Prithvi
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Ahximan

Prithvi
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le Ven 7 Sep - 21:53
Ahximan avançait dans les couloirs du palais à grand pas. Sur son passage, serviteurs et nobles se rangeaient sur le côté, comme si leur Souverain lui même s’avançait dans les corridors, très souvent le confondant avec Endor et laissant derrière lui l’étrange impression d’une incohérence. « Endor n’avait pas la lubie de se parer du manteau des prêtre loup n’est ce pas ? » pensèrent certains. Beaucoup s’étaient poussé par pur reflexes devant le prêtre loup, parfois par simple respect pour sa caste, d’autre par adhérences au dogme d’Ul Morkhaï.

Il avait deux semaines de retard pour son entrée en fonction. Retardé par nombre de menues embûches et désagréments divers. Pas de folles aventures pour sauver la veuve ou l’orphelin. Pas de combats héroïques car c’est le genre de situation dont il se passait volontiers, regardant d’un œil à la fois résigné et atterré de jeunes hommes et femmes se lançant sans arrière pensée vers ce qui peut être leur mort prématuré.  Pas de grande épopée digne d’être conté en saga, juste un voyage où il s’est fait accueillir en échange de menues services aux communautés sur son chemin.

Le prêtre-loup se présenta au chambellan devant l’introduire auprès de la cours. Il était nerveux et faisait tout ce qu’il pouvait pour cacher cette nervosité derrière le masque d’un calme absolue. Il était rarement nerveux, souvent d’un calme olympien parfois aussi glaciale que les sommet des montagnes de son pays. Mais voilà, ça n’était pas une situation normale pour lui, il allait revoir une famille dont il n’avait pratiquement aucun souvenir. Il était nerveux en effet, mais aussi comme gagné par une certaine excitation, après tout il allait revoir sa famille, ce que peu de prêtre loup avait l'occasion de faire. Il n'était pas défendu pour un prêtre loup de revoir sa famille, mais généralement quand ils sortent du temple les leurs sont morts de vieillesse ou de maladie, ou son de parfait étrangé pour eux. Ahximan vivait un moment unique que très... très peu de prêtre avant lui avait vécu et chacune de ces expériences avaient été uniques et personnelles.

Lorsque la porte s’ouvrit sur lui, le chambellan cria le nom d’Ulric Ahximan, émissaire du Temple d‘Ul Morkhaï. Il avança vers son frère et souverain. La cours se scinda en deux, créant une sorte d’allée vers le trône.
Il s'avance d’un pas tout en puissance teinté d’une pointe d’une sorte de grâce féline. Ahximan s’arrête à exactement sept pas de son frère, au pied des marches menant vers le trone.

Un titan fit face à un autre titan. Ahximan n’eut aucun mal à reconnaître son frère, mais il y’avait un protocole à respecter, il allait peut être se voir confier la charge de médecin royal, mais il était aussi un représentant des prêtres loups, et ce faisant il devait par ce cérémonialisme qu’il considérait comme outrancièrement ennuyeux, présenter ses respects et ceux de l’ordre tout entier à leur Souverain, fut-il son frère. Le prêtre loup posa genoux à terre, mais garda la tête haute et attendit que l’on lui adressa la parole, comme le voulait l’usage
Souverain de la Terre
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Endor

Souverain de la Terre
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le Jeu 13 Sep - 19:52
Au Royaume des Titans
Les dieux t’entendront, ô toi qui es de mon sang
Pour tes années d’errance dans la boue et la poussière
Avançant comme un nomade le long des routes et des fleuves
Pardonne-moi, ô mon Frère

Entends mon appel ce soir
Je suis fatigué de ces longues années  
D'une même pierre nous pouvons construire notre royaume
S'il te plaît entends-moi, Frère...


La nouvelle a frémi aux portes du palais, alors que les rayons du soleil franchissent les cimes de la montagne et pénètrent enfin à flot dans la cité, marquant la fin de la matinée. Portée par le pas leste d’un serviteur dépêché depuis l’entrée, elle sillonne les couloirs de pierre aux hautes voûtes, traversant les chambres et les suites, les alcôves et les volées de marches qui sculptent la matière de l’endroit comme celle de la ville. Discrète comme les frémissements du jour, comme lui elle ne tarde pas à enfler dans le sillage du premier porteur. Une personne, puis deux, puis dix la répètent, la parent de mots sans cesse identiques, sans cesse différents qui se contredisent parfois et parviennent pourtant à avancer d’un même pas inexorable, emplissant toute la demeure du souverain de la même effervescence. Tout le monde se questionne, murmure, répète, se rassemble peu à peu vers la salle du trône. Bientôt, des salles de bal aux écuries, du courtisans au palefrenier, chacun sait : le prêtre-loup est arrivé.

Par les dieux, Lori, je ne sais que faire...

Je n’ai même pas besoin de tourner la tête pour sentir sur moi le regard bienveillant de mon ami alors que nous avançons vers la salle du trône. Je me trouvais avec lui dans le bureau oriental lorsque la nouvelle nous est parvenue, annoncée par un messager qui s’était hâté depuis les portes du palais et nous nous sommes mis aussitôt en route, remettant la gestion des affaires courantes de la contrée à plus tard. Les autres conseillers nous ont suivi et marchent toujours à trois pas derrière nous mais mon gardien et moi parlons de façon à n’être entendus que de nous.

Je te comprends. C’est angoissant de retrouver un frère inconnu après tant d’années. Dis-toi qu’il doit être encore plus stressé que toi.
Cela ne me console pas.
Je sais…


Lorsque nous arrivons dans la salle du trône, celle-ci est déjà plus qu’à moitié pleine et, comme d’habitude, les dizaines de regards qui se tournent vers nous d’un même mouvement à notre entrée me nouent brièvement les entrailles, sans que cela ne n’empêche de poursuivre mon chemin. Depuis dix ans que je suis souverain, le fantôme de la chape d’épouvante qui m’est tombée sur la poitrine le jour où j’ai posé le pied dans cette salle en tant que monarque et non plus en tant qu’héritier me reprend toujours lorsque je m’avance sous les hautes arcades sculptées de cette pièce. Il ne me laisse plus paralysé et pâle comme la Mort sur le seuil comme alors, mais il me faut toujours un moment pour m’en débarrasser. Alors que je prends place sur le trône d’acier et de quartz des souverains de la Terre, un frisson me court le long du dos en remarquant que mes parents se trouvent non loin de l’estrade royale, à la place qui leur est due mais qu’ils n’occupent que peu. Je respire profondément en refermant les mains sur les accoudoirs en forme de tête d’ours, polis par le temps et tous ceux qui m’ont précédés.

Tout ira bien, Eny.
Mes parents ne l’ont pas vu depuis presque trente ans. Tu es cent fois plus mon frère que lui. Je n’en ai aucun souvenir, je n’ai aucune idée de quel homme il peut être et il va entrer à mon service, ployer le genou devant moi alors que nous avons le même sang, que nos rôles auraient très bien pu être échangés, que…
Endor, je sais ce que tu ressens. Je me suis posé les mêmes questions que toi. Alors crois-moi, tout se passera bien. Vous vous verrez, vous vous reconnaîtrez et les choses seront telles qu’elles devront l’être.


La voix rassurante, la coupole familière de son esprit contre le mien, comme un manteau de fourrure face au vent du nord, me fait plus de bien que n’importe quelle autre parole. Quand Ulric Ahximan est enfin annoncé à l’entrée de la salle du trône, je le regarde avancer vers moi sans dévier les yeux. Sans laisser deviner à personne d’autre que mon gardien le trouble qui m’ébranle alors que je me vois soudain marcher vers moi-même. Lori est mon frère de cœur et d’esprit, je l’ai toujours dit sans mentir après que nous ayons grandi ensemble et nous nous soyons mêlés de concert à l’énergie de la pierre, dix ans plus tôt. Mais à mesure que cet homme se rapproche de moi, que nos regards se cherchent, se trouvent et s’aimantent avec la même fascination muette, je ne peux bientôt plus douter que nous soyons du même sang. Et peut-être parce que j’ai soudain sous les yeux la preuve vivante que nous avons germé et dormi ensemble dans le sein maternel, plus proches l’un de l’autre que nous ne pourrons jamais l’être, une émotion étrange et douloureuse émerge soudain dans mon âme. Par-delà l’inquiétude, la fascination et le doute, cette impression de retrouver une part de soi perdue depuis si longtemps qu’elle en est étrangère malgré sa familiarité. Toi et Moi alors que nous aurions dus être un Nous…

Alors qu’un silence attentif et vibrant a posé son voile sur la cour, je vois le prêtre-loup possédant mon visage mettre le genou à terre sans pour autant détourner son regard du mien. Moi non plus je ne peux le quitter des yeux. Lentement, je me lève du trône et commence à descendre les marches qui me séparent de lui. Chacun de mes pas est lent et mesuré et ma voix résonne nette et claire sous les hautes arcades alors que je clame les paroles rituelles qui doivent saluer chaque voyageur que l’on accueille sous son toit :

« Quitte la montagne car le foyer t’est ouvert. Ambre se réjouit de ton arrivée, Ulric Ahximan, porte-parole du Dieu Loup. Nous commencions à craindre qu’il ne te soit arrivé malheur en chemin. »

Alors que l’espace entre nous s’amenuise, la présence de Lori dans mon esprit se retire peu à peu et je lui en suis reconnaissant. Il est de son devoir de rester alerte mais c’est mon frère jumeau que je retrouve aujourd’hui et il comprend sans doute que ce moment n’appartient qu’à peu de gens. Ce moment où je lui fais signe de se relever pour enfreindre le protocole et poser mes mains sur ses épaules, les serrer brièvement.

« Sois le bienvenu. »

Dans mon dos, une courte agitation et un bruit de pas précipités résonnent sous les voûtes avant de s’éloigner. Un bref regard en arrière m’informe que ma mère (notre mère… oh, par tous les dieux…) vient de quitter la pièce. Inquiet, je me retourne vers le prêtre-loup et réalise soudain que nous ne sommes pas seuls mais sous les yeux de toute une cour avide et silencieuse, qui attend de voir comment le Roi sous la Montagne, Endor le Froid, Endor l’Austère, va briser la glace pour accueillir son frère. Réprimant un tressaillement, je retire mes mains de ses épaules et m’écarte de lui avant de héler d’un geste un serviteur posté dans un coin de la pièce.

« Tu dois être fatigué après ta longue route dans les montagnes. On va te conduire à tes appartements pour que tu puisses te délasser. »

Le ton de ma voix signifie clairement que l’entretien est terminé. La poitrine serrée par cette pièce remplie de monde que je trouve à nouveau oppressante, je m’éloigne vers mon père pour lui parler à voix basse, jetant un bref regard à Lori au passage.

« Pardon Père, je… Je vais aller la voir... »

Et en effet, quelques minutes plus tard, je m’éclipse de la salle du trône par une porte plus en retrait et tous s’écarte sur mon passage, conscient que je ne désire parler à personne. Pour le moment, mon frère peut attendre.
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