Akasha
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Auriane

Akasha
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le Lun 20 Aoû - 11:32






Pluie diluvienne

La pluie venait s’écraser, fracassante, contre les hautes fenêtres de la pièce. Le ciel était lourd, gris et bas tandis que Ruwa pleurait sur la cité d’Ebène, lui conférant une atmosphère presque mystique, ténébreuse. La belle Ebène ne scintillait plus, ne brillait plus. Ses vives couleurs prenaient à présent différentes nuances de gris. Le temps semblait en suspens lorsqu’il faisait ce temps au-dehors. On n’entendait plus les oiseaux, on ne voyait plus les marchands et personne ne s’attardait dans les rues. Tout était calme. Aussi calme qu’au palais du Souverain. Les domestiques s’affairaient tranquillement, doucement, dépoussiérant les vastes et nombreuses pièces. Les nobles de la Cour vaquaient ailleurs à leurs occupations. Une atmosphère paisible régnait en ce lieu qui avait connu bien des tourments.

Auriane rouvrit doucement les yeux. Une bûche craqua dans l’âtre, projetant quelques braises qui vinrent retomber lentement parmi les cendres. Les flammes projetèrent leurs ombres sur les murs blancs, les colorant d’une douce teinte orangée. La jeune femme cligna doucement des yeux, réalisant peu à peu qu’elle s’était assoupie. Assise au coin du feu, dans un fauteuil qu’elle affectionnait tout particulièrement, son livre reposait sur ses genoux, ouvert à la page qu’elle avait abandonnée. La pluie frappait les vitres et elle se sentit étrangement sereine et apaisée, encore à-demi plongée dans les limbes du sommeil. Elle regarda autour d’elle et s’aperçut que son frère avait disparu. Face à elle, occupée à sa broderie, Eilean la regarda et lui sourit. Sa dame de compagnie et amie n’avait pas quitté sa place. La jeune femme se demanda combien de temps elle avait dormi. Le bruit de la pluie, la chaleur du feu et le calme de la bibliothèque avaient eu raison d’elle.

« - Il fait nuit… J’ai dû dormir longtemps.
- Non. Il fait encore jour. Seulement, les nuages sont devenus de plus en plus sombres pendant que tu dormais. »

Auriane rajusta le châle qui recouvrait ses épaules et se redressa, lissant la robe couleur crème qu’elle portait. Attrapant son livre, elle le referma et le posa sur la petite table posée à côté d’elle. Elle regarda autour d’elle, les hautes étagères recouvertes de livres aux reliures différentes. Elle aimait cette pièce. C’était très certainement la seule pièce qu’elle appréciait dans ce palais aux dimensions démesurées. Maintenant qu’elle pouvait enfin quitter sa chambre, elle passait le plus de temps possible ici. Cela faisait près de deux saisons qu’elle était arrivée à Akasha. Deux saisons qu’elle avait retrouvé son frère. Et pendant ces deux longues saisons, son état était arrivé à un stade très critique. Ren avait dû faire appel aux médecins les plus réputés du Royaume et elle avait fini par se remettre. Du moins en partie. Le nouveau Souverain avait réussi à la garder hors de portée de Seele pour le moment et elle profitait du temps qu’il lui restait dans l’anonymat pour profiter de la quiétude dont elle jouissait au quotidien. Mais elle savait à présent quel était son rôle. Elle n’était plus sœur, elle était pupille sous la protection du Souverain du Vide. Elle voulait mettre le plus de distance possible entre elle et cette nouvelle identité. Et le plus tard elle serait introduite en tant que protégée, le mieux ce serait.

« - Où est Ren ?
- Il a dû partir. Des affaires à régler. Il ne m’a pas donné de détails.
- Non… Je me doute. »

Auriane soupira. Son frère passait le plus de temps possible à ses côtés mais Akasha et Seele lui demandaient de plus en plus de temps, de plus en plus d’énergie. Elle ne dit rien, n’ajouta rien. Elle se contenta de rouvrir son livre, afin de cacher les tremblements de ses mains et la crainte qu’elle sentait à nouveau éclore dans son cœur. Elle savait que le temps serait bientôt venu où elle ne pourrait plus rester dans cette bulle protectrice qu’elle s’était façonnée. Bientôt, à son tour Seele l’appellerait à elle. Et elle redoutait cet instant plus que tout. Mais elle était prête. Prête à endosser le rôle qui était le sien.

Au bout de quelques minutes, elle finit pas refermer son livre et se leva, sous le regard inquiet de son amie.

« Je vais bien. Je ne supporte plus d’être assise. »

Eilean acquiesça sans rien dire. Reposant son ouvrage, elle se leva à son tour et toutes deux se dirigèrent en dehors de la bibliothèque, dans les vastes couloirs éclairés par des flambeaux qui tentaient de chasser l’aspect fantomatique que le mauvais temps donnait à l’endroit. Les jardins n’étaient pas accessibles par un temps pareil, au grand regret d’Auriane. Elles passèrent toutes deux devant une pièce en train d’être passée au peigne fin par plusieurs domestiques. Auriane fronça les sourcils et se retourna vers son amie.

« - Avons-nous des invités ?
- Si je ne m’abuse, il me semble que la délégation agnienne doit arriver aujourd’hui.
- Ah ! C’est déjà aujourd’hui ?
- Oui… Ils ne vont pas rester longtemps à mon avis. La Fête de Rubis doit bientôt avoir lieu.
-Tu as raison. L’année est bientôt terminée. »

Et avec elle s’achèverait la première année de règne de son frère. Une année sous le signe du chaos et de la peur pour beaucoup. Pour Auriane, l’année passée avait été éprouvante. Sous tous les plans. Attrapant le bras de son amie, elle lui indiqua la pièce d’un geste de la tête et sourit.

« Eh bien, j’ai beaucoup entendu parler de l’ambassadrice d’Agni. J’aimerai beaucoup pouvoir la rencontrer. Allons voir si mon frère ne l’a pas déjà assommée d’accords politiques divers et variés. »
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Agni
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Seylim

Agni
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le Jeu 30 Aoû - 1:10

Pluie diluvienne

[feat.
Auriane]

"Les petites pluies sont longues, les tempêtes soudaines sont courtes"

William Shakespeare

=> 37ème jour de Ruwa, année 999
Seylim avait passé une grande partie de sa matinée dans la calèche qui devait l'amener au Palais d'Ébène. Elle avait lu, calmement, silencieusement, accompagnée de Najat qui brodait. Pour une fois qu'elle était calme, l'agnienne n'allait pas s'en plaindre. Elle réfléchissait à ce qu'elle allait annoncer au Souverain du Vide, aux problématiques qu'ils allaient aborder et de ceux qui allaient être présents. Elle soupira, faiblement, observant le paysage et écouta la voix de sa suivante.

(Najat) ▬ Dans une semaine nous fêterons les six ans d'Imrani.
(Seylim) ▬ Effectivement.
(Najat) ▬ Vous vous êtes arrêtés sur son cadeau ma Dame ?
(Seylim) ▬ Je vais sûrement lui acheter quelques livres akashans.
(Najat) ▬ Bien ma Dame.

Seylim avait entendu le conducteur leur annoncer leur arrivée pour l'heure qui arrivait. Et elle n'avait pas bougé. Elle avait juste croisé les jambes en patientant, calmement.

Quelques heures plus tard, alors qu'elle sortait de sa chambre, dans le palais, elle espérait que le rendez-vous du lendemain serait enrichissant et, par Liekki, qu'on arrête de lui lancer les regards plein de haine qu'elle pouvait parfois voir. Elle n'était pas När ou Seren. Elle claqua de la langue alors que Najat brodait dans la chambre. Et la voilà, doucement agacée. Autant discuter avec Ren ne la dérangeait pas. Autant certains de ses nobles l'agaçaient prodigieusement. C'était une sorte de don à ce stade-là.

Elle sortit, cherchant quelque chose à voir, à faire. Peut-être lirait-elle ? Peut-être s'arrêterait-elle observer les jardins ? Ou peut-être qu'elle se laisserait vaquer longuement, parlant parfois avec les servants du palais. Elle pouvait aussi sortir à la recherche du cadeau pour sa benjamine. Mais dans ce cas-là, il lui faudrait emmener Najat avec elle. Après tout, la suivante la secondait en toutes choses, de son réveil à son coucher. Ou presque.

Lorsqu'elle voulu sortir, elle resta interdite un moment sur le pas de la porte, immobile. Les cordes de pluie tombaient sans s'arrêter, le vent les emportant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Elle regretta, un instant, son Agni natale. Sous la pluie, les enfants dansaient. Les musiciens laissaient résonner leur instrument malgré la pluie. Et jamais Seylim n'aurait pu entendre le son d'une goutte qui tombait sur une pierre. Agni était – d'après beaucoup – une Contrée bruyante. Pour Seylim, c'était toutes les autres Contrées qui étaient mortes. Une Contrée qui vivait faisait automatiquement du bruit. Il suffisait d'aller sur un marché pour le voir et surtout l'entendre.

Et elle retourna doucement sur ses pas, vaquant doucement dans les pièces que les domestiques s'activaient à rendre encore plus propres qu'elles ne l'étaient... Seylim les observa s'incliner sous son passage, leur rendant la pareille. Après tout, elle saluait ses propres servants, ce serait inconvenant de ne pas faire de même ici. Ses pas la conduisirent dans une pièce qu'elle appréciait du temps de Seren. Sa salle d'art. Elle se demandait ce qu'elle était devenue...

Seylim ouvrit la porte, inspirant longuement alors que son regard se posait sur les divers tableaux qui l'entouraient.

(Servant) ▬ Ma Dame, quelque chose vous ferait-il plaisir ?
(Seylim) ▬ Non merci. Je vous remercie mais j'aime simplement observer les tableaux.
(Servant) ▬ Bien Ma Dame. Vous faisiez déjà cela il y a quelques années.  
(Seylim) ▬ C'est exact... J'aime toujours autant cette pièce. Je la trouve relaxante. Qu'en pensez-vous ?

Le domestique l'observa, étonné. Elle se tourna pour le regarder, pour voir son interlocuteur. Et il questionna, en une nouvelle courbette.

(Servant) ▬ Vous désirez réellement mon avis ?  
(Seylim) ▬ Bien sûr ! Répondit-elle naturellement. Pourquoi votre avis ne serait pas désirable ?
(Servant) ▬ Je ne suis qu'un servant. Mon avis ne vous apportera rien.
(Seylim) ▬ C'est justement parce que vous êtes servant que je m'enquis de votre avis. Vous connaissez sûrement beaucoup plus de choses sur ses tableaux que moi. Et le savoir n'a ni limite ni frontière...

Le servant se redressa en entendant des pas non loin d'eux. Il entrouvrit la porte et s'inclina face aux personnes que Seylim ne voyait pas. Elle s'approcha et s'inclina à son tour en entrevoyant les deux femmes, jusqu'à entendre le serviteur élever la voix pour les arrivantes.

(Servant) ▬ Dame Auriane, Dame Eilean.

#iwhae pour epicode
Akasha
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Auriane

Akasha
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le Jeu 13 Sep - 18:35






Pluie diluvienne

Eilean s’était enquis auprès de domestiques de l’arrivée de l’ambassadrice d’Agni et était venu rapporter ce qu’elle avait appris à son amie. Oui, la dame agnienne était bien arrivée et ne rencontrerait le Souverain que le lendemain. Songeant que son frère devait en cet instant être enfermé dans son bureau, préparant leur entrevue, Auriane se dit qu’elle pourrait alors s’introduire elle-même auprès de la dame. Après tout, son propre statut, bien que mensonger, la plaçait bien haut dans la hiérarchie du palais. Elle ne ferait donc pas honte à son frère en allant elle-même à la rencontre de la dame des chevaux dont elle avait tant entendu parler. Et elle en avait envie. Peut-être était-ce un défi qu’elle se lançait à elle-même, afin de se prouver qu’après deux saisons enfermée dans ses appartements et plusieurs années isolée dans un hôpital, elle était capable de faire bonne figure face aux grands de ce monde. Il y avait bien entendu un gouffre entre les nobles et les dirigeants de Seele. Mais si elle ne désirait aucunement être pour le moment présentée aux Souverains et Gardiens, elle se dit que rencontrer l’ambassadrice d’Agni à la cours d’Akasha serait un bon début.

Eilean avait également appris que la dame s’était dirigée vers la salle des tableaux. Une pièce qui, pour une raison qui lui échappait, mettait Auriane mal à l’aise tout en la fascinant. Tous ces regards braqués sur elle, comme sondant son âme… Elle avait demandé à son frère pourquoi il n’avait pas touché à cette pièce, galerie affectionnée par Seren et qui, dans la logique, aurait du disparaître. Il n’avait pas répondu. Mais son silence en avait appris beaucoup à sa cadette. Il y avait un recueillement et une douleur dans l’absence de réponse de Ren. Elle avait alors compris. Cette pièce appartenait à Seren. Mais ce n’était pas l’ancien Souverain qui affectionnait le plus cet endroit.

Les deux jeunes femmes s’y dirigèrent donc, saluant d’un signe de tête les personnes qu’elles croisèrent sur leur chemin. Plus elles approchèrent, plus Auriane se sentait fébrile et nerveuse. Non loin de la salle aux tableaux, elle s’arrêta brusquement et, inquiète, se retourna vers son amie.

« - De quoi ai-je l’air ?
- Pardon ? Son amie écarquilla le regard de surprise avant de pouffer de rire. Mais tu es parfaite Auriane voyons… De quoi as-tu peur ?
- Oh… Je ne sais pas… Je n’ai encore jamais vraiment rencontré personne d’important… Et si elle ne m’aimait pas ?
- Qui pourrait te détester ? »

Sur le sourire doux et le regard attendri de son amie de toujours, Auriane franchit les derniers pas qui la séparaient de la pièce et, en les voyant arriver, un servant annonça leur venue, reprise en écho par le domestique derrière les portes. Ces dernières s’ouvrirent et les deux jeunes femmes pénétrèrent à l’intérieur. Auriane frissonna légèrement, comme à chaque fois qu’elle posait le regard sur les nombreux portraits accrochés au mur. Puis, elle porta son attention sur la femme déjà présente dans la pièce. Et elle se sentit aussitôt intimidée. Son frère lui avait parlé de Seylim Bin Shil, Dame des chevaux et femme d’un des hommes les plus puissants de la contrée du feu. Et Auriane n’avait jamais réellement su dire si son frère était agacé ou admiratif lorsqu’il parlait de l’ambassadrice. Et elle comprenait à présent pourquoi. La Dame avait une prestance, un port qui ne laissait souffrir aucune hésitation, aucune faiblesse. Elle était belle, réellement belle avec sa longue chevelure d’ébène cascadant dans son dos. Son regard alerte semblait la percer à jour et face à elle, elle se sentit minuscule. Chétive. Gauche. Mais elle n’en montra rien. Prenant une lente inspiration, elle s’inclina, comme elle avait appris à le faire, à la mode akashane et lorsque sa voix s’éleva, elle ne trahissait rien de sa timidité.

« Dame Seylim… C’est un honneur d’enfin pouvoir faire votre connaissance. »

Les deux jeunes femmes avaient mis leurs costumes et leurs masques. Eilean se tenait en retrait, s’inclinant lorsqu’Auriane le faisait, gardant le regard légèrement baissé. Elle était dame de compagnie, anoblie par Ren, à un rang qui lui permettait de rester près d’Auriane mais non de se comporter comme son égale. Auriane détestait cela. Mais elle n’avait pas le choix. Elle aussi avait un rôle à jouer en l’instant.

« Je me nomme Auriane, je suis la pupille de Mon Seigneur Ren. Pardonnez-moi pour ne pas avoir pu me présenter à vous lors de vos précédentes visites. J’ai du demeurer dans mes appartements à cause de ma santé. »
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