Agni
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Iriel

Agni
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le Mar 18 Sep - 0:26
Un grain de sable.
Minuscule pilier d’un magnifique paysage en suspens.
Héritage insoupçonné de la mémoire d’antan.
Ce petit, si petit grain de sable, aussi insignifiant, qui fut un jour une fière montagne. Héros des temps anciens, oublié des temps présents. Le grain de sable est celui qui s’est laissé oublier, qui ne voulait pas faire d’ombre. Alors il s’est changé en paillette d’or et fait miroité les dunes qu’il soutient de son seul être. Petite chose à laquelle personne ne prête d’importance supporte en silence les fondations du monde.
Déplacez un grain de sable et vous ferez s’effondrer une dune à l’autre bout d’Agni, qui entraînera par sa chute le désert tout entier.
Rien n’y pousse. Tout s’y efface. Tous s’y effacent. Il est têtu et infertile. Et c’est pourtant entre ses perles que se dévoilent les plus beaux oasis. Oasis chimériques, facétieuses sources de vie, laissant les voyageurs fabuler leur vert paradis alors qu’elles s’évanouissent dans un mirage.
Parce que le désert n’a pas donné de concurrent au sable, grande est le paix du désert. Car jamais l’avisé général ne laissera ses chiens en proie aux assauts combinés du soleil de plomb et de l’adversaire carnassier.
Subtil grain de sable. Soldat solitaire sans soupir, sillonne la scène, sublimant structures et sculptures serpentines.
Partout où les vents le porte, il s’affaire. Il ne rechigne nulle besogne. Seul souverain sur son sol, suffoquant sous le siège d’un superbe soleil.
Il virevolte alors que l’alizée l’arrache à sa dune. Il s’envole dans les sphères aériennes pour traverser l’entendue scintillante du désert. Il fend l’océan de cuivre et d’or, passant au dessus des vagues que forment les dunes aux crêtes vertigineuses.
Téméraire grain de sable. Éternel insatisfait de ta destination. Pèlerin sans foi et sans but. Vagabond des étendues désertées et magnifiées par l’absence. Un jour viendra où tu retrouveras ta splendeur passée.
Lorsque le grain de sable se pose à nouveau, il atterrit sur la soie fine et légère d’une djellaba animée d’une brise revigorante. Le luxueux tissu laisse son hôte glisser le long de ses broderies d’argent dévalant la pente d’une silhouette toute de pourpre vêtue.

En face, Rubis rayonne de l’activité de ses commerçants toujours affairés. La cité fourmille de milliers de petits bras qui se suivent et se croisent dans un ballet longuement répété. Ici, un marchand annonce disposer des fruits les plus juteux de toute la contrée. Là, un autre présente son orfèvre finement taillée à une passante visiblement intéressée. Un jeune garçon dispose quelques volailles fraîchement abattues sur son étale. À ses côtés, un vendeur de tapis harangue la foule pressée autour de ses pièces de tissu. Lorsqu’il remarque le cortège qui s’avance parmi la foule, il laisse son étale aux badauds pour venir saluer l’homme trônant sur un fier dromadaire.

- Seigneur Ben Berel, je vous assure que je réglerai mes créances en temps et en heures.

Le Prince Marchand baisse le regard vers le vendeur de tapis, lui adressant un regard d’apparence compatissante. Lorsqu’il quitte son regard, ses yeux se tournent vers un épais cavalier qui le suit de près. Il lui adresse un signe de la main et le molosse arrête sa monture pour mettre pied à terre. Dubio entraîne le marchand à l’écart et les deux hommes s’extraient au regard d’Iriel. Perchée sur le dos d’un dromadaire, la jeune femme suit son maître qui s’enfonce toujours plus profondément dans les artères pleines de vie de la capitale. Hanan Ben Berel se rendait au palais de Rubis pour s’y entretenir avec Nàr. Si le sujet précis de cette entrevue ne lui avait pas été communiqué, elle se doutait du lien que tout ceci pouvait à voir avec le commerce. Le souverain d’Agni était connu pour valoriser toutes les activités commerciales de sa contrée. Et le Seigneur de la Soie n’était certainement pas réfractaire à ces volontés.

Finalement arrivée au palais, la petite troupe, rejointe par Dubio qui n’eut pas traîné à refaire son retard, laissa une horde de serviteurs les délester de leurs montures qui furent amenées au écuries tandis que les invités suivaient un petit homme aussi sec que le désert lui même vers les salons où les attendait le maître des lieux. Ils gravirent quelques marches et parvinrent dans une pièce spacieuse et richement décorée. Sur le haut plafond du salon était représenté Liekki trônant sur une majestueuse dune. De ses attributs divins, il désignait la pièce sur laquelle son regard impérial était posé. Sur les murs s’étirait une immense frise de mosaïque dépeignant l’histoire de la contrée d’Agni et les faits d’arme et légendes des anciens souverains du feu. Les fragments de céramiques abondaient de détails et de pierreries scintillantes. Une grande table garnie de mets variés et succulents en bordait l’une des arêtes et, au fond de la pièce, se trouvait une immense couche bariolée au tissu raffiné. À leur arrivée, Nàr se redressa, faussant compagnie à la créature qui se trouvait alors à ses côtés. Les hommes du Seigneur de la Soie furent congédiés et le maître s’avança à la rencontre de son hôte.

- Quel plaisir de constater votre promptitude à m'accorder audience, Nàr !

Les deux hommes se saluèrent, échangeant quelques paroles de courtoisie qui ne parvinrent jamais aux oreilles d’Iriel. Son regard restait rivé sur la jeune femme qui se trouvait de l’autre côté de la pièce.

« Cette femme… je n’arrivais pas à me rappeler d’où je pouvais bien la connaître mais son visage me rappelait à de furieux souvenirs. Ses cheveux d’ébène et ce regard vert-de-gris, je les avais déjà croisés, j'aurais pu le jurer devant la toute-puissante Seiferi.»

Un grain de sable. Semblable à des millions d’autres et pourtant si remarquable.
Un grain de sable. Perturbateur négligeable qui se glisse dans l’engrenage.
Spoiler:
En espérant que ce lancement te plaise ! J'ai volontairement évité de détailler ce que pouvait faire Nàr que je te laisserai gérer :3 Sur ce que j'ai pu statuer du palais, si quoi que ce soit venait à clocher, je modifierai ! Let's go !  
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Sable

Agni
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le Dim 23 Sep - 22:14

Joyaux du désert

83ème jour d'Eira de l'an 1000

Feat Iriel

Dans les jardins du Palais de Rubis, où une douce odeur de fleurs d’orangers s’élève parmi les différents bosquets de plantes qui ornent les lieux. Le son délicat de l’oud résonne doucement, les notes s’envolant dans l’air au fur et à mesure du passage des doigts de la jeune esclave sur ses cordes. Le visage serein, les yeux fermés, elle se laisse emporter par le rythme léger qu’elle s’est mise à jouer naturellement. Un air appris il y a bien des années dans les haras qui l’ont vu grandir. Tout en jouant, elle se remémore les gestes fluides et gracieux de Siraj, un des esclaves qui se trouvait avec elle au Pavillon du Lys, c’est en le regardant jouer qu’elle a demandé à apprendre elle aussi, sans savoir, à l’époque, que ce serait une obligation de le faire plus qu’un choix. A l’époque, elle aimait ces instants bercés de musique, ces moments où elle avait l’impression d’être de nouveau libre, emportée par les sons et son imaginaire.

« Sable ! Joue le Fiancé du désert s’il te plait ! »
« Non, L’Hibiscus. »
« Et pourquoi pas la chanson des- »


Sable n’écoute pas la suite et se contente de continuer à faire bouger ses doigts sur les fines cordes. Elles sont une demi-douzaine à être venues s’installer dans les jardins aujourd’hui. Elles discutent joyeusement en s’amusant à faire des couronnes de fleurs et en se chamaillant sur la musique à jouer. La jeune femme repart se perdre dans cet instant de nostalgie. Bien que ses années à Raasfalim étaient loin d’être une partie de plaisir, il y avait tout de même quelques moments agréables comme ceux où elle pouvait écouter Siraj jouer.

« Sable. »

Le silence se fait immédiatement parmi les Perles lorsque la voix de Qoudama claque dans l’air. Grand, sa musculature disparaît sous sa tunique colorée, ses yeux perçants observent les esclaves devenues silencieuses avant de revenir sur Sable qui a posé sa main à plat sur les cordes tout en baissant le regard vers le sol face à son Maître. Qoudama est le gardien du harem de Nár, un eunuque rentré au service de ce dernier il y a de cela une quinzaine d’années. Il est celui qui se charge d’acheter les esclaves pour divertir son Souverain et de gérer ces derniers avec attention. S’il est dur et strict, il reste plutôt apprécié de ceux qui se trouvent sous ses ordres.

« Notre Souverain t’a fait demander. Va te préparer. »

La jeune femme se contente d’un signe de tête soumis avant de se lever du banc où elle s’était assise pour rejoindre les serviteurs qui ont suivi Qoudama jusqu’aux jardins. Ce dernier jette un œil aux autres filles avant de faire volteface et de retourner au Palais. Sable est raccompagnée jusqu’au harem où elle est changée, coiffée et parée de nouveaux atours. On lui explique que le Souverain du Feu reçoit l’un des Princes Marchands et qu’il faut ainsi faire bonne figure face à ce dernier. Obéissante, elle se laisse donc faire sans rechigner, comme elle l’a toujours plus ou moins fait. Ses cheveux sont tressés et parés de filaments dorés avant d’être posés sur son épaule. Sa poitrine disparaît sous un simple mais large ruban noir noué dans son dos et elle porte une longue jupe noire fendue des deux côtés et se terminant en un tissu transparent mais qui ne laisse pas beaucoup à l’imagination. Autour de son biceps gauche est exposé le bracelet à la marque de feu qui la désigne comme faisant partie du harem de Nár et autour de ses poignets, des bracelets plus simples, dorés également, marque des esclaves. Elle est maquillée très légèrement, juste pour rehausser ses pommettes, mais Qoudama semble décider que sa beauté naturelle fera le reste.

Une fois prête, la jeune femme est accompagnée jusqu’à Nár qui attend dans l’une des salles de réception. Le Souverain sourit en la voyant, visiblement ravi et l’attire à lui pour l’embrasser. La jeune femme se laisse faire, lui rendant même son baiser avant qu’ils ne s’installent tous deux sur la couche recouverte de tissus colorés et de coussins.

« Tu es bien trop habillée. »

Et elle sent le nœud dans son dos être défait avec légèreté. Le tissu noir quitte sa poitrine et Nár l’observe avec intérêt.

« C’est beaucoup mieux comme ça. »
« Comme le désire le Maître de Sable. »


Il passe ses doigts sur la peau fine de ses seins avant qu’un serviteur ne vienne annoncer l’arrivée des invités. Les portes s’ouvrent alors quelques secondes après et un homme entre dans la pièce, suivi de près par une jeune femme. Nár quitte alors la couche pour rejoindre son invité, laissant son esclave exposée à la vue de tous, noble comme gardes. Ceux-ci sont rapidement congédiés afin que Seigneur et Souverain puissent se saluer et échanger quelques mots. Le regard de Sable vient alors se poser sur la jeune femme restée un peu en retrait. Des longs cheveux d’un noir d’ébène et des yeux à la couleur de l’émeraude qui ne lui sont pas totalement étrangers, une magnifique tenue richement brodées. SI son visage reste impassible, la curiosité s’empare de la jeune esclave. Où a-t-elle pu la voir ? Il n’y a pas beaucoup de possibilités entre le Palais de Rubis et Raasfalim. Un mouvement lui fait quitter l’observation de l’étrangère et le regard de Sable croise celui de Nár qui lui fait un léger signe de tête. Sable acquiesce et se lève en attrapant le ruban noir avant que les deux jeunes femmes ne soient congédiées à leur tour, les deux hommes souhaitant probablement parler seul à seul.

