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Le Gardien
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[Sujet Commun] L'Attente Dim 7 Avr - 13:13
Event n°2 ~ L'Obsidienne
Sujet Commun ~ L'Attente


Vous voici arrivez à Ebène. La situation est critique. La cinquième contrée, qui avait réussi à renaître après trente ans d'horreurs et de privations, semble être retournée dans les ténèbres tandis que des cris résonnent dans les rues et se font entendre depuis le palais. Le conseil akashan s'est réuni en urgence et une décision exceptionnelle fut prise : passer les rennes du pouvoir à Auriane, la pupille du Souverain et plus proche conseillère de ce dernier. Mais la jeune femme ne pouvait diriger seule tandis que son frère se mourrait. Lorsque les délégations royales des autres contrées arrivèrent, elle demanda à Endor, Souverain en qui elle avait le plus confiance, de l'aider à maintenir la cinquième contrée à flot et à endiguer les nombreux crimes commis dans la Capitale et aux alentours. De plus, redoutant une attaque extérieure sur le palais qui pourrait alors être pris d'assaut, elle en appela aux personnes en qui Ren avait placé sa confiance afin de les aider.

Ainsi, se réunissant dans la salle du Conseil, Auriane attendait, d'être rejointe par ceux qu'elle avait envoyé chercher afin qu'ensemble, ils réussissent à reprendre le contrôle d'Akasha tandis que les expéditions partaient à la recherche de la gemme, afin de sauver son frère.

Règles

• Voici le sujet commun L'Attente. Ce sujet concernera la gestion d'Akasha en l'absence du Souverain, pendant que les expéditions partent à la recherche de la gemme d'Obsidienne.
Auriane sera mj de ce sujet. Si vous souhaitez prendre l'initiative ou si vous avez une idée pour le sujet, n'hésitez pas à la contacter !
• Le délai de réponses est de trois jours pour chaque membre participant au sujet. Si vous pensez ne pas pouvoir tenir ce délai, n'hésitez pas à contacter Auriane !
• Voici l'ordre de passage pour ce sujet :
- Auriane
- Endor
- Àliya
- Samir





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Auriane
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 8 Avr - 15:53






L'Attente

Le jour ne se levait plus. Ebène était plongée dans les ténèbres, les Astres brillant faiblement dans le ciel d’encre qui était devenu leur quotidien à tous depuis maintenant plusieurs jours. Les torches éclairaient les rues, projetant leurs ombres tremblotantes sur les pavés et les murs. La ville aurait pu baigner dans une atmosphère presque mystique. S’il n’y avait pas eu tous ces cris.

Auriane observait l’extérieur depuis la fenêtre de ses appartements. Immobile telle une statue de marbre, son regard restait fixé sur le lointain, sur ce qu’elle ne pouvait voir mais devinait bien aisément. C’était le chaos. Un véritable chaos. Toute la contrée semblait avoir perdu pied et des nouvelles toutes plus sombres les unes que les autres ne cessaient de lui parvenir. La capitale était la plus touchée.  De l’ombre sortaient ceux qui s’étaient tapis, se dissimulant de la lumière du jour, attendant leur heure pour sortir. Des commerces assiégés, des étals détruits, des signes de rébellion n’importe où les regards pouvaient se poser. Des groupes entiers qui terrorisaient les habitants. On voyait revenir le symbole des Astres, évinçant celui du Vide.

« Dame Auriane… ? »

Quittant sa lugubre contemplation, la jeune femme se retourna pour découvrir Fearghas sur le seuil. Le soldat semblait épuisé, comme tous ici. Il avait passé les derniers jours à mener les recherches pour retrouver la gemme dans la contrée, retournant chaque village, chaque pierre sur son chemin. Sa volonté n’avait jamais faibli malgré ses échecs à répétition. Une angoisse perpétuelle, qu’elle ne lui avait jamais connu, s’accrochait à son regard tandis qu’il la regardait. Elle s’avança vers lui, posant la question par automatisme, sachant d’avance quelle serait la réponse.

« - Comment va-t-il ?
- Les médecins… ne savent plus quoi faire. Rien ne fonctionne ma Dame. Il continue de s’affaiblir. »

Droite, le menton relevé et le regard froid, elle acquiesça. Intérieurement, tout son être et son âme criaient au désespoir et à la douleur. Mais y céder reviendrait à accepter la défaite. Elle refusait de croire que son frère et sa contrée étaient perdus. Pas encore. Elle se tut un instant, s’assurant de contrôler les tremblements de sa voix, avant de sortir de ses appartements, Fearghas à ses côtés. Tous deux semblaient sombres, austères dans les vêtements dénués de la moindre couleur. La robe d’Auriane était sévère, aussi noire que le ciel au dehors et soulignait la dureté des traits de son visage, constamment crispés, impossible à détendre.

« - Est-ce que le Conseil s’est réuni ?
- Oui ma Dame. Ils n’attendent plus que vous.
- Et Sire Endor… ?
- … a été convié à vous rejoindre au plus tôt.
- Les missives ?
- Portées à destination. Puis-je vous poser une question ?
- Allez-y.
- Pourquoi avoir fait appel à l’archiviste ?
- Pour deux raisons. Parce qu’elle est une des rares personnes qui en sait presque autant que notre Souverain sur les Astres et le Vide. Ils ont dévoilé à eux deux le contenu de la réserve de la bibliothèque. S’il y a quelqu’un qui pourrait nous aider à comprendre ce qui se passe, c’est elle. Mais la première raison et la plus importante est parce qu’elle est une des rares personnes en qui Sire Ren a véritablement confiance.
- Bien plus qu’en les membres de son conseil.
- Samir excepté, oui. Bien plus.
- Très bien. Un de mes hommes les amènera aussitôt qu’ils seront arrivés.
- Merci Fearghas. »

Le temps de leur discussion, ils étaient arrivés jusqu’à la vaste salle où se réunissait les conseillers de son frère pour traiter des affaires de la contrée et du Royaume. Une salle dans laquelle Auriane avait toujours eu sa place, avait toujours eu son droit à la parole. Aujourd’hui, cependant, son rôle était tout autre. Lorsqu’elle franchit les lourdes portes de chênes, les conseillers, déjà installés, se levèrent tous d’un même mouvement. Les mines étaient sombres, les regards inquiets. La dernière fois qu’un Conseil d’urgence avait été appelé, cela avait été lorsque Ren avait pris le pouvoir, deux ans auparavant. Aujourd’hui, malgré tout ce qui s’était passé, il semblait que tous étaient revenus dans le passé, à une époque bien sombre qu’ils avaient tous souhaité ne jamais revivre. Hochant la tête en guise de salut sur son chemin, Auriane se dirigea vers le bout de la table et se tint debout, à la droite du grand fauteuil du Souverain, comme à son habitude, Fearghas se tenant prêt d'elle, légèrement en retrait.  Tentant de faire fi de la douleur qui perçait à nouveau dans sa poitrine en voyant le siège royal vide, elle observa les présents. Le siège à ses côtés était encore vide et elle espérait de tout cœur qu’Endor les rejoindrait vite. Deux autres sièges attendaient également d’être remplis. Par les deux seules personnes en qui son frère avait accepté de placer sa confiance lorsqu’il avait repris les rennes de sa contrée natale.

« Messieurs… Vous savez déjà tous pourquoi vous êtes ici. La situation d’Akasha et de Seele est préoccupante et inquiétante. Le Royaume tout entier subit cette faille dans l’équilibre. Mais c’est de notre contrée que nous devons discuter. De son présent et de son potentiel futur… Mais avant que nous fassions le point sur la situation, je vous demande de patienter encore un peu. Nous ne sommes pas encore au complet. »


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Thème musical ~ The Willow Tree
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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mer 10 Avr - 15:06
L'attente
La nuit s’éveille, la terre s’endort
La lune revêt sa robe d’argent
Et pare son corsage des plus belles étoiles
Je rêve de l’aube qui m’éveillera
Mais pour l’heure, la nuit nous recouvre...


Prithvi a l’habitude de l’obscurité. Chaque natif de cette contrée est coutumier du peu d’attention que nous accordent les astres et apprend dès son plus jeune âge à profiter de toute la clarté qui parvient à passer le col des montagnes. Lorsque, dès la fin de Liekki, les jours raccourcissent drastiquement et que Nagar se voit écourté de moitié avant qu’arrivent les premières neiges, chacun incline patiemment la tête devant le début des longues nuits. Peu importe ce que recèlent les ténèbres, les prithviens savent en tenir la crainte à distance. Ils savent que, quelque soit leur durée et leur appétit de lumière, bientôt reviendra le jour de la flamme qui reprendra la montagne au froid pour y ramener la vie. Il en a toujours été ainsi. Toutefois, même la longue habitude de Prithvi de l’obscurité ne pouvait pas entièrement la préparer à ce qui serait chroniqué dans son histoire comme la Mère des Longues Nuits.

J’en ai senti la morsure d’un seul coup, avant même que les ténèbres ne commencent à s’abattre. Au plus profond de mon âme, la sensation que quelque chose de fondamental se brisait m’a soudain étouffé, effrayé, et un simple regard vers Lori m’a confirmé qu’il l’avait ressenti aussi. Cette fêlure dans l’ordre des choses ne m’a plus quitté par la suite quand la nuit est tombée en plein jour pour ne plus se relever, quand j’ai décrété l’état d’urgence et pris les dispositions nécessaires pour parer bien trop en avance les rigueurs d’une Eira devenue folle et les accès de panique de mon peuple. Ses éclats ont frémi, m’ont blessé au plus profond de moi-même quand j’ai reçu la lettre, que j’ai reconnu avec stupeur une écriture que je pensais ne plus jamais lire et que les mots s’alignant sous mes yeux ébranlaient jusqu’aux bases mêmes de Seele.

L’Obsidienne d’Akasha a été volée. Ren est mourant. La contrée du Vide est plongée dans le chaos de son élément. De cela, je ne tarde pas à en voir la confirmation de mes propres yeux.

Je passe les portes d’Ebène après un voyage rendu d’autant plus pénible par la nuit qui tient la montagne en otage, accompagné de mes piliers et d’une troupe de soldats. Lori est resté à Ambre pour diriger la contrée en mon absence mais je regrette un instant qu’il ne soit pas à mes côtés lorsque je vois l’état dans lequel la cité est plongée. Les quelques torches dispersées sur les façades des bâtiments éclairent parfois des véritables scènes de guerres civiles. La peur et la folie semblent s’être emparé des habitants qui se battent pour des breloques volées dans les commerces, une jarre d’huile ou un simple bougeoir. Des enfants, des grand-mères, des hommes dans la force de l’âge se recroquevillent en pleurant autour de la moindre source de lumière, bredouillant des prières fiévreuses à l’adresse des dieux. Des prêcheurs hallucinés profitent du cataclysme pour en appeler à un retour des Astres, à la Mort du souverain impie. Mais ce qui finit par me mettre hors de moi est la petite racaille au sourire écorné qui tente de convaincre une jeune fille de le suivre dans la ruelle en échange d’une poignée d’allumettes. Même si je ne me suis pas encore annoncé au palais, même si je n’ai en théorie pas d’autorité légitime ici, c’est plus que ce que je peux tolérer sans réagir. au grand dam de Rhaengar, je descends de mon cheval pour mettre moi-même en fuite la vermine, enjoignant la jouvencelle terrorisée à rentrer chez elle. Puis, je me tourne vers le lieutenant de la troupe pour ordonner d’un ton sans appel :

« Je n’ai besoin que des piliers pour assurer ma protection à l’intérieur du palais. Allez prêter main-forte au guet de la ville et aidez-les à rétablir l’ordre. Il faut enrayer les troubles avant qu’un incendie ne se déclare quelque part ou qu’une foule ne monte à l’assaut du palais, c’est la pire chose qui pourrait se produire. »

Outre le fait de ne jamais retrouver la pierre mais nul n’a besoin de s’entendre rappeler cette information. Une fois cela fait, je remonte en selle pour avancer sans détour vers le palais d’Akasha, encadré par Rhaengar et ses hommes. Je m’efforce de fermer mes yeux et mes oreilles aux scènes qui se déroulent dans les rues de cette ville riante et joyeuse qui célébrait son retour à la vie quelques saisons plus tôt, de rester concentré sur mon objectif. Le mieux que je puisse faire est ce pourquoi on m’a appelé ici : rejoindre le conseil akashan pour l’aider à gérer la crise, quand bien même cette requête a été formulée par la personne à qui je dois la longue nuit de mon cœur. Je ne sais au bout de combien de temps j’atteins le palais mais, malgré la fatigue du voyage et la traversée éprouvante de la ville aux abois, je ne prends même pas le temps de me changer dans mes appartements avant de rejoindre le conseil où l’on m’a mandé. C’est encore blanchi par la poussière de la route que j’en passe les portes, avançant dans la pièce en compagnie de mes cinq piliers. Même si ceux-ci se tiennent un peu en retrait, j’ai conscience que cette arrivée pourrait être interprétée comme brutale mais qu’à cela ne tienne. Après ce que nous avons vu dans les rues d’Ebène, une protection constante est loin d’être superflue. Qui plus est, ce palais est loin, bien loin d’être chargé de bons souvenirs et il m’est impossible de tenter de le faire oublier. Cependant, tout ce que ce piège de marbre et de dorures peut susciter en moi disparaît sitôt que je la vois.

Mon cœur devient trop étroit pour ses propres battements. Sous son galop, un torrent de questions afflue dans ma poitrine. Était-elle si maigre la dernière fois que je l’ai vue ? Si pâle dans sa robe couleur de deuil ? Si épuisée ? Je ne sais. Je ne me rappelle que la façon dont la douleur que je lui ai causée répondait à la mienne. Lui ai-je pardonné ? Je m’aperçois que je ne lui en ai jamais voulu. Qu’elle m’a manqué. Que je ne peux toujours pas supporter qu’elle appartienne à un autre. Mais que puis-je faire face à cela ? La réponse me lacère tellement le cœur que j’endosse immédiatement mon titre, m’en revêts comme une armure en approchant de la table et de ceux qui s’y trouvent.

« Nous avons fait aussi vite que nous avons pu après avoir reçu votre lettre. Hélas, le temps n’est pas notre allié...  »

J’adresse un hochement poli aux membres du conseil qui me rendent respectueusement le salut malgré leur surprise et leur méfiance. Pour ma part, je leur rends bien cette dernière. J’ai bien conscience que me faire une place dans cet endroit où il a été de coutume de m’humilier et de me mépriser durant des années sera ardu mais nul n’est plus patient que la terre et plus déterminé que moi. Je n’ai de comptes à rendre qu’à une personne dans cette pièce. C’est vers elle que je me tourne lorsque j’arrive à son niveau, souffrant dans ma chair de la voir si près quand un monde nous sépare à présent.

« Avant toute chose, soyez assurés que nous sommes touché par la terrible affliction qui frappe votre souverain. Akasha n’avait pas besoin de cela. »

Et une jeune femme aussi fragile ne devrait pas avoir à lester d’un seul coup ses épaules du poids d’un royaume au bord du gouffre en plus de l’agonie de son protecteur mais je ne peux prononcer ces mots. Ce n’est ni le moment ni le lieu et il m’est déjà bien assez difficile sans cela de contenir les affres de la jalousie qui me ronge amèrement les entrailles dès que la véritable nature de leur relation me revient à l’esprit. Prenant une courte inspiration et détournant d’elle mon regard avant qu’il ne devienne trop douloureux, je viens prendre place dans le siège qui m’est dévolu, à la droite de celui du souverain absent. Même vide, la façon dont elle se tient près de ce meuble suffit à jeter entre nous l’ombre de l’Usurpateur…

« Quelle est la situation de la contrée jusqu’ici et quelles mesures ont été mises en oeuvre ? »
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Àliya
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Jeu 11 Avr - 20:48
L'attente
Je ne distinguais plus vraiment les nuits et les jours, ces derniers temps. Depuis mon retour de Aap pour une question de parchemins mystérieux, je n'avais fais que des allers retours entre la réserve et mon bureau, mangeant peu, dormant à des heures indues, complètement décalées. Aussi étais je restée en total retrait du monde quand la nuit décida qu'elle ne laisserai plus place au jour. L'extérieur m'était devenu étranger, tant je demeurais, entre les murs du savoir et de la dévotion, ainsi pliée, les yeux plissés sur d'épais parchemins enluminés.  Je vivais dans le recul le plus total, complètement absorbée par la somme de travail que Ren m'avait laissé avant de partir. Je voulais demeurer aussi efficace seule que lorsque nous étions deux, dussé-je  y laisser quelques fragments de ma santé mentale.

Les rares heures de sommeil que j'étais en mesure de m'offrir, nichée dans l'alcôve de mon bureau, étaient agitées. L'ampleur de la connaissance qui nous incombait Ren et moi, commençait, additionné à un épuisement considérable, à largement amputé ma vie onirique. Souvent, je me réveillais, trempée, les draps complètement défaits. Je me demandais si quelques fois, je n'avais pas crié dans mon sommeil. Toujours est il que j'étais dans une torpeur étrange lorsqu'on vint frapper à la porte de mon bureau. Ouvrant les yeux, constatant que les rayons du soleil ne nimbaient pas la pièce d'une douce lueur, je fronças les sourcils, m'extirpant de mon lit de fortune, enfilant rapidement une longue robe de nuit en satin noir, que je nouais grossièrement, allant ouvrir tout en attachant vaguement  mes cheveux. Un messager en livré officielle se tenait devant moi et j'arquais un sourcil de surprise.

" - Vous faites des livraisons nocturnes maintenant ?
- Madame....N'êtes vous pas au courant ?
- Et de quoi devrais je être au courant dites moi ? Mais quelle heure peut il bien être ?"

L'invitant d'un signe de main à entrer alors que je prenais la missive qu'il me tendait, je fronçais d'autant plus les sourcils. Le sceau du Palais...Mais de quoi pouvait il bien être question ? Rares étaient les informations qui m'étaient transmises par un biais si officiel, tant je passais mon temps en compagnie du Souverain du Chaos.

" - Cela fait maintenant plusieurs heures que le jour aurait du se lever, Madame.  C'est ainsi...
-...depuis plusieurs jours. Comment ai je fais pour ne pas m'en apercevoir ? Par le ciel. Merci."

Je venais de lire ce que contenait la missive au moment où le coursier me prévenait. Ren était mourant. Ma bouche se dessécha complètement et je sentie un étau enserré ma gorge. Mes doigts couleurs d'opales, tremblaient en tenant le parchemin. La peau de mes mains étaient desséchées par le temps que je passais ici et le contact avec un papier doux, me rappela à quel point j'avais mis de côté ma personne. Il me fallu un instant, suspendu dans un temps précieux, avant de réaliser. Loin dans mon inconscient, toute une dynamique se mettait en place, répondant aux questions que je ne m'étais pas encore posée, tandis que les larmes montaient à mes yeux. Dire que le Souverain était devenu un ami, était assurément ambitieux, mais je passais l'essentiel de mon temps avec lui. Il représentait bien plus un genre de famille que n'importe qui d'autres ici présent et à l'idée que la vie puisse subitement me l'arracher, comme tant avant lui, m'était insupportable.

Et le monde bascula. Mettant de côté mes sentiments, je ravalais mes larmes, reprenant une contenance rare et efficace, je jetais le papier sur le sol. Rapidement, je montais mes cheveux blonds dans en un chignon négligé, me passant de l'eau sur le visage, je ne pris pas le temps d'enfiler autre choses que mes chaussures en dessous de ma longue robe de nuit, et quitta la bibliothèque en toute hâte. La violence du monde extérieur me sauta aux yeux, alors que j'entendais un chaos bien plus sourd et bien plus incertain que je n'avais pu vivre depuis quelques années. Je m'élançais dans une foulée rapide au Palais, tout au sommet de la colline, faisant peu cas de tout ce que je voyais autour de moi. Seul en cet instant précis, comptait le savoir que le Souverain m'avait offert et la nécessité que je me rende le plus rapidement au palais.

Je n'y étais encore d'ailleurs, jamais venue. Aussi je fus quelques peu désemparée une fois devant les lourdes portes de l'entrée, mais rapidement, un soldat vint me prendre en charge, sans que j'eu besoin de décliner mon identité. J'imagine que peu d'individus se seraient présentés au Conseil en tenu de nuit. Le silence de la bâtisse tranchait avec le chaos du monde extérieur, même si haut, nous ne pouvions échapper à ce qu'il se déroulait plus bas. Un sentiment d'oppression me saisi au cœur, cherchant inconsciemment  à savoir où pouvait se trouver Ren. Pour lui dire quoi ? Et dans un bruit étonnement léger compte tenu de l'épaisseur imposantes des portes, la salle du Conseil s'imposa à moi, présidé par Auriane, dont l'austérité et la froideur me rappelaient son tuteur avec une ressemblance frappante. Inspirant, je traversais la salle d'un pas rapide et souple, m'inclinant devant la pupille de mon Souverain ainsi que devant Endor, que je connaissais de vue, bien que n'ayant jamais été présenté. Les autres membres du Conseil, jusque là, m'étaient totalement étranger.

" - Ma Dame...Pardonnez mon aspect, je suis venue au plus vite. J'étais...très loin de m'imaginer ce qu'il se passait en ville. Je suis à votre entière disposition, quoi que je puisse faire pour vous, n'hésitez pas. Je suis votre humble servante."

Ayant entendu les propos du Souverain de Prithvi en entrant, je n'avais pas grand chose à ajouter. Je me doutais qu'à la question du pourquoi, les réponses allaient venir bien assez tôt. N'ayant guère l'habitude de me trouver autour de cette table, je ne pris place que lorsqu'on me désigna une chaise vide à côté d'une autre, qui allait surement bientôt se remplir, à la gauche du Souverain de la Terre.


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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Ven 12 Avr - 22:09
L'attenteSi Fearghas a passé les derniers jours à organiser les recherches de l’Obsidienne, se rendant lui-même bien souvent sur place pour superviser, je suis pour ma part resté à Ebène. Le vol de la Gemme, la chute soudaine de notre Souverain et la nuit perpétuelle qui s’en est suivie a fait sombrer toute la contrée dans le chaos, mais nul endroit n’est plus touché que la capitale. Les partisans des Astres, en sommeil depuis deux ans se sont réveillés et ont fait entendre leurs voix, clamant à corps et à cris que la catastrophe qui s’est abattue sur le Royaume était le signe indubitable que Ren et son autorité doivent être chassés du trône. Se nourrissant de la panique qui s’est emparée de la population, en quelques jours à peine ils sont devenus un problème majeur, levant leurs armes contre mes soldats, contre les partisans de Ren. Mais ils ne sont pas mon unique problème : les habitants de la cité sont terrifiés, et des émeutes ont éclaté un peu partout en ville, des pilleurs vandalisent les magasins, des crimes sont commis dans toutes les rues où je n’ai pas pu déployer la garde. Pour couronner le tout, des rumeurs d’un groupe qui chercheraient à prendre d’assaut le palais ont fait surface, m’obligeant à replier une partie de la garde pour protéger le Souverain, laissant les rues sans protection. C’est un désastre.

Je ne sais pas dire depuis combien de temps je n’ai plus pu dormir plus que pour une courte sieste. Le temps s’écoule anarchiquement depuis qu’il n’est plus rythmé par l’apparition du soleil et j’ai perdu tous mes repères. Je n’ai de toute manière pas le temps de ressentir la fatigue : occupé à faire évacuer les rues attenantes au palais et à mettre en place un système de surveillance aux alentours, ma voix est rauque de donner des ordres, et mon esprit encombré des différents rapports que l’on me fait. L’un d’eux, enfin, n’est pas une mauvaise nouvelle : Endor vient d’arriver à la tête d’une troupe armée, et a délégué des hommes pour aider à la sécurité de la ville. Le messager suivant m’arrête quelques minutes plus tard seulement, m’informant que le conseil était prêt à se réunir. Avec un profond soupir, je distribue une dernière série d’instructions et laisse à l’un des officiers à mes côtés la charge de poursuivre. Il est temps pour moi de prendre ma place avec les autres conseillers. Lorsque le garde ouvre la porte d’entrée, un soldat m’attend à l’intérieur.

Messire, tout le monde est arrivé, il ne manque plus que vous.
Par principe il me guide jusqu’à la salle du conseil, bien que je n’ai pas besoin de lui pour la trouver.
Qui est présent ?
La Dame Auriane, le Seigneur Endor, les membres du conseil. Àliya, l’archiviste, est là aussi. Ils viennent juste d’arriver.
Parfait.

Je pousse la porte et entre. Ce n’est qu’en voyant le Souverain de la Terre, encore poussiéreux de son voyage, et Àliya vêtue d’une simple robe de chambre que je prends conscience de ma propre tenue. Le cimeterre à la hanche, dague à la ceinture, mes chaussures souples et ma tunique de lin remplacées par des bottes de combat et un plastron en cuir brun, je réalise que c’est la première fois que j’entre ici en armes. Tant pis. La situation ne se prête pas à des simagrées politiques insupportables, et il est temps de rappeler aux autres membres du conseil que je ne suis pas seulement l’un des leurs nommé par Ren sur un coup de tête, mais avant tout un soldat. Ils me reprochent constamment mon manque de vision et de subtilité, à mon tour de leur montrer que parfois la réalité les rattrape et que ce ne sont pas leurs longs et beaux discours qui vont les sauver cette fois. Je commence par les ignorer et me dirige droit vers la tête de la table. Ma poitrine se serre. Je ne sais pas ce qui est le plus douloureux, entre le siège vide de Ren et la vision d’Auriane, si pâle, triste et déterminée dans sa robe noire. Elle avait tant changé en arrivant à Akasha, passant d’une jeune femme malade et fragile à la pupille du Souverain, pleine de rire et de vie. Ces deux Auriane ont disparu à présent, elle n’a plus le luxe de l’innocence. J’enfouis au plus profond de moi l’envie de la prendre dans mes bras et de remonter le temps jusqu’à cette époque heureuse. La gorge serrée et les mains tremblantes, je revois l’espace d’un instant son visage lumineux, rougi par la joie et l’effort alors qu’elle dansait à la Fête du Lac. Je ne savais pas qu’il m’était possible de l’admirer plus qu’alors, et pourtant …
Je m’incline devant la femme amaigrie sur qui repose à présent la régence d’Akasha, et devant le Souverain Prithvi.

Dame Auriane. Seigneur Endor, je vous remercie infiniment pour le support que vous nous avez fourni en ville. Votre aide est plus précieuse que je ne saurais l’exprimer, nous avons bien besoin de tous les renforts possibles.

J'adresse un salut à Fearghas, présent aux côtés d'Auriane, et à Àliya, déjà assise. Le seul siège vide restant, hormis le trône, est le mien, à sa gauche. J’y prends place. Je ne sais pas où ils en sont de leurs discussions, et j’attends qu’on me le demande pour faire mon rapport.
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Auriane
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 15 Avr - 16:50






L'Attente

Les regards se remplirent de surprise et de méfiance lorsqu’Auriane leur annonça que le Conseil n’était pas encore au complet. En effet, ils avaient bien vu que Samir, le soldat nommé conseiller et maréchal par leur Souverain n’était pas encore présent, mais à part lui, qui viendrait présider autour de la longue table où deux autres chaises attendaient d’être remplies ? Auriane n’avait fait part de son plan à personne d’autre qu’à son frère et à Fearghas. Si elle n’avait pas la nature méfiante de son ainé envers tout un chacun, elle ne pouvait cependant pas dire que le Conseil lui inspirait des sentiments très positifs. En effet, ils étaient politiciens, diplomates, savaient user du miel pour rendre leurs paroles moins tranchantes. Mais dans les faits, ils n’agissaient que très peu, et uniquement forcés par leur Souverain. Ils étaient forts pour discuter politique et pour ériger de nouvelles lois. Ils étaient faibles lorsqu’il fallait passer à l’action. Et Auriane comprenait pourquoi son frère réformait ce conseil. Elle le comprenait fort bien en voyant les regards suspicieux qu’on lui lança.

Les portes s’ouvrirent alors et tous bondirent hors de leurs chaises. Car Endor venait d’arriver, encerclé de ses piliers, vêtus de ses atours de voyage, la mine sombre, le regard glacé. Le cœur d’Auriane manqua un battement et sa gorge se serra. Aussitôt, elle dut réprimer l’envie de faire un geste en sa direction, autant par protocole qu’à cause du souvenir gravé au fer rouge dans sa mémoire de leur dernière rencontre. Elle se tint parfaitement droite, toujours debout devant sa chaise et s’inclina profondément, bien plus que le reste du Conseil, lorsque le Souverain s’arrêta près d’elle.

« Merci Sire. Pour votre promptitude à répondre à ma demande ainsi que pour vos mots de réconfort. »

Elle répondit presque mécaniquement, laissant son rôle, son étiquette et son masque prendre le dessus afin d’enfermer les sentiments qui se bousculaient dans son cœur et qui ne demandaient qu’à sortir. Elle lui indiqua d’un geste le fauteuil dans lequel prendre place et alors qu’elle s’apprêtait à répondre à sa dernière question, les portes s’ouvrirent à nouveau. Après Endor et ses soldats, une arrivée somme toute impressionnante et peut-être hostile aux yeux de tous qui ici le considéraient comme l’ennemi de leur Souverain, l’arrivée d’Àliya était étonnamment différente tandis que la jeune archiviste pénétrait dans la salle du conseil, désorientée et vêtue de ses vêtements de nuit. En la voyant ainsi, Auriane se sentit coupable. La jeune femme avait vécu presque recluse depuis qu’elle travaillait avec son frère et elle n’avait pas cherché à mettre les formes dans les missives qu’elle avait envoyées. La situation était urgente et si elle devait bousculer chaque habitant de Seele pour qu’on le comprenne, elle le ferait. Mais la jeune femme qui s’inclina devant elle et Endor n’avait rien à voir avec la politique d’Akasha. Elle ne semblait pas même au courant de la situation. Auriane lui sourit doucement en réponse à ses paroles et elle ignora royalement les regards de plus en plus circonspects des conseillers tout en indiquant un des sièges libres à la jeune femme.

« Et je vous remercie Àliya. Pardonnez-moi de vous avoir fait quérir ainsi sans vous donner plus de détails que le strict minimum. Mais une fois Samir parmi nous, je vous expliquerai tout… »

Et comme s’il avait entendu l’appel d’Auriane, le soldat arriva alors, aussi las, inquiet et fourbu que Fearghas. Samir était avec Ren lorsque ce dernier avait senti le vol de la pierre. Il avait été à ses côtés lorsqu’il était ressorti du temple sacré livide, tremblant. Il avait été là également lorsque son état s’était aggravé. Lui et Auriane avaient été jusqu’à présent les deux seuls à pouvoir approcher le Souverain suffisamment pour contempler l’étendue des dégâts et la gravité de la situation. Et il était surtout le seul au courant du secret qui unissait la pupille au Souverain. Cela faisait donc de Samir, hormis Eilean, la seule personne avec qui Auriane n’avait pas besoin de jouer un rôle. Et elle se sentit soulagée de le voir à présent dans la salle du conseil.

Aux paroles du soldat, elle haussa un sourcil et reporta son attention sur Endor, qu’elle tentait tant bien que mal de ne pas regarder bien qu’il se trouvait si proche. Ainsi, il n’avait pas attendu et avait déployé sa propre garde dans les rues d’Ebène, à peine arrivé. Auriane n’osait imaginer l’état des rues pour qu’Endor agisse avant même d’avoir fait savoir sa venue au palais. Et elle lui était profondément reconnaissante.  Ce ne fut pas le cas du reste du Conseil. Des exclamations retentirent et tandis qu’Auriane s’asseyait enfin, soulageant ses jambes qui commençaient à trembler, l’homme assis à sa droite se leva promptement. Il était grand et sec, entre deux âges, ses cheveux grisonnant tombant en boucles élégantes dans sa nuque. Son regard gris était perçant, froid et ses traits ascétiques. Il observa Endor, un mépris non dissimulé dans le regard. Il s’inclina rapidement, avec une impolitesse qui frisait la provocation et prit la parole le premier.

« - Sire Endor, si votre venue est pour le moins… surprenante, le fait que vous ayez, sans aucune permission, autoriser vos soldats – car je suppose que c’est bien de cela que l’on parle - à se déployer en ville est un manquement à tous les protocoles en règle. Vous ne pouvez pas arriver dans une contrée et vous permettre de…
- Sire Endor, interrompit Auriane d’une voix forte en regardant le conseiller d’un regard noir, est ici sur ma demande, avec l’autorisation de notre Souverain. Vous vous montrez particulièrement insultant en l’instant Messire Armaury et vous tâcherez par la suite de réfréner vos ardeurs si vous souhaitez garder votre siège.
- Comment osez-vous…
- J’ose parce que l'heure n’est pas aux courbettes et autres simagrées. De plus, il ne me semble pas que vous ayez été invité à présider ce conseil, mais peut-être aurais-je mal compris ?
]- Les faits restent les mêmes. Déployer ses soldats…
- Est une aide des plus bienvenues comme l’a souligné Samir, reprit Fearghas, se rapprochant du siège d’Auriane, toisant le conseiller. Dites-moi Messire Armaury… Etes-vous descendu dans les rues d’Ebène depuis que la nuit éternelle s’est installée ? Avez-vous constaté par vous-même les dégâts provoqués par le vol de l’Obsidienne ? Non…Bien sûr que non. Vous n’avez pas quitté la sécurité du palais pour aller voir comment se portaient les habitants. Alors laissez-nous juger de la pertinence des actions de ceux qui viennent nous aider à protéger les rues et à contenir les émeutes.
- Merci Fearghas, rappela doucement Auriane avant de reporter son attention sur le conseiller. Ce sera tout Messire Armaury. »

Blême de rage, le noble se rassit sans rien dire de plus, ne quittant pas Fearghas du regard. Auriane s’était attendue à ce qu’il soit un des premiers à manifester son mécontentement et sans y mettre les formes. Il était de la vieille école et l’étiquette ainsi que les règles étaient tout pour lui. S’il avait maintes et maintes fois prouvé son efficacité et son support au Vide en participant grandement au redressement économique d’Akasha, sa fierté et son arrogance en faisaient un personnage entier et parfois difficile à gérer. S’il n’était pas d’accord, il ne manquerait pas de le faire sentir. Et il n’était d’accord avec aucune décision prise depuis que l’alerte avait été lancée. Qu’Auriane ait été nommée pour présider le conseil et assurer la régence, qu’un Souverain que presque tous ici considéraient comme un ennemi ait un siège à ce même conseil et qu’on y convie des personnes extérieures qui n’avait rien à voir avec la politique de la cinquième Contrée, tout cela allait à l’encontre de ses principes et de sa vision des choses. Et Auriane savait pertinemment qu’il n’était pas le seul à penser de la sorte.

« Avant tout chose, laissez-moi mettre les choses au clair. L’état d’Akasha est critique et je pense que vous tous ici, messieurs, en êtes conscient. Nous avons passé les derniers jours à tenter tout ce qui était en notre pouvoir pour contenir le chaos qui sévit dans notre contrée. Et les résultats sont tous sauf satisfaisants. Nous avons besoin d’aide et le dénier ne serait que folie. Tous ceux qui sont autour de cette table sont là pour une seule et même raison. Akasha. C’est tout ce qui importe. Et je ne tolérerai aucune revendication contraire. Est-ce clair ? »

Son regard de glace se promena sur chaque conseiller présent, croisant les regards, insistant sur ceux qu’elle jugeait promptes à contrarier ses plans. Plus particulièrement Armaury. Il ne cilla pas lorsque leurs regards se croisèrent. Il releva le menton, la mettant au défi d’ajouter quelques propos à son encontre. Ce qu’elle ne fit pas. A la place, elle reporta son attention sur Àliya et sur Endor, les deux étrangers au conseil akashan. Elle soupira et posa ses mains dans les plis de sa robe, dissimulant les tremblements qui les agitaient tandis qu’elle sentait ses angoisses remonter à la surface.

« Ma missive était très brève mais je suppose que vous avez compris son caractère urgent. Sire, à nouveau laissez-moi vous dire à quel point votre présence est un soulagement pour nous. Votre aide est plus que bienvenue et le soutien de Prithvi représente beaucoup pour nous. Àliya, vous vous demandez sûrement pourquoi je vous ai également fait quérir. Vous êtes la seule, hormis notre Souverain à détenir suffisamment d’informations sur les Astres et le Vide, sur les gemmes et sur leurs pouvoirs, pour pouvoir peut-être nous aider à y voir plus clair. La situation échappe à notre contrôle, je n’ai pas honte de le dire. Nous faisons ce que nous pouvons mais cela ne suffit pas. Les autres Contrées ont également joint leurs forces et des expéditions sont parties à la poursuite des voleurs à l’heure où je vous parle. Elle a été volée par des natifs d’Aofa qui se sont introduits dans le Lieu Sacré, grâce au Gardien de l’Obsidienne. Et cette pierre représente l’énergie vitale d’un Souverain. Si elle s’éloigne de lui… le lien qui les unit se fragilise et le Souverain s’affaiblie. Si elle quitte sa Contrée… Eh bien comme nous avons pu le constater les conséquences sont dramatiques. Non seulement le soleil ne se lève plus, mais notre Souverain non plus. Je dois hélas vous avertir que si la gemme n’est pas rapidement retrouvée… Il mourra. »

Elle s’interrompit et baissa le regard, tentant de contrôler ses émotions et ses expressions. Le dire à voix haute revenait à accepter l’éventualité et elle n’était pas prête à admettre que son frère pouvait mourir. Elle se redressa et son regard se promena sur l’assemblée.

« Si vous avez des questions, allez-y. Autant que la situation soit claire pour tous. Samir, je souhaiterai entendre votre rapport. Quelle est la situation en ville ? »

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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Jeu 18 Avr - 15:12
L'attente
Auriane n’a finalement pas le temps de répondre à ma question avant que les portes de la salle du conseil ne se rouvrent par deux fois. La première laisse passer une femme blonde et pâle au regard décidé et à la silhouette athlétique, ce que je peux distinguer à travers le vêtement de nuit qui l’habille. Pudiquement, je détourne les yeux avant de lui rendre son salut. La deuxième voit pénétrer dans la pièce un homme d’armes, haut de taille et brun de peau, le visage anguleux marqué par la fatigue. Je sens la vigilance des Piliers s’aiguiser dans mon dos mais, les premiers mots qu’il m’adresse personnellement après nous avoir salués Auriane et moi étant des remerciements, ils en concluent rapidement qu’il n’est pas une menace immédiate. Je hoche brièvement la tête :

« Inutile de me remercier. Mes hommes seront à votre disposition aussi longtemps qu’il le sera nécessaire. »

Ce qui, visiblement, n’est pas du goût de tout le monde. Dès qu’il est fait mention des soldats prithviens déployés en renfort, les membres du conseil montent au créneau, menés par un homme à l’allure élégante et à la mine sévère, tout le mépris du monde luisant dans son regard lorsqu’il le pose sur moi. Je ne bronche pas, même si mes entrailles se nouent. Le venin qu’il répand hérisse l'hostilité des Piliers dans mon dos mais un bref coup d’oeil du côté de Rhaengar le convainc de ne pas réagir à cet irrespect. J’ai l’habitude que l’on me considère de la sorte ici. Cependant, je suis beaucoup moins accoutumé au fait de me voir défendu. C’est pourtant ce que font Auriane, puis Fearghas, avec un aplomb qui me surprend. En silence, j’observe le visage pâle et fatigué de la jeune femme, les reflets d’acier de ses yeux décidés. Je ne lui connaissais pas une facette aussi assurée, aussi imposante. Mon intuition s’éveille, me souffle des mots que je ne saisis pas et mon cœur bat plus fort. Où ai-je déjà vu un tel regard ? Je n’ai pas le temps de m’en souvenir. Je me contente de la remercier d’un signe de tête après qu’elle ait ramené l’ordre à la table :

« Merci Dame Auriane, Sire Fearghas. Voilà qui nous évitera de perdre davantage de temps en futilités. »

Malgré tout, je prends tout de même le temps de me tourner vers le conseiller pour lui adresser un regard glacial. Il y a un seul point commun entre les cours akashane et prithvienne : si je veux m’y faire respecter, je dois m’y défendre seul même si j’y compte des alliés.

« Messire Armaury, si mon manquement aux convenances vous a incommodé, je vous présente mes excuses. Prithvi est trois fois plus vaste et hostile qu’Akasha et son administration requiert de savoir décider et agir vite, sans s’embarrasser de formes ou de protocole. Néanmoins, s’il vous arrivait à l’avenir de douter une nouvelle fois de la légitimité de ma présence, faites simplement l’effort de vous rappeler qui, ici, à la plus longue expérience de la nuit. Cela pourrait vous aider. »

Je me détourne de lui sur ces mots, concentrant mon attention sur la jeune pupille et sur les deux autres personnes de confiance qu’elle a fait mander, les détaillant attentivement. À l’évidence, ils sont les seuls chez qui je pourrai trouver du soutien et dont la collaboration ne sera pas entachée par de stupides querelles d’orgueil. J’ose espérer que leurs compétences seront utiles mais je n’ai pas de raison d’en douter. Samir est manifestement un homme de terrain et les dieux savent que ce sont eux qui font la différence en pareilles situations. Quant à Àliya, si je pouvais raisonnablement m’interroger sur la raison de sa présence en la voyant arriver, apprendre son domaine de connaissances me rassure aussitôt. Il est vrai que nous ne pouvons pas négliger cet aspect du problème non plus, même si nous devons parer au plus pressé. Dès qu’Auriane termine d’exposer la situation, baissant les yeux en évoquant la mort possible du Souverain du Vide, je prends la parole en étouffant le pincement de jalousie qui se faufile entre mes côtes. Ce n’est ni le lieu ni le moment.

« Sire Samir, vous semblez être en charge des affaires militaires. Pouvez-vous me dire de combien d’hommes disposent le pays et la capitale pour assurer l’ordre ? Si nous voulons éviter que la panique ne dégénère en émeute, il faut donner aux akashans ce dont ils ont besoin : de la lumière et de la sécurité. Pensez-vous qu’il soit possible d’organiser des patrouilles régulières pour disperser les rassemblements de fanatiques et protéger les habitants ? Par ailleurs, il faudra aussi se préoccuper rapidement de la question des réserves. Plus encore que celles de nourriture, celles de combustibles vont être vitales… »

Je ne le sais que trop. C’est une vérité qui n’a pas changé depuis l’aube des temps.  Il faut repousser les ténèbres si nous voulons repousser le danger.
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Sam 20 Avr - 19:17
L'attente
Je crois que si la vie de mon ami et Souverain n'était pas en cause et si la mine de sa pupille n'était pas aussi sombre, j'aurai fais racler ma chaise sur le sol et aurai quitté la salle sur l'instant. Je n'étais pas une politicienne, du moins, pas par vocation. Mon statut et mon métier m'avait obligé, et ce depuis l'enfance, à savoir m'accommoder de cette nécessité, qui n'était pour moi, qu'un prolongement vaguement fonctionnel, de préceptes intellectuels. Et en l'espace d'un instant, il me revenait pourquoi, la politique était un viviers de penseurs  à la manque, doué d'arrogance et de fourberie pour seuls talents. La promptitude d'Auriane et d'Endor à répondre aux prémices d'attaques, me fit sourire, aussi baisais je doucement la tête pour contenir le rire qui ne manquait pas de poindre, si jamais je fixais encore, l'air passablement décontenancé de ce qui semblait être, un des membres du Conseil.

Me rappelant les raisons de ma présence ici, j'attendis que la tension retombe, du moins, laisse place à un silence dans lequel je trouverai à m'engouffrer. Il était hors de question que j'ai à batailler pour me faire entendre, nous avions tous, bien mieux à faire. Je jetais un rapide coup d'œil au dénommé Fearghas, dont j'appréciais la sobriété et l'efficacité de ses propos qui avaient claqué dans l'air, comme le bruit d'un fouet rencontrant la chair. M'éclaircissant doucement la gorge, je pris la parole, laissant mes yeux aller de l'un à l'autre, sans vraiment d'ordre précis, juste pour que chacun puisse se sentir concerné par mes propos.

" - Vaatane d'origine, et noble de surcroît, je dois admettre, Sir Armaury, que j'ai une réelle sensibilité concernant les protocoles et  je comprends le profond désarroi dans lequel Sir Endor, Souverain de Prithvi, nous plonge. L'éviction de cet ensemble de règles qui régissent notre quotidien, qui permettent à tous de pouvoir cohabiter dans un semblant d'équilibre, où chacun peut faire entendre sa voix, une fois que sont établis, son rang et sa position, est particulièrement déstabilisant. Et, il est vrai, chez nous, le respect et la politesse, ont tendance à faire préséance sur le reste.  On se fait toujours bien mieux entendre des lors que l'on a compris comment se faire respecter...en commençant par faire preuve du respect que nous estimons mériter."

Sans que mon visage ne se fige, j'inclinais la tête dans une courte révérence, lui offrant le sourire poli et convenu à ce genre de circonstances. Il m'avait passablement irrité, du moins, avec ces quelques paroles, il m'avait permis de constater  une chose : des lors que Ren serait apte à recevoir une discussion, je lui rappellerai mon point de vue sur le fait qu'une grande majorité de la population, n'avait cure de la vérité et de l'éducation. Mais l'heure n'était pas à ce genre de constatation ironique.

" - J'ai bien peur de ne pouvoir apporter de nouvelles plus optimistes. Il n'existe nul part, aucune trace, aucun témoignage d'un quelconque vol de gemme. Le constat ici, vous l'avez fait, est qu'il risque de mourir si la pierre ne lui ai pas resitué dans les plus brefs délais. Jusqu'alors, les habitants de cette île avaient semblé se fondre à l'évolution de Seele. Comme un échos un peu lointain. Le fait qu'ils ne soient jamais intervenu en la faveur de l'ensemble des héritiers du Vide et de leur massacre,  tend à nous montrer qu'aucun gardien n'a pu être exister non plus jusque là. Ils n'étaient peut être même pas au courant de l'existence de cet élément. La survie de Ren, à causer énormément de désordre, et prions qu'il en soit encore ainsi un moment, et possible qu'un enfant ai pu présenter des signes comme étant un potentiel gardien. Mais....je me perds là en conjectures et même si nous ne pouvons agir physiquement sur la quête de la gemme, d'autres s'en chargeront mieux que nous, il est des sujets dont nous devons traiter plus urgemment."

J'inspirais profondément, regardant tour à tour, Auriane, Endor et pour finir, Samir. Curieuse assemblée que voilà, aussi étrange et éclectique que Ren.

"- Nous avons la chance d'avoir à nos côtés, l'Homme qui sait gouverner une partie de l'année sans lumière. Son expertise et ses conseils doivent absolument être pris en considération. En venant, j'ai pu constater qu'au delà de la panique qui génère une forme de délinquance, et à ce sujet, Samir sera bien plus à même que moi de vous en parler, je crois que les habitants d'Akasha ont besoin de réconfort. Il va être important, dans les heures et les jours qui viennent, de nous montrer forts, unis et rassurants. Que soit organisé, dans des lieux bien précis, des rassemblements où chacun pourra poser des questions et trouver des réponses. C'est, maintenant plus que jamais, la volonté de notre Souverain."


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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mar 23 Avr - 11:08
l’attenteMes paroles soulèvent une vague d’indignation parmis les membres réguliers du conseil ; avant même que j’ai eu le temps de m’asseoir Amaury s’est levé et s’est lancé dans une diatribe condamnant l’action d’Endor. Je n’en suis pas surpris, cet homme est aussi prévisible que le beau temps après la pluie, et son obsession pour le protocole n’aurait jamais pu supporter une telle action. Quelque part, je le comprends. En temps normal, un Souverain considéré par beaucoup – y compris par Ren – comme un ennemi, déboulant dans la capitale et distribuant ses soldats sans même en informer le conseil pourrait être vu comme hostile. Mais nous ne sommes pas en temps normal, ce que de nobles gentilshommes comme Amaury n’ont peut-être pas remarqué … Je m’apprête à lui répondre, mais Auriane puis Fearghas me coupent l’herbe sous le pied. Endor lui-même semble parfaitement en capacité de se défendre seul et je suis trop fatigué pour me lancer dans ces joutes verbales qui n’accomplissent absolument rien de constructif.

J’apprécie d’ailleurs le Souverain pour cette raison. Il ne perd pas de temps en palabres et va droit au but, comme il a pu le démontrer à son arrivée en ville. Bien que ses actions aient pu manquer de subtilité, il n’a pas hésité avant de prendre les choses en mains. Si comme beaucoup j’avais mes doutes sur sa présence, je vois à présent pourquoi Auriane l’a fait mander. Quelqu’un possédant son autorité et ses compétences sera appréciable, et je l’espère, apprécié à sa juste valeur. La politesse dont il fait preuve à mon égard me fait sourciller, je n’ai jamais pu m’habituer à ma nouvelle position et aux titres qu’elle me confère. Et ce n’est pas comme si j’y avais souvent eu droit dans cette salle. Je m'éclaircis la gorge avant de répondre.

La situation en ville est catastrophique, je ne vois pas d’autre mots pour la décrire. Ces messieurs les membres du Conseil auraient pu s’en rendre compte s’ils avaient passé les portes de palais. Des émeutes ont éclaté dans tous les quartiers de la cité, nous avons eu toutes les peines du monde à les contenir jusqu’à présent. Les gens sont terrifiés et prêts à tout pour faire des réserves de nourriture et de combustible, mais pas uniquement. Des pillards profitent du chaos pour mettre à sac des boutiques de luxe et même des maisons. Il y a de nombreux blessés et déjà plusieurs morts à déplorer, et cela ne fait qu’empirer d’heure en heure.
Je détache mes yeux d’Auriane pour m’adresser au Souverain.
Je n’ai pas assez de soldats pour organiser une présence uniforme dans la cité et assurer la sécurité. Mes hommes sont trop dispersés, des troupes ont été déployées dans la contrée pour aider Fearghas dans ses recherches de la gemme et n’ont pas encore pu être rapatriées jusqu’à Ébène d’autant que la plupart tentent de maintenir l’ordre dans les villes secondaires qui sont également en proie à des désordres majeurs. La garde de la cité compte deux mille têtes en temps normal, mais j’en compte actuellement un quart de moins de ce fait. Pareillement, bien que dame Àliya ait raison, nous n’avons pas pu arranger de lieux sécurisés pour tenir la population informée, même si nous faisons de notre mieux. Le rationnement et l’organisation des réserves est en cours mais nous nous heurtons à ces difficultés…
Je marque une courte pause pour reprendre mon souffle et reprends, mon ton encore plus sombre qu’il ne l’était.
Malheureusement, ce n’est pas tout. De nombreuses voix dissidentes se font entendre un peu partout, les opposants du Vide, eux aussi favorables au retour d’un Souverain des Astres, sortent de leurs cachettes et se rassemblent. Le bruit court qu’ils pourraient préparer une attaque sur le palais, j’ai donc dû replier une partie de la garde pour sécuriser les lieux, ce qui contraint plus encore notre effectif. Seigneur Endor, votre expérience et vos soldats se montreront vitaux. Quoi que nous décidions, il nous faudra agir vite pour éviter que les choses ne se dégradent.

D’un regard glacé je mets au défi Amaury et les autres membres du conseil de s’opposer à ce fait. J’ai expliqué aussi bien que je le pouvais l’état désastreux de notre situation mais ce ne sont que des mots, et ces mots n’auront jamais l’impact d’une constatation directe. Je voudrais les attraper et les forcer à sortir des murs de marbre du palais ; peut-être qu’alors ils comprendraient que nous n’avons pas le luxe de cracher dans une main tendue, fut-elle celle d’un homme considéré comme un adversaire jusqu’alors. Je me tourne ensuite vers l’archiviste.

Dame Àliya, je n’ai bien sûr pas vos connaissances en la matière, mais étant donnée l’action entreprise, vous semble-t-il possible que les habitants d’Aofa soient tous opposés à l’élément du Vide ? Au-delà de ne pas intervenir pour les Héritiers, auraient-ils pu également supprimer les éventuels Gardiens qui auraient pu naître ?  
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Ven 26 Avr - 19:15






L'Attente

Sitôt qu’elle s’était tut pour laisser les autres prendre la parole, Auriane avait senti la fatigue s’emparer d’elle et rendre douloureux le moindre de ses mouvements. Elle s’était assise dans le fond de son fauteuil, laissant au meuble le soin de supporter son dos et sa nuque quand elle ne le pouvait plus. Elle tenait difficilement. Mais elle serrait les dents, les poings et gardait la tête haute. Il ne manquerait plus que le conseil remarque son état et elle aurait définitivement perdu le peu de crédibilité qu’elle possédait à leurs yeux. Elle n’avait guère laissé le choix à Ren, bien trop affaibli pour pouvoir combattre la détermination de sa cadette lorsqu’elle lui avait annoncé prendre en charge la gestion d’Akasha. Fearghas avait tenté de lui faire entendre raison mais l’entêtement était un trait de caractère très commun dans sa famille. Résolue, la jeune femme avait tout simplement forcé son frère à lui céder les rennes. Qu’aurait-il pu y faire de toute façon ?

Elle laissa parler, le regard vague, fixé sur un point non défini de la table au centre de l’assemblée. Elle laissa parler et écouta. Elle écouta Endor, Àliya et Samir. Elle écouta les grognements, les commentaires et les murmures du conseil. Elle entendit tout mais elle ne réagit pas, tentant de faire le tri dans toutes les informations qu’elle venait de recevoir, murée dans sa propre réflexion sur la marche à suivre. Que faire ? Que pouvait-elle réellement faire ? Elle voulait du concret, du résultat, de l’amélioration. Elle voulait aller arracher cette gemme des mains des voleurs et la remettre à sa juste place. Elle voulait beaucoup de choses. La paix pour Seele, l’amitié entre les contrées. Que son frère ne soit jamais né avec cette marque maudite sur son bras. Mais elle devait faire face à la réalité de leur situation. Il ne servait à rien de s’apitoyer sur leur sort. Car au-dehors de ce palais, des gens souffraient tout autant voire plus.

« Dame Auriane ? »

Clignant doucement des yeux en entendant la voix de Fearghas, elle se rendit compte que le silence s’était peu à peu installé et que les conseillers la regardaient. Certains étaient peu amènes, d’autres se montraient plus avenants. Elle soupira et hocha lentement la tête.

« Notre principale priorité reste la protection des habitants d’Akasha. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver la cohésion bien trop fragile de notre contrée, surtout de sa capitale. Fearghas vous êtes le capitaine de la Garde. Samir, vous êtes Maréchal. A vous deux ainsi qu’à Sire Endor, je donne les pleins pouvoirs pour agir selon votre propre volonté dans les rues d’Akasha. Nous n’avons plus le temps de nous perdre en conjectures, en discussions et décisions interminables. Agissons maintenant avant qu’il ne soit trop tard. Je vous fais entièrement confiance pour prendre les décisions qui vous paraîtront justes et je sais que mon Souverain également. Et qu’importe ce qu’en dira le Conseil, ils n’ont plus leur mot à dire concernant la protection des habitants. Le corps armé d’Akasha s’en remet dès à présent à vous trois et devra répondre à votre autorité. »

Elle se tut sous la nouvelle vague d’indignation qui ne manqua pas d’arriver sitôt qu’elle annonça sa décision. Fearghas l’observait, impassible. Il savait ce qu’elle avait eu l’intention de faire. Elle le lui avait dit. Déléguer ainsi une partie des pouvoirs exécutifs d’un dirigeant à un Souverain ennemi ainsi qu’à un ancien condamné et à un simple soldat, voilà ce qui allait provoquer plus d’un ulcère autour de cette assemblée. Elle savait que Ren leur faisait confiance. Du moins à deux d’entre eux. Mais elle avait prit elle-même la responsabilité d’inclure ainsi Endor dans son équation car elle savait pertinemment que derrière sa haine pour l’homme et pour le Souverain, Ren n’aurait rien à redire face à son choix. Il était suffisamment intelligent pour reconnaître l’aide précieuse que pouvait apporter Endor, habitué de la nuit et de ses difficultés. Il avait plus d’expérience en la matière que tous les autres réunis.

Elle ignora les contestations et reporta son attention sur l’archiviste. Elle repensa alors à ses propos et ses pensées dérivèrent un instant vers l’Ile d’Aofa et ses habitants. Un pli soucieux apparut sur son front et elle leva une main pour faire taire ceux qui tentaient encore d’exprimer leur opinion. Un simple regard menaçant de Fearghas, main sur le pommeau de son épée, suffit pour les faire taire le temps qu’Auriane puisse reprendre la parole.

«-  Inutile de protester. Ma décision est prise et prend effet immédiatement. A présent je souhaiterai aborder un autre point. L’identité des voleurs. Nous ne l’avons pas rendue publique et je demanderai  à ce que cette information ne quitte pas cette pièce. Car qui sait comment les habitants pourraient réagir si nous leur apprenons que les voleurs sont des natifs de l’ile d’Aofa. La dernière chose que nous voulons, c’est ajouter de l’huile sur le feu. Aofa est révérée par beaucoup, considérée comme le berceau même de notre civilisation. Les quatre Gardiens en sont natifs. J’ai peur des réactions, je ne vous le cache pas. La dernière chose que nous voulons, c’est encore plus de divisions et…
- Pourquoi vouloir protéger ces voleurs ? »

Auriane écarquilla les yeux de surprise et dirigea son attention sur celui qui venait de prendre la parole. De toutes les personnes présentes, elle avait pensé que le seul pouvant lui apporter un minimum de soutien parmi les conseilleurs était bien le fils de feu Sire Grégor. Ancien noble possédant des terres à la frontière prithvienne, déchu par Seren après son refus de prendre part à ses méfaits, il avait été emprisonné et était mort de ses blessures. Son fils avait été restitué de ses biens après l’arrivée de Ren et avait prit sa place au conseil. Jeune et dynamique, il avait un regard neuf sur le monde qui contrastait agréablement avec la vieille noblesse akashane. Mais en l’instant, c’était bien lui qui la regardait, livide et les lèvres pincées.

« - Messire Grégor, en aucun cas il ne s’agit de protéger les voleurs mais bien l’île d’Aofa et…
- Pourquoi ? Pourquoi les protéger alors qu’ils ont laissé faire une telle chose.
- Nous n’en savons strictement rien.
- Ah oui ? Je croyais qu’Aofa voyait tout et entendait tout. Que le cercle des éléments et l’arbre de la vie leur donnaient la connaissance absolue. Vous avez entendu ce qu’a dit Dame Àliya. Ils ne sont jamais intervenus pour empêcher les massacres. Ils n’ont jamais envoyé un sixième gardien. Ils nous ont laissé tombés. Ils étaient en faveur des Astres c’est évident et ils viennent de le prouver ! Ils ont envoyé certains d’entre eux voler la gemme d’Obsidienne parce qu’on est allé contre leur volonté en acceptant que le Vide prenne place sur le trône. Et ils nous le font payer aujourd’hui !
- Et que faites-vous des Gardiens ? Intervint Fearghas tandis que des exclamations d’assentiment retentissaient après la prise de parole du jeune conseiller. Souhaitez-vous donc que la population se retourne contre eux ? Car ils sont également natifs d’Aofa, ne l’oubliez pas.
- En quoi est-ce notre problème ? répondit le jeune conseiller avec amertume. Aucun gardien ne semble avoir été assigné à l’héritier du Vide. Et où étaient les quatre autres pendant que nous souffrions sous le joug de Seren ? Pourquoi devrions-nous nous soucier d’eux quand ils n’ont jamais rien fait pour nous ?
- Messire Grégor, reprit doucement Auriane. Faites attention à ne pas laisser vos propres émotions et souffrances personnelles obscurcir votre jugement. Car au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, une Gardienne fut la première sur place pour monter les expéditions pour retrouver notre gemme. Un Souverain est avec elle en ce moment et deux autres Souverains sont ici à Akasha. Et il me semble bien que les trois autres Gardiens sont en ce moment même en train d’assurer la pleine régence des autres contrées afin de s’assurer que Seele ne s’écroule pas. A mes yeux, s’il m’avait fallu une preuve pour attester de leur innocence – ce qui n’est pas le cas – il ne m’en aurait pas fallu plus. Et vous voyez c’est exactement pour éviter ce genre de réactions que je souhaite maintenir le secret quant à l’identité des voleurs. Imaginez des milliers de personnes réagissant comme vous, laissant leurs blessures passées prendre le dessus sur leur rationalité. Non, nous ne pouvons pas nous permettre plus de débordements. Qu’en pensez-vous ? »

Son regard passa d’Endor à Àliya. Le Souverain était le seul ici à être en lien direct avec l’un des Gardiens et la jeune femme avait une bien meilleure connaissance que les conseillers sur la véritable histoire derrière le despotisme de Seren et la recherche acharnée de l’héritier du Vide pendant plusieurs siècles. Auriane redoutait réellement ce que pourrait provoquer l’information sur l’identité des voleurs. Seele état déjà au bord de la rupture. Un simple grain de sable pouvait faire pencher la balance vers le chaos le plus total. Et elle doutait que c’était le chaos que son frère avait souhaité. Un instant, son regard angoissé croisa celui de Samir. Tous deux étaient les deux seules personnes vivantes, excepté Ren, au courant de l’implication d’Isil dans le renversement des Astres. Ren avait gardé le secret exactement pour les mêmes raisons. Si les habitants décidaient de se retourner contre Aofa ou les Gardiens, alors même la restitution de la gemme ne pourrait rien changer face au chaos qui règnerait.

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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mar 30 Avr - 20:26
L'attente
Je ne devrais pas me soucier de choses aussi futiles que mon orgueil en cet instant, surtout dans ce lieu où j’ai eu bien souvent coutume de le voir foulé aux pieds. Mais je ne peux non plus totalement nier que je ressens une bouffée de gratitude envers Aliyà et Samir pour les soutiens plus ou moins appuyés, plus ou moins tranchants, qu’ils donnent à la défense d’Auriane et Fearghas envers moi.  De gratitude, et de satisfaction. S’il est bon de savoir que j’ai des alliés dans cette pièce, il l’est tout autant de voir mes opposants corrigés comme il se doit. J’en ai peu l’habitude au sein de cette cour, je dois dire. Une fois sire Armaury proprement réduit au silence, j’écoute avec attention les paroles de l’archiviste et du maréchal, non sans remarquer la fatigue qu’Auriane peine de plus en plus à contenir, les tremblements qui agitent discrètement ses membres et délaissent son regard, le laissant inerte et terne sur un coin de la table. Son épuisement m’est douloureux, le fait de n’avoir aucunement le droit de souhaiter soulager ses souffrances plus encore. Je reprends la parole après Samir pour ne plus y penser.

« La priorité absolue est de sécuriser la ville et pour cela nous avons besoin d’hommes, nous sommes tous d’accord là-dessus. Je peux faire venir en renfort deux compagnies de la frontière, soit un peu moins de 500 hommes, mais guère plus. Les bandits qui sévissent dans les montagnes ne sont que trop heureux de cette aubaine, eux aussi… »

Et comme j’ai du le rappeler moins d’une minute plus tôt, Prithvi est vaste et hostile. Pour n’être perceptible que dans la ride qui me creuse plus profondément le front lorsque j’évoque ce fait, mon inquiétude au sujet des villages esseulés émaillant le flanc des montagnes n’en est pas moins légitime et profonde. Cela dit, j’en suis distrait rapidement. Alors qu’Auriane me donne les pleins pouvoirs sur l’armée conjointement avec Fearghas et Samir, je n’ai pas le temps d’encaisser totalement la surprise d’une décision aussi audacieuse (et risquée) qu’une voix vindicative claque sous les hautes voûtes. Je ne l’avais pas remarqué avant et je dois avouer ne pas m’être attendu à voir un homme encore plus jeune que Keral siéger au conseil akashan. Cela doit être récent. Mais si la fougue fait briller ses yeux au milieu de son visage, la sécheresse de son ton n’a d’égale que la colère sous-jacente qui gonfle un peu plus ses mots à chaque phrase. Tandis qu’Auriane et Fearghas tentent de le ramener à la raison, je sens pour ma part l’irritation durcir mes traits, serrer mes poings sur le plateau de la table. Dans mon dos, l’hostilité des Piliers me parvient dans le cliquètement imperceptible des armures lorsque Drenn, ou peut-être Keral, contiennent leur mouvement de fureur. Je les comprends.

Au fond, il était fatal que ce sujet arrive au bout d’un moment, que les anciennes querelles et rancoeurs soient brandies et nous détournent des priorités. Si j’étais un homme sage, je passerais outre. On me considère déjà comme un lâche et un faible dans cette contrée de toute manière et j’ai accepté de longue date le fait que mes choix lors du règne de carnage de Seren me seraient reprochés tout le reste de mon existence. Je me suis tu pendant seize ans, déjà. Seize ans avant ce jour maudit d’Eira où Ren s’est tenu devant moi, devant tous les Souverains m’ayant précédé et m’a rabaissé une fois de trop pour que je tienne bon face à la rage sans nom qui m’a envahi. Les répliques de ce lointain séisme durcissent mon regard lorsque je prends la suite de la jeune femme pour remettre le conseiller à sa place. Je n’ai pas, contrairement à elle, l’obligeance de le faire en ménageant sa fierté :

« Sire Gregor. Sauf le respect que je vous dois, vous êtes curieusement bien renseigné sur la vie, les moeurs et les opinions des habitants d’une île dont nous ignorons jusqu'à l'emplacement alors que vous ne savez même pas ce qui se passe à une frontière de chez vous. »

Le silence qui suit mes paroles est aussi cuisant que la morsure du fouet et les membres du conseil tournent vers moi des regards outrés. Je ne soutiens que celui de Gregor, froid comme les pics dont je descends. Je ne connais pas les gens de l’île d’Aofa. Je ne peux savoir s’ils méritent réellement que nous les protégions après le coup qu’ils viennent de nous porter. Mais je suis sûr au moins de ceci : Lori a grandi sur cette terre avec moi. C’est un homme bon, juste, intègre et aimé de tous. Jamais je ne l’ai vu rester sourd à la douleur d’autrui, ni regarder la souffrance de ses semblables autrement qu’avec compassion. En revanche, je l’ai vu plus d’une fois visiter les camps de réfugiés akashans disséminés le long de nos frontières pour apporter son aide et son soutien sans ménager sa peine, sans que son rang ne l’empêche de faire preuve d’humilité et de sollicitude. Je peux encore tolérer que l’on me méprise, pas que l’on accuse un homme comme Lori de traître, de lâche ou de sans cœur.

« Mon propre Gardien n’était pas au courant de l’existence de l’élément du Vide. Il en a été aussi surpris que moi, que nous tous. Aofa et ceux qui y vivent nous apparaissent tout d’un bloc parce que nous ignorons tout d’eux et qu’ils se sont toujours tenus à distance. Mais pour avoir passé ma vie entière aux côtés de l’un d’entre eux, je puis vous assurer que les Gardiens sont des hommes de chair et de sang. Ils éprouvent peine, joie, colère et amour. Ils n’ont en rien la science infuse, se trompent, apprennent et changent tout comme nous. Je ne vois pas de raison de douter qu’il en soit de même sur Aofa. La nature humaine étant ce qu’elle est, nous ne pouvons pas écarter la possibilité que ce vol et cette atteinte à notre équilibre soient le fruit d’un groupe isolé et ne remportent pas forcément l’adhésion de tous les habitants de l’île. Sinon, pourquoi attendre plus de deux ans pour frapper ? Pourquoi pas directement après son accession au pouvoir quand Akasha était encore écartelée par la guerre civile ? »

L’argument touche juste, assez pour museler quelques temps les aigreurs du conseil. Lorsque je suis assuré que l’on ne m’interrompra pas, je reprends à l’adresse des personnes sensées en me tournant vers Auriane :

« Quoiqu’il en soit, je suis d’accord avec vous. Il ne faut pas révéler ce genre d’informations sensibles alors que personne ou presque n’est en état de réagir de façon rationnelle. Comme l’a si justement dit dame Aliya, le peuple a besoin d’être rassuré. Si nous voulons être rassurants, nous devons rester aussi soudés que possible et faire preuve de sagesse. Jeter des coupables en pâture à la population maintenant reviendrait à lancer une pierre sur une pente enneigée. L’avalanche pourrait prendre des proportions terribles. Je soutiens également l’idée d’organiser des distributions de combustible et de nourriture. Il faut réguler nous-mêmes la circulation de ces denrées avant que la pègre ne s’en charge. Chaque foyer doit pouvoir être fourni de façon équitable, indépendamment de leur richesse ou de leur position sociale. Assurer des patrouilles aussi régulières que possible et disperser les agitateurs est également essentiel, même si nous manquons d’hommes. Si des agitateurs se rassemblent dans la ville, nous ne devons surtout pas montrer que nous sommes affaiblis. Peu importe s’il s’agit en partie d’esbrouffe. Plus les soldats seront visibles, plus les fauteurs de trouble y réfléchiront à deux fois avant de tenter quoi que ce soit. Cela sera autant de temps de gagné. »

Gagné… L’écho amer de ce mot résonne longtemps dans mon esprit, jusqu’aux tréfonds de mon corps. Que pouvons-nous bien gagner, en réalité ? Contre qui ? Personne ne sortira vainqueur de cette sombre échéance. Peu importe les causes et les coupables, ou l’énergie que nous mettrons à tenter de sauver la ville du naufrage. Même dans l’hypothèse miraculeuse où nous parviendrions à apaiser la folie des hommes, nous ne pourrons rien contre la folie du reste. Je le sens dans ma chair, la palpitation lointaine et affolée de ma pierre me le dit à chaque seconde qui s'égrène : que cette nuit perdure trop longtemps, que la terre ne puisse se gorger de soleil et faire mûrir les récoltes, et nous verrons notre fin à tous avant que l’année suivante ne se soit écoulée. Mais je ne puis m’autoriser ces sombres pensées. Ce n’est pas mon rôle. J’ajoute après un bref soupir :

« Prithvi et Vaata disposent des plus grandes réserves de bois du pays. Nous souffrirons moins sur le long terme d’un abattage de grande ampleur. J’en parlerai à Vilya lorsqu’elle nous aura rejoints. »
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Ven 3 Mai - 16:35
L'attente
De deux doigts, je massais ma tempe gauche, écoutant les éclats de voix s'entrechoquer entre les murs richement ouvragé du palais. En mon fort intérieur, outrepassant l'urgence de la situation, je maudissais le projet de Ren visant à éduquer l'ensemble de la population du royaume. L'échantillon stérile d'intelligence, empêtré jusqu'au cou dans une soi disant morale bien pensante, me donnait des hauts le cœur. Je sentis mon cœur se serrer lorsque ce qui s'apparentait être un noble du conseil, se servit de mes propos et de mon nom pour faire valoir son écœurante et banale analyse de la situation. Mes doigts se serrèrent sur la table, crispé et figé dans une colère sourde. J'allais intervenir froidement lorsque Endor fit imposer, encore une fois, un calme certain. Ecoutant ces propos, j'acquiesçai doucement. Au delà du fait que son plan m'apparaissait comme le plus sensé, il était aussi important de se rallier derrière une figure d'autorité, et personne n'oublierai l'importance de l'implication d'Endor dans la préservation des coutumes Akashannes. Si nous survivions. Le peuple a toujours besoin de figure d'autorité, héroïque derrière qui se réfugier, blâmer et encenser. Ainsi va le monde, et Endor et Auriane formaient un couple parfaitement assorti pour représenter la détermination dont chacun de nous avaient besoin.

" - La famille Hildegarde, ma famille, a toujours eu d'importante connexion marchande au travers du Royaume de Seele. Plus particulièrement avec Akasha depuis notre installation ici. Mon ancienne gouvernante gère à présent, une importante partie des fonds et des échanges depuis Vaata, je peux parfaitement lui faire envoyer une missive pour qu'une partie des profits et des biens puissent être mis à disposition des habitants d'Akasha. En outre Samir, vous souleviez la question d'endroits sécurisés ; en quittant la bibliothèque, j'ai pu constater que cette dernière tenait parfaitement debout, les pillards n'ont surement pas d'intérêt à s'attaquer à des richesses dont ils ne comprennent pas la portée. Elle surplombe un peu la ville, peut être cela lui confère t-il sa sécurité ?Quoi qu'il en soit, je suppose que  Ren ne verra pas d'inconvénients j'imagine que dans tous les cas, il ne pourra guère s'y opposer dans l'immédiat, à ce qu'elle serve de lieu de rassemblement pour rassurer, entreposer et fournir des ressources aux habitants de la ville, si cela peut vous être utile. Je ne vois aucun inconvénient  à assurer moi même une partie de la sécurité des lieux s'il le faut."

Je ne pus m'empêcher de constater quelques sourires sur les visages des membres du Conseil. Il y a peine quelques heures, aucun ne me connaissait et pour eux, je n'étais que l'Archiviste, ce qui en soit, ne manquait pas de sens. Aucun n'avait vraiment fait le lien entre une silouhette athéltique et la potentielle maitrise d'arts martiaux. Je laissais cela de côté, cillant des yeux. Ce n'était guère important, je n'avais rien à prouver à ces individus là, mais je ne pus m'empêcher de me pencher un peu sur la table, fixant  celui qui avait eu l'audace de s'octroyer mes propos pour en faire un condensé indigeste et truffé d'erreurs.

" - Messire Grégor, j'aurai un immense plaisir à débattre avec vous de la notion de responsabilité autour d'un thé dans mes appartements. Peut être, en premier lieu, pour vous apprendre à ne pas faire abstraction d'informations qui vous dérange dans l'espoir d'apporter quelques poids à la vacuité d'un discours manquant tant de finesse que de profondeur."

Mon regard se fit glacé, et les derniers chuchotements qui bruissaient autour de nous, finirent par se taire. Je savais que parler ainsi d'un Conseiller pouvait être considérer comme un outrage, c'était peut être là l'intérêt. Pour obtenir une écoute bien plus attentive qu'elle ne l'était auparavant.

"- Endor à raison, nous ne pouvons et ne devons jeter en pâture, le peuple d'Aofa, dans l'espoir d'offrir des responsables à nos consciences.  Les Gardiens seraient en danger, et par extension, ceux qui leur sont liés. On risque là, une révolte presque totale de chacun des peuples de Seele envers ces propres Souverains. Est ce vraiment là ce que vous désirez ? Je me levais de ma chaise, faisant quelques pas derrière le souverain de la terre, m'exprimant face à l'assemblée de façon claire et audible. Mon visage était fermé, mon regard sombre, sautant d'un membre à un autre, faisant liens et connexions entre les connaissances que Ren m'avaient transmises, mes lectures et mon propre vécu. Il vous faut comprendre une chose, les habitants d'Aofa sont des insulaires et n'ont de lien avec notre culture et nos coutumes, qu'indirectement. Il en va de même pour nous. Alors mettez votre propre expérience à contribution et voyez cette île comme un miroir.  Rappelez vous, comment le Vide à été accueilli chez nous ?  Par la peur, le mépris sinon, la haine. Cela à prit un peu de temps pour que l'information leur parvienne, mais imaginez l'échos retentissant d'un tel chamboulement sur une île. Ils ont eu peur. Comme vous, messieurs, en cet instant, prêt à condamner un peuple tout entier, manquant de respect à des Souverains venus prêter assistance, se terrant derrière quelques propos malhonnêtes. Nous n'avons pas le droit d'imputer la faute à l'ensemble du peuple d'Aofa, mais bien à quelques individus, qui comme beaucoup de gens ici présent, acceptent mal le changement et ont commis un acte désespéré envers une situation qu'ils estimaient l'être tout autant."

Le silence s'installa à nouveau, ma voix raisonnant comme un échos lointain. Je repris ma place à mon siège, me tournant vers Samir, les traits plus détendus et plus pédagogue qu'avec mon précédent auditoire.

"- Je ne pourrais pas l'affirmer bien sur, mais je ne crois pas qu'ils soient dans leurs us et coutumes de mettre à mort des enfants. C'est un devoir sacré avec une dimension mystique qui n'est pas courante chez nous. Je peux supposer qu'aucun autre enfant n'a montré quelques dispositions particulières, et quand bien même, le Vide resterai particulièrement abstrait à appréhender. Quoi qu'il en soit, les héritiers du Vide étaient mis à mort quelques heures après leur naissance, il est fort probable que leurs reflets, si je puis dire, qu'auraient été leurs Gardiens, ne pouvaient naître. Pur lien de causalité et d'équilibre. Aucun Gardien ne peut survivre à son Souverain, il est aisé de supposer qu'ils ne peuvent pas exister sans eux à la base. Partant de ce constat là, ils n'avaient aucune raison de supposer l'existence d'une autre facette à un élément, d'un autre Souverain et d'agir dessus. S'ils avaient voulu nous montrer un quelconque contrôle sur notre Royaume, cela se serait fait par le biais des Gardiens connus et existants et jusque là, tout s'est déroulé avec une grande harmonie. Ils ne sont et ne doivent pas, être tenus, pour responsable.Innocence et confiance, peuvent parfois faire beaucoup de mal.



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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Dim 5 Mai - 12:53
l’attenteJe m’inquiète pour Auriane, qui au fil des discussions paraît de plus en plus éteinte. Son regard vide fixe un point indéterminé de la table, et Fearghas est obligé de la rappeler parmis nous de vive voix pour obtenir une réaction. Cette vision me fend le coeur, réveillant le souvenir de la jeune femme épuisée et fragile que j’ai trouvé dans un hôpital aux abords de Saphir, ce qui me semble une éternité plus tôt. Retrouver son frère l’avait ramenée à la vie mais son déclin l’accable à nouveau. Malgré mon inquiétude à son sujet, je reste impuissant. Les responsabilités qu’elle a endossées ne me permettent pas de dire quoi que ce soit sans la mettre en difficulté face au conseil. Je ne peux que la soutenir du mieux que je peux. À commencer par ne pas montrer ma surprise et mon doute face à ses décisions.

C’est pourtant le cas, lorsqu’elle annonce donner pleins pouvoir à Endor concernant les décisions militaires à prendre. Elle lui fait confiance, et jusqu’à présent il n’a rien fait d’autre que nous apporter une aide précieuse. Une part de moi, militaire, voit d’un oeil méfiant des troupes étrangères – ennemies jusqu’à peu de temps – déployées en ville et leur dirigeant libre de ses mouvements. Ce n’est pourtant pas mon sujet principal d’appréhension. Nous avons besoin de lui, refuser son aide et son expérience serait une erreur, et ni Fearghas ni moi n’avons le temps de l’encadrer. Malgré les différends entre lui et Ren, c’est un homme droit et honnête qui fera ce qu’il a promis. Non, ce n’est pas ce dont je me méfie. En revanche, les réactions offusquées des autres membres du Conseil montrent qu’ils ne partagent pas cette certitude, et je crains que certains entreprennent des actions qui nous nuiraient à tous dans le but d’écarter le Souverain de la terre. Auriane a besoin de leur soutien à eux aussi, au moins politique, et se les aliéner pourrait nous mener à la catastrophe.

Je suis étonné que la voix discordante qui s’élève au-dessus des autres soit celle de Sire Grégor. Il est le seul membre du Conseil qui ne me déplaise pas entièrement, et je pensais pouvoir compter sur lui pour appuyer l’autorité d’Auriane aujourd’hui. Malgré la colère qui perce dans sa voix, je dois admettre qu’il soulève un point qui résonne en moi. Jusqu’à présent j’avais attribué l’inaction d’Aofa devant les exactions de Seren comme une volonté d’indépendance et de non-interférence, ce qui ne semble plus le cas à présent que certains d’entre eux sont venus jusque dans notre sanctuaire pour priver Ren de sa Gemme. Je ne suis cependant pas en accord avec lui sur tout. Je m’adresse à lui calmement, d’une voix que j’espère apaisante. Ce n’est pas le moment de nous le mettre à dos.

Sire Grégor, je comprends votre amertume. Vous et votre famille avez trop souffert du règne de Seren et comme beaucoup d’entre nous, vous avez probablement longtemps espéré que quelqu’un intervienne pour l’arrêter. Cette aide n’est certes pas venue des Gardiens, mais je crois sincèrement que leurs actions actuelles suffisent à les disculper d’une complicité avec les voleurs. Ils vivent et meurent parmi nous depuis des siècles et n’ont aucun intérêt à mettre en danger le Royaume qu’ils s’efforcent tant bien que mal à maintenir à flots. De plus je ne crois pas que le moment soit bien choisi pour lancer des accusations, qu’elles soient fondées ou non. Le plus urgent est de parer à la crise qui nous secoue, si nous en sortons indemnes nous auront tout le loisir de choisir la réponse qui nous paraîtra appropriée.

Je n’ajoute pas le rôle joué par l’un des Gardiens dans la chute de Seren. Isil avait fait son choix, qui lui a coûté la vie alors même qu’Akasha aurait eu besoin d’un homme comme lui. Mon regard croise celui d’Auriane et je vois dans ses yeux qu’elle pense à lui elle aussi, bien qu’elle ne l’ait pas connu. Rarement ce secret a-t-il pesé plus lourdement sur mes épaules, mais j’ai prêté le serment de ne pas dévoiler sa participation, et je ne suis pas près de le rompre. Je m’adresse à nouveau à Endor.

Deux compagnies seront plus que bienvenues, je comprends parfaitement que vous deviez prioriser la sécurité de vos propres villages. C’est plus que je ne pouvais en espérer ce soir. Mon regard oscille entre le Souverain et Fearghas. Nous pouvons réduire les effectifs de chaque patrouille pour en former de nouvelles et obtenir un quadrillage plus serré de la cité. Nous en assignerons certains à la réquisition des denrées de première nécessité. Cela fera probablement des mécontents mais ils seront, je l’espère, suffisamment dissuadés de protester trop violemment. Nous pouvons déterminer des points clefs dans chaque quartier où installer un campement provisoire qui servira de point de ravitaillement et d’information. Il serait bon également de rechercher des volontaires au sein de la population pour les tenir et organiser la distribution, sous supervision. Donner un rôle et un but aux gens permettra d’apaiser la panique et libérera des soldats qui pourront patrouiller.

J’espère que cela suffira à maintenir un semblant d’ordre. Les derniers jours ont été particulièrement chaotique, et occupé comme je l’étais à gérer une urgence après l’autre j’ai eu toutes les difficultés du monde à mettre en place une réponse organisée. L’arrivée des troupes d’Endor et sa participation personnelle, ainsi que celle de Fearghas, à leur commandement devrait nous donner à chacun plus de liberté et de temps. Je me tourne ensuite vers l’archiviste. Sa réponse sage et mesurée me montre à quel point ma question avait été irréfléchie. Je me frotte les yeux pour me remettre les idées en place. La fatigue qui jusque là avait été tenue en respect par la nécessité commence à me rattraper maintenant que je suis assis.

J’ai très mal choisi mes mots et je m’excuse que ma question ait pu favoriser des réactions … fougueuses. Je ne parlais en effet pas de chaque habitant d’Aofa individuellement, il me semble tout à fait dangereux et inexact de faire de telles généralisations, comme le montrent les Gardiens. J’ignore cependant tout de leur système de gouvernance, et cherchais uniquement à savoir si nous devions anticiper d’autres actions telles que celle-ci dans le futur.

Il n’est peut-être pas dans leurs us et coutumes de mettre à mort des enfants, mais ils sont bien restés inactifs pendant des siècles alors que les Souverains des Astres successifs le faisaient. J’ai du mal à croire que cette île, centrée sur les Pierres si l’on en croit les légendes, ignorait tout de l’existence de la seconde facette de la pierre des Astres. Je tais ces pensées, peu désireux de soulever une nouvelle vague de discorde au sein du Conseil. Comme l’a dit Endor, nous avons besoin de montrer un front uni et fort.
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mer 8 Mai - 23:12






L'Attente

Le ton montait et cela avait été inévitable, Auriane le savait pertinemment. Sa décision, plus qu’audacieuse, avait échauffé les esprits et l’intervention de Gregor n’avait rien arrangé. Il en fallait beaucoup pour que la jeune femme perde son calme mais elle se sentait à deux doigts de la rupture. Chacun renchérissait aux propos de l’autre, se donnant raison, se donnant tord et les conflits ne cessaient de converger autour de la table, passant d’une cible à l’autre, d’un attaquant à l’autre. Et pendant ce temps là, la panique régnait dans les rues d’Akasha. Pendant ce temps là, son frère se mourrait à l’étage supérieur. Massant sa tempe du bout de ses doigts glacés, elle laissa à nouveau parler. Il y avait un noyau solide dans l’assemblée, composée d’Endor, de Samir et d’Àliya qui semblaient tous trois se soutenir mutuellement. Peut-être était-ce parce qu’aucun d’entre eux ne se sentait le bienvenu autour de cette table. Peut-être était-ce pour faire taire les membres bien trop présomptueux du conseil akashan. Ou tout simplement parce qu’ils étaient les trois personnes les plus pourvues d’esprit et d’intelligence dans cette salle. Les raisons importaient peu. Seul comptait le résultat. Ayant subi les remontrances particulièrement acérées du Souverain et de l’archiviste, Sir Gregor se rassit, le visage rouge de honte et de colère entremêlées. Mais contrairement à Armaury, il eut la décence de baisser piteusement la tête et non pas de provoquer par son seul regard. Il avait compris qu’il avait été bien trop loin dans ses propos. La colère et la peur l’avaient poussé hors de ses retranchements et c’était bien là les deux émotions qu’Auriane pouvait sentir le plus autour de cette assemblée, comme une aura sombre et étouffante. Ils avaient peur. Non, ils étaient terrifiés. Alors qu’ils tentaient encore tous de guérir des traumatismes subits soit pendant le règne de Seren soit au moment du changement de Souverain, voilà qu’une nouvelle tragédie venait recouvrir leur contrée de son voile noir. Quelque part, Auriane comprenait leurs réactions. Mais elles ne les aidaient en rien.

Elle-même était terrifiée et son cœur se serra brutalement en entendant le rappel d’Àliya sur l’accueil qui avait été réservé au Vide lorsqu’il était arrivé dans les vies de tous. Il avait fallu du temps à la population akashane pour accepter ce nouveau Souverain et sa façon de diriger sa contrée, si éloignée de celle de Seren. Et certaines autres contrées ne l’acceptaient toujours pas. Son regard glissa lentement vers Endor bien malgré elle et l’inquiétude barra son front de rides qui n’auraient jamais dû se trouver là. Pour le moment, il œuvrait pour le bien d’Akasha et du Royaume en laissant de côté ses sentiments envers son frère. Mais si la gemme réapparaissait – et elle refusait de penser que cela n’arriverait pas – qu’en serait-il alors ? Rejetterait-il la faute sur Ren ? Verrait-il là une preuve supplémentaire afin de réfuter le Vide, une excuse de plus pour le rejeter et le mettre à bas ? Elle avait du mal à croire que cela puisse arriver. Mais elle n’avait plus aucune certitude en cette heure si sombre.

« La bibliothèque pourrait en effet servir de lieu de rassemblement. Et je rejoins Samir et Sire Endor. Nous avons besoin d’endroits stratégiques afin de regrouper les habitants et de faciliter les échanges. Je vous laisse à vous deux le soin de déployer vos hommes dans la capitale. En agissant de manière logique et efficace nous pourrons parvenir à rassurer et contenir la population tout en prévenant d’éventuels problèmes. J’ai gardé une partie de mes hommes assignés à la sécurité du palais. Quant au reste, ils sont en cet instant déployés dans le reste de la Contrée afin d’assurer le relais entre la capitale et les terres. Les villages ne doivent pas être laissés pour compte. Ils ont énormément souffert sous le règne de Seren et avaient été abandonné à leur sort. Un tel évènement peut raviver d’anciennes plaies et la dernière chose que nous souhaitons, c’est d’avoir une population effrayée et agressive. De plus, je dispose d’yeux et d’oreilles aiguisés qui pourront nous tenir au courant rapidement de l’évolution de la situation près des différentes frontières.»

Fearghas avait pris la parole, sentant qu’Auriane n’avait plus la force de présider la conversation. De plus, il s’y connaissait à présent suffisamment en stratégie militaire pour pouvoir appuyer les propos du Souverain et du Maréchal. Et il connaissait aussi bien Ebène que les terres où il avait passé la majorité de sa vie. Il était à l’aise sur le terrain, quel qu’il soit, et les problèmes rencontrés ne lui faisaient pas peur. Il avait survécu aux geôles de Seren là où le père de Gregor n’avait pas eu cette chance. Il avait ratifié la contrée pendant la Purge qui avait sévi peu après l’arrivée de Ren. Il avait vu de ses propres yeux de quoi pouvait être capable la population akashane lorsqu’elle se sentait acculée et prise au piège. Il avait vu ce que l’être humain pouvait être capable de faire lorsque sa noirceur ressortait entièrement. Et la dernière chose qu’il souhaitait, c’était d’avoir à revivre ça. Il se tourna vers Auriane et la regarda tandis qu’il prononça ses dernières paroles.

« Je resterai pour ma part au palais et je continuerai d’assurer personnellement la sécurité de Sire Ren. Trois de mes hommes en qui j’ai la plus entière confiance sont en cet instant à ses côtés. Dès que vous pourrez vous passer de moi, je retournerai à mon poste et j’assurerai le relais entre mes hommes depuis ma position, si cela vous va. »

Auriane redressa la tête et regarda le soldat, lui souriant en signe d’assentiment. En effet, elle n’aurait voulu personne d’autre que lui pour protéger son frère d’éventuels attaquants. Elle savait qu’il aurait été bien plus utile sur le terrain, auprès de ses hommes, mais elle ne pouvait laisser n’importe qui devant la porte de Ren et n’avait confiance qu’en lui pour le protéger corps et âme. Hélas, ses dernières paroles semblèrent provoquer un nouvel élan parmi le conseil. Auriane sentit le changement et fronça les sourcils, observant chaque conseiller avec attention, guettant leurs réactions.

« Avez-vous quelque chose à ajouter concernant les stratégies mises en place par Sire Endor, Samir et Fearghas ? Ou peut-être souhaitez-vous revenir sur les propos de Dame Àliya concernant l’Ile d’Aofa ? Je pense que nous sommes tous d’accord pour ne rien divulguer sur l’identité des voleurs n’est-ce pas ? »

On lui jeta des regards à la dérobée, on se lançait des coups d’œil appuyés et un mauvais pressentiment s’empara d’Auriane. Elle sut qu’elle n’allait pas aimer ce qui allait suivre. Et elle était bien loin de s’imaginer à quel point. Se levant lentement, mains appuyées sur la table, Sir Armaury l’observait, le regard grave, toute trace de condescendance ayant disparu de son visage. Et c’était probablement cela qui inquiétait le plus la jeune femme en l’instant.

« -Vos décisions sont douteuses mais si vous estimez que ces trois-là – il engloba Endor, Fearghas et Samir d’un geste de la main – peuvent canaliser les débordements le plus longtemps possible, alors soit. Nous n’avons pas d’autre choix que de leur faire confiance. Nous pouvons également taire l’identité des voleurs. Mais…
-Mais ?
-Dame Auriane, il reste une question de haute importance dont nous devons discuter. Et peut-être que l’archiviste pourra à nouveau nous éclairer sur la question…
-Eh bien qu’en est-il ?
-Nous devons parler de la succession au trône d’Akasha. »

La terre s’ouvrit sous les pieds d’Auriane et l’engloutit, la faisant chuter. Désarçonnée, elle observait le conseiller, les yeux écarquillés. Elle ne s’était pas attendue à cela. Comment aurait-elle pu s’y attendre ? Alors que c’était d’une logique imparable. Un point qu’elle n’aurait jamais dû délaisser. Mais elle l’avait fait. Parler de la succession revenait à envisager la possibilité que son frère allait mourir et qu’Akasha serait laissée sans Souverain. La pire des possibilités, mais malheureusement la seule qui se profilait pour le moment à l’horizon. Le cœur au bord des lèvres, elle s’enfonça  à nouveau dans son fauteuil, sonnée. Elle ne savait que dire. Refuser d’en parler serait d’une bêtise inimaginable car ils devaient aborder la question. Mais elle ne le pouvait pas. Elle en était tout simplement incapable. Sir Armaury ignora son désarroi et observa les autres conseillers avant de reprendre la parole.

« -Nous sommes obligés de considérer l’éventualité selon laquelle notre Souverain ne survivrait pas à cette épreuve. Le fonctionnement tout entier d’Akasha a été chamboulé voilà deux ans et la menace est à nouveau présente. Hors, cette fois-ci, il n’y aura plus personne pour prendre le pouvoir après notre Souverain. Sire Endor, vous avez abordé la question du long terme avec Dame Àliya. Je l’aborde à mon tour, dans l’optique où la gemme soit ne reviendrait pas soit reviendrait mais… trop tard. Si elle ne revient pas, je suppose que la question ne se posera même pas car je doute que Seele survive longtemps avec la disparition du cinquième élément. Si en revanche, elle retrouve sa place au cœur d’Akasha mais que notre Souverain ne survit pas à cette épreuve… Que ferons-nous ? Le temps presse, il est déjà au seuil de la mort. Et nous n’avons aucun héritier à mettre sur le trône.
-Que proposez-vous Sir Armaury, murmura Auriane d’une voix aussi blanche que son teint en l’instant. Que le conseil dirige la contrée en attendant la venue au monde des héritiers ? Sans Souverain, ce serait la fin d’Akasha…
-Quelle autre solution avons-nous ? répondit Armaury, acerbe en fixant Auriane dans les yeux, une lueur provocatrice dans ses prunelles. Vous voudriez peut-être mettre un étranger sur le trône ? Sire Endor peut-être ? Vous avez déjà commencé à lui déléguer les rennes de notre contrée, pourquoi pas le mettre sur le trône akashan ? Profiter du déclin d’un Souverain pour en positionner un autre ce serait… »

Auriane s’était brusquement levée à la surprise générale, faisant taire le conseiller par ce fait. Elle était blême de rage et ses mains, serrées en deux poings sur la table, tremblaient tandis qu’elle tentait de contenir la colère qui s’était éveillée en elle. Elle observait le conseiller, le regard brûlant et lorsqu’elle prit la parole, sa voix était basse, chaque mot articulé lentement pour être sûre de bien se faire comprendre.

« Ne remettez plus jamais ma loyauté envers le trône et Ren en doute. Ne sous-entendez jamais plus que je sois capable de trahison envers ma contrée. Car bien que vous vous plaisiez à mettre ce détail de côté, Akasha est ma contrée. Ren est mon Souverain. Et il faudra me passer sur le corps avant de pouvoir attenter une action soit contre l’un soit contre l’autre. Est-ce bien clair ? A présent, asseyez-vous et taisez-vous car je jure sur toutes les divinités existantes qu’à la moindre parole de plus de votre part, je vous fais jeter hors de cette pièce avec aussi peu de respect que celui dont vous faites preuve. Je m’occuperai de vous plus tard. »

Le conseiller n’ajouta plus rien. Il avait été bien trop loin et il le savait. Mais jamais il ne s’excuserait. Car face à lui se tenaient des imposteurs, des personnes qui n’avaient rien à faire là, qui n’avaient aucune légitimité. Il en était sûr, quelque chose se tramait. Tous de mèche, tous solidaires les uns aux autres, tous près à s’incliner devant cette enfant qui ne connaissait rien ni à la politique, ni à cette contrée à laquelle elle clamait appartenir. Il s’assit, silencieux. Mais il n’avait pas dit son dernier mot. Il ne les laisserait pas briser tout ce qu’il s’était évertué à construire. Il ne les laisserait pas changer Akasha. Elle renaitrait de ses cendres, encore et encore, car elle était la cinquième contrée, la plus puissante, la plus lumineuse. Ce n’était pas la disparition d’une pierre et encore moins la mort d’un Souverain à peine arrivé qui changerait ce fait.

Profitant de la colère qui continuait de bouillonner dans ses veines et qui l’aidait en l’instant à se maintenir debout, Auriane parcourut l’assemblée du regard, toisant tous les participants de son regard gris d’acier. Elle détestait l’admettre, mais Armaury avait soulevé un point crucial. Et même si en l’instant, elle ne désirait rien de plus que de lui faire regretter ses paroles, elle ne pouvait laisser la colère prendre contrôle de son esprit comme cela avait été le cas avec Gregor. D’un léger hochement de tête, elle fit un signe à Fearghas qui comprit le message. S’inclinant face à l’assemblée, il les quitta alors bien qu’il répugnait à laisser Armaury sans surveillance. Mais il y avait un Souverain dans la pièce. Ainsi que ses piliers. Si le conseiller tentait quoi que ce soit après ses paroles déraisonnées, il espérait bien qu’Endor ferait s’ouvrir le sol sous ses pieds pour l’engloutir définitivement. Mais il comprenait les craintes d’Auriane. Les propos d’Armaury avaient déclenché les mêmes doutes en lui. Qui sait quelles pouvaient être les pensées les plus sombres qui animaient même les plus fidèles ? Car étaient-ils tous fidèle à Ren ? Ou bien à Akasha ? Il n’était pas désireux d’attendre afin de connaître la réponse. Il quitta la pièce et retourna auprès de son Souverain, déployant deux de ses hommes postés en faction devant sa porte dans le couloir menant à sa chambre en leur recommandant de faire preuve d’encore plus de prudence.

Auriane attendit que le soldat referme la porte derrière lui et s’adressa une nouvelle fois au conseil. Ou tout du moins aux quelques personnes qui faisaient encore preuve de bon sens autour de cette table où régnaient la sottise et l’irrespect.

« Quelles solutions avons-nous ? Sire Endor, Dame Àliya, c’est surtout à vous que je m’adresse. Que pouvons-nous faire en l’instant ? Si le Souverain d’Akasha meurt, sans héritier pour prendre sa succession, qu’adviendra-t-il d’Akasha ? »

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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Sam 11 Mai - 9:48
L'attente
Je retrouve mon calme à mesure que la discussion se poursuit. Bien qu’il soit éprouvant de tenter de tirer quelque chose de ce nœud de serpents, je ne peux que me réjouir de constater qu’il y a encore des personnes sensées au sein de ce conseil. Aliya propose la bibliothèque comme point de ravitaillement de la population et tente, sinon de disculper, au moins de diluer la responsabilité des habitants d’Aofa dans la crise qui nous frappe avec l’appui de ses connaissances. Samir accepte de diviser les patrouilles pour qu’elles soient plus nombreuses, propose de recruter des volontaires civils pour aider à la réquisition et à la redistribution des denrées. Ils tempèrent tous les deux les ardeurs du jeune Gregor qui accepte humblement de revenir à sa place, ce qui lui accorde au moins quelques points de plus qu’Armaury dans mon estime. Fearghas approuve nos dires et rappelle de ne pas laisser les campagnes isolées, ce en quoi il a totalement raison. Je hoche la tête à leurs suggestions. Mon respect croissant pour ces trois personnes que je ne connaissais pas (ou très peu) il y a une heure m’aide à conserver mon sang-froid. Ils sont intelligents et vifs, ils proposent des idées concrètes et pertinentes, ils n’hésitent pas à faire entendre leurs voix quand c’est nécessaire et ne s’en laissent pas compter par les conseillers qui n’ont pour l’instant que des jérémiades à leur actif. Aliya est plus cinglante, Samir plus pondéré, mais leurs compétences se complètent et par-dessus tout, ils sont loyaux et disposés à faire front ensemble. Je remercie secrètement Auriane de les avoir nommés à ce conseil. Personnellement, il n’y a guère que sur eux que j’accepterai de me reposer durant mon séjour ici et Armaury me le rappelle bientôt de la plus foudroyante des façons.

Ma stupeur est telle lorsque j’entends ces mots que je ne réagis pas lorsque Drenn perd son sang-froid et esquisse un mouvement rageur vers le conseiller, stoppé uniquement par le bras de Rhaengar bien qu’il soit aussi furieux que lui. Mais les dieux me sont témoins que si Auriane n’avait pas été plus rapide que moi à laisser éclater sa colère, j’aurais écrasé cet impertinent avec le marbre qui dalle le sol. La promesse en frémit encore dans mes poings serrés, dans l’infime reflet ambré qui court dans mon iris alors que je lutte pour garder mon pouvoir à sa place. Ce n’est ni le lieu ni le moment, même si je rêverais de rappeler à tous ces gens qui est réellement l’homme qu’ils méprisent… Au lieu de cela, j’esquisse un sourire moqueur :

« Rassurez-vous, sire Armaury. Votre belle contrée manque singulièrement de neige et d’ours, je ne m’y sentirais pas à mon aise. Cependant, même si vous pouvez dormir sur vos deux oreilles quant à mes prétentions au trône, j’aimerais que vous compreniez bien une chose. »

Je commence à attraper le cynisme akashan, c’est affligeant. Heureusement, c’est bref également. Je perds bien vite mon sourire pour le foudroyer du regard. L’attitude de ces vieux débris de la politique me met hors de moi. Leur contrée, leur capitale est plongée dans le chaos. Des gens meurent en ce moment même sous leurs murs pour une torche ou une lampe à huile et plus nous perdons de temps à agir, plus les dommages seront lourds, profonds, irréversibles. Mais, avant même de songer à cela, je ne peux tolérer qu’il fasse preuve d’un tel manque de respect envers Auriane, cette jeune femme courageuse qui se démène pour sauver son peuple du chaos alors même qu’elle est épuisée et que l’homme qu’elle aime se meurt. Ma voix a changé lorsque je reprends la parole. Plus grave, plus froide, plus rocailleuse, elle semble ne pas émerger uniquement de mon corps mais cela n’est qu’une impression, tout comme les reflets plus vifs dans mes prunelles :

« Je suis ici sur demande de Dame Auriane pour l’aider à sauver Akasha, pour aider les akashans en proie à la panique là-dehors. Je ne réponds d’aucun autre membre de ce conseil et je commence à être singulièrement agacé de la prétention et de l’insolence dont vous faites preuve. Votre titre de conseiller m’informe qu’il est de votre devoir d’aider à gouverner la contrée et, de ce que j’ai vu pour l’instant, vous échouez à gérer cette situation de crise. Comme nous n’avons pas besoin d’incapables pour survivre à cette longue nuit, veillez dès à présent à avoir la parole moins prompte, plus humble et plus réfléchie si vous ne tenez pas à payer le prix de votre irrespect. »
« Êtes-vous en train de me menacer ? »
« Je suis en train de vous donnez un ordre. Désobéissez à cet ordre et vous serez puni comme il se doit pour avoir enfreint l’autorité d’un Souverain. Voilà une menace. J’espère que la différence fait sens à vos yeux car je n’ai pas pour habitude de répéter celles que je profère. »


Et tout se termine aussitôt. Mes yeux redeviennent simplement bleue, ma voix a de nouveau tout de celle d’un humain. Mais je peux sentir la satisfaction de mes Piliers dans mon dos après cette démonstration de pouvoir qui laisse la table silencieuse quelques instants. Je sais de source sûre que Drenn prie déjà pour une prochaine incartade, pour avoir le plaisir de corriger ces akashans dédaigneux. J’espère de mon côté qu’il n’y aura nulle besoin d’une telle démonstration de force. Je dis vrai : je n’ai aucunement l’intention de m’emparer du pouvoir ou de saper l’autorité du gouvernement akashan. Je veux juste que l’on me laisse faire ce pourquoi on m’a appelé ici sans avoir à écouter un homme bouffi de suffisance parler de moi comme si je n’étais pas dans la pièce. Maintenant que la situation a été clarifiée, je me retourne en soupirant vers le problème qui nous occupe. Malgré le peu d’estime que j’ai pour Armaury, il a soulevé un point que nous ne pouvons pas négliger plus longtemps. Même s’il risque de ruiner la cohésion fragile que nous nous efforçons de construire.

« Pour ma part, la solution est évidente. Le pouvoir ne doit pas être divisé, il doit rester entre les mains d’un seul chef à la tête de la contrée jusqu’à ce que le prochain héritier soit en âge de régner. Créer officiellement pour l’occasion le titre de Régent permettra de mettre tout le monde d’accord sur le dépositaire de l’autorité et évitera les luttes intestines dont Akasha n’a aucun besoin en ce moment. »
« Et qui suggérez-vous de nommer à ce poste ? »


Je pose un long regard sur le conseiller qui vient de parler, juste assez longtemps pour que le silence donne tout leur poids à mes mots. L’espace d’un instant, je me remémore les paroles que j’ai prononcées un peu plus tôt et je souris intérieurement. C’est moi qui m’apprête à pousser la pierre dans la pente enneigée. Quelle ironie…

« Je n’ai nul besoin de suggérer qui que ce soit. Le Seigneur Ren s’est déjà chargé de nommer cette personne et vous vous êtes déjà soumis à son autorité. Aux dernières nouvelles, votre Souverain est encore vivant et ses décisions ont toujours force de loi sur les terres d’Akasha. »

La stupeur tombe sur le conseil alors que je pose les yeux sur Auriane, bientôt imité par tout le monde. Je m’en veux sincèrement de lui infliger ceci, de lui porter un coup aussi rude alors qu’elle tient à peine debout, que la simple mention du fait que Ren puisse mourir l’a privée du peu de couleurs et de forces qu’il lui restait. Une partie de mes remords se voit peut-être alors que je lui demande pardon en silence, mais je ne dévie pas le regard. C’est la meilleure, la seule solution possible. Nommer un membre du conseil nourrirait aussitôt la jalousie dans le cœur de ses pairs et ne ferait que diviser, affaiblir encore la tête du pays. Sans compter que nul ne peut savoir où va réellement l’allégeance de ces hommes. Je me fie autant à eux qu’à une galerie mal étayée dans une mine. Il n’y a qu’une seule personne dans cette pièce en qui je peux avoir confiance, une seule qui pense au bien des akashans avant toute autre chose. Une seule qui a l’étoffe d’une reine. Je balaye la table du regard.

« Quelqu’un ici compte-t-il contester ce fait ? »

Par les dieux, il sera bien reçu…
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mar 14 Mai - 18:30
L'attente
Je n'aimais pas cet endroit. Et j'appréciais encore moins ces gens. Ils m'étaient, pour la plus part, inconnu et n'avaient très probablement cure de mes propos. J'avais le sentiment de perdre mon temps. Mais en même temps, que pouvais je faire d'autre ? J'avais rapidement démontré mon soutien et mon approbation à Ren, ma place n'était nul part ailleurs qu'en cette salle, à soutenir sa pupille, dans l'espoir que le Souverain se remette. Mon cœur se serra quand on fit mention de moi par mon statut. Par les Anciens, le savoir était assurément, la pire des armes et un des poids le plus lourd à porter. Cela dit, les choses pourraient être pire. Comme être à la place d'Auriane par exemple.

Une grande fatigue m'envahit soudain, comme une grande lassitude et j'écoutais les interventions des uns et des autres, lointain témoin silencieux d'un événement trop important, auquel il n'aurait jamais du avoir sa place. Ma véhémence naguère, semblait s'être éteinte, comme soufflé par une tempête impétueuse et soudaine. Je dodelinais doucement de la tête, perdue dans mes propres pensées, ne réalisant pas le lourd silence qui s'était à présent installé, dans l'attente que quelqu'un le brise. Je papillonnais des yeux, regardant un à un les Conseillers présents, qui semblaient attendre quelque chose en retour. Jouant négligemment avec le verre devant moi, je fixais son contenu, sans plus aucune forme de douceur sur mon visage.

« - Et bien peut être devriez vous gouverner. Allez y, prenez place. C'est ce que vous vouliez entendre non ? Que Ren est un usurpateur, tout en profitant de l’incroyable crise qui nous  ébranle pour admonester Auriane de tous les tourments, pour légitimer qui sait, un coup d'état pour remplacer un gouvernement qui ne vous a jamais convenu ? Finalement, seriez vous en train d'accuser votre représentante d'un complot que vous rêviez vous même de fomenter ? Dites moi Sir Armaury, vous vous imaginez sûrement prévaloir sur un autre Souverain, peu importe sa contrée, en matière de gouvernance. »

Un silence de glace s'installa, alors que je plongeais mes yeux dans le regard du noble. Sans plus trace de la moindre sympathie, sinon un dégoût profond pour l'homme qui se trouvait en face de moi.

« - Si les décisions d'Auriane sont douteuses, je me demande quel serait l'adjectif le plus adéquat concernant le fait de se terrer et de geindre. Répugnant ? Timoré ? Faisant preuve de pusillanime ? Soyez assuré, Sir Armaury, que si les personnes ici présentes, font preuves de la plus grande des patiences pour ne pas risquer, en plus d'une nuit sans fin, une crise diplomatique, je ne verrais aucun inconvénient, à vous faire rentrer dans la crâne la définition de chacun de ses termes avec une ascèse incroyablement discipliné pour qu'a chaque fois qu'il vous vient l'idée de l'employer, la cuisante douleur de votre mâchoire vous rappelle que c'est une une femme vous a apprit à rester à votre place tandis que vous manquiez du respect le plus exemplaire, à une autre. »

Je me reculais dans ma chaise, déglutissant avec une certaine raideur. Cela faisait un moment que nous dissertions tous vainement, dans un désintérêt le plus total de l'urgence de la situation. Je jetais un coup d’œil triste et fatigué à Samir, qui devait ressentir une certaine colère à nous voir nous perdre ainsi, en fallacieuse conjectures. La politique. Avant que Sir Armaury n'ouvre la bouche pour se défendre, je fendis l'air de ma main pour m'exprimer à nouveau.

« - Concernant la nuit, sujet primordial de ce conciliabule, il est évident que Seele ne se remettra pas de la nuit. Outre le fait que nos populations n'y sont pas coutumières, provoquant des troubles non négligeable sur leurs comportements biologiques, les populations animales risquent fort d'y succomber également. Je ne parle pas des végétaux, qui faute de soleil, dépériront eux aussi. Je ne dis pas que nous ne pourrions pas nous habituer, mais on parle assurément de la fin de notre société en tant que telle. Je frottais l'intérieur de mes sourcils, lissant mon front figé dans une expression de réflexion et de fatigue. Cela étant, je doute que cela soit la volonté de ses voleurs, que de réduire le monde à néant. Ils risqueraient la vie des leurs également. Non je pense qu'ils attendent la mort du Souverain avant de restituer la gemme. La mort de Ren pourrait déclencher l'apparition des héritiers du Vide et des Astres, de manière simultanée, si ce n'est pas déjà le cas au vue de sa grande faiblesse. Il nous faudra alors les trouver .En attendant que ceux ci soient aptes à gouverner, la Régence reviendra de fait, à sa pupille. Nul autre n'est plus désignée qu'Auriane pour occuper le trône le temps....de l'absence d'Héritiers. Il n'existe aucun antécédent à ce sujet, cela dit, il n'existait pas d'antécédent au règne du Vide, Ren est un Souverain qui aime faire changer le monde, même à l'article de la mort... aussi serais je tentée de dire que cela sera sous la tutelle de Dame Auriane que le  Conseil fera ce qui s'apparentera le plus....à ce qu'il tente de faire particulièrement mal à l'heure actuelle, office de gouvernement temporaire. Dame Auriane, si cela arrive, et je ne le souhaites en aucun cas à Ren, un conseil particulièrement restreint serait chaudement préconisé. Vraiment restreint, ajoutais je avec un sourire narquois en direction de Sir Armaury.



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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Sam 18 Mai - 18:19
l’attenteJ'acquiesce aux dires de Fearghas. Il va sans dire que nous ne devons absolument pas dépeupler entièrement nos provinces de toute représentation de l'autorité. Des soldats doivent y rester, maintenir l'ordre et rassurer la population, de la même manière qu'il est nécessaire de le faire dans la capitale. Je lui envie cette semi-liberté qui lui permettait de se soustraire à cette salle dont le marbre, dur et froid, le glaçait jusqu'aux os. Monter la garde devant une porte n'a jamais été la tâche la plus facile ni la plus palpitante, mais à l'instant j'aurais largement préféré moi aussi veiller sur Ren plutôt que de rester plus longtemps dans ce panier de crabes. Si encore j'avais une éducation politique pour me permettre de naviguer dans ces eaux mouvementées, mais je n'ai du tout les compétences requises pour une situation aussi critique. Je perds pieds dans ces discussions et ces considérations dans lesquelles je n'ai pas ma place, et je donnerais cher pour pouvoir retourner à mon poste et mettre en place ce que nous avons discuté. Une décision, une fois prise, ne sert à rien tant qu'elle n'est pas appliquée, et dehors rien n'a changé. Je ne suis pas libre de mes mouvements malheureusement. Les conseillers se rebiffent, et ma place est auprès d'Auriane. Elle est épuisée, inquiète et triste, et mon devoir est de la soutenir. Je ne peux pas la laisser en si mauvaise posture, cela ne ferait que donner plus de poids à ses détracteurs.

Sire Armaury. Comme l'a dit le Seigneur Endor, la réponse à votre question est évidente. Notre Souverain est encore en vie et ses ordres font donc toujours loi. Il a nommé sa pupille à la régence de la contrée tant qu'il est trop faible pour gouverner, et je l'ai entendu moi-même étendre ces responsabilités à l'éventualité de son trépas. Je poursuis sans lui laisser le temps de me couper la parole, comme il a tant l'habitude de le faire. Aujourd'hui, je n'ai pas le temps pour ses jérémiades. Avant de me traiter de menteur, je vous conseille de réfléchir aux intentions que vous comptez montrer à ce Conseil. Votre opposition systématique à tout ce qui est proposé pourrait nous faire penser que vous n'avez pas forcément le bien d'Akasha comme priorité.

Chaque mot de plus prononcé par Armaury me fait plus douter de sa bienveillance que le précédent. J'en viens à me demander s'il ne mijote pas quelque chose. Après tout, depuis deux ans que Ren est arrivé au pouvoir, il n'a eu de cesse de s'opposer à ses réformes. J'en viens à me demander s'il est vraiment au-dessus de prévoir une tentative d'assassinat, profitant de la faiblesse du souverain, pour s'assurer de sa démise, qui reste encore incertaine.

Je suis content qu'Àliya elle aussi se positionne clairement et immédiatement en soutien d'Auriane. Content, mais évidemment pas surpris. Elle a épaulé Ren depuis son arrivée, et il est logique qu'elle continue à le faire dans la personne de sa soeur. Son attitude aggressive ne fait rien pour apaiser les tensions qui règnent dans la salle, mais je ne me permets pas de dire quoi que ce soit. Quelles que soient nos divergences, et encore plus si elles sont minimes, nous ne pouvons pas nous permettre de les montrer. Et même je n'apprécie pas forcément ses manières, j'apprécie ses propos et sa position.
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 27 Mai - 20:13
HRP:
Encore désolée pour le temps de réponse [Sujet Commun] L'Attente 1150397739 c'était exceptionnel et ça ne se reproduira plus ! Du coup ce tour marque la fin de la première partie de ce rp ! Une fois que vous aurez tous répondu, le Gardien interviendra et une ellipse de plusieurs jours aura lieu [Sujet Commun] L'Attente 4157423808 bon post [Sujet Commun] L'Attente 2948957117







L'Attente

Le coup de grâce. C’était bien cela que venait de lui infliger Endor tandis que son regard restait rivé sur elle, tout comme le reste du Conseil. Si elle avait eu la sensation de chuter en entendant Armaury questionner le futur de la Contrée sans son Souverain, ce n’était finalement rien face aux paroles d’Endor, logiques et pourtant tellement douloureuses. Elle, prendre la place de son frère ? Lentement, elle se rassit, tentant d’ignorer les regards et surtout, le soutien qu’apportèrent Samir et Àliya aux propos du Souverain. Elle voulut leur hurler qu’il en était hors de question, qu’elle ne régnerait sur absolument rien et que son frère se remettrait de toute façon très prochainement. Mais elle ne le fit pas. Tout simplement parce qu’ils avaient raison. Malgré la douleur que cette idée provoquait en elle, la logique de ce raisonnement était tellement évidente qu’elle se demandait comment elle n’avait pu y penser elle-même. A aucun moment elle ne s’était imaginée prendre la place de Ren à la tête d’Akasha si les choses venaient à s’empirer. Peut-être parce qu’elle avait repoussé cette idée bien loin dans les méandres de son esprit, choisissant le déni, bien plus doux que la vérité. Mais il l’avait en effet désignée pour prendre les choses en main – où du moins lui avait-elle forcé la main – tandis qu’il demeurait alité. A présent, il semblait que son destin était tout tracé. Si Ren mourrait, ce serait elle qui prendrait sa suite en attendant que ses héritiers naissent et soient en âge de gouverner. Et à cette pensée, la tête lui tourna et des nausées la saisirent. Pendant un instant, elle fut même soulagée des éclats de voix qui à nouveau retentirent autour de la table. Les conseillers lui donnèrent un instant de répit dont elle profita pour tenter de se recomposer un visage aussi neutre que possible. Mais elle n’avait pas le talent de son frère. Défaite, pâle comme la mort, elle chercha le regard de Samir, l’implorant du regard, lui demandant de faire quelque chose, n’importe quoi, pour que cette idée disparaisse dans le néant. Elle acceptait de gouverner le temps que les choses s’arrangent. Elle acceptait de se donner corps et âme pour Akasha et ses habitants le temps que leur Souverain se remette. Mais elle ne pouvait tout simplement pas voir au-delà de la mort de son ainé. C’était une tâche impossible.

« -Une enfant… Vous voulez mettre une enfant sur le trône ? C’est l’idée la plus saugrenue que je n’ai jamais entendue ! Et les Dieux savent que j’en ai entendu des choses dans cette salle !
-Sire Endor a raison Armaury ! Ils ont tous raison ! Elle a été choisie, c’est à son autorité que nous devons nous plier !
-C’est une enfant à peine arrivée qui ne connait rien à notre fonctionnement ! Akasha court droit à sa perte !
-Il a raison ! Vous avez perdu la raison, tous autant que vous êtes !
-Sombres idiots ! Akasha court déjà à sa perte ! Laissez le trône inoccupé et c’en sera fini de la cinquième contrée !
-C’est un désastre… Un véritable désastre…
-Notre Seigneur vit encore, le pire n’est pas encore arrivé.
-Ce n’est qu’une question de jours à présent… Vous le savez parfaitement…
-Et l’héritier… Personne ne sait quand il naîtra… Cela pourrait bien prendre des années avant qu’un Souverain légitime ne revienne sur le trône d’Akasha… Nous ne tiendrons jamais.
-Les héritiers… »

Ils s’interrompirent, tous. Les conseillers s’étaient levés, en avaient oublié la bienséance et débattait avec ferveur, deux camps s’affrontant farouchement. Auriane n’aurait jamais pensé voir autant de personnes défendre sa légitimité vu les réactions qui avaient fait l’unanimité depuis le début de ce conseil. Pourtant, en l’instant, ceux qui soutenaient sa future régence représentaient bien la majorité des sièges occupés. Elle n’avait rien dit, les avait laissé faire, n’ayant de toute façon pas la force d’intervenir ou de dire quoique ce soit. Mais elle avait été obligée en entendant une fois de plus l’un des conseillers mentionné un seul héritier. Il n’était pas le premier à le faire, elle l’avait remarqué. Aussi, il était temps de leur rappeler quel évènement majeur avait bouleversé le fonctionnement de tout le Royaume, deux ans auparavant. La découverte du sixième héritier. On l’observait à nouveau et elle soupira intérieurement devant les regards perplexes et incrédules. Sir Gregor fut le premier à prendre la parole, mal à l’aise après avoir été remis à sa place plus tôt. Le teint rosé, le regard fuyant, il l’observait en clignant des yeux avant de se racler la gorge.

« -Pardonnez-moi Dame Auriane. Vous avez dit « les » héritiers… ?
-C’est exactement ce que j’ai dit. »

A nouveau, le silence se fit. Cette fois-ci, il y avait un malaise palpable dans la salle tandis que des regards s’échangeaient. Les oppositions avaient disparu et l’unanimité reprenait ses droits tandis qu’une seule conclusion leur apparaissait. Elle avait perdu l’esprit.

« -C’est une plaisanterie ?
-Ai-je l’air de plaisanter Sir Armaury ?
-Vous voulez dire que…
-Qu’il y a deux héritiers qui naitront en même temps, le même jour, à la seconde près. Oui c’est exactement ce que je veux dire et je ne pense pas être la seule au courant de ce fait. Il me semble qu’à présent tout le Royaume dispose de cette information.
-Bien entendu… Nous savons tous cela. Mais…
-Mais vous pensiez que Sire Ren tuerait l’héritier des Astres au moment même de sa naissance ? »

Sa voix s’était faite glaciale tandis que son regard affichait en cet instant une dureté qui ne lui était pas familière. A nouveau des regards s’échangèrent, ennuyés et coupables. Oui, c’était exactement ce qu’ils avaient pensé. La colère reprit à nouveau ses droits. Quelle bande d’idiots.

« Pourquoi ces regards ? A quoi vous attendiez-vous ? Dites-moi messieurs… Pensiez-vous que Ren a assassiné Seren dans le seul but de recréer exactement le même schéma ? Que le Vide continuerait de régner et que les Astres seraient à jamais réduits au silence ? Mais où donc aviez-vous la tête… ? Ne vous est-il pas venu à l’idée un seul instant que c’est de ce changement là dont il parlait… ? A vos têtes j’en conclus que non, vous n’avez pas réfléchi un seul instant… Alors permettez-moi de mettre les choses au clair, car que ce soit lui ou moi qui dirige ce conseil, le résultat sera le même. Lorsque les héritiers naîtront, ils seront protégés et conduits ici. Tous les deux. Et si quiconque intente quoi que ce soit contre un des héritiers, il devra en répondre de sa vie. »

Pas d’effusion, pas de cris. Seulement le silence le plus total. De la surprise, de la stupéfaction. Chez certains, elle pouvait voir l’idée commencer à germer dans leurs regards et elle eut même la surprise de voir quelques hochements de tête approbateurs. Chez d’autres en revanche… Elle crut qu’Armaury allait littéralement exploser. Son visage était rouge, sa mâchoire serrée et ses poings tremblaient contre sa tunique hors de prix. Elle venait très certainement de bouleverser tous ses plans si soigneusement préparés pour Akasha. Elle soutint son regard, se promettant de ne pas le laisser hors de vue des soldats du palais une seule seconde. Qui sait ce que cet homme serait prêt à faire pour son idéal ? Son instinct lui soufflait qu’il pourrait faire bien des choses. Que les mœurs n’approuveraient pas forcément.

Profitant du répit que lui offrit la surprise de ses dernières paroles, Auriane se leva et recula son siège avant de scruter chaque membre du conseil. Ils avaient perdu suffisamment de temps en paroles pour la plupart inutiles. Akasha continuait de sombrer dans le chaos pendant qu’ils débattaient sur des sujets déjà décidés. Elle n’avait toujours pas digéré l’idée de diriger Akasha si son Souverain venait à mourir, mais en attendant, son frère vivait encore et sa contrée souffrait. Son regard se posa sur les trois personnes les plus censées autour de cette table et elle hocha la tête à leur intention, ignorant le reste.

« Si vous avez encore des choses à dire, je vous écoute. Sinon, je pense que nous sommes d’accord pour dire que les questions de plus haute importance ayant été réglées, il est à présent temps d’agir. Samir, Sire Endor, Fearghas va venir vous retrouver dans le bureau du Seigneur Ren pour vous accorder sur la suite concernant la protection des habitants d’Akasha. Dame Àliya, des appartements ont été mis à votre disposition dans le palais. Je me doute que vous préféreriez sans nul doute retourner à la Bibliothèque mais je pourrais avoir besoin de votre expertise, notamment concernant la question des héritiers et de la gemme. Aussi, je pense que mon Souverain voudra vous parler personnellement, s’il le peut. Quant à vous messires les conseillers… Prenez le temps de considérer la question suivante ; dans quel camp êtes-vous ? Car sachez que je ne perdrais pas plus de temps avec ceux continueront de s’opposer au gouvernement provisoirement mis en place. Choisissez avec sagesse votre réponse. »


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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Jeu 30 Mai - 11:41
L'attente
La suggestion était tellement évidente, allait tellement de soi qu’aucun conseiller n’y avait songé. Un travers de la politique éminemment akashan, dont je crois parfois que chaque manœuvre doit être complexe ou n’être pas. Aussi, je me doutais qu’une telle suggestion mettrait le feu aux poudres et que peu de personne autour de la table l’accepterait sans broncher. De fait, seules trois personnes s’y rendent aussitôt, chacune à leur manière. Aliyà attaque de front en menaçant Armaury avec une férocité qui le laisse pantois, Samir enveloppe l’avertissement d’une subtilité qui rend l’humiliation d’autant plus cuisante, et Gregor laisse parler toute la fougue de son jeune âge pour brandir la régence d’Auriane comme nouvel étendard. Au final, seule la principale intéressée demeure incapable de réagir durant des secondes qui font figure d’années tandis que je la regarde du coin de l’œil, pâle comme un fantôme. L’hébétude dans laquelle elle semble plongée me brise le cœur à plus d’un titre. J’ignore sincèrement ce qui me fait le plus souffrir entre le fait de la voir aux prises avec ce conseil venimeux ou lutter vainement contre l’éventualité ô combien réelle que son mentor puisse mourir. Son mentor… Non, je ne dois pas penser au reste. Pas maintenant. C’est Auriane elle-même qui me rappelle que les choses sont loin d’être réglées dans cette pièce.

Je tressaille quand elle reprend les conseillers, mentionnant sans aucune équivoque les héritiers. Les deux. Aussitôt, je me raidis, m’efforçant de rester impassible. Pour le coup, c’est moi qui ai passé l’évidence sous silence. J’ai vécu toute ma vie dans la certitude que chaque Souverain possédait un unique héritier. Le renversement chaotique de cette vérité par Ren lors de son accession au trône n’est pas une chose que j’ai acceptée, que je désirais prendre en compte jusque là. À ma grande honte, je réalise que je ne vaux pas mieux qu’Armaury sur ce point. Moi aussi espérais sans doute un semblant de retour à l’ordre que j’avais toujours connu, en songeant que l’Usurpateur léguerait ses pouvoirs à un unique héritier. Auriane fait suffisamment clairement comprendre à tous que ce ne sera pas le cas pour que je sente un frisson glacé me parcourir l’échine. Ainsi, le monde qui était le mien est bel et bien mort…

Après une dernière mise en garde à l’égard des conseillers et puisque personne n’a plus rien à ajouter, Auriane décrète la fin du conseil. Nous nous levons tous pour nous diriger vers les doubles portes et je sens sitôt la lassitude s’abattre sur mes épaules comme une chape de plomb. Armaury, en tête, ignore ouvertement tout le monde pour quitter la pièce à grands pas furieux. Personne ne le retient. Ignorant autant que possible mes traits tirés et le rêve de plus en plus séduisant du lit qui m’attend dans mes appartements, je me tourne vers Samir, assigné comme moi à la sécurité du royaume.

« Sire Samir, si Sire Fearghas vous rejoins avant moi dans le bureau, je vous prie instamment de commencer. Je vous retrouverai sous peu, le temps de me débarrasser sommairement de la poussière du voyage. »

Je sais que la situation est pressante et passe bien avant une quelconque hygiène, mais quelques minutes de répit, seul, me feront le plus grand bien et m’aideront à garder l’esprit clair pour la suite des opérations. Nous en avons tous cruellement besoin. Poussant un bref soupir, je plonge un instant mon regard dans ceux du soldat, puis d’Aliyà qui secondera personnellement Auriane de son côté. Je n’ai pas le courage de poser les yeux sur cette dernière, pas maintenant. Pas alors que nous vacillons tous au bord du gouffre et que seuls nos forces conjointes peuvent encore nous garder de la chute.

« Cela sera dur, mais nous devons rester unis. On ne peut survivre seul à une longue nuit. »

C’est sur ce vœu que je m’éloigne en direction de mes appartements, suivi de mes Piliers. Le mur qu’ils forment autour de moi est suffisamment compact, je l’espère, pour masquer le frisson qui parcourt à nouveau mon échine…
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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 3 Juin - 17:17
l’attenteLes discussions se poursuivent autour de la potentielle régence d’Auriane. Je crois que je suis vraiment trop naïf pour participer à la politique akashane, mais j’avais osé espérer que pour une fois, une décision serait rapide et facile à prendre. Après tout, Ren lui-même l’avait ordonné, mais aujourd’hui plus encore que d’habitude je vois que son autorité est toujours remise en question, même deux ans plus tard. Faire partie du conseil m’a appris que les idéaux que j’avais lors de prise de pouvoir du Vide n’étaient que cela : des idéaux, et que ce qui m’avait contrarié à l’époque était en réalité une nécessité. Il était impossible de gouverner et d’avancer des réformes au milieu de ce nid de vipères sans en écrémer certains. Et Ren a commencé à le faire sans parvenir au bout de la tâche. Sa présence et son autorité manquent cruellement aujourd’hui, alors même que c’est précisément pour cela que nous sommes réunis. Alors que les arguments stériles s’enchaînent, mon regard se porte sur Auriane, et nos yeux se croisent. La détresse que je peux y lire me fend le coeur en deux. Je cherche à changer de sujet, il nous reste tant de choses à évoquer encore que je devrais bien en trouver une pour lui épargner le supplice d’entendre les conseillers parler de son frère comme s’il était déjà mort.

Mon esprit doit être embrumé par les nuits sans sommeil, car je ne trouve rien, je n’arrive pas détourner le cours du débat. Jusqu’à ce qu’Auriane reprenne la parole, glacée. Instantanément, je m’en veux de ne pas avoir réagi plus tôt. Pourtant j’ai moi aussi entendu à plusieurs reprises parler de l’héritier unique. Quelque part, je pense avoir imaginé qu’il s’agissait d’une formule, pas d’un fait concret. Après tout, avaient-ils réellement pensé que Ren, après avoir orchestré un coup d’état et assassiné un Souverain, allait tomber dans les mêmes travers que son prédecesseur ? Etant donné la surprise et l’incrédulité qui se peignent sur leurs visages, oui, c’est ce qu’ils pensaient. Je ne me retiens pas de soupirer, à la fois trop épuisé pour me tenir à plus de diplomatie, et trop exaspéré par leur perfidité si bien ancrée en eux qu’ils la prêtent à tous les interlocuteurs. C’est avec un calme que je ne ressens pas que je prends enfin la parole.

Les instructions du Seigneur Ren à ce sujet sont sans équivoque. Les deux Héritiers seront accueillis comme il se doit et protégés, et ceci n’est pas sujet à discussion. Il me semble que d’autres choses, plus pressantes encore méritent notre attention à tous.

Et enfin, alors que je ne l’attendais plus, Auriane annonce l’ajournement de la réunion. Je maîtrise mon expression pour que mon soulagement ne soit pas visible de tous, mais il était grand temps que je puisse passer à autre chose. Le manque de sommeil et l’angoisse de ces derniers jours rendaient la frustration de ne pas agir nos décisions insupportable. Je m’incline devant Endor, toujours aussi étonné du respect qu’il me montre et du titre qu’il accole à mon nom. Je n’ai pas encore eu le temps de m’y habituer, surtout que peu de conseillers l’utilisent, désireux de bien marquer notre différence de rang. Je lui envie la possibilité de faire une pause, je n’ai pas encore ce luxe. J’attends que tous soient sortis, traînant volontairement derrière, pour avoir quelques secondes seul avec Auriane, cherchant l’occasion de lui glisser quelques mots.

Je comprends à quel point diriger ce conseil a dû être éprouvant pour vous, mais vous avez été admirable. Essayez de trouver un peu de temps pour vous reposer, vous aurez besoin de vos forces.

Sur ces paroles, je m’incline devant elle et prends congé. Ma première destination se trouve être les appartements de Ren, devant lesquels je retrouve Fearghas. Je l’informe rapidement de ce qui vient de se passer et du rendez-vous avec le Souverain de la Terre, mais la vraie raison de cette entrevue est autre. Au vu des débats engagés, il me paraît indispensable de surveiller les allées et venues des membres du conseil. Ce n’est pas une méthode que j’apprécie, mais l’heure n’est plus à ma conscience trop stricte. Nous allons avoir besoin de savoir avec certitude sur qui nous pouvons compter, et Fearghas me semble être celui vers qui me tourner. Je me rends ensuite immédiatement dans le bureau de Ren. les prochaines heures vont être longues. Il nous faudra régler les derniers détails, puis je ressortirai en ville afin de relayer nos ordres. Je ne veux pas dépendre d’intermédiaires, les instructions doivent être le plus clair possible et étant donné leur teneur, je préfère que l’on ait moins la possibilité de les discuter. Et enfin, si j’en ai l’occasion, j’essaierai de trouver quelques minutes de sommeil avant la reprise du conseil.
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Le Gardien
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Jeu 6 Juin - 23:17
Event n°2 ~ L'Obsidienne
L'attaque du palais


Le conseil arrivait enfin à son terme. Après des débats houleux et des prises de consciences douloureuses, il devenait plus qu’urgent de commencer à agir. Auriane ajourna la réunion de crise pour quelques heures, le temps que le plan d’action établi autour de la table soit mis à exécution et que tous puissent prendre un peu de repos. Fearghas, Samir et Endor assignèrent leurs soldats à leurs nouvelles fonctions tandis qu’Auriane et Àliya tentèrent d’en apprendre plus sur la gemme d’obsidienne et son lien si particulier avec Ren. Il ne fallut pas attendre longtemps avant que le conseil soit de nouveau réuni et une fois de plus, les désaccords surgirent et les voix s’élevèrent…

Plusieurs jours passèrent. Malgré les efforts combinés du Souverain et des deux soldats, la situation ne s’améliora pas dans les rues d’Ebène. La nuit demeurait, les Astres faiblissaient et l’obscurité happa les habitants, les laissant seuls face à leur propre noirceur. Des vols, des agressions, des incendies et autres délits de plus en plus conséquent étaient devenus le quotidien des akashans qui sombraient à nouveau peu à peu. Bientôt, les premiers morts furent à déplorer…

Mais la situation au palais n’était pas meilleure. Le conseil s’était divisé, ceux contre la régence d’Auriane affrontant férocement ceux en sa faveur. La question des deux héritiers soulevait également bien des débats et tous n’acceptaient pas l’idée d’avoir deux Souverains sur le trône akashan. Il semblait à présent évident pour tous que Ren ne survivrait pas à la disparition de la gemme et les esprits les plus sournois commencèrent à échafauder bien des plans… Nombreux étaient ceux sous surveillance, dont les moindres faits et gestes étaient ensuite relayés aux oreilles de Fearghas qui s’assurait de ne perdre de vue aucun des Conseillers. Mais même le chef de la garde avait ses failles et tant de choses dont il devait s’occuper qu’une ombre parvint à se faufiler entre les mailles de sa surveillance. Une silhouette qui disparut un jour pour s’enfoncer dans les bas-fonds d’Ebène, à la recherche de ceux qui guettaient leur heure pour reprendre ce qui leur appartenait de droit…

Depuis quand la gemme avait-elle disparu ? Ronan aurait été incapable de le dire. Il ne savait plus où était le jour et où était la nuit. Il n’y avait plus que cette maudite obscurité et ces étoiles qui s’éteignaient peu à peu. Maudit soit ce Souverain de malheur, qui avait détruit son monde et qui s’apprêtait à détruire tout Seele. Maudit soit-il, lui ainsi que tous ceux qui le protégeaient, là-haut dans ce palais rutilant. Maudits soient tous ces chiens qui se croyaient intouchables. Lui aussi l’avait été avant qu’on le projette face contre terre, qu’on le traine dans la boue et qu’on lui arrache tout ce qu’il possédait, jusqu’à son nom qu’il ne voulait plus utiliser tant la douleur était cuisante. Maudits soient-ils, tous ceux qui s’étaient prononcés en faveur du Vide, dans le seul but de sauver leur peau. Maudit soit-elle, cette gamine qui avait pris les commandes, qui était à peine plus vieille qu’une enfant. Maudit soit ce Souverain de malheur, qui s’était toujours plié face aux Astres et qui agissait à présent comme s’il était le roi. Tous, ils méritaient tous de souffrir comme lui avait souffert. Et c’était ce qui allait se passer. Oh oui… Il avait attendu le bon moment, avait attendu que la chance tourne, que le chaos apporté par ce Souverain de malheur se retourne contre lui. Et le moment était venu. Enfin. Il avait été patient et il avait été récompensé par l’arrivée miraculeuse d’un allié qui allait leurs ouvrir bien des portes à lui et ses compagnons…

Car ils étaient nombreux, si nombreux, à se tapir dans les rues sales d’Ebène, là où les maisons étaient abandonnées et où le vice faisait loi. Anciens partisans de Seren et hors-la-loi s’étaient rassemblés sous un seul étendard, avec un seul objectif ; faire tomber Akasha. Ainsi que son Souverain. Et tous ceux qui se tiendraient entre sa lame et le cœur de l’Usurpateur tomberaient avec lui. A présent il était temps. Temps de rassembler ses hommes. Temps de nettoyer les rues de ces soldats qui les empêchaient de se déplacer. Temps de déchainer sur le palais la fureur et la haine qu’ils alimentaient depuis deux longues années…

Tout était calme dans le palais d’Ebène. Peut-être trop calme. C’était en tout cas ce que se disait Aldritch en effectuant sa ronde dans la vaste galerie aux portraits. Il détestait cette pièce. Tous ces regards braqués sur lui lui donnaient la chair de poule. Il avait l’impression d’être constamment épié, surveillé. Sans parler des ombres particulièrement menaçantes que projetait sa torche sur les murs. Il savait que le Souverain détestait aussi cette pièce et se demandait toujours ce qu’il attendait pour s’en débarrasser. Ce n’était pas comme si ces tableaux avaient une quelconque valeur à ses yeux, après tout, cette pièce avait été l’endroit où l’ancien Gardien exposait les œuvres préférées de sa vaste collection. Autant dire que ça devait lui rappeler de biens mauvais souvenirs de garder tout ça. Mais bon, qu’y connaissait-il à l’art après tout ? Il aimait bien la poésie, le théâtre et la musique mais en tant qu’amateur. Il devenait poète et musicien après plusieurs choppes, le soir à la taverne, pour décompresser d’une longue journée de travail. Autant dire qu’il n’y avait pas mis les pieds depuis un moment dans la taverne. Il espérait que le caillou serait bientôt ramené, qu’il puisse enfin quitter le palais. Maudit Fearghas qui l’avait assigné au palais pendant que les gars galopaient à travers la campagne pour s’occuper des paysans qui viraient tous complètement fous avec la nuit qui s’éternisait. Non, lui, il passait son temps entre garder les appartements du Souverain et faire des rondes dans le palais, pour s’assurer que tout allait bien. Et tout allait généralement bien. A part les médecins et la pupille qui se succédaient chez le Souverain et les Conseillers qui passaient leur temps à se plaindre d’absolument tout et n’importe quoi, il n’y avait rien d’autre à signaler. Et pourtant, cette nuit, l’atmosphère était différente.

Aldritch pouvait se vanter d’avoir un instinct hors pair, qui le trompait rarement. Hors, ce soir là, son instinct lui criait clairement que ça n’allait pas. Tout était bien trop calme. Normalement, ils entendaient du bruit venant de l’extérieur et le palais était en constante activité. Et là, rien. Comme si tous les habitants avaient soudainement décidé de rester chez eux et que tous les domestiques s’étaient endormis en même temps. Et il n’aimait pas ça. Il quitta la galerie et bifurqua vers la salle du trône, marchant seul dans des couloirs sombres qui réussissaient presque à l’effrayer. Il n’aimait pas ce palais. A vrai dire, personne ne l’aimait. Il était tellement beau qu’il en était laid. Encore une fois, il se demandait ce que le Souverain attendait pour en détruire une aile ou deux. Parce qu’en plus d’être moche, c’était un foutu labyrinthe. Et c’est alors qu’il s’arrêta, tous sens en alerte. Tandis qu’il avançait, il avait clairement entendu des bruits de pas qui s’étaient mêlés à l’écho des siens sur le sol dallé. Il retint son souffle, main sur la poigne de son épée, prêt à dégainer. Immobile, il tenta de percevoir autre chose, mais à part le couloir sans fin qui s’étirait devant lui et derrière lui, éclairé par les quelques torches allumées, il n’y avait rien. Pas un mouvement, pas un bruit. Pourtant il n’avait pas rêvé. Et comme pour confirmer ses dires, un cri de douleur ricocha contre les murs du palais, brisant le silence environnant de la plus lugubre des façons. Il ne réfléchit pas et rebroussa chemin afin de retourner dans le hall auprès des gars qui gardaient les portes. Il passa au pas de course devant tous les regards vitreux des portraits qui suivaient son avancée. Il ne fit alors pas attention à la clameur qui montait de l’extérieur, d’abord faible, puis de plus en plus forte. Se serait-il arrêté pour regarder par une des larges fenêtres qu’il aurait alors vu une colonne de torches embrasées, formant comme un serpent de feu et qui avançait vers le palais. Non, il ne pensa pas à l’extérieur. Il ne pensa qu’à l’intérieur et au danger potentiel qui s’était tapi dans l’ombre.

Il arriva enfin dans le hall et le spectacle qui s’offrit à lui le fit aussitôt s’arrêter. Trois hommes étaient au sol, baignant dans leur propre sang, égorgés, la stupeur habitant encore leurs regards. Aldritch perdit toute couleur en reconnaissant les trois soldats, trois amis, dont c’était le tour de garder les larges portes du palais. Ils tiraient toujours au sort ceux qui iraient en poste à cet endroit car c’était tout simplement à mourir d’ennui. Personne ne pouvait prendre d’assaut ce palais et en passer les portes si elles étaient fermées. Hors, en plus de la vue de ses collègues assassinés au sol, ce qui avait profondément choqué le soldat en l’instant était l’air qu’il sentait sur son visage tandis qu’il contemplait l’extérieur et la nuit étoilée qui surplombait Akasha. Les portes étaient grandes ouvertes sur l’extérieur et c’est alors qu’Aldritch les entendit. Ces cris scandés par une foule en colère. Et c’est alors qu’il les vit. Ces torches enflammées qui s’approchaient du palais. Et merde.

« ON NOUS AT… »

Son cri mourut sur ses lèvres. Son épée tomba au sol dans un bruit métallique tandis qu'il baissait les bras et le regard. Du sang, il y avait du sang. Qui coulait en l’instant de son flanc, ouvert par une lame qui l’avait pris par surprise. Il n’avait rien entendu, rien vu. Attaqué par derrière, le soldat n’avait eu le temps de rien faire et ne pouvait plus que contempler le liquide vermeil qui coulait de sa blessure. Il n'eut ni le temps de bouger ni le temps de crier. Un coup contre son crâne et il s'affaissa à terre, perdant instantanément connaissance. Et bientôt, la lueur des torches vint éclairer le sol écarlate et les cadavres des soldats tandis que la foule mécontente pénétrait dans le palais…





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Auriane
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Dim 9 Juin - 12:40






L'Attente

« Auriane ? »

Rouvrant les yeux, la jeune femme tenta de se rappeler où elle était tandis que son regard se posait sur Eilean qui la regardait, penchée au-dessus d’elle. Perdue, confuse, elle cligna plusieurs fois des yeux en se redressant dans son fauteuil. Fronçant les sourcils, elle regarda autour d’elle et reconnut la bibliothèque du palais, dans laquelle elle passait en général le plus clair de son temps lorsque le temps n’était pas assez clément pour se rendre aux jardins. Passant une main dans ses cheveux, essayant de chasser les derniers vestiges du sommeil, il lui fallut encore quelques secondes avant que la réalité ne la rattrape, bien trop brutalement à son goût. Avisant la pile de livres ouverts sur la table devant elle, elle se souvint. La gemme. Ren. La nuit. Et tout ce qui s’en était suivi. Soupirant, elle se rassit dans le fond de son fauteuil, observant les ouvrages avec un air de reproche. Ils ne lui avaient rien appris qu’elle ne savait déjà. Comment auraient-ils pu ? Personne au cours du dernier millénaire n’avait entendu parler d’une gemme qui avait disparu, semblait-il. A moins que cela ait été étouffé afin que l’histoire n’en garde aucune trace, il semblait bien que son frère adorait l’inédit et la nouveauté et qu’il était bien décidé à tout chambouler, que ce soit de son plein gré ou non. Elle se frotta les yeux, se sentant épuisée au-delà de l’imaginable. Les derniers jours avaient été particulièrement difficiles. Que ce soit au sein du palais ou en dehors, la situation ne faisait qu’empirer. La seule chose qui semblait à peu près stable était l’état de son frère. Il n’y avait aucune amélioration. Mais sa condition ne s’était pas non plus empirée. Pourtant, la moitié du conseil le voyait déjà condamné. Rien qu’en pensant aux conseillers, la jeune femme sentit son mal de crâne reprendre de plus belle. Ils étaient certainement les pires. Si elle avait pu, elle aurait sûrement préféré affronter les habitants akashans mais hélas, elle était condamnée à rester la plupart du temps dans une pièce à les écouter s’entre-tuer par des mots. Et elle n’était guère pressée d’y retourner. Elle soupira longuement et regarda à nouveau son amie qui n’avait toujours rien dit.

« -Combien de temps est-ce que j’ai dormi ?
-Pas assez si tu veux mon avis…
-Dormir est un luxe que je m’octroierais quand tout sera fini. J’ai dû m’endormir sur ma lecture. Ces livres sont assommants.
-La situation est donc si critique pour que toi tu trouves des livres assommants ? »

Cela eut au moins le mérite de faire sourire Auriane. Ces derniers jours, son visage s’était figé derrière un masque inexpressif tandis qu’elle tentait d’endiguer la situation du mieux qu’elle pouvait. Elle comprenait à présent un peu plus le comportement de son aîné. Elle s’oubliait elle-même dans ce cauchemar et savait que, pour tenir le coup, elle n’avait pas d’autre choix. Heureusement, elle n’était pas seule. La loyauté de Fearghas n’était plus à prouver depuis longtemps et le capitaine de la garde organisait ses effectifs d’une main de maître, aux côtés de Samir et Endor. Les trois hommes avaient réussi à minimiser les dégâts subis par la disparition de la gemme sur la contrée et sur ses habitants. La situation était loin d’être parfaite et chaque jour qui passait apportait son nouveau lot d’incidents et d’horreurs. Mais Auriane savait que, s’ils n’avaient pas agi, alors le chaos se serait définitivement abattu sur Akasha, et ce depuis longtemps. Et tandis qu’eux trois se rendaient bien souvent sur le terrain et lui apportaient tout leur soutien lors des différents conseils, Auriane, elle, restait au palais en compagnie d’Àliya dont l’expertise et la connaissance lui avait été à de nombreuses reprises bien utile. En plus d’être un puits de savoir à elle-seule, la jeune femme gardait la tête froide et son tempérament avait permis à Auriane de ne pas sombrer elle-même. Elle doutait que l’archiviste en soit vraiment consciente, mais elle lui était redevable. Son analyse, simple et sans détour, était rudement efficace et apportait un vent de fraicheur après les langues acérées, recouvertes de miel, des membres du conseil. Ils représentaient à eux quatre – cinq avec Eilean – un soutien sur lequel elle s’appuyait en continu et sans lequel elle se serait depuis bien longtemps effondrée. Tous avaient même pu s’entretenir avec Ren à plusieurs reprises. La jeune femme ne se remettait toujours pas de l’échange dont elle avait été témoin entre Ren et Endor. L’instant lui avait paru surréaliste et elle ne savait toujours pas si elle aurait dû rire ou pleurer devant l’incongruité de la situation. Mais ils étaient tous là pour Akasha et jamais elle ne pourrait leur exprimer à quel point elle leur en était reconnaissante.

« -Allez. Si tu refuses d’aller t’allonger, viens donc manger quelque chose. Tu fais peur à voir.
-Tu as toujours les mots qu’il faut pour me réconforter… Laisse-moi d’abord aller voir Ren.
-J’en reviens Auriane. Il va bien. Donc premier arrêt ; les cuisines.
- Tu es allée le voir ?
-Oui je me suis dit que j’arriverais peut-être à lui arracher un sourire. Mais ton frère est une cause perdue. Il a osé me dire que je faisais peur à voir. Je lui ai répondu de se regarder de plus près. »

Auriane écarquilla grand les yeux et regarda son amie tandis qu’elle se levait et se dirigeait vers la porte. Eilean haussa les épaules, une lueur de défi dans son regard vert, un discret sourire aux lèvres. Le cœur d’Auriane se serra. Elle savait ce que son amie essayait de faire. Tout comme son frère, elle tentait de dédramatiser la situation en utilisant la dérision comme arme. Mais au fond d’elle, Eilean était aussi inquiète qu’elle. Qui pouvait prédire ce que les prochains jours leur réserveraient ? Ils avançaient à tâtons, dans le brouillard le plus total avec la peur constante que l’épée qui se balançait au-dessus de leurs têtes ne finisse par tomber. A nouveau, elle soupira avant de se lever de son fauteuil. Et c’est alors qu’elle l’entendit. Ce bruit lointain, ce bourdonnement qui s’amplifiait. Eilean l’avait entendu également. S’arrêtant dans son geste, main sur la poignée, elle se retourna vers Auriane, perplexe. Puis, leurs regards convergèrent vers la fenêtre. Le bruit venait de l’extérieur.

« Qu’est-ce que… »

Les mots moururent sur les lèvres d’Auriane tandis que son visage palissait d’effroi. Les deux jeunes femmes étaient immobiles, pétrifiées d’horreur, debout devant la fenêtre, observant ce qui semblait être l’incarnation même de tous leurs cauchemars. Le bourdonnement s’était transformé en clameur tandis que les torches se rapprochaient du palais et que la foule avançait. Des questions se bousculèrent dans l’esprit d’Auriane tandis qu’elle regardait les lueurs tremblotantes et menaçantes. Que s’était-il passé dans les rues d’Ebène ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi les soldats en poste n’avaient pas arrêté le mouvement ? Que leur était-il arrivé ? Pourquoi n’avaient-ils pas été prévenus ?

« Ils… Ils ne pourront jamais entrer… Les portes sont fermées et… Le palais est imprenable… »

Auriane ne sut que répondre à son amie. Elle aurait aimé se rassurer également, se dire qu’elle avait raison et que jamais la foule ne pourrait entrer, que les portes resteraient closes et que les gardes de Fearghas ou d’Endor s’occuperaient de les disperser. Mais, hypnotisée par les torches, elle était incapable de penser ou d’agir. Car au fond d’elle, quelque part, une peur viscérale s’éveillait et la paralysait, l’étouffait, tandis qu’elle réalisait que la foule ne s’arrêtait pas à l’entrée du palais. Un cri retentit avant de s’arrêter net et les deux femmes sursautèrent, se retournant d’un seul mouvement vers la porte de la bibliothèque. Elles étaient près de la galerie des portraits, non loin du hall d’entrée. Et elles entendirent très nettement les rugissements de colère alors que les premiers akashans passèrent les portes et pénétrèrent dans le palais. Très vite, le son de pas précipités et d’épées tirées de leurs fourreaux se mêlèrent aux cris des habitants et en entendant le son métallique des armes qui s’entrechoquaient, Auriane revint brusquement à la vie. Le palais était attaqué. Les portes avaient été ouvertes. Et son frère était en danger.

« AURIANE ! »

Elle se précipita sur la porte, Eilean, horrifiée, sur ses talons, tandis qu’elles sortirent dans le couloir faiblement éclairé. Là, plus aucun mur ne pouvait étouffer le chaos qui résonnait dans le hall d’entrée et Eilean attrapa le bras de son amie, la forçant à s’arrêter.

« -Tu es complètement folle ! Où est-ce que tu vas ?!
-Il faut qu’on monte à l’étage ! Il faut qu’on protège Ren !
- Au cas où tu ne l’aurais pas compris, il y a une foule enragée entre toi et ton frère alors arrête ça tout de suite, c’est de la folie !
-Les escaliers des domestiques, Eilean ! Dépêche-toi ! »

Se dégageant de sa prise, ignorant les cris de son amie qui tentait de la rappeler à l’ordre, Auriane se dirigea en courant vers le bout du couloir, s’éloignant de la galerie des portraits et du hall, se dirigeant vers la salle du trône. Elle avait passé tant de temps à errer dans le palais ces deux dernières années qu’elle aurait pu s’y diriger les yeux fermés. Pour une fois, elle remercia mentalement Seren qui avait aménagé des passages dissimulés un peu partout, pour pouvoir se déplacer discrètement ou pour cacher ses domestiques à la vue des nobles. Elle avait trouvé ces passages, les avait empruntés en espérant toujours tomber sur quelque pièce secrète que son imagination avait inventée. Elle n’avait rien trouvé de tel. Par contre elle savait comment se rendre près de son frère sans avoir à passer par le hall. Alors que les doubles portes en chêne menant au trône akashan se dressaient devant elles, Auriane bifurqua brusquement et emprunta un petit couloir dérobé à droite de la vaste salle, dissimulé par la tapisserie qui ornait les murs. Il faisait nuit noir dans l’étroit passage qui sentait la poussière, guère emprunté depuis deux ans et Eilean étouffa un juron avant de ressortir et de revenir presque aussitôt, une torche à la main. Prenant la tête afin d’éclairer le sol sous leurs pieds, la jeune femme était terrorisée, la flamme de la torche projetant son ombre tremblotante sur les murs tandis qu’elle tentait de ne pas lâcher prise sur le manche, ses mains tellement moites sous l’emprise de la panique. Elles avancèrent et se retrouvèrent rapidement au pied de l’escalier menant au premier étage et aux appartements royaux. Les bruits d’affrontement étaient beaucoup plus ténus ici et elles espéraient sincèrement que c’était dû aux gardes du palais qui arrivaient à contenir la foule dans le hall. Mais ils n’étaient pas suffisamment nombreux et Auriane savant que ce ne serait pas assez pour les repousser. Ils avaient été trahis. Quelqu’un dans l’enceinte du palais avait permis à la foule d’entrer. Combien étaient-ils ? Qui était derrière cette manifestation de peur et de colère ? A qui pouvaient-ils faire confiance ? Enfin, elles arrivèrent au bout du couloir et débouchèrent dans le couloir du premier étage, non loin des appartements de Ren. Tout semblait calme pour le moment mais cela ne les empêcha pas d’avancer prudemment, le plus discrètement possible. Enfin, elles arrivèrent en vue des appartements du Souverain. Plusieurs gardes s’étaient regroupés devant la porte, épées au poing, mines graves et sombres. Tous avaient conscience de la gravité de la situation. Et d’à quel point elle pourrait vite dégénérer.



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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mer 12 Juin - 9:34
L'attente
Nous ne tenons qu’à peu de choses. Je pourrais dire que je l’ai toujours su car je suis imprégné de cette certitude jusqu’au plus profond de ma chair chaque fois que je plonge les racines de ma conscience dans la terre mais en vérité, la seule chose que je peux affirmer est que je l’ignorais presque totalement jusqu’à cette mère des Longues Nuits. Il n’y a que durant ces jours obscurs que j’ai véritablement compris. Nous construisons des villes, des lois, des pays, des œuvres d’art, des dieux, des batailles, des rois et des animaux merveilleux, des cohortes de pierres levées pour garder la frontière qui nous sépare de la bête. Tous, nous nous targuons si haut et fort d’être des hommes que nous arrivons presque à nous en convaincre. Par conséquent, nous oublions bien trop souvent la fragilité de nos constructions d’enfants. L’effrayante bête qui dort en chacun de nous profite de chaque occasion pour brouiller les lignes et, puisqu’il est écrit que l’obscurité est son royaume, celui que nous apprenons à craindre dès le plus jeune âge, il était inévitable que cette nuit sans fin lui octroie les pleins pouvoirs. Dès lors, notre mission de maintenir l’ordre revient à se livrer aux combats de légende comme il n’en existe que dans les chansons de gestes, à l’exception près que la vie est plus réelle encore que toutes les histoires du monde et que nous n’aurons droit à aucune aide divine pour repousser les ténèbres. En ce qui me concerne, j’ai plus ou moins perdu le sommeil.

Il est difficile de dormir lorsque nuit et jour sont devenus des concepts abstraits, quand des heures de conseils houleux, de réunions stratégiques, de patrouilles harassantes rendent la fatigue permanente. Malgré l’arrivée des deux compagnies prithviennes débauchées de la frontière, nos efforts conjugués ne permettent de maintenir un semblant fragile de calme à grand peine. Il faudrait être partout, auprès de chaque habitant de la capitale pour empêcher que la situation ne dégénère et, pour chaque ruelle pacifié, trois autres deviennent le théâtre du chaos. L’annonce des premiers morts ne surprend personne et, même si Fearghas, Samir et moi-même prenons toutes les mesures que nous jugeons nécessaires (et réalisables), aucun de nous ne nous faisons d’illusions. D’ici à ce que le jour se lève à nouveau, si tant est que cela soit possible car pour le moment les recherches d’Auriane et Aliyà ne nous donnent suffisamment d’éléments pour l’affirmer avec certitude, il y en aura d’autres. Beaucoup d’autres, ne puis-je m’empêcher de penser secrètement. L’obscurité nourrit la bête et les bêtes finissent toujours par former des meutes pour se nourrir entre elles. Cela aussi je ne l’ai compris que trop tard.

« Seigneur ! Seigneur ! »

Je me réveille en sursaut du fauteuil où j’avais réussi à fermer les yeux quelques minutes. Rhaengar cogne à coups redoublés sur ma porte depuis l’antichambre et il ne se permettrait pas une telle grossièreté sans une excellente raison. Sans prendre le temps d’enfiler une tunique par-dessus ma chemise, je me dépêche de le rejoindre.

« Qu’y a-t-il, Rhaengar ? »
« Il se passe quelque chose d’anormal, Seigneur. Quelque chose de très mauvais. »


L’expression tendue de son visage lorsqu’elle se tourne vers les fenêtre ne me le dit que trop bien. Alarmé, je me dirige vers ces dernières et ce que je vois me glace le sang. Un long serpent de lumière qui rampe vers les murs du palais, accompagné d’une sourde clameur dont je peux presque percevoir la rage à même ma peau. Je me retourne aussitôt vers le premier de mes piliers et lui fais signe de gagner le couloir, les traits verrouillés. Mes autres gardes nous y attendent, les armes à la main, les épaules contractées par la bataille à venir. Car il est impossible de s’y tromper : le dallage de marbre, les hauts murs couverts de tableaux, les moulures du plafond murmurent déjà l’écho sanguinaire de ce qui se presse vers nous. Mes entrailles se nouent. Ce n’est pas normal… Rhaengar comprend mon trouble et je sais à sa voix qu’il partage mon angoisse :

« J’ai envoyé Keral en reconnaissance mais nous ne devons pas rester ici. »
« Les portes ? »
« Imprenables, paraît-il. Mais les akashans construisent leurs châteaux dans des plaines et y mettent des jolies tourelles partout avant de les appeler forteresse... »


Son mépris pour les garnisons akashanes ne fait sourire personne. Malheureusement, il a raison. Si les prithviens creusent leurs châteaux à même les montagnes les plus escarpées, ce n’est pas sans raison. Sans un mot, je tends la main vers mon premier pilier et aussitôt ce dernier récupère à sa ceinture Heleborg, le marteau du Souverain. Malgré la délicate ferronnerie qui en décore le pommeau, ça n’est en rien une arme d’apparat. Le poids de la masse, le contact si familier du manche couvert de cuir au creux de mes paumes me fait aujourd’hui froid dans le dos. Le dernier de mes prédécesseurs à avoir fait couler le sang avec a régné il y a presque trois cents ans… Je ne l’ai pas prise en main depuis cinq secondes que l’écho de la course de Keral sur le dallage de marbre précède de peu ce dernier. Il ne prend même pas le temps de reprendre son souffle ou d’arriver à notre niveau pour annoncer :

« La foule est déjà dans les murs et la garde est submergée, Seigneur. Les portes ont été ouvertes de l’intérieur. »
« On aurait du décapiter tous ces foutus conseillers quand on les avait sous la main ! »


Je coupe court à la fureur de Drenn d’un geste sec de la main. Il est trop tard pour les regrets.

« Il sera toujours temps de s’en occuper plus tard. Venez. »
« Où allons-nous, Seigneur ? »
« Aux appartements de Ren. Une foule en colère qui met à sac un palais imprenable et rempli de richesse est la meilleure diversion possible pour quiconque souhaiterait assassiner le Souverain impie qui a précipité la contrée dans le chaos. Il n’y a pas de temps à perdre ! »


Comme un seul homme, les piliers me suivent alors que je m’élance dans les couloirs. Bien vite, je maudis l’esprit retors des architectes akashans. Même si l’aile réservée aux hôtes de marque se trouve non loin des appartements royaux, sans Keral et son sens de l’orientation absolument infaillible, jamais nous n’aurions atteint notre objectif à temps. Et la rumeur haineuse de la foule ne cesse de gonfler de minutes en minutes, portée parfois par les échos du combat, les appels de la garde débordée, les cris de panique des domestiques. Nous ne pouvons secourir aucun d’entre eux. Si ces fanatiques parviennent à atteindre Ren, ils le mettront en pièces sans même avoir conscience de la folie de leur geste et les dieux aient pitié de Seele alors… J’ai l’impression qu’il s’est écoulé des heures avant de reconnaître enfin la galerie. Aussitôt mon œil accroche le peloton de soldats courageusement massés devant la porte et je loue intérieurement leur présence. Ces derniers brandissent dans un premier temps les armes dans notre direction mais, même sans distinguer les armoiries sur les armures des piliers, ma stature suffit à les convaincre de mon identité. Ils nous laissent approcher non sans une certaine circonspection. Je m’apprête à leur adresser la parole pour leur assurer que nous venons en renfort lorsque deux silhouettes incongrues, frêles et féminines au milieu de toutes ces armures, attirent mon attention. Je marque un temps d’arrêt, littéralement assommé lorsque je reconnais l’une d’elles :

« Aur- Dame Auriane ?! Par les dieux mais que faites-vous ici ?! »

Je la pensais dans sa chambre, à essayer de trouver un peu de repos malgré les journées éprouvantes auxquelles elle doit faire face. Pas ici, à l’endroit le plus dangereux de tout le palais. Et pourtant, où pourrait-elle se trouver d’autre ? Pourrait-elle seulement songer à se cacher où sa sauver sa vie en sachant qu’une foule déchaînée vient réclamer la tête de son frère ? C’est parce que je connais la réponse que je ne prends même pas la peine de tenter de la convaincre. D’un signe de tête, je détache Keral à sa protection puis je prends la liberté de m’adresser aux gardes devant la porte.

« Ne laissez pas le Souverain seul dans sa chambre. »

Par alors que le coup fatal pourrait aussi bien venir d’un assassin passé par une fenêtre quand nous serons tous occupés à nous battre ici.
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Àliya
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Dim 16 Juin - 22:28
L'attente
Les jours s'égrainaient au rythme de notre horloge biologique en sourdine. Les habitudes avaient les vies dures et le corps, une mémoire encore plus importante. Pourtant chacun de nous s'adaptait comme il le pouvait, à cette vie nocturne. A ce sentiment de torpeur qui s'installait jour après jours, comme une humidité qu'il devenait presque impossible à chasser à mesure que les jours froids approchaient. Le Conseil avait pris fin et par le ciel, je ne voulais plus jamais y mettre les pieds. Auriane m'avait invité à demeurer au Palais, dans un soucis d'efficacité plus que de sécurité. J'avais confié les rennes de la bibliothèque à Samir, en supposant que lui, Fearghas et Endor en ferait bon usage, mais je n'en doutais pas. Aussi, mes activités en tant qu'invitée prestigieuse du palais, ne divergèrent pas tellement de mon quotidien. A croire que les membres de cette famille vouait une passion ironique à me voir le nez plongé dans des livres poussiéreux et me faire déambuler dans des corridors rectilignes fait d'étagères de bois sombres. J'avais donc troqué la bibliothèque d'Akasha contre celle, plus modeste quoi qu’excellemment pourvu, du palais. Il m'avait fallu refréner quelques ardeurs à vouloir proposer un nouveau système de classement, mais il s'agissait là d'un réflexe intuitif qui me permettait d’apaiser les méandres insondables de mon esprit soumis à une certaine pression, et auxquels je n'avais que difficilement accès.

Aussi j'avais passé ces jours en compagnie d'Auriane, que je trouvais d'une compagnie particulièrement rafraîchissante. Sa douceur, malgré inflexibilité ont elle avait fait preuve durant le conseil m'était d'un grand apaisement, mais plus que de tout, c'était sa fragilité qui m'avait touché. Et pourtant, dans cet enchevêtrement de délicatesse et de volonté, je pouvais discerner un peu de Ren en elle. Je ne savais pas exactement depuis combien de temps elle était sa pupille, ou peut être avais je simplement oublié, mais je pouvais retrouver de lui en elle...et j'imagine que l'inverse devait être vrai aussi. Je ne pouvais qu'émettre quelques suppositions sur la puissance de leurs liens, mais je les devinais puissant. Et en cette heure si sombre, il s'agissait de la seule information de valeur pour moi.

Auriane m'avait congédié quelques heures plutôt, tandis que je peinais sur une traduction particulièrement laborieuse, mais j'étais incapable de trouver le sommeil. Je m'étais plongée dans un bain tempérée, je ne voulais pas embrumer mon esprit, mais il fallait que je le maintienne en état d'éveil, sans faire chuter la température de mon corps, qui à coup sur, m'aurait fait sombrer. Une fois propre, les idées et le corps rafraîchis, j'enfilais un ensemble d'un tissu souple, un pantalon et une chemise au col mao à manche courte. Un feu se mourrait dans la chambre, offrant plus de chaleur que de lumière, sinon la lueur incandescente des braises qui crépitaient et claquaient dans l'âtre. Quelques bougies étaient allumées ça et là, alors que j'étais assise sur les genoux, fesses sur les talons, mains sur les genoux, les yeux fermés, inspirant et expirant profondément, calmement. Je laissais mon esprit vagabonder parmi les dernières informations acquises, puis s'éloigner dans le temps et l'espace, faisant resurgir d'autres souvenirs, plus anciens, croisant et décroisant le fil des informations, tissant une toiles, ramifications intellectuelles et sauvages de mes connaissances, jusqu'à ce que cet ensemble ne soit plus qu'un arbre imposant, aux racines profondes, ancrées dans un terreau riche et dense, étirant ses ramures vers l'immensité du néant. Du vide. Du Chaos. Du chaos naissait la plus incroyable forme de vie et de savoir qui existe. L'Axis Mundi de mon subconscient ne faisait que croître à mesure que je m'éloignais, informe et légère, toujours plus loin. Jusqu'au noir absolu. Au silence total.

Une quiétude qui pourtant, vint étreindre mon cœur, me propulsant vers les racines de mon arbre intérieur. Quelque chose n'allait pas. Mon corps, débarrassée de toute forme de réflexions, consciente comme inconsciente, avait capté un signal d'alarme. Un vrombissement sourd, un tremblement lointain. Tout mon corps s'était hérissé, grisé, parcouru par un courant électrique puissant. Les yeux ouvert, le cœur palpitant, le bruit qui me parvenait n'était pas celui d'une transe. Quelque chose n'allait pas.

D'un bond, je fus sur mes pieds et sortie de ma chambre, pieds nus, atrappant au vol un simple et néanmoins solide bâton de chêne blanc, que j'avais fais rapporté de mes propres appartements, les cheveux fermement attachés en un chignon à mis hauteur. Je pouvais entendre les esclandres, les cris, les bruits métalliques qui s'entrechoquaient. Par le ciel ! Mais que se passait il ?! Enfin, je me doutais de ce qu'il se passait, mais comment était ce arrivé ? Je ne cherchais même pas à rejoindre l'origine du bruit, je savais qu'il serait bientôt sur moi, mais je mis à courir en direction des appartements de Ren. Auriane, si elle avait été alerté et si on l'avait laisser faire, bien que je doute fortement de l'existence d'une personne capable de l'en empêcher, avait du s'y rendre également. Je courais sur le parquet, parfois recouvert de tapis, faisant le moins de bruit possible. Si je suis seule pour l'instant, dans cette partie de l'aile est, je savais que j'allais finir par tomber sur des gardes, surtout à l'embranchement qui allait me permettre de rejoindre les appartements royaux. Ma foulée est dynamique aussi je ne tardais pas à rejoindre la fameuse intersection. J’aperçois, plusieurs mètres devant moi, une stature, qui ne trompe pas dans ce palais. Seul le Souverain de la Terre présent ici, possède une telle carrure. Sûrement dans tout Seele. Une pointe de soulagement m'étreint le cœur, et je ralentis doucement, dans l'espoir d'attirer son attention.

« - Seign... »

Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que je me retrouve percuté par un groupe de trois individus, venant du couloir sur ma gauche, me percutant de plein fouet, le souffle coupé autant par le choc que par la surprise. Nous roulâmes dans les quatre dans la direction opposé d'Endor et je pris sur moi de rouler plus en arrière encore, dans l'espoir de faire face aux individus. Je pouvais sentir leur souffle alcoolisé, la colère, l'impuissance et la folie mue par la foule, briller dans leur regard, comme les flammes d'un feu grégeois se rependant sur la surface de l'eau. Ce sont des badauds, de simples habitants, énervés certes, mais sans arme. Je me redresse doucement, le bô dans la main droite, les toisant de toute ma hauteur. Je ne cherche même pas à argumenter, frappant des deux mains à hauteur de la tempe le premier à s'élancer contre moi, l'envoyant valser contre le mur. Ce n'était peut être pas l'arme la plus adéquate dans un couloir, il fallait absolument que je puisse rejoindre l'embranchement.



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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mer 19 Juin - 11:01
l’attenteDes heures et des heures passées à parcourir les rues, à mettre en place des installations qui nous paraissaient utiles et à tenter de rassurer la population, tout cela pour rien. Les interminables séances du conseil ne font rien pour soulager le sentiment d’inutilité profonde qui me ronge de l’intérieur. Dans les moments de calme, je peine à trouver le sommeil, bien trop conscient que la situation en ville ne fait que se dégrader, tout juste ralentie par tous nos efforts, et mes très longues heures d’activité me paraissent d’une futilité effrayante. Fearghas m’a montré un soutien sans faille jusque là, déployant ses hommes dans la capitale pour surveiller les allées et venues des membres du conseil, mais les mailles de notre filet, déjà trop distendu par la sécurité de la ville n’ont pas été capables d’attraper le poisson qu’il fallait. Les rapports se succèdent, à différents degrés d’intérêt et de désespérance, sans nous donner d’élément concret et sans que nous puissions en faire quoi que ce soit.

J’évolue dans un état d’anxiété permanent depuis ce qui me paraît être des mois, et c’est ainsi que je suis allé prendre les quelques heures de repos que mon corps réclamait à grands cris depuis plusieurs heures déjà. Des cris me réveillent alors que j’ai la sensation que je viens tout juste de fermer les yeux.

Seigneur Maréchal ! Une émeute ! En direction du palais !

Les mots me réveillent avec la douceur et la délicatesse d’un seau d’eau glacée en plein visage. Je saute sur mes pieds et boucle à la hâte mon ceinturon avant de sortir. Le soldat qui m’accueille est pâle comme la mort et essoufflé, il a visiblement couru aussi rapidement qu’il le pouvait pour m’apporter la nouvelle.

Des citoyens ont pris les armes et se dirigent vers le palais en ce moment même ! Quels sont vos ordres ?

Comme si je savais ! Durant une fraction de seconde je reste coi, sans savoir que faire ou que dire, regrettant amèrement l’époque où j’étais à la place du jeune soldat qui attend mes instructions. Je n’ai cependant pas le temps de m’apitoyer sur mon sort.

Réveillez tout ceux qui dorment, je veux tous les hommes disponibles dans la ville pour les encadrer et les ralentir. N’usez de la force que si c’est nécessaire. Sellez mon cheval, je veux dix soldats avec moi dans deux minutes.

Pendant qu’il s’exécute, je retourne enfiler ma cuirasse et m’attacher les cheveux. J’abandonne mon turban sur place, trop pressé par le temps. Lorsque je ressors du poste de garde, les soldats et les chevaux demandés sont déjà prêts. Je les félicite pour leur efficacité sans m’arrêter, et une fois en selle nous nous dirigeons à bride abattue en direction du palais. Une épaisse fumée s’élève d’un bâtiment en flamme, le ciel de nuit est teinté d’orange. L’atmosphère en ville est apocalyptique, mais nous ne prenons pas le temps de nous en effrayer. Les portes du palais sont dites imprenables mais un mauvais pressentiment me serre la poitrine. Depuis ce premier conseil exceptionnel je n’ai pu me défaire de l’idée qu’il y avait au moins un traître parmis la noblesse de Ren, et je crains que cette émeute ne soit qu’une diversion pour accélérer le trépas de notre Souverain.

Mes craintes semblent se vérifier lorsque nous arrivons devant le palais pour trouver les portes grandes ouvertes. La foule se rapproche et sera là dans quelques instant. Déjà nous subissons des tirs de projectiles divers, mal ajustés. Je laisse mes hommes sur le parvis.

Défendez la porte aussi longtemps que possible pour les ralentir, je dois être auprès du Seigneur Ren. Repliez-vous vers les appartements royaux. Ne vous sacrifiez pas pour rien.

Le cimeterre au clair, je cours à travers le palais. J’ai enjambé les quatre cadavres de l’entrée sans prendre le temps de les examiner, mais il ne me semble pas avoir vu de traces de combat. Ils ont été assassinés. Il y a donc bien un traître qui s’est arrangé pour ouvrir les portes à la colère de la population. Qui sait ce qu’il a pu fomenter de plus ?

Alors que j’arrive en vue de la silhouette massive d’Endor, je ralentis le pas. C’est alors que j’entends des bruits de lutte provenant du couloir à ma droite. Àliya est aux prises avec trois hommes, visiblement des paysans. L’un d’eux gît déjà au sol, assommé ou mort. Ils ne m’ont pas vu. J’en arrête un deuxième d’un coup de pommeau dans la tempe, il s’effondre au milieu du couloir alors que l’archiviste s’occupe du troisième. Elle ne plaisantait vraiment pas lorsqu’elle affirmait pouvoir se charger de la sécurité de la bibliothèque. Je la salue d’un signe de tête et me dirige à nouveau vers les appartements de Ren, lui faisant confiance pour me suivre. Je me doute que c’était également là qu’elle comptait se rendre.

Je suis estomaqué de voir Auriane au milieu des quelques gardes rassemblés devant la porte, et à la fois peu surpris par sa présence. J’aurais dû me douter qu’elle viendrait protéger son frère aussitôt l’alerte donnée. Je les salue.

Seigneur Endor, dame Auriane, dame Eilean. Pourquoi n’êtes-vous pas allée vous mettre en sécurité ? Y a-t-il quelqu’un avec le seigneur Ren ? Où est Fearghas ?

Je tente d’endiguer mon flot de questions et de ne pas laisser ma voix se faire plus sèche que je le voudrais. L’adrénaline court dans mes veines.
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Re: [Sujet Commun] L'Attente
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