Aap
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Anne-Marie

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le Lun 3 Sep - 19:51

Et si on arrêtait tout

Je suis pétée.

Complètement.

Je ne sais pas si passer d'abord au bistro était une si bonne idée, mais bon ce qui est sûr c'est que je suis dé-ten-due. Une fois sortie de ce bar où je m'étais alcoolisée plus que de raison, c'est en titubant que j'ai trouvé appui sur un mur, auprès duquel je me suis assise. Appuyée ainsi, je me suis appliquée à rendre mon bonheur encore plus grande grâce à quelques herbes dans ma poche. Roulée dans une feuille, je m'échinais ensuite à l'allumer. Je crois bien qu'une mèche de cheveux est partie avec, ça sentait un peu le cochon. C'est en commençant à tirer dessus que je me suis rendu compte d'une erreur : je n'étais pas du tout au bon endroit. Alors que ce vendeur d'esclaves vivait près de la Cité de Rubis, je me trouvais actuellement à Calib. Heureusement que je n'avais pas prévenu, le pauvre serait en train de m'attendre.

(Héhé, pourquoi suis-je à Calib ? Tout se passe ici)

Heureusement mon cheval était intelligent, il me fixait de tout son haut, juste à côté de moi.

- Tu me suis depuis quand toi ? »

Je n'eus pas de réponse – devrais-je en attendre d'un cheval ? Mais il eut la gentillesse de s'abaisser pour que je grimpe plus facilement sur son dos, enfin assez pour que je sois au moins en sac à patate sur lui. Le didgeridoo attaché à dos tomba vers l'avant, mais toujours rattaché à mon petit corps. Il m'étranglait de moitié. Je me redressais donc avec grande peine, tirant sur la crinière de mon cheval qui semblait s'en moquer. Une fois installée correctement, je remis mon instrument à sa place et repris ce que j'avais entreprit : mon herbe.

Plusieurs fois sur le trajet il s'éteignit, à chaque fois je mettais bien trop de temps à le rallumer. Perdue dans la contemplation du paysage que j'oubliais aussi vite, l'herbe faisait son effet en me rendant rien d'autre qu'heureuse. Je ne pensais à rien, si ce n'est au chemin que je parcourais. Souvent, je me retrouvais à fixer un point au loin, sans pensée aucune, sans but aucun, puis je tirais un coup sur ma feuille remplie mais de nouveau éteinte. C'est ainsi que je n'eus pas même l'occasion de le finir avant d'arriver.

Mon doux canasson s'arrêta devant deux hommes armés, droits comme des I. En les voyant, je me suis redressée, enfin autant que je le pouvais, et ai voulu faire mon plus beau sourire. Je ne sais pas trop ce que ça a donné, mais ce ne devait pas être aussi resplendissant que je l'avais voulu. Devant leur regard dubitatif, je suis descendue du cheval. Enfin, tombée. Braves hommes qu'ils étaient, ils m'ont tout de même aidée à me relever. Une fois debout sur mes pieds, je constatais que j'avais perdu mes chaussures et que j'étais désormais couverte de sable. Je ne devais certainement pas avoir l'air d'une duchesse.

- Euh.. Je suis venue voir... Ish... Je sais que ça commence par Ish... Isho... Ishou... Ishonen... Euh... votre maître là. »

- Ishüen, madame ? »

- Voilà ! C'est lui ! »

Ils éclatèrent tout deux de rire, c'est limite si je n'entendais pas mon cheval rire aussi. De quel droit il rit lui ? C'est quand même moi qui le nourri ! Après un soupir d'exaspération, j'ai tendu ma main droite sur laquelle se trouvait une chevalière avec le seau familial.

- Dites lui qu'Anne-Marie de la Jacasserie, duchesse de Blanchecolline, veut le voir. »

J'avais été plus droite et plus ferme que je ne m'en pensais capable, et refoula un renvoi qui voulut percer. Autant garder le peu de crédibilité gagné, si j'en avais... Un des deux hommes partit alors vers l'intérieur du domaine, pendant que l'autre m'observait de haut en bas.

Ainsi je me retrouvais à attendre la venue du maître de maison, c'est à ce moment là que je me suis rendue compte que mon herbe était toujours dans mes mains, l'odeur devait s'être bien installée... Je me suis hâtée de le jeter au loin, en priant pour qu'il ne reconnaisse pas l'odeur...
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Ishüen

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le Ven 14 Sep - 18:04
 
Et si on arrêtait tout ?


« La bataille de Taglim ? »
« 659 ! »
« Bien. Et le traité des Deux Couronnes ? »
« Euuuh... »
« 344! »
« Hé ! »
« 341. Mais c’est très bien tenté. »
« Mon Seigneur ? »


Ishüen relève la tête de la table basse sculptée où il est installé avec ses deux filles, penchées sur leurs leçons. Sur le seuil de la pièce, un de ses gardes s’incline respectueusement devant lui et les demoiselles de la maison. Le Seigneur des Chevaux tente de déchiffrer l’expression de son visage, de se souvenir de son nom. C’est le fils cadet d’un de ses capitaines, il lui semble. Il est jeune, en service ici depuis un an ou deux, guère plus, et il craint visiblement de froisser son maître avec une nouvelle déplaisante. Il finit par poursuivre, les sourcils froncés en une expression perplexe :

« Une femme demande à vous voir. Elle prétend être duchesse de Blanchecolline. Elle possède un sceau. Elle... »

Blanchecolline. La vision du duché verdoyant et de son château, posé comme un joyau au milieu de champs prospères et de pâturages couverts de moutons lui revient en tête. Il achète nombre de bêtes dans ce duché pour les revendre sur les marchés agniens et la duchesse est également une de ses portes d’entrée pour le commerce d’esclaves dans la contrée de l’eau. Même si la pratique est illégale, la noblesse là-bas n’est pas différente de partout ailleurs. Posséder des humains sans avoir à les payer a toujours de nombreux avantages aux yeux des puissants. Mme de Blanchecolline s’est donc fait fort de se fournir en main d’œuvre de qualité avant de la redistribuer sur les mailles d’un réseau élitiste et secret. Leurs relations sont cordiales sans plus, elle est utile et discrète. Du moins, en temps normal. Le Seigneur des Chevaux doit admettre qu’il n’est pas dans ses habitudes de venir le voir jusque chez lui sans s’être annoncée mais cela a sans doute un lien avec le dernier rapport d’un de ses espions sur place l’informant que le domaine avait brûlé, aussi écoute-t-il avec un intérêt renouvelé le jeune homme sur le seuil. Celui-ci s’interrompt, posant un œil gêné sur les deux petites filles. Ishüen suit son regard, puis se lève et avance à sa rencontre, faisant signe à ses enfants de rester à leur place malgré leur évidente curiosité. Le garde attend qu’il soit seul à portée de voix pour ajouter, dédaigneux rien que de l’évoquer :

« Elle est ivre. Et elle sent la kudjaa... »

Oh. Le Seigneur des Chevaux cille brièvement sous le coup de la surprise tandis qu’il rassemble rapidement ses quelques souvenirs d’Ortense de Blanchecolline. Des lettres courtes, polies et directes. Grande, droite et sèche comme une cravache, un visage qui avait du être agréable et le serait toujours s’il avait su sourire, et l’air de ne plus avoir été honorée par son mari depuis au moins dix ans. Le genre de femme qui lui faisait remercier les dieux d’être marié à la sienne et absolument pas celle qui se présentait à sa porte, ivre et droguée. Un mince sourire de surface effleura ses lèvres tandis qu’il répondait au jeune homme.

« Et bien… Voilà qui a le mérite de sortir de l’ordinaire. Conduisez-la dans le petit salon. »
« Père, qu’est-ce que c’est, la kudjaa ? »
« Je t’expliquerai plus tard. »


Il fait signe à la gouvernante de s’occuper d’elle puis se met en route vers ses appartements pour s’y rafraîchir, le temps que la duchesse parfumée à l’herbe soit amenée dans le petit salon. Il y arrive dix minutes plus tard, vêtu d’un caftan de soie à manches longues, brodé d’or et de pourpre, croisé sur le devant et maintenu par une ceinture de tissu où sont glissés son sabre et sa badine doré. Un sarouel et un turban aussi immaculés l’un que l’autre se répondent de part et d’autre du vêtement et de nombreux bijoux complètent sa tenue. Sa barbe et ses cheveux tressés et parfumés comme à son habitude, il entre dans la pièce. Et marque un temps d’arrêt, prenant une demi-seconde pour se demander ce qu’est cette créature avachie sur les coussins brodés, à côté de la petite table au plateau de métal. En tous les cas, ce n’est certainement pas Ortense de Blanchecolline. À première vue, il s’agit d’une femme, même s’il ne pourrait en jurer. Jeune bien que ses traits soient alourdis par l’alcool, autant que l’odeur de son corps aviné à mesure qu’il s’approche. Quel dommage, elle pourrait être ravissante. Mince, gracile, blonde, des yeux verts qui auraient un succès fou sans les cernes violacées et les paupières tombantes qui les encadrent. Au lieu de cela, le Seigneur des Chevaux doit se faire violence pour ne pas tordre le nez en arrivant auprès d’elle pour s’incliner, dégoûté par le fumet de kudjaa qui l’entoure comme un nuage. Il lui est arrivé de goûter aux drogues durant son jeune âge, à une époque où la frayeur et l’angoisse que lui causaient sa solitude et son titre le poussaient dans de folles directions dont il se félicite d’être revenu depuis. Il n’en garde pas un très bon souvenir et voir cette femme, presque assez jeune pour être sa fille, dans un état aussi déplorable lui confirme qu’il a eu bien raison de se détourner de cette voix.

« Mes hommages, Duchesse. Anne-Marie, c’est cela ? Toutes mes condoléances pour votre foyer. C’est un drame terrible qui vous a frappée... »

Il s’est souvenu en la voyant du prénom de la fille de la duchesse, mentionné quelque part dans un lointain rapport. Il avait classé l’information dans un coin de son esprit sans y accorder plus d’attention que cela et s’étonne de s’en être rappelé aujourd’hui. Quel âge peut-elle bien avoir ? Vingt ans ? Vingt-cinq ? Difficile à dire avec sa mine épouvantable… D’un mouvement souple, il prend place sur les coussins de l’autre côté de la table et fait signe à l’esclave dans un coin de la pièce pour aller chercher du thé et un plateau de pâtisserie. Les minutes à venir vont sans doute être longues et pénibles, mais il n’est pas question pour lui de manquer à la courtoisie la plus élémentaire. Il lui adresse un sourire poli.

« En quoi puis-je vous aider ? »
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Anne-Marie

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le Lun 17 Sep - 19:39

Et si on arrêtait tout

Wow.

C'est le tout premier terme qui me vint à l'esprit lorsque je vis le seigneur entrer dans la pièce. Il était... wow. Il avait un charisme de malade. Je me sentais comme une pouilleuse devant lui et ne pus me retenir de me redresser un tant soit peu. Affalée sur les dizaines de coussins où l'on m'avait installée, j'avais comme qui dirait pris un peu trop mes aises. Il avait sur lui une sorte de longue robe super jolie, avec en-dessous un pantalon particulièrement ample. Je n'avais pas encore fait attention à l’accoutrement des gens vivants dans le coin, j'en avais un bel exemple devant moi. En le voyant ainsi je ne pus m'empêcher de penser que poser mes mains sur son turban laisserait sans doute une marque impossible à effacer. Je me suis sentie tellement idiote lorsqu'il m'a saluée, que je n'ai su que hocher la tête avec un petit sourire. J'aurai dû écouter plus souvent maman. Totalement intimidée par cet homme, j'essayais de me fondre dans la masse de coussins. Et son odeur. Mais de quoi avais-je donc l'air ? Je suis tout aussi noble, mais lui ça se voit !

Quelle gentillesse pour lui de me donner quelques paroles réconfortantes quant au tragique événement qui a touché ma famille. Qu'ils brûlent tous. Mais c'est lorsqu'il donna un ordre à cette pauvre femme – que je n'avais d'ailleurs même pas remarquée – que je repris un peu de confiance. Une esclave j'imagine ! À Agni j'aurais dû m'en douter... cela réveilla la rage qui sommeillait en moi ! Mais allons-y doucement... si je fonce droit au but, à vouloir couper net tout commerce, je risque d'être plus perdante qu'autre chose. Avant toute chose, je dois retrouver ma Rose. Est-elle une obsession ? Oui. Totalement.

Mais comment m'y prendre ? L'alcool et l'herbe n'aidaient pas beaucoup à réfléchir, ils n'ont d'ailleurs jamais aidés à éclaircir les idées. Ça allait être très difficile... Tellement que je ne me suis pas même rendue compte du temps de réflexion que je m'étais accordée. Ce n'est pas comme ça que je vais de nouveau pouvoir la tenir dans mes bras, sentir son odeur, la douceur de ses lèvres... argh je m'égare encore !! Après un frottement énergétique de mon visage, je me suis dressée face à lui, plus droite que jamais – trop vite, mal la tête... – et lui ai offert mon plus beau sourire tout en m'efforçant de masquer le tournis qui me ravageait.

- Désolé... d'arriver comme ça, sans prévenir, dans cet état... vous savez perdre ces deux parents c'est pas facile... »

Faire passer la drogue et l'alcool sur le coup de ma "peine" : fait.

- Je veux pas trop vous déranger... »

Faire la petite fille polie : fait.

- Mais comme vous le savez, la maison a brûlée, emportant tellement de choses avec... mais maman et papa m'avaient parlés de votre commerce, je voudrais juste retrouver un peu tout, comme ils n'ont pas eu le temps de m'expliquer. J'ai encore les titres, les possessions et tout ça, mais je n'y connais pas grand chose au final. »

Faire l'enfant perdue et esseulée : fait.

Maintenant, va-t-il gober tout ça ? Je faisais tellement honte à maman et papa qu'ils n'ont pas dû beaucoup parler de moi. Tout ce que je dois faire c'est jouer assez bien mon rôle pour qu'il croit en la petite fille malheureuse qui veut juste suivre les traces de ses parents. Avec tout ça, peut-être pourrais-je mener la discussion vers Rose...
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Ishüen

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le Mer 26 Sep - 9:37
 
Et si on arrêtait tout ?


Écoutant attentivement ses paroles, Ishüen incline la tête et porte la main à son cœur en un geste gracieux, plein de compassion.

« Croyez bien, damoiselle, que je partage votre chagrin. Il y a peu de douleurs aussi cruelles que celle de perdre le sang de son sang. Parlez sans crainte, vous ne me dérangez pas. »

Pas encore, du moins. Cela peut rapidement changer suivant les intentions de cette jeune femme dans sa demeure, ou même sa tolérance limitée à son fumet de fille perdue. Sans rien en montrer cependant, il l’observe alors qu’elle s’efforce de se redresser, de rassembler ses esprits et d’aligner correctement les phrases. Dès qu’elle y parvient, une lueur métallique s’allume dans le regard du Seigneur des Chevaux. Tiens donc… Un sourire élégant étire ses lèvres et un nouveau geste de la main fait cliqueter les bagues à ses doigts, les bracelets à son poignet, alors qu’il balaie la réelle importance de ses propos.

« Oh, ma foi, il ne s’agit pas exactement de commerce. Fournir la moitié du bétail d’Agni et remplir les palais de serviteurs compétents, voilà du commerce. Mes affaires avec votre mère tenaient plutôt… de l’arrangement. Il n’est guère étonnant qu’elle ne vous en ait pas parlé. »

N’importe qui d’intelligent reconnaîtra les précautions qu’il vient de prendre pour couvrir de ses mots la réelle ampleur de ses « arrangements » avec l’ancienne duchesse de Blanchecolline. La jeune Anne-Marie a beau sembler aussi perdue que son propre esprit dans les dédales de la kudjaa, elle a beau larmoyer comme une enfant abandonnée venue tirer sur sa manche, le Prince Marchand n’est pas dupe. Ou tout du moins, il ne veut prendre aucun risque et parler de commerce d’esclave avec une noble aapienne complètement perchée est déjà assez périlleux comme ça.

« Votre mère avait, selon toute apparence, grand besoin de domestiques dociles dévolus à toutes sortes de tâches, des plus triviales aux plus raffinées. Pourquoi, je l’ignore. Et je n’ai jamais cherché à le savoir, cela aurait été bien indiscret pour un commerçant de demander ce qu’un client compte faire avec des biens dûment acquis, n’est-ce pas ? Pour ma part, je me contentais de répondre de son mieux à sa demande en échange d’une partie des troupeaux de moutons qui sont élevés à Blanchecolline. Béni soit la générosité des terres et du climat aapiens, vos bêtes sont parmi les plus belles du pays. Vous êtes peut-être mieux placée que moi pour savoir cela, mais étant donné la fréquence de nos relations, je ne pense pas qu’elle conservait tous ses employés pour son usage personnel. »

Il laisse passer un silence durant lequel l’esclave revient dans la pièce. Ses yeux de biche savamment baissés vers le sol, elle dépose sans un bruit un plateau garni d’un service à thé et de pâtisseries aux amandes et au miel. Ses gestes sont élégants comme la brise dans les branches du saule lorsqu’elle remplit les deux petits verres peints de liquide fumant, puis se retire derrière un paravent dans un coin de la pièce, attendant docilement que son maître fasse de nouveau appel à ses services. Ishüen saisit l’un des verres et le porte à ses lèvres pour savourer la première gorgée de thé brûlant et sucré. Par-dessus la fumée qui s’élève du récipient, ses yeux perçants ne quittent pas le visage de la jeune duchesse.

« Si je puis me le permettre, en quoi exactement cela vous intéresse-t-il, Damoiselle ? »
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Anne-Marie

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le Jeu 4 Oct - 21:00

Et si on arrêtait tout

Il m'avait perdue. Totalement.

Pourquoi parlait-il de bétail ? Est-ce ainsi qu'il traite ses esclaves ? Ou est-ce qu'il ne comprend pas de quoi je parle ? Est-il stupide ? Ou est-ce moi qui suis stupide ? Pourquoi la vie ? Je me perds encore...

Tout ce charabia sur le commerce m'a embrouillée, je n'y comprenais pas grand chose. Quelle piètre marchande je ferais. Je sais que maman fournissait des esclaves, elle n'en achetait pas spécialement, enfin je crois. Me suis-je donc trompée depuis le début ? Face à ses paroles, je ne pus qu'être dépitée. N'étant pas douée pour cacher mes émotions, cela devait se voir très certainement. Je m'éloignais de la piste de Rose, de ma tendre et chère compagne. Je n'ai pas même fait attention à la venue de l'esclave tant j'étais perdue.

Certes nos bêtes sont forts réputées, elles sont belles et en forme, ce serait tout à fait plausible que son histoire soit vraie. Mais alors, à quoi sert ce bâtiment que l'on possède dans cette contrée. Jamais nous n'y sommes allées, jamais d'ailleurs je n'en avais entendu parler. Mes les papiers étaient bien là, ça devait bien servir à quelque chose.

Le thé fumait devant moi. Pourquoi boire une boisson chaude dans une région aussi chaude ? Qu'ils sont drôles ses gens. Je voulus prendre la tasse mais celle-ci avait été bien trop réchauffée par son contenant. En me brûlant les mains, j'eus le réflexe de les agiter et de souffler dessus, ne me stoppant que lorsque je vis le regard d'Ishüen toujours sur moi. Revenons à la réalité. La tasse est chaude, mais pas aussi importante que cet instant. Je dois me reprendre. Mais l'herbe m'égare bien trop facilement.

Je tentais de reprendre mes esprits, de réfléchir, mais cela me paraissait maintenant si impossible. Merde, je suis vraiment trop sotte. Et si j'arrêtais tout simplement de faire semblant ? Je n'ai qu'à dire la vérité, mais en cachant certaines choses. Ça devrait marcher non ? Je passais une main dans mes cheveux et me remis droite, essayant de retrouver ma dignité. Mes mains posées sur mes jambes, je serrais désormais ma robe dans le but de rester concentrée et alerte.

- Désolé... j'avais cru comprendre que c'était pas ce genre de marché que vous aviez... En fait on a un bâtiment à Agni, je pensais qu'il servait à l'entrepôt d'une autre sorte de... bétail. »

Ce dernier mot me fit déglutir, je n'appréciais certainement pas ce terme. Soufflant un coup, je me repris.

- Je pensais aussi qu'ils vous ramenaient parfois quelques personnes, pas que des moutons. Mais si vous voulez toujours des animaux alors il n'y a aucun soucis bien évidemment. »

J'avais souris pour ma dernière phrase, un petit sourire timide réhaussant mes pommettes. Papa disait toujours que mon petit minois pouvait vite faire craquer lorsque je souriais de la sorte. Je n'y avais pas pensé avant, mais à présent sa mort me faisait mal. Une larme roula sur ma joue que je me suis hâtée d'enlever d'un revers de la main. Les yeux baissés, je n'osais à présent pas même regarder mon hôte.
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Ishüen

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le Sam 6 Oct - 23:00
 
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Il peut voir la déception sur son visage aussi clairement que si elle l’avait dit à voix haute tant son état affecte son contrôle d’elle-même. Ishüen retient un soupir, de plus en plus incommodé par les miasmes corporels de cette femme. Il voit de moins en moins pourquoi il lui accorde de son temps alors qu’il pourrait le passer avec ses enfants ou à gérer ses affaires. Il s’accorde encore dix minutes en sa compagnie avant de la congédier poliment si elle n’a pas clairement exposé un but à sa visite, autre celui de le contraindre à changer de vêtements après cette entrevue. Dépité face à ses tentatives de saisir la tasse chaude sans y parvenir, il masque son impatience derrière un sourire et écoute attentivement les mots à peu près sensés qu’elle articule avec peine. Et hausse un sourcil, surpris. Tiens donc. Il est curieux que cette demoiselle à peine capable de se tenir droite connaisse l’existence de cet entrepôt. Il lui a conseillé à l’époque de ne pas l’acheter sous son nom propre, elle ne l’a pas écouté et il a simplement fait rédiger le contrat en haussant les épaules, s’assurant qu’elle serait la seule à tomber si cela devait arriver. Un rire roule dans sa gorge, semblable à un ronronnement de panthère alors qu’il la regarde comme si elle venait de dire une attendrissante sottise :

« Duchesse, je sais qu’Agni est bien plus souple quant au commerce d’esclaves que tous ses voisins mais tout de même. Si des aapiens venaient à disparaître de chez eux du jour au  lendemain pour réapparaître sur les marchés et dans les maisons agniennes, vous imaginez bien que les trafiquants pourraient tomber sous le coup de vos lois. Personnellement je préfère ne pas m’y risquer. »

Du moins, certainement pas ouvertement. Bien sûr qu’il a des contacts dans chaque pays pour draguer vers Agni des esclaves étrangers, souvent très prisés pour leur exotisme. Mais les choses se font sous couverture, avec d’autres hommes faisant office de couvertures, de contacts, de tampons, des hommes prêts à endurer la prison s’ils venaient à se faire arrêter par les autorités sachant que la Guilde nierait avoir eu connaissance de leur trafic (tout en manœuvrant dans l’ombre pour les tirer d’affaire). Officiellement, l’entrepôt de la duchesse à Agni sert à y faire transiter son cheptel afin de le pas le mélanger avec des bêtes d’autre provenance, d’éviter les maladies et les croisements qui pourraient gâter la viande et la laine. En vérité, il sert aussi à faire transiter les futurs esclaves, de préférence des orphelins, des marginaux ou des gens avec nombre d’ennemis auxquels ils ne manqueront pas. Mais les arrivages sont peu nombreux et mentionnés dans ses registres officiels  sous forme codée, pour ne prendre aucun risque. Si cette jeune femme a pu en avoir connaissance, c’est que l’ancienne duchesse était beaucoup moins prudente dans sa gestion. Enfin, il a d’autres soucis à gérer. Il se fend d’un nouveau sourire en inclinant la tête vers elle.

« Je suis ravi d’apprendre que vous souhaitez continuer de vendre vos bêtes aux marchands de la Guilde. Je ferai modifier les contrats pour remplacer le nom de votre mère par le vôtre. Souhaitez-vous y jeter un œil pour vous assurer que tous les termes vous conviennent ? »

En attendant sa réponse, il reprend une gorgée de thé, savourant le liquide chaud et parfumé sur ses papilles avant de poser une question à son tour :

« Pardonnez mon indiscrétion, Duchesse. Qu’est-ce qui vous donne à penser que votre défunte mère n’avait pas que des moutons à me fournir ? »

Prudence est mère de sûreté et plus il en saura sur les réelles intentions de cette femme, mieux cela vaudra pour lui.
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Anne-Marie

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le Lun 8 Oct - 18:51

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Je crois qu'il se foutait de ma gueule.

Je crois...

Il semblait tout d'abord éviter le sujet des esclaves, refusant de le dire clairement. Je ne comprenais pas son petit jeu, déjà que je n'étais pas au maximum de mes capacités voilà qui n'allait pas m'aider. Et il commençait doucement à me gonfler, déjà par sa manière de traiter les esclaves, mais aussi avec cette façon si sournoise de me prendre de haut. Ou alors était-ce la drogue prise qui me donnait cette impression...

Dépitée, j'écoutais à moitié ses paroles, si bien que je n'y compris rien. Perdue un instant dans mes pensées, je craignais qu'il ne l'ai remarqué. Ce ne fut que lorsque je le vis me jaugeant du regard, attendant certainement une réponse, que je compris la bourde que je venais de commettre. Il m'avait parlé, et je n'en avais rien écouté. Mais quelle malpolie je fais... je lui adressais à nouveau un sourire poli et me contenta de hocher la tête. Rose m'avait toujours dit que si, à cause des effets de la drogue, j'avais une absence, je devais faire mine d'être totalement d'accord avec ses dires. Quels qu'ils soient, ça passe toujours.

- Hum... oui, en effet. »

Espérons que ça passe. Mais la suite devint des plus intéressantes.

Concentrée à nouveau, cette fois-ci je compris parfaitement ce dont il s'agissait. Qu'est-ce qui me donne à penser que maman ne vendait pas que des moutons... Déjà le fait qu'elle a envoyée ma chérie et mes amis je ne sais où en guise d'esclaves, servant des maîtres perfides et cupides. C'est une bonne raison je trouve, mais on va éviter de lui balancer ça...

Mettons des formes et omettons quelques détails, voilà qui devrait faire l'affaire. Un petit mensonge de tant en tant ne fait pas de mal, d'autant plus lorsqu'il est mis au service de la bonne cause.

- Et bien je suppose que vous n'êtes pas sans savoir que ma mère était assez froide et directe. Il lui est donc arrivé par bien des fois de me menacer, disant qu'elle n'hésiterait pas à m'y envoyer avec tous les autres. Mais soyez sans crainte seul père et moi-même étions au courant dans la maison. Lui n'aimait pas beaucoup tout cela, pour ma part je n'y ai jamais vu la moindre objection. »

Le mot "esclaves" semblait m'avoir arraché la gorge lorsque je l'ai prononcé. C'était douloureux. Néanmoins, pour quelqu'un qui connaissait un tant soit peu ma mère cette histoire paraissait tout à fait plausible. Elle n'en parlait certes jamais, mais si elle l'avait fait elle n'aura pas hésité un instant à me menacer. D'autant plus qu'étant sa fille unique, je me devais bien de connaître un minimum sa vie et ses affaires. Tant à papa, il était bien trop gentil et fleur bleue pour tolérer tout cela. Le simple fait que nous possédions des esclaves lui faisait le plus grand mal, je le voyais chaque jour dans son regard. Je crois que je tiens ça de lui.

Mais ce qui m'étonnait le plus, c'était que j'avais réussis l'exploit de prononcer tous ses mots sans fourcher, sans bloquer, sans baver. Héhé.
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Ishüen

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le Dim 14 Oct - 11:13
 
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La proximité de la jeune femme et de ses relents de drogues en tout genre lui devient de plus en plus pénible. Sans compter qu’il est de plus en plus clair à ses yeux que parler moutons et commerce n’est pas le véritable but de sa visite. Il n’a pas de preuves irréfutables pour étayer cette intuition mais, depuis vingt ans à la tête des haras de Raasfalim, il peut se targuer de pouvoir se fier à celle-ci. Sa curiosité au sujet de l’entrepôt, son insistance à vouloir aiguiller la conversation sur les esclaves, sa déception… Il y a clairement anguille sous roche. Ishüen sourit et incline doucement la tête lorsqu’elle mentionne les menaces de la précédente Duchesse. Une femme charmante en vérité :

« Je n’ai pas eu le plaisir de bien connaître feue votre mère mais il s’agit là d’une menace terrible à faire à son enfant, en plus de n’être pas extrêmement prudent. Si des rumeurs en étaient venues à courir à son sujet, elles auraient pu lui causer beaucoup de tort. »

L’hypocrisie d’Aap en matière d’esclavage n’est plus à prouver et sa cour ne manque pas de vipères en tout genre prête à cracher tout le venin nécessaire pour évincer leurs rivaux. Cependant, Ortense de Blanchecolline avait suffisamment de poigne et de ressources pour louvoyer efficacement entre ses potentiels détracteurs. Et du reste, il ne croit pas entièrement à cette histoire. La précédente Duchesse était certes froide et peu amène, et il l’imagine sans difficulté sermonner vertement sa fille si elle se présentait à elle telle qu’elle était en cet instant. Mais c’était aussi une femme intelligente, jamais il n’aurait fait affaire avec elle si ça n’était pas le cas. Il l’imagine mal menacer aussi légèrement une enfant susceptible de tout raconter sans s’en rendre compte, par innocence ou par excès de kudjaa. Enfin, il a mieux à faire dans l’immédiat que de pointer toutes les incohérences du discours d’une droguée. Avec un geste élégant de la main, il lui désigne la porte de la pièce.

« Si vous me le permettez Duchesse, vous avez manifestement accompli un long voyage depuis Blanchecolline pour venir me voir en personne et il ne sied pas de parler affaires en étant épuisé. Voulez-vous prendre un peu de temps pour vous délasser, peut-être boire et manger quelque chose ? Il est de mon devoir de vous offrir l’hospitalité. Nous aurons tout le temps de parler bétail ensuite. »

Lorsqu’elle sera un peu plus fraîche. Peut-être pourra-t-il alors savoir réellement ce qui l’amène plutôt que de la voir se perdre dans les méandres de son propre esprit. Dès qu’elle a accepté, Ishüen claque dans ses mains. Aussitôt, l’esclave derrière le paravent se lève avec un mouvement félin et silencieux, s’incline très bas devant la jeune femme et lui fait signe de la suivre tout en gardant les yeux baissés dans une attitude de parfaite docilité. Elle sait ce qu’elle a à faire. Elle conduira la Duchesse dans une petite suite où elle pourra être changée, lavée et parfumée (surtout parfumée) avant d’être conduite dans un patio aménagé de coussins autour d’une table avec une collation légère. Ishüen, pour sa part, se retire dans ses appartements avec un soupir pour changer de djellaba. Sur le chemin, il n’est même pas surpris de croiser Tylim et Shensheïla qui cherchent à se faufiler dans les couloirs pour apercevoir l’aapienne venue les déranger en pleine leçon avec leur père.

« N’avez-vous donc rien de mieux à faire, jeunes filles ? »
« Père ! Qu’est-ce que c’est la kudjaa ? »
« Une plante qui vous fait faire très mauvaise impression auprès des gens que vous rencontrez. »
« Pourquoi cette femme en prend-t-elle pour vous voir alors ? »
« Parce qu’elle n’a manifestement pas été aussi bien élevée que vous. Et maintenant, rejoignez Rajaa. Il m’a informé ce matin que deux poulains allaient naître cet après-midi. Vous aurez le droit de l’aider si vous êtes sages et si vous l’écoutez. »


Comme prévu, ses deux aînées se désintéressent aussitôt de la visiteuse pour filer en directement des écuries, lui laissant le champ libre pour se préparer avant de rejoindre la Duchesse.
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Anne-Marie

Aap
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le Mar 30 Oct - 18:53

Et si on arrêtait tout

J'ai été congédiée comme une malpropre.

En tout cas c'est là mon ressentit. Et sans même m'avoir laissé le temps de répondre, mon hôte s'en est allé. Aussitôt, des personnes opprimés se sont précipités à ma rencontre pour m'indiquer le chemin à suivre. La tête baissée, évitant soigneusement mon regard, j'ai beaucoup trop de peine pour eux. Mais je ne peux rien faire, je dois maintenir ma couverture ! Je me sens comme une espionne en mission, comme c'est excitant !

On me dirige donc vers une pièce magnifique où trône, en son centre, un immense bain. Les quelques pièces que j'ai pu voir en passant dans le couloir étaient toutes aussi splendides, il va sans dire qu'Ishüen à de la ressource.

Les malheureux prisonniers voulurent m'aider à me déshabiller, mais cela me faisait bien trop mal de les laisser s'abaisser à cela. Et puis, je suis encore capable de me débrouiller ! Enfin, c'est ce que je croyais, car en levant à peine un pied j'ai bien faillis m'écrouler à terre. Je les laisse donc me mettre à nue, le bain chaud m'attendant.

Il est très agréable, c'est certain. Je m'empresse de m'y engouffrer et profite de la douce chaleur qu'il me procure. Si seulement Rose était ici avec moi pour en profiter. Les pauvres pantins me lavent délicatement. La sensation est agréable, mais mon cœur est affligé par leur condition. Je leur glisse tout de même un petit "merci", les yeux fermés. Je les sens cesser un moment leurs actes. Ils ne semblent pas en avoir l'habitude ! J'espère qu'un jour arrivera où ils auront droit à cela chaque jour que fera leur vie.

C'était si chaleureux que je me suis endormie dedans. On ne m'a pas réveillée pendant ce doux sommeil, et lorsque je me suis réveillée, j'avais décuvée. Combien de temps cela à duré ? Je ne le sais pas. Ni les herbes ni l'alcool ne me font d'effet à présent. Je me sens vide, seule, triste. Et me recroqueville contre moi-même dans la baignoire pour fondre en larmes.

Lorsque je ressors, on se hâte de me couvrir et me sécher. J'eus droit à un vêtement neuf, ma robe avait sûrement été brûlée au vu de son état... Je me retrouve donc couverte d'une robe d'un rouge sanglant, au bordure dorée que je ne mérite pas et accompagnée de chaussures aux mêmes coloris. Je suis venue ici couverte de mensonge, indigne à mon rang, je ne devrais pas être ainsi couverte.

On voulut me demander de retourner dans la fameuse pièce où j'avais fais la rencontre d'Ishüen, mais je n'en avais pas envie, pas du tout. Je n'écoutais plus rien, plus personne. En cours de chemin, dans le long couloir, j'ai vu une grande fenêtre à la saillie assez large pour m'accueillir toute entière, maigre comme je suis. Je m'y suis alors simplement dirigée, m'asseyant sur le rebord, mes pieds aussi posés là, et les chaussures à terre. J'encadrais mes jambes de mes bras et, le regard tourné vers l'extérieur sans pour autant y prêter attention, je laissais les larmes couler, rouler, sur mes joues.
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Ishüen

Seigneur des Chevaux
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le Ven 9 Nov - 21:01
 
Et si on arrêtait tout ?


Mais que fait-elle donc ?
Ishüen se pose la question alors qu’il attend depuis déjà vingt bonnes minutes. Il sait que la Duchesse est finalement sortie de son bain, ses esclaves l’en ont informé. Or donc, elle devrait déjà être ici. Au lieu de cela, elle semble déterminée à jouer avec sa patience.

Après qu’elle se soit tout bonnement endormie dans sa baignoire d’eau tiède, le Seigneur des Chevaux a compris que la Duchesse ne se joindrait pas à lui pour la petite collation dans le patio. Même si une part de lui-même s’en est vue soulagée, une autre s’est courroucée de ce manque de respect. Certes, il était en partie imputable à la drogue qui embrumait son corps et son esprit mais cela n’en est pas plus aisément pardonnable pour autant. Au contraire, elle aurait du avoir honte de se présenter à un partenaire commercial dans un tel état. Grâce aux dieux, Seylim est absente de la maison, à nouveau en voyage vers Ébène. Même s’il sait que sa femme apprécie parfois à se laisser aller à quelques plaisirs, jamais elle n’aurait toléré un spectacle dans sa demeure, à portée d’yeux de leurs enfants. Il n’aurait peut-être pas du le tolérer non plus… En ressassant ce genre de pensées peu amène, il est finalement retourné vaquer à ses affaires et en a également profité pour faire quelques parties de dames avec sa plus jeune fille, Azhan sur les genoux. À présent, l’heure du dîner approche, ses enfants se rafraîchissent ensemble dans les bains et l’invitée demeure introuvable.

La peste soit des jeunes péronnelles droguées et stupides...
Perdant patience, le Seigneur des Chevaux décide de prendre le problème à bras le corps et d’aller lui-même à la recherche de l’impudente. Jamais il n’aurait cru devoir se livrer à ce genre de cache-cache ici, dans ses murs, à la vue de tous ses domestiques, à cause d’une petite Duchesse égoïste et plus qu’à moitié folle mais les dieux sont parfois bien farceurs. Arpentant les couloirs du rez-de-chaussée, il finit par tomber sur elle au moment où il se décidait à aller voir sur les galeries extérieures. Enveloppée dans une djellaba d’intérieur rouge et or, blottie sur l’encadrement d’une fenêtre, elle laisse son regard se perdre sur les jardins mais ne peut sans doute en discerner la beauté dans le soir qui tombe lentement car ses yeux débordent de larmes. Ishüen reste un moment immobile, partagé entre la curiosité et l’irritation. C’est très certainement sa descente de kudjaa qui la met dans cet état. Ridicule. Malgré tout, il s’avance vers elle à pas lents et silencieux.

« Qu’est-ce qui vous peine autant, Duchesse ? »

Laissant passer un instant de silence, il tire de sa ceinture un carré de soie brodée qu’il lui tend doucement pour sécher ses larmes. Il a vu pour la première fois la coutume à Akasha il y a bien des années et, même s’il l’a trouvée fort peu hygiénique, il apprécie la délicatesse du geste. Observant attentivement son visage, il s’adresse à elle de la même façon qu’il le ferait à une de ses filles après qu’une dispute l’ait exilée loin de sa fratrie :

« Pour quelle raison êtes-vous venue pleurer dans ma maison ? »
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