Souverain du Vide
avatar
Messages : 373
Inscrit.e le : 27/12/2017

Ren

Souverain du Vide
Voir le profil de l'utilisateur
le Lun 24 Sep - 10:56
The Fifth Being


[Chapitre 1]

Palais d'Emeraude ~ An 998 ~ Mi-Eira




« - Qui es-tu ? Comment es-tu arrivé ici ?
- Je viens de Prithvi… Je vous cherchais.
- Je ne t’ai jamais vu de ma vie… Quel est ton nom ?
- Ren. Je m’appelle Ren. Nous ne nous sommes jamais vu mais je vous connais. Vous êtes Isil, le Gardien des Astres. Vous m’avez sauvé la vie. »


Je me souviens de ton regard à cet instant. Tu semblais déplacé dans le décor splendide du palais d’Emeraude. Tu n’avais pas ta place dans cet endroit, tout en toi le clamait. Et pourtant, lorsque tu m’as dévoilé ton nom, quelque chose a changé. Tu t’es redressé, tu as relevé le menton et dans ton regard, j’ai pu lire tant de choses. Tout ce que tu ne me disais pas en cet instant, tes yeux me le dévoilaient. Tu as su que tes seules paroles ne suffiraient cependant pas à me prouver ta véritable identité. Je ne réagissais pas. Je ne te répondais pas. Je voulais te l’entendre dire haut et fort. Je voulais que tu le clames et que ta voix résonne dans les vastes salles de la demeure de Vilya. Tu l’as compris. Tu nous as regardés tous les trois, hésitant un instant devant le regard acéré de la Souveraine qui te jaugeait puis tu as retroussé ta manche, dévoilant ton avant-bras et la marque qui y était apparue à ta naissance. Un frémissement de ma part en reconnaissant le symbole que ton père m’avait montré alors qu’il tentait désespérément de comprendre le mystère qui entourait ta naissance. Puis, enfin, tu as prononcé les mots que je voulais entendre. Ceux que j’attendais depuis près de trente ans.

« Je suis l’héritier du Vide. »

Ren savait qu’en prononçant ces mots à voix haute, son existence entière venait de basculer. Un étrange sentiment s’empara de lui. Ces mots, il les avait répétés dans son esprit, encore et encore, pendant près de dix ans. Mais c’était la première fois qu’il s’entendait les dire et la sensation était déstabilisante. Il sentait qu’un poids s’enlevait enfin de ses épaules après toutes ces années à le porter. Mais il sentait aussi l’air lui manquer tandis que sa gorge se nouait et que la peur se frayait un chemin en lui. A présent, il n’y avait plus de retour en arrière possible. Il le savait. Et cela le terrifiait. Isil le fixait, ses yeux gris et sages le sondant, l’observant. Il ne dit rien, ne bougea pas. Vilya fut la première à rompre le silence qui avait suivi sa déclaration. S’avançant, elle attrapa son bras d’une main ferme et Ren dut faire preuve d’une immense volonté pour ne pas s’arracher à sa poigne. Elle observa sa marque, sous toutes ses formes, son regard acéré passant de son bras à son visage tandis que ses traits se durcissaient de plus en plus. Enfin, elle le lâcha et se retourna vers Isil.

« - Est-ce une plaisanterie ? A quoi joues-tu Isil ?
- Je ne joue pas Vilya… Je n’ai jamais joué, tu le sais. Ce garçon est celui qu’il dit être.
- L’héritier du Vide ? Qu’est-ce que c’est que cette invention ? Et cette marque ? D’où vient-elle ?
- Vilya… Calme-toi… »


Ren fut surprit de voir la Souveraine se détendre presque aussitôt après les paroles de son Gardien. Une main sur l’épaule de sa compagne, le regard tourné vers lui, Celian à son tour le jaugeait, tentant de comprendre l’ampleur de ce qu’il venait de se passer. En vain. Se tournant vers son vieil ami de toujours, il tenta à son tour de faire la lumière sur ce qu’il se passait, d’un ton beaucoup plus doux que celui de Vilya mais qui ne souffrait cependant aucun mensonge, aucun détour.

« - Isil… Je pense que tu nous dois des explications. Que se passe-t-il au juste ?
- Et je vais tout vous expliquer. A une seule condition. Celian, Vilya, je vous demanderai de ne pas m’interrompre. Ce que vous allez entendre va vous surprendre, vous choquer et sûrement vous horrifier. Mais vous devez me laisser aller jusqu’au bout. Je répondrai à toutes vos questions après, je vous en donne ma parole. Mais ce que je vais vous dire… Je ne souhaite pas avoir à le répéter. Et Ren m’aidera à compléter mon récit, s’il est d’accord. »


Surpris qu’on s’adresse à lui de nouveau, comme si sa présence n'était qu'une simple erreur dans l'histoire, le jeune homme ne put que hocher lentement la tête. A nouveau, Isil l’observa et Ren put entrapercevoir une lueur tremblotante dans le regard du Gardien. Un mal être s’empara de lui. Il n’était pas sûr d’être prêt à entendre la véritable histoire du cinquième élément. Son père la lui avait relatée. Mais son père n’était pas le Gardien des Astres, détenteur d’un savoir qui dépassait tout Seele. Il savait que le récit d’Isil serait bien plus cruel que celui de son père. Car Ren n’avait plus à être protégé. Ce temps était révolu. Le Gardien soupira, résigné et entreprit alors de dévoiler, pour la deuxième fois en trente ans, le lourd secret qu’il gardait depuis son enfance.

« - Il n’y a jamais eu qu’une seule naissance royale dans la Contrée d’Akasha. Il n’y a jamais eu qu’un seul héritier… Il y en a toujours eu deux…
- Quoi ?!
- Vilya… Je t’en prie…
- Non ! Comment veux-tu que je me taise face à de telles inepties Isil ! Deux héritiers ! C’est insensé ! Ce n’est p-
- C’est la pure vérité. »


Les paroles de la Souveraine moururent sur ses lèvres. Pâle, tremblante, elle offrait en cet instant un spectacle dont jamais personne n’aurait pensé pouvoir être le témoin un jour. Elle avait peur. Tout en elle lui criait que ce qu’elle s’apprêtait à entendre bouleverserait le fonctionnement millénaire de Seele. Son instinct la trompait rarement. Isil s’apprêtait à faire basculer l’équilibre.

« Lorsque le cercle des Eléments s’est éveillé pour la première fois sur l’Ile d’Aofa… Il y avait bien cinq pierres. Cinq éléments. Mais ce que très peu savent, à vrai dire ce que personne ne sait, c’est que la pierre du cinquième élément n’a jamais eu qu’une seule facette comme ses sœurs. Elle en a deux. Les Astres… et le Vide. Pour une raison que j’ignore, les premiers héritiers à être apparaître n’étaient que cinq. La première double naissance royale à avoir été recensée remonte à l’An 138. Et cela fit très peur au Souverain d’Akasha de l’époque. Lorsqu’il vit devant lui ses deux héritiers. Son Gardien fut celui qui lui apporta un semblant de réponse, venant tout droit d’Aofa. On pourrait penser à un disfonctionnement du Cercle des Eléments, ou même de la Gemme d’Obsidienne. Car aucun enfant Gardien n’avait été désigné pour cet héritier. Et qu’il apparaisse plus de cent ans après les premiers enfants Souverains, cela non plus n’avait pas de sens. Mais il était bien là. A côté de l’héritier des Astres, né le même jour… Le premier enfant du Vide. Le Souverain, terrifié, prit alors la décision d’effacer son existence… Car qu’est-ce que l’élément du Vide pourrait apporter de bon ? Une nouvelle guerre sûrement. Un chamboulement de l’équilibre et de la paix qui faisaient fonctionner Seele depuis cent ans. Il fit exécuter l’enfant, sa famille ainsi que tous ceux qui avaient posé les yeux sur la deuxième marque. Il n’y avait plus aucun témoin autre que le Souverain et son Gardien… »

Tandis qu’il parlait, Ren le fixait, entendant sans réellement les entendre les paroles du Gardien. Des questions se bousculaient dans son esprit, des incompréhensions. Mais surtout, une colère sourde commença à s’insinuer en lui, remontant progressivement, faisant bouillir son sang et trembler son corps tandis qu’il entendait ce qui était arrivé à tous ceux qui avaient eu le malheur de naître avec la même marque que la sienne. Il aurait dû être l’un d’entre eux.

« -La vérité sur l’enfant du Vide fut transmise de Souverain en Souverain, de Gardien en Gardien. A chaque naissance de l’héritier des Astres, l’héritier du Vide naissait également et mourrait quelques heures après. Cela dura pendant des siècles, et jamais aucune exception ne fut faite. Akasha devenait de plus en plus puissante, de plus en plus influente. Et ses Souverains devenaient de plus en plus arrogants. Ils étaient persuadés que le cinquième élément était l’élément ultime, celui sans qui tout s’écroulerait. A aucun moment, l’idée de laisser vivre l’enfant du Vide ne les effleura. L’ordre était établi, l’équilibre aussi. Tout devait continuer ainsi. La peur qui poussa les premiers Souverains à exécuter le deuxième héritier se transforma en pure cruauté chez les Souverains des dernières générations. Tuer l’enfant ainsi que sa famille et tout autre témoin était un moindre mal. C’était cela qui parvenait à rassurer leur conscience et leur permettait de trouver le sommeil la nuit. Ils n’avaient plus aucun scrupule à mettre à mort des innoncents. Quelques morts valaient mieux qu’une tâche sur leur tableau de l’excellence. Une ombre sur leur ciel sans nuage. Et Seren… ne fit pas exception. Lorsque son héritier vint au monde, il entreprit de rechercher l’enfant du Vide afin de mettre un terme à ses jours et à ceux de sa famille, comme le voulait la… tradition.
-Mais vous l’en avez empêché. »


A nouveau, je tournais le regard vers toi. Tu étais bien silencieux. Tu n’avais pas cillé une seule fois pendant que je parlais et pourtant je pouvais sentir la colère et la haine que tu ressentais, irradiant telle une sombre aura autour de ta personne. Tu me regardais, aussi pâle que Vilya et Celian dont les convictions venaient de voler en éclat. Mais en cet instant, c’était comme si nous n’étions plus que tous les deux dans la pièce lumineuse. Ce lien, le ressentais-tu aussi ? Je n’étais pas ton Gardien. Tu n’en avais pas et n’en aurait jamais, par notre faute. Mais dès l’instant où tu étais né et où j’avais posé le regard sur toi, j’avais su que jamais je ne pourrais te laisser mourir. Car tu étais mon étincelle d’espoir. Un frêle, fragile bébé qui n’avait rien demandé d’autre que de vivre. J’ai fais reposé toutes mes espérances sur toi. J’ai posé sur tes épaules des responsabilités dont je souhaitais me départir. Dont je ne voulais plus. Et ce faisant, j’ai trahi mon Souverain. Mon ami. Mon frère. Celui avec qui je partageais tout depuis cinquante ans.

« Oui… Je l’en ai empêché. En lui dissimulant ta naissance et en t’envoyant loin de sa portée. J’ai commis le plus impardonnable des crimes. J’ai trahi Seren. Et j’ai continué de le faire jusqu’à aujourd’hui. »
lumos maxima

_________________

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum