Prithvi
avatar
Messages : 55
Inscrit.e le : 02/06/2018

Ahximan

Prithvi
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 7 Sep - 21:53
Ahximan avançait dans les couloirs du palais à grand pas. Sur son passage, serviteurs et nobles se rangeaient sur le côté, comme si leur Souverain lui même s’avançait dans les corridors, très souvent le confondant avec Endor et laissant derrière lui l’étrange impression d’une incohérence. « Endor n’avait pas la lubie de se parer du manteau des prêtre loup n’est ce pas ? » pensèrent certains. Beaucoup s’étaient poussé par pur reflexes devant le prêtre loup, parfois par simple respect pour sa caste, d’autre par adhérences au dogme d’Ul Morkhaï.

Il avait deux semaines de retard pour son entrée en fonction. Retardé par nombre de menues embûches et désagréments divers. Pas de folles aventures pour sauver la veuve ou l’orphelin. Pas de combats héroïques car c’est le genre de situation dont il se passait volontiers, regardant d’un œil à la fois résigné et atterré de jeunes hommes et femmes se lançant sans arrière pensée vers ce qui peut être leur mort prématuré.  Pas de grande épopée digne d’être conté en saga, juste un voyage où il s’est fait accueillir en échange de menues services aux communautés sur son chemin.

Le prêtre-loup se présenta au chambellan devant l’introduire auprès de la cours. Il était nerveux et faisait tout ce qu’il pouvait pour cacher cette nervosité derrière le masque d’un calme absolue. Il était rarement nerveux, souvent d’un calme olympien parfois aussi glaciale que les sommet des montagnes de son pays. Mais voilà, ça n’était pas une situation normale pour lui, il allait revoir une famille dont il n’avait pratiquement aucun souvenir. Il était nerveux en effet, mais aussi comme gagné par une certaine excitation, après tout il allait revoir sa famille, ce que peu de prêtre loup avait l'occasion de faire. Il n'était pas défendu pour un prêtre loup de revoir sa famille, mais généralement quand ils sortent du temple les leurs sont morts de vieillesse ou de maladie, ou son de parfait étrangé pour eux. Ahximan vivait un moment unique que très... très peu de prêtre avant lui avait vécu et chacune de ces expériences avaient été uniques et personnelles.

Lorsque la porte s’ouvrit sur lui, le chambellan cria le nom d’Ulric Ahximan, émissaire du Temple d‘Ul Morkhaï. Il avança vers son frère et souverain. La cours se scinda en deux, créant une sorte d’allée vers le trône.
Il s'avance d’un pas tout en puissance teinté d’une pointe d’une sorte de grâce féline. Ahximan s’arrête à exactement sept pas de son frère, au pied des marches menant vers le trone.

Un titan fit face à un autre titan. Ahximan n’eut aucun mal à reconnaître son frère, mais il y’avait un protocole à respecter, il allait peut être se voir confier la charge de médecin royal, mais il était aussi un représentant des prêtres loups, et ce faisant il devait par ce cérémonialisme qu’il considérait comme outrancièrement ennuyeux, présenter ses respects et ceux de l’ordre tout entier à leur Souverain, fut-il son frère. Le prêtre loup posa genoux à terre, mais garda la tête haute et attendit que l’on lui adressa la parole, comme le voulait l’usage
Souverain de la Terre
avatar
Messages : 122
Inscrit.e le : 28/05/2018

Endor

Souverain de la Terre
Voir le profil de l'utilisateur
le Jeu 13 Sep - 19:52
Au Royaume des Titans
Les dieux t’entendront, ô toi qui es de mon sang
Pour tes années d’errance dans la boue et la poussière
Avançant comme un nomade le long des routes et des fleuves
Pardonne-moi, ô mon Frère

Entends mon appel ce soir
Je suis fatigué de ces longues années  
D'une même pierre nous pouvons construire notre royaume
S'il te plaît entends-moi, Frère...


La nouvelle a frémi aux portes du palais, alors que les rayons du soleil franchissent les cimes de la montagne et pénètrent enfin à flot dans la cité, marquant la fin de la matinée. Portée par le pas leste d’un serviteur dépêché depuis l’entrée, elle sillonne les couloirs de pierre aux hautes voûtes, traversant les chambres et les suites, les alcôves et les volées de marches qui sculptent la matière de l’endroit comme celle de la ville. Discrète comme les frémissements du jour, comme lui elle ne tarde pas à enfler dans le sillage du premier porteur. Une personne, puis deux, puis dix la répètent, la parent de mots sans cesse identiques, sans cesse différents qui se contredisent parfois et parviennent pourtant à avancer d’un même pas inexorable, emplissant toute la demeure du souverain de la même effervescence. Tout le monde se questionne, murmure, répète, se rassemble peu à peu vers la salle du trône. Bientôt, des salles de bal aux écuries, du courtisans au palefrenier, chacun sait : le prêtre-loup est arrivé.

Par les dieux, Lori, je ne sais que faire...

Je n’ai même pas besoin de tourner la tête pour sentir sur moi le regard bienveillant de mon ami alors que nous avançons vers la salle du trône. Je me trouvais avec lui dans le bureau oriental lorsque la nouvelle nous est parvenue, annoncée par un messager qui s’était hâté depuis les portes du palais et nous nous sommes mis aussitôt en route, remettant la gestion des affaires courantes de la contrée à plus tard. Les autres conseillers nous ont suivi et marchent toujours à trois pas derrière nous mais mon gardien et moi parlons de façon à n’être entendus que de nous.

Je te comprends. C’est angoissant de retrouver un frère inconnu après tant d’années. Dis-toi qu’il doit être encore plus stressé que toi.
Cela ne me console pas.
Je sais…


Lorsque nous arrivons dans la salle du trône, celle-ci est déjà plus qu’à moitié pleine et, comme d’habitude, les dizaines de regards qui se tournent vers nous d’un même mouvement à notre entrée me nouent brièvement les entrailles, sans que cela ne n’empêche de poursuivre mon chemin. Depuis dix ans que je suis souverain, le fantôme de la chape d’épouvante qui m’est tombée sur la poitrine le jour où j’ai posé le pied dans cette salle en tant que monarque et non plus en tant qu’héritier me reprend toujours lorsque je m’avance sous les hautes arcades sculptées de cette pièce. Il ne me laisse plus paralysé et pâle comme la Mort sur le seuil comme alors, mais il me faut toujours un moment pour m’en débarrasser. Alors que je prends place sur le trône d’acier et de quartz des souverains de la Terre, un frisson me court le long du dos en remarquant que mes parents se trouvent non loin de l’estrade royale, à la place qui leur est due mais qu’ils n’occupent que peu. Je respire profondément en refermant les mains sur les accoudoirs en forme de tête d’ours, polis par le temps et tous ceux qui m’ont précédés.

Tout ira bien, Eny.
Mes parents ne l’ont pas vu depuis presque trente ans. Tu es cent fois plus mon frère que lui. Je n’en ai aucun souvenir, je n’ai aucune idée de quel homme il peut être et il va entrer à mon service, ployer le genou devant moi alors que nous avons le même sang, que nos rôles auraient très bien pu être échangés, que…
Endor, je sais ce que tu ressens. Je me suis posé les mêmes questions que toi. Alors crois-moi, tout se passera bien. Vous vous verrez, vous vous reconnaîtrez et les choses seront telles qu’elles devront l’être.


La voix rassurante, la coupole familière de son esprit contre le mien, comme un manteau de fourrure face au vent du nord, me fait plus de bien que n’importe quelle autre parole. Quand Ulric Ahximan est enfin annoncé à l’entrée de la salle du trône, je le regarde avancer vers moi sans dévier les yeux. Sans laisser deviner à personne d’autre que mon gardien le trouble qui m’ébranle alors que je me vois soudain marcher vers moi-même. Lori est mon frère de cœur et d’esprit, je l’ai toujours dit sans mentir après que nous ayons grandi ensemble et nous nous soyons mêlés de concert à l’énergie de la pierre, dix ans plus tôt. Mais à mesure que cet homme se rapproche de moi, que nos regards se cherchent, se trouvent et s’aimantent avec la même fascination muette, je ne peux bientôt plus douter que nous soyons du même sang. Et peut-être parce que j’ai soudain sous les yeux la preuve vivante que nous avons germé et dormi ensemble dans le sein maternel, plus proches l’un de l’autre que nous ne pourrons jamais l’être, une émotion étrange et douloureuse émerge soudain dans mon âme. Par-delà l’inquiétude, la fascination et le doute, cette impression de retrouver une part de soi perdue depuis si longtemps qu’elle en est étrangère malgré sa familiarité. Toi et Moi alors que nous aurions dus être un Nous…

Alors qu’un silence attentif et vibrant a posé son voile sur la cour, je vois le prêtre-loup possédant mon visage mettre le genou à terre sans pour autant détourner son regard du mien. Moi non plus je ne peux le quitter des yeux. Lentement, je me lève du trône et commence à descendre les marches qui me séparent de lui. Chacun de mes pas est lent et mesuré et ma voix résonne nette et claire sous les hautes arcades alors que je clame les paroles rituelles qui doivent saluer chaque voyageur que l’on accueille sous son toit :

« Quitte la montagne car le foyer t’est ouvert. Ambre se réjouit de ton arrivée, Ulric Ahximan, porte-parole du Dieu Loup. Nous commencions à craindre qu’il ne te soit arrivé malheur en chemin. »

Alors que l’espace entre nous s’amenuise, la présence de Lori dans mon esprit se retire peu à peu et je lui en suis reconnaissant. Il est de son devoir de rester alerte mais c’est mon frère jumeau que je retrouve aujourd’hui et il comprend sans doute que ce moment n’appartient qu’à peu de gens. Ce moment où je lui fais signe de se relever pour enfreindre le protocole et poser mes mains sur ses épaules, les serrer brièvement.

« Sois le bienvenu. »

Dans mon dos, une courte agitation et un bruit de pas précipités résonnent sous les voûtes avant de s’éloigner. Un bref regard en arrière m’informe que ma mère (notre mère… oh, par tous les dieux…) vient de quitter la pièce. Inquiet, je me retourne vers le prêtre-loup et réalise soudain que nous ne sommes pas seuls mais sous les yeux de toute une cour avide et silencieuse, qui attend de voir comment le Roi sous la Montagne, Endor le Froid, Endor l’Austère, va briser la glace pour accueillir son frère. Réprimant un tressaillement, je retire mes mains de ses épaules et m’écarte de lui avant de héler d’un geste un serviteur posté dans un coin de la pièce.

« Tu dois être fatigué après ta longue route dans les montagnes. On va te conduire à tes appartements pour que tu puisses te délasser. »

Le ton de ma voix signifie clairement que l’entretien est terminé. La poitrine serrée par cette pièce remplie de monde que je trouve à nouveau oppressante, je m’éloigne vers mon père pour lui parler à voix basse, jetant un bref regard à Lori au passage.

« Pardon Père, je… Je vais aller la voir... »

Et en effet, quelques minutes plus tard, je m’éclipse de la salle du trône par une porte plus en retrait et tous s’écarte sur mon passage, conscient que je ne désire parler à personne. Pour le moment, mon frère peut attendre.
Codage par Libella sur Graphiorum
Prithvi
avatar
Messages : 55
Inscrit.e le : 02/06/2018

Ahximan

Prithvi
Voir le profil de l'utilisateur
le Dim 21 Oct - 22:02
Les dieux t’entendront, ô toi qui es de mon sang
Pour tes années à porter l’icône du Rang
Se tenant avec la majesté d’un titan
Je te pardonne, ô mon Frère

J’entends ton appel ce soir
Comme toi, las de ces longues années  
D'une même pierre nous pouvons construire notre royaume
Je t’entend, ô mon Frère…


On ne se quitte pas des yeux durant sa descente des marches, comme nous ne nous sommes pas quitté des yeux lorsque j’avançais vers lui, lorsqu’il se leva de son trône.

« Quitte la montagne car le foyer t’est ouvert. Ambre se réjouit de ton arrivée, Ulric Ahximan, porte-parole du Dieu Loup. Nous commencions à craindre qu’il ne te soit arrivé malheur en chemin. »

Je découvre un regard franc et honnête, pourtant alourdis par le poids d’une couronne, trop lourde peut être. Je vois dans ses traits ce que j’aurais put être physiquement, un bel homme jusqu’ à plus de vingt ans et non l’homme mûr, certes, mais ridé et barré de cicatrices que je suis aujourd’hui. Une fugace pointe de jalousie m’étreins, puis disparaît aussitôt. Il parle avec la voix qu’on attend d’un souverain, nette, claire, puissante, comme si la seule chose qui resta vraiment identique chez nous, malgré les années, était notre voix, bien que nos intonnations diffèrent. Il descend avec majesté de son trône et me fait signe de me relever, ainsi brisant la coutume…. Un réformiste ? Ou… ses larges mains s’abattent sur mes épaules comme deux rocs sur la tête d’un berger. Je ne bronche pas, nous sommes fait du même bois. Il lance d’une claire, empreinte d’émotion.

« Sois le bienvenu. »

Les mots me manquent, que puis je dire ? Que dire ? j’ai été accueillis a bras ouvert dans tellement de villages, tellement de hameaux et j’ai toujours plus ou moins réussit à trouver les mots. aujourd’hui… ces mots me font défaut, me fuient comme une biche fuit le chasseur. Que dois-je dire ? Merci sans aucun doute ! Mais merci qui ? Merci Majesté ? … ou merci mon frère ? Je commence à ouvrir la bouche pour la refermer presque aussitôt… les mots me manquent cruellement aujourd’hui. Est-il aussi confus que moi, mais le cache-t-il mieux ? Est-il comme moi empreint de peur et de doute quant à cette rencontre ? Son regard malgré ce que je pense être une étincelle de doute est pourtant rassurant, son sourire chaleureux. Il s’écarte pourtant, comme replongé dans le monde réel, il reprend sa posture de Souverain…. Mais qu’est ce qui se passe bon sang ?
Répond Ahxi, répond bon sang… j’opte pour la réponse séculaire, rituelle, celle qui n le mettra pas en porte à faux

« Merci…. (j’hésite un instant) Mon seigneur. »

J’incline respectueusement la tête. L’ambiance semble se glacer en un simple moment. Comme si la cérémonie venait de reprendre.

« Tu dois être fatigué après ta longue route dans les montagnes. On va te conduire à tes appartements pour que tu puisses te délasser. »

J’incline encore une fois respectueusement la tête. Le Souverain s’éclipse avec toujours cette démarche toute en puissance, mais comme si un poids de plus venait de tomber sur ses épaules.
Un page vient me chercher et m’invite a me retirer… je dois prendre un moment pour réagir parce qu’il insiste. Bon…. Je le suis. Quelques instant plus tard je tombe sur un homme très fortement charpenté, un titan aux traits dur comme taillés dans le granite, des cheveux et une barde tirant maintenant sur le gris clair encadrent ce visage qui exprime une désapprobation évidente. Sans comprendre d’où, de comment ou de pourquoi, un poing vol vers mon visage et je peux pas l’esquiver. Je sis pas un guerrier bordel ! Je ne tombe pas au sol, je ne suis pas faible non plus, mais là je reste quoi. D’où est ce que ça vient et pourquoi ?

«   QU’EST CE QUE C’EST QUE CE CIRQUE ? TON FRÈRE EST PEUT ÊTRE SOUVERAIN MAIS IL RESTE TON FRÈRE PAR LES COUILLES MOISIES DES DIEUX ! VA LE VOIR ET REFAITES MOI CA ! J’apprendrais à mes fils à se faire des courbettes tiens…. Et va voir ta mère aussi ! Elle se faisait un sang d’encre pour toi toutes ces années »

Le ton ne souffrait aucune réponse, aucune répartie. L’espace d’un instant je me retrouve à l’état d’enfant devant un père qui le corrige pour avoir mal nettoyé les écuries. J’étais encore perdu quand cet homme qui se comportait avec moi comme étant mon père…. Et qui l’était probablement… commença à tempêter sur le page qui était devenu aussi pâle que les nouvelles neiges. Il nous fait signe de le suivre.
Le corridors s’enchaîne alors que ce titan de granite ronchonne des imprécations dont parler aujourd’hui pourrait conduire ce récit à la censure pour blasphème. Je suis introduit dans une chambre confortable mais sans luxe ostentatoire, là dans un grand lit couvert de couvertures et de fourrures, une femme aux cheveux eux aussi tirant vers le blanc, elle semblait amaigris et sa peau était piquée de taches couleur rouilles…. Était-ce… ma mère ? À son chevet, mon frère (j’ai encore du mal à ne serait-ce que concevoir que je puisse être le frère du souverain, et encore moins quelle conséquences en découlent), l’air tendu, inquiet, ça se lit sur son visage comme les premières lettres d’un livre. J’avance à pas lent vers le lit et tout naturellement, et commence à faire mon office de médecin. De sous les couvertures, j’entends un très faible :

« Mon fils ? »

Je pose doucement une main sur son front, elle est brûlante de fièvre. Est-elle en train de délirer ? Je répond sans trop réfléchir alors que je commence à évaluer sa condition.

« Je suis là…. Mère »
Souverain de la Terre
avatar
Messages : 122
Inscrit.e le : 28/05/2018

Endor

Souverain de la Terre
Voir le profil de l'utilisateur
le Ven 9 Nov - 16:26
Au Royaume des Titans
Nous nous sommes reconnus
Mais nous ne nous sommes pas trouvés
Le flot des années nous séparent
Et je ne peux quitter la rive

Entends mon appel ce soir
Je suis fatigué de ces longues années  
D'une même pierre nous pouvons construire notre royaume
S'il te plaît entends-moi, Frère...


Sejeril referma de ses bras tremblants la double porte de ses appartements. Grâce aux dieux, elle avait réussi à s’y réfugier avant que les sanglots ne s’échappent de sa gorge obstruée et elle tenta de les refouler de son mieux. Elle ne pouvait s’empêcher d’être en colère contre elle-même. S’enfuir ainsi de la salle du trône devant toute la cour, faire honte à son fils, à ses fils, ça n’était pas digne de la mère d’un Souverain. Mais quand elle revoyait la silhouette si grande, si familière et si différente de cet homme  s’avançant vers le trône, elle perdait à nouveau ses moyens. La dernière fois qu’elle l’avait vu, il tenait dans ses bras, s’endormait contre sa poitrine au rythme de ses berceuses et lui souriait en exhibant ses premières dents de lait. Aujourd’hui, il portait barbe et cicatrices et son regard grave était déjà cerclé de petites rides, gravées sur sa peau comme les chemins qu’il avait arpentés à flanc de montagne. C’était pourtant son fils, son bébé. À l’égal d’Endor, il avait grandi en elle et elle se souvenait du jour de sa naissance avec tellement de précisions qu’elle sentait encore la prise de Korann sur ses poignets. Comment avait-il pu grandir si vite, autant que son frère, en restant loin d’elle ? Elle ne se l’expliquait pas. Elle ne pouvait s’imaginer lui faire face sans s’effondrer aussitôt…

Malgré tout le temps qu’elle y a passé, il n’y a qu’un seul endroit où ma mère se sent véritablement chez elle au palais. La chambre qu’elle partage avec mon père, qu’elle a décoré à l’image de la maisonnette où ils ont vécu les premières années de leur mariage, que nul serviteur n’a le droit de nettoyer à sa place. C’est, pour sûr, l’une des pièces les plus rustiques dans cette aile, mais je l’ai toujours trouvé immensément chaleureuse. Comme je le pensais en quittant la salle du trône aussi solennellement que possible, c’est ici que je la trouve, toussant à fendre l’âme et brûlante de fièvre.

« Mère ! »

Inquiet, je m’avance aussitôt auprès d’elle pour la soutenir. Sur mon ordre, des servantes viennent l’aider à se déshabiller pour la mettre au lit. Son corps frêle et affaibli grelotte entre les draps et me remplit de tristesse. Oubliant jusqu’à la couronne que je porte encore sur le front, je viens prendre sa main tachée de rouille. Son regard se pose sur moi avec peine, brillant de larmes.

« Eny… Oh, Eny… Attends, je ne... »
« Laissez, Mère. Allongez-vous. »
« Pas tout de suite, juste quelques instants, je… Oh, mon bébé... »


Il suffit d’entendre une de ses disputes légendaires avec mon père pour savoir qu’elle possède un caractère à fendre les glaciers. Je n’ai pas le souvenir de l’avoir déjà vue aussi vulnérable, aussi démunie, et le fait de savoir que le prêtre-loup, mon frère, en est la cause, me remplit d’un sentiment poisseux semblable à de la jalousie. Je le repousse de mon mieux, horrifié à l’idée que Lori puisse le deviner, mais l’exercice est ardu. Notamment quand je le vois entrer dans la pièce à la suite de notre père. Je me redresse, reprenant par réflexe l’attitude de monarque que l’on attend de moi, mais un signe de tête agacé de Korann Agursson me renseigne aussitôt sur mon mécontentement. Je me rends d’ailleurs compte avec stupeur que je ne suis pas le seul à en avoir fait les frais lorsque je laisse ma place au médecin possédant mon visage. Je tourne la tête avec surprise :

« Père, vous l’avez frappé ? »
« Et comment donc ! Mon Seigneur… Et pourquoi pas Votre Majesté, tant que vous y êtes ? »
« Il a respecté l’étiquette de la cour, il n’avait pas le choix. »
« Ne me bassine pas avec ces sottises, Endor. Vingt ou trente années séparés n’y changeront rien : vous êtes frères. La comédie de tout à l’heure, ce n’est pas ainsi que l’on accueille un frère. »


Je ne réponds rien, blessé. Je sais que mon père met un point d’honneur à ne jamais oublier d’où il vient et que cette rudesse simple d’homme du nord est sincère chez lui. Ahximan est mon frère, je dois l’accueillir comme tel. En le serrant dans mes bras et en remerciant les dieux de nous réunir après tant d’années passées loin l’un de l’autre. C’est sans doute ce que je ferai si je n’étais qu’Endor, modeste mineur de Brimir comme mon père avant moi et son père avant lui. Ce n’est pas le cas. Agir ainsi irait à l’encontre de ce que l’on attend d’un Souverain et je refuse de braver la tradition pour me donner en spectacle devant la cour. J’aimerais retrouver, rencontrer cet homme. Mais je ne peux le faire aussi simplement. Quoi qu’en dise Korann, on ne franchit pas sans élan un fossé de vingt-cinq ans.

« Ahxi… Mon… Mon tout petit... »

La voix tremblante de ma mère me serre soudain le cœur. Je ne veux pas rester ici et la voir pleurer face à un inconnu alors qu’elle n’a jamais fait montre d’un tel moment de faiblesse devant moi. Avec horreur, je me rends compte que j’en veux à mon propre frère pour son retour, pour mettre en péril l’harmonie de ce qui faisait ma vie jusque là. Honteux, peiné et frustré, je me retire en silence.

Je ne sais que faire, Lori…
Patience. Ça viendra à son heure…


Il est bien tard lorsque je me retrouve aux jardins. J’ai passé la journée à me consacrer aux affaires de l’État tandis que des serviteurs installaient Axhiman dans ses appartements et son futur laboratoire. Comprenant ma gêne, mon Gardien a tout mis en œuvre mon que mon chemin ne croise pas le sien et je lui en sais gré. Poussant un profond soupir, je contemple les étoiles lointaines par l’évent de la montagne et bois une petite gorgée de la bouteille d’hydromel que j’ai prise avec moi, exceptionnellement. J’ai besoin de temps. Rien ne se passe comme je le voudrais...
Codage par Libella sur Graphiorum

Contenu sponsorisé

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum