Aap
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Anne-Marie

Aap
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le Lun 3 Sep - 19:51

Et si on arrêtait tout

Je suis pétée.

Complètement.

Je ne sais pas si passer d'abord au bistro était une si bonne idée, mais bon ce qui est sûr c'est que je suis dé-ten-due. Une fois sortie de ce bar où je m'étais alcoolisée plus que de raison, c'est en titubant que j'ai trouvé appui sur un mur, auprès duquel je me suis assise. Appuyée ainsi, je me suis appliquée à rendre mon bonheur encore plus grande grâce à quelques herbes dans ma poche. Roulée dans une feuille, je m'échinais ensuite à l'allumer. Je crois bien qu'une mèche de cheveux est partie avec, ça sentait un peu le cochon. C'est en commençant à tirer dessus que je me suis rendu compte d'une erreur : je n'étais pas du tout au bon endroit. Alors que ce vendeur d'esclaves vivait près de la Cité de Rubis, je me trouvais actuellement à Calib. Heureusement que je n'avais pas prévenu, le pauvre serait en train de m'attendre.

(Héhé, pourquoi suis-je à Calib ? Tout se passe ici)

Heureusement mon cheval était intelligent, il me fixait de tout son haut, juste à côté de moi.

- Tu me suis depuis quand toi ? »

Je n'eus pas de réponse – devrais-je en attendre d'un cheval ? Mais il eut la gentillesse de s'abaisser pour que je grimpe plus facilement sur son dos, enfin assez pour que je sois au moins en sac à patate sur lui. Le didgeridoo attaché à dos tomba vers l'avant, mais toujours rattaché à mon petit corps. Il m'étranglait de moitié. Je me redressais donc avec grande peine, tirant sur la crinière de mon cheval qui semblait s'en moquer. Une fois installée correctement, je remis mon instrument à sa place et repris ce que j'avais entreprit : mon herbe.

Plusieurs fois sur le trajet il s'éteignit, à chaque fois je mettais bien trop de temps à le rallumer. Perdue dans la contemplation du paysage que j'oubliais aussi vite, l'herbe faisait son effet en me rendant rien d'autre qu'heureuse. Je ne pensais à rien, si ce n'est au chemin que je parcourais. Souvent, je me retrouvais à fixer un point au loin, sans pensée aucune, sans but aucun, puis je tirais un coup sur ma feuille remplie mais de nouveau éteinte. C'est ainsi que je n'eus pas même l'occasion de le finir avant d'arriver.

Mon doux canasson s'arrêta devant deux hommes armés, droits comme des I. En les voyant, je me suis redressée, enfin autant que je le pouvais, et ai voulu faire mon plus beau sourire. Je ne sais pas trop ce que ça a donné, mais ce ne devait pas être aussi resplendissant que je l'avais voulu. Devant leur regard dubitatif, je suis descendue du cheval. Enfin, tombée. Braves hommes qu'ils étaient, ils m'ont tout de même aidée à me relever. Une fois debout sur mes pieds, je constatais que j'avais perdu mes chaussures et que j'étais désormais couverte de sable. Je ne devais certainement pas avoir l'air d'une duchesse.

- Euh.. Je suis venue voir... Ish... Je sais que ça commence par Ish... Isho... Ishou... Ishonen... Euh... votre maître là. »

- Ishüen, madame ? »

- Voilà ! C'est lui ! »

Ils éclatèrent tout deux de rire, c'est limite si je n'entendais pas mon cheval rire aussi. De quel droit il rit lui ? C'est quand même moi qui le nourri ! Après un soupir d'exaspération, j'ai tendu ma main droite sur laquelle se trouvait une chevalière avec le seau familial.

- Dites lui qu'Anne-Marie de la Jacasserie, duchesse de Blanchecolline, veut le voir. »

J'avais été plus droite et plus ferme que je ne m'en pensais capable, et refoula un renvoi qui voulut percer. Autant garder le peu de crédibilité gagné, si j'en avais... Un des deux hommes partit alors vers l'intérieur du domaine, pendant que l'autre m'observait de haut en bas.

Ainsi je me retrouvais à attendre la venue du maître de maison, c'est à ce moment là que je me suis rendue compte que mon herbe était toujours dans mes mains, l'odeur devait s'être bien installée... Je me suis hâtée de le jeter au loin, en priant pour qu'il ne reconnaisse pas l'odeur...
Seigneur des Chevaux
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Ishüen

Seigneur des Chevaux
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le Ven 14 Sep - 18:04
 
Et si on arrêtait tout ?


« La bataille de Taglim ? »
« 659 ! »
« Bien. Et le traité des Deux Couronnes ? »
« Euuuh... »
« 344! »
« Hé ! »
« 341. Mais c’est très bien tenté. »
« Mon Seigneur ? »


Ishüen relève la tête de la table basse sculptée où il est installé avec ses deux filles, penchées sur leurs leçons. Sur le seuil de la pièce, un de ses gardes s’incline respectueusement devant lui et les demoiselles de la maison. Le Seigneur des Chevaux tente de déchiffrer l’expression de son visage, de se souvenir de son nom. C’est le fils cadet d’un de ses capitaines, il lui semble. Il est jeune, en service ici depuis un an ou deux, guère plus, et il craint visiblement de froisser son maître avec une nouvelle déplaisante. Il finit par poursuivre, les sourcils froncés en une expression perplexe :

« Une femme demande à vous voir. Elle prétend être duchesse de Blanchecolline. Elle possède un sceau. Elle... »

Blanchecolline. La vision du duché verdoyant et de son château, posé comme un joyau au milieu de champs prospères et de pâturages couverts de moutons lui revient en tête. Il achète nombre de bêtes dans ce duché pour les revendre sur les marchés agniens et la duchesse est également une de ses portes d’entrée pour le commerce d’esclaves dans la contrée de l’eau. Même si la pratique est illégale, la noblesse là-bas n’est pas différente de partout ailleurs. Posséder des humains sans avoir à les payer a toujours de nombreux avantages aux yeux des puissants. Mme de Blanchecolline s’est donc fait fort de se fournir en main d’œuvre de qualité avant de la redistribuer sur les mailles d’un réseau élitiste et secret. Leurs relations sont cordiales sans plus, elle est utile et discrète. Du moins, en temps normal. Le Seigneur des Chevaux doit admettre qu’il n’est pas dans ses habitudes de venir le voir jusque chez lui sans s’être annoncée mais cela a sans doute un lien avec le dernier rapport d’un de ses espions sur place l’informant que le domaine avait brûlé, aussi écoute-t-il avec un intérêt renouvelé le jeune homme sur le seuil. Celui-ci s’interrompt, posant un œil gêné sur les deux petites filles. Ishüen suit son regard, puis se lève et avance à sa rencontre, faisant signe à ses enfants de rester à leur place malgré leur évidente curiosité. Le garde attend qu’il soit seul à portée de voix pour ajouter, dédaigneux rien que de l’évoquer :

« Elle est ivre. Et elle sent la kudjaa... »

Oh. Le Seigneur des Chevaux cille brièvement sous le coup de la surprise tandis qu’il rassemble rapidement ses quelques souvenirs d’Ortense de Blanchecolline. Des lettres courtes, polies et directes. Grande, droite et sèche comme une cravache, un visage qui avait du être agréable et le serait toujours s’il avait su sourire, et l’air de ne plus avoir été honorée par son mari depuis au moins dix ans. Le genre de femme qui lui faisait remercier les dieux d’être marié à la sienne et absolument pas celle qui se présentait à sa porte, ivre et droguée. Un mince sourire de surface effleura ses lèvres tandis qu’il répondait au jeune homme.

« Et bien… Voilà qui a le mérite de sortir de l’ordinaire. Conduisez-la dans le petit salon. »
« Père, qu’est-ce que c’est, la kudjaa ? »
« Je t’expliquerai plus tard. »


Il fait signe à la gouvernante de s’occuper d’elle puis se met en route vers ses appartements pour s’y rafraîchir, le temps que la duchesse parfumée à l’herbe soit amenée dans le petit salon. Il y arrive dix minutes plus tard, vêtu d’un caftan de soie à manches longues, brodé d’or et de pourpre, croisé sur le devant et maintenu par une ceinture de tissu où sont glissés son sabre et sa badine doré. Un sarouel et un turban aussi immaculés l’un que l’autre se répondent de part et d’autre du vêtement et de nombreux bijoux complètent sa tenue. Sa barbe et ses cheveux tressés et parfumés comme à son habitude, il entre dans la pièce. Et marque un temps d’arrêt, prenant une demi-seconde pour se demander ce qu’est cette créature avachie sur les coussins brodés, à côté de la petite table au plateau de métal. En tous les cas, ce n’est certainement pas Ortense de Blanchecolline. À première vue, il s’agit d’une femme, même s’il ne pourrait en jurer. Jeune bien que ses traits soient alourdis par l’alcool, autant que l’odeur de son corps aviné à mesure qu’il s’approche. Quel dommage, elle pourrait être ravissante. Mince, gracile, blonde, des yeux verts qui auraient un succès fou sans les cernes violacées et les paupières tombantes qui les encadrent. Au lieu de cela, le Seigneur des Chevaux doit se faire violence pour ne pas tordre le nez en arrivant auprès d’elle pour s’incliner, dégoûté par le fumet de kudjaa qui l’entoure comme un nuage. Il lui est arrivé de goûter aux drogues durant son jeune âge, à une époque où la frayeur et l’angoisse que lui causaient sa solitude et son titre le poussaient dans de folles directions dont il se félicite d’être revenu depuis. Il n’en garde pas un très bon souvenir et voir cette femme, presque assez jeune pour être sa fille, dans un état aussi déplorable lui confirme qu’il a eu bien raison de se détourner de cette voix.

« Mes hommages, Duchesse. Anne-Marie, c’est cela ? Toutes mes condoléances pour votre foyer. C’est un drame terrible qui vous a frappée... »

Il s’est souvenu en la voyant du prénom de la fille de la duchesse, mentionné quelque part dans un lointain rapport. Il avait classé l’information dans un coin de son esprit sans y accorder plus d’attention que cela et s’étonne de s’en être rappelé aujourd’hui. Quel âge peut-elle bien avoir ? Vingt ans ? Vingt-cinq ? Difficile à dire avec sa mine épouvantable… D’un mouvement souple, il prend place sur les coussins de l’autre côté de la table et fait signe à l’esclave dans un coin de la pièce pour aller chercher du thé et un plateau de pâtisserie. Les minutes à venir vont sans doute être longues et pénibles, mais il n’est pas question pour lui de manquer à la courtoisie la plus élémentaire. Il lui adresse un sourire poli.

« En quoi puis-je vous aider ? »
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Aap
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Anne-Marie

Aap
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le Lun 17 Sep - 19:39

Et si on arrêtait tout

Wow.

C'est le tout premier terme qui me vint à l'esprit lorsque je vis le seigneur entrer dans la pièce. Il était... wow. Il avait un charisme de malade. Je me sentais comme une pouilleuse devant lui et ne pus me retenir de me redresser un tant soit peu. Affalée sur les dizaines de coussins où l'on m'avait installée, j'avais comme qui dirait pris un peu trop mes aises. Il avait sur lui une sorte de longue robe super jolie, avec en-dessous un pantalon particulièrement ample. Je n'avais pas encore fait attention à l’accoutrement des gens vivants dans le coin, j'en avais un bel exemple devant moi. En le voyant ainsi je ne pus m'empêcher de penser que poser mes mains sur son turban laisserait sans doute une marque impossible à effacer. Je me suis sentie tellement idiote lorsqu'il m'a saluée, que je n'ai su que hocher la tête avec un petit sourire. J'aurai dû écouter plus souvent maman. Totalement intimidée par cet homme, j'essayais de me fondre dans la masse de coussins. Et son odeur. Mais de quoi avais-je donc l'air ? Je suis tout aussi noble, mais lui ça se voit !

Quelle gentillesse pour lui de me donner quelques paroles réconfortantes quant au tragique événement qui a touché ma famille. Qu'ils brûlent tous. Mais c'est lorsqu'il donna un ordre à cette pauvre femme – que je n'avais d'ailleurs même pas remarquée – que je repris un peu de confiance. Une esclave j'imagine ! À Agni j'aurais dû m'en douter... cela réveilla la rage qui sommeillait en moi ! Mais allons-y doucement... si je fonce droit au but, à vouloir couper net tout commerce, je risque d'être plus perdante qu'autre chose. Avant toute chose, je dois retrouver ma Rose. Est-elle une obsession ? Oui. Totalement.

Mais comment m'y prendre ? L'alcool et l'herbe n'aidaient pas beaucoup à réfléchir, ils n'ont d'ailleurs jamais aidés à éclaircir les idées. Ça allait être très difficile... Tellement que je ne me suis pas même rendue compte du temps de réflexion que je m'étais accordée. Ce n'est pas comme ça que je vais de nouveau pouvoir la tenir dans mes bras, sentir son odeur, la douceur de ses lèvres... argh je m'égare encore !! Après un frottement énergétique de mon visage, je me suis dressée face à lui, plus droite que jamais – trop vite, mal la tête... – et lui ai offert mon plus beau sourire tout en m'efforçant de masquer le tournis qui me ravageait.

- Désolé... d'arriver comme ça, sans prévenir, dans cet état... vous savez perdre ces deux parents c'est pas facile... »

Faire passer la drogue et l'alcool sur le coup de ma "peine" : fait.

- Je veux pas trop vous déranger... »

Faire la petite fille polie : fait.

- Mais comme vous le savez, la maison a brûlée, emportant tellement de choses avec... mais maman et papa m'avaient parlés de votre commerce, je voudrais juste retrouver un peu tout, comme ils n'ont pas eu le temps de m'expliquer. J'ai encore les titres, les possessions et tout ça, mais je n'y connais pas grand chose au final. »

Faire l'enfant perdue et esseulée : fait.

Maintenant, va-t-il gober tout ça ? Je faisais tellement honte à maman et papa qu'ils n'ont pas dû beaucoup parler de moi. Tout ce que je dois faire c'est jouer assez bien mon rôle pour qu'il croit en la petite fille malheureuse qui veut juste suivre les traces de ses parents. Avec tout ça, peut-être pourrais-je mener la discussion vers Rose...

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