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Endor
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[EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Mer 10 Avr - 17:41
Les choses qui s'éveillent
J’avance sans lumière sous les larmes de la Lune
La neige tombe et glace mon cœur
Longue est la route et froide est la nuit
Mais toujours moins tristes que mes soupirs
Qui meurent gelés sur ton seuil…


La porte d’acajou ornée de gracieuses ferronneries se referme dans un claquement discret et, comme un signal convenu à l’avance, mes forces choisissent ce moment pour m’abandonner. Rhaengar m’a suivi dans la pièce, est témoin de mon vertige et me soutient le temps qu’il passe et que je reprenne mon aplomb.

« Vous devriez vous reposer à présent, Votre Grâce. »

La recommandation m’arrache un sourire.

« Et aussi prendre un bain. Et manger quelque chose. Mais je pourrais te donner exactement les mêmes conseils sans que tu ne les suives pour autant. »

Rhaengar hoche la tête de bonne grâce même s’il ne relève pas de vive voix. Il est trop attaché aux convenances pour se permettre de familiarité mais nous nous connaissons depuis trop d’années pour que la complicité n’ait pas fini par germer entre nous. Elle m’est d’autant plus précieuse à cet instant, alors que je me laisse tomber lourdement dans un fauteuil devant l’âtre allumé de mes appartements. Les suites du Palais d'Ebène sont toujours aussi richement décorées mais, entre la pénombre qui règne et la panique qui étrangle la ville, leur faste a quelque chose de morbide, futile et dérangeant. Tout l'or de la terre ne pourrait racheter un monde qui bascule... Perclus par la fatigue, je ferme les yeux. J’ai l’impression qu’un siècle s’est écoulé depuis la dernière fois que j’ai dormi, que j’ai été en paix. Qui pourrait le dire quand nous sommes tous plongés dans cette nuit qui ne finit pas ?

J’ignore combien de temps a duré la réunion du conseil, le nombre d’heures qu’il nous a fallu pour décider de la marche à suivre, pour mettre efficacement de côté les egos et les vieilles rancunes, de tenter d’assurer la survie d’Akasha. Je l’ignore, mais je crois pouvoir dire sans me tromper que nous étions tous épuisés lorsque nous avons quitté la pièce. Elle, surtout. Je rouvre les yeux pour me perdre dans la contemplation des flammes, le cœur gonflé de regrets. Une part de moi aurait voulu avoir des mots moins froids, un geste, un regard supplémentaire à son égard. Mais même sans le poids du protocole qui nous empêchait de bouger, je n’aurais pas pu. Le souvenir de la dernière fête de l’Ambre pèse encore trop lourd pour que je veuille à nouveau me rapprocher d’elle et, au fond, les choses sont bien mieux ainsi. Après tout, elle appartient déjà à un autre. Plus sèchement qu’il ne le faudrait, je me relève du fauteuil pour gagner ma chambre et me débarrasser de mes vêtements de voyage et revêtir quelque chose de plus confortable. Rhaegar demeure dans le salon, conscient que j’ai besoin d’être seul, et je lui en sais gré. J’aurais honte que quiconque me voit ainsi, en proie à la plus indigne jalousie. Je soupire en enfilant une tunique bleue brodée de fils d’or par-dessus ma chemise propre. Je ne sais ce qui m’enrage le plus. Qu’elle soit l’amante de l’Usurpateur, que j’ai pu être assez fou pour m’enticher d’elle malgré cela ou d’envier aussi bassement un souverain agonisant, mutilé de sa pierre. Quoi qu'il en soit, il est certain que j'écope de la plus juste des peines en venant jusqu'ici pour servir un ennemi qui se meurt...
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Ven 12 Avr - 20:50






Les choses qui s'éveillent

Le conseil avait enfin été ajourné après des heures et des heures de discussions, d’échanges, d’argumentation et de débats. Auriane n’en pouvait plus. Ses jambes la supportaient difficilement tandis qu’elle montait les escaliers, sentant chaque muscle de son corps la rappeler à l’ordre et lui rappeler qu’avec tout ce qui s’était passé dernièrement, elle n’avait  pas pris suffisamment de repos vis-à-vis de sa condition. Mais elle n’avait pas le temps de se reposer. Elle ne le pouvait pas et ne le voulait pas. Pas alors que son frère ainé se mourrait peu à peu, reclus dans ses appartements, incapable d’en bouger. Et c’était vers lui qu’elle se dirigeait en cet instant. Car pas une seule seconde elle n’avait cessé de penser à lui. A son visage livide, à ses yeux éteints, à son souffle haché et à la douleur qui accompagnait chacun de ses mouvements. A présent elle comprenait. Elle savait ce qu’il avait ressentit toutes ces années, en la voyant si malade, incapable de faire quoique ce soit pour la soulager. Elle se sentait terriblement démunie, inutile et cela ajoutait encore à la douleur de voir son frère si faible. Si elle avait pu, elle aurait chevauché à bride abattue afin d’aller récupérer elle-même la gemme. Si elle avait pu, elle aurait endossé la douleur de son frère à sa place. Mais elle ne le pouvait pas. Tout ce qu’elle pouvait faire en l’instant, c’était tenter de protéger ce pour quoi il s’était battu ces deux dernières années. Protéger la contrée à laquelle il avait fini par s’attacher. Protéger ses habitants pour qui il tentait chaque jour de prendre les meilleures décisions possibles. Et si pour cela, elle devait rester debout et ne plus dormir pendant plusieurs jours, elle le ferait.

Ses pas étaient lents, son souffle court lorsqu’elle arriva à l’étage. Fearghas l’avait devancé, quittant le conseil plus tôt afin de retourner à la surveillance des appartements de son Souverain. Le soldat n’avait confiance en presque personne et redoutait chaque recoin sombre, chaque porte dissimulée. Après le vol de l’Obsidienne par son propre Gardien, qui savait de quoi pouvaient bien être capable les hommes et femmes qui avaient également subi le changement de Souverain, la tête basse. Cependant, Auriane n’était pas aussi inquiète à ce sujet que le soldat. Du moins l’était-elle, mais avant. Avant qu’il n’arrive. Lorsqu’elle l’avait vu dans la salle du conseil, son cœur s’était gonflé et elle avait cru pleurer. De soulagement de le voir, mais également de douleur. Car en posant son regard sur lui, les souvenirs de la dernière fête de l’Ambre avaient rejailli en elle, alors qu’elle tentait bien difficilement de les contenir au quotidien. Elle aurait voulu pouvoir se jeter dans ses bras et quémander le réconfort dont elle avait tant besoin et que personne ne pouvait lui apporter. Fantaisie de sa part que de penser pouvoir avoir de tels gestes vis-à-vis d’un Souverain mais elle n’avait plus aucun filtre en elle. Pas alors que son monde était en train de s’écrouler à nouveau. Mais elle ne l’avait pas fait, tressaillant sous le regard de glace qui était le sien et qu’elle avait reconnu comme celui qu’il lui avait offert lors de leur première rencontre, lors de la fête du Lac. Et à nouveau, elle avait failli s’effondrer. Car l’incompréhension face à ce qui s’était passé régnait toujours dans son esprit. Comment les choses avaient-elles pu si mal finir ? Qu’avait-elle donc fait pour ne recevoir que sa froideur en guise d’au revoir ? Alors que tout avait si bien commencé. Alors qu’elle avait senti bien malgré elle son cœur s’ouvrir pour cet homme dont la présence irradiait de chaleur. Que s’était-il passé ?

Elle revint au présent, laissant ces pensées douloureuses loin dans son esprit, en arrivant devant la porte de Ren. Mais elle n’était pas seule dans le couloir. Deux des médecins qui s’étaient occupés d’Auriane et qui à présent prenaient soin de leur Souverain s’entretenaient à voix basse, parlant rapidement et malgré leurs chuchotements dont elle ne pouvait percevoir le sens, elle sentit l’urgence dans leur timbre et dans leur gestuelle. Alertée, sentant la peur la glacer jusqu’au sang, elle s’approcha d’eux rapidement, oubliant toute fatigue.

« -Que se passe-t-il ? Comment va-t-il ?
-Ma Dame, s’il vous plait, calmez-vous.
-Poussez-vous. Je veux le voir.
-Je regrette, mais c’est impossible. »

S’apprêtant à forcer le passage pour rentrer, Auriane s’interrompit dans son geste, écarquillant ses grands yeux gris qui passèrent d’un médecin à l’autre, cherchant à comprendre ce qu’il se passait derrière leurs masques indéchiffrables. Elle sentit la peur et la panique se mélanger pour provoquer une colère et une rage comme elle en avait rarement ressenti. Contrôlant ses gestes et sa voix, elle se recula lentement, respirant afin de ne pas crier.

« -Je vous demande pardon ?
-Personne ne peut entrer pour le moment. Notre Souverain a été pris d’une nouvelle crise pendant que vous présidiez au conseil et s’en retrouve très affaibli.
-Poussez-vous ! Je DOIS le voir !
-Non ! Vous êtes sa pupille certes, mais même vous ne pouvez pas entrer ! Il a besoin de calme, de repos et de ne surtout pas être dérangé ! Nous restons à son chevet et nous vous ferons quérir dès qu’il sera en état de recevoir qui que ce soit. Mais vous ne rentrerez pas pour le moment !»

C’en fut trop pour la jeune femme. Alors qu’elle avait tenté de forcer le passage à nouveau, le médecin l’avait attrapé par le bras et elle se dégagea brusquement, les larmes coulant déjà sur ses joues dénuées de couleur. La situation ne faisait qu’empirer. A chaque minute qui passait, une épée se balançait de plus en plus dangereusement au-dessus de la vie de son frère et elle ne pouvait rien faire. Le voir lui était même à présent interdit. Car elle n’était que sa pupille. Et rien d’autre. Sans un mot, elle fit demi-tour et s’avança dans le long couloir éclairé par des torches menant aux appartements royaux. Elle titubait presque, regardant le sol, les larmes brouillant sa vision et l’empêchant de voir correctement où elle allait. Mais une partie d’elle-même savait pertinemment où elle se rendait.

Elle s’arrêta devant une porte fermée et resta ainsi, immobile, tremblant de tous ses membres, les poings serrés contre sa robe sombre, pleurant en silence. Plusieurs gardes se tenaient devant les appartements du Souverain de Prithvi et l'observaient sans mot dire, sans tenter de la faire partir, la laissant seule dans son recueillement douloureux. L'aurait-elle remarqué qu'elle les aurait certainement remercié pour cet égard. Mais elle était seule dans sa bulle, avec un seul objectif en tête. Elle ne remarquait rien ni personne. Puis, elle frappa. Plusieurs coups, faibles. Elle ne savait même pas s’il avait entendu. Plus rien n’importait à présent. L’étiquette, les convenances. Qu’on la voit seule, attendant d’être reçue par un Souverain. Qu’il la toise à nouveau de son regard de glace et la maintienne à distance par le seul timbre de sa voix. Elle s’en moquait. Elle désirait juste le voir. Elle désirait juste retrouver un peu de l’éclat que sa présence apportait dans son quotidien. Car en l’instant, Endor était le seul à pouvoir l’empêcher de sombrer dans la détresse et dans le désespoir que lui apportait la perte progressive de son frère.


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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Mar 16 Avr - 13:45
Les choses qui s'éveillent
Si l’on demandait à Keral Sigurdson de se décrire lui-même, il se désignerait immédiatement comme un enfant de l’amour et aucun de ceux qui le connaissent bien ne pourrait le contredire. Aussi beau qu'un ange et charmant qu'un rossignol, les femmes l'adorent depuis toujours et il leur rend généreusement cette passion. Même si rien ni personne ne pourrait l'empêcher de se sacrifier pour la survie de son Souverain si les circonstances venaient à l’exiger, en dehors de ses devoirs de Pilier, Keral ne vit que par et pour l'amour sous toutes ses formes, qu'il le concerne lui ou les autres. C'est pourquoi, malgré des jours d'angoisse et d'obscurité, un voyage éprouvant vers une Akasha effondrée et un conseil où il a du bien des fois se retenir de rappeler ce qu'est le respect à ces arrogants d’akashans, son cœur s'emballe follement dès qu'il aperçoit la silhouette titubante de dame Auriane approcher des appartements de son Souverain. À côté de lui, il sent Drenn chercher discrètement son regard, désemparé quant à la réaction à adopter. Keral n’y fait pas attention. Il jubile.

Au service d'Endor, il n'a hélas jamais eu de quoi nourrir ses aspirations d'amoureux de l'amour. Les quelques passades d'une nuit qui adviennent sous la conduite d'un peu d'alcool ou de besoins purement hygiéniques ne l'intéressent pas le moins du monde et il se désespérait d'avoir un jour quoi que ce soit à observer jusqu'à ce que l'arrivée sur scène de la pupille du Vide ne vienne couronner de lauriers sa patience. Le jeune Pilier était aux premières loges durant la Fête de l’Ambre. Il a repéré chaque sourire, chaque regard, chaque rougissement. Il a