Prithvi
avatar
Messages : 35
Inscrit.e le : 13/05/2018

Emrys

Prithvi
Voir le profil de l'utilisateur
le Sam 1 Sep - 22:04
Une vie pourrie vaut mieux qu’une putain d’illusion



Depuis au moins une semaine, la demeure du Maître est en ébullition. Il a embauché plus de main d’oeuvre qu’à l’accoutumée, et ainsi tous les couloirs grouillent d’activité. Les chambres d’invités sont refaites à neuf ou presque, les cuisiniers ne savent plus où donner de la tête. Les écuries sont en train d’être récurées comme jamais par tous les palefreniers disponibles et les bêtes brillent comme des sous neufs. Les tapisseries des salons de réception ont été apportées à des tisserands afin d’être ravaudées et nettoyées. La maison entière est méconnaissable.

Pour ma part je suis avec les autres “artistes” de la maisonnée. Des esclaves aux talents plus prestigieux que juste gratter les latrines. Les musiciens, jongleurs, acrobates, s’entraînent sans relâche depuis au moins un mois, et j’y suis également forcé. Mon “professeur” de danse se montre implacable, même s’il ne recourt pas aux punitions habituelles devant mon insubordination. Finis les coups, la baguette, ou la privation de nourriture. J’imagine que je dois être présentable, et que les bleus et une maigreur à faire peur ne sont pas aux goût de nos invités de marque. Le soulagement est de courte durée cependant, puisque toute résistance me prive de couverture et de bois de chauffage. Frigorifié, je ne résiste pas bien longtemps.

Car oui, il paraît – je ne suis évidemment pas dans les confidences, mais Ania la fille de la cuisinière me l’assuré– que l’on attend une délégation de dignitaires d’Agni. Je ne sais quoi en penser. Je suis partagé au sujet de ces visiteurs, mon coeur balance sans arriver à trouver un équilibre. Je ne peux décider entre la haine de ces esclavagistes – car il ne fait aucun doute qu’ils sont venus commercer avec le Maître – et la nostalgie du soleil du désert, dont j’espère secrètement qu’ils auront amené un peu de chaleur à mettre entre les murs glacés de la ville. Je danse donc, puisqu'il faut bien que tout soit prêt à temps et que je ne veux pas mourir de froid.

***

Malgré mon ambivalence, je suis aux premières loges pour observer les invités lors de leur arrivée, ayant grimpé en haut du mur d’enceinte de la demeure, légèrement dissimulé au milieu des glycines. Ils sont tous beaux, bien vêtus, riches. Très riches, à en juger par leurs attelages. Je n’ai jamais vu une telle débauche de faste. Même le Maître, pourtant l’un des marchands les plus prospères de la région ne fait pas étalage ainsi de son aisance. Les observer me rend nostalgique des rues de Rubis. J’ai presque l’impression qu’ils ont apporté avec eux les senteurs d’épices du souk, mon cerveau me joue des tours.

Je regarde, désabusé, le Maître accueillir avec obséquiosité celle que je devine être la principale hôte. Sa prestance la démarque de tous les autres, elle a le port altier d’une personne habituée à ce qu’on la respecte et qu’on lui obéisse. Et cela semble effectivement être le cas. Tout son entourage s’affaire autour d’elle sans même qu’elle ait besoin de dire quoi que ce soit. Je me demande combien d’entre eux sont là de leur propre chef. Certains oui, clairement, riches et bien habillés. D’autres, pas forcément, petites mains et autres domestiques qui s’agitent. Tout le monde se prépare pour la soirée, et j’entends mon nom crié en bas dans le jardin, chargé de menace. Je ne veux pas manquer de couverture cette nuit et saute au bas du mur, maté.

***

Une grande main qui m’a donné trop de coups me pousse légèrement vers la salle à manger, derrière un rideau. Les instruments déjà en piste masquent le bruit des grelots à mes chevilles et à mes poignets et le tintement des sequins cousus à ma ceinture. Ce salopard m’a affublé d’un voile qui cache la moitié inférieure de mon visage, ne laissant apparaître que mes yeux. Les musiciens ont entamé un nouvel air, plus proche des sonorités auxquelles je suis habitué, et j’imagine que nos invités aussi. C’est à moi d’entrer en scène. Je sers les poings, les dents, je m’entoure d’une armure d’indifférence et laisse mon esprit fusionner avec la musique. J’attends mon moment. Les autres danseurs me jettent des regards pas si furtifs pleins d’impatience, attendant que je me lance, que je passe de l’autre côté du rideau, mais je les vois à peine. Je me laisse porter par le souffle chaud du vent sur les dunes qui souffle dans chaque note.

Lorsque le moment vient, j’entre en scène d’une acrobatie, et commence à danser. C’est la seule chose qui me sauve encore, qui rend cette vie supportable. J’aperçois la femme de tout à l’heure, à la droite du Maître. Et si je parvenais à l’éblouir suffisamment pour qu’elle cherche à me racheter, me ramener au pays ? Si c’était une occasion pour quitter cette région glaciale et dure qui ne cherche qu’à écraser ses habitants ? J’ai du mal à la quitter des yeux, de mouvement en mouvement, espérant qu’elle me remarque....

Mais non, je ne peux pas supporter ça. Je ne me reconnais même plus dans mes propres pensées, comme si le Maître, après m’avoir volé ma famille, ma maison et ma liberté allait réussir à me priver aussi de mon identité et de mes valeurs. Ma rage se transmet à mes mouvements, et je me perds à nouveau dans la danse, jusqu’à m’arrêter en même temps que la musique, immobile mais à bout de souffle.

Codage par Libella sur Graphiorum
Agni
avatar
Messages : 83
Inscrit.e le : 09/05/2018

Seylim

Agni
Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 3 Sep - 2:53

Une vie pourrie vaut mieux

qu'une putain d'illusion

[feat. Emrys]



"La danse est le langage caché de l'âme"
Martha Graham

=>48e jour de Liekki, an 997.
Prithvi. C'est la première fois que l'agnienne y va d'elle-même. Parfois, en tant que nièce de ou fille de, elle avait déjà pu observer les paysages et la capitale. Ce jour-là, elle y allait pour terminer un contrat que son époux a rédigé. Lui n'avait pas le temps et elle aimait, bien que loin de s'en pavaner, l'effet qu'elle faisait en arrivant devant les dirigeants qui s'attendaient à recevoir le Seigneur et non sa Dame. Elle a supporté en silence les deux jours de calèche que le trajet leur imposait, leur chemin s'arrêtant dans la demeure d'un noble prithvien. Seylim commerce du bétail contre des minerais, du fer notamment. Leur propre stock s'épuise lentement sous les mors et autres ustensiles qu'ils font. Peut-être arrivera-t-elle à augmenter les quantités qu'elle vient négocier. Ils ont apporté des épices... Elle devait en user précautionneusement... Peut-être que...

(Najat) ▬  Seylim, nous arrivons.
(Seylim) ▬  Bien.

Effectivement, une petite heure s'écoule et la carriole s'arrête – enfin. Najat observe sa maîtresse fermer les yeux pendant une minute, inspirant profondément, expirant longuement avant d'hocher la tête. Le regard se durcit, fixant sans la voir sa suivante dévouée et son buste se tourne sous les pas du cocher qui ne devrait pas tarder à ouvrir la portière. Najat a parfaitement saisi le timing de l'ambassadrice et Seylim se fait la réflexion qu'elle devrait la remercier plus tard.

(Maître) ▬  Bienvenue dans mon humble demeure Seign... Oh ! Milles excuses ma Dame, je m'attendais à voir votre époux.
(Seylim) ▬  Seylim Bin Shil, épouse du Seigneur des Chevaux d'Agni, ambassadrice entre ma contrée et Akasha. Je vous prie de m'excuser de ne pas vous avoir avertit de ma venue. Mon mari et moi-même vous prions de ne pas nous en tenir rigueur, cela nous est apparut comme la meilleure des solutions compte tenu de nos emplois du temps respectifs.  
(Maître) ▬  Ne vous en faites pas ma Dame, je conçois que votre époux doit être un homme fort occupé et vous, ayant bien plus de temps libre, avait prit sur vous pour faire ce trajet qui a dû être éprouvant.

Seylim répond sans porter d'intérêt quelconque à ses propres propos, notant l'insinuation que portait les mots du noble. Elle a « bien plus de temps » que son mari, parait-il... L'agnienne observe le regard du noble qui détaille avec une avidité sans nom sa tenue. Elle est très joliment habillée. Bien plus que nécessaire, c'est un fait. Néanmoins elle n'oublie pas qu'elle porte son statut et s'il faut qu'elle se déguise en Souveraine d'Agni pour se faire, elle n'hésitera pas. Elle a longuement hésité, dans la taverne où elle avait dormi la nuit précédente, et avait fini par se vêtir d'un haut assez près du corps, flottant au niveau de ses bras. Les épaules bronzées sont dénudées, comme la peau de son ventre. Elle a opté pour un sarouel, bien plus confortable, aux teintes aussi chaude que le soleil de sa Contrée. Elle n'a pas oublié ses ornements divers et variés, passant de bracelets de chevilles à collier, bracelets et bagues. Cependant, elle n'avait pas prévu la fraîcheur de l'endroit. Dans ses souvenirs, Prithvi était plus chaud que ce à quoi elle fait face.

Presque naturellement, Najat s'incline devant leur hôte, se courbant ensuite vers sa maîtresse en lui tendant  un morceau de tissu aux broderies dorées. Seylim sait qu'il peut couvrir les crânes mais que certaines aiment en user comme fichu. Pour sa part, elle se laisse l'enrouler autour de son ventre – toujours faiblement découvert. La caravane ne tarde qui voyage avec elle arrive peu après. Parmi les occupants, la femme de son oncle, Seigneur d'Agni également et sa propre sœur, Sanila, qui désirait des coloris qu'on ne trouvait qu'à Prithvi. Et leur propre servant, cela paraissait évident.

Il était bien trop tard pour envisager une discussion basée sur des négociations et l'agnienne se laisse proposer un repas afin qu'elle puisse se reposer d'une nuit complète avant de parler affaires. Car si elle ressent la fatigue, elle ne doute pas que c'est le cas pour ses interlocuteurs. Elle est assise à une grande tablée, ses camarades agniennes doucement plus loin d'elle. Aujourd'hui et pour la durée de son séjour, elle devait être la pièce maîtresse. Alors soit. La soirée débuta et de tout ce qu'avait imaginé Seylim durant le trajet, elle ne s'attendait pas à voir un autre agnien qu'elle-même et sa ménagerie. Pourtant il était devant elle. La musique du désert se met à raisonner et la Dame en oublie de manger. Son sang se retourne, se calme, s'embrase dans la seconde et un simple coup d'oeil lui permet de voir que sa suivante et sa sœur sont dans le même état.

(Seylim) ▬  "C'est lorsque les maris prennent leurs instruments que les femmes dansent le mieux." cita Seylim, la voix basse.
(Maître) ▬  C'est de vous ma Dame ?
(Seylim) ▬  Du tout. C'est un proverbe agnien. La danse devrait toujours se faire à deux au minimum, en groupe pour les fêtes. Une danse seule est un hommage ou une punition.  

Elle aurait du regarder son hôte mais ses pupilles l'en empêchent. Elle ne fait que le voir lui. Lui qui danse. D'abord elle l'aurait comparé à un serpent. Langoureux, envoûtant, gracieux. Une danse sensuelle qui n'a que le but de vous faire ployer. Et il y a quelque chose. Un regard, un éclair. Était-ce pour elle ? Pour le noble ? Mais ses pas s'accélèrent. Dans ce qu'elle voit, Seylim revoit Balkish lors de ses colères silencieuses.

Certains Agniens pleurent, hurlent sans voix. Certains, comme ta sœur, préfèrent la danse pour extérioriser. " avait dit sa mère quelques années plus tôt. Et Seylim se laisse voir des similitudes entre son aînée et le danseur qui parade devant elle.

(Seylim) ▬  Excusez-moi... Comment s'appelle ce danseur ?
(Maître) ▬  Emrys ma Dame.

Elle hoche la tête doucement sans quitter l'homme qui remue devant elle. Happée. Obnubilée. Elle ne pensait pas voir un agnien hurler silencieusement devant elle. Elle sent ses bras trembler, ses jambes se contracter, son regard brun ne le lâchant pas une seconde. Elle ne comprend pas cette haine qui ressort lors de ses pas. Elle ne comprend pas mais il semble lui parler. En elle, quelque chose résonne. Lorsque la musique s'arrête, Seylim s'éloigne de la table, se redresse et se lève, s'inclinant longuement face au danseur, Najat suivant son exemple sans un mot, bientôt suivies par les autres Dames venues avec elles. L'hôte écarquille les yeux, sa voix emplie d'incompréhension questionne doucement, éberlué par ce qu'il voit.

(Maître) ▬  Pourquoi... vous inclinez-vous... ?

Et Seylim de se redresser, de l'observer du coin de l'oeil avant de répondre, plus sèchement que ce qu'elle aurait voulu.

(Seylim) ▬  Les Agniens s'inclinent respectueusement en deux cas. Lorsque les connivences et la bienséance l'exigent ou devant une belle représentation. Je montre à ce jeune homme à quel point nous avons apprécié sa danse. Nous aurions pu applaudir. Mais j'estime plus aisément l'inclinaison que les mains qui se frappent.  

Elle le dénigre une seconde avant de reporter son regard vers le danseur.

(Seylim) ▬  Mes félicitations jeune homme. Votre danse fait honneur à tout Agni.  
(Maître) ▬  Il n'est qu'esclave ma Dame, vous n'avez pas à vous abaisser...
(Seylim) ▬  Je ne m'abaisse que très rarement. Ce jeune homme m'a offert un spectacle tout à fait plaisant. Pensez-vous que je sois femme à courber l'échine si aisément ? Claque sa voix une nouvelle fois.
(Maître) ▬  Non, ce n'est pas ce que je voulais insinuer, bien sur que non.
(Seylim) ▬  Et s'il n'est qu'esclave... Peut-être devrais-je le ramener avec moi ?  

Najat se redresse et observe sa maîtresse avec une curiosité dans le regard. C'est naturellement que cette dernière poursuit.

(Seylim) ▬  Nous autres, Agni, soumettons de force et créons les esclaves de tout Seele. Je vous demande à présent, savez-vous pourquoi, malgré tout, nos dos ne ploient jamais ? Et elle poursuit sous le silence de son interlocuteur. Parce qu'un Agnien vit dans le désert, la soif et l'aride climat. Parce que, comparée aux autres contrées, Agni n'a que sa force d'esprit et la danse pour survivre. C'est, d'après moi, ce qui fait de nous le peuple le plus tolérant bien que le plus enclin à enchaîner. Un agnien garde le corps droit même enchaîné.  
(Maître) ▬  Ma Dame, s'exclame un noble inconnu, votre époux a le commerce d'esclaves d'Agni. Comment pouvez-vous...
(Seylim) ▬  Parce qu'il l'est. Je me permets de le dire. Les agniens sont reniés dans la plupart des contrées et ce, avant même Seren. Nos premiers esclaves ne venaient pas d'Agni. Et je n'ai aucun jugement à recevoir d'un prithvien qui profite d'esclaves sans se remettre en questions.  

Et Najat d'intervenir, posant sa main sur son épaule. Seylim se rassoit faible, soupirant. Et reprit lentement la parole.

(Seylim) ▬  Je vous prie de m'excuser. Je suis sûrement plus épuisée par le voyage que ce que j'imaginais. Je vous serais reconnaissante de ne pas m'en tenir rigueur.

Tenue de Seylim:
#iwhae pour epicode
Prithvi
avatar
Messages : 35
Inscrit.e le : 13/05/2018

Emrys

Prithvi
Voir le profil de l'utilisateur
le Mer 12 Sep - 19:58
Une vie pourrie vaut mieux qu’une putain d’illusion



De ma position inclinée à la fin de ma représentation, j’entends une chaise racler le sol. Je relève la tête, intrigué par le silence qui a suivi la fin de la musique. Pas d’applaudissements – je n’en ai peut-être pas mérité – mais pas non plus de conversations, pas de bruits de couverts. Le silence règne dans la salle, et cela plus que tout autre chose me prend au dépourvu. C’est elle, la Dame, qui s’est levée, et qui ploie le buste devant moi. Je reste interdit, ne sachant que faire dans une telle situation. Les invités du Maître ne m’ont jamais habitué à une telle réaction.

Le Maître lui aussi semble décontenancé, et demande des explications. Je ne suis qu’à moitié la discussion qui s’en suit, encore pris dans l’exercice que je viens de terminer, et essayant de reprendre mon souffle ainsi que le contrôle de mes membres. Rares sont les danses qui m’ont ainsi privé de mes moyens. Je ne saurais dire combien de temps cela a duré. Je sais déjà que je le regretterai probablement demain matin, lorsque mes muscles refroidis auront raidi. Je suis ailleurs, j’ai du mal à me concentrer sur ce qui m’entoure.

Je ne comprends que quelques mots de ce qui se déroule devant moi, alors que je reste sans bouger, comme un lapin hypnotisé par le regard du serpent.
“Peut-être devrais-je le ramener avec moi ?”
Je me mets à trembler et mes jambes me lâchent presque. A-t-elle lu dans mes pensées ? Comment a-t-elle su… Non, je m’égare, c’est impossible. Le Maître ne refuse pas directement, probablement trop inquiet de se mettre à dos une partenaire commerciale, mais nos regards se croisent et je sais que cette issue me sera refusée. Un retour à Agni… mes émotions sont contradictoires, mais je n’aurais pas à décider entre elles. Je baisse la tête et laisse se dérouler le reste de la soirée, conscient que j’en entendrai parler avant la fin du séjour de cette délégation.

***

Etrangement on ne m’a pas demandé de danser à nouveau. Peut-être craint-on trop l’incident diplomatique que ma prestation a failli déclencher. Je me suis contenté de rester assis dans un coin comme un joli chien bien dressé, tout en essayant de ne plus avoir de contact visuel avec l’invitée. Je déteste l’espoir qui est né en moi depuis sa proposition. Une fois tout ceci terminé je m’éclipse dans les loges où j’arrache le voile humiliant qui me masque le visage. A moitié dévêtu je ne l’entends arriver que trop tard. Le Maître se glisse derrière moi, collé à mon dos, et me saisit la gorge d’une main. Il ne serre pas mais je suis coincé, le moindre mouvement me ferait mal. Ca ne m’empêche pas d’essayer en vain de me débattre.

Alors comme ça, tu voudrais retourner d’où tu viens, esclave ?” Sa voix est douce mais ses mots pleins de fiel. Je soutiens férocement son regard dans le miroir et crache :
Tout plutôt que rester ici !
Il me retourne violemment et ma hanche heurte la coiffeuse, m’arrachant une grimace, et je n’ai pas le temps d’anticiper la gifle du revers de la main qui me fend la lèvre.
Ne te crois pas sorti d’affaire, vermine. Tu serais déçu.

Et comme il est arrivé, il s’en va rejoindre ses hôtes. Son absence n’aura pas duré plus d’une minute.

***

Le lendemain, dès le milieu de la matinée, je suis appelé à servir le Maître dans son salon personnel où il reçoit ses invités. Ma démarche est raide lorsque je leur sers vin chaud et pâtisseries, surtout à cause de ma transe de la veille, mais ma hanche me lance tout particulièrement. J’arbore fièrement ma lèvre meurtrie, en partie parce que je sais que tenter de la dissimuler lui aurait fait trop plaisir. Je ne sai!s pas à quel petit jeu cruel il s’amuse, mais s’il compte me retenir je ne veux pas lui faciliter la tâche, et mes courbettes à son égard sont juste un peu trop superficielles.

Codage par Libella sur Graphiorum
Agni
avatar
Messages : 83
Inscrit.e le : 09/05/2018

Seylim

Agni
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 21 Sep - 15:21

Une vie pourrie vaut mieux

qu'une putain d'illusion

[feat. Emrys]



"La danse est le langage caché de l'âme"
Martha Graham

=>48e jour de Liekki, an 997.
.

(Najat) ▬  Seylim...
(Seylim) ▬  Oui Najat ?
(Najat) ▬  Tu es énervée.

Pas de questions dans la voix de la servante. Elles se sont éclipser à la fin du repas, prétextant leur fatigue alors que cela n'était qu'une justification à la colère sourde de l'ambassadrice. Sa suivante, lorsqu'elles se retrouvèrent seule, reprit la parole sans sembler terrifiée par sa maîtresse. Elle avait l'habitude depuis le temps qu'elle la servait.

(Najat) ▬  Qu'est-ce qui t'énerve exactement ?

Elle le savait. Elle avait la réponse avant même de poser la question. Mais son rôle de servante était finit, actuellement, Seylim avait besoin d'une oreille, d'une amie.

(Seylim) ▬  Il critique ouvertement notre patrie sous prétexte que nous faisons du commerce d'esclaves. Seulement nous au moins, avons assez d'ouverture d'esprit pour les éduquer convenablement. Tu les as vu ? Ils sont fins. Sûrement sous-nourris. Je suis prête à parier qu'aucun d'eux ne sait compter !
(Najat) ▬  Je comprends.
(Seylim) ▬  Et ce sont les agniens les barbares ? Franchement, cela me révulse !
(Najat) ▬  Tu veux rompre les négociations ?

L'ambassadrice se tourna pour la fusiller du regard et Najat lui répondit d'un sourire.

(Najat) ▬  Bien sur que non. Cela ne se fait pas n'est-ce pas ?
(Seylim) ▬  Je porte le nom de ma famille. Je ne peux pas faire ce qui me comblerait. Sinon j'aurais pris une arme pour égorger ce chacal sans cerveau. Mais si je le vois comme une bourse scintillante... Je devrais réussir à me calmer...

Najat se permit de ricaner. Beaucoup imaginait Seylim comme quelqu'un de froid et hautain, de vicieux et pernicieux. Elle, elle savait que l'agnienne était franche et sincère, sûrement trop pour le rôle qu'elle portait mais cela la rendait touchante. Parfois, Najat voyait en Seylim une mère de substitution. Des fois, elle voyait une sœur. Et aujourd'hui, seules dans leur chambre, elle voyait une simple agnienne en colère. L'ambassadrice ne ferait rien de mal et se contrôlerait, comme toujours. Elle n'aurait ni gestes déplacés, ni mots suffisamment déplacés pour qu'on lui en tienne rigueur. Seulement ceux qui ne faisaient qu'écouter Seylim se trompaient. On écoutait, regardait, comprenait Seylim. C'était une femme splendide et intègre en qui il était simple de lire... pour qui se donnerait la peine de le faire. Et si elle le désirait. Najat avait déjà vu sa maîtresse cacher tous sentiments jusqu'à n'être que froideur et inflexibilité. Néanmoins, voir Seylim dans cet état était tellement rare qu'elle pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où elle l'avait vu ainsi.

~ ~ ~ ~ ~

Dès le lendemain, l'agnienne se leva bien trop tôt, profitant du jardin de son hôte pour … comment dit-on ? Se « ressourcer ». Elle y passe un certain temps, silencieuse, immobile, assise à laisser le vent flotter sur son visage, le dos droit. Elle finit par se faire appeler par Najat. Le propriétaire des lieux désire la voir. Seylim se relève, le buste toujours parfaitement droit, le regard se durcissant faiblement. Elle se retient de justesse de soupirer et accompagne sa servante dans le salon personnel de l'hôte. Avant d'entrer, Najat pose une main sur le bras de sa maîtresse qui ne semble pas réagir. Quelques mots agniens sont chuchotés pourtant.

(Seylim) ▬  Je sais...

Et elle entre, prête à négocier avec ce qu'elle qualifie mentalement d'idiot incapable. Après bien trop de minutes ou de longues heures – tout dépend du point de vue – Seylim observe son hôte appeler un « servant » en vue de conclure l'accord de vente. Mais il y avait une grande différence entre les « servants » qu'elle avait et ceux qu'il possédait. Chez elle au moins elle avait des esclaves en bonne santé... Et voilà le danseur qui revient, portant un plateau de vins et autres gourmandises. Seylim ne montre rien lorsque son regard se pose sur la lèvre boursouflée. Elle le voit s'incliner avec difficultés et c'est Najat qui murmure, s'inclinant pour qu'on ne lise sur ses lèvres ou pour simplement chuchoter plus bas :

(Najat) ▬  Il a été battu ma Dame.

Seylim hoche doucement la tête avant conclure ce qui l'ennuyait. Une part d'elle se rappelait qu'elle n'avait pas encore parler de deux tiers des sujets qu'elle était venue aborder. Après tout, elle devait rester un certain temps ici. Ce n'était pas le moment de se chamailler avec un noble prétentieux et imbu de lui-même.

(Seylim) ▬  Sommes-nous donc d'accord pour les quantités de fer ?
(Maître) ▬  Bien sûr. Il nous reste à trouver un terrain d'entente pour le bétail.
(Seylim) ▬  Cela va sans dire. Puis-je me permettre, après cette collation, de laisser ma place à ma sœur, Sanila Bin Shil ? Elle est intéressée par les différents pigments de couleur que vous avez.
(Maître) ▬  Oh mais bien entendu ! Travaille-t-elle dans le textile ?
(Seylim) ▬  Elle est une artiste peintre reconnue dans la Contrée du Feu.

Elle voit dans son regard qu'elle a touché une corde sensible. Peut-être pensait-il pouvoir négocier plus aisément avec elle qu'avec son aînée. Peut-être. Si c'était le cas, il se trompait. Sanila ne négociait pas. Elle achetait ou refusait. Seulement ce n'était plus le soucis de Seylim. Elle accepta le verre que lui posa devant elle le serviteur et sortit quelques épices agniens pour relever le goût une fois ses lèvres trempées dans le breuvage. Lentement, elle s'en délecta, soupirant faiblement alors qu'un léger sourire vint éclairer son visage. Quelques minutes plus tard, éludant l'origine des épices et après les avoir fait goûter à son hôte, elle sortit de la pièce, échangeant avec sa sœur. L'agnien natif ressortit.

(Seylim) ▬  C'est un ignare qui te croit idiote parce que tu es peintre.
(Sanila) ▬  J'ai l'habitude de remettre les gens en place. Lui ou un dromadaire, ce sera le même traitement.

Une fois libre de toutes obligations, Seylim se dirigea vers les cuisines, cherchant à négocier un nouveau verre de vin, son corps encore tendu sous le manque de réflexion de son interlocuteur.

(Seylim) ▬  Excusez-moi de vous déranger... Serait-il possible de ravoir de ce doux vin qu'Emrys nous a apporté plus tôt ?  

#iwhae pour epicode
Prithvi
avatar
Messages : 35
Inscrit.e le : 13/05/2018

Emrys

Prithvi
Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 1 Oct - 13:39
Une vie pourrie vaut mieux qu’une putain d’illusion



Cette séance est une véritable torture. Je dois rester debout derrière le Maître sans bouger, obligé de rester suffisamment attentif pour pouvoir répondre immédiatement au moindre de ses ordres. Et pendant ce temps, lui et l’Agnienne négocient âprement le bout de gras, la moindre pièce d'or sujette à des débats que le semblent infinis. Pourtant, malgré les courbatures et la douleur de la hanche qui rendent mon rôle plus difficile encore, je n'envie pas la place du scribe chargé de retranscrire les négociations. Sa plume court à toute vitesse sur le papier, et je vous la transpiration perler à la racine de ses cheveux tant il est concentré. Je crois que je ne serais plus le seul à avoir les muscles raides.

L'Agnienne se lève enfin et je dois retenir un soupir de soulagement : peut-être est-ce terminé ? Malheureusement ça ne semble pas encore être à l'ordre du jour car elle sort seule après s'être inclinée, et voilà qu'en rentre une autre dans la pièce, qui prend sa place. Comment le Maître fait-il pour supporter ça ? Sa soif de richesse ne connaît pas de limite. La nouvelle arrivée ressemble terriblement à celle qu'elle remplace, elles pourraient être sœurs. J'en conclus que c'est probablement le cas étant donné qu'elles font partie de la même caravane. Il y a longtemps que j'ai arrêté d'essayer de suivre les négociations, mais j'ai l'impression que ça ne tourne plus en faveur du Maître, car ses gestes se font légèrement plus brusques et ses ordres plus secs.

Je profite de la première occasion pour quitter la pièce. Un voyage aux cuisines est nécessaire, car la carafe de vin est vide. Pour une fois je n'attends pas la consigne avant de m'exécuter : j'ai besoin de me dégourdir les jambes et de m'éloigner d'ici et tous les prétextes sont bons pour le faire. Je prends tout mon temps pour parcourir la distance que me sépare de la réserve. Une nouvelle cruche de vin épicé sous le bras, je me dirige cette fois vers les cuisines pour la faire chauffer. Je sais qu'il y en a déjà probablement tout préparé qui ne demande qu'à être apporté dans le salon mais je préfère l'ignorer et rester absent aussi longtemps que possible.

Arrivé en vue des cuisines, je vois Emma, en conversation avec nulle autre que la belle Agnienne. En me voyant elle me fait signe d'approcher plus vite, ce que je fais.

“Tiens, Emrys, tu tombes bien. Sert donc une coupe de vin chaud à Dame Seylim.” Puis à l'intéressée : “Si vous voulez bien m'excuser, ma Dame, je vous laisse entre ses mains, je suis obligée de m'occuper du repas qui approche.”

Et comme ça elle disparaît, me laissant seul face à la Dame, figé comme la proie sous le regard du serpent. Je m'incline, maladroit puis hésite sur la marche à suivre. Je me vois mal la servir dans le couloir, et je ne crois pas que les cuisines soient un endroit bien plus acceptable pour les gens comme elle. Je ne pense cependant même pas à refuser, sachant pertinemment qu'un tel retard me vaudra des ennuis plus tard, je préfère infiniment rester avec cette femme qui transporte mon pays natal dans son sillage. Je ne sais pas quelle attitude adopter avec elle. Ma position d'esclave m’écœure et je n'arrive pas à déterminer si je préfère courber le dos pour une chance de retourner à Agni ou si ma dignité compte plus pour moi que l'appel du désert.

“Où… où voulez-vous que je vous serve, ma Dame ?”

Codage par Libella sur Graphiorum
Agni
avatar
Messages : 83
Inscrit.e le : 09/05/2018

Seylim

Agni
Voir le profil de l'utilisateur
le Jeu 11 Oct - 18:04

Une vie pourrie vaut mieux

qu'une putain d'illusion

[feat. Emrys]



"La danse est le langage caché de l'âme"
Martha Graham

=>48e jour de Liekki, an 997.
La première personne qui lui répond est une servante. Une jolie demoiselle qui s'incline dans sa direction. Elle lui explique que le vin est dans les mains d'Emrys et que, surtout préposée au ménage et au maintien des lieux de vie en état, elle n'était pas sure de savoir où il se trouvait. Assez évidemment, Seylim acquiesce les propos de la domestique. À aucun moment elle n'espère avoir eu une demande trop exigeante. Elle avait besoin de trois choses qui paraissent doucement futiles. Elle avait besoin d'un bon verre de vin. D'une discussion intelligente sans qu'on ne la prenne pour une barbare. Et d'un rappel de sa patrie. Elle portait le nom d'Agni avec elle. Elle représentait sa Contrée. Mais en l'instant, elle n'aurait refusé un rappel pour rien au monde. Et c'était précisément ce qu'elle était venue chercher.

Après avoir longuement parlé avec la demoiselle, avoir apprit de son nom – Emma – à ses loisirs ou ses rêves, elle finit par la voir tourner le visage vers la porte qui s'ouvre. En entendant le nom du danseur, elle se laisse tourner le visage jusqu'à entendre son interlocutrice prendre la parole.

(Emma) ▬  Tiens, Emrys, tu tombes bien. Sert donc une coupe de vin chaud à Dame Seylim.” Puis à l'intéressée : Si vous voulez bien m'excuser, ma Dame, je vous laisse entre ses mains, je suis obligée de m'occuper du repas qui approche. 

Seylim s'incline doucement sous les propos de la servante et sourit lorsque le danseur revient. Elle se laisse l'observer sans un mot, juste un simple mouvement de tête. Comme lui avait signalé sa dame de compagnie, elle regarde sa démarche, se retient de soupirer sous les idées de ce qu'il avait pu subir. Elle observe un peu plus le danseur avant de lui sourire, comme elle souriait rarement à ses serviteurs.

(Seylim) ▬  Que pensez-vous d'un salon, où l'on pourrait être tranquille ? J'aimerais discuter un peu avec vous. Pourquoi pas de l'évolution d'Agni depuis votre départ ? Ou juste de vous et de votre parcours ? J'admets aisément que la curiosité m'emporte lorsque je m'essaie à imaginer les péripéties qui vous ont fait quitter votre Contrée.

L'agnienne se laisse sortir le petit sachet d'épices avant de poursuivre doucement.

(Seylim) ▬  J'imagine combien ma demande est inconvenante. Néanmoins serait-ce possible que nous nous asseyions et que nous discutions ? Non pas d'ambassadrice à servant. Mais d'Agnien à Agnienne. Serait-ce simplement envisageable ?

Elle sait que c'est inconvenant et que cela ne se fait pas. Cependant, elle désire en apprendre plus sur lui. Sur ce qu'il a vécu. Et surtout, il ne pouvait être aussi ennuyeux et vexant que l'avait été son maître. C'était un choix parfaitement réfléchi. Elle ajoute, comme pour laisser son invitation être au moins réfléchie.

(Seylim) ▬  Je puis vous inviter à goûter quelques épices qui vous feront voir la contrée du feu. Elles sont délicieuses. Et nous pensons qu'elles contiennent des effets curatifs. Ces dernières pourraient être intéressantes pour votre cuisse.


#iwhae pour epicode

Contenu sponsorisé

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum