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Samir
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[Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Mar 2 Avr - 22:27
une chute sans fin dans une nuit sans fondren & samirTout avait si bien commencé.

Liekki battait son plein lorsque nous avons quitté la capitale, et le soleil nous a suivi durant toute la durée de la visite de Ren dans sa contrée. Cette tournée d’inspection est devenue une habitude, et l’y accompagner est l’une des tâches les plus plaisantes qui ont été de paire avec ma nouvelle fonction. Les paysans qui au départ étaient réticents et avaient accueilli leur nouveau Souverain avec fraîcheur avaient appris à apprécier ses manières directes et lui étaient reconnaissants de sa préoccupation, qui changeait tant de l’attitude de Seren à leur égard qui les ignorait ouvertement, trop préoccupé par sa propre quête pour s’inquiéter de l’état de ses terres et de leurs habitants.

Tout avait si bien commencé.

Jusqu’à ce que Ren faiblisse soudainement. Sans explication, sans signe avant-coureur, une impossible fatigue s’est emparée de lui. Malgré son accablement il avait ordonné de faire hâte en direction d’Ebène et du palais. Il n’avait rien dit à ce sujet de tout le trajet de retour, mais je pouvais voir qu’il était en train de lutter contre une angoisse terrible qu’il tentait de dissimuler. Il n’avait pas détaillé l’objet de cette précipitation, mais tout devint clair une fois arrivés au palais, lorsqu’il ressortit du sanctuaire livide et les traits tirés, annonçant que la Gemme avait disparu.

Tout avait si bien commencé, et tout a viré au cauchemar.

J’ai passé les jours suivants à organiser les recherches, à la fois au sein du palais et dans la cité, mais il m’a vite fallu me rendre à l’évidence : les voleurs n’avaient pas fait long feu ici et avaient disparu. Le gardien du temple, dans sa folie, avait su faire preuve de sagesse et avait lui aussi quitté le navire. Je n’ai jamais ressenti une telle fureur envers quiconque avant. Non seulement sa traîtrise touchait le fondement-même de nos traditions, elle mettait également en danger la contrée tout entière en risquant ainsi de la priver d’un souverain. Car Ren a continué à s’affaiblir, et au-delà de la santé d’un homme que j’avais appris à apprécier pour lui, je voyais aussi s’effriter tout ce que je m’étais, avec d’autres, battu pour instaurer. Tous les changements qu’il avait commencé à apporter et dans lesquels je l’avais soutenu allaient s’effondrer s’il disparaissait. Les missives envoyées en toute urgence aux autres souverains n’avaient rien changé.

Tout a viré au cauchemar.

Je me suis levé ce matin avant l’aube, pour m’occuper des recherches qui, bien qu’infructueuses, continuent dans tout le pays. Auriane a repris une partie des tâches de la gouvernance pour laisser à son frère le temps de se reposer, et j’essaie de la soulager autant que je peux. Pourtant, les heures passant, je n’ai pas eu l’impression que le jour s’est levé. Sans avoir d’idée précise de l’heure qu’il était, je suis sorti, pour voir que le ciel est toujours noir et brillant d’étoiles. Sentant qu’une nouvelle calamité nous est encore tombée dessus, je me dirige vers les appartements de Ren, qui n’a pas encore fait son apparition. Je frappe, peinant à retenir l’urgence de mes gestes et de ma voix.

Mon seigneur ? Ren ?
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Ren
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Re: [Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Lun 8 Avr - 18:50
Une chute sans fin dans une nuit sans fond

Les ténèbres. Un vide sans fin, sans fond, immuable, inaltéré, étouffant, attirant.  Pas une seule lueur, aucune lumière, rien. Le néant. Un néant qui aspire, qui enlace, qui étouffe. Qui rend aveugle, sourd, immobile, incapable de penser. Le chaos. La destruction de tout ce qui fut et aurait pu être. Puis, la fin…

Ren s’éveilla en sursaut cette nuit-là après avoir réussi à s’extirper d’un cauchemar qui le poursuivait dans la réalité. Une alarme résonna dans son esprit et un vertige s’empara de lui tandis qu’il tenta de se redresser dans son lit. Tremblant, la sueur collant les mèches de ses cheveux sur son front et sa chemise contre sa peau, il tenta tant bien que mal de s’extirper des draps dans lesquels son corps s’était empêtré. Il tenta de se redresser sur son bras et s’écroula. La respiration sifflante, saccadée, il tenta de contrôler la panique qui s’était éprise de lui avant même son réveil. Son regard se porta sur les larges fenêtres de sa chambre et qui donnaient sur l’extérieur. Il faisait toujours nuit. Le jour n’était pas encore levé et ne se lèverait pas avant plusieurs heures. Combien d’heures avait-il dormi ? Il ne savait plus, ne se souvenait plus. Les derniers jours écoulés étaient brumeux dans son esprit, comme si leur souvenir lui échappait. La fatigue qui l’avait étreint tandis que la gemme s’éloignait de son temple avait sapé toutes ses forces, toute sa volonté, petit à petit. Comme si une entité tirait sur un fil, inlassablement, l’affinant de plus en plus. Mais ce matin était différent des autres.

Il tenta à nouveau de se redresser et une vive douleur le prit à la poitrine. Serrant les poings, étouffant un gémissement de douleur entre ses dents serrées, Ren essayait de garder les idées claires malgré la fièvre qui s’était emparée de lui. De l’eau. Il lui fallait de l’eau. Sa main tremblante tenta d’aller à la rencontrer du broc posé sur la table près de lui. Il se brisa au sol, échappant à sa poigne, trop faible pour l’agripper. Le bruit résonna dans la chambre et au même moment, quelque chose se brisa aussi dans l’esprit de Ren tandis que son bras retombait sur les draps, sans force. Le bruit alerta quelqu’un au dehors. Des pas précipités se rapprochèrent et la dernière pensée qui traversa Ren avant qu’il ne perde connaissance était l’assurance de ce qui s’était passé. Car au plus profond de lui-même, il savait. Et l’effroi fut le dernier sentiment qui l’accompagna avant sa chute dans les limbes de l’inconscience.

**

Le visage qui apparut dans l’entrebâillement de la porte avait les traits tirés, les yeux rougis et le teint si pâle qu’on voyait les veines traverser la peau fine et fragile. Auriane regarda Samir de ses grands yeux gris, embués de larmes et elle hocha doucement la tête avant de sortir dans le couloir, refermant doucement la porte derrière elle. Elle voyait l’angoisse, l’urgence sur le visage du soldat. Et elle n’avait rien à lui dire pour le rassurer. Car elle-même sentait la peur l’étouffer peu à peu. Il faisait toujours nuit. Le soleil ne s’était pas levé en cette chaude matinée de Liekki. Et Ren…

« Samir… La gemme n’est plus à Akasha… Elle a franchi les frontières de notre Contrée tard dans la nuit. »

Elle n’avait aucune preuve à fournir de plus que ce que son frère avait tenté de lui dire, entre deux montées de fièvre. Le soleil ne reviendrait plus. La gemme non plus. Et son frère allait mourir.

« Il... Les médecins ont tous été sortis de leur lit pour venir à son chevet. Il va mal Samir… Très mal. Et son état s’aggrave d’heure en heure. »

Ses lèvres tremblèrent et des larmes menacèrent à nouveau de passer le barrage de ses paupières. Secouant la tête pour se reprendre, elle fit un geste en direction de la porte, invitant le soldat à la suivre.

« Venez… Il est conscient… Il voudra sûrement vous parler. »

Elle ouvrit la porte et tous deux pénétrèrent dans l’obscurité fraîche des appartements du Souverain. Des murmures étouffés tandis que des silhouettes se réunissaient autour du large lit au centre de la pièce. Il y eut du mouvement tandis qu’Auriane approchait et les médecins s’effacèrent, révélant ainsi Ren, allongé, le haut de son corps redressé par un empilement d’oreillers. Il était éveillé mais son regard était trouble à la lueur de l’unique chandelle qui éclairait la pièce.  Livide, ses lèvres ayant perdu toute couleur et ses yeux ressemblant à deux puits sans fond, il n’était plus que l’ombre de lui-même. En voyant sa sœur accompagnée de Samir, il tenta de se redresser mais au premier geste qu’il esquissa, une douleur le traversa de part et d’autre et il ferma les yeux, serrant les dents.

« Sortez. »

Un seul mot, chuchoté à l’intention des médecins qui se regardèrent, hésitant un instant. Ils finirent par s’incliner et par prendre congé de leur Souverain, sachant pertinemment que leur présence ne changerait rien à son état. Sitôt les guérisseurs sortis, Ren se laissa aller en arrière s’enfonçant encore plus si cela était possible dans les oreillers qui le maintenaient à demi-assis. Un faible ricanement s’échappa d’entre ses lèvres tandis qu’Auriane invita Samir à s’assoir dans un fauteuil faisant face au lit alors qu’elle-même prenait place près de son frère.

« Vous excuserez ma tenue Samir j’ai... rencontré un léger contretemps. »

Pendant un instant, une lueur brilla dans son regard. Un instant, une fraction de seconde, avant qu’elle ne disparaisse et que son regard ne redevienne aussi vide que le plus sombre des abîmes. Sa voix était basse, rauque et parler lui était difficile. Sa poitrine se soulevait trop vite et sa respiration était sifflante. La fièvre qui l’avait étreint pendant la nuit s’était quelque peu atténuée mais demeurait.

« - Tu lui as dit ?
- Je… juste que la gemme était sortie en dehors d’Akasha.
- Ah… Tu me laisses le meilleur à raconter…
- Ren… »


Il reporta son attention sur le soldat, le sondant de ses yeux noirs comme l’obsidienne.

« La gemme est sortie d’Akasha. Son lien qui l’unit à la Contrée s’effrite de plus en plus. Le jour ne se lèvera pas Samir… et moi je ne pourrais certainement plus me lever non plus. »
lumos maxima
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Re: [Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Sam 20 Avr - 0:28
une chute sans fin dans une nuit sans fondren & samirMon coeur se transforme en brique dans ma poitrine et vient écraser mon estomac lorsqu’Auriane ouvre la porte. Elle est si pâle qu’elle paraît presque transparente, les traits tirés, les yeux rouges et cernés comme si elle avait passé la nuit à pleurer et à s’inquiéter, ce qui avait probablement été le cas. Jamais elle ne m'a paru aussi fragile qu'en cet instant. Je brûle de ne pouvoir la prendre dans bras, la serrer contre moi et lui promettre que tout ira bien, et lui permettre de s'épanouir comme elle l'a fait cette dernière année. Je reste sans voix face aux informations qu’elle me donne. Que dire à l’annonce que la gemme avait déjà quitté la contrée ? Que dire face à la faiblesse d’un Souverain sur qui reposait l’équilibre d’Akasha ? Que répondre à la détresse d’une soeur ?

Avant que nous entrions dans la chambre, je lui prends doucement le bras, imprimant une légère pression avant de le relâcher, témoignage pudique de ma sollicitude, un geste de réconfort bien trop conscient de sa propre impuissance. Je redoute ce que je vais trouver à l’intérieur. Je n’ai jamais eu l’habitude de la maladie, et celle de Ren, si détachée de sa véritable condition physique, nous a tous pris au dépourvu. Si je suis certain de ne pas avoir ce qu’il faut pour l’aider, je ne peux pourtant pas non plus le laisser. Il ne s’agit plus de moi.

Une fois mes yeux habitués à la semi-obscurité de la chambre, je ressens un nouveau coup de poignard me transpercer à la vue de mon Souverain. Il s’est amaigri à vue d’oeil alors que quelques jours seulement ont passé, ses traits sont tirés, ses cheveux collés à son front par une transpiration fébrile, ses yeux sont plus vides que l’espace entre les étoiles. Il esquisse un geste mais est terrassé par la douleur. Quelque chose comprime ma gorge et m’empêche de respirer mais je n’ai pas le droit de le laisser voir à quel point sa vision me touche. Je ne suis pas à plaindre et mes pensées vont vers Auriane, je comprends à présent l’ampleur de son angoisse. Je prends place au bord du fauteuil qu’elle me désigne, face à Ren. Le bruit fêlé qu’il émet ressemble plus à un râle d’agonie qu’à un rire. Il plaisante. Je n’en crois pas mes oreilles et j’en reste sans voix.

L’ancien éclat de son regard fait une apparition fugace puis s’efface aussi rapidement qu’il est venu. Parler lui est visiblement difficile, douloureux, je voudrais le dissuader de continuer, mais j’ai désespérément besoin de réponses et égoïstement je ne dis rien. Je regrette presque instantanément devant la nouvelle qu’il m’annonce. Il va mourir, je le comprends à présent. Je m’étais voilé la face jusqu’à maintenant, mais la vérité me heurte de plein fouet et m’ouvre les yeux sur ce que je m’étais caché.

Il va mourir.
Et Akasha avec.

Tout ce pour quoi nous nous sommes battus ces derniers mois risque de disparaître avec lui.

Vous voulez dire que … Ne peut-on rien faire, hormis la retrouver et vous la rapporter ? Les recherches de Fearghas n’ont rien donné pour l’instant mais … Je me reprends avec difficulté. Dites-moi ce que je peux faire pour aider, et je le ferais sans hésiter.
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Re: [Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Dim 28 Avr - 21:14
Une chute sans fin dans une nuit sans fond

Un frisson secoua Auriane aux propos du soldat. Ren le vit et esquissa un geste dans sa direction. Mais sans aucune force à mettre dans son mouvement, sa main retomba mollement sur le matelas et un soupire lui échappa, remontant du fond de sa poitrine douloureuse, exprimant toute l’impuissance qu’il ressentait face à sa propre situation. Face à sa propre mort. Cela n’aurait jamais dû se terminer ainsi. Pas comme ça. Pas maintenant. Pas alors qu’Akasha renaissait peu à peu. Pas alors qu’Auriane se déplaçait enfin sans souffrir et en souriant. Pas alors qu’il commençait lui-même à entrapercevoir un futur prospère et paisible pour la contrée qui l’avait vu naître et qu’il avait si longtemps détesté. Mais il ne pouvait rien y faire. A part contempler sa propre fin, qui se rapprochait bien trop rapidement. La colère, la frustration, l’impuissance, le désespoir, la résignation. Il était passé par tous les stades depuis qu’il avait constaté la disparition de la gemme. Il avait été trop laxiste. Trop imprudent. Le seul endroit qu’il n’avait pas fait garder, c’était le lieu sacré ou reposait l’essence même de la Contrée. Car personne ne connaissait son emplacement et personne n’aurait pu le deviner. A part lui. Et le gardien.

Son regard revint vers Samir et il l’observa longuement, tentant de fixer son attention sur lui, clignant des yeux pour que les traits du soldat deviennent moins flous. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix n’était qu’un murmure rauque.

« Regardez-moi Samir… La pierre n’a passé nos frontières que depuis quelques heures. Imaginez ce qu’il va se passer alors qu’elle va continuer de s’éloigner… »

Détournant son regard du soldat, il regarda sa sœur, sa petite sœur, aux yeux rougis et au visage blême. Plus jamais il n’avait voulu la voir dans cet état. Il se l’était juré. Il lui sourit doucement, lentement.

« Mais je suis encore là. Seren n’a pas réussi à se débarrasser de moi malgré tous ses efforts… Je ne me laisserai pas happer aussi facilement par une pierre. »

Hélas, ça l’était. Un caillou, une pierre. Le cœur d’Akasha, son cœur à lui. Il avait accepté son essence, il avait pris son énergie en lui et elle courrait à présent dans ses veines. La gemme était son cœur. Un douloureux constat dont il ne comprenait la réelle importance que maintenant. A nouveau, il soupira, fermant les yeux, sentant la fatigue le rattraper. Il avait froid, il avait chaud. Il tremblotait et transpirait. Il voulait dormir mais il avait trop mal pour cela. Et surtout, surtout, il avait peur de ne plus jamais se réveiller. Et avant que ce moment n’arrive, il y avait des choses qu’il devait régler.

« Nous ne pouvons rien faire à part la retrouver. Auriane a déjà fait partir des missives urgentes afin de mobiliser les quatre coins du Royaume. Nous allons devoir compter sur les autres contrées à présent que la gemme est sortie d’Akasha. Je n’ai absolument aucune certitude concernant le retour de la gemme. Mais je refuse de penser à ce qui pourrait arriver si elle ne revenait pas. Et pourtant… Pourtant il va le falloir. Samir j’ai besoin de votre aide. Auriane ne va pas pouvoir tout gérer à elle-seule. Et je n’ai confiance en aucun membre du conseil pour l’épauler correctement. Aidez-la. Aidez Fearghas. Akasha a besoin de vous plus que jamais… »

Il s’interrompit, les traits de son visage se crispant sous un nouveau spasme de douleur qui le laissa sans énergie, incapable de bouger, presque incapable de parler.

« Le chaos… Ca va être un véritable chaos… Encore une fois… »

lumos maxima
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Re: [Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Dim 12 Mai - 14:48
une chute sans fin dans une nuit sans fondren & samirIl est des choses que l’on sait, sans vouloir vraiment en connaître la réalité. Je suis persuadé que c’est une nécessité pour vivre. Chacun sait qu’un enfant qui naît ne connaîtra peut-être jamais l’âge adulte mais aucun jeune parent n’est prêt à faire face à cette éventualité. Un paysan qui plante une graine ne prévoit pas qu’elle va pourrir avant de germer, pas plus qu’un éleveur ne songe que son bétail peut être décimé en quelques jours ou qu’un forgeron pense qu’il peut se briser une main sur son enclume, l’empêchant d’exercer son art. Un soldat ne pense pas chaque matin que c’est peut-être la dernière fois qu’il se réveille. Il en allait de même pour la vie de Ren. Depuis son arrivée au pouvoir, il a toujours eu des opposants. Certains ont essayé de se débarrasser de lui en utilisant la politique, d’autres en tentant de l’assassiner, et nous l’avons protégé de cela, nous avons pris ces menaces au sérieux ; pour autant, je pense qu’aucun de nous n’avait pensé à ce qui arriverait s’il venait réellement à mourir.

Le voir utiliser toutes ses forces pour tenter de nous rassurer et conjurer un sourire est plus douloureux encore que de constater son état de faiblesse. La flamme de son esprit ne l’a pas encore quitté, mais cela n’est qu’une question de temps. Je n’avais jamais pris le temps de penser à ce qui pourrait arriver si la Gemme était volée, car cette éventualité n’existait pas à mes yeux. Elles étaient sacrées, le fondement même du Royaume, et personne ne pouvait penser à commettre un tel méfait. Nous avions été naïfs de le penser. Cela ne se reproduira pas. Quand elle reviendra à sa place légitime, plus jamais un tel affront ne pourra se répéter. Nous avions fait confiance au gardien, aveuglément, convaincus que sa dévotion envers la gemme elle-même surpassait sa loyauté envers les Astres. Il nous avait démontré que c’était une erreur et je donnerais cher pour les retrouver, lui et l’objet de son abject larcin.

Mais ma place est ici, à protéger le palais, la cité et leurs habitants. Je brûle d’amener à la justice ces voleurs et la gemme à son souverain mais cette tâche est confiée à un autre ; quant à celle qui m’incombe, elle est d’une envergure titanesque et doit occuper toutes mes pensées si je dois la mener à bien. Mon regard suit celui de Ren jusqu’à Auriane, pâle et silencieuse, épuisée et écrasée par le poids des responsabilités qu’on vient faire peser sur ses épaules. Bien sûr que je l’aiderai du mieux qu’il m’est possible. Cela va de soi et il était inutile de me le demander, parce qu’au-delà d’Auriane, Akasha en aura besoin. Je n’ai pas le temps de le lui assurer, un spasme de douleur l’agite et il retombe dans ses oreillers, trop faible pour continuer à parler. Je me lève et m’approche de lui d’un mouvement. Il y a un verre d’eau sur la table de chevet, et délicatement je l’aide à se redresser pour boire, veillant à ne pas lui causer plus de souffrance.

Vous pouvez compter sur moi, tous les deux. Je me frotte les yeux avec lassitude. L’avenir me promet encore de nombreux jours sans sommeil. Le conseil sera peut-être difficile à maîtriser mais je serais là pour la soutenir tant qu’elle en aura besoin, tout comme Fearghas. J’esquisse un faible sourire. Nous vous rendrons votre contrée en bon état, vous pouvez en être certain. Vous n’avez qu’à vous accrocher et nous laisser faire notre travail.

C’est presque se voiler la face, mais je ne veux pas entretenir l’idée que ça ne sera peut-être pas possible. Ce n’est peut-être que superstition, mais je ne veux pas donner en pensée trop de poids à cette éventualité au risque de la rendre réelle. Nous n’avons pas beaucoup de marge de manoeuvre, mais je compte bien m’évertuer à tout faire pour que cette affaire ne soit bientôt qu’un lointain souvenir.
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Ren
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Re: [Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Lun 13 Mai - 20:59
Une chute sans fin dans une nuit sans fond

Le plus dur pour Ren, le plus difficile à accepter, était de devoir se reposer sur les autres pour l’aider et le soutenir. Il n’avait jamais demandé d’aide, n’avait jamais accepté de main tendue vers lui. Il en avait toujours été incapable. Il s’était fermé au monde, s’était retranché derrière son armure d’acier qui le protégeait et enfermait ses cicatrices profondément, ensevelies sous une couche de froideur et de dureté qu’il s’imposait à lui-même. La seule qu’il laissait s’approcher était en cet instant en train de fixer un vague point devant elle, abattue et fatiguée. Il voulait la serrer contre lui, la bercer et la rassurer, lui dire que tout irait bien. Mais les faits étaient là ; il en était incapable. Autant sur le plan physique que moral. Incapable même de se redresser en position assise, comment aurait-il pu lui promettre qu’il ne partirait pas et qu’il resterait à ses côtés, comme il le lui avait toujours promis ?

Essoufflé et éreinté d’avoir parlé, il ferma les yeux, pour les rouvrir quelques secondes plus tard en sentant des mains l’effleurer, l’aidant à se redresser. Son regard se posa sur Samir qui prenait un verre d’eau sur la table à ses côtés et il dévisagea le soldat qui le soutenait.  Se laissant faire, docile plus par nécessité que par choix, il but à petites gorgées, sentant le liquide clair et frais adoucir l’irritation de sa gorge et humidifier ses lèvres sèches. Lorsque le soldat le repoussa doucement contre ses oreillers, le Souverain ne put s’empêcher de sourire faiblement ;

« Ah Samir, votre attention me fait presque regretter que les Souverains ne puissent pas se marier. Vous seriez le compagnon idéal pour veiller sur mes vieux os. »

Cela eut au moins le mérite de faire réagir Auriane. Ecarquillant les yeux, elle regarda son frère puis le soldat avant de secouer la tête et de lever les yeux au ciel, un semblant de sourire aux lèvres.

« -Si on apprend que tu comptes encore changer les fondements même du Royaume, personne ne voudra te ramener ta pierre.
-Peut-être mais imaginer leurs réactions me fait me sentir beaucoup mieux.
-Tu pourrais au moins demander son avis à Samir. Personne ne voudrait se marier avec toi, tu as un caractère impossible et tu aimes bien trop faire de mystères.
-Un de mes nombreux passe-temps…
-… Dont Samir fait déjà les frais depuis deux ans. »


Au regard désapprobateur de sa sœur, Ren grimaça. En l’instant, il n’avait plus rien du Souverain froid qui tenait tout le monde à distance. Il n’avait plus la force de porter cette couronne bien trop lourde pour lui et qui en l’instant l’écrasait de tout son poids, le faisant suffoquer. Il ne savait pas s’il survivrait à cette épreuve. Les chances étaient minces, il le savait. Si c’était là les derniers instants qu’il partageait avec des personnes de confiance, il ne voulait plus être leur Souverain. Il voulait simplement être lui-même. Mais cela lui était impossible. Après ce court interlude qui lui avait permis de retrouver son souffle et d’apaiser la douleur dans sa poitrine, son regard retrouva tout son sérieux et sa gravité.

« Je vous remercie pour votre loyauté Samir. Pas envers moi mais envers Auriane et envers Akasha. Car toutes deux auront besoin de personnes comme vous pour les épauler et les aider. Je ne parle pas seulement de maintenant. Même si nous ne souhaitons pas aborder le sujet, vous et moi savons tous deux que la probabilité qu’Akasha se retrouve sans Souverain reste importante et ne peut être ignorée. Fearghas a pour mission de s’occuper des terres et de ses habitants. Auriane présidera le Conseil et vous avez toute autorité pour agir dans Ebène de la façon que vous le souhaitez. Et cela vaudra même si je meurs. Auriane a raison. Je vous ai déjà demandé beaucoup, j’ai mis votre loyauté à l’épreuve plus d’une fois. Il y a une dernière chose que je me dois de vous demander. »

Il fut interrompu par une quinte de toux rauque et douloureuse. Le souffle coupé, presque replié sur lui-même, les larmes lui montèrent aux yeux sous le coup de la douleur. Auriane se pencha aussitôt sur lui, l’agrippant par les épaules pour l’aider à respirer et à ne pas tomber.

« Lorsqu’ils naitront… Protégez-les... Tous les deux… »


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Re: [Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Sam 22 Juin - 16:45
une chute sans fin dans une nuit sans fondren & samirAlors que je reprends ma place dans le fauteuil après que Ren se soit rallongé, je commence à prendre conscience que suis témoin de choses que je n’aurais peut-être pas dû voir. Son état de faiblesse contraste tant avec son aplomb et sa froideur habituels que le soldat que je suis ne devrait probablement pas assister à un tel moment de la vie de son Souverain. Il l’avait annoncé dès son arrivée : il allait prendre le contrôle. Et à cet instant j’avais déjà compris qu’il ne parlait pas uniquement du pays et de son conseil, mais de sa vie. C’est pourquoi voir sa dépendance actuelle pour les gestes les plus simples me donne l’impression d’une terrible intrusion dans son intimité.

Je reste sans voix à ses paroles provocatrices. Je sens mes joues brûler et se colorer en rouge en entendant ses mots dont je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas à quoi il joue en me disant cela, mais un coup d’oeil troublé à son visage, pâle et tiré, me donne la réponse la plus probable. Le pauvre est brûlant de fièvre depuis plusieurs jours maintenant ; je ne trouve que cette explication : il ne sait pas ce qu’il dit. Heureusement, Auriane meuble pour moi le silence gêné que j’aurais laissé s’installer après avoir bégayé quelques mots dépourvus de sens. Ils se chamaillent comme des frère et soeur et le semblant d’énergie retrouvée par mon souverain me met un peu de baume au coeur, même si l’ombre qui plane au-dessus de nos tête est toujours bien présente. Ce répit est d’ailleurs de courte durée.

Le retour à la réalité de la crise est brutal. Je me demande si je ne préférais pas quand il me demandait en mariage à travers sa fièvre. Malgré la réponse si désespérément positive, il a raison. L’heure n’est plus aux plaisanteries, malgré les apparences je n’étais pas vraiment venu lui faire une visite de courtoisie. Son état détérioré m’a pris par surprise, mais je m’étais présenté à sa porte dans le but d’avoir une ligne de conduite à suivre avec la disparition du soleil. Malheureusement je ne crois pas qu’ils soit capable de me donner des instructions plus claires. “Faites ce que vous voulez et ce que vous pouvez” n’est pas exactement une directive précise, mais je ne m’attendais guère à autre chose. J’acquiesce sans même y penser ; il y a longtemps que son humeur parfois rude et ses manières toujours surprenantes n’ont plus mis en doute ni ma loyauté ni notre alliance. Je pense que je suis prêt à lui accorder tout ce qu’il pourrait avoir à me demander, même si je n’ai pas forcément envie de l’entendre – mon déni est toujours solide. Je lui laisse le temps de reprendre son souffle, attendant patiemment qu’il termine sa pensée.

Je ne m’attendais cependant pas à cette requête. Déjà, il me faut plusieurs secondes pour comprendre de quoi il veut parler, mon premier réflexe est de me tourner vers Auriane. Serait-elle enceinte ? Puis la lumière se fait dans mon esprit. Du moins, je le pense. Je n’avais jamais songé à cette possibilité, alors qu’une fois énoncée elle est évidente : ils seront bien deux, comme ils l’ont toujours été même si nous n’en avions aucune idée.

Tous les deux … Vous voulez parler des Héritiers ? Bien sûr. Je ferais en sorte qu'ils soient trouvés le plus tôt possible et qu'ils reçoivent une éducation ensemble.

Je suis soulagé mais pas surpris qu’il souhaite qu’ils soient élevés tous les deux. Je n’aurais jamais pu revenir aux détestables agissements du temps de Seren. Ren vient une nouvelle fois de confirmer que je ne me suis pas trompé lorsque j’ai soutenu Isil il y a deux ans, et de consolider un peu plus ma fidélité.

Seigneur … Savez-vous si .. si nous devrons attendre la venue de Gardiens ?

L’implication d’Aofa dans le vol de l’Obsidienne met en doute ce que j’aurais probablement tenu pour certain quelques jours plus tôt seulement.
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Ren
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Re: [Event] Une chute sans fin dans une nuit sans fond Sam 3 Aoû - 12:46
Une chute sans fin dans une nuit sans fond

Ren sourit, regardant Samir malgré ses yeux embués de larmes. Doucement, Auriane l’aida à se rallonger et il prit une grande inspiration, retrouvant l’air qui lui manquait dans les poumons. La crise passa et il se sentit encore plus fatigué si cela était possible, incapable de bouger, souhaitant simplement dormir. Mais avant cela, il y avait des choses à régler, des choses qu’il voulait dire, pour être sûr qu’elles soient prises en compte une fois qu’il ne serait plus là. Samir avait compris à qui il faisait référence. Les héritiers. Ses héritiers.

« Ils naîtront au même moment, à la seconde près. Je crains pour leur survie, autant pour l’héritier du Vide que celui des Astres. Je ne sais pas comment réagira le peuple akashan ou même les familles des héritiers en voyant leurs marques mais… Seren et moi leur avons donné suffisamment de raison de craindre l’une ou l’autre des deux facettes… »

Une lueur de tristesse s’accrocha à son regard et il ferma les yeux. Avec la fatigue, toutes ses barrières érigées pour le protéger de ses souvenirs les plus violents s’étaient effondrés. Les trente dernières années défilaient devant ses yeux clos et un instant, son attention se porta sur Seren et Isil, sur Soran et Orion. Quel gâchis.

« Je ne suis qu’un pont entre le passé et ce qui sera et j’entends bien qu’ils vivent tous deux et règnent côte à côte comme ça aurait toujours dû être le cas. Alors seulement, nous pourrons parler d’équilibre. Et si je ne suis pas là pour m’en charger, cette tâche vous reviendra à vous deux. »

Il avait parlé doucement, s’adressant à sa sœur et au soldat. Bouleverser l’équilibre de Seele, le détruire pour le reconstruire avait toujours été son but. Et c’était dans ses deux héritiers qu’il plaçait tous ses espoirs de changement. Cela ne plairait pas. Six Souverains, dont deux se partageant le même trône. Beaucoup y trouveraient à redire. Qu’importe. C’était ainsi que les choses devraient se passer. Ainsi qu’elles auraient toujours dû se passer. Il réfléchit un instant à la dernière question de Samir et hocha lentement la tête.

« Je pense… Que oui. Je l’espère. Un Souverain sans Gardien… Malheureusement cela n’augurerait rien de bon. J’ai bon espoir de penser qu’il s’agissait d’un acte isolé. Si vraiment Aofa avait voulu me faire payer mes actions, je pense qu’ils s’y seraient pris autrement et plus tôt. Ils ne sont pas intervenus quand Isil et Orion sont morts. J’ai toujours pensé que pour eux, l’histoire suivait son cours et ne méritait aucune intervention de leur part. La seule fois où Aofa est intervenue, c’était pour annoncer la venue des premiers Souverains puis des premiers Gardiens alors… J’espère, du plus profond de mon cœur, que deux gardiens se présenteront à Akasha lorsque les héritiers naitront et seront reconnus comme légitimes. Et ainsi viendrait le premier Gardien du Vide. Ce serait une belle victoire pour nous, vous ne croyez pas ? »

Etrangement, c’était une pensée qui l’apaisait, malgré toute sa rancœur et sa haine pour le système en place. En étant ainsi privé de sa pierre et de ses forces, il réalisait qu’il ne pourrait jamais révolutionner Seele aussi profondément qu’il l’aurait souhaité. Faire disparaitre ce système de Souverains et Gardiens relevait de l’impossible. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était d’assurer un futur plus serein pour ceux qui lui succèderaient. Il rouvrit les yeux et son regard se posa sur sa sœur. Et il se souvint alors d’une autre chose qu’il serait judicieux de confier à Samir.

« Auriane a envoyé des missives en urgence avec la disparition de la gemme. Nous allons bientôt avoir de la visite Samir. Je crois savoir qu’Aap a été la première à répondre à notre appel et que la Gardienne de l’Eau chevauche en ce moment même par ici. Il en va de même pour les autres contrées. Je ne sais pas comment les choses vont se passer, Fearghas a déjà reçu toutes les instructions nécessaires pour leur arrivée mais dans le doute, je préfère vous prévenir. Restez sur vos gardes. Si Vaata et Aap ne nous veulent pas de mal, je ne peux pas en dire autant d’Agni. Quant à Prithvi… Eh bien nous verrons. »

lumos maxima
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