Akasha
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Auriane

Akasha
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le Ven 27 Juil - 14:06






The Willow Tree

Il était encore tôt. Le soleil se faisait timide à l’horizon, parant le ciel d’une douce teinte rosée tandis que les ombres de la nuit se dissipaient peu à peu et que les oiseaux réveillaient la terre de leur chant mélodieux. Le palais était plongé dans le silence, ses hautes tours s’élevant vers le ciel, la blancheur de ses pierres se parant peu à peu d’ocre et d’or tandis que la lumière revenait et que Liekki déjà rayonnait de sa chaleur, s’attardant jusqu’à l’ultime instant ou Nagar le remplacerait.

La fête était terminée depuis déjà deux jours et la cité baignait dans une humeur d’allégresse grâce au souvenir des réjouissances qui s’attardait le plus longtemps possible. On pouvait encore entendre parfois au-delà des murs du palais des chants et de la musique alors que les représentants des cinq contrées s’attardaient encore dans la capitale d’Akasha. La rumeur disait que les villages continuaient de célébrer et que le Lac était encore témoin de diverses réjouissances.

Des réjouissances auxquelles Auriane avait pris part, pour la première fois de sa vie. Elle était apparue auprès de son frère et avait pu, une fois l’étiquette respectée, découvrir ce que le monde avait à offrir. Pour la première fois elle avait dansé, bien que très peu et sûrement très mal. Elle avait goûté des mets dont ni le nom ni le goût ne lui étaient familier. Elle avait observé le ballet des lanternes au-dessus du Lac. Elle avait découvert ce que célébrer voulait réellement dire. Et elle en garderait le souvenir longtemps, tout contre son cœur, pour aider à surmonter les ombres qui se profilaient sur leur chemin à tous.

Mais son insouciance lui avait beaucoup coûté. Elle dormait peu et avait quelques difficultés à se mouvoir. La chaleur l’étouffait et pourtant elle frissonnait. Alors elle se réfugiait dans les jardins, du lever au coucher du soleil. L’aurore et le crépuscule étaient les instants de la journée qu’elle préférait. Tout était calme, tout semblait en suspens et elle évoluait à son rythme, comme dans un monde parallèle. Lorsqu’elle s’était réveillée, il faisait encore nuit. Elle avait senti la sueur coller ses cheveux dans sa nuque et dans sa gorge. Elle avait senti la douleur dans ses muscles. Mais elle s’était levée, lavée et s’était dirigée comme à l’accoutumée vers son petit recoin de paradis. Un endroit reculé des jardins, formant comme une petite île, entouré de petits ruisseaux qui serpentaient doucement parmi la végétation. Un seul arbre, immense, aux feuilles tombantes formant un voila la protégeant du monde extérieur, contre lequel elle venait lire, dormir ou disserter avec son frère lorsqu’il l’accompagnait. Mais ce matin elle était seule. Un châle recouvrant ses épaules malgré la chaleur, un livre relatant les légendes aapiennes sur ses genoux, la jeune femme était à présent partie de ce monde et se perdait entre les pages, oubliant pour un temps la douleur et la fatigue. Son seul véritable remède contre un corps faible qui refusait de la laisser en paix.

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Endor

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le Mar 7 Aoû - 9:01
The Willow Tree
Oh mon Amour, demeure dans le monde des songes
Portes mes rêves au loin et je t'attendrai à l'aube
Sous l'étoile de Talesin...


Au début, j’ignore ce qui me tire du sommeil. Il me faut un long moment pour comprendre de quoi il retourne alors que je bouge lentement dans les draps de soie blanche qui s’entortillent autour de mes jambes comme les mailles d’un filet de pêche. La réponse me vient lorsque j’ouvre les yeux et que je vois aussitôt autour de moi les courtines et les baldaquins du lit. Derrière le tissu transparent des tentures, je distingue les silhouettes floues du mobilier et la clarté encore diffuse qui filtre à travers les volets clos. La lumière. Voilà ce qui m’a réveillé. Je suis en Akasha et le point du jour est ici prompt et léger à se libérer du manteau de la nuit. Avec un soupir, je me dégage des draps et me lève.

Deux jours ont passés depuis les festivités du Lac mais les étals sont toujours en place, chants et danses continuent de se succéder dès lors que vient le soir. Nàr s’y rend au moins une fois dans la journée et prend plaisir à m’en faire un rapport détaillé que j’écoute avidement. Tous les moyens sont bons pour oublier où je suis. À l’instar du souverain du feu, je passerais bien mes journées à l’extérieur du palais d’Ebène si l’étiquette ne m’y retenait pas, à la portée d’un hôte qui ne souhaite pas plus ma compagnie que moi la sienne et se soucie des convenances comme du carrelage de sa salle du trône. Il ne me reste guère plus que les jardins pour oublier le ridicule de la situation. Je m’y rends à l’aube après avoir sommaire passé des chausses et une chemise, goûtant la chaleur de l’air. Les matinées sont si clémentes ici, par rapport à Prithvi. Elles caressent gentiment ce soin de nature luxuriante enclos dans les murs du palais et me dépaysent mais, chaque fois que je plonge mes racines dans cette terre riche qui nourrit généreusement massifs et arbustes à la vitalité exubérante, la rudesse majestueuse de ma contrée me manque.

Lorsque j’arrive près de l’immense saule qui règne au fond des jardins, un fin voile de sueur me recouvre le dos sous ma chemise. Je me suis laissé guider là où mes pas le voulaient, où les sentiers invisibles de la végétation m’invitaient. L’ombre feuillue des bosquets me garde de ces températures trop élevées dont je n’aurais pas l’habitude en plusieurs années de vie loin de mes montagnes et, avisant la longue chevelure bruissante du vénérable, coiffant sa tête incliné comme un vêtement de prêtre, je le salue respectueusement. C’est un bien bel arbre. Je retire ma chemise avec soulagement, heureux de sentir l’air sur ma peau, la plie et la laisse sur l’herbe, puis m’agenouille et commence mon rituel. La terre meuble et sombre accueille généreusement ma conscience, je m’y plonge comme dans la poitrine d’une amante là où celle de ma contrée me réclame droit de passage et se laisse moins faire, ce qui lui donne tout son charme à mes yeux. Mais il est bon aussi de se sentir soudain vivre au sein d’une prolifique nourricière, maternelle et ample comme une mère. Je me serais étendu dans tout le jardin pour profiter de sa bonté si une présence humaine n’avait pas soudain résonné sur mes sens, aussi incongrûment que les ondes troublant un lac où l’on vient de jeter une pierre. Je rouvre les yeux bien que je n’en ai pas besoin.

« Qui est là ? »

Je tourne mon regard, tous mes regards, vers le saule qui chuchote dans la brise, l’éclat doré de la pierre supplantant celui de mes prunelles.

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Auriane

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le Jeu 16 Aoû - 14:06






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Le temps s’écoulait lentement, presque en suspend. Auriane n’aurait su dire depuis combien de temps elle était là, immobile, respirant à peine, le bruissement des pages qu’elle tournait comme seul bruit autour d’elle. Elle ne voyait rien, n’entendait rien. Et pourtant, si son attention avait été un tant soit peu distraite, si pendant un infime instant, elle avait laissé ses sens s’ouvrir à nouveau au monde extérieur, elle aurait pu empêcher ce qui allait suivre de se produire. Elle aurait pu voir cet homme immense, massif, s’avancer dans le jardin et venir dans sa direction. Elle aurait pu le voir s’arrêter devant le saule qui la dissimulait. Elle aurait pu le voir retirer son vêtement et s’agenouiller non loin d’elle. Mais elle ne vit rien de tout cela. Elle n’entendit rien et ne perçut pas la présence masculine et étrangère du Souverain de la Terre. Perdue parmi les collines aapiennes, perdue dans ses souvenirs et dans son enfance, la jeune femme n’avait que faire du jardin, du palais et de tout ce qui rendait cet endroit vivant. En cet instant, elle était à des lieues d’ici, loin, très loin, en compagnie d’un passé doux, longtemps révolu.

Mais toute bonne histoire se doit de finir. Soit car la dernière page du livre a été tournée, soit car un évènement extérieur est venu mettre fin à cet instant. Lorsque la voix grave de l’homme résonna parmi la végétation, Auriane sursauta brusquement, lâchant son livre qui tomba sur l’herbe à ses côtés. Elle redressa la tête et, livide, aperçut la haute silhouette du Seigneur de Prithvi à travers le feuillage tombant du Saule. Elle ne savait s’il l’avait vu. Elle n’osait bouger, respirer, de peur de se faire remarquer. Il était torse nu, agenouillé dans l’herbe et soudain, une terreur sans nom s’empara de la jeune femme. Venait-elle d’être témoin d’un acte privé, important, propre à chaque Souverain ? Venait-elle de l’interrompre dans quelque tâche obligatoire et nécessaire ? Elle ne savait rien de cet homme si ce n’était que son regard pouvait être aussi froid que la glace et son sourire aussi doux que les rayons du soleil. Et l’idée de se retrouver seule face à lui la terrorisait.

Et pourtant, il fallut bien qu’elle se manifeste. Lentement, difficilement, elle se redressa et se remis debout, prenant appui sur le tronc du saule pour s’aider. Rajustant son châle sur ses épaules, le serrant autour d’elle comme s’il pouvait la protéger, elle fit quelque pas et sa voix porta timidement en réponse à l’interrogation du Souverain.

« Je… Pardonnez-moi Sire… J’ignorais qu’il y aurait quelqu’un ici… »

Et elle s’avança, écartant sur son chemin le rideau végétal qui pouvait encore la cacher de lui. Se retrouvant debout face au Souverain de Prithvi, elle se sentit ridiculement petite. Petite et faible. Gardant le regard baissé vers le sol, elle s’inclina, ses gestes gauches à cause de la douleur.

« Je ne voulais pas vous interrompre… Pardonnez-moi…»
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le Jeu 16 Aoû - 20:28
The Willow Tree
Ma voix résonne toujours étrangement à mes oreilles lorsque ma conscience est encore enfouie dans la terre tout autour. Elle me parvient comme un écho qui rebondirait à la fois en dedans et en dehors d'une grande caverne et je la redécouvre alors avec surprise tandis qu'elle me rappelle que je suis aussi humain, avec un corps limité et une seule présence. Pour autant, je ne le réintègre pas tout de suite et concentre mon attention sur l'autre personne qui partage avec moi cet endroit éloigné de tout, aux premières lueurs de l'aube. J'oublie sans doute un peu vite que je ne suis pas dans mes montagnes à la merci d'un ours ou d'un dent de sabre, mais dans la riante Ébène et ses murailles protectrices dont je sens la pierre solidifier mes os. En alerte, je me relève et attend que la présence incongrue veuille bien se montrer. Et je me sens bientôt complètement desarçonné lorsqu'une voix de femme s'élève craintivement de derrière le feuillage du saule.

Je me mets en chemin aussi vite que possible pour revenir vers mon corps, repliant les ramifications de ma conscience, faisant taire les multiples murmures, naissances et morts qui adviennent en moi à chaque seconde et éteins les reflets d'ambre dans mes yeux au moment même où elle écarte les branches tombantes et se présente à moi, penaude, tremblante et pâle. Sonné d'être retourné en moi-même aussi vite, je cligne des yeux et reste un instant immobile face à elle alors qu'elle s'excuse et je la reconnais brusquement. Oh, étoiles et crevasses, c'est elle.

« Dame Auriane. C'est moi qui vous présente mes excuses. Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un si tôt ici. »

Les membres fourmillants, je récupère ma chemise abandonnée au sol avec des gestes pesants pour la réenfiler aussi vite que je le peux. Ce n'est pas que j'ai honte, ce n'est pas la première fois que je suis torse nu devant une femme. Mais si quelqu'un me voyait ici dans cette tenue en compagnie de cette demoiselle, les problèmes cascaderaient sur le palais comme la pluie sur Saphir. Auriane, la pupille de Ren. Elle était présente à la fête, elle était auprès de lui lorsqu'il a lancé sa lanterne, faisant d'elle l'objet des rumeurs les plus folles. Je ne l'ai pas beaucoup fréquentée et je n'ai rien fait pour y remédier mais si mystérieuse soit son identité réelle, son protecteur la considère à l'évidence comme précieuse. Je devine qu'il ne verrait pas d'un bon œil ma présence auprès d'elle. Je songe un instant à la saluer et à m'en aller en quête d'un lieu plus propice à ma méditation matinale. Mais alors que je m'apprête à partir, mes yeux se posent sur son visage et je réalise soudain à quel point elle est blême, à quel point ses yeux sont cernés et ses gestes raides. J'interromps mon mouvement.

« Vous semblez souffrante. Ne vous dérangez pas, vous étiez là la première. Vous pouvez demeurer ici, si vous le souhaitez. »

Les jardins du palais sont bien assez grands pour nous deux, mais je ne songe plus à la laisser seule dans l'immédiat. Bien conscient que je risque de l'effrayer (elle est si petite et si frêle, même par rapport à moi), je m'approche et lui propose mon bras, soucieux. Elle paraît sur le point de tomber à la première brise.

« Vous êtes très pâle. Désirez-vous que j'aille chercher quelqu'un ? »

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le Dim 19 Aoû - 17:43






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La voix masculine à nouveau résonna tandis que le regard de la jeune femme était toujours baissé vers le sol et le temps d’un instant, il lui sembla que le sol vibrait à l’unisson avec les mots prononcés par le Souverain. Il ne s’agissait sûrement que de son imagination, provoquée par la peur qu’elle pouvait sentir lui nouer les entrailles. Sûrement. Elle se redressa lentement, retenant une grimace, soigneusement enfouie derrière un visage las et fatigué qui tentait tant bien que mal de paraître détendu. Un exercice bien compliqué en l’instant. Ses prunelles ne s’attardèrent cependant qu’un bref instant sur l’homme qui reprenait sa chemise abandonnée au sol. Tandis qu’il se rhabillait, Auriane détourna le regard, réalisant brusquement la situation dans laquelle elle se trouvait. Seule, en présence d’un homme à moitié nu. Endor, Seigneur de Prithvi et réceptacle du pouvoir de la gemme d’ambre. Et l’un de ceux qui considéraient son frère comme une menace. La froideur avec laquelle il les avait salués, Ren et elle, à la fête lui revint et elle frémit, sentant la peur s’insinuer sournoisement en elle, se frayer un chemin et enserrer son cœur, ses poumons et sa gorge. Il était encore temps de s’excuser et de partir, de le laisser en paix. De ne plus croiser ce regard qui semblait pouvoir la clouer sur place. Et pourtant…

La surprise incita Auriane à se retourner vers Endor, à présent debout près d’elle. A nouveau, elle se sentit minuscule, fragile tandis qu’il la regardait. Ses paroles étaient aimables, le timbre de sa voix également et elle crut voir une lueur d’inquiétude dans son regard. Elle n’aurait su dire s’il était inquiet de se retrouver seul avec elle ou si elle faisait réellement peine à voir pour qui ne la connaîtrait pas. Mais il lui donnait en l’instant l’occasion de mettre fin à ce face à face impromptu et déstabilisant pour eux deux. Les jardins étaient immenses. Elle pourrait aller s’assoir à l’ombre d’un autre arbre en attendant que le palais s’éveille enfin. Mais cela n’arriva pas.

Elle n’eut pas le temps de répondre qu’à nouveau le Souverain la surprit plus que de raison. S’avançant légèrement, il lui offrit son bras, soucieux. Un instant, Auriane crut qu’elle allait reculer. Car cela dépassait tout ce qu’elle aurait pu imaginer d’une rencontre avec le Souverain de Prithvi. Mais à ses paroles, elle sursauta presque et d’un geste, elle s’avança, agrippant son bras de ses deux mains, non pas par peur de tomber mais bien pour le retenir.

« Non ! S’il vous plait… »

Elle réalisa alors son audace et elle blêmit encore plus si cela était possible. Relâchant doucement son emprise sur le bras d’Endor, elle ne sut comment se comporter après un tel geste et ramena ses mains devant elle, tremblantes. A présent, elle semblait réellement sur le point de s’écrouler. Son geste, si vif, avait puisé dans ses dernières ressources et un instant, elle pensa que plus rien ne pourrait davantage empirer la situation. Sa voix n’était plus qu’un murmure honteux tandis qu’à nouveau, elle s’adressa au Souverain.

« Pardonnez-moi… Je… Je ne voulais pas… Si vous allez chercher quelqu’un, je serais très certainement ramenée dans mes appartements… »

Elle sourit faiblement. S’il y avait bien un homme dans ce royaume qui pourrait comprendre ce qu’elle ressentait alors que ses pieds foulaient la terre et l’herbe humide, il ne pouvait s’agir que de lui. Cela n’excusait pas son geste, elle le savait, mais peut-être serait-il moins enclin à alerter quelqu’un s’il comprenait ce que la jeune femme ressentait. Elle hésitait, cherchait ses mots, ayant perdu son aisance naturelle. Mais sans qu’elle ne s’en rende compte, si elle était toujours intimidée face à Endor, la peur, lentement, commençait à faiblir, desserrant son étreinte, la laissant respirer plus librement.

« Ici… je me sens toujours mieux. Etre en extérieur, sentir le sol si stable sous mes pieds, entendre le chant des oiseaux tandis que tout le monde dort encore… C’est comme si… Comme si la nature elle-même me donnait un peu de sa propre énergie. »

Elle s’interrompit, se mordillant la lèvre inférieure, ne sachant plus que faire ou que dire. Elle ne souhaitait pas qu’il reste à ses côtés à cause de sa faiblesse. Elle ne voulait pas qu’il ait pitié d’elle. Elle ne supportait pas la pitié. Elle ne supportait pas qu’on la regarde avec compassion ou tristesse. Alors à nouveau, elle s’inclina face à lui et tandis qu’elle se redressait, elle sourit. Malgré la pâleur de son visage, malgré ses traits tirés, malgré ses gestes lourds et gauches elle voulait qu’on sache qu’elle allait bien. Elle voulait qu’il le sache.

« Je vous remercie pour votre sollicitude Sire… Mais je ne souhaite pas abuser de votre temps. Je vous ai interrompu et j’en suis désolée. Je puis vous assurer que je vais bien. J’ai simplement surestimé mes capacités de danseuse lors de la fête. »

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le Dim 19 Aoû - 20:47
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Quelle étrange enfant… Je n’ai jamais vraiment pris le temps de l’observer. Pourquoi l’aurais-je fait ? J’avais l’esprit bien trop alourdi d’inquiétudes et de rancœurs pour vouloir prêter l’attention qu’elle méritait à la pupille de l’Imposteur. J’ai incliné raidement la tête lorsqu’elle nous a accueillis aux côtés de son protecteur, la délégation de Prithvi et moi-même, puis j’ai mis autant de distance que possible entre eux et moi, ne supportant qu’à grand peine d’être l’hôte de cet homme. Par la suite, la demoiselle étant particulièrement discrète, je n’ai pas eu l’occasion de la croiser avant la Fête du Lac et n’en ai guère eu l’envie. Aussi suis-je surpris de la voir en quelque sorte pour la première fois dans la clarté dorée de l’aurore lorsque les barrières que sa peur dressaient entre nous cèdent toutes à la fois, submergées par un mouvement de panique qui lui fait saisir mon bras pour me prier de n’aller quérir personne. Malgré la pâleur de son visage, les cernes sous ses paupières, c’est d’abord l’éclat de ses yeux qui retient mon attention. Leur gris moucheté de lumière me rappelle le granit de ma contrée et la délicatesse que prennent ses reflets sous la lueur des roches phosphorescentes. Un regard presque trop vif pour un visage aussi doux, quoiqu’alourdi par la fatigue...

Pendant un instant, nous demeurons tous deux immobiles, ses petites mains fragiles tremblantes sur mon bras. Même serrées de toutes ses forces, je pourrais m’en dégager sans plus de difficulté que pour enfiler une veste. Puis, réalisant soudain l’audace de son geste, elle me lâche et se confond en excuses, visiblement mortifiée. Pour ma part, pas plus ému que ça de ce manquement à l’étiquette, je garde les yeux sur elle, pressentant l’instant où elle va s’effondrer sous mes yeux. Si je m’étonne de sa vivacité à refuser mon offre, j’en comprends bientôt la raison alors qu’elle retrouve un peu de voix pour me l’expliquer. L’étonnement marque une seconde mon regard, avant que je ne me tourne pleinement vers elle pour la considérer avec attention. Je ne m’attendais pas à entendre de tels mots, à découvrir une inclination si semblable à la mienne chez une jeune femme aussi jeune, d’aussi fragile apparence. Pourtant, dans ces jardins tout juste caressés par la lumière du jour, j’ai soudain la même impression que lorsque je voyage et tombe par hasard sur une variété de fleur, une essence d’arbre ou une espèce d’animal qui s’épanouit également dans les montagnes. Cette surprise de découvrir soudain un peu de chez soi en terre étrangère est toujours une heureuse surprise. Je souris à la jeune femme, attendri, complice.

« N’ayez crainte, je comprends. Je n’irai chercher personne qui vous ramènera dans vos appartements. Je suis sorti des miens exactement pour les mêmes raisons que vous. »

Je tourne le regard vers le jardin qui s’éveille, la rosée qui luit sur les feuilles et les brins d’herbe, les rayons du soleil qui donne leur teinte veloutée aux pétales des fleurs. Oui, je comprends ce qu’elle veut dire. Qui voudrait rester enfermé dans toute cette pierre grandiose et sinistre quand la nature elle-même peut élever les plus beaux des temples ? Je repose les yeux sur elle lorsqu’elle s’excuse à nouveau.

« Croyez-moi ma Dame, vous n’avez pas à vous excuser. Vous êtes ici chez vous et vous étiez là avant moi. Le rituel que vous avez interrompu n’a d’autre importance que celle de m’aider à me réveiller le matin. Ce qui peut relever du tour de force, il est vrai... »

Ajouté-je avec une pointe de moquerie envers moi-même. La pauvre a l’air si effrayée par ma présence que je n’ai songé qu’à cela pour la rassurer. Mais son évocation de la Fête du Lac me rembrunit soudain en me rappelant qu’elle n’est peut-être pas à l’aise en ma présence parce qu’elle ne la désire pas et que je lui ai donné toutes les raisons du monde pour cela. M’inclinant devant elle, j’ajoute avec gravité :

« À ce sujet, j’ai bien conscience d’avoir été particulièrement grossier à votre égard à l’occasion de la Fête et je tenais à vous présenter mes plus plates excuses. Si vous souhaitez que je vous laisse en paix, soyez assurée que je ne vous en tiendrais pas rigueur et que je me retirerai. »

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Auriane

Akasha
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le Lun 20 Aoû - 13:18






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Ce sourire… Elle avait pu l’apercevoir, lors de la fête. Destiné à d’autres quand elle n’avait reçu comme marque d’attention que le froid mordant de son regard et de sa voix. Un contraste tellement saisissant qu’il avait marqué la jeune femme. Mais aujourd’hui, ce sourire chaleureux, tendre, lui était destiné. Son regard s’écarquilla légèrement et elle sentit le sang circuler à nouveau dans son visage, parant ses joues d’une légère teinte rosée qui vint redonner vie à ce visage malade. Elle se surprit à lui sourire en retour tandis qu’un poids s’enlevait de sa poitrine. Il n’irait quérir personne. Elle pourrait demeurer ici jusqu’à ce qu’il soit temps de retourner aux côtés de son frère. Le regard que le Souverain posa ensuite sur le jardin finit d’adoucir le cœur de la jeune femme qui, à son tour, effleura de ses grands yeux gris la nature grandiose qui vivait autour d’eux, sans se soucier de leur présence.

« Merci… »

Ce n’était qu’un murmure mais la gratitude dans sa voix était bien réelle. Peu auraient accepté de la laisser ainsi à l’extérieur alors qu’elle semblait bien mal en point. Les habitants du palais la connaissaient bien à présent et tous savaient que sa santé pouvait s’améliorer avant de subitement décliner. Elle était soumise à leurs regards inquiets, à leurs murmures discrets et à leur attention étouffante. Un seul vacillement de sa part et on s’empressait d’aller quérir son tuteur afin qu’il lui ordonne de se reposer et la force à retourner à sa chambre. Mais Ren ne le faisait jamais. Il se contentait de rester à ses côtés au pied du saule jusqu’à ce qu’elle-même exprime le désir de rentrer.  Mais aujourd’hui, un autre homme avait accepté ses mots et désirs. Un homme dont elle ne savait que très peu de choses et qui ne savait rien d’elle en retour. Et qui en l’instant lui offrait la possibilité de rester seule, de retourner à sa lecture et à ses souvenirs. C’était tout ce qu’Auriane souhaitait. Tout ce qu’elle avait souhaité à partir du moment où elle avait entendu la voix résonnante du Souverain à travers le feuillage du saule. Tout ce qu’elle aurait dû souhaiter en connaissant l’animosité qui assombrissait les cœurs des Souverains de Prithvi et d’Akasha.

« Non… Restez s’il vous plait. »

Son propre regard s’écarquilla de surprise en réalisant le sens des mots qui venaient de lui échapper. Une telle audace ne lui était pas coutumière. Encore moins lorsqu’il s’agissait de l’une des cinq puissances de Seele. Elle était effrayée par le Souverain. Mais l’homme ne lui faisait pas peur. Gênée, elle rougit à nouveau avant de finalement esquisser un petit sourire, son regard s’animant d’une légère lueur malicieuse tandis qu’elle considérait sa propre maladresse.

« Il est vrai que notre première rencontre fut pour le moins… quelque peu dénuée de chaleur mais… je pense pouvoir le comprendre. »

Une note de tristesse voila sa voix sur les derniers mots qu’elle prononça. Elle n’ajouta rien. Cela aurait été inutile. Ce n’était pas son rôle de tenter de résoudre les conflits qui pouvaient exister entre les deux Souverains. Elle n’était pas là pour cela bien qu’elle aurait souhaité pouvoir y faire quelque chose. Elle était simplement heureuse de savoir que l’homme face à elle n’était pas le géant de froideur qu’elle avait pensé rencontrer à la fête.

« Je peux vous assurer que vous ne trouverez pas plus calme et serein qu’au pied de cet arbre dans tout le jardin. C’est l’endroit rêvé pour venir reposer les cœurs et les esprits. Mais je suppose que les jardins d’Ambre n’ont rien à envier à… »

Elle s’interrompit, son regard se troublant soudainement. Fermant les yeux, portant une main tremblante à sa tempe, elle sentit la sensation familière de vertige revenir. Les différentes émotions ressenties depuis l’apparition du Souverain avaient finalement eu raison du peu d’énergie qu’elle gardait en réserve. Elle sentit ses jambes sur le point de se dérober. Familière de cet état, elle rouvrit les yeux et tenta de regarder Endor, le monde commençant dangereusement à tanguer autour d’elle.

« Pardonnez-moi, c’est à mon tour de faire preuve de grossièreté. Il va falloir que je m’asseye. »    

A peine eut-elle prononcé ces mots que ses jambes arrêtèrent de supporter son poids et elle s’affaissa, tombant à genoux au sol, sa robe bouffant autour d’elle. Attendant quelques secondes que la sensation de vertige disparaisse, elle focalisa son attention sur un point au sol devant elle. Soupirant doucement, ses épaules s’affaissèrent et sa voix n’était plus qu’un murmure désabusé lorsqu’elle reprit la parole.

« C’est un bien piètre spectacle que je n’ai pas l’habitude d’offrir à qui que ce soit. J’ai véritablement surestimé mes capacités de danseuse. »
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le Ven 24 Aoû - 23:46
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On ne voit pas Ruwa arriver dans les montagnes, ou du moins pas de la même façon qu’ailleurs. Ici, dans la clémence des plaines, la saison des floraisons est un éveil paisible et légèrement paresseux, où la nature prend le temps de s’apprêter derrière de grands rideaux de pluie, de s’ébrouer de la torpeur de l’hiver avant d’accrocher, un à un, ses premiers bourgeons, ses premiers boutons de fleurs. Ici, la saison ressemble à une jeune femme se préparant avec soin pour le bal en sachant pertinemment qu’elle n’a pas besoin de se presser, qu’elle est déjà attendu et désirée de tous. Ce n’est pas le cas à Prithvi.

Là haut, l'enfant de Ruwa est un guerrier. Dès que la neige relâche son emprise à regret, plus tard que n’importe où ailleurs, il bondit de toutes parts, sur tous les fronts, pour reconquérir la montagne. Il fait éclater la glace emprisonnant les cours d’eau, jaillir des pâturages entiers d’herbe nouvelle, propulse la sève dans les troncs et les ramures neuves qui se déploient au sommet des arbres comme les bannières sur une cité conquise. En un clin d’œil, il réchauffe l’air, recouvre les pentes de fleurs chatoyantes, peuple les forêts d’insectes fébriles et d’animaux impatients de s’adonner aux amours. Il est féroce, il attaque comme un jeune noble en plein duel car il sait que ses heures sont comptées. Mais, avant le début de la bataille, il y a une période très courte, quelques jours à peine, où il s’éveille et prend conscience de sa force. Ce sont les jours des perce-neige, les premiers éclaireurs avant la conquête, qui soulèvent avec vaillance le lourd manteau blanc et goûtent aux rayons du soleil avec étonnement, avec une joie candide et pure qui attendrit toute la montagne. C’est exactement cela que je voit fleurir sur le visage d’Auriane alors qu’elle me rend mon sourire. Sous mes yeux attendris, un timide éclat de liesse perce la fatigue qui pèse sur ses traits, leur rend l’étincelle qui leur est due dans la douceur du jour qui commence. Cela ne dure pas, hélas.

Je ne réponds pas lorsqu’elle me permet de rester, à ma grande surprise, alors qu’elle est aussi consciente que moi des tensions qui ont présidé à notre première rencontre sans qu’elle ne les mérite aucunement. Elle ne semble pourtant pas m’en tenir rigueur et je lui en suis reconnaissant même si je n’en montre rien. Elle aurait été tout à fait en droit de me reprocher ma froideur envers son protecteur mais elle préfère me vanter la beauté des jardins, ceux d’Ambre ou d’Akasha, et j’aurais été ravi de lui décrire les couleurs flamboyantes qui parent en ce moment la montagne de tous leurs étendards si une faiblesse ne l’avait pas saisie avant même qu’elle ne termine sa phrase. Mon front se creuse d’un pli soucieux.

« Dame Auriane ? Allez-vous bien ? »

À l’évidence, non. Le flou de son regard et la pâleur de son visage, à nouveau enseveli sous la neige, ne me le disent que trop. Par pur réflexe, j’avance le bras pour la retenir lorsque je devine ses jambes qui tremblent et vacillent sous elle. La seconde d’après, elle est prostrée sur le sol et je pose un genou à terre, inquiet. Peut-être devrais-je aller chercher quelqu’un finalement. Pourtant, alors que je m’apprête à me relever pour ce faire, sa voix me retient. Un murmure faible et triste, ombré de dépit. Un murmure qui éveille en moi des échos douloureusement familiers et interrompt mon geste. La pensée me vient que nous repartons pour Prithvi dans trois jours. Si je fais en sorte qu’on la ramène à sa chambre, si je reste seul dans ces jardins, la dernière image que j’aurais de cette jeune femme est celle-ci, effondrée au pied du saule, déçue et honteuse de sa propre faiblesse. Clairement, cela me déplaît.

« Avec votre permission... »

Délicatement, je la soulève dans mes bras. Elle est si légère que j’ai l’impression de porter une enfant et je m’en étonne une seconde. Même Ama ne me semble pas aussi frêle alors qu’elle plus petite. Peut-être parce qu’Ama déborde de vie là où Auriane doit lutter elle-même contre la fragilité de son corps… En tous les cas, je la repose aussi rapidement que possible pour ne pas l’effrayer, l’adossant contre le tronc du saule, puis je m’installe à côté d’elle et appose mes mains sur l’herbe fraîche.

« Voici un secret, ma Dame : votre intuition de tout à l’heure est la bonne. La terre vous redonne réellement des forces. Posez-y vos mains. »

Je lui montre l’exemple, cherchant le contact frais du sol sous son tapis d’herbe.

« Fermez les yeux. Respirez profondément. Vous pouvez sentir son odeur, celle de l’herbe et des feuilles. Vous pouvez la sentir sous vos doigts. Imaginez que vous parlez aussi son langage. »

Ma voix résonne, basse et douce pour ne rien brusquer, et son timbre résonne bientôt sous mes pieds, s’enroule autour des racines et des pierres alors que ma conscience s’étend à nouveau, lentement. Elle devient aussi ancienne que le saule auprès de nous et dans sa profondeur millénaire chuchote toutes les autres voix terrestres, dont la sienne. Je me concentre sur elle. Sa présence tinte différemment dans le cortège innombrable qui m’habite, que je porte et contiens. Je la garde à l’esprit tandis que, peu à peu, je recouvre tout le jardin.

« Imaginez les milliers de racines qui la parcourent autour de nous. Celles du moindre brin d’herbe, de la plus petite fleur et de l’arbre dans votre dos. Imaginez l’eau qu’elles y puisent, celle que vous pouvez entendre dans le tronc derrière vous si vous tendez suffisamment l’oreille. Imaginez les milliers d’insectes et de petits animaux qui y vivent, y meurent, y naissent. Imaginez la force de la terre qui nourrit tout cela, qui a élevé autour de nous toutes ces formes de vie qui vous entourent et que vous percevez. »

Lentement, aussi lentement que la montagne, j’ouvre les paupières et la regarde, la vois sans avoir besoin de la voir. Je sais qu’elle est là, qu’elle fait partie de moi. Je sens jusqu’aux battements de son cœur qui palpitent le long de ses veines jusqu’au bout de ses doigts et joignent leur rythme à tous les autres dans le pouls secret, immémorial, qui fait vivre Seele.

« Songez que vous êtes en elle, que vous ressentez tout cela. Songez que vous n’avez plus de frontières ni de limites. Vous êtes la vallée fertile du Lenel, l’humus noir des forêts de Vaata, ou les pâturages qui parent ma contrée de leur tapis émeraude en ce moment même. Songez que vous êtes tous cela. Sentez-le au plus profond de vous... »

Un sourire étire mes lèvres, quelque part sur le corps vers lequel je reviens, laissant refluer à nouveau les éclats d’ambre de mes yeux.

« Ne vous sentez-vous pas mieux à présent ? »

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Akasha
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Auriane

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le Jeu 13 Sep - 11:19






The Willow Tree

Les lèvres tremblantes, Auriane refusait de relever la tête, de croiser le regard d’Endor. Elle avait honte. Tellement honte. Ses réactions lorsque de tels instants de faiblesse s’emparaient d’elle était souvent injustifiées, déraisonnées. Elle ne supportait que très mal le regard des autres sur son état de santé. Elle voulait simplement être comme tous les autres. Elle ne l’avait jamais été. Sa famille n’entrait dans aucune des cases faisant parti de la très établie « normalité ». A cette pensée, un faible rire de dépit s’échappa d’entre ses lèvres. Ni son frère ni elle ne pouvaient prétendre vivre et agir normalement. Pour des raisons différentes. Mais le résultat était le même. Elle, elle devait vivre avec ce corps qui la trahissait encore et encore, qui la faisait espérer avant de la laisser tomber. Un corps qui la catégorisait comme faible aux yeux de tous. Pourtant, elle allait tellement mieux depuis son arrivée à Akasha. Les meilleurs médecins s’étaient succédés à son chevet et elle avait pu, pour la première fois depuis des années, se déplacer librement et respirer sans étau pour la compresser. Elle avait tellement espéré être enfin guérie. Elle avait trop espéré. Elle avait été trop téméraire. A présent, elle était affalée aux pieds d’un Souverain, incapable de se relever, tentant tant bien que mal de retenir les larmes qui brouillaient sa vue et rendaient ses poings serrés troubles et brouillons.

Elle n’osait même pas réitérer sa demande de ne prévenir personne. Ce serait trop demandé, elle le savait. Elle ne voulait surtout pas abuser du temps d’Endor. Il lui avait déjà consacré beaucoup de son temps et de sa personne, sans même la connaître. Il avait réussi à mettre un peu de baume au cœur de la jeune femme. Elle retournerait dans ses appartements l’âme un peu plus légère qu’en y étant partie. Mais elle ne pouvait pas lui demander plus. Alors, elle tenta de dépasser le sentiment de honte qui la rendait muette afin de lui demander d’aller chercher quelqu’un. Qu’elle devienne le fardeau de quelqu’un d’autre. Mais plus le sien.

Mais elle n’eut pas à prononcer le moindre mot. Elle n’eut même pas à esquisser le moindre mouvement. Une ombre vint dissimuler la lumière autour d’elle et une chaleur bienvenue vint l’envelopper tandis que des bras puissants vinrent soulever son corps du sol. Pétrifiée, livide, Auriane arrêta même de respirer tandis qu’Endor la soulevait dans ses bras. La proximité, le contact, tout cela se bousculait en elle et une terreur sans nom s’éprit d’elle tandis qu’une seule pensée traversait son esprit.
Et si quelqu’un nous voyait…

Mais l’instant ne dura pas. Elle pensait qu’Endor la ramènerait dans le palais mais il n’en fit rien. Lorsqu’il la déposa délicatement à terre, elle était de retour au pied du saule, assise presque à l’endroit même où elle s’était installée à en juger par son livre toujours au sol. Surprise, elle releva enfin la tête et laissa son regard se promener sur le feuillage tombant qui, à présent, les dissimulait tous deux à la vue du reste du monde. Car Endor resta à ses côtés, s’assit près d’elle et elle le regarda enfin. Pour la première fois, elle le regarda vraiment. Elle détailla de son grand regard gris et fatigué les traits de son visage, le port de sa tête, la lumière qui se reflétait dans ses mèches sombres et anthracites. Elle observa la douceur et la tranquillité qui émanaient de lui, presque surprise de les voir ici. Où était la glace ? Ou était la froideur ? S’était-elle donc trompée à ce point ? En cet instant, il était installé à la place de son frère, à ses côtés, adossé au tronc. Les deux hommes se détestaient et pourtant, leurs gestes et comportements en cet instant étaient si étrangement similaires que la jeune femme eut presque envie de rire. Mais toute envie la déserta lorsqu’Endor reprit la parole, de sa voix basse et profonde et bien malgré elle, Auriane l’imita, enfouissant ses mains dans l’herbe encore perlée de rosée. La fraicheur du geste lui fit un bien fou et elle ferma les yeux, adossant sa tête au tronc du saule, se contentant d’écouter le Souverain parler.

Au début, elle se focalisait sur ses paroles, tentait d’ouvrir son esprit et ses sens au jardin qui les entourait. A nouveau, elle pouvait sentir la voix du Souverain vibrer dans le sol sous ses doigts et ses pieds. Cette fois-ci, cependant, elle était presque sûre de ne rien imaginer. Il était la terre, il était l’élément qui les aidait à se stabiliser. Il était cet équilibre dont ils avaient tous besoin pour vivre, cette présence rassurante qui les maintenait debout. Peu à peu, Auriane sentait son esprit s’échapper de son corps, laissant ce dernier qui lui faisait du mal, s’ouvrant aux odeurs, aux sons, aux sensations. Mais surtout, elle arrêta d’écouter le Souverain. Elle n’entendait plus ses mots, seulement le son de sa voix. Basse. Profonde. Résonnant en elle comme elle résonnait dans la terre. Alors, doucement, elle rouvrit les yeux et le regarda. Piquée par la curiosité, elle ne savait pas réellement à quoi s’attendre. Peut-être à le voir lui-même devenir son élément. Ce qu’il était dans un sens qui lui échappait à elle, simple mortelle. A son tour, il rouvrit les yeux. Et Auriane retint son souffle. Il la regardait. Ou plutôt, il la voyait. Non pas elle, sous sa forme physique et faible. Son regard portait bien au-delà. Ses prunelles s’étaient transformées comme si de l’or en fusion y dansait en cet instant. Non pas de l’or. De l’ambre. Alors elle comprit. Elle comprit toute l’étendue de son pouvoir, de sa présence. De sa puissance. Elle aurait sûrement dû être à nouveau terrifiée. Mais elle se sentait étrangement apaisée. Rassurée.

L’instant passa et, d’un sourire, Endor revint et la sensation s’atténua. Auriane cligna doucement des yeux et détourna le regard, rougissant. Elle se sentait troublée. Déstabilisée. Il lui fallut un moment pour réaliser que son corps la faisait beaucoup moins souffrir et, si elle ressentait toujours une fatigue tellement intense qu’elle doutait pouvoir à nouveau se lever, elle parvenait cependant à bouger, doucement. Elle étira lentement ses jambes, révélant ses pieds nus sous sa robe et elle sourit.

« Oui… beaucoup mieux… je vous remercie… »

Elle n’ajouta rien de plus. Elle ne voulait pas briser le souvenir de ce qu’elle venait de voir en mettant des mots dessus. Endor était la Terre. Elle venait d’en prendre pleinement conscience. Des mots ne pourraient rendre hommage à cette vérité, ancienne et puissante. Alors, elle lui sourit à nouveau, se contentant d’accueillir avec gratitude la paix qu’elle ressentait en cet instant.

Mais le monde était étrangement fait. Alors qu’elle profitait pleinement de ce que venait de lui offrir Endor, une image surgit dans son esprit. Une image qu’elle avait oublié, sans réellement comprendre comment cela avait été possible, tant le souvenir vint la percuter de plein fouet. Elle se détourna, rougissant à nouveau, de plus en plus, tandis que devant ses yeux, des bribes de la fête lui revenaient en mémoire. Qu’il était étrange qu’elle ne s’en soit pas souvenue dès qu’elle avait aperçu le Souverain dans le jardin. Qu’il était curieux que ce ne soit seulement que maintenant, alors qu’elle s’autorisait enfin à ne plus ressentir ni peur ni angoisse en sa présence, qu’une autre image que celle froide du Souverain ne s’impose à elle. Mais s’en souvenait-il seulement ou comme elle, avait-il oblitérer cet instant ? Confuse, elle tenta de dissimuler son trouble, de revenir à la paix intérieure qu’elle avait ressentie pendant un instant. Mais elle savait qu’il était trop tard. Alors, hésitante, elle reprit la parole, son visage et son décolleté toujours aussi rouge. Elle devait en avoir le cœur net.

« Sire… Lorsque vous m’avez présentée vos excuses pour votre comportement lors de la Fête… de quel moment exactement parliez-vous… ? »
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Endor

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le Ven 14 Sep - 12:13
The Willow Tree
Pendant quelques instants, mes deux visions se superposent et je la vois telle qu’elle est aux yeux du monde et à ceux des hommes. Le pouls de la terre résonne en elle là où elle la touche, se charge de son essence avant de refluer et de revenir, dans un même mouvement, une même sensation circulaire, cyclique, qui fait de même avec chaque brin d’herbe, chaque créature foulant le sol des jardins. J’en accueille le reflet le long de mes sens, laisse les multiples échos se mêler dans le creuset de ma conscience et je la regarde en faire partie encore quelques secondes avant que les sensations telluriques ne se résorbent progressivement en moi, me rendant ma vue et ma lucidité d’homme. Auriane rougit à ma question, donnant à ses joues la teinte de certaines fleurs des champs, et fuit un instant mon regard. D’un mouvement hésitant, ses jambes fines bougent sous le tissu de sa robe pour s’étendre devant elle. Deux petits pieds éclosent à l’extrémité de la corolle de tissu et je détourne les yeux  de ses chevilles graciles pour qui ont attiré malgré moi mon attention. Un petit pan de réalité s’impose d’un coup à mon esprit qui se croyait tranquille et dans son droit en aidant une demoiselle souffrante, me rappelant qu’il est inconvenant qu’une noble damoiselle d’Akasha demeure pied nus en compagnie d’un homme, fut-il souverain, sans même un chaperon pour la surveiller et je me raidis imperceptiblement. Pourvu que personne ne nous surprenne ici. Je ne voudrais pas risquer de mettre à mal l’honneur d’une autre femme... Je me réjouis néanmoins de l’entendre me répondre. Un sourire éclaire mon visage.

« Tant mieux. Vous m’en voyez ravi. Souhaitez-vous rester encore un peu ? »

Je ne sais si elle saurait marcher jusqu’au palais pour retourner à sa chambre. Je pourrai la soutenir si elle m’en fait la demande mais… ma toute récente prise de conscience de la situation me tourmente à cette idée. Par les dieux, et je l’ai prise contre moi sans même réfléchir alors que n’importe quel jardinier matinal aurait pu surprendre la scène... Pendant quelques instants, je regrette vivement mes montagnes et ma propre capitale. La cour d’Ambre est peut-être parfois moins raffinée que celle d’Akasha, mais au moins n’y fait-on pas grand trop de cas d’une femme qui apprécie la compagnie d’un homme ou même lui accorde ses faveurs… Auriane me tire soudain de mes pensées tourmentées en me posant une nouvelle question inattendue. Je tourne la tête vers elle, intrigué, et aperçoit un trouble nouveau sur ses traits qui la rend hésitante, balbutiante comme une toute jeune fille venant d’être introduite à la cour. Fronçant les sourcils, j’ai peine à dissimuler mon incompréhension. Que veut-elle dire ?

« Et bien… Je me suis montré froid envers vous lorsque je suis venu saluer… votre protecteur. N’est-ce pas ? »

Je ne vois de toute façon pas de quoi il pourrait s’agir d’autre. C’est la seule fois où nous nous sommes croisés durant cette soirée. À moins que… Je pâlis alors qu’une idée atroce me traverse soudain l’esprit. Et si je l’avais effectivement recroisée plus tard ? Plus tard dans cette soirée, alors que j’étais ivre comme le dernier des mineurs de Kolvir à la fête de l’Ambre ? Gloire à Eira, faites que je me trompe… Soudain raidi et rougi par les prémices de la honte qui me gagne, je lui demande d’un ton plus haché que je ne le voudrais :

« Dame Auriane, je ne me suis tout de même pas montré… inconvenant par ailleurs ? »

Si seulement je me souvenais de quelque chose après cette satanée cinquième coupe de vin...
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Akasha
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Auriane

Akasha
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le Sam 15 Sep - 0:04






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Auriane ne se souvenait pas d’un moment où elle s’était sentie aussi gênée qu’en cet instant. Elle n’osait plus regarder Endor, fixant son regard sur un point devant elle, tentant de contrôler les rougeurs qui tâchait sa peau laiteuse, sans y parvenir le moins du monde. Et lorsqu’il lui répondit, hésitant, elle comprit alors. Il ne se souvenait pas. Et la jeune femme regretta aussitôt sa question. Il avait fallu qu’elle parle, poussée par sa curiosité et son incertitude et voilà qu’ils se retrouvaient tous deux dans le plus grand des embarras. Et elle en était l’unique responsable. Elle aurait pu garder le souvenir pour elle, ne pas le partager et faire comme si de rien n’était. Elle n’avait pas su et, en regardant à nouveau le Souverain et en le voyant rougir, elle le regretta. Il l’observait, perplexe et inquiet et sa dernière question donna envie à Auriane de disparaitre dans un trou de souris tant elle regrettait ses propos. C’est un murmure qui s’échappe d’entre ses lèvres lorsqu’elle reprend la parole d’une voix peu assurée.

« Oui… je me doutais bien que vous parliez de cet instant… »

Elle se tut. Elle ne pouvait décemment pas faire comme si de rien n’était. Pas après avoir provoqué la gêne qu’elle lisait dans son regard. Elle se devait de lui dire. Mais comment faire. Elle ne voulait pas le peiner ni qu’il se sente coupable. Après tout… il n’avait rien fait de mal. Auriane avait simplement prié pour que son frère n’apprenne jamais ce qu’il s’était passé. Mais que s’était-il réellement passé ?

« Oh… non… Inconvenant… non… »

Elle hésitait. Comment minimiser le souvenir afin de lui épargner la honte qu’elle pouvait sentir dans ses joues colorées. Elle s’en voulait terriblement. Notamment en réalisant que la provenance de ses douleurs musculaires venaient probablement de la danse effrénée dans laquelle l’avait entraînée le Souverain. Car il ne s’agissait de rien de plus. Auriane avait été terrifiée en voyant ce géant qui l’avait salué si froidement se diriger vers elle, riant aux éclats, sa voix profonde et sonore résonnant tout autour d’eux, avant de l’attraper et de danser avec elle ainsi qu’avec la Gardienne d’Aap. Il les avait toutes deux fait monter sur une table sur laquelle il avait continué son ballet, chantant à tue-tête. Le choc avait été tellement puissant qu’Auriane semblait avoir oublié cet instant. Il n’avait pas duré longtemps, elle n’avait pu tenir la cadence du Souverain et avait réussi à s’échapper. Mais cela avait été suffisant pour qu’elle tremble de tous ses membres, effarée, en rejoignant Eilean. Pourtant, à présent qu’elle y repensait, le souvenir en soi était plutôt agréable. Si sur l’instant, elle n’avait su comment réagir, tétanisée, à présent, elle se surprenait à sourire en repensant aux pas de danse endiablés et à la pauvre table qui avait succombé sous le poids de ses danseurs. Mais comment lui expliquer tout cela. Comment l’apaiser tout en lui rappelant ce qu’il semblait avoir oublié. Soudainement, alors qu’elle s’était murée dans le silence, sa voix s’éleva doucement sous le saule. Un fredonnement, une douce mélodie qui n’avait plus rien à voir avec ce qu’elle était à l’origine.

« Oh viens ma belle, monte sur la table,
Monte sur la table, viens nous y danserons…
Oh viens ma belle, monte sur la table,
Que chacun puisse nous voir… »


Lorsqu’elle se tut, elle peina à contenir un sourire, ne voulant pas qu’Endor pense qu’elle se moquait. Elle repensa à l’homme qu’il avait été à cet instant, si différent de ce qu’il était à présent. Elle aimait l’idée qu’on puisse ainsi se libérer des entraves qui nous enchainent au quotidien. Que l’on puisse oublier l’espace d’un instant qui nous sommes et ce que nous devons faire. Oublier son rôle, ses responsabilités. Oublier les convenances, les limites infranchissables. Ne plus penser et revenir à la nature primaire de l’homme, tel qu’il avait été au commencement et qu’il demeure, dissimulé sous le poids de tout ce qui lui incombe. Bien que cela l’ait terrifié, à présent qu’elle commençait doucement à comprendre l’homme à ses côtés, elle ne ressentait plus aucune peur. Simplement de la gêne, provoquée par sa pudeur naturelle.

« Nous avons dansé… Ou plutôt vous m’avez fait danser… Sur une table. Il me semblait bien que vous ne m’aviez pas reconnu… Pour quelque raison, le souvenir de cet instant ne me revient que maintenant. Je comprends mieux les douleurs dans mes jambes. Est-ce donc ainsi que l’on danse à Prithvi ? Sur un rythme aussi effréné ? C’était… une découverte pour le moins étonnante. »

Ses mots étaient maladroits, son ton hésitant. Elle ne savait comment faire pour réveiller la mémoire du Souverain en douceur. Elle espérait simplement que ses propos ne le feraient pas fuir. Inquiète, elle guetta sa réaction, consciente d’être seule responsable de l’inconfort de la situation.
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Endor

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le Sam 15 Sep - 10:08
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Pendant quelques secondes, l’atmosphère des jardins devient irrespirable et je retiens mon souffle en la regardant rougir et hésiter, horrifié à l’idée de mettre montré grossier à son encontre. Je le sais pourtant, que l’alcool me rend beaucoup trop expansif et que je me comporte davantage comme un paysan que comme un souverain. Pour compléter mon malheur, même si je tiens remarquablement bien la boisson et qu’il me faudrait de gros efforts pour ne plus marcher droit ou rouler sous une table, je me souviens rarement de ce que je fais durant la soirée. La situation dans laquelle je me trouve présentement n’est donc pas inédite mais elle n’en reste pas moins atrocement inconfortable. Suspendu aux lèvres de la jeune femme, je me retiens de la supplier pour qu’elle avoue plus vite, frissonnant à l’idée de mes actes potentiels. Et si j’avais eu un geste ou une parole déplacé ? J’aurais beau expliquer à son protecteur que je n’étais pas moi-même, je ne crois pas que ça l’empêcherait de considérer l’affront comme un incident diplomatique, ce en quoi même moi je ne pourrais pas lui donner tort. C’est à ce moment précis de mes pensées qu’Auriane met fin à mon calvaire et me donne un indice sur ce que j’ai pu faire, en fredonnant une mélodie que je ne connais que trop bien. Poussant un soupir désespéré, je ferme les yeux et porte une main à mon front, mortifié.

« Oh, par tous les dieux, cette chanson-là... »

Je secoue la tête, perclus de honte alors qu’elle évoque rapidement la scène. Évidemment, il fallait que ce soit celle-ci. Et qu’elle passe à portée à ce même moment. Et que personne ne me rappelle à l’ordre. Évidemment… Trouvant le courage d’affronter son regard malgré l’embarras dans lequel me plongent ses révélations, je me sens (enfer!) rougir en m’inclinant vers elle :

« Dame Auriane, je vous prie instamment d’accepter mes plus plates excuses pour mon comportement. Je vous fais le serment de ne plus jamais toucher à un verre de vin de ma vie. N’ai-je pas été trop brutal ? Si c’est le cas, veuillez bien croire qu’il n’y avait là rien d’intentionnel et que je veillerai à ne jamais vous remettre dans une telle situation... »

Nàr et Lori, soyez maudits tous les deux. La prochaine fois, je demanderai à Ahxi de me surveiller, lui au moins est digne de confiance, il me forcera à jouer aux échecs dès que je ferai mine d'avoir l'idée de boire. Et moi qui ne me souvenais de rien, qui lui ai fait peur et lui ai parlé impunément alors que son accès de faiblesse de ce matin m’est en partie imputé… Je vais abdiquer en faveur de mon gardien et me retirer quelque part dans les montagnes pour élever des mouflons et réfléchir aux conséquences de mes actes. Cela me semble être une bonne solution pour faire pénitence. Au moins ne me chasse-t-elle pas. Elle en aurait le droit… Baissant le nez, je réponds aux questions qu’elle me pose, toujours immensément gêné :

« Non. La plupart de nos danses s’effectuent en cercle ou en ligne avec des meneurs, les couples se forment et s’échangent suivant les couplets, les chansons… On évite, la plupart du temps, de danser sur les tables. Enfin, on me demande surtout à moi d’éviter de danser sur les tables. »

À cet instant précis, avec une synchronicité bien trop parfaite pour n’être due qu’au hasard, nos regards se croisent. Le silence se fait, la nature suspend son souffle. Et je sens soudain les prémices irrépressibles du rire remonter dans ma poitrine. Je tente à toutes forces de le réprimer mais il me semble voir la même hilarité affleurer sur son visage, faire pétiller son regard, et aussitôt je suis perdu. Malgré tous mes efforts, mes épaules tremblent, un sourire m’étire les lèvres et je ne peux contenir plus longtemps l'accès de gaieté qui m’assaille. Comme par un fait exprès, l’un des rares souvenirs qu’il me restait de cette première soirée de fête est effectivement le moment où la table a cédé sous notre poids, à Llyn et à moi (plus le mien que le sien, sans doute). Ce devait être un bien beau spectacle pour tous les gens alentours et je ris encore plus d’y repenser. J’ai beau dire, même pour moi c’était amusant… Il s’écoule une minute ou deux avant que je ne puisse retrouver mon calme et m’adresser de nouveau à Auriane, plus détendu :

« Je vous demande pardon… Cette chanson est un air très populaire à Prithvi, on la chante souvent lors des mariages. Mes parents se sont connus grâce à elle et, gloire à Eira, ils dansent toujours dessus aujourd’hui en souvenir. Je ne peux que difficilement y résister moi-même, a fortiori avec l’aide de quelques verres. »

Prenant une inspiration, je chasse les derniers restes d’hilarité qui me chatouillaient les côtes et me laisse reprendre quelques secondes par le calme des jardins avant d’ajouter gentiment :

« Pardonnez mon audace mais… cela vous a-t-il plu ? »
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Akasha
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Auriane

Akasha
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le Lun 17 Sep - 18:31






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Elle avait eu beau essayer de rentre le souvenir de la fête le plus neutre possible, Auriane sentit la culpabilité l’envahir à nouveau en voyant l’air mortifié du Souverain à ses côtés. Mais ce serait mentir que de ne pas avouer que la situation en elle-même était cependant cocasse. Elle tentait toujours de retenir un sourire qu’elle sentait vouloir étirer ses lèvres, comme en proie à une soudaine euphorie difficilement contenue. Cela était très certainement dû à la gêne, à la nervosité des deux protagonistes et Auriane s’en voulait légèrement de retenir un rire devant l’air si confus d’Endor. Et il ne lui facilita pas la tâche tandis qu’il s’excusait, promettant de ne plus jamais toucher à une seule goutte de vin, assurant qu’il n’était pas de coutume de détruire des tables lors de festivités. Elle toussa dans sa main pour atténuer un accès d’hilarité et elle détourna légèrement le regard. Il y avait peu, le simple fait d’avoir surpris le Souverain en pleine méditation matinale avait provoqué une terreur sans pareille dans son cœur. A présent, elle tentait tant bien que mal de ne pas rire après avoir provoqué une gêne immense chez le même homme. N’aurait-elle pas dû être à nouveau terrifiée ? Etait-elle en position de parler si aisément avec l’une des personnes les plus puissantes de tout le Royaume ? Pouvait-elle se permettre de se montrer aussi familière en relatant des faits qu’il avait oubliés et dont il aurait très certainement préféré ne pas se souvenir ? Il était certain qu’elle se serait posée toutes ces questions en temps normal, nerveuse à l’idée de mal faire et d’aggraver les relations déjà tendues entre deux Contrées voisines qui avaient tant souffert l’une et l’autre. Mais en cet instant, aucune de ces questions ne lui effleura l’esprit.

Reportant son attention sur Endor, elle croisa alors son regard et en le voyant tenter de contenir son sourire aussi difficilement qu’elle le faisait elle-même, elle ne put résister plus longtemps. Face à l’hilarité soudaine de l’homme à ses côtés, elle laissa la sienne s’exprimer, libérant ainsi toutes les émotions qu’elle avait contenues en elle depuis qu’il avait dérangé sa lecture. Peur, méfiance, incompréhension, nervosité, gêne, surprise, douceur, sérénité. Ils avaient été nombreux à l’assaillir en si peu de temps. D’abord sombres, violents, effrayants, ils avaient peu à peu laissé place à des émotions plus douces, plus légères. C’était une évidence tandis qu’elle riait aux larmes, sentant une douleur étrangère entre ses côtes, le souffle coupé non plus par les sanglots mais par le rire bien trop communicatif du Souverain de la Terre. Endor fut le premier à retrouver un semblant de calme tandis qu’Auriane tentait de respirer normalement, bien plus essoufflée que lui. Une main sur son cœur qui battait la chamade, l’autre essuyant les larmes de ses cils, elle l’écouta reprendre la parole et les mots qu’il prononça la calmèrent presque aussitôt. Pendant un instant, elle le dévisagea, le souffle court, les joues rougies par l’hilarité et le regard brillant. Elle l’observa, considérant à nouveau l’homme qu’il était. Un homme, oui. Un homme avec une famille. Un homme avec des parents. Un enfant de Seele peut-être, mais l’enfant de deux personnes avant tout. Cette évidence la frappa de plein fouet. Elle avait toujours considéré les Souverains comme des sortes d’entités, façonnées par Seele, appartenant à Seele et mourant pour Seele. A aucun moment elle n’avait tenté de voir plus loin que les apparences. Elle avait toujours séparé son frère du reste de la classe dirigeante. Car elle ne voyait pas en lui la même chose que chez les quatre autres. Lui avait été un enfant, avait eu des rêves, des cauchemars, avait eu une famille qui l’avait aimé et choyé. Seele était venu l’enlevé à son monde bien plus tard. Alors il était différent des autres. Il n’était pas l’objet de Seele comme les autres.

L’ampleur de son ignorance la laissa sans voix pendant un instant. Et immédiatement, elle sentit la colère l’envahir. Une colère entièrement dirigée vers elle-même pour s’être contentée de penser aussi simplement, aussi étroitement. La peur qu’elle ressentait vis-à-vis du Royaume l’avait amenée à refuser de voir plus loin que les apparences. Et à cause de cela, elle avait commencé à craindre tout ce qui touchait de près ou de loin les gemmes de pouvoir. A commencer par les Souverains. Elle sourit doucement à Endor, ressentant une nouvelle tendresse toute maternelle pour lui. Il avait des parents. Des parents qui dansaient toujours ensemble aujourd’hui. C’était une image qui lui plaisait beaucoup. A nouveau, elle rit et fit mine de réfléchir un instant avant de finalement lui répondre, son souffle s’étant enfin régulé, la laissant libre de parler normalement.

« Pour être tout à fait honnête… j’ai été terrifiée en vous voyant arriver. Sans parler du moment où vous m’avez attrapée pour aller danser. J’ai bien cru que ma dame de compagnie allait tourner de l’œil. Mais… oui… oui, cela m’a plu. Je n’avais encore jamais dansé de ma vie, ni vraiment fêter quoique ce soit d’ailleurs. Malgré la fatigue et la douleur, cette fête fut une réussite pour moi. Et je sais maintenant que vous y avez contribué, sans réellement le vouloir. »

Elle rit à nouveau et secoua doucement la tête. Puis, elle se tut et l’expression de son visage se fit plus grave, plus songeuse. Elle repensa à ce qu’Endor lui avait dit, à ses parents toujours en vie qui célébraient encore aujourd’hui leur première rencontre sur ces paroles qu’elle avait chantonnées.

« A moi de vous demander pardon pour mon audace… accepteriez-vous de me parler de vous ? De vous et de vos parents ? »

Elle n’avait pu résister. Sa question était très personnelle et il était probable qu’il refuse. Mais cette prise de conscience ne la quittait plus. Devant elle, il y avait un homme, un enfant. Et non pas une figure royale figée dans la terre. Depuis qu’il était apparu, Auriane s’était surprise à vouloir en savoir plus sur lui, sur l’homme qu’il était et sur la vie qui avait été la sienne. Elle n’avait plus ses parents. De leur vivant, jamais ils n’avaient dansé ensemble sur un air qui leur rappelait leur jeunesse. Elle se rappelait de leur amour, de leur tendresse à leur égard. Mais plus que tout, elle se rappelait de la peur dans laquelle ils vivaient, de l’inquiétude qui creusaient leurs traits toujours un peu plus à cause de la destinée qui avait été imposée à leurs deux enfants. Et elle voulait chasser cette image. Elle voulait croire que les parents dont l’enfant avait été choisi par les pierres pouvaient danser ensemble, rire et s’aimer, sans avoir constamment peur. Elle avait besoin de le croire.
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Endor

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le Dim 23 Sep - 22:11
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Un soupir rassuré m'échappe.

« Tant mieux. Vous m’en voyez rassuré. »

J’ai encore le souffle court après avoir autant ri. Je ne sais pas depuis quand ça ne m’était pas arrivé (il va de soi que la soirée de l’avant-veille ne compte pas) et les dieux me sont témoins que je ne pensais pas que ça puisse être le cas ici, à Ebène, au coeur du palais de l’Usurpateur exécré. Mais la jeune femme à côté de moi est pleine de surprises. Elle tremblait comme un faon surpris par un chasseur en émergeant du feuillage à ma rencontre tout à l’heure, pourtant c’est bien la gaieté que j’ai vue pétiller dans ses yeux qui a eu raison de mon sérieux. C’est inattendu, mais loin d’être désagréable. Je la regarde en souriant, heureux d’apprendre que malgré le manque de délicatesse dont j’ai pu faire preuve, elle a passé un bon moment. Je suis même immensément surpris d’apprendre que c’était la première fois qu’on l’invitait à danser et mon étonnement se lit sur mon visage. Cela me semble surréaliste. N’importe où dans le pays, les filles qui quittent l’enfance ne songent qu’à danser lors des fêtes dans les villages, dans les villes, les palais, les fermes, et les garçons de leur âge se font un plaisir de les inviter. Partout, depuis que le monde est monde, les jeunes gens n’aiment rien tant que s’amuser, se découvrir, se séduire et se plaire au son de la musique, là où ils peuvent s’approcher sans risquer le courroux de leurs parents. Pourquoi pas Auriane ? Pour quelles raisons a-t-elle bien pu être privée de ce bonheur de jeunesse jusqu’à ce jour ? Avec un brin de mesquinerie, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec son protecteur et de me demander dans quelle mesure il est coupable de ce fait, mais elle coupe bientôt court à mes réflexion. Je cille, surpris à nouveau.

« Oh… Et bien, on ne m’avait jamais fait une telle demande avant aujourd’hui. J’avoue que je ne sais trop que vous répondre... »

Je regarde un instant la ligne d’horizon, maintenant parée de l’or chaud des premiers rayons du soleil, rassemblant mes mots. Je pourrais refuser de répondre. Après tout, un Souverain n’a pas à évoquer sa vie privée, qui ne l’est déjà pas tant que ça. Mais bien que je répugne d’ordinaire à parler de moi, tout comme à faire quoi que ce soit qui me mettrait sur le devant de la scène (je suis bien mal loti en somme), je n’ai pas particulièrement envie de me taire. Auriane me regarde avec son doux sourire, ses joues encore rosies par notre accès de joie partagé et avec cette étincelle dans le regard qui ne s’y trouvait pas il y a quelques secondes. Une lueur étrange, vive comme un feu follet, qui illumine ses yeux gris et tente d’y voir plus clair alors qu’elle étudie mon visage. Je détourne la tête, intimidé sans raison à cette pensée.

« Mes parents sont tous les deux nés dans une modeste bourgade du nom de Brimir, au sud-ouest de la chaîne de montagnes. Ils sont entrés tous les deux à la mine sitôt après avoir appris à lire, comme tous les enfants ou presque. Les… les hommes sont rares dans cette région et ma mère n’était pas connue pour avoir un caractère facile. Je crois que mes grands-parents s’étaient plus ou moins résignés à la voir finir vieille fille tant elle décourageait ses rares prétendants. Et puis un jour, mon père l’a invitée à danser sur cette chanson lors d’une fête. Ils se connaissent depuis des années et il n’avait jamais manifesté ce genre d’intérêt à son égard avant ce jour, et pourtant elle a accepté. Ils se sont mariés la saison suivante. »

Je souris, davantage pour moi-même. Je passe évidemment sous silence les détails dont mon père raffole quand il raconte cette histoire (“Sitôt la chanson finie, je saute à bas de la table en regrettant qu’elle n’ait pas duré toute la nuit et voilà que votre mère saute à terre à son tour, me prend par la main, m’entraîne dans la grange la plus proche et me jette dans le foin avant de me tomber dessus comme une louve et…) mais l’évoquer me fait chaud au coeur. Il n’a pas toujours été facile de grandir entre deux parents chacun doté d’un caractère en acier trempé. Cela n’en rend pas moins sincère l’amour que nous nous portons, en particulier en sachant combien il a été dur pour nous d’être réunis comme nous le sommes aujourd’hui. Ma voix se fait plus douce, pleine de pudeur alors que je continue :

« Ma mère souffre de ce qu’on appelle la maladie de la Rouille. C’est un mal qui affecte régulièrement les mineurs et les affaiblit considérablement. À cause de cela, il lui a été extrêmement difficile d’avoir des enfants jusqu’à ce que mon frère et moi venions au monde. J’ai bien failli repartir aussitôt d’où je venais d’ailleurs, car je n’avais rien trouvé de mieux à faire que de m’étrangler avec mon cordon ! Mais le prêtre-loup qui a officié à notre naissance a pu me réanimer et comme je possédais la marque de la terre, nous avons étés conduits au palais d’Ambre peu après. Je ne peux évidemment pas me souvenir de cela mais s’il y a au moins une chose pour laquelle je suis reconnaissant d’avoir été choisi par la pierre, c’est pour avoir pu tirer ma famille de la vie harassante à laquelle elle était vouée. »

C’est la pure vérité. Malgré la tristesse et l’amertume que me vaut parfois secrètement mon statut, malgré le regret qu’il m’arrive d’éprouver de n’avoir pas la vie d’un honnête homme du peuple plutôt que le poids de ma contrée sur les épaules et la puissance de la pierre dans les veines, c’est un fait que je ne peux nier. Je suis né Souverain et grâce à cela mes parents n’ont plus à s’épuiser dans les mines. Ma mère peut être apaisée des souffrances que lui cause la rouille par les meilleurs médecins de la capitale et elle a pu vivre suffisamment longtemps pour revoir son second fils, mon frère. Mes oncles et tantes qui vivent toujours à Brimir peuvent le faire plus confortablement que les autres, mes cousines sont mieux dotées que bien des filles et trouveront sans soucis un mari. Si ma naissance a permi cela, et bien c’est un moindre mal. Je peux supporter mon fardeau sans me plaindre sachant cela. Je poursuis en haussant les épaules :

« Après cela ma foi, il n’y a que peu de choses à dire. Hormis une partie de mes études qui s’est déroulée à Saphir, j’ai toujours vécu au palais aux côtés de mes parents et des précédents souverains et gardiens. Ils ont fait de leur mieux pour m’éduquer, de façon à ce que je sois prêt à endosser mes responsabilités quand viendrait mon heure. Je leur dois beaucoup. Ah, par Eira, je ne suis pas doué pour parler de ces choses. Demandez-moi de vous décrire ma contrée et je vous épuiserais de paroles jusqu’à l’aube mais je n’ai que bien peu à dire sur mon propre compte... »

C’est un exercice auquel je ne me livre que peu, et gauchement. Estimant en avoir eu mon content pour cette fois, je me retourne vers elle, curieux. Le soleil levant jette des reflets de cuivre dans sa chevelure, des teintes veloutées sur sa peau blanche. L’espace d’un instant, j’ai l’impression de voir l’aube se lever sur les cimes enneigées et la même impression de beauté sereine m’emplit la poitrine.

« Me permettrez-vous à mon tour d’en apprendre à votre sujet ? Et comment se fait-il qu’une jeune femme aussi charmante que vous n’ait jamais dansé de sa vie ? »
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Akasha
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Auriane

Akasha
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le Lun 24 Sep - 15:01






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Soulagée, Auriane vit sa requête accueillie par le Souverain non pas avec dédain mais avec surprise. Il ne lui refusa pas sa demande et bientôt, sa voix retentit à nouveau parmi le feuillage dense du saule, seul témoin de leur rencontre. Elle aimait l’écouter parler. Elle appréciait le timbre chaud et profond de sa voix, les notes de timidité et de pudeur qu’elle pouvait déceler. Plus que cela, elle aimait les mots qu’elle entendait. Elle imaginait ses parents, dansant comme leur fils avait dansé, sans ne se soucier de rien d’autre. Il n’y avait aucune convenance, aucune étiquette. Seulement leurs pas en rythme avec la musique. Elle souriait en l’écoutant, sans même s’en rendre compte. Elle imaginait les montagnes, la neige et les flambeaux qui devaient illuminer les fêtes. Puis, elle tenta d’imaginer ce que cela avait du être de donner naissance à un enfant marqué. A vrai dire, si elle parvenait à visualiser les fêtes et la musique, elle ne parvenait pas à imaginer une vie en tant qu’enfant héritier. Son seul modèle était celui de sa propre famille. Et ce modèle était d’une tristesse… Elle imaginait la difficulté, les responsabilités qui avaient dû peser sur ses épaules d’enfant. Mais il avait été entouré. Cela la rassura et la soulagea, pour des raisons qu’elle ne s’expliquait pas. Il n’avait pas été seul. On l’avait accompagné pas à pas. Un léger rire s’échappa de sa poitrine tandis qu’Endor s’interrompait, ne sachant plus que dire où comment, sa pudeur prenant le pas sur son récit.

« Oh croyez-moi… Vous vous débrouillez très bien Sire. Je pense que vous êtes trop dur envers vous-même. Je suis sûre que votre Contrée est digne des vers les plus enchanteurs mais… vous l’êtes également. N’en doutez pas. »

Elle lui sourit à nouveau avant de détourner le regard. Elle n’était pas du genre à se perdre en compliments inutiles. Mais devant les dernières paroles du Souverain, elle n’avait pu s’empêcher de le rassurer. Peut-être n’en avait-il pas besoin. A nouveau, ce n’était pas la place de la jeune femme de faire preuve d’autant d’audace. Mais elle pensait sincèrement que les Souverains, malgré l’effroi qu’ils provoquaient en elle et malgré tous ce qu’ils avaient pu faire au cours du dernier millénaire, méritaient leur place dans l’histoire et leur nom gravé dans la roche. Et Endor encore plus.

Cependant, ce fut à son tour de faire preuve d’embarras tandis qu’il lui retournait sa question et cherchait à en savoir plus sur elle. Elle n’aimait pas mentir. Elle détestait cela. Pourtant elle savait qu’elle serait obligée de le faire. Elle aurait aimé pouvoir lui dire la vérité tant il avait été sincère avec elle. Mais elle ne le pouvait pas. Aussi, elle choisit de se rapprocher le plus possible de la vérité, de simplement taire l’importance de Ren dans sa propre histoire. Cela lui faisait du mal de devoir radier son frère ainsi de son récit. Mais cela ne serait rien en comparaison de ce qui pourrait se passer si la vérité venait à être dévoilée.

« Mon histoire n’est pas des plus joyeuses… Mais vous avez acceptez de me répondre quand rien ne vous y obligeait. Mes parents… Au final je ne sais pas grand-chose de leur vie avant ma venue au monde. Je ne sais pas s’ils ont dansé sur un air traditionnel ou s’ils se sont aimés au premier regard. Je sais simplement qu’ils étaient tous deux d’Akasha. Qu’ils ont fui la Contrée alors que… les choses s’aggravaient. Je suis née dans un petit village sur les terres de Vaata. Mais je n’étais pas âgée d’une saison entière que je suis tombée malade. Une fièvre, pourtant bénigne, à laquelle j’ai failli ne pas survivre. Mes parents ont alors pris la décision de partir, là où je pourrais recevoir de meilleurs soins. Akasha était réputée pour ses grandes avancées en médecine mais… la peur de mes parents était bien trop forte pour qu’ils songent à y retourner. Nous sommes donc partis pour Saphir, mes parents, mon frère et moi. Oui… moi aussi j’avais un frère. Aap est devenue notre maison et nous avons grandi là-bas. Mon enfance était… étrange. Je passais la moitié de mon temps à l’hôpital, à cause d’une santé déclinante. Je détestais y aller. J’étais toute seule. Ma famille n’avait pas le droit de venir me voir. Mais malgré tout cela, je me souviens surtout des jours de bonheur lorsque je rentrais chez moi. L’amour de mes parents et la bienveillance de mon frère, c’est tout cela que je garde en mémoire. Je n’ai jamais pu aller jouer avec les enfants de mon âge, je n’ai jamais pu recevoir une éducation traditionnelle. J’étais alitée la moitié du temps. Mais j’étais quand même heureuse. J’avais une famille… »

Elle dut se taire, sa voix commençant à trembler sous le coup de l’émotion. Lissant le jupon de sa robe pour reprendre contenance, elle évita le regard d’Endor, sachant qu’elle supporterait difficilement les émotions qu’elle pourrait y lire et qu’elle ne pourrait pas continuer.

« Lorsque l’épidémie a frappé Aap… j’étais à l’hôpital. En sécurité, en dehors des murs de la ville. Mais j’ai tout perdu. Mes parents… mon frère… Ils ont tous succombé. Dans les années qui ont suivi, j’ai bien failli plus d’une fois les rejoindre tant ma santé se dégradait. Mais… quelque chose me retenait. Toujours. Finalement, il y a un an, je suis arrivée ici. Ce fut comme une sorte de renaissance. Les meilleurs médecins d’Akasha étaient à mon chevet et on s’occupait de moi avec l’attention et la tendresse qui me manquaient depuis que j’avais perdu ma famille. Aujourd’hui j’arrive à marcher, à me tenir debout. Et même à danser. »

Elle taisait ses véritables sentiments, scellés en son cœur. Elle se contentait simplement de la surface, des apparences. Peut-être cela se sentait-il et, honteuse, elle se demanda un instant si Endor croirait à ses propos. Tout ce qu’elle avait dit était véridique si ce n’était la disparition de son frère lors de l’épidémie. Elle avait sciemment passé sous silence autant que possible sa relation avec le nouveau Souverain d’Akasha, de peur de se trahir. Voilà pourquoi elle parlait peu d’elle et à peu de monde. Elle savait qu’elle serait très certainement capable de se trahir. Elle se força à sourire à Endor, priant pour qu’aucune question à laquelle elle ne pourrait répondre ne fuse à la suite de son histoire.

« Pardonnez-moi. C’est une histoire un peu triste, sans réel intérêt au final. Mais vous savez maintenant pourquoi je n’avais jamais dansé auparavant. Bien que j’aurais aimé, au moins afin d’être capable de suivre votre cadence lors de la fête ! »
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Endor

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le Ven 28 Sep - 22:39
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Un sourire surpris fleurit sur mon visage alors qu’elle m’assure que je suis aussi digne d’éloges que ma contrée. Jamais on ne m’a dit cela et jamais je n’aurais eu la prétention de le penser. Mais si je me sens presque rougir à cette gentillesse, je redescends bientôt sur terre. Son innocence est adorable et m’enchante, mais il ne s’agit que de cela : d’innocence. Les choses sont toutes autres pour ceux qui savent.

« Vos compliments me touchent, damoiselle, soyez-en assurée. Hélas, je ne suis que peu enclin à vous donner raison. Posez donc la question à votre protecteur... »

Je suis amer devoir le mentionner ici mais il me faut bien voir la triste réalité en face. Mon nom restera gravé dans l’histoire, aux côtés de celui d’Ilesh, comme ceux des Souverains de la Terre qui ont tourné le dos à la contrée des Astres. Peu importe les mots que je pourrais employer pour me justifier, les actes que je pourrais invoquer pour alléger ma faute, je sais que c’est cela que l’on retiendra de moi. Endor le Froid, Endor le Lâche, qui a courbé la tête et détourné les yeux quand Seren massacrait son propre peuple. Qui, ici, se soucie du reste de ce que j’aurais pu accomplir ? Les akashans sont si heureux de renaître de leurs cendres qu’ils ne pensent pas pour l’heure à chercher des coupables mais la blessure que leur ont infligée ces trente années de terreur est profonde et ne guérira probablement jamais. Dans leurs mémoires, dans leur histoire, je serai l’un de ceux qui a laissé la lame s’abattre. Pourtant, je repousse mes sombres pensées sitôt que je l’entends prendre la parole. Ma question la gênait, c’est une évidence. Je suis resté silencieux alors qu’elle fuyait mon regard, semblant peser le pour et le contre et chercher dans l’herbe verte la réponse à son dilemme. Je ne désirais pas la brusquer et je ne sais que trop combien une question anodine peut parfois soulever des pans entiers de mémoire que l’on désirerait voir oubliés. Malgré tout, quand la jeune femme se décide enfin à me répondre et que je l’écoute attentivement en remerciement de sa confiance, dès les premiers mots, je me sens blessé. Dans les dorures du point du jour, le visage délicat d’Auriane se voit un instant supplanté par les traits farouches et le regard haineux de Lysis. Ainsi, je fais donc face à une autre enfant de cet âge sombre, victime déracinée avec sa famille par la folie de Seren…

Je détourne les yeux avec honte mais malgré cela, la suite de son histoire m’atteint plus profondément que je ne saurais le dire. Même si cela n’a pas lieu d’être, je m’en sens responsable. Si j’avais osé élever la voix aux côtés de Vilya, peut-être qu’Auriane aurait pu grandir dans sa contrée natale. Peut-être sa santé serait-elle bien meilleur si elle avait pu bénéficier dès le début de la médecine akashane. Peut-être ses parents et son frère seraient-il toujours en vie. Peut-être pourrait-elle me dire s’ils ont aimé danser sur un air qui leur rappelait leur rencontre. Peut-être, et tant d’autres questions dont personne n’aura jamais la réponse, suspendues à un embranchement loin en arrière sur le chemin parcouru que je regarde avec tant de regrets. Si j’avais su, aurais-je trouvé le courage me me dresser face à Seren et Maeldan ? Je l’ignore. En conséquence, il est juste que je doive souffrir en silence en entendant les malheurs qui ont accablé cette jeune femme. Lorsque son histoire touche à sa fin, je suis tellement empli de compassion pour elle que je ne songe même pas à lui demander comment elle est devenue la pupille de Ren, alors que je dois bien avouer en avoir eu l’intention. Je ne me sens plus le droit de lui poser la question à présent. La seule chose qui me convainc de reprendre la parole est de l’entendre s’excuser.

« C’est moi qui vous présente mes excuses pour vous avoir forcée à revivre ces douloureux souvenirs. Soyez certaine que je ne souhaitais pas vous blesser. Et ne dites pas que votre vie est sans intérêt. »

Chaque vie est importante. Moi qui peux toutes les sentir imprégner le tissu de Seele, je porte cette conviction comme une bannière. Chaque homme et femme qui foule le sol du pays y pose sa pierre d’une façon ou d’une autre, même de manière infime, et chacun de leurs actes fait partie du motif du destin. Ceux d’Auriane ne font pas exception et, en cet instant que nous partageons sous les branches du saule, alors que nous nous découvrons et que cette improbable rencontre fait germer en moi tant de sentiments contraires, je ne puis permettre qu’elle en doute. Comme souvent, je me retrouve à parler de ma contrée pour le lui faire entendre :

« Lorsqu’Eira s’achève dans les montagnes, juste alors que le temps commence à s’adoucir, les perce-neiges fleurissent. Ce sont de minuscules fleurs blanches, que l’on voit à peine au début. Elles n’ont pas les couleurs éclatantes de celles qui les suivront bientôt, doivent batailler pour sortir de terre et courbent le tête sous le poids des dernières neiges dont elles doivent émerger. Mais même si elles peuvent n’avoir rien de remarquable pour des yeux extérieurs, tous les prithviens vous en diront du bien. Ce sont les messagères de Ruwa. Elles portent chance à ceux qui les voient avant le début de la floraison, elles signalent les bons pâturages et annoncent la renaissance de toute la montagne. Elles sont magnifiques. »

Un sourire bienveillant affleure sur mes lèvres. Oui, magnifiques. Je n’aurais pas pu trouver de terme plus adéquat alors que je regarde le beau visage caressé par l’aube de la jeune femme.

« Vous leur ressemblez, dame Auriane. Comme elles, vous êtes si courageuse que même la maladie ou le poids de la neige ne peuvent vous empêcher de vous relever, d’avancer et même de danser. N’en doutez pas. »

C’est étrange. Je suis à des centaines de lieues de chez moi, dans une contrée qui n’a que peu d’estime à mon égard, au cœur d’un palais que je déteste également qu’il soit occupé par le tyran ou par l’usurpateur, et pourtant je suis heureux de me trouver là, en compagnie de cette damoiselle. Cela faisait longtemps, bien longtemps que je n’avais pas connu ce sentiment. Mais je n’ai guère le temps de le réaliser. Notre tête-à-tête est soudainement menacé par une voix claire qui retentit dans les jardins :

« Auriane ? Auriane, où es-tu ? »

Oh.
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Akasha
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Auriane

Akasha
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Hier à 17:24






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Le jour était à présent entièrement levé et le jardin déjà tentait de garder le peu de fraicheur que la nuit lui avait apporté. Bien à l’abri à l’ombre du saule, la chaleur n’avait pas encore entièrement atteint les deux protagonistes. Mais cela n’empêcha pas la jeune femme de rougir à nouveau, plus violemment que les fois précédentes, devant le compliment joliment dissimulé dans les paroles du Souverain. Elle ne savait pas si elle méritait réellement la comparaison aux jolies fleurs dont Endor lui faisait en cet instant le portrait. Et pourtant, ces paroles, elle les avait déjà entendues. Elle ne se sentait pas courageuse. Ni forte. Elle tentait simplement d’avancer chaque jour. Et lorsqu’elle se voyait dans les yeux de son frère, elle ne se reconnaissait pas. Elle ne connaissait pas cette femme qu’il voyait, pleine de volonté et déterminée. Et en cet instant, elle voyait le même portrait d’elle-même, dépeint par un autre homme. Un étranger. Sa confusion était telle qu’elle en restait muette, incapable de prononcer le moindre mot tant son embarras était grand. Autant elle pouvait dissimuler son embarras auprès de Ren par quelques taquineries autant face au Souverain, elle n’osait plus rien.

« Auriane ? Auriane, où es-tu ? »

La jeune femme sursauta violemment en entendant la voix familière résonner un peu plus loin dans les jardins. Eilean. Son amie et dame de compagnie avait dû se réveiller et, ne la trouvant pas dans ses appartements, était allée à sa rencontre dans son endroit de prédilection. Ce qu’Eilean ne savait pas en revanche, c’est qu’Auriane n’était pas seule sous le saule. Et soudainement, l’ampleur de ce qu’elle faisait la frappa de plein fouet et une honte ainsi qu’un sentiment aigu de culpabilité s’emparèrent de son cœur.

« Je… Je suis désolée… Je ne peux pas rester… Si on nous voit… »

Elle bredouillait, incapable de formuler des phrases cohérentes, ramassant son livre, rajustant son châle, tentant de se relever malgré ses jambes affaiblies. Tout cela à la fois. Elle savait ce qui se passerait si on la voyait, seule, en compagnie du Souverain de Prithvi. Nul doute que les répercussions seraient terribles sur leurs deux contrées. Car si elle se moquait des commérages des gens du palais, en revanche elle ne pouvait ignorer la réaction de son frère s’il venait à apprendre que sa cadette avait passé une matinée entière seule en compagnie d’un des hommes qu’il détestait probablement le plus dans ce Royaume.

Elle tremblait de tous ses membres, tant sous le coup de l’effort que sous le coup de la réalité qui venait de les rattraper tous deux. Elle avait été naïve. Elle n’était plus « personne ». A présent, tout ce qu’elle faisait, tout ce qu’elle disait, pouvait avoir des répercussions. Elle refusait de donner d’autres excuses à Akasha pour en vouloir à Prithvi. Pas après le moment qu’elle venait de passer sous le saule. Debout, guère stable, pâle, elle tenta de sourire à Endor. Les mots qu’elle prononça ensuite lui firent mal. Plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer.

« Je suis désolée… Je dois partir. Je vous souhaite bon retour chez vous Sire. Et merci… merci pour tout. »

Puis elle écarta les branches du saule et partit, chancelant tandis qu’elle forçait ses jambes encore faibles à fournir un dernier effort. Lorsqu’elle arriva devant son amie, la sueur avait collé ses cheveux à sa peau et elle s’effondra presque dans ses bras tandis que la jeune femme l’observait, le regard écarquillé, inquiète.

« - Auriane ? Où étais-tu ? Que s’est-il passé ?
- Je… Je ne me sentais pas très bien. Ce n’est rien…
- Tu aurais du m’attendre, je serais venue te rejoindre sous le saule… par Ruwa, tu es brûlante !
- S’il te plait… ramène-moi à ma chambre. Et je t’en conjure, ne dis rien à Ren. Ce n’est rien. Un simple accès de faiblesse. Inutile de l’inquiéter inutilement.
- Tu es sûre… Tu sembles dans tous tes états…
- Eilean s’il te plait. Je veux simplement dormir… »

Son amie soupira discrètement et, bien malgré elle, elle jeta un coup d’œil derrière Auriane, en direction du saule qui était trop loin pour qu’elle puisse l’apercevoir. Puis, elle sourit à la jeune femme et hocha doucement la tête avant de lui offrir son bras pour l’aider à rejoindre ses appartements. Elle n’était pas dupe. Elle connaissait Auriane par cœur. Mais elle ne dit rien. Pour le moment, elle s’inquiétait plutôt de l’état de fébrilité dans lequel elle retrouvait son amie. Les questions sur la cause de cet état viendraient plus tard. Mais elle n’y manquerait pas.
Codage par Libella sur Graphiorum

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Thème musical ~ The Willow Tree

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