde à peine avant que le paravent près de nous ne soit repoussé pour faire place à un homme. Prise dans ma panique, je ne le remarque pas tout de suite, préférant me concentrer sur le fait de me dégager de la prise  de Montagne. Autant essayer d’en déplacer une. Alors je finis par me calmer suffisamment pour tourner la tête vers le nouveau venu et je me fige. Mon coeur s’arrête alors que je viens croiser le regard de cet homme. Je ne vois pas les Fleurs se prosterner, je ne vois pas Arroyo trembler de tous ses membres, je ne vois plus Montagne à côté de moi, ni sa grosse main sur mon bras. Je ne vois que cet homme, la source de tout.

Tout est de sa faute. C’est à cause de lui que je suis là, que je suis obligée de faire ça. C’est à cause de lui que Tatalia doit survivre au Pavillon des Chiens, que Vipère doit se battre tous les jours pour se nourrir et rester en vie face à tous ces monstres qui y vivent. C’est de sa faute si les femmes hurlaient de douleur, si je suis enfermée ici avec tous les autres. C’est lui qui m’a arrachée à tout ce que je connaissais avant. C’est lui le Maître des lieux qui autorise le fait que les choses se passent ainsi. Vipère et Tatalia souffrent par sa faute. Ils souffrent et...

Alors un nouveau hurlement m’échappe et je tire de nouveau sur mon bras pour échapper à mon geôlier afin d’aller frapper cet homme qui sourit.

« C’est de votre faute ! C’est de votre faute ! Je vous déteste ! Monstre ! Queue tordue d’Aodh ! Puanteur de chameau ! Allez en Enfer ! Je vous déteste ! »

Et tout en continuant de l’insulter, je cherche à le frapper de mes pieds et de mes poings, même si Montagne m’empêche de l’atteindre.
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Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen
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