Se retrouvant toutes deux dans une petite pièce attenante, Sable n’ose pas trop lever les yeux vers sa vis-à-vis. Est-elle une esclave elle aussi ? Ses vêtements paraissent bien plus riches que les siens et elle ignore ce qu’elle doit dire. Néanmoins, son visage ne lui est pas inconnu, elle en est certaine.

« Sable peut-elle être d’une quelconque utilité pour sa Dame ? »

Toujours peu vêtue et le regard baissé, la Perle attend patiemment une réponse.
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Iriel

Agni
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le Lun 24 Sep - 23:22
Un grain de sable. Dangereux démon du désert.
Un grain de sable. Esclave des vents contraires.

Personne ne reconnaît le sable. Il est là ainsi que tous ses frères et sœurs. Le temps de poser son regard sur la poussière millénaire qu'elle n’est déjà plus. Est-elle partie au gré du vent ? Est-elle enfouie sous ses congénères ? Il serait bien vain de chercher réponse à cette question. Le sable est là et plus loin au même instant. Parce qu’il est ainsi que ses frères et sœurs. Quelconque. Parce que l’œil du voyageur ne peut percevoir l’éclat de celui-ci ou la petite fissure qui orne cet autre-là. Le sable est là et c’est comme ça qu’il en a été et qu’il en sera à jamais. Grossier gravillon de grès ou de granite. Personne ne s’intéresse à toi parce qu’au Royaume des Hommes tu es insignifiant. Nul ne saura percevoir ton malheur. Nul ne saura acclamer ton voyage. Pourtant c’est de ta volonté que naissent les merveilles.
Parce que tu restes docile en toute situation. Tu te laisse porter par les vents ou chahuter par les courants de la rivière Tanwen. Et tu retrouves toujours la chaleur du parterre de dunes. Car c’est là que tu demeures. Ne cherche pas à trouver réconfort auprès du voyageur égaré car il te chassera de ses étoffes d’un revers de main. Il te rappellera à ta simple condition. Moins qu’un vagabond car ton voyage t’est dicté par les éléments. Moins que le condamné car tu t’effaceras en silence. Tu es esclave.
Petite perle du désert, tu es esclave. Aussi vif soit ton éclat, aussi précieux soient tes formes et ton alliage, aussi solides soient tes chaînes. Tu es esclave, petite perle du désert.

« Qui es tu ? »

Une étincelle l’aveugle alors qu’elle ferme les yeux pour se protéger d’un rayon perçant les épaisses murailles postées au fenêtres. Lorsqu’elle les rouvre, elle voit la jeune femme se redresser, saisissant un bout de tissu déposé sur la couche qu’elle occupait jusqu’alors. Elle la contemple, elle aussi, la détaille de ses prunelles scrutatrices. Elle se redresse et lui faire face, le torse nu. Les regards s’échangent. L’esclave encore partiellement dénudée lui fait alors signe de la suivre. D’un regard dérobé, elle observe son maître lui adresser un simple hochement de tête en guise d’approbation. Iriel se laisse guider, au loin des hommes qui commencent à s’affairer, dans une petite pièce attenante au salon.
De larges fenêtre obstruées par d’épais volets d’acacia finement sculptés laissent poindre un timide soleil à l’intérieur de l’antichambre. Les faisceaux lumineux dévoilent un petit salon aux murs faits d’un torchis de fourrage et de terre claire. La jeune muse prend le temps de contempler son nouvel environnement, tristement plus simple que le grand salon d’où elle venait mais bercé d’une fraîcheur plus qu’appréciable. Quelques meubles sommaires habitent la pièce, signifiant de son utilité relative et ce sont quelques paroles qui rappellent Iriel à son interlocutrice.

- Sable peut-elle être d’une quelconque utilité pour sa Dame ?

« Sable. Sable… Sable... »

A présent qu’elle laisse son regard se pencher sur l’esclave dorée, Iriel perçoit les réminiscences venues des hautes murailles de Raasfalim. Elle revoit les palmeraies gorgées de vie du haras, les caravanes incessantes et les convois d’hommes et d’âmes perdues qui passaient ses portes pour y être oubliés à jamais. Elle revoit le Pavillon du Lys et ses perles somptueuses aux avenirs incertains. Elle revoit Caristé et son sourire angélique. Elle revoit Astrance et son regard pétillant. Elle revoit Calla, impalpable Calla, intouchable Calla. Non, elle n’est pas là. Elle n’est pas parmi elles. Elle revoit Siraj et sa voix enjôleuse, Ferën et ses traits maculés, Sorën et ses cheveux de paille. Non, elle n’est pas parmi eux non plus. Pourtant, Iriel en est persuadée. Les souvenirs de l’esclave qui se tient à ses côtés hantent les murs du Pavillon du Lys qu’elle fantasme encore lors de ses nuits orphelines.

- Oui, Sable, mais il n’y a nulle Dame en cette pièce. Iriel penche la tête, cherchant le regard de sa camarade oubliée. Sa voix s’adoucit encore d'un ton. Oui, Sable, me jouerais-tu un peu de musique ?

D’un geste négligé, elle laisse le drapé de violine glisser sur son épaule pour dégager son biceps cerclé d’un métal doré. L’immense bracelet qui orne son bras identifie sa porteuse comme l’une des dociles esclaves sorties du Pavillon d’Argent, ultime stigmate de son dressage aux haras de Raasfalim. Souvenir éternel de sa condition d’esclave.
Dans la continuité de son geste aérien, Iriel poursuit son mouvement pour s’avancer plus en avant dans la pièce et trouver une niche de coussins qu’elle réarrange pour s’y asseoir avec dignité. Elle dégage d’un revers de main les plis de lilas et d’améthyste qui se retrouvaient ainsi piégés entre les plumes et le séant, croisant les jambes de côté en s’allongeant dans les coussins. Comme si elle n'avait jamais fait cessé sa tirade, elle poursuit :

- Personne n’est libre dans cette pièce. Mais je serais presque flattée de ta confusion, si seulement cette évocation ne me rappelait pas indéfiniment à ma triste mémoire. Elle s’arrête un instant, méditative, avant de commander à la jeune esclave. Joue quelque chose de mélancolique, Sable. S’il te plaît.

Triste, elle l’était. Les souvenirs des terres du Seigneur des Chevaux résonnaient en échos dans ses mémoire sans qu’elle ne puisse les chasser. Rêveuse elle l’était pareillement alors que le visage de Calla lui apparaissait sans qu’elle ne puisse le contempler. Libre elle l’était, mais uniquement lors de ces escapades chimériques. Maîtresse de l’ultime jardin de ses songes.
De temps à autres, elle porte un regard perçant, empli d’une curiosité brumeuse et éplorée, sur sa comparse sous le satin d’une lueur sépulcrale. Elle se couche et s’affale sur les coussins, soupire, attentive.

Car jamais l’écume aride n’abandonne. Jamais le gravillon de feu ne perd de son éclat, fulgurant scintillement au milieu de l’inhospitalité stérile. Et toujours se poursuit son existence au milieu des terres déshéritées.

Un grain de sable. Perdu dans l’immensité du désert immortel.
Un grain de sable. Larme desséchée d’un volcan éternel.
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Sable

Agni
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le Dim 14 Oct - 22:45

Joyaux du désert

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Feat Iriel

Une fois la porte fermée, le silence s’empare des lieux en plus d’une douce fraîcheur agréable. Malgré les volets fermés à demi, la lumière entre et baigne la pièce d’une lumière apaisante. Sur tout un coin, des dizaines de coussins colorés forment un divan confortable face à une table où est disposée une corbeille remplie de nombreux fruits frais. Sur un autre mur, une tapisserie masque une autre porte menant à couloir permettant de rejoindre une autre partie du Palais plus discrètement, souvent empruntée par les serviteurs et les esclaves. Maintenant qu’elles sont seules, l’atmosphère entourant les jeunes femmes semble moins pesante, bien que Sable se sente légèrement mal à l’aise, ignorant comment se comporter avec cette inconnue dont le visage ne lui est pas inconnu. Elle propose poliment ses services, comme elle l’a appris et parce qu’elle ne sait que faire d’autre en cet instant.

La voix de la femme s’élève à son tour et son prénom a des intonations qui lui rappellent le passé, sans trop en connaître la raison. Sable relève les yeux vers elle, croise ses yeux d’un vert peu commun et elle a soudain l’impression d’être revenue entre les murs du Pavillon du Lys, quelques années auparavant. Son regard est attiré par le mouvement du tissu qui glisse sur son épaule pour révéler le bracelet d’or à la marque du Pavillon d’Argent de Raasfalim. Surprise, la jeune esclave regarde la seconde se diriger vers les coussins pour s’y installer confortablement avant de reprendre la parole comme si elle n’avait pas fait de pause. Personne n’est libre dans cette pièce. Voilà une vérité douloureuse mais immuable. Sable a depuis longtemps oublié le sens de ce mot. Qu’est-ce que donc que la liberté ? Ce concept appartenant à un passé trop lointain pour qu’elle puisse encore s’en saisir. Ne sachant que répondre, la Perle va prendre l’instrument posé contre le meuble non loin et vient s’agenouiller sur le sol face à la jeune femme, dont elle ne parvient toujours pas à se souvenir le prénom.

Un air mélancolique. Les doigts frôlant les cordes, immobiles, elle réfléchit un instant, fouille sa mémoire à la recherche d’une mélodie répondant à la demande de sa vis-à-vis. Elle ferme les yeux, se remémore, revoit le visage calme de Siraj. Un sourire léger s’envole sur ses lèvres, bientôt imitées par les premières notes de musique. Comme tous les airs qu’elle a pu apprendre, celui-ci vient de loin. L’homme qui lui a appris à aimer chaque note était un esclave de trois ans son aîné, guère plus. Il avait des yeux verts si profonds qu’elle aimait se perdre dedans, se remémorant l’oasis verdoyante de ses parents. Le visage fin, les cheveux longs, il n’y avait aucun doute sur sa présence au Pavillon du Lys. Il était doux, gentil et Sable adorait l’écouter chanter de cette voix grave et sensuelle dont la puberté l’a gâtée. C’est en repensant à lui qu’elle laisse ses doigts courir sur les cordes de l’oud avant que sa voix ne se mêle doucement à la mélodie. Les paroles se joignent à la musique, les souvenirs également et elle rouvre les yeux pour contempler la jeune femme sur les coussins. Petit à petit, sa mémoire lui revient et elle se souvient d’une inspection du Maître, quelques jours après qu’elle ait abdiqué face à ce dernier, et de cette jeune fille, un peu plus âgée qu’elle, reclassée à cause de l’état de ses pieds. Elle se souvient avoir été triste de la voir quitter le Pavillon car elle s’était mise à l’apprécier.

Il faut quelques minutes avant que les dernières notes ne s’envolent dans la pièce, s’effaçant avec lenteur jusqu’à disparaître pour laisser place au silence.

« Iriel… »

Un simple murmure alors que son regard est posé dans le vide devant elle, perdu dans ce souvenir.

« Sable se souvient. Elle a vu Iriel partir à cause de ses pieds abîmés. »

Hésitante, elle relève les yeux vers l’esclave face à elle, parée d’atours richement décorés, alors qu’elle-même est encore à moitié nue. Elle n’a pas à être jalouse, il lui arrive d’être habillée avec encore plus de richesses, mais elle sait que sa position est particulière en tant qu’esclave, comme toutes les Perles du harem du Souverain du Feu. Visiblement, Iriel est parvenue à attirer l’attention de son maître. Néanmoins, ce n’est pas ce qui lui importe à cet instant. Une question bien plus importante lui vient, lui serrant le cœur alors qu’un visage s’impose devant ses yeux soudain voilés de tristesse et de culpabilité.

« Le Pavillon d’Argent… Sais-tu ce qu’est devenue Arroyo ? L’as-tu rencontré ? »
Agni
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Iriel

Agni
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le Sam 20 Oct - 17:56
Petit grain de sable. Fragment de la Montagne, minéral impuissant.
Messager des Dieux, Héraut des Temps, drapé d’or et d’argent.

Il s’écoule le long de la dune dans un bruissement poétique. Il dévale sur ses flancs, glisse par delà les vents. Jamais il n’arrête sa course, jamais il ne suspend sa cavale car ainsi se perpétue le mouvement. Ainsi s’échappent les langueurs désertiques qui charment le voyageur. De l’immobilisme éternel se distingue l’agitation perpétuelle.

Comme l’oud qui résonne à ses oreilles. Les cordes vibrent, à peine perceptibles, et font s’élever une puissante mélopée, enivrante et onirique. Les cordent vibrent et emplissent la pièce d’une mélancolie gracile, bientôt accompagnée d’une voix murmurée comme un songe.
Les yeux de l’esclave allongée se ferment dans un battement de cils au gré de la mélodie qui berce l’antichambre et porte sur elle un voile illusoire.

Les murs de torchis se changent en tapisseries richement brodées. La table aux corbeilles de fruits s’estompe et s’efface pour y laisser prendre place un large bureau. Les volets claquent contre l’embrasure de la fenêtre, fouettés par les vents et la pluie drue qui s’abattent au dehors.
On frappe à la porte.
L’ombre d’une femme pénètre dans la pièce, chargée d’un plateau d’argent sur lequel tinte une carafe et un verre finement ouvragés. La jeune femme dépose le plateau sur le bureau et vient servir un premier verre qu’elle met à disposition avant d’incliner la tête et de repartir en sens inverse. Assise au bureau, une vieille femme à la longue chevelure poivre-sel lui adresse un signe de tête et un large sourire qui déforme encore un peu plus les nombreux sillons et ravins de son visage marqué de l’épreuve du temps. Elle prend une gorgée du cidre encore frais, tout juste sorti de la cave et replonge à ses études. La porte se referme et le silence se fait de nouveau.
Au dehors du bureau, l’ombre poursuit son chemin à travers les couloirs ornés de tableaux et d’œuvres d’art miroitantes sous les flammes des candélabres. Elle pousse une tapisserie et s’engage dans un étroit escalier, puis un second pour se retrouver dans une cave poussiéreuse. L’on entend un coup de tonnerre gronder faisant chanceler jusqu’aux larges poutres qui soutiennent l’édifice. Le bois craque et la poussière se laisse tomber des fûts entassés. L’ombre de la jeune femme n’y prête guère plus d’attention et poursuit sa tache, retirant le petit bec de cuivre de l’un des tonneaux de bois pour y replacer son bouchon de liège. Une cloche tinte et elle remonte les escaliers, passe sous une nouvelle tapisserie et débouche sur un nouveau couloir. Elle pousse une porte et se retrouve dans un salon où discutent trois jeunes femmes. L’ombre se présente dans l’encadrure de la pièce. Son visage est encore drapé dans les ténèbres mais s’y dessine une mince cicatrice sur sa joue, à peine perceptible, illuminée alors qu’un flash aveuglant zèbre le ciel à travers les volets.

- Ah, te voilà. Veux-tu bien nous apporter une carafe de poiré, Arroyo ?

- Iriel…

L’oud s’est tu dans l’antichambre du palais de Rubis. Et la jeune esclave s’est arrêtée de chanter pour murmurer son nom, la tirant ainsi de ses chimères. Son regard, jusque là perdu dans les horizons de ses songes, se porte sur la musicienne, les pupilles rondes, deux billes noires au cœur de perles virides. Elle la fixe, surprise de se voir appelée par son nom de la part d’une femme qui lui est encore trop peu connue. Elle cherche plus profondément encore dans son passé mais elle ne parvient pas à isoler les souvenirs de cette jeune fille, tout juste sa benjamine, qui aurait pu marquer bien plus longuement sa mémoire si elle avait passé plus de temps dans les chambres du Pavillon du Lys plutôt que dans la boîte.

- Sable se souvient. Elle a vu Iriel partir à cause de ses pieds abîmés.

La jeune femme drapée de violine se redresse lentement de ses coussins, sans quitter un seul instant son interlocutrice du regard. Ses sourcils, finement dessinés et maquillés, se froncent et ses mains se portent sur la plante de ses pieds, rugueuse et émaillée de délicats sillons. À cette affirmation, Iriel se sent soudainement dénudée, fragile et impuissante face à sa comparse.
Tel un animal blessé, elle se renfonce dans les coussins, y faisant disparaître ses pieds honteux. Son regard se durcit encore un peu plus, crachant et feulant sur l’esclave de Nàr. Iriel reste parfaitement immobile, prête à bondir à la moindre hostilité affichée, le visage fermé. Ses mâchoires se serrent et ses crocs s'entrechoquent dans un grincement inaudible et menaçant. Elle n’attend qu’un prétexte, qu’une ordonnance divine pour s'extirper de son assise et se jeter sur la jeune femme qui lui fait face, mais aucun ordre ne lui parvient. Seul son dressage lui ordonne. Il lui intime l’immobilité dans laquelle elle se mure et y reste prostrée, écoutant, attentive, les oreilles dressées.
L’apprentissage de la soumission implique la perte de l’intégrité de l’individu. Il doit s’effacer face au maître, ne plus exister qu’à la mesure de ses volontés, à l’aulne de son ordonnance.
Au sein des haras de Raasfalim, l’apprentissage peut se faire à l’intérieur de la boîte. À chaque fois qu’un esclave en sort, il y laisse une part de son être qui disparaît à tout jamais entre les planches de bois. C’est la douloureuse expérience de cet apprentissage qu’a vécu Sable.
D’autres, que certains diront moins téméraires ou plus dociles, ont pu, parfois ont su, oublier leur intégrité. Oublier ce qui faisait leur individualité. Cette intégrité, ultime barrière avant la disparition totale de l’individu.
Mais à ce moment précis, Iriel ne peut s’empêcher de ressentir la honte s’abattre sur elle et peser sur ses épaules dénudées.

- Le Pavillon d’Argent… Sais-tu ce qu’est devenue Arroyo ? L’as tu rencontrée ?

Arroyo avait fait son apparition au Pavillon d’Argent à la fin de la saison d’Eira 992. Iriel avait bien vite remis cette jeune femme comme l’une des fleurs qu’elle avait côtoyée lors de ses quelques saisons au sein du Pavillon du Lys. Mais elle avait alors été affublée d’une disgracieuse cicatrice qui lui barrait la joue lorsqu’elle posa le pied dans le dortoir d’argent. Le regard triste, la mine grave elle s’était accommodée à son nouvel environnement avec la grâce coutumière qui ne l’avait, elle, jamais trahie.
Elles ne s’étaient que rarement prêtées une attention réciproque et, bien qu’au demeurant charmante et pourvue d’une empathie remarquable, la nouvelle venue n’en était pas moins prisonnière de geôles à bien des égards différentes de celles dont Iriel se trouvait prisonnière. Parce que les siennes étaient préservées de tout par la volonté de la Déesse. Les voix de Seiferi étaient les seules attentions auxquelles Iriel ne se permit jamais de répondre aux haras de Raasfalim. Les maîtres pouvaient bien lui prendre sa dignité, sa vertu ou son honneur, ils pouvaient modeler son esprit à leur convenance, faire de son corps l’objet de leurs désirs. Sa foi, gardée secrète et murée au plus profond de ses volontés, restait inébranlable. Lorsqu’Hanan ben Berel s’était présenté et l’avait emmené avec elle, Arroyo devait toujours être pensionnaire du Pavillon d'Argent. Elle n’a, jusqu’à aujourd’hui, plus revu sa peau d'ébène et les nattes de ses cheveux noirs que dans ses songes.

Les muscles d’Iriel se détendirent progressivement, elle renifla discrètement et soutint le regard de Sable. Elle gardait comme souvenir d’Arroyo celui d’une femme qui avait été brisée jusque dans sa servilité et qui avait perdu le peu qui l’aurait fait rayonner au sein du Pavillon du Lys. Si ce n’était pour la docilité dont elle avait toujours su faire preuve, la belle orchidée aurait fané au sein du Pavillon d’Argent autant que dans sa mémoire. Mais il était un parfum enivrant qui gardait cette pensé ancrée dans ses souvenirs.

- Oui, elle est arrivée au Pavillon d’Argent, un jour d’Eira. Mais je ne sais pas ce qu’il est advenu d’Arroyo… répond-elle d’une voix à la fois sèche et hésitante, encore perdue quelque part entre le rêve et la réalité.

Le regard de l’esclave se déporte sur l’oud et sa caisse aux dorures ciselées à même le bois. Elle revoit ses cordes vibrer et ses visions oniriques lui revenir. Iriel s’en pince les lèvres, cherchant à déceler le vrai du faux qui s’entrechoquent et se mêlent dans sa tête encore embrumée de chimères difformes et insondables.

- Ou… peut-être si... mais je n’en suis pas certaine, finit-elle par avouer à demi-voix.

La jeune femme soupire, renifle, se cherche un second souffle. Tout autour, les murs de torchis reprennent leur éclat alors que les rayons solaires mènent une offensive victorieuse à l’intérieur de la pièce, boutant loin des terres d’Agni les pluies et les vents d’Aap. Sur la petite table, la corbeille de fruits reprend sa consistance et les mets qui y trônent se gorge du soleil perçant. Elle secoue la tête, balayant par la même occasion les derniers relents de ses rêveries dans les limbes de son esprit.

- Mais en quoi cela pourrait-il t’avancer à quoi que ce soit de savoir cela ?

La gorge asséchée, les yeux embrumés, elle se redresse encore un peu plus vers la table et la corbeille aux fruits gourmands. Elle s'empare d'une pomme à la séduisante robe rouge et à l'arrondie aguicheur. L'esclave en salive rien qu'à la vue et elle s'en mord les lèvres d'avance tandis qu'elle tente vainement de masquer son inconfort persistant. Elle croque le fruit à pleine dents et le nectar sucré se déverse dans sa bouche comme les flots d'une mer déchaînée et revigorante. La chair tendre et acidulée du fruit réveille ses papilles transies alors qu'elle jette un nouveau regard vers la jeune femme qui se trouve en face.

Loin à l’ouest soufflent les vents capricieux qui transitent entre les contrées du feu et de l’eau. Ils chavirent avec eux le sable et la poussière d’Agni bien au-delà de la steppe frontalière parfois jusqu’aux rives verdoyantes du Lenel. Ils atterrissent au hasard des courants et se perdent dans la rivière ou dans les minces forêts de feuillus aux abords des cours d’eau. Les grains de sable ainsi déportés partent pour un voyage qui n’aura jamais de retour car seuls les Alizés soufflent de ce côté-ci des royaumes de Seele. Alors ils se perdent au milieu des vergers et des vastes pâturages. Ils errent entre les vignobles et les champs qui s’étendent à perte de vue. Ils disparaissent. Ils se dissolvent au fond du Lenel et plus jamais ne reparaissent.

Un grain de sable. Triste trésor à la vue du voyageur.
Un grain de sable. Joyau oublié qui lentement se meurt.
Agni
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Sable

Agni
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le Dim 11 Nov - 15:13

Joyaux du désert

83ème jour d'Eira de l'an 1000

Feat Iriel

C’était dit sans méchanceté, mais Sable ressent une pointe de culpabilité en voyant la jeune femme attraper ses pieds, gênée. Ceux-ci finissent par disparaître sous les coussins et la Perle baisse les yeux en guise d’excuses silencieuses. Elle ne voulait pas la blesser, ce n’était pas dans ses attention, mais c’est le souvenir qu’il lui est revenu en pensant à Iriel. Ce fameux jour où cette dernière s’est retrouvée déclassée pour une chose aussi futile que la plante des pieds abîmée. De par son expérience aux seins des haras de Raasfalim, Sable sait que se voir retiré du Pavillon du Lys est considéré comme une chose honteuse. Les fleurs sont les joyaux de Raasfalim, les esclaves les plus beaux, les plus choyés, les plus chéris. En partir, c’est redescendre dans cette hiérarchie non officielle. Si elle n’a jamais visité le Pavillon d’Argent, Sable a pu voir celui des Chiens de très près et se rendre compte de l’horreur dans laquelle les hommes – et les quelques femmes – qui s’y trouvaient vivaient. Elle se souvient d’une légende qui se racontait au Lys, que d’anciennes fleurs avaient raconté à leurs bourgeons, et ainsi de suite. Sable se souvient avoir frémi de frayeur en entendant parler de l’histoire d’une fleur mâle qui s’était fait envoyer au Pavillon des Chiens dans l’unique but d’y mourir, puisqu’aucune fleur ne sait se battre. Personne n’a jamais su si cette histoire était vraie, mais elle permettait à beaucoup de bourgeons de se tenir tranquilles. Sable l’a entendu tard, peut-être est-ce l’une des raisons qui l’ont poussé à désobéir aussi longtemps. Quoiqu’il en soit, la Perle peut comprendre qu’Iriel se sente mal à l’aise de se voir rappeler son reclassement et elle s’en veut un peu de l’avoir mentionné.

Si à ses débuts au Pavillon du Lys, Sable n’a pas voulu obéir et entrer dans le rang, Arroyo en a souffert par sa faute. Les premiers temps, la petite fille qu’elle était s’en fichait, puisque son seul but était de partir pour rentrer chez elle. Puis, les choses ont changé et la fleur et le bourgeon se sont liés l’un à l’autre. Arroyo a été, pendant très longtemps, le seul repaire de la jeune fille. Elle était sa meilleure amie, sa sœur et sa mère. Elle lui a appris la majorité de ce qu’elle sait aujourd’hui, en prenant soin d’elle et la protégeant. En échange, Sable coiffait ses beaux cheveux noirs, l’aidait à s’habiller, l’écoutait avec attention, s’allongeait sur ses  genoux et savourait les douces caresses de la jeune femme qu’Arroyo devenait. C’était son modèle et son seul ancrage dans ce monde qu’elle avait fini par accepter à regret. Puis un jour, un drame la lui a arraché et sans qu’elle ne comprenne comment les choses avaient pu tourner ainsi, Sable s’est retrouvée déposséder de cette sœur qu’on lui avait offert. Arroyo a été déclassée, envoyée au Pavillon d’Argent et son bourgeon ne l’a plus jamais revu. Cette question qu’elle pose à Iriel, Sable se la pose depuis de nombreuses années. Qu’est devenue Arroyo ?

Iriel semble se souvenir de l’arrivée de l’ancienne fleur, mais ignore ce qu’elle est devenue par la suite, bien qu’elle soit hésitante sur ses propres dires. Sable n’insiste pas et baisse ses yeux qui se sont voilés de tristesse au souvenir de cette jeune femme qu’elle aimait tant. Elle s’est longtemps cru responsable de ce qu’il lui était arrivé, encore aujourd’hui, la culpabilité est encore présente quand elle repense à elle. Les doigts de la Perle se resserrent doucement autour de l’oud qu’elle tient toujours. Seuls les bruits étouffés de la vie du Palais brise le silence autour d’elles. Puis la question flotte lentement jusqu’à elle et Sable relève les yeux pour les poser sur Iriel qui vient de s’emparer d’une pomme. Cette interrogation lui paraît étrange mais elle y réfléchit toutefois. Que cela pourrait-il lui apporter de savoir ce que son ancienne fleur est devenue ? Un certain soulagement à l’idée de savoir qu’elle va possiblement bien ou bien une paix intérieure ?

« Je l’ignore. Mais Arroyo m’était précieuse. Je souhaitais juste savoir ce qu’elle avait pu devenir. »

Sans s’en rendre compte, Sable imite Iriel en parlant directement d’elle-même. Un peu plus d’assurance transparaît dans sa voix. Reposant l’instrument à ses côtés, elle récupère la bande de tissu noir pour s’en vêtir de nouveau, masquant sa poitrine aux yeux d’autrui. Elle repose ses mains sur ses cuisses, tout en observant l’esclave face à elle mangeant doucement sa pomme.

« Tu es une esclave toi aussi. Mais tu sembles plus libre que moi. »

Un léger sourire étire ses lèvres tandis qu’elle reste immobile, observant la pomme rapetisser et écoutant le bruit croquant des morceaux mangés. Iriel s’est servie dans la corbeille de fruits avec une aisance naturelle alors que sa voisine a appris à rester à sa place et à manger seulement quand on lui en donne l’autorisation. Son rang de Perle lui donne le droit de se servir à sa guise, mais les réflexes ont la vie dure.

« Je me demande pourquoi… »
Agni
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Iriel

Agni
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le Mer 14 Nov - 1:03
Un grain de sable. Mutin messager des marches ardentes.
Un grain de sable. Astre terrestre de coupoles chancelantes.

L’esclave referme la porte et s’élance à travers les couloirs de l’hôtel particulier. Elle traverse un large couloir tapissé d’immenses broderies retraçant de glorieuses expéditions navales. Sur l’une d’elles, un vaillant trois-mâts soutient l’assaut d’un galion tentaculaire dont les mats titanesques s’élèvent comme une main dressée vers le ciel. Sur la tapisserie suivante, l’imposant navire déchaîne un ouragan d’obus et de flammes. En face, le trois-mâts répond de quelques bordées. L’esclave poursuit sa course. Elle ne court pas. Elle marche mais pourtant, déjà, la voilà arrivée à l’autre extrémité du couloir interminable. Sur une nouvelle tapisserie bordée d’or, le monstrueux vaisseau aux cinq-mâts coule par les flots. Son équipage paniqué saute par dessus bord, se laisse entraîner dans le tourbillon que provoque le naufrage. À l’horizon, le fier trois-mâts poursuit sa route. Sur son pavillon, imperturbable, impérial, trône le symbole familial qui n’a jamais quitté la famille San’Joan depuis lors : Un squelette dégingandé, armé d’un sabre et couvert d’hortensias, de chardons des dunes, de pavot et de géraniums de la tête aux pieds.
L’ombre de l’esclave se soustrait aux regards, disparaissant derrière l’immense tableau de laine et de soie.
Par la fenêtre juxtaposée se dessine la ville, ses artères et ses places marchandes. Ses canaux sur lesquels naviguent tant et tant de barques. La vie coule dans les veine de Saphir, joyau maritime des royaumes de Seele.
La jeune femme répondant au nom d’Arroyo s’active. Elle descend un escalier dérobé, parvient à l’étage inférieur et poursuit sa route. Elle tourne à droite, puis à gauche et parvient dans la cave poussiéreuse.
Lorsqu’elle refait surface, la domestique remonte avec elle un pichet aux délicats arômes de poire. Elle traverse le couloir décorés de tapisseries navales en sens inverse et pousse la porte qu’elle refermait quelques instants plus tôt. Lorsqu’elle pénètre la pièce, les regards se tournent vers elle. Les présentes s’échangent des sourires rieurs tandis que, d’un signe de main, la doyenne fait apporter le cruchon sur une immense table. La femme aux cheveux poivre-et-sel sert plusieurs bolées qu’elle sert à sa fille et ses convives. Les mariages sont aussi l’occasion de célébrer l’art des tisserands des quatre coins du monde. Aujourd’hui, elles admiraient sous toutes les coutures une splendide robe azurée, aux broderies faites de fils d’argent, et à la dentelle ravissante quoi que discrète qu’était venue exposer l’égérie du Seigneur de la Soie.
Les deux esclaves échangèrent un regard dérobé.

- Je l’ignore. Mais Arroyo m’était précieuse. Je souhaitais juste savoir ce qu’elle avait pu devenir.

Arroyo était à Aap. Iriel en était convaincue à présent qu’elle se remémorait ce visage délicat, parfait si ce n’était pour cette timide cicatrice qui rongeait sa joue maquillée. Elle mord de nouveau à pleines dents dans la pomme pour restreindre une réponse irréfléchie.

- Tu es esclave toi aussi. Mais tu sembles plus libre que moi.

Le fer de ses liens est d’apparence bien peu épais. Qualité remarquable s’il en est. Le métal est élimé, oxydé en de multiple endroit mais il résiste et maintient solidement l’esclave au teint sélénien dans ce monde. Il est des chaînes vigoureuses qui retiennent prisonnier par la résistance de leur maillage et par la dureté de leur alliage. Il y a des liens qui entravent par l’intelligence de leur facture. Les menottes que lui a passé son maître sont vieilles et l’acier mord profondément dans la chair tendre.

- Je me demande pourquoi.

Bien sûr, Iriel est incapable de répondre en toute connaissance de cause à cette interrogation. Pourtant, elle se sent forte. Elle se sent infiniment supérieure à sa comparse aux chaînes lourdes et grasses, au boulet de plomb traînant à sa cheville dans un cliquetis gémissant.
Il n’y avait aucune réponse convenable à cette question. Alors elle se tait. Murée dans un silence suffisant. Puis, le silence se change en réflexion. La pomme n’est plus que trognon.

- Peut-être les choses doivent-elles simplement en être ainsi.

Il n’y a aucune résignation dans la voix de l’esclave mais comme une lueur d’espoir. Chacun des mots est prononcé pleinement, distinctement, parfaitement détaché des autres. Ils vibrent.

- Arroyo…

Les voix se taisent dans l’autre pièce. Le silence se fait et l’on entend les lattes de bois noble craquer au sol. L’esclave se fige tandis que, de l’autre côté, une main se pose sur la poignée d’argent qui cloisonne l’antichambre. Les lèvres d’Iriel murmurent dans un mouvement si délicat qu’il paraîtrait imperceptible. Elles articulent chaque syllabe, se déforment et transmettent, finalement, l’information tant convoitée.

- Saphir.

Le vent souffle sur les dunes. Les sables chancellent et dégringolent sur les courbes vertigineuses. Il dévale les pentes laissant nus les ergs des déserts séculaires. Comme une caresse, l’alizée dévoile et découvre. Au milieu des paillettes d’ocre et d’ambre, scintille, plus brillant encore, le véritable joyau du désert. Perle de pluie.

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