Akasha
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Auriane

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le Ven 27 Juil - 14:06






The Willow Tree

Il était encore tôt. Le soleil se faisait timide à l’horizon, parant le ciel d’une douce teinte rosée tandis que les ombres de la nuit se dissipaient peu à peu et que les oiseaux réveillaient la terre de leur chant mélodieux. Le palais était plongé dans le silence, ses hautes tours s’élevant vers le ciel, la blancheur de ses pierres se parant peu à peu d’ocre et d’or tandis que la lumière revenait et que Liekki déjà rayonnait de sa chaleur, s’attardant jusqu’à l’ultime instant ou Nagar le remplacerait.

La fête était terminée depuis déjà deux jours et la cité baignait dans une humeur d’allégresse grâce au souvenir des réjouissances qui s’attardait le plus longtemps possible. On pouvait encore entendre parfois au-delà des murs du palais des chants et de la musique alors que les représentants des cinq contrées s’attardaient encore dans la capitale d’Akasha. La rumeur disait que les villages continuaient de célébrer et que le Lac était encore témoin de diverses réjouissances.

Des réjouissances auxquelles Auriane avait pris part, pour la première fois de sa vie. Elle était apparue auprès de son frère et avait pu, une fois l’étiquette respectée, découvrir ce que le monde avait à offrir. Pour la première fois elle avait dansé, bien que très peu et sûrement très mal. Elle avait goûté des mets dont ni le nom ni le goût ne lui étaient familier. Elle avait observé le ballet des lanternes au-dessus du Lac. Elle avait découvert ce que célébrer voulait réellement dire. Et elle en garderait le souvenir longtemps, tout contre son cœur, pour aider à surmonter les ombres qui se profilaient sur leur chemin à tous.

Mais son insouciance lui avait beaucoup coûté. Elle dormait peu et avait quelques difficultés à se mouvoir. La chaleur l’étouffait et pourtant elle frissonnait. Alors elle se réfugiait dans les jardins, du lever au coucher du soleil. L’aurore et le crépuscule étaient les instants de la journée qu’elle préférait. Tout était calme, tout semblait en suspens et elle évoluait à son rythme, comme dans un monde parallèle. Lorsqu’elle s’était réveillée, il faisait encore nuit. Elle avait senti la sueur coller ses cheveux dans sa nuque et dans sa gorge. Elle avait senti la douleur dans ses muscles. Mais elle s’était levée, lavée et s’était dirigée comme à l’accoutumée vers son petit recoin de paradis. Un endroit reculé des jardins, formant comme une petite île, entouré de petits ruisseaux qui serpentaient doucement parmi la végétation. Un seul arbre, immense, aux feuilles tombantes formant un voila la protégeant du monde extérieur, contre lequel elle venait lire, dormir ou disserter avec son frère lorsqu’il l’accompagnait. Mais ce matin elle était seule. Un châle recouvrant ses épaules malgré la chaleur, un livre relatant les légendes aapiennes sur ses genoux, la jeune femme était à présent partie de ce monde et se perdait entre les pages, oubliant pour un temps la douleur et la fatigue. Son seul véritable remède contre un corps faible qui refusait de la laisser en paix.

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Prithvi
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Endor

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le Mar 7 Aoû - 9:01
The Willow Tree
Oh mon Amour, demeure dans le monde des songes
Portes mes rêves au loin et je t'attendrai à l'aube
Sous l'étoile de Talesin...


Au début, j’ignore ce qui me tire du sommeil. Il me faut un long moment pour comprendre de quoi il retourne alors que je bouge lentement dans les draps de soie blanche qui s’entortillent autour de mes jambes comme les mailles d’un filet de pêche. La réponse me vient lorsque j’ouvre les yeux et que je vois aussitôt autour de moi les courtines et les baldaquins du lit. Derrière le tissu transparent des tentures, je distingue les silhouettes floues du mobilier et la clarté encore diffuse qui filtre à travers les volets clos. La lumière. Voilà ce qui m’a réveillé. Je suis en Akasha et le point du jour est ici prompt et léger à se libérer du manteau de la nuit. Avec un soupir, je me dégage des draps et me lève.

Deux jours ont passés depuis les festivités du Lac mais les étals sont toujours en place, chants et danses continuent de se succéder dès lors que vient le soir. Nàr s’y rend au moins une fois dans la journée et prend plaisir à m’en faire un rapport détaillé que j’écoute avidement. Tous les moyens sont bons pour oublier où je suis. À l’instar du souverain du feu, je passerais bien mes journées à l’extérieur du palais d’Ebène si l’étiquette ne m’y retenait pas, à la portée d’un hôte qui ne souhaite pas plus ma compagnie que moi la sienne et se soucie des convenances comme du carrelage de sa salle du trône. Il ne me reste guère plus que les jardins pour oublier le ridicule de la situation. Je m’y rends à l’aube après avoir sommaire passé des chausses et une chemise, goûtant la chaleur de l’air. Les matinées sont si clémentes ici, par rapport à Prithvi. Elles caressent gentiment ce soin de nature luxuriante enclos dans les murs du palais et me dépaysent mais, chaque fois que je plonge mes racines dans cette terre riche qui nourrit généreusement massifs et arbustes à la vitalité exubérante, la rudesse majestueuse de ma contrée me manque.

Lorsque j’arrive près de l’immense saule qui règne au fond des jardins, un fin voile de sueur me recouvre le dos sous ma chemise. Je me suis laissé guider là où mes pas le voulaient, où les sentiers invisibles de la végétation m’invitaient. L’ombre feuillue des bosquets me garde de ces températures trop élevées dont je n’aurais pas l’habitude en plusieurs années de vie loin de mes montagnes et, avisant la longue chevelure bruissante du vénérable, coiffant sa tête incliné comme un vêtement de prêtre, je le salue respectueusement. C’est un bien bel arbre. Je retire ma chemise avec soulagement, heureux de sentir l’air sur ma peau, la plie et la laisse sur l’herbe, puis m’agenouille et commence mon rituel. La terre meuble et sombre accueille généreusement ma conscience, je m’y plonge comme dans la poitrine d’une amante là où celle de ma contrée me réclame droit de passage et se laisse moins faire, ce qui lui donne tout son charme à mes yeux. Mais il est bon aussi de se sentir soudain vivre au sein d’une prolifique nourricière, maternelle et ample comme une mère. Je me serais étendu dans tout le jardin pour profiter de sa bonté si une présence humaine n’avait pas soudain résonné sur mes sens, aussi incongrûment que les ondes troublant un lac où l’on vient de jeter une pierre. Je rouvre les yeux bien que je n’en ai pas besoin.

« Qui est là ? »

Je tourne mon regard, tous mes regards, vers le saule qui chuchote dans la brise, l’éclat doré de la pierre supplantant celui de mes prunelles.

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Akasha
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Auriane

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Hier à 14:06






The Willow Tree

Le temps s’écoulait lentement, presque en suspend. Auriane n’aurait su dire depuis combien de temps elle était là, immobile, respirant à peine, le bruissement des pages qu’elle tournait comme seul bruit autour d’elle. Elle ne voyait rien, n’entendait rien. Et pourtant, si son attention avait été un tant soit peu distraite, si pendant un infime instant, elle avait laissé ses sens s’ouvrir à nouveau au monde extérieur, elle aurait pu empêcher ce qui allait suivre de se produire. Elle aurait pu voir cet homme immense, massif, s’avancer dans le jardin et venir dans sa direction. Elle aurait pu le voir s’arrêter devant le saule qui la dissimulait. Elle aurait pu le voir retirer son vêtement et s’agenouiller non loin d’elle. Mais elle ne vit rien de tout cela. Elle n’entendit rien et ne perçut pas la présence masculine et étrangère du Souverain de la Terre. Perdue parmi les collines aapiennes, perdue dans ses souvenirs et dans son enfance, la jeune femme n’avait que faire du jardin, du palais et de tout ce qui rendait cet endroit vivant. En cet instant, elle était à des lieues d’ici, loin, très loin, en compagnie d’un passé doux, longtemps révolu.

Mais toute bonne histoire se doit de finir. Soit car la dernière page du livre a été tournée, soit car un évènement extérieur est venu mettre fin à cet instant. Lorsque la voix grave de l’homme résonna parmi la végétation, Auriane sursauta brusquement, lâchant son livre qui tomba sur l’herbe à ses côtés. Elle redressa la tête et, livide, aperçut la haute silhouette du Seigneur de Prithvi à travers le feuillage tombant du Saule. Elle ne savait s’il l’avait vu. Elle n’osait bouger, respirer, de peur de se faire remarquer. Il était torse nu, agenouillé dans l’herbe et soudain, une terreur sans nom s’empara de la jeune femme. Venait-elle d’être témoin d’un acte privé, important, propre à chaque Souverain ? Venait-elle de l’interrompre dans quelque tâche obligatoire et nécessaire ? Elle ne savait rien de cet homme si ce n’était que son regard pouvait être aussi froid que la glace et son sourire aussi doux que les rayons du soleil. Et l’idée de se retrouver seule face à lui la terrorisait.

Et pourtant, il fallut bien qu’elle se manifeste. Lentement, difficilement, elle se redressa et se remis debout, prenant appui sur le tronc du saule pour s’aider. Rajustant son châle sur ses épaules, le serrant autour d’elle comme s’il pouvait la protéger, elle fit quelque pas et sa voix porta timidement en réponse à l’interrogation du Souverain.

« Je… Pardonnez-moi Sire… J’ignorais qu’il y aurait quelqu’un ici… »

Et elle s’avança, écartant sur son chemin le rideau végétal qui pouvait encore la cacher de lui. Se retrouvant debout face au Souverain de Prithvi, elle se sentit ridiculement petite. Petite et faible. Gardant le regard baissé vers le sol, elle s’inclina, ses gestes gauches à cause de la douleur.

« Je ne voulais pas vous interrompre… Pardonnez-moi…»
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Prithvi
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Endor

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Hier à 20:28
The Willow Tree
Ma voix résonne toujours étrangement à mes oreilles lorsque ma conscience est encore enfouie dans la terre tout autour. Elle me parvient comme un écho qui rebondirait à la fois en dedans et en dehors d'une grande caverne et je la redécouvre alors avec surprise tandis qu'elle me rappelle que je suis aussi humain, avec un corps limité et une seule présence. Pour autant, je ne le réintègre pas tout de suite et concentre mon attention sur l'autre personne qui partage avec moi cet endroit éloigné de tout, aux premières lueurs de l'aube. J'oublie sans doute un peu vite que je ne suis pas dans mes montagnes à la merci d'un ours ou d'un dent de sabre, mais dans la riante Ébène et ses murailles protectrices dont je sens la pierre solidifier mes os. En alerte, je me relève et attend que la présence incongrue veuille bien se montrer. Et je me sens bientôt complètement desarçonné lorsqu'une voix de femme s'élève craintivement de derrière le feuillage du saule.

Je me mets en chemin aussi vite que possible pour revenir vers mon corps, repliant les ramifications de ma conscience, faisant taire les multiples murmures, naissances et morts qui adviennent en moi à chaque seconde et éteins les reflets d'ambre dans mes yeux au moment même où elle écarte les branches tombantes et se présente à moi, penaude, tremblante et pâle. Sonné d'être retourné en moi-même aussi vite, je cligne des yeux et reste un instant immobile face à elle alors qu'elle s'excuse et je la reconnais brusquement. Oh, étoiles et crevasses, c'est elle.

« Dame Auriane. C'est moi qui vous présente mes excuses. Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un si tôt ici. »

Les membres fourmillants, je récupère ma chemise abandonnée au sol avec des gestes pesants pour la réenfiler aussi vite que je le peux. Ce n'est pas que j'ai honte, ce n'est pas la première fois que je suis torse nu devant une femme. Mais si quelqu'un me voyait ici dans cette tenue en compagnie de cette demoiselle, les problèmes cascaderaient sur le palais comme la pluie sur Saphir. Auriane, la pupille de Ren. Elle était présente à la fête, elle était auprès de lui lorsqu'il a lancé sa lanterne, faisant d'elle l'objet des rumeurs les plus folles. Je ne l'ai pas beaucoup fréquentée et je n'ai rien fait pour y remédier mais si mystérieuse soit son identité réelle, son protecteur la considère à l'évidence comme précieuse. Je devine qu'il ne verrait pas d'un bon œil ma présence auprès d'elle. Je songe un instant à la saluer et à m'en aller en quête d'un lieu plus propice à ma méditation matinale. Mais alors que je m'apprête à partir, mes yeux se posent sur son visage et je réalise soudain à quel point elle est blême, à quel point ses yeux sont cernés et ses gestes raides. J'interromps mon mouvement.

« Vous semblez souffrante. Ne vous dérangez pas, vous étiez là la première. Vous pouvez demeurer ici, si vous le souhaitez. »

Les jardins du palais sont bien assez grands pour nous deux, mais je ne songe plus à la laisser seule dans l'immédiat. Bien conscient que je risque de l'effrayer (elle est si petite et si frêle, même par rapport à moi), je m'approche et lui propose mon bras, soucieux. Elle paraît sur le point de tomber à la première brise.

« Vous êtes très pâle. Désirez-vous que j'aille chercher quelqu'un. »

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