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Re: [Sujet Commun] L'Attente Dim 23 Juin - 0:53
Event n°2 ~ L'Obsidienne
L'attaque du palais


Le hall d’entrée était inondé par cette marée humaine qui affluait par les portes grandes ouvertes, dans des exclamations de colère, brandissant leurs torches comme dans ces contes pour enfants, afin d’effrayer la bête qui sévissait au village et la faire définitivement partir. Oui, ils avaient peur. Ils étaient affamés, terrorisés, abandonnés. Ils avaient déjà connu la famine, la mort, le désespoir. Ils avaient connu la folie des Astres. A présent, ils subissaient le véritable pouvoir du Chaos. Ils voulaient voir leur Souverain. Ils voulaient des réponses de sa part. Lui qui avait promis le changement et qui leur apportait la désolation sur un plateau d’argent. Ils voulaient manger. Ils voulaient de la lumière. Une protection contre le mal qui sévissait sur le pas de leurs portes et menaçait d’arracher tout ce qu’ils avaient de plus cher. Déjà trop de morts, trop de crimes. Où était-il, l’Enfant du Vide ? Quelque part à l’abri dans ce palais, loin des regards et protégé par une armée entière. Et eux, ils périssaient.

Les gardes de Fearghas s’étaient déployés dans le hall, tentant de contenir la foule en colère qui envahissait les lieux. Les ordres étaient clairs ; ne tirer l’épée qu’en cas de danger de mort. Les contenir, les repousser. Voilà ce qu’ils devaient faire. En aucun cas ils ne devaient tuer les citoyens. Mais la foule ne l’entendait pas de cette oreille. Ces hommes étaient là pour les renvoyer dans les ténèbres alors qu’ici, ils étaient en sécurité. La plupart n’étaient même pas armés. Ce n’étaient pas des soldats. D’honnêtes citoyens repoussés dans leurs retranchements, des commerçants vandalisés qui venaient réclamer justice, des parents effrayés pour leurs enfants. Mais parmi eux se cachaient les véritables instigateurs de ce mouvement.

Profitant du bruit, de l’incapacité des soldats à contenir les hommes qui déjà en venaient aux mains, en colère, des ombres se faufilaient, rasant les murs, passant des portes que personne ne voyait. Les domestiques s’étaient cachés, barricadés tandis que les cuisines étaient prises d’assauts et que les portes allaient être enfoncées d’une minute à l’autre. Les épées furent tirées. Ils n’arriveraient pas à parlementer. La foule était ici pour avoir des réponses. Ou a défaut, pour mettre à sac le palais.

Ronan jubilait. Tout se déroulait exactement comme prévu. Les combats s’engageaient entre soldats et citoyens, les cris retentissaient, les premiers hommes tombaient à terre, assommés. Personne n’avait encore fait couler le sang mais cela viendrait, il s’en assurerait. Pour l’instant, il profitait du débordement pour les pousser encore plus loin, encore plus haut. Les soldats bloquaient l’escalier menant aux appartements royaux. Il fallait les repousser, les forcer à battre en retraite. Une fois l’escalier dégagé, le palais serait à eux et ce serait alors un véritable chaos. Et là, lui et ses hommes pourraient frapper. Car ses ordres étaient clairs. Tuer. Tuer. Tuer. Faire couler le sang. D’autant de traites que possible. Tuer les suivants du Vide, tuer ceux qui leur avaient tout pris. Tuer les alliés de l’impie. Faire couler le sang et massacrer. Les domestiques, les soldats, les citoyens sur son chemin, les nobles. Et lui. La folie de Ronan s’était emparée de tout son être tandis que ses doigts le démangeaient et qu’il salivait. Sa vengeance avait sonné et ils allaient tous payer. Mais pas maintenant. D’abord l’escalier.

Les trois hommes qui avaient réussi à se faufiler entre les lignes de soldats et avaient rencontré Àliya puis Samir à l’étage étaient les premiers à y être parvenus mais hélas, loin d’être les derniers. Assommés, gisant au sol, ils ne pouvaient plus causer le moindre mal à quiconque. Ils avaient réussi à monter et cherchaient de la nourriture ou tout objet de valeur qu’ils pourraient échanger au marché noir contre un morceau de pain. Ce palais regorgeait de trésor et ses murs eux-mêmes étaient incrustés d’or. Peu nombreux étaient ceux à avoir jamais posé les yeux sur l’intérieur du somptueux palais d’Ebène. Et nombreux en furent encore plus furieux. Pendant qu’eux souffraient, ceux qui résidaient ici se vautraient dans le luxe et l’oisiveté. Ou était la justice dans tout ça ? Alors, ils prendraient tout, puisqu’on ne voulait rien leur donner. Et ce nouvel accès de colère provoqua une vague d’énergie qui alla s’écraser contre le mur formé par les soldats akashans qui ne purent tenir leurs positions plus longtemps. Ils s’effondrèrent face au nombre et à la rage et en comprenant qu’ils ne pourraient plus tenir l’accès à l’étage, ils se replièrent, afin de se poser à des endroits stratégiques et de bloquer les couloirs pouvant mener aux nobles et au Souverain, cibles de choix de leur haine.

Le soldat qui arriva dans le couloir devant les appartements de Ren dut s’arrêter net dans sa course effrénée en constatant le comité d’accueil qui l’attendait. Ses yeux écarquillés allèrent du Souverain au Maréchal, en passant par l’archiviste et par les deux femmes nobles. Etrange mélange que voilà. Mais il se reprit bien vite et fit un vague salut qui n’avait plus rien de formel avant de s’adresser à ses compagnons qui gardaient la porte en leur faisant un signe de tête. Le message fut compris et trois coups secs furent frappés contre la porte. Aussitôt, elle s’ouvrit et Fearghas s’avança, évaluant la situation d’un rapide coup d’œil.

« Ils sont beaucoup trop nombreux, nous n’avons pas pu les contenir dans le hall. Certains sont en train d’essayer de détruire les portes des cuisines et d’autres sont déjà dans les salles du bas pour prendre tout ce qu’ils peuvent. Et d’autres arrivent par ici. La plupart des domestiques sont dans les cuisines ou dans les combles et se sont enfermés, nous ne pouvons pas les atteindre sans passer par la foule. Nous avons réussi à empêcher les effusions de sang pour le moment, mais ça ne durera pas. Certains sont là uniquement pour ça.»

Le soldat débitait son rapport à toute vitesse, sans prendre le temps de respirer. Il fut cependant interrompu par des cris et du mouvement devant eux, au niveau du palier menant aux appartements des nobles. Ils entendirent les avertissements des soldats, les cris des colère des assaillants et les premiers échos de lutte leurs parvinrent bien trop nettement.

Ils arrivent.



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Auriane
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 24 Juin - 21:45






L'Attente

« -D… Dame Auriane ? Que…
-Est-il à l’intérieur ? Qui est avec lui ?
-Il… Il est dans ses appartements. Le capitaine est allé le rejoindre dès que l’alerte a été lancée, avec plusieurs de ses hommes. Mais, vous… Vous ne pouvez pas… »

Auriane coupa le soldat d’un geste de la main pour lui intimer de se taire. Elle se retourna vers le couloir en entendant des pas et les cliquetis familiers des armes et des armures. Les soldats qui gardaient les appartements de Ren s’avancèrent et entourèrent les deux jeunes femmes, armes brandies, traits fermés, prêts à se battre et à protéger. Mais heureusement, ils n’eurent pas à en arriver là. Le soulagement que ressentit Auriane en reconnaissant la haute stature d’Endor était tel que ses jambes faillirent se dérober sous son poids. Il était entouré de ses fidèles piliers, marteau au poing et ils composaient ensemble un tableau redoutable pour qui voudrait les affronter. Cependant, son soulagement n’était pas partagé par les soldats qui l’entouraient. Méfiants, ils regardèrent les Prithviens approcher, tendus. Auriane comprit. Un coup d’état, une nation supposée ennemie. Deux Souverains qui se haïssaient. Pour qui ne les connaissait pas, il aurait pu s’agir d’une menace directe. Mais Auriane le connaissait.

« Soldats, le Seigneur Endor et ses hommes sont des alliés. Reprenez votre position et laissez-les approcher. »

Des regards s’échangèrent mais personne ne fit le moindre commentaire. Le cercle se brisa, les armes s’abaissèrent et les soldats s’inclinèrent devant le Souverain qui approchait, avant de reprendre leur place, attentifs au moindre mouvement aux alentours. Auriane vit la surprise peindre les traits d’Endor lorsque leurs regards se croisèrent et il laissa sa stupeur s’exprimer, l’appelant par son titre. Face à cette formalité, elle s’inclina rapidement, baissant le regard, avant de se redresser. Elle se demandait s’il attendait véritablement une réponse à sa question, à présent qu’il savait la vérité. Elle comprit que non en voyant la résignation dans son regard avant qu’il ne détache l’un de ses piliers à sa protection. Elle faillit protester, mais tout se passa alors très vite.

Des cris la firent sursauter et tous se retournèrent d’un même mouvement vers le palier du premier étage, à quelques mètres seulement d’eux. Pétrifiée, Auriane sembla alors entendre le chaos qui régnait dans le hall pour la première fois. Comme si, jusqu’à maintenant, elle n’avait pu réaliser ce qui était en train de se produire et s’était enfermée dans une bulle qui la protégeait du vacarme. La bulle venait d’exploser. Son regard fut alors attiré par une silhouette, venant de l’aile est et elle reconnut Àliya qui venait dans leur direction. Mais la jeune femme fut interrompue dans son avancée par un groupe de trois hommes qui déboulèrent de l’escalier en furies enragées et la percutèrent de plein fouet.

« Àliya ! »

Auriane avait crié, effrayée pour la jeune femme. Mais il semblait qu’elle n’avait guère de raison de s’en faire. Loin de s’écrouler au sol comme ce fut le cas pour les autres, elle se redressa, bâton en main et, malgré la distance, Auriane la vit mettre à terre un des hommes. C’était un cauchemar, un véritable cauchemar.

« Allez vous assurer que le Seigneur Ren est en sécurité et allez chercher Fearghas. Maintenant ! »

Un des soldats s’exécuta et se précipita dans les appartements de Ren tandis que le reste de la troupe se préparait déjà à faire face. Car les trois hommes qui avaient réussi à passer le barrage des soldats au rez-de-chaussée n’étaient qu’une simple ondulation avant que la déferlante ne s’abatte sur eux. Si tout se passait très  vite, Auriane avait l’impression de vivre toute la scène au ralenti, comme si son esprit n’arrivait pas à assimiler ce qui se déroulait en l’instant, et tout ce que cela impliquait. Elle vit Samir arriver au premier étage et aider Àliya, elle les vit les rejoindre et elle entendit les questions de Samir. Mais elle était incapable de réagir. Tout cela se passa en seulement une fraction de temps, mais il lui semblait qu’une éternité s’était écoulée avant qu’un jeune soldat portant les armoiries d’Akasha ne se précipite vers eux, essoufflé. C’était le signal que semblaient attendre ses collègues. Trois coups sur la porte et celle-ci s’ouvrit sur le capitaine dont le regard se posa sur chaque membre présent, puis au-delà de son champ de vision, là où ses hommes tentaient vaillamment de contenir l’émeute sans grande chance de succès. Le rapport fut bref, précipité et alarmant. Il n’eut cependant pas le temps de finir. Sa voix fut recouverte par des hurlements de rage qui firent sursauter Auriane et Eilean. Les bruits de lutte se rapprochaient et bientôt, plus personne ne pourrait arrêter la foule qui se déverserait dans les couloirs du premier étage ainsi que dans le reste du palais.

« - Ils… Ils arrivent…
-Auriane. Rentrez immédiatement à l’intérieur avec Eilean. »

Le ton de Fearghas était calme mais sans appel. Il n’y avait plus le temps pour la formalité et les titres, seule l’action comptait et il avait revêtit son masque de soldat. La jeune femme ne pensa même pas à protester. Elle poussa Eilean, pétrifiée, à l’intérieur de l’antichambre et marqua un temps d’arrêt avant d’en franchir le seuil à son tour. Elle se retourna et son regard se posa sur chaque personne présente dans le couloir, avant de finir par Endor. Que dire ? Elle ne pouvait plus leur être d’aucune utilité en l’instant. Tous savaient se battre, tous étaient des guerriers aguerris. Son esprit ne lui servirait ici plus à rien. Et pourtant, elle souhaitait être à leurs côtés. Car elle leur avait demandés d’être ici, leur avait demandés de l’aider à sauver Akasha. Et elle devait les laisser.

« Soyez prudents, je vous en conjure… »

Son ton et son regard exprimaient toute la détresse qu’elle ressentait face à sa propre impuissance et, forcée par le pilier d’Endor nommé Keral, elle rentra dans l’antichambre avant que les portes se ne referment, protégées de l’intérieur par des soldats de Fearghas. Tentant d’oublier qui elle laissait derrière elle, l’attention d’Auriane revint sur son frère et elle se précipita dans sa chambre pour le trouver assis dans son lit, luttant contre un de ses hommes afin de se lever.

« -Sire je vous en conjure vous ne pouvez pas…
-Je vais vous montrer ce que je peux et ne peux pas faire ! Laissez-m…
-Ren ! »

Ils s’interrompirent et le regard de son frère vint se poser sur elle. Lentement, l’expression de colère qui hantait ses traits se transforma en stupéfaction, puis en horreur. Le regard écarquillé, elle vit la peur passer dans ses yeux cernés tandis qu’il la dévisageait.

« -Auriane… Mais qu’est-ce que tu…
-Tu es brûlant de fièvre. Espèce d’idiot ! Où comptais-tu aller ?
-Va-t’en d’ici. Tout de suite !
- Non !
-C’est un ordre !
-NON !»

Ils oublièrent les étiquettes, ils oublièrent leurs rôles. Ils ne firent pas attention aux regards effarés qui se posèrent sur eux deux devant la familiarité dont ils faisaient tous deux preuve tandis qu’ils s’affrontaient. Auriane attrapa son frère par un bras et fit signe à Keral de venir l’aider. Il ne se laissa pas faire et tenta de se dégager de son étreinte, mais il n’avait aucune force. Même elle parvenait en l’instant à le maîtriser.

« -Il faut qu’on te sorte d’ici. Il y a un passage dans l’antichambre non ? On va l’emprunter et te conduire en lieu sûr. Tu es le seul à pouvoir accéder à la crypte des Souverains, alors personne ne te trouvera là-bas.
-Il en est hors de question. Je n’irais nulle part tant qu’il restera une seule personne prise au piège au milieu de cette émeute.
-Ren… Cette foule n’est qu’un prétexte ! Quelqu’un t’a trahi et veut ta tête. Alors il est hors de question que tu restes ici !
-Eh bien qu’il vienne. Toi en revanche, il est hors de question que tu restes ici. Prends ce passage avec Eilean et partez. Maintenant ! »

Elle fulminait. Sa stupidité et son entêtement allaient tout simplement lui coûter la vie. Ils pouvaient le forcer. Il était incapable de tenir debout et elle pouvait voir l’effort dont il faisait preuve faire trembler ses épaules. Elle sentit sous ses doigts la faiblesse de ses muscles et son visage aux traits tirés était pâle, la sueur collant les mèches de ses cheveux à son front et dans sa nuque. Résignée, elle le relâcha. Elle pouvait le forcer. Mais elle savait qu’il ne lui pardonnerait jamais.

« -Si tu restes, je reste. Mais je te préviens. Au moindre danger, à la moindre menace, je te traine moi-même jusque dans la crypte et je t’y enferme sans cérémonie. Et tu n’auras pas ton mot à dire. Est-ce clair ?
-Limpide. Je ferais en sorte qu’on t’y enferme également. A présent, je veux tout savoir. Dis-moi ce que tu as vu. »

Dans le couloir, une fois les portes refermées, Fearghas se retourna vers le jeune messager qui avait repris son souffle et attendait les prochaines directives. Il s’adressa à toutes les personnes présentes, le regard posé sur le palier devant eux.

« Les ordres sont très clairs. Tenter de mettre hors d’état de nuire autant d’émeutiers que possible sans les tuer. Des traitres sont parmi nous, il faut les débusquer. Ils ont l’avantage d’avoir la foule en colère de leur côté mais ils seront bien obligés de passer à l’action à un moment ou un autre… En attendant… La priorité reste de protéger Ren ainsi que tous ceux qui ne peuvent se battre. »

Il hocha la tête vers le soldat et vers ses hommes avant de désigner le couloir derrière lui.

« Va dire aux hommes restés en bas de se déployer devant les cuisines et dans les couloirs attenants. Ensuite, tente de rallier Ebène et de ramener autant de soldats que possible. Quant à vous, déployez-vous dans l’aile ouest et est. Ceux qui gardent les escaliers vont être forcés de se replier et savent où se positionner ensuite. Nous allons repousser la foule ici-même dans les couloirs. »

Son regard se posa ensuite sur Endor, Samir et Àliya. Il hocha gravement la tête vers eux et pour la première fois, une étincelle de peur passa dans son regard.

« Je ne suis pas votre commandant. Je n’ai aucun ordre à vous donner. Je ne suis moi-même soldat que depuis peu. Mais j’ai juré de défendre Ren envers et tout contre. Je resterai ici, devant cette porte. Une dizaine de mes hommes sont à l’intérieur. Pour le moment nous devons endiguer le flot de personnes en colère et les forcer à se replier. Peu sont armés, tous sont effrayés. Nous pouvons utiliser ça à notre avantage. Ensuite, nous verrons. Je ne sais pas si nous arriverons à faire tout ça, mais nous devons essayer. Gardez l’œil ouvert. Certains sont ici pour faire couler le sang… »

Des bruits de courses. Des cris d’alerte et des hurlements de colère. Bientôt, une ombre apparut sur le mur face aux escaliers, grandissant de seconde en seconde tandis que des silhouettes déjà se découpaient à la lueur des torches. Les soldats akashans furent les premiers à apparaître, avançant à reculons, buttant contre les dernières marches, tentant de contenir les civils qui les repoussaient encore et toujours tandis qu’ils commencèrent à s’avancer dans les deux ailes principales de l’étage. Ils étaient désordonnés, déboussolés, tentant simplement de faire reculer les soldats, sans savoir eux-mêmes où ils allaient. La première vague arriva sur eux en quelques secondes. Ils hésitèrent devant les armes brandies, guère équipés eux-mêmes pour véritablement se confronter à des soldats expérimentés. Mais ils avaient l’avantage du nombre. Ils avaient réussi à franchir les premières barrières de soldats. Ils arriveraient à passer. Ils savaient que les richesses se trouvaient dans les appartements des nobles. Fearghas espérait qu’ils abandonneraient. Mais en les voyant charger vers eux, hurlant de rage, il savait que la graine de la discorde avait été plantée dans leurs esprits et s’était développée. Il sortit son épée, campant fermement sur ses positions, prêt à défendre ce pour quoi il s’était battu depuis qu’il avait été enfermé par Seren. Et les premiers émeutiers arrivèrent à leur niveau.

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Thème musical ~ The Willow Tree
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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Jeu 27 Juin - 12:56
L'attente
Je n’ai pas compris ce qui se passait suffisamment vite. J’étais, je l’avoue, trop préoccupé par la présence d’Auriane dans un lieu aussi dangereux pour faire attention à quoi que ce soit d’autre. Aussi, quelle n’est pas ma surprise lorsque, me retournant sur les bruits de lutte qui résonnent soudain dans mon dos, je vois Aliyà aux prises avec trois hommes furieux. Me mettant en garde, les Piliers déployés autour de moi, je devrais lui porter secours mais, le temps qu’il me faut pour hésiter à m’éloigner de la pupille du Vide, je réalise que l’archiviste s’en tire remarquablement bien toute seule, même uniquement armée de son bâton. C’est assez surprenant. Du reste, Samir arrive bientôt à son tour pour lui porter assistance et il me semble bientôt plus prudent de ne pas les gêner dans leur combat. Ils parviennent à nous rejoindre rapidement, les saluts sont adressés pour la forme sans que personne n’y fasse réellement attention. Par bonheur, Aliyà n’a pas été blessée dans sa rixe avec les trois hommes qui gisent sur le sol et je me tourne vers le Maréchal pour répondre aux questions qu’il pose d’une voix pressée, encore essoufflé par une longue course :

« Fearghas est à l’intérieur avec le Seigneur Ren et ses hommes. Il est trop tard pour aller où que ce soit à présent… »

Je m’efforce de retenir l’angoisse qui menace de me broyer les entrailles à cette pensée, à l’idée qu’Auriane est ici avec nous, là où va déferler la foule furieuse de citadins rendus fous par la peur et la nuit, guidés par des insurgés sanguinaires. Je ne dois pas y penser… Pourtant, lorsque le soldat arrive hors d’haleine pour prévenir son capitaine de la progression inexorable des assaillants, lorsqu’il devient clair que nous ne pouvons plus désormais nous dérober au combat, je ne peux m’en empêcher en songeant à elle. Il est inutile de se bercer d’illusions. Peu importe qui ils sont, qui ils étaient avant que ce cauchemar ne commence. Peu importe qu’ils soient charretiers, forgerons, mendiants, boulangers, père ou mère de famille, peu importe jusqu’à quel point ils ont été d’honnêtes citoyens. Plus rien de cela n’existe. C’est autre chose, la racine du chaos et de la mort qui sommeille en chacun qui les pousse à présent. Ils afflueront dans chaque couloir. À chaque porte qui cédera, ils se répandront en nuées sauvages pour détruire, piller, violer, tuer. Ils n’en auront même pas conscience, ils agiront sans réfléchir, simplement parce qu’ils sont nombreux, qu’ils le peuvent et qu’ainsi la peur des ténèbres qui règnent paraîtra loin. Tout ceux qui auront le malheur d’être sur leur chemin subira la cruauté de leur folie furieuse et, parce qu’hélas c’est ainsi que tourne le monde, les femmes paieront le plus lourd tribut.

Son regard croise le mien avant qu’elle ne rentre s’abriter dans la chambre. Je hoche la tête à la promesse qu’elle nous réclame à tous, même si je sais que je suis probablement en train de mentir. Je serai prudent tant que je pourrai l’être, tant que je ne craindrais pas de voir la foule passer cette porte, tuer chacun des soldats, décapiter l’Usurpateur et traiter comme elle le mérite sa pupille gâtée, bien à l’abri derrière ses murs de marbre et ses robes de soie… Un flot de rage me brûle le ventre à cette pensée tandis que je me retourne vers l’extrémité du couloir où les échos furieux des assaillants nous parviennent plus clairement à chaque seconde qui passe. J’entends à peine les instructions de Fearghas. En cet instant, je le confesse, je ne suis rien moins que compatissant à l’égard de ceux qui osent s’en venir jusqu’ici. Les crimes qu’ils commettent, qu’ils commettront si nous ne les arrêtons pas ne méritent pas de clémence, pas la mienne en tout cas. Les mâchoires serrées, le marteau bien en main, je transmets en prithvien l’ordre à mes Piliers même s’il m’en coûte :

« Blessez, désarmez, ne tuez qu’en dernier recours. Mais personne ne doit passer.  »
« Bien, Seigneur. »


Je n’ai pas plutôt fini de prononcer ces mots que les lueurs des premières torches apparaissent sur les murs, découpant et étirant des ombres effrayantes de créatures à peine humaine, portant fourches, faucilles, marteau de forge, hachoirs, couteaux à poissons, parfois simples gourdins. Une foule de gens du peuple, qui crient aussi fort que possible pour se donner du cœur au ventre. Parfait. Ils n’en seront que plus faciles à disperser s’ils se heurtent à trop forte partie et c’est bien mon intention. Lorsqu’ils chargent comme un seul homme en hurlant de rage, je repousse soudainement Rhaengar et Drenn qui s’étaient postés devant moi, les membres frémissants d’une énergie jaillie du plus profond de mon être.

« Reculez ! »

Ma vision se strie d’éclats ambrés tandis que je fais appel à toute la puissance de la terre, que je la laisse envahir la moindre de mes veines, de mes souffles, qu’elle répand ma volonté dans toute la pierre qui nous entoure. Pour la première fois de ma vie peut-être, je bénis Seren et son amour immodéré du marbre. Profitant de mon élan pour lever le genou aussi haut que possible, je me laisse retomber de tout mon poids vers l’avant, poussant un grand cri sous l’effort.

L’onde de choc fuse comme la pointe d'une lance vers la charge de la foule enragée et, comme je l’ordonne, chaque dalle de pierre polie et taillée qu’elle traverse explose avec un fracas de tonnerre. Les murs tremblent et, par endroits, une fine couche de poussière que personne ne remarque tombe sur les assaillants affolés. Bon nombre ont perdu l’équilibre ou sont tombés à terre, les autres trébuchent sur les malchanceux et peinent à se relever sur le sol défoncé. Les cris qui résonnent ont pris une toute autre teinte, celle de la confusion sans nom qui règne. Je me redresse, le souffle court, les tempes humides. La charge est stoppée. Pour autant, je ne m’arrête pas là. La gestuelle fauve de la danse de la terre me revient l’espace d’un mouvement alors que j’appelle à moi les débris de marbre, jetant à nouveau au sol quelques citadins, pour édifier une barricade grossière. Je n’ai pas assez de matière pour qu’elle nous arrive plus haut que le genou mais, tandis que je recule d’un pas mal assuré vers les autres gardiens de la porte, j’ose espérer que cela les ralentira suffisamment pour que nous puissions endiguer le flot des assaillants.

Presque simultanément, je sens la présence de Rhaengar, Drenn et Lori à mes côtés, me soutenant le corps et l’esprit. Sans un mot, je leur en sais gré alors que je reviens m’abriter derrière la protection de mes Piliers. Si utile que s’avérera mon action, je mesure hélas à quel point son coût est élevé. Je ne suis pas au contact du sol, mais séparé de mon élément par deux étages d’un palais aux épaisses fondations. Je ne manie pas la terre elle-même mais la pierre, et une pierre longuement polie et taillée par la main de l’homme qui me demande infiniment plus d’efforts pour en prendre le contrôle que sous sa forme naturelle. Autrement dit, je ne pourrai pas réitérer mon acte sans que cela ne devienne dangereux, pour moi et les autres. Ignorant la migraine et la faiblesse subite de mes membres, je m’efforce d’assurer ma prise sur le manche de mon marteau. La suite du combat se fera par les armes et je prie pour que celles de mes compagnons soient plus vives que la mienne…
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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Dim 7 Juil - 12:39
l’attenteHeureusement Àliya n'a rien, et d'après ce que je vois, ni Endor ni Auriane ne sont tombés sur des émeutiers avant leur arrivée ici. Tant mieux, cela veut dire que pour l'instant les profondeurs du palais sont sûres. J'espère qu'une partie des nobles, et les domestiques auront pu évacuer les lieux ou se barricade tant que possible avant l'arrivée de la foule. L'arrivée d'un soldat en nage me rassure un peu alors qu'il fait son rapport à Fearghas. Les cuisines et les combles ne sont pas des cibles de premier choix dans le sac d'un palais : les appartements de la noblesse et les offices renferment des richesses de bien plus grande importance.

Alors qu'Auriane rentre s'abriter dans les appartements de son frère, j'entends dans l'entrebâillement de la porte de faibles vociférations m'apprenant que Ren a probablement été informé de la situation. Paradoxalement je suis plutôt rassuré qu'il ait encore la force de faire une scène. Cela veut dire qu'il est encore avec nous et bien décidé à le rester. Une fois le lourd battant de bois refermé sur les deux jeunes femmes, je sens un poids se soulever de ma poitrine, alors même que les cris se font entendre jusqu'à nous. Au moins Auriane et Eilean seront un peu plus en sécurité. Je me fais la promesse que je serais mort avant que quiconque puisse pénétrer dans les appartements royaux.

À l'instant même, des ombres mouvantes commencent à se faire voir sur les murs du couloir, découpées dans la lueur dorée des torches qui s'approchent. La foule arrive. Ils semblent encore plus perdus et dépassés par leurs propres actions que ceux que j'ai vus sur le parvis. Heureusement, ils sont précédés par cinq des hommes que j'ai laissés pour tenir les portes d'entrée. La moitié seulement. Je leur fais signe de se positionner.

Où sont passés vos camarades ? Des pertes ?
Non, nous nous sommes séparés avant de monter ici. Erik et les autres sont descendus aux cuisines en se disant que c'était par là qu'ils pourraient protéger les domestiques.

Bien. Je hoche la tête à ce rapport sommaire, satisfait. J'apprécie leur prise d'initiative. Maintenant que je suis entouré et plus aussi pressé, je rengaine mon cimeterre et détache le fourreau de ma ceinture. L'arme ainsi improvisée ressemble plus à un gourdin qu'à une épée, mais le risque de coup fatal en est grandement diminué. Je n'oublie pas que cette foule en colère reste avant tout le peuple que je dois protéger.

La démonstration du pouvoir d'Endor me déstabilise. L'explosion des dalles de marbre est particulièrement impressionnante, et même si elle est dirigée loin de nous, la secousse se fait ressentir sous nos pieds. Mes soldats sont désarçonnés également, alors que les Piliers du souverain ne marquent, eux, pas la moindre réaction. Dans ce qui semble être un dernier effort il érige devant nous une barrière basse. Elle nous limitera peut-être dans nos mouvements, mais elle permettra au moins de gêner la progression de l'émeute et leur accès aux appartements royaux.

Les assaillants se relèvent, plus hésitants maintenant qu'ils réalisent à qui ils ont à faire. Malheureusement cette incertitude s'efface rapidement alors que quelques uns parmis eux haranguent les autres, attisant leur colère, leur montrant qu'ils sont  bien plus nombreux que nous. Il n'en faut pas plus pour que les premiers se jettent sur nous. Ils sont arrêtés par mes soldats, qui les repoussent sans les tuer. Ils ont bien compris que les ordres donnés à l'arrivée sont encore d'actualité. Je fauche pour ma part un petit malin qui essaie de contourner notre barrage, d'un coup bien senti dans le genou.  
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Spoiler:
Désolé désolé pour l'attente ><
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Ven 12 Juil - 0:44






L'Attente

Ils entendirent les hurlements. Ils entendirent les bruits de course dans le couloir. Mais surtout, ils sentirent le tremblement du sol et des murs et Auriane sursauta tandis que son frère pâlit encore plus si cela était possible. Les soldats se mirent en position d’alerte, armes aux poings, le regard braqué sur la porte et sur les différentes fenêtres. L’angoisse courrait dans tous les regards tandis que chacun se demandait ce qui pouvait bien se passer au-delà de la porte.

« -Qu’est-ce que c’était… ?
-Endor… »

Auriane se retourna brusquement vers son frère qui avait fermé les yeux et qui frissonnait, sensible à l’énergie magique du Souverain qu’il avait senti de plein fouet.

« Cet idiot a dû vouloir utiliser le palais pour les ralentir. Je ne sais pas quelle quantité d’énergie ça lui a couté mais à mon avis il n’y est pas allé de main morte… »

Plus qu’inquiète, Auriane effectua un pas en direction de la porte avant de se raviser. Le moment n’était pas venu ni de perdre son sang-froid ni d’agir de façon inconsciente. Ceux restés dans le couloir étaient tout à fait capables de se défendre et la jeune femme ne pourrait rien leur apporter de plus. Elle devait simplement leur faire confiance. Et attendre. Aussi pâle que son aîné, elle s’assit sur le bord du lit, le regard fixé sur le vide devant elle. Elle n’avait pas encore prié les divinités aujourd’hui. Le moment était peut-être venu.

La démonstration de pouvoir d’Endor était à couper le souffle. Fearghas recula et observa le sol du couloir éclater sous les pas de leurs assaillants, les forçant à reculer. Les murs tremblèrent et le sol craqua, les faisant chuter, semant la confusion parmi les attaquants. Il comprit que ce geste avait couté bien cher au Souverain et tandis qu’Endor se retranchait derrière la protection de ses piliers, tous serrèrent leurs armes plus fermement, revigorés par le geste du Souverain. En face, ils hésitèrent. Certains désertèrent, même. La peur se lisait dans les regards, l’incertitude également. Mais la majorité resta et malgré la pierre qui vint en frapper certains et qui forma une barricade devant les soldats, ils retrouvèrent leur rage et attaquèrent à nouveau.

« Soldats ! En position ! »

Les hommes de Fearghas adoptèrent une attitude défensive et plusieurs suivirent l’exemple de Samir qui utilisait son fourreau afin d’émousser ses attaques. Les premiers arrivèrent et se heurtèrent à la barrière érigée par Endor, mais cela n’en empêcha pas plusieurs de passer. Les premiers coups se mirent à pleuvoir et les soldats akashans s’engagèrent dans une lutte pour ne pas se laisser disperser et pour que leur ligne défensive reste intacte. Car là était le mot d’ordre. Personne ne passerait. Mais l’assaut adverse était redoutable. Le nombre jouait en leur faveur et très vite, le barrage d’Endor ne suffit plus. Ils étaient nombreux, trop nombreux. S’ils ne les dispersaient pas rapidement, ils passeraient.

Mais alors que Fearghas tentait en vain de trouver une solution tout en luttant pour garder sa position et repousser les assaillants, il y eut du mouvement de l’autre côté du couloir. Il avisa du coin de l’œil certains de ses hommes postés au rez-de-chaussée finir de monter les escaliers à vive allure et les rejoindre afin de bloquer les citoyens qui se retrouvaient alors prisonniers au milieu du couloir, pris entre le groupe protégeant les appartements et celui qui les empêchait de battre en retraite. Il entendit ses hommes hurler aux attaquants de lâcher leurs armes et de se rendre. Puis, parmi le fracas qui résonnait, il entendit très distinctement un hurlement de douleur. Tournant brusquement la tête, il vit un de ses hommes, pâle comme la mort, son épée enfoncée jusqu’à la garde dans l’estomac d’un homme contre lequel il luttait. Il tomba et s’écroula face contre terre. Et ne bougea plus. Il y eut un moment d’hésitation. Un infime moment qui ne dura qu’une fraction de seconde. Puis ce fut le chaos. Un chaos véritable où la foule ne savait plus qui était son allié et qui était son adversaire. Un chaos où régna le plus grand désordre tandis que la panique s’insinuait et se mêlait à la haine qui embrasait les esprits les plus échauffés. Certains tentèrent de fuirent. D’autres de les tuer.

« Laissez-les passer ! Bloquez l’aile est ! Repoussez-les dans les escaliers ! »

Fearghas ne savait pas si ses hommes de l’autre côté de la marée humaine déchainée l’avaient entendu. Tout ce qu’il savait, c’est que s’ils ne parvenaient pas à les disperser, les morts seraient de plus en plus nombreux.

Et pendant ce temps-là, bien loin de la cohue qui régnait dans les couloirs, passant par les passages dissimulés aux yeux inexpérimentés, plusieurs silhouettes se rapprochaient lentement des appartements royaux, l’acier de leurs armes reflétant la faible lumière des torches qui éclairaient leur chemin.

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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Dim 14 Juil - 17:33
L'attente
Chacun des Piliers ici présent s’entraîne au combat avec moi depuis des années. Ils ont tous appris à décrypter mes gestes, à anticiper les mouvements que j’imprime à la terre sous leurs pieds et, plus encore que la maîtrise de leurs armes, celle de leur équilibre est telle qu’une action comme celle que je viens de tenter les laisse fermement debout, prêts à tenir la position. Et les dieux savent combien nous aurons besoin de fermeté dans les instants à venir…

Je savais que c’était risqué, qu’il y avait une chance pour que cela ne fonctionne pas. Je ne suis pas l’élément le plus respecté dans cette contrée, ni le plus impressionnant ou le plus dangereux. Nàr les aurait déjà tous fait fuir en déchaînant une tempête de flammes dans les couloirs, s’il avait été à ma place. Mais même si j’y ai englouti une bonne partie de mes forces, même si le désarroi et la peur se lisent sur les visages et me font espérer, l’espace d’un instant, avoir réussi à les effrayer assez pour qu’ils abandonnent, la chance ne nous sourit pas assez ce soir. Une poignée de meneurs parvient à surmonter la confusion qui règne et à haranguer suffisamment la foule pour les pousser de nouveau à l’assaut. Un juron m’échappe et je me dégage du soutien de Rhaengar pour retrouver mes appuis, rassembler mon pouvoir et préparer une nouvelle vague. Une autre, une seule. Si je parviens à les effrayer suffisamment, à les persuader que le couloir est imprenable et qu’ils ne peuvent avancer malgré leur nombre, il n’y aura pas à combattre. Je peux épargner la vie de centaines d’akashans. Je peux, rien qu’un peu, racheter mes fautes envers cette contrée… Mais alors que je grimaçais déjà sous le nouvel afflux de puissance que mon corps ne supporte qu’à grand peine, la source de l’Ambre qui palpite en moi se tarie soudain sans prévenir et le choc me coupe le souffle, m’envoie vaciller contre le premier de mes Piliers. Aussitôt, je m’écrie avec rage contre l’implacable bouclier mental de mon Gardien.

Laisse-moi faire, Lori !
Non !
Laisse-moi ! Il le faut !
Tu te tuerai. Tu ferai s’effondrer tout le palais !


Un nouveau juron m’échappe tandis que j’abandonne la partie, laisse mon pouvoir retourner d’où il vient sous l’escorte prudente et inquiète de mon Gardien. Les dieux l’emportent, il a raison. Je ne suis plus en état de maîtriser ce que je fais. La puissance de la terre est sans limite, mon contrôle sur elle ne l’est pas, pas plus que ma faculté à endurer sans fin un tel flot d’énergie dans mon enveloppe charnelle. Je ne peux pas attaquer de nouveau de la sorte sans nous mettre tous en danger. Durant les quelques secondes qui nous séparent du nouvel assaut, je m’en remets donc à ce qui me reste. À mes Piliers, à Samir, à Aliyà, à Fearghas, aux autres soldats qui font front avec nous et dont j’ignore le nom, à mes propres forces. Dans un murmure, j’invoque le nom de la grande Eira, puis affermis ma prise sur le manche d’Heleborg pour repousser moi aussi les premiers émeutiers qui parviennent jusqu’à nous. C’est tout ce sur quoi je peux compter désormais.

Dès les premières secondes, il est évident que nous ne pouvons que perdre. Nous ne sommes qu’une poignée face à une multitude. Même mieux armés et mieux entraînés, nous ne pourrons pas tenir indéfiniment face à la pression du flot humain ininterrompu dont les vagues viennent se briser maladroitement sur notre ligne de défense. Encore et encore. Frappant du manche et du pommeau de mon marteau, évitant autant que possible les coups mortels, je ne me retiens pas pour autant. Je n’ai pas l’intention de mourir ici et de plonger Seele plus loin encore dans le chaos où elle se noie. Je n’ai pas l’intention de laisser qui que ce soit passer cette porte et atteindre ceux qui se trouvent derrière. Mais alors que je combats avec l’énergie du désespoir, des cris différents retentissent de l’autre côté du couloir. Je peine à voir par-dessus la cohue et les assauts que je tente de repousser tant bien que mal mais il me semble bien que des soldats aux couleurs du palais sont arrivés en renfort. Le genre de nouvelles qui devraient nous réjouir mais ces soldats n’ont pas entendu les ordres de leur capitaine. Les cris de douleur et le vent de panique qui pousse soudain la foule nous disent bientôt mieux que tout autre chose que le premier sang est versé.

Fearghas tente de diriger ses hommes de l’autre côté du couloir mais il serait vain de croire que sa voix puisse porter par-delà le vacarme ambiant. Jamais il ne pourra endiguer la violence qui croît, gonfle et va nous engloutir comme un monstre… Quasiment au moment même où cette pensée me traverse l’esprit, deux choses se produisent simultanément : une odeur de fumée me parvient aux narines et la lumière devient d’un seul coup plein intense. L’espace d’un instant, les combats cessent et chacun réalise alors que, dans la cohue, les nombreuses torches ont fini par enflammer l’une des tapisseries tendues sur le mur. Aussitôt, une seconde bourrasque de terreur s’empare du couloir. Le cœur battant, je réfléchis à toute allure en voyant la foule paniquée qui ne sait soudain plus comment parer toutes les menaces qui la cernent.

« Si nous devons les repousser, c’est maintenant ! »

Même si nous sommes moins nombreux, en faisant bloc immédiatement, nous pouvons les contraindre à reculer vers l’aile est. En priant pour que le feu ne se propage pas trop vite...
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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mar 16 Juil - 22:01
l’attenteUne seconde de répit me donne l’occasion de me rendre compte de la situation. J’aperçois le dos de quelques paysans pour qui le déchaînement d’Endor était de trop, trop impressionnant et trop dangereux. Soudainement, le jeu ne vaut plus la chandelle, et les rapines qu’ils étaient venus chercher pourraient se commettre ailleurs, dans un endroit moins protégé et où la volonté d’un Souverain ne s’opposerait pas à eux. Je pense que le peuple, et moi le premier, oublie parfois ce qui fait d’eux des souverains. Des êtres surhumains capables de canaliser la puissance brute des gemmes et de la plier à leur volonté. Voilà ce qui se trouvait face à eux, ce qu’ils n’avaient pas prévu dans leur colère et leur peur.
Mes contacts réguliers avec Ren et nos discussions m’en ont appris un peu plus au sujet des pouvoirs des gemmes. C’est ce qui me fait me demander : de quoi aurait été capable Endor, s’il n’avait pas eu à sa disposition que le marbre du palai, si proche et pourtant si différent de son élément ? La manoeuvre semble l’avoir épuisé, mais je ne crois pas pour autant que nous ayons eu droit à sa puissance entière. Il fait un allié de poids et un ennemi de taille. Je prie pour que je n’ai jamais à découvrir le dernier.

Des cris différents se font entendre de l’autre côté du couloir, et la livrée des soldats du palais est visible derrière la foule en colère. Malheureusement, ce qui devait arriver arriva : les cris de colère se transforment en hurlement de rage et de peur, nous laissant trop bien imaginer ce qui a pu se produire. À nouveau c’est la débâcle : certains préfèrent fuir, alors que d’autres laissent libre cours à la haine qu’ils ont accumulée et la violence redouble. L’ordre de Fearghas se perd dans le tumulte ; malgré sa puissance, sa voix ne parvient pas à couvrir le vacarme de la mêlée. D’un geste qui signifie “couvre-moi”, j'interpelle le soldat à ma droite. Il se positionne en garde à mes côtés, et me permet de sauter sur la barricade de fortune érigée par Endor. De ma position haute, j’ai une meilleure approche de la situation, mais surtout je suis bien plus visible. Je porte les doigts à ma bouche et laisse échapper un sifflet strident.

De nombreuses têtes se tournent désormais vers moi, mais je n’ai pour l’instant d’yeux que pour nos alliés. Les signes que je leur adresse sont simples : faire barrage du côté de l’aile est pour protéger les appartements royaux, et laisser un couloir pour rediriger les émeutiers loin d’eux. Cette fois-ci les instructions semblent avoir été comprises. Les soldats font bloc, et déjà les premiers pillards s’échappent dans la direction que nous souhaitions. Cependant, rien n’est encore joué. Des flammes grimpent le long d’un mur, là où se trouvait une tapisserie, et je réalise que c’est cela qu’ils fuyaient.

J’esquive un coup de bâton dirigé contre ma cuisse en sautant en arrière de la barrière de marbre et réplique, l’argument de mon fourreau ne laissant pas indifférente l’oreille de l’abdomen de mon assaillant. Je saisis la stratégie du souverain de la Terre, et je me rapproche de ses piliers qui l’encadrent. Nous ne devons pas lâcher maintenant, le front doit être uni.
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Ven 19 Juil - 22:58
Event n°2 ~ L'Obsidienne
L'attaque du palais


Après la Terre, ce fut le Feu que durent affronter les émeutiers chargeant dans le couloir du premier étage. Face au premier élément qui les affrontait, ils avaient subi des pertes, les plus effrayés d’entre eux préférant se replier face à la puissance qui avait fait trembler les murs et éclater le sol. Ils avaient fait demi-tour, courant vers l’aile est ou vers les escaliers, n’importe quel endroit qui les préserverait du Souverain et de son pouvoir terrifiant. Mais ils avaient été arrêtés, bloqués par les soldats qui faisaient face, bloquant l’aile est, bloquant les escaliers, les arrêtant, les forçant à capituler. Ils furent peu nombreux à être arrêtés dans leur fuite mais cela permit déjà aux soldats de reprendre espoir et confiance face à cette première victoire, aussi maigre fut-elle.

Mais ils n’avaient pas été nombreux à fuir et à abandonner la charge. Un groupe de meneurs au sang chaud avait réussi à galvaniser le plus gros de la foule, leur insufflant suffisamment de rage pour ne plus redouter l’élément de la Terre. Ils avaient à nouveau chargé, bien déterminés à passer et, s’il le fallait, à faire couler le sang. Le chaos était tel qu’on ne dissociait plus les deux camps, les émeutiers se brisant sur les lignes défensives, les faisant peu à peu plier, tentant de passer, n’hésitant plus à porter des coups, qu’ils soient fatals ou non. Le sang ne tarda plus à couler et la haine s’embrasa dans les esprits et les cœurs. Mais ils évoluaient tous dans un espace réduits, coincés au milieu d’un couloir sans aucune issue, se bousculant, ne prêtant nullement attention à ce qui les entourait. Et c’est ainsi que le Feu succéda à la Terre, tandis que les torches qui illuminaient les couloirs finirent immanquablement par embraser les tapisseries qui ornaient les murs. L’odeur de fumée fut le premier élément à ralentir les combats tandis que les esprits comprenaient que quelque chose n’allait pas. Un par un, les visages finirent par se retourner et se lever vers le mur et les regards s’écarquillèrent d’horreur en voyant les flammes commencer à lécher le tissu. Prisonniers du couloir, les émeutiers commencèrent à paniquer, ne sachant plus que faire, quelle menace affronter dans cet espace si réduit où de telles flammes pourraient s’avérer mortelles.

Ce fut Endor qui le premier se positionna pour les repousser, profitant de leur stupeur et de leur frayeur pour rallier ses hommes et faire front en une ligne à laquelle Samir et ses hommes se joignirent. Il ne fallut qu’un quart de seconde à Fearghas pour suivre le Maréchal et le Souverain et tous ensembles, ils commencèrent à repousser les citoyens dont les regards effrayés passaient des flammes aux soldats. Ils ne se battaient plus, n’essayaient même plus de passer, car passer voudrait dire se retrouver plus proche des flammes qui continuaient d’embraser la large tapisserie, gagnant en puissance, illuminant toute la portion du couloir et les visages apeurés. Certains commencèrent à faire demi-tour en hurlant et furent également stoppés par les soldats akashans, maintenant leurs positions dans l’aile est et dans l’escalier. Les émeutiers étaient désordonnés, le mouvement de foule ayant disparu pour ne plus laisser que des gestes désespérés pour sauver leur propre peau. C’en était trop. Affronter la puissance de deux éléments à suivre était trop cher payé. Ils fuirent, encore trop nombreux pour que les soldats puissent tous les intercepter. Fearghas cria des ordres à ses hommes qui faisaient front à ses côtés, leur intimant de garder leurs positions. Ils les repoussaient. Certains de ses soldats se détachèrent de la ligne défensive dans une tentative d’étouffer les flammes qui avaient brûlé tout un pan de la tapisserie et croissaient bien trop rapidement.

Ronan avançait inexorablement dans les couloirs, suivant les indications qui lui avaient été fournies avant qu’il ne pénètre dans le palais. Deux de ses hommes derrière lui, armes aux poings, ils finirent par déboucher sur une porte qu’ils enfoncèrent sans cérémonie, dans un vacarme qui fit hurler les personnes présentes dans la pièce. Ronan se délecta un instant des regards horrifiés qui se posèrent sur eux et sur leurs armes avant qu’ils ne fondent en hurlant sur les hommes et les femmes qui s’étaient retranchés dans les cuisines afin d’échapper à la colère des émeutiers.

Dans les combles, ce fut le même chaos. Nul n’était à l’abri car les passages dérobés étaient partout. Les hommes se déversèrent, armes en main et leur but était le même : tuer autant que possible. Les domestiques furent les premiers à rencontrer les lames de leurs épées et de leurs dagues mais bientôt, les nobles retranchés dans leurs appartements devinrent également des cibles. Tous les soldats postés devant les portes principales, en entendant les hurlements, se précipitèrent et enfoncèrent les portes. Les cuisines, les combles, les chambres, partout le sang se mit à couler. Qu’ils soient soldat akashan, domestique, noble, assassin, les corps se mirent à tomber et les tapis ainsi que les dalles de pierre et de marbres commencèrent à se teindre d’un rouge sombre tandis que les luttes se poursuivaient. Le palais tout entier résonnait des cris et de l’acier qui s’entrechoquait. On fuyait, on se cachait, on mourrait. Les soldats permirent aux gens désarmés de s’enfuirent sans avoir subi de lourdes pertes mais ils trébuchèrent tout de même sur les corps de leurs semblables qui avaient été les premiers à subir l’assaut des assassins et n’avaient pas eu leur chance.




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Auriane
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Ven 26 Juil - 0:56
HRP:
Premièrement je suis désolée d'avoir mis aussi longtemps à répondre entre les deux posts ! Je suis aussi en vacances (et souvent malade joie et bonheur) et je tourne vraiment au ralenti en ce moment ^^' Deuxièmement, je pense que tant que l'attaque du palais ne sera pas terminée, je ne posterais plus qu'avec le Gardien en tant que mj parce que j'ai beaucoup de mal à jongler entre le mj, les pnjs et Auriane/Ren/Fearghas. Du coup pour éviter de laisser traîner tout ça je vais surtout me concentrer sur ce que vous faites et y répondre directement avec le Gardien :) Et s'il faut faire intervenir Auriane ou Ren (mais soyons honnêtes, ils ne sont pas très très utiles, ils me bloquent plus qu'autre chose) je le ferais dans le même post, ça m'évitera de devoir faire deux posts et aussi de perdre autant de temps >< Du coup à partir du prochain tour, Endor tu pourras poster directement après le Gardien :) Je suis encore vraiment désolée d'être aussi lente, j'ai bien conscience d'avoir laisser traîner les choses pour ces deux derniers tours, notamment avec Auriane et c'est pour ça que je pense que passer au seul compte du Gardien sera beaucoup plus simple et évitera ce genre de choses. Et bien sûr vous avez tout à fait le droit de me taper sur les doigts parce que clairement je crains [Sujet Commun] L'Attente - Page 2 1150397739







L'Attente

Encore et toujours ces cris. Ils résonnaient dans l’esprit d’Auriane qui se sentait de plus en plus nauséeuse. L’inquiétude et la peur qu’elle ressentait ne faisaient que croître et elle n’était pas la seule dans cet état. Eilean l’avait rejointe, assise à ses côtés, serrant son bras à lui faire mal. Elle regardait le mur fixement devant elle, le visage blême et les lèvres serrées. Tout son corps tremblait tandis qu’elle tentait de contenir les hurlements qu’elle voulait elle-même pousser tant l’attente était horrible. Mais plus que celui de son amie, c’était l’état de son frère qui préoccupait le plus Auriane. Elle l’observait du coin de l’œil et voyait le peu d’énergie qu’elle lui avait trouvé en arrivant disparaître tandis que son regard s’assombrissait de plus en plus. Elle n’osait pas lui parler, de peur de constater qu’il ne pouvait plus lui répondre. Heureusement, parmi tous les soldats présents, deux de ses médecins étaient dans la chambre, supervisant l’état de leur Souverain d’un œil inquiet. Tous se doutaient que ce qui était en train de se passer ne ferait rien pour arranger l’état de Ren qui entendait les hurlements de son peuple et de ses hommes aussi clairement qu’eux.

Mais ces mêmes cris finirent par sonner différemment aux oreilles d’Auriane. Elle ne savait pas si c’était son imagination mais il lui semblait que là où elle avait entendu des cris de rage, elle entendait à présent des cris de peur. Fronçant les sourcils, elle esquissa un geste pour se lever afin d’aller s’entretenir avec les gardes dans l’antichambre lorsqu’un violent craquement les fit tous sursauter. Un pan du mur dans la chambre sembla brutalement se dérober tandis qu’une porte s’ouvrit à la volée, allant claquée contre le mur qui trembla et que quatre hommes couverts de capuches pénétrèrent dans la chambre, arme au poing. Tout se passa alors très vite.  Eilean hurla et Auriane se leva d’un bond. Mais avant qu’un seul des assaillants ait pu les attaquer, les gardes en faction dans la chambre, comprenant le pilier d’Endor, se jetèrent sur eux et les immobilisèrent en l’espace d’un instant. La lutte était inégale, les soldats bien trop entrainés et les attaquants apparemment bien trop surpris de les trouver ici pour que le combat ne dure plus que quelques minutes sous le regard horrifié de la jeune femme. Trois furent tués et le dernier fut épargné, immobilisé à genoux au sol, épée sous la gorge.

« Ne le tuez pas. »

Auriane se retourna et découvrit son frère, assis, le regard luisant de haine braqué sur l’homme à genoux. Mais à nouveau, personne n’eut le temps de dire ou faire quoique ce soit qu’une nouvelle porte s’ouvrit brutalement. Il s’agissait cette fois-ci de la porte principale et des bruits de pas précipités précédèrent un soldat haletant. Et avec lui l’accompagnait une étrange odeur qu’Auriane ne réussit pas à identifier. Le nouveau venu marqua un temps d’arrêt en découvrant le spectacle qui s’offrait à ses yeux. Mais l’urgence le rappela alors à son bon souvenir et il sursauta avant de s’incliner très rapidement devant le lit.

« Sire. Les émeutiers sont en train d’être repoussés vers les escaliers. Beaucoup ont réussi à fuir mais d’autres ont été arrêtés. Vous ne pouvez pas rester ici. Une tapisserie a pris feu dans le couloir et les flammes sont en train de se propager. Des assassins ont été repérés partout dans le palais, ils sont passés par les passages, tous ceux qui s’étaient barricadés ont été attaqués. Dans les cuisines, dans les chambres. Il faut que vous partiez. »

Le soulagement qu’Auriane avait ressenti aux premières paroles du soldat fut aussitôt remplacé par une sensation de froid glacial tandis que l’horreur la paralysait. Partir ? Mais pour aller où ? Le palais entier était attaqué. Ceux qui avaient mené la charge savaient où aller, comment se déplacer sans être vus. Sans les soldats présents dans la chambre, les quatre intrus auraient réussi à les tuer avant même qu’ils aient pu tenter quoique ce soit. Son regard se posa sur son frère, incapable de tenir debout. Les passages étaient inexploitables car qui sait quelles rencontres ils pourraient faire ? Le couloir était encore envahi par les émeutiers et les flammes léchaient les murs. Ils allaient devoir prendre une décision et vite. Mais que faire ?

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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 29 Juil - 18:55
L'attente
Je n’ai pu distinguer cela que du coin de l’œil dans le feu de la mêlée mais Samir a lui aussi remarqué que les ordres de Fearghas ne portaient pas par dessus le vacarme de la foule. Grâce aux dieux, le maréchal réagit promptement et me prouve par là-même que son grade important n’a en rien émoussé son expérience de soldat. S’exposant dangereusement sur la barricade malgré la présence d’un homme en couverture, il interpelle l’autre groupe de gardes pour leur donner leurs directives par signes. Une fois que la stratégie est partagée par toutes nos forces en présence, la balance s’inverse inexorablement en notre faveur. Malgré les flammes qui continuent de lécher les murs du couloir, nous sommes désormais tous tendus vers un unique objectif, toutes nos forces convergeant le même but, se joignant les unes aux autres tels les mille ruisselets qui dévalent les flancs de la montagne à la fonte des neiges et finissent par se jeter en rugissant dans la mer ensemble. Lorsque j’appelle à repousser leur assaut pour de bon, mes Piliers, Samir, Fearghas et leurs soldats font aussitôt bloc comme un seul homme à mes côtés. Un ordre, un claquement de voix dans le tumulte et nous avançons d’un même pas, jouant de nos armes et de la ligne implacable de nos boucliers. Et bientôt, comme prévu, la marée humaine paniquée reflue là où elle le doit. Cette vision charge mon sang d’excitation, gonfle mon cœur d’une pulsation victorieuse. Je suis un Souverain en temps de paix et tant que tel, je ne suis pas censé prendre part au plus fort de la mêlée. Pourtant, durant ces quelques instants, les choses que j’éprouve dans ma chair trouvent leur écho sur le lien même qui me relie à l’Ambre de Prithvi.

Le martèlement de nos pieds bat une mesure d’ordre au milieu du chaos et la régularité imperturbable de son rythme m’apaise, aiguise mes forces. Je suis dans mon élément au milieu de ces hommes qui marchent avec moi. Un roc immuable, un socle inflexible. Voilà ce qui soutient le monde et remporte les batailles. Toutefois, je n’ai que peu l’occasion d’en tirer la moindre fierté.

Les flammes n’ont que faire de notre unité. La première tapisserie à s’embraser n’est bientôt plus qu’un souvenir mais le mal s’est transmis à quelques autres et l’incendie lèche déjà les poutres et le plafond avec avidité en certains endroits. Une fumée âcre et piquante se répand dans le couloir, nous assèche la gorge et nous fait tousser. Bientôt, il faut s’arrêter. Nous ne pouvons pas continuer plus avant sans risquer d’être séparés de la chambre de Ren. Les larmes aux yeux, je rappelle les soldats qui tentaient d’éteindre les flammes. C’est inutile. Rien de ce que nous avons sous la main pour le moment ne peut nous aider à maîtriser suffisamment vite l’incendie. Nous devons quitter cet endroit avant qu’il ne s’effondre sur nous, sans compter que le danger est loin d’être écarté par ailleurs. Je m’en souviens avec brutalité lorsque nous revenons vers les appartements du Souverain. La porte entrebâillée réveille toutes mes angoisses et elles m’étreignent le coeur comme un lièvre pris dans un collet. Chaque regard, chaque mouvement que je fais en découvrant la scène qui s’est jouée dans cette pièce resserre davantage leur prise, me paralyse, occulte bientôt tout ce qui n’est pas la peur. Des assassins sont parvenus jusqu’ici. Peut-être ont-ils atteint leur cible, et peut-être pas. Peut-être leur lame a-t-elle frappé malgré tout.

« Êtes-vous blessées ? »

J’ai avancé de quelques pas vers le lit du Souverain et les deux jeunes femmes qui se tiennent tout près, à l’écart de la scène. Mon regard ne pose la question qu’à une seule personne. Mais avant que j’ai pu, sous le coup de l’émotion, esquisser en public un geste que j’aurais pu regretter par la suite, Keral apparaît dans mon champ de vision.

« Des assassins, Seigneur. Ils sont passés par ce passage dérobés mais nous les avons maîtrisés rapidement. Tout le monde est sain est sauf. »

Ces mots coupent net la corde vicieuse qui étranglait toute ma poitrine, tellement soudainement que le soulagement met quelques instants à se frayer un chemin dans mon esprit, à me faire recouvrer mon sang-froid. Un soupir m’échappe et je hoche la tête avec gratitude. Tout le monde est sauf. Tout le monde… Pour le moment. Cela ne sera plus le cas si nous restons ici davantage. Balayant la pièce du regard, j’avise les soldats akashans qui se trouvaient là.

« Aidez le Souverain à se lever. Nous devons fuir sans délais. Jusqu’où ce tunnel se poursuit ? Y a-t-il moyen de gagner un endroit sûr par là ? »
« Sire Endor, d’autres assassins nous attendent peut-être dans ces galeries. Elles sont étroites et fort nombreuses, il nous serait difficile de nous défendre convenablement en cas d’attaque. »
« L’exiguïté sera tout autant un problème pour eux que pour nous et il est possible de la tourner à notre avantage. Là où on ne peut attaquer de front, le nombre n’a plus d’importance, seule la technique compte. Et pour ma part, je préfère affronter une brochette d’assassins dans un couloir que toute une horde de gens terrifiés dans un palais en flammes. La fumée nous étoufferait en un clin d’oeil, si la charpente ne s’écroule pas sur nous avant. Empruntons les galeries au moins pour gagner une place plus facile à tenir avec notre effectif. »


Je me retourne vers Aliyà, Samir, Fearghas, qui connaissent mieux ce palais que moi.

« Avez-vous des suggestions à ce sujet ? »
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Àliya
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Sam 3 Aoû - 0:11
L'attente

Durant un combat, le temps semble mu d'une volonté propre. D'une existence propre. Comme s'il pouvait s'étirer, se rétracter et se mouvoir d'un seul Homme, d'un seul bloc. Comme si, à cet instant précis, nous n'étions plus frères d'armes, mais soumis à sa volonté. Il n'y aucune justice, dans ce temps qui passe. Trop vite pour certain, dont la vie fut prise si brutalement. Trop doucement pour d'autres, engoncés dans la peur et la rage, fiévreux de dispenser morts et souffrances. Combien de temps avions nous passer à repousser la cohortes tonitruantes et revancharde d'un peuple mue par une crainte tant feinte qu'exagéré, sans jamais voir l'ombre des fils du marionnettiste derrière tout ceci. Des blessées et des morts inutiles, voilà exactement ce dont avait besoin quiconque souhaite retourer un gouvernement. Mais le temps n'était pas à l'élucubration et je ne savais même pas comment mon esprit avait pu s'enfuir aussi loin des cris et de la tension. Je me battais côté à côte d'un Souverain et d'un Maréchal-Conseiller sans jamais faiblir. Et aussi éclectique soit cette alliance, elle tenait bon. La foule était mue par la rage et la nécessité, nous étions mus par un sentiment de responsabilité qui dépassait de loin une foule enragée. Et d'une forme peut être plus subtile de tendresse.

Nous repoussions les vagues d'habitants, écopant de quelques balafres, la sueur coulait le long de nos tempes, les expressions de nos visages étaient pour le moins semblables, entre un mélange de concentration et d'une colère tempérée. Il n'existe pas de pensée universelle et même si nous nous savions du meilleur côté possible, il était évident que le peuple n'avait pas accès à assez d'informations pour le réaliser. Ou ne le pouvait il simplement pas. Ou peut être les avait on manipuler. Plus qu'un conflit d'armes, il s'agissait d'un conflit d'intérêt. Ni bien ni mal, simplement des pendants différents d'une même montagnes qui se retrouvaient au sommet pour découdre de leur réalité. Nous avions finalement été rejoint par une partie des soldats Akashans au même moment que nous avions réussi à nous retrancher devant les appartements de Ren. La situation n'était assurément pas la plus avantageuse, d'un point de vue numérique. Mais la présence, sinon l'intervention d'Endor fit pencher la balance entre notre faveur. Souverains et Gardiens possédaient des dons hors du communs personne ne pouvait en douter...et ce soir, aucun Akashans ne douteraient plus jamais de la puissance d'un ancien ennemi et nouvel, bien qu'incertain, allié. Le sol trembla. Le palais tout entier trembla. C'était comme si jaillissait des tréfonds du monde, un pouvoir plus anciens, plus noble et plus inconnu que tout ce que la terre avait jamais porté...Le pouvoir nourricier de la création. De la Vie.

Ma vue se brouilla, tant par peur que par surprise, se focalisant sur quelques éléments. J'entendais à peine ce qui se passait autour de moi, laissant à mon subconscient le soin de prendre le relais, envoyant à mon corps les informations nécessaire. Ce fut pourtant un cri parmi d'autres, qui me déconcentra. Le Souverain était tombé sur le sol, comme si l'essence de la vie avait pris congé. Ce laps de temps durant lequel je détournais le regard me coûta une sérieuses estafilade à l'épaule. Poussant un cri rauque, je retournai à mon combat, repoussant l'assaillant, faisant que peu cas de l'épais liquide chaud qui coulait le long de mon membre. Endor n'était pas seul, et il était sûrement bien mieux entouré qu'avec les soins rudimentaires que je pouvais lui prodiguer. Combien de temps s'écoula encore ? Impossible à dire. Ce fut mon cerveau reptilien qui le premier pris conscience du nouveau problème qui s'étirait, indolent et ravageur. Et ce fut mon odorat qui prit la suite et sans que j'eu besoin de lever les yeux, je compris que le feu s'était propagé et que rapidement, il allait devenir l'ennemi commun le plus important pour nous à gérer. Il ne fallu que peu de temps pour que la rumeur du feu n'enfle parmi la foule qui commença à se désolidarisé pour se briser en une multitude de volée d'oiseaux, battant des ailes dans un brouhaha infernal, chassant dans toutes les directions possibles.

Me vint alors une idée. Une idée qui n'eu même pas le temps de maturer assez pour savoir si elle était viable. Je profitais de la débandade devant moi pour attraper l'épaule du soldat le plus proche de moi, l’entraînant à la suite des fuyards.

« - Il faut que je monte. Vite ! »

Sans vraiment lui laisser le choix, je commençais à fondre sur lui et il eu tout juste le temps de se baisser, joignant les mains en coupe, se servant de la puissance de ses jambes et de mon élan pour me projeter sur les tentures en flammes. Je pus atteindre la première avec mon bô, puissant et dense bâton de prêt de deux mètres de long, profitant du ravage des flammes pour la faire chuter sur ceux qui s'enfuyaient. Je n'avais pas le temps de réfléchir d'avantage. Il fallait que je m'accroche et mon point de chute fut les fixations métalliques des tapisseries. J'étais suspendue à hauteur de plafond, cherchant des pieds une prise invisible sur le mur lisse du palais. Une chance que les fixations fussent d'excellente qualité pour supporter mon poids. Mais cela ne durerait pas. J'avançais à la force des bras, grimaçant sous l'effort, poussant un nouveau cri alors que mes mains empoignaient vivement les barres qui devenaient brûlantes à cause de la chaleur. Je pouvais sentir ma peau crépiter et presque fondre. Mollement, je tentais de décrocher la dernière tenture dont le feu n'était pas encore arrivé au sommet, mais ne pouvant rester longtemps suspendu à un bras, ou plutôt, une main brûlée, je fis le stupide pari de me balancer sur la tenture, sombrant avec elle, enroulée dans le tissu flambant, tombant et roulant sur les gens en dessous de moi. Je pouvais sentir mon corps, le leur, plier sous le poids, crisser sous les flammes. L'odeur de chair brûlée emplit mes narines. La mienne ?

Alors que le feu avait eu raison d'une partie de mon flanc droit, et songeait sérieusement à attaquer mon dos, je m'extirpai à grand gestes de linceul brûlant, rampant sur le sol, manquant à plusieurs reprises de me faire piétiner. Mais lorsque je fus sorti de ce qui restait de la tapisserie, je jetais un dernier coup d'oeil aux flammes. Mon intervention n'avait probablement pas été d'une grande utilité, au vue des flammes qui continuaient de croître le longs des solives. Je rampais péniblement vers notre conciliabule, mais je sentais la douleur croître et ma vue, cette fois, se brouiller, non pas du fait d'une trop forte concentration, mais bien à cause de ma stupide témérité.



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Désolée pour l'absence...Mea culpa. Si vous voulez me laissez brûler, faites ! Mais si vous voulez me traîner par les cheveux et m'engueuler, vous pouvez aussi !
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Samir
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mar 6 Aoû - 19:37
l’attenteUne fois notre stratégie implémentée de manière unie entre les deux pôles de la défense du couloir, tout semble se délier rapidement. L’agitation dans nos rangs est moindre, ce qui met d’autant plus en exergue la confusion des assaillants. Pris entre le fer et le feu, le marteau et l’enclume, ils se mettent à refluer en désordre mais régulièrement vers l’escalier. Quelques uns, plus téméraires que les autres, ou plus en colère, essaient malgré tout de passer notre barrage malgré le chaos et les flammes, mais ils sont bien vite arrêtés et aucun ne présente un réel danger pour les appartements royaux et ceux qui s’y abritent.

C’est d’ailleurs la fumée qui nous arrête, alors même qu’elle semble donner des éperons dans les côtes des émeutiers qui les fuient. Endor nous fait signe de nous arrêter, pour ne pas nous laisser séparer de mon Souverain et de sa compagnie. Une nouvelle fois sa décision me paraît sage et je m’y range sans plus réfléchir. Le feu se propage et je ne souhaite rien de plus que mettre Ren et sa soeur en sécurité, mais mon inquiétude ne les concerne pas seulement eux. Il reste du monde dans ce palais, les nobles ont peut-être tous réussi à prendre la fuite, mais les domestiques sont restés, ainsi que la foule en colère. Ils se sont peut-être introduits ici mûs par la peur et leur sentiment d’injustice, ils ont peut-être tué sur leur passage, mais ils n’en sont pas moins le peuple que nous devons protéger, et je voudrais les voir échapper aux flammes.

La porte est entrouverte, et ce détail me glace le sang, une angoisse nouvelle prend ma poitrine dans son étau. Quelqu’un aurait-il réussi à passer notre front ? Je ne peux l’imaginer, et ce déni, loin de me rassurer, ne rend que plus glaçante la peur que je ressens. Alors qu’Endor entre, je reste un peu en arrière, indécis. Et voilà qu’à côté de moi, je vois bondir une forme blonde.

Àliya !

Elle n’entend probablement pas mon appel, et je ne peux que rester momentanément sans voix en la regardant faire abasourdi. Avec une agilité insoupçonnée, elle s’agrippe à la tringle retenant l’une des tapisseries enflammées, et s’y suspend. Il me faut quelques secondes pour comprendre son objectif. Je suis du regard le brasier qui s’étend à présent jusqu’aux solides poutres du plafond. Impuissant, je ne peux que constater l’insuffisance de son geste. La tige métallique, fragilisée par la fournaise, ne supporte pas son poids, et tout s’effondre dans une gerbe de braise et de lambeaux de tapisserie.

Àliya !

Avec un dernier regard vers les appartements royaux, je prends finalement ma décision, la seule possible. Coinçant mon arme comme je le peux dans ma ceinture, je me précipite vers la silhouette de la bibliothécaire, qui tente avec difficulté de se mouvoir, sans arriver à se relever. Tant bien que mal, j’éteins les dernières braises qui consument ses vêtements, regrettant amèrement l’absence de mon turban qui aurait pu me faciliter la tâche. Le corps de la jeune femme est brûlé sur tout son flanc droit et une partie de son dos, une partie de ses cheveux est partie en fumée. D’un geste sec, je chasse un retardataire qui s’attarde près de nous, puis m’agenouille à ses côtés.

Je vais vous aider. Ne vous en faites pas. Tenez bon, ça va aller.

Ce ne sont que des paroles creuses, que je répète pour moi plus que pour elle qui a perdu connaissance. Bien trop conscient que le moindre mouvement doit être atrocement douloureux, et quelque part soulagé qu’elle ne soit plus éveillée, je la charge sur mon épaule aussi délicatement que me le permet l’urgence de la situation.

Je déboule dans les appartements de Ren, effaré de trouver plusieurs corps inertes aux pieds du Pilier d’Endor. J’embrasse la scène du regard. Tous semblaient prêts à prendre la fuite lorsque je suis arrivé. Ren est en train d’essayer de se lever, soutenu par deux soldats, Auriane et Eilean paraissent plus choquées que blessées, et les médecins se terrent dans un coin de la chambre, non loin d’un passage dissimulé ouvert. C’est à eux que je m’adresse directement.

Nous avons un problème. Aidez-la.

Je dépose Àliya sur un canapé vacant, alors que tous restent un instant abasourdis. Je voudrais hurler de rage contre sa témérité, contre son mépris du danger qui lui a fait risquer sa vie pour une cause inutile. L’odeur de la fumée atteint à présent la chambre.
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Dim 11 Aoû - 17:01
HRP:
Je suis enfin venue à bout de mon pc et de ses mises à jour [Sujet Commun] L'Attente - Page 2 4211656393 Alors, ce tour-ci devrait être assez rapide, il ne va pas se passer grand chose, c'est simplement pour vous laisser libre de décider ce que vous voulez que votre perso fasse par la suite ! Vous êtes libre de rejoindre le groupe que vous souhaitez, que ce soit celui allant jusqu'à la crypte, celui évacuant le palais ou celui se chargeant d'éteindre l'incendie ! Et une fois ce tour fini, on entamera la dernière partie du rp [Sujet Commun] L'Attente - Page 2 4157423808 du love sur vous [Sujet Commun] L'Attente - Page 2 1598555155


Event n°2 ~ L'Obsidienne
L'attaque du palais


L’arrivée d’Endor dans les appartements de Ren eut le mérite de sortir tout le monde de la torpeur iréelle dans laquelle ils s’étaient tous plongés après l’attaque des assassins et l’annonce de l’incendie qui se propageait dans le couloir. La situation fut rapidement exposée au Souverain et à Fearghas qui venait d’entrer à sa suite et s’engagea un débat sur la meilleure solution à adopter. Auriane, restée silencieuse, finit par s’avancer, pâle comme la mort.

« La crypte des Souverains. Elle… Elle se situe sous le palais. L’accès principal est au fond des jardins mais on peut y accéder depuis les passages du palais.»

Elle regarda son frère à la dérobée pendant qu’elle parlait. Elle crut qu’il allait tourner de l’œil. Retourner là où étaient enterrés Seren et Isil, Sohan et Orion, était probablement ce qui manquait pour l’achever définitivement. Mais ils n’avaient pas le choix.

« - Elle est suffisamment grande pour que nous puissions y emmener tous les blessés. Et son emplacement n’est connu que de très peu de personnes alors…
-  Alors c’est là que nous allons. Y aller n’est pas compliqué. Il faut rejoindre la salle du trône. Il y a un passage dissimulé dans l’escalier qui mène au trône que personne ne connaît. Il suffit de l’emprunter et de suivre le chemin. Il mène à la crypte. Nous emmenons le prisonnier également. »


La décision fut prise. Deux soldats de Fearghas commencèrent à aider Ren à se lever qui serra les dents sous la douleur qui parcourut tous ses muscles ce faisant, mais ils furent interrompus par Samir qui entra en trombe, portant le corps inerte d’Àliya dans ses bras, suivi par une odeur âcre de fumée. Le soldat s’adressa avec urgence aux médecins et l’allongea sur un des canapés. Il ne fallut que peu de temps pour que tous apprennent et comprennent ce qui s’était passé. La jeune femme souffrait de graves brûlures sur tout son flanc droit. Une des guérisseuses s’approcha précipitamment et inspecta rapidement les dégâts. Elle fit la moue, fronça le nez, guère rassurée par ce qu’elle voyait. Puis, elle fouilla dans ses affaires, grognant contre la témérité des jeunes gens d’aujourd’hui.

« - Il faut que je lui fasse avaler des plantes et que je fasse un cataplasme. Ses blessures sont très graves et si on ne s’en occupe pas maintenant, elle peut très bien mourir.
- Nous ne pouvons pas rester ici. La fumée est en train d’arriver jusqu’à nous, nous devons partir.
- Très bien très bien. Les cataplasmes attendront. Mais elle doit quand même avaler une mixture. Et la garder dans les vapes n’est pas une bonne chose, j’ai de quoi la réveiller.
- Faites ce que vous pouvez. »


L’angoisse était perceptible dans la voix du Souverain qui observait son Archiviste. Il aurait dû l’enfermer dans les archives de la Bibliothèque. La guérisseuse s’activa et pendant ce temps là, des soldats préparèrent en toute hâte une civière improvisée sur laquelle transporter la jeune femme. Auriane reconnaissait les plantes pour en avoir déjà étudié les vertus. Mêlées à des sels, elles devraient normalement relancer le système de la jeune femme, suffisamment tout de moins pour qu’elle tienne jusqu’à ce que des soins plus profonds puissent lui être apportés.

« Ca devrait suffire. Maintenant il faut l’installer sur la civière et la transporter. Et il faut se dépêcher. Sire vous n’allez pas non plus pouvoir tenir bien longtemps alors buvez ça. »

Quelques minutes seulement s’étaient écoulées depuis l’arrivée de Samir en trombe et déjà la fumée commençait à les faire tousser et à brûler les yeux. La civière était prête, Àliya fut installée dessus et les soldats aidèrent Ren à se mettre debout. Fearghas s’adressa alors à ses soldats.

« Très bien. Maintenant écoutez bien. Le couloir de l’aile ouest est condamné. Nous allons tous emprunté le passage et nous nous séparerons dans la salle du trône. Les renforts ne devraient plus tarder à arriver au palais. Nous nous diviserons alors en trois groupes. J’emmènerai Sire Ren ainsi que tous les blessés et le prisonnier jusqu’à la crypte. Vous, vous vous chargerez d’évacuer tous les villageois et tous les habitants du palais dans la cour extérieur. Et vous, vous recruterez tous ceux qui sont en état de vous aider, qu’ils soient soldats, domestiques, nobles, qu’importe. Vous allez créer une chaine depuis les ruisseaux du jardin, depuis la fontaine, depuis le puits, depuis tous les points d’eau qu’il y a dans ce palais. Vous utiliserez les renforts pour vous aider. Vous devez éteindre cet incendie et évacuer le palais. Si nous perdons l’aile ouest, ce n’est pas grave, mais il ne doit pas se propager. Utilisez de la terre, du sable, tout ce que nous avons à disposition. Et si jamais vous voyez d’autres hommes habillés comme eux – il désigna les trois corps au sol – alors n’hésitez pas. Tuez-les ou ils vous tueront avant. Et cet ordre est à relayer à tous les soldats présents au sein du palais. Maintenant allons-y. Nous avancerons en silence, notamment lorsque nous seront à découvert dans la salle du trône. Nous ne voulons surtout pas alerter nos ennemis sur notre position. »

Le capitaine de la garde en tête ainsi que trois de ses soldats, ils empruntèrent alors le passage par lequel les assassins étaient apparus. Auriane suivait de près, indiquant à Fearghas comment se rendre jusqu’à la salle du palais, bien plus habituée au labyrinthe que formaient tous les couloirs. A chaque bifurcation, ils marquèrent un temps d’arrêt, armes en main, inspectant tous les passages, s’assurant que personne ne se dissimulait dans l’ombre. Etrangement, ils ne rencontrèrent personne et le trajet jusqu’à la salle du trône se passa sans encombre. Quand enfin ils débouchèrent sur l’immense salle vide, Fearghas hocha la tête vers ses hommes qui se séparèrent du groupe pour se rendre jusque dans le hall d’où provenaient des hurlements de panique et de terreur. Puis, avec son groupe, il se rendit jusque sous l’escalier du trône.

« C’est ici. »

Ren avait murmuré avec difficulté, désignant d’un vague geste du menton où se trouvait le passage. Auriane appuya sur le panneau de bois qui s’effaça pour laisser apparaître un escalier de pierre qui s’enfonçait sous terre, des torches éclairant faiblement le chemin menant à la crypte des Souverains.




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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 12 Aoû - 14:13
L'attente
Aliya est blessée. Nous en prenons conscience au moment où Samir entre au pas de course avec la jeune femme dans les bras, inconsciente. Une odeur de chair brûlée empoisonne son sillage tandis qu’il la dépose sur le canapé le plus proche en appelant les médecins. Je pousse un juron en voyant l’état de son flanc. Que s’est-il donc passé ? Pourquoi n’ai-je rien remarqué ? Pourquoi personne ne lui a dit qu’il était inutile de tenter de lutter contre les flammes qui continuent de ravager le couloir ? Mon cœur se serre en entendant le verdict de la guérisseuse. Sa témérité pourrait causer sa perte. Si seulement nous l’avions remarquée plus tôt… Toutefois, nous n’avons pas le temps de nous étendre davantage en regrets inutiles. La fumée commence déjà à s’infiltrer dans la pièce par les interstices de la porte que quelqu’un a pensé à refermer, rester ici signifierait notre mort à tous. Le temps que les soldats fabriquent une civière de fortune et que Ren ait quitté son lit, soutenu par deux des hommes de Fearghas, l’âcreté de l’atmosphère est à peine soutenable. Nous nous sommes déjà repliés en hâte vers le passage et le capitaine nous donne rapidement ses instructions quant à la suite des événements. Pendant que certains iront s’abriter dans la crypte, les autres tenteront d’endiguer les dégâts dans le palais et de rassembler les survivants pour les protéger dans la cour intérieure. J’acquiesce en silence car c’est vraisemblablement le meilleur plan que nous puissions avoir dans l’immédiat. Quelques instants plus tard, nous nous engouffrons tous dans les étroites galeries.

Il a beau être mort et enterré depuis plus d’un an, parfois j’ai l’impression que Seren est encore vivant lorsque j’arpente ce palais. Tout ce que j’en découvre porte la marque de son esprit tordu et je l’imagine sans peine rire avec mépris s’il nous voyait utiliser aujourd’hui ce labyrinthe qui rendrait fou n’importe qui. Les mâchoires serrées, écoutant avidement le silence à chaque intersection, je m’efforce de ne pas penser à ce qu’il est advenu de ceux qui l’ont construit. Il est évident qu’ils n’ont pas vu le jour se lever après avoir terminé leur œuvre. Par miracle, nous arrivons dans la salle du trône sans croiser d’autres assassins. Aussitôt, nous entreprenons de nous séparer suivant les ordres de Fearghas. Je jette un dernier coup d’œil au groupe sous sa garde avant de partir avec Samir, ses hommes et mes Piliers, le cœur dévoré par une sourde appréhension que je m’efforce de maîtriser.

« Soyez prudents. Qu’Eira vous garde. »

Qu’elle garde un œil sur nous tous. J’aurai bientôt besoin de toute sa protection moi aussi. Mes Piliers et moi suivons le maréchal et ses soldats jusqu'à parvenir dans la cour intérieure, non sans amener avec nous un petit groupe de domestiques effrayés que nous avons trouvés en chemin, terrés dans les dépendances. Je commençais pour ma part à désespérer que quiconque en ait réchappé tant nous avons croisé de corps abandonnés ça et là au détour des couloirs, sauvagement massacrés par les assaillants ou les assassins. La peur et la haine changent tous les hommes en bêtes, qu'ils en soient conscients ou non…

L'air de la nuit me semble une bénédiction après l'atmosphère enfumée de l'aile ouest et les galeries étroites par lesquelles nous nous sommes échappés, néanmoins je n'ai guère le temps de m'en réjouir. Les bâtiments sur notre gauche sont toujours la proie des flammes. Nous les voyons danser à travers les fenêtres, projetant dans toute la cour des lueurs de fin du monde. Cris et craquements de bois ajoutent leurs notes à cette apocalypse, en plus de la lourde fumée qui commence à masquer les étoiles. Je ferme un bref instant les yeux devant ce spectacle, adressant une brève prière pour ce que je m'apprête à faire. Puis, je me tourne vers le Maréchal :

« Je vais m’occuper de l’incendie, Sire Samir. Je peux maîtriser le gros des flammes, même si ça signifie sans doute sacrifier l’aile ouest. Vous avez toute ma confiance pour la suite. »

Car je ne serai certainement pas en état d'y prendre part. Rhaengar entend cet aveu dissimulé dans mes mots et esquisse un mouvement pour protester. Mon regard l'en dissuade. Ma décision est prise et nous savons tous les deux ce que nous avons à faire. Le premier de mes Piliers se résigne en silence à m'obéir, puis jette un ordre bref qui fait aussitôt adopter à ses hommes une position défensive autour de moi. Je n'y fais pas attention. Ma conscience est déjà disséminée dans la terre qui dort et respire dans cette cour intérieure…

Aide-moi, Lori.
Tu as conscience d’à quel point c’est dangereux ?
Oui. Mais je n’ai pas d’autre choix.
Très bien.


Le sol se met à trembler. J’en ressens la vibration, j’en suis le battement secret qui brise l’ordre des choses, met à mal l’équilibre tandis qu’une longue langue de terre s’élève soudain dans la cour près de l’aile ouest, crevant la surface du sol en une entêtante odeur d’humus et d’humidité. Ce parfum familier, nourricier, ne convoque que douleur et remords sur ma langue. Je sens les racines qui se dénudent, les insectes qui meurent, le délicat réseau de capillaires végétaux qui se déchire, tous les millions d'organismes qui deviennent la proie du chaos par mon action, qui payent le prix de la folie des hommes. Je persiste néanmoins et prolonge ma volonté au cœur de mon élément pour lutter contre le feu. Le serpent de terre arque le cou et s'engouffre brutalement par une fenêtre de l'étage avant de se répandre dans le couloir. Je ferme mes yeux de chair, désormais inutiles, et me concentre pleinement sur la présence telluriques que je guide à l'intérieur, obéissant aux sens que je ne peux décrire. Rampant sur le sol et les murs, j'étouffe les flammes partout où je les trouve, déploie toutes mes forces pour circoncire l'incendie et le réduire au silence. Je m'acharne durant de longues minutes. Durant de longues minutes, je meurs à petit feu.

Jamais encore depuis que je suis Souverain, je n'ai manié la terre si longtemps et si loin de mon propre corps. Jamais encore je n'ai ressenti une telle douleur tandis que je canalise la puissance infinie de l'Ambre, qu'elle me traverse et me brise. Mon cœur bat à toute allure, mon souffle s'affole dans ma poitrine. J'ai l'impression que mes os se fendillent, que mes veines éclatent l'une après l'autre, que mes muscles vont céder sous cet afflux d'énergie. Je ressens tout cela, et pourtant j'en perds peu à peu la notion. Ma conscience se dilue dans le mouvement sans fin de la chair même du monde, perd sa voix dans le chœur assourdissant de tout ce qui vit et meurt en son sein. Je n'en conserve le fil ténu que grâce à Lori dont le bouclier se déploie à nouveau, à mon grand dam. Non, pas encore…

Arrête, Endor. Maintenant.
Non, j’y suis presque.
Je t’en prie, arrête-toi ! Tu ne pourras pas tenir plus longtemps !
Il le faut !


Puisant dans mes ultimes forces, je le repousse avec un cri de rage et jette une dernière fois la terre à l'assaut du feu. Sa puissance me submerge en une titanesque lame de fond. Je me sens soudain exploser en un millier de fragments tandis qu'une partie du marbre de l'aile ouest se brise à nouveau. La terre dévore un dernier foyer et m'emporte avec elle dans son tourbillon. La voix de Lori hurlant mon nom me parvient à peine alors que je tombe dans l'abysse primordial…
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Spoiler:
Après discussion avec Samir, ce dernier m'a donné son accord pour l'itinéraire du personnage que j'ai décrit dans mon post. Merci à lui !


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Àliya
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mar 13 Aoû - 12:42
L'attente

Le corps humain fonctionne prodigieusement bien, quand il s’agit de survie. Je ne me souviens pas m’être évanouie, pour autant je ne me rappelle presque de rien, mis à part quelques sensations. Mon dernier souvenir détaillée avait été la chute, le reste ne semblait n’être un amas inconséquent, comme un borborisme inaudible et sourd. La main crispée sur mon bo, seul et dernier vestige de ma conscience sur la réalité du monde, j’avais entendu, comme jailli des flammes, quelqu’un prononcé mon nom. Je déglutissais avec difficulté et je sentais mes poumons saturés par le gaz carbonique produit par l’incendie. Je mourrais asphyxiée avant de brûler, c’était une maigre consolation. Puis de nouveau mon nom et une main ferme et puissante qui m’extirpa de mon linceul enflammé. Une voix grave et chaude, teinté d’une légère panique, mais rassurante et puissante. Je connaissais cette voix. Mais je n’avais pas la force de lever les yeux vers mon sauveur, mon corps, maintenant qu’il se savait sorti de cet enfer de flamme, me brûlait horriblement.

C’est à ce moment précis que je du perdre conscience, même si j’avais gardé, par on ne sait quel miracle, assez de pression sur mon arme pour ne pas qu’elle tombe. Loin, très loin dans mon inconscient, je sentais le mouvement chaloupé d’une démarche rapide, et l’air, qui m’apparaissait comme frais, revenait doucement dans mes poumons. Cette voix…Je fus tiré de mon inconscience et j’ouvris avec difficulté les yeux, le monde valsait sous mes yeux et tout était encore flou. Je cherchais de la main la personne qui m’avait ramené et je saisis rapidement une main. Son contact réveilla mes sens et je distinguais presque aussitôt ses traits. Samir. J’ouvrais la bouche sans qu’aucun son ne puisse sortir de mes lèvres gercées, mais je serais sa main dans un élan de panique et de reconnaissance. Je toussais et crachais, des larmes s’étaient mises à couler le long de mes joues, créant des sillons propres sur mon visage maculé de suie.

«  - Merci…Samir…Je….reconnaissante….éternellement. »

Hachée et presque inaudible, ma phrase avait eu toutes les peines du monde à sortir, mais je continuais de lui serrer la main, un vent de panique s’étant dessiné sur mon visage. La situation allait être urgente, et tous, nous savions qu’elle risquait de nous emporter. Je tournais le visage, contemplant les traits de ceux qui se dessinait devant moi. Fearghas, Auriane, Ren, Endor et d’autres dont je ne connaissais pas les noms. Ce dernier avait l’air grave, infini plus que tous les autres. Il se savait d’avantage responsable que nous, du fait du pouvoir qui lui incombait. Je voulais que nous partions tous, que nous laissions brûler cet endroit avec ceux qui nous avait aculé, tant la peur m’avait envahie. Je ne souhaitais qu’aucun de nous ne risque plus sa vie pour un ramassis grouillant et fourmillant qui ne comprendrait jamais rien à ce que nous faisions pour lui. Il ne le méritait pas.

Je pleurais de plus bel, sans que je m’en rende compte, tendant la main en direction du Souverain qui venait de quitter la pièce. J’avais un pressentiment désagréable, qui me tiraillait les flancs. Ou était-ce les brûlures ? Je ne voulais pas lâcher la main de Samir pourtant, je n’avais pas le choix. On tirait ma civière sans que j’eu pu faire quoi que se soit, me contentant de le regarder jusqu’à ce qu’il disparaisse de ma vue, loin du dédale labyrinthique dans lequel nous nous enfoncions. Une fois le panneau refermé sur nous, je vomissais autant de douleur qu’à cause de la fumée. Moi qui voulait continuer à me battre. Je retrouvais à grand peine, la mobilité sur ma civière et je m’agitais, cherchant dans ce qu’il me restait de vêtement, un mélange bien particulier. Le corps commençant déjà son travail de cicatrisation, le moindre mouvement m’arrachait des cris étouffer, comme si ma peau se déchirait à nouveau. J’étais bonne pour refaire une partie de mes tatouages.

Ma main trouva ce que je cherchais que je portais à ma bouche sans ménagement. Mélange de khat, de coca et de gingembre. A mesure que je mastiquais, je sentais mon corps se détendre aussi, pendant un temps, j’attendis mollement dans la civière, les yeux fermés, uniquement concentré sur mon effort de mastication. Au bout de plusieurs dizaine de minutes, je sentais mon corps en meilleure forme, la douleur toujours présente, mais comme mise en sourdine. J’arrivais doucement à me redresser et je profitais d’une pause pour descendre de ma civière sous le regard réprobateur de la guérisseuse qui m’avait prit en charge. Fébrilement, assurant chacun de mes pas en me tenant aux murs, je cherchais à rejoindre Ren. Il ne m’avait pas été donné de le voir depuis que sa gemme avait été volé et je voulais m’assurer de son état, de sa condition. Je voulais savoir comment il allait. Mais alors que je me rapprochais doucement de lui, un éclair jailli dans toute ma colonne. Quelque chose n’allait pas avec Ren, que je voyais commencer à pendre mollement sur l’appui de ses soldats.

«  - Ren ! »


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Re: [Sujet Commun] L'Attente Mar 13 Aoû - 19:01
l’attenteJe m’écarte pour laisser le passage à la guérisseuse qui s’est précipitée sur la blessée, mais je n’ai pas le loisir de m’éloigner beaucoup. La main d’Àliya a trouvé la mienne, et elle s’y agrippe comme si elle était la bouée de sauvetage qui la raccrochait à la vie. Ses lèvres gercées par la fournaise et la fumée s’entrouvrent, et l’effort visible qu’elle fournit pour me remercier me laisse sans voix ; je ne peux répondre autrement que par une légère pression sur ses doigts. Je n’ai plus de mots rassurants, plus de paroles apaisantes à lui offrir. La guérisseuse m’en a privé en nous rappelant avec humeur que les conditions sont loin d’être idéales pour lui permettre de la soigner. Je suis obligé de détacher délicatement ses doigts des miens alors qu’on la charge sur une civière fabriquée en hâte. Déjà l’âcreté de la fumée a envahi la chambre et l’incendie qui se propage menace de nous brûler les poumons.

Je laisse à deux soldats la tâche de la transporter et je reste moi-même en arrière du convoi qui s’engouffre dans les passages dissimulés du palais, couvrant les arrières, cimeterre au clair, de mon souverain et de sa soeur. C’est la première fois que j’y mets les pieds, et j’espère ne plus jamais avoir à retenter l’expérience. Ce dédale poussiéreux est tellement à l’image de Seren et de sa folie paranoïaque et meurtrière que je peux presque entendre sa voix dans le moindre courant d’air, et voir sa silhouette dans les ombres mouvantes de nos torches. J’essaie d’occuper mon esprit pour ne plus sentir les frissons qui me parcourent, mais le discours de Fearghas ne m’aide guère. Trop d’éléments requièrent mon attention et mon incapacité à me trouver à plusieurs endroits à la fois est une source infinie d’indécision angoissée. Je ne souhaite rien de plus que de pouvoir accompagner Ren et Auriane pour m’assurer moi-même de leur sécurité, mais je sais que Fearghas ne faillira pas à sa tâche. En revanche, je n’ai pas l’impression que permettre l’évacuation des domestiques et des autres habitants du palais représente la même priorité pour mes confrères que pour moi.

Je n’ai pas encore atteint une décision lorsque nous débouchons sur la salle du trône et que nous devons nous séparer. Je reste un instant hésitant, avant que les cris qui retentissent dans le hall tranchent et me donnent enfin une résolution.

Soyez prudents.
C’est un dernier regard déchiré pour Auriane, et un signe de tête pour Fearghas. C’est une prière, une supplication plus qu’une mise en garde.

Je débouche sur la cour intérieure à la suite du Souverain de la terre, et l’air de la nuit me paraît pur, cristallin, après le couloir saturé de fumée et l’atmosphère viciée des passages dissimulés. Pourtant, les flammes lèchent déjà la façade du palais, après avoir fait éclater et se répandre en éclats meurtriers les baies vitrées de l’étage. L’odeur des flammes commence déjà à s’échapper. Le souverain s’arrête brusquement. Les mots de sa séparation ressemblent à des adieux.

Les dieux vous gardent. Nous nous reverrons de l’autre côté.

Je le laisse sous la protection de son Pilier, et cours en direction de la porte, de l’autre côté de la cour, suivi par les quelques hommes qui nous ont accompagnés. À peine sommes-nous entrés que la terre se met à trembler. Les cris qui résonnent à travers le palais s’accentuent. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de jeter un regard en arrière. Endor est debout au milieu de la cour, mais je peine presque à le reconnaître. La magie qui l’habite et qu’il utilise lui confère une apparence irréelle, et lui prête l’apparence d’un golem de légende. Je ne peux voir ce qu’il fait, mais je perçois de là où je suis l’énergie que cela lui coûte, dans la tension de sa posture et ses mouvements lents, comme s’il portait un poids incommensurable à bout de bras. Un hurlement sur ma gauche me ramène à la tâche que je me suis assignée.

Cherchez les survivants, amenez-les dans la cour, ou à l’extérieur du palais si vous le pouvez. Soyez prudents mais évitez de blesser nos concitoyens tant que vous le pouvez. Si vous croisez l’un des assassins … tuez-le.

Nous nous séparons, et je me dirige en hâte vers les cuisines. Comme je l’avais pensé, une dizaine de domestiques de tous âges s’y terrent, paniqués. Ils se serrent les uns contre les autres en me voyant, lame au clair, mais je n’ai guère le temps de les rassurer. Je leur désigne la porte.

Évacuez, vite. Vous n’avez pas une minute à perdre. Toi, petit, aide-la à marcher.

Je les accompagne jusqu’à ce qu’ils soient en vue de la sortie, avant repartir dans l’autre sens à la recherche d’autres rescapés, ouvrant toutes les portes, tous les placards. Tout ceux que je trouve, je les guide vers la sortie la plus proche. Combien de temps a passé ? Je ne saurais le dire. La sueur coule sur mon front et me brouille la vue, l’odeur de la fumée m’irrite la gorge et me comprime la poitrine, mes membres hurlent de fatigue et très vite le manque de sommeil de ces derniers jours se fait sentir, mais je ne peux m’arrêter. Sitôt que je pense qu’il ne reste plus personne, je trouve un nouveau serviteur, un nouveau nobliau perdu qui se blottit dans un salon ou une chambre. Je n’ai pas le droit de m’effondrer tant que des gens sont toujours prisonniers du palais en flammes.

Où n’ai-je pas encore cherché ?
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Ven 16 Aoû - 14:18
Event n°2 ~ L'Obsidienne
L'attaque du palais


Sitôt que le groupe de Fearghas se fut engagé dans l’escalier menant à la crypte, ses hommes se mirent en mouvement, suivant Endor et Samir, se dirigeant dans la Cour intérieur du palais. Le spectacle qui les attendait était désolant. Beaucoup s’étaient déjà réfugiés à l’extérieur, ayant eu la présence d’esprit de fuir le palais devant le chaos de l’émeute et face à la fumée toxique de l’incendie. Le feu léchait les parois extérieures, les vitraux étaient brisés et de nombreux bouts de verres jonchaient le sol, crissant sous les bottes des soldats qui s’évertuèrent à rallier la foule le plus loin possible du palais et des flammes qui dévoraient l’aile l’ouest. A nouveau, les soldats se séparèrent. Certains restèrent près d’Endor, d’autres suivirent Samir et d’autres encore retournèrent à la porte principale pour attendre les renforts et leur donner les ordres de Fearghas. Il y avait beaucoup de blessés dans la cour, des soldats, des serviteurs, des émeutiers. Des brûlures, des coupures, des membres brisés. Parmi eux, qui restaient à l’écart et observaient les flammes sans pouvoir rien faire d’autre, il y avait un soldat. Un soldat au teint blanc, assis à même le sol, appuyé contre un muret de pierre. Une jeune femme de chambre pressait un linge couleur vermeil contre son flanc et observait tout comme lui le Souverain de Prithvi qui se tint au milieu de la cour, ses soldats l’entourant, le protégeant. Aldritch observait la scène, l’esprit embrouillé par la fièvre et la douleur. Il avait perdu beaucoup de sang. Il aurait dû mourir. Mais Maève l’avait trouvé alors qu’il gisait dans le hall après l’attaque vicieuse dont il avait été victime et elle lui avait sauvé la vie. Il n’avait pu que contempler, impuissant, la débâcle du palais, les émeutiers qui saccageaient tout et l’incendie qui s’était déclaré. Il avait échoué. Lamentablement échoué. Il n’avait pu prévenir personne, avait été pris en traître et n’avait été d’aucun secours, aucun soutien. Et à présent, il observait le Souverain d’une Contrée éloignée, qu’il n’aimait pas, les protéger et leur sauver à tous la vie. Car c’était bien ce que faisait Endor. On avait forcé tout le monde à reculer, à se tenir le plus loin possible du palais et de ses murs. Personne ne pouvait s’approcher du Souverain et de ses piliers. Et tous en comprirent bientôt la cause. Le sol gronda sous les pieds d’Aldritch et il vit, le regard écarquillé de stupeur et de terreur, la plus prodigieuse forme de magie qui lui avait été donné de voir dans sa vie.

Il semblait que la terre devenait un prolongement de la volonté d’Endor tandis qu’elle s’élevait hors du sol, hors de la cour, et serpentait, tourbillonnait contre les flancs du palais. Plus personne n’osait bouger, plus personne ne respirait tandis que tous pouvaient sentir jusqu’aux tréfonds de leur âme la quantité phénoménale de magie qu’utilisait le Souverain en cet instant. Le serpent de terre s’éleva encore et s’engouffra par une des fenêtres de l’aile ouest et Aldritch entendit très nettement des prières marmonnées par les gens autour de lui. Les flammes semblaient disparaitre, avalées par le reptile de terre qui étouffait tout sur son passage, ne laissant de place à aucune étincelle,  à aucune braise. Depuis l’extérieur, ils pouvaient tous voir les flammes réduire et se transformer en une fumée noire qui leur brûlait les yeux et s’élevait vers le ciel d’encre, se fondant dans la nuit. Combien de temps cela dura, personne n’aurait pu le dire. Mais au bout d’un moment, les regards revinrent se poser sur le Souverain, inquiets. Pouvait-il tenir une aussi importante quantité de magie ? Les Souverains n’étaient-ils pas limités par la puissance qui sommeillait en eux ? Pouvait-il se permettre de l’utiliser ainsi. Il n’était plus que magie et puissance et dans un hurlement de rage, il usa ses dernières forces pour lancer un dernier assaut contre l’incendie. Un bruit d’explosion retentit tandis que les vitraux qui étaient restés intacts cédèrent et se brisèrent. Puis, le silence retomba sur la cour. Un instant, plus personne n’osa bouger ou parler, n’osant croire au spectacle qui venait de se produire. Puis, il y eut du mouvement du côté de Prithvi et Endor tomba, sous les cris des serviteurs et soldats akashans qui venaient d’être témoins d’un acte que jamais ils n’auraient cru possible. Aussitôt, la torpeur disparue et les soldats akashans présents se dirigèrent vers les soldats Prithvi, formant à leur tour un cercle de protection autour des Piliers d’Endor et du Souverain.

« De l’eau ! Qu’on apporte de l’eau au Souverain ! Et un médecin ! Vite ! »

A nouveau, des cris d’urgence. Mais cette fois-ci, le chaos ne régnait plus de la même manière. Aldritch observa les serviteurs se diriger vers le puits, afin d’amener de l’eau au Souverain tandis qu’un médecin, s’occupant des blessés, se dirigeait vers lui et que d’autres – tous ceux qui pouvaient tenir debout - s’organisaient en une longue chaine, se passant bac d’eau après bac d’eau, se relayant, afin d’effacer les derniers vestiges de l’incendie à l’intérieur du palais. Ils semblaient tous avoir été revigorés par l’action d’Endor, comme si le Souverain leur avait insufflé la force qui les avait désertés depuis que les premiers émeutiers étaient parvenus à s’introduire dans le palais. Et à présent que le Seigneur de Prithvi les avait sauvés, c’était à eux de sauver ce qu’il restait de leur maison.

*******


« Samir ! »

La voix résonna de derrière le soldat, venant des escaliers enfumés. Grégor apparut, soutenant un homme qui peinait à garder conscience, suivit par sa garde et par un groupe de personnes qui toussaient, pleuraient et se précipitaient vers la cour intérieur où tout le monde s’était réfugié. Le conseiller était blessé, une légère entaille à la tête mais qui saignait abondamment et donnait un air particulièrement sauvage à son visage.

« Je les ai trouvé dans les combles. Les assassins qui étaient venus pour eux étaient morts mais ils n’osaient plus sortir. Je crois que toutes les parties supérieures sont vides à présent. »

Il fit signe à un des soldats qui accompagnait Samir et lui transmit la charge de l’homme à présent inconscient dont la blessure à la jambe saignait abondamment. Le conseiller, malgré son jeune âge, affichait un air grave et hanté, ses propres souvenirs ravivés par la douleur et la mort qu’il avait vu dans les couloirs.

« Beaucoup ont perdu la vie… Mais je n’ai vu aucun assassin en venant jusqu’ici. Pourtant il en reste, c’est sûr. Sûrement dans les murs… Samir, c’est Armaury qui est derrière tout ça. C’est lui qui m’a fait ça. Tous les conseillers étaient regroupés ensemble dans un des salons au moment de l’attaque et quand j’ai voulu sortir, il m’en a empêché. Il a dit que c’était pour le mieux, que tout avait été planifié et que bientôt Akasha pourrait renaître pour de bon, que le Conseil serait au pouvoir. C’est un dément ! Et il a réussi à entrainer au moins la moitié des conseillers avec lui ! Tous ceux qui se sont opposés sont morts. J’ai juste eu de la chance. Des émeutiers ont forcé la porte du salon et j’en ai profité pour m’enfuir mais c’était un véritable chaos ! »

Grégor reprit son souffle, pâle et tremblant, choqué tandis qu’il repensait à tout ce qui s’était passé. Il avait essayé de retrouver Ren mais n’avait jamais pu parvenir à l’aile ouest à cause des émeutiers. Il avait trouvé refuge dans une des chambres de l’aile est, jusqu’à ce que des assassins entrent et tenter de le tuer. Par chance, il avait d’abord rassemblé sa propre garde et ils n’avaient eu aucun problème à se débarrasser d’eux. Après ça, quand l’incendie s’était déclaré, il avait tenté d’évacuer tous ceux qui s’étaient terrés dans les combles par le biais de ces passages dissimulés qui leur avaient sûrement sauvé la vie. Et voilà où ils en étaient.

« Où est Ren ? Armaury veut sa mort et c’est lui qui a engagé ces assassins et a permis à la foule d’entrer. Il connait le palais, il connait les passages, il a des hommes dans tous les coins qui le cherchent. Il voulait profiter du chaos pour le tuer et tuer tous ceux qui ont prêté allégeance, tout le monde est en danger ! »

******

Les pas de Fearghas et de tous ceux qui l’accompagnaient résonnaient contre la pierre humide des escaliers menant à la crypte. Les torches flamboyaient doucement, projetant leurs ombres sur les murs suintants. Ils étaient probablement sous le jardin, sous son ruisseau. Fearghas n’était jamais venu jusqu’ici. A vrai dire, il ne savait même pas que la crypte des Souverains des Astres et de leurs Gardiens se trouvait à seulement quelques mètres de lui en permanence. Ren n’en avait jamais parlé. Il ne savait même pas à quoi s’attendre et en jetant un regard à son Souverain, il eut plus ou moins une vague idée de ce qu’il découvrirait une fois à l’intérieur. Seren. L’escalier se termina enfin et déboucha sur un vaste couloir, aux murs gravés d’ornements divers. Fearghas se sentit particulièrement mal à l’aise devant ce spectacle qui rappelait la splendeur des Astres. Tous ici avaient embrasé le Vide, reniant ce qui avait été pour ce qui serait. Ils avaient participé à la chute de l’élément astral et de voir ainsi les gravures représentant les actes grandioses des Souverains du passé provoqua de nombreux frissons parmi ses soldats. Ils avancèrent cependant, se hâtant, bien conscients de l’état de deux des leurs qui frôlaient la mort. Le couloir s’arrêta face à une porte somptueuse, aussi richement ornée que les murs, encadrée de torches flamboyantes. Il ne savait qui s’occupait de maintenir les lieux dans cet état de propreté, mais il était évident que cela venait d’un ordre direct de son Souverain. Pourquoi donc vouloir entretenir le lieu de repos de tous ceux qui avaient fait souffrir ses ancêtres ?

Ils ouvrirent les portes et pénétrèrent dans une vaste salle, haute de plafond, encadrée de rangées de colonnes. Et devant leurs yeux, reposaient les anciens Souverains et leurs Gardiens. Les tombes étaient richement ornées, témoignant de la grandeur passée des rois de la cinquième contrée. De nombreux trésors reposaient à leurs pieds tandis que des statues de marbres représentant les défunts avaient été gravées et posées au dessus de chaque tombe. Fearghas frissonna. Parmi ces visages inanimés, se tenait Seren. Pour une raison qui lui échappait, Ren l’avait fait enterrer parmi les siens après lui avoir ôter la vie. Il avait toujours pensé qu’il se serait débarrassé du corps sans cérémonie. Personne n’avait jamais su où Seren et Isil avaient été mis après leur mort, de même pour leurs héritiers. Ils étaient probablement tous ici. Mais il n’eut pas le temps de pousser sa réflexion plus loin. Il sentit un tremblement dans les murs et dans le sol sous ses pieds et au-dessus de sa tête, de la poussière se mit à tomber. Puis, il entendit la jeune pupille s’exclamer.

« Àliya ! Vous ne devriez pas vous lever, que faites-v… »

Auriane fut interrompue par un cri de l’Archiviste et tous les regards se tournèrent vers Ren, le regard dans le vide, inerte entre les bras des soldats. Au cri de l’Archiviste se superposa celui d’Auriane qui se précipita vers lui.

« Allongez-le ! Vite ! »

Les soldats obéirent au médecin et allongèrent leur Souverain sur le sol et son visage se dévoila à la lumière des torches. Des stries noires recouvraient son visage, comme si le sang qui circulait dans ses veines avait soudainement été remplacé par quelque chose de plus sombre. Quelque chose qui rappelait non sans mal la nuit qui était tombée et l’obsidienne qui avait disparu. Et Ren ne répondait plus. Ses yeux étaient fermés et il aurait tout aussi bien pu être mort si la guérisseuse n’avait pas senti son souffle et son pouls, faibles, mais toujours présents.

« Il a perdu conscience. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais il y a forcément une explication. Mais si cela touche à sa magie, je ne peux rien faire, cela va au-delà de mes compétences… Son corps est carencé. Il a besoin de son énergie. Il nous faut cette gemme, on ne peut pas le guérir autrement. »

Le ton fataliste du médecin révolta le soldat qui sentit la colère gronder en lui. Il n’y avait rien d’autre qu’ils puissent faire. Ils attendaient. Encore et encore. Et il n’y avait aucune certitude que leur Souverain se réveillerait avant que la gemme ne revienne. Si elle revenait. Le désespoir sembla s’abattre sur le petit groupe. Auriane ne disait rien et pleurait en silence. Les soldats de Fearghas entreprirent d’allonger leur Souverain sur une couchette improvisée. Quant au médecin, ne pouvant plus rien faire de plus pour l’instant, se dirigea vers l’Archiviste et l’observa, l’œil mauvais.

« Vous, allongez-vous par là. Quelle idée de se lever avec vos blessures. Je vais vous faire un cataplasme et je vous jure sur la tête de toutes les divinités que si vous bougez encore… »

Elle n’eut pas le temps d’aller plus loin dans ses menaces. Les portes, qui avaient été refermées derrière eux s’ouvrirent.  Et sur le seuil, accompagné par un groupe d’hommes encapuchonnés semblables à ceux qui étaient entrés dans les appartements royaux, se tenait Armaury.

"Tuez-les tous."



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Endor
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Re: [Sujet Commun] L'Attente Lun 19 Aoû - 23:13
L'attente
Rhaengar Ulfson n’a jamais aimé Akasha, ni les gens qui y vivent. Il est bien trop à l’image de sa contrée d’origine pour qu’il en soit autrement. Rude, froid, inaccessible comme les sommets glacés qui ont couronnés sa vie depuis sa naissance, l’existence qu’il a passé dans la garde des Piliers, dédiée au service de son Souverain, lui a appris de longue date que les hommes sont des choses fragiles et brèves et qu’ils n’ont pas de temps à perdre en circonvolutions inutiles. C’est pourquoi il est si avare de paroles, car il lui est impossible d’être autrement que franc et direct. C’est pourquoi il n’aime rien tant que lorsque le monde est clair, nettement défini par des lignes bien droites qui lui indiquent de façon limpide quels sont les problèmes à régler, les ennemis à combattre, les armes et les solutions pour ce faire. C’est pourquoi il déteste cette petite contrée plate et verdoyante, dont les esprits sont encore plus étroits que les frontières et plus retors, plus vaniteux, plus méprisables que les pires labyrinthes de glace dans lesquels il a pu se perdre.

Il n’a pas compris pourquoi Endor a tenu à se rendre en Akasha aussitôt cette lettre reçue. Les dieux lui sont témoins qu’il admire et respecte son Souverain plus qu’il ne saurait le dire, qu’il donnera chacune des années qu’il lui reste et mourra à son service, sa lance à la main et son serment sur les lèvres. Mais même ainsi, il ne lui était pas concevable que sa Majesté quitte sa patrie en pleine crise, plongée dans cette nuit contre-nature pour venir en aide à cette contrée suffisante qui l’a traité avec toute la condescendance du monde. À ses yeux, c’était un juste retour des choses. Après des années d’humiliation, de d’arrogance et de cruauté, voilà que finalement on a besoin de la puissance de la Terre ? Qu’on demande de l’aide à celui dont on ne savait que se moquer jusque là ? Allons bon, ça lui fait une belle jambe. Rhaengar aurait aimer les voir tous à genoux. De la frontière jusqu’au palais d’Ébène, il aurait voulu que tous supplient, implorent l’assistance et le pardon de son Souverain pour toutes les souffrances qu’il a endurées dans cette maudite contrée. Pourtant, même s’il pensait bien qu’Endor finirait par accepter, il ne parvient toujours pas à comprendre les raisons qui l’ont poussé à le faire si vite. Les explications de Keral, la venue de la pupille dans ses appartements, rien de tout cela n’a pu trouver une place dans son esprit rectiligne et amateur d’ordre. Rien, sauf peut-être cet instant.

Cet instant où la terre tremble sous leurs pieds, où il trouve et conserve son équilibre dans ses vibrations, lance et bouclier au poing, et où il peut voir l’ébahissement de tous les akashans de la cour devant la puissance de son Souverain. Ces quelques minutes où l’incendie de l’aile ouest est maîtrisé par l’élément soumis à la volonté du Roi sous la Montagne suffisent à racheter une partie de ce qu’Akasha leur a infligé toutes ces années. Rhaengar tient fermement sa position malgré le sol qui s’affaisse légèrement, déterminé à se montrer digne du Souverain qui leur sauve la vie à tous au détriment de la sienne. Qu’ils continuent de regarder. Qu’ils voient, qu’ils contemplent ce qu’ils ont si longtemps dénigré en se croyant intouchables sous le ciel, qu’ils se rappellent tous d’où ils viennent et où ils retourneront. Le premier Pilier le souhaite avec une telle ferveur qu’il lui faut un moment pour réaliser qu’Endor use de son pouvoir beaucoup trop longtemps pour que cela ne soit pas dangereux.


« Sire... »

C’est le seul appel qu’il se permet de lancer. Tournant la tête, il aperçoit avec un frisson glacé les veines saillantes et pourpres qui lui dévorent tout le visage, la sueur qui baigne sa peau, les tremblements et la respiration saccadée, les yeux brillants d’un éclat plus vif et plus minéral que jamais. C’est la première fois qu’il le voit déchaîner une telle puissance, qu’il en voit les effets de façon aussi dévastatrice sur son enveloppe corporelle. Quand son Souverain lance la dernière salve de son pouvoir et étouffe l’incendie dans une assourdissante secousse, Rhaengar sent ses entrailles se nouer mais la peur ne l’envahit réellement qu’au moment où l’immense silhouette s’effondre soudain sur elle-même, sans connaissance.

« Sire ! »

Il s’élance pour le rattraper, immédiatement secondé par Drenn, le seul dont la carrure soit suffisante pour supporter celle de leur Souverain. C’est lui qui l’allonge sur le sol, le visage pâle sous ses cheveux et sa barbe rousse. Rhaengar se penche vers lui, cherche son pouls et sa respiration, lutte contre la panique qui menace à la vue du visage couleur de cendres, encore marbré de stries sombres. En tant que soldat d’élite, il sait bander une plaie, recoudre une entaille ou remettre en place une articulation mais la magie dépasse de loin ses compétences et les blessures dont souffre son roi sont hélas de cet ordre. Il est tellement désemparé qu’il lui faut un moment pour réaliser que ses hommes et lui ne sont pas les seuls à s’inquiéter. L’agitation autour d’eux lui parvient d’abord comme un bourdonnement lointain, puis il réalise peu à peu qu’on se presse autour d’eux, qu’on lui tend un bol d’eau, qu’un médecin tente de s’approcher. Le cœur cognant jusque dans les tempes, Rhaengar adresse un signe de tête à Drenn pour qu’il tente de faire boire le Souverain inconscient, se redresse pour observer les akashans qui mettent en place une chaîne pour éteindre les derniers foyers de l’incendie et sauver ce qui reste de l’aile ouest. Une âcre fumée noire masque la lueur de la lune, l’odeur du bois et de la terre brûlée lui prend la gorge…

« Capitaine ? »

Rhaengar baisse les yeux sur Keral qui vient de l’interpeller. Le cadet des Piliers est pâle comme un spectre lui aussi, ses grands yeux de biche qui plaisent tant aux femmes cherchant désespérément la constance d’acier de son supérieur comme un enfant réclame les bras de ses parents après un cauchemar.

« Quels sont les ordres, Capitaine ? »

L’espace d’un instant, il se demande réellement que répondre. Quels sont les ordres ? Que doit-il faire ? Si Endor ne se réveille pas, s’il meurt ici loin de ses chères montagnes à cause de ce peuple ingrat, que deviendront les cinq Piliers perdus sur cette terre étrangère ? Rhaengar se pose la question. Et presque aussitôt, la voix de son Souverain lui parvient en réponse. Avec une netteté presque surnaturelle, le capitaine se remémore ce qu’il lui a dit avant leur départ pour Akasha dans la nuit et le froid, avec sur le visage cet air triste, impassible, inébranlable qu’il connaît et admire depuis de si longues années. Immédiatement, le brouillard se dissipe dans son esprit. Dans cette cour ravagée, le monde redevient clair et simple et ses lignes directrices apparaissent avec une précision qui lui rend tout son calme. Que doit-il faire ? C’est une évidence. Sa voix est dépourvue de la moindre hésitation lorsqu’il répond à Keral :

« Sa Majesté nous a conduit jusqu’ici pour venir en aide aux akashans et pour les protéger. Voilà les ordres, Pilier. »

Ici et maintenant, dans cette cour pleine de gens effrayés et courageux qui tentent de sauver ce qui peut l’être, aux côtés des soldats akashans qui sont mus par la même loyauté que la leur envers leur contrée et leur Souverain, au cœur de ce palais en proie à l’infâmie. En quelques ordres brefs, Rhaengar réunit ses hommes et se joint à ceux qui sécurisent les entrées de la cour intérieure, de son fragile refuge. Sans se douter une seule seconde de la traîtrise à l’œuvre dans la crypte…  
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Re: [Sujet Commun] L'Attente
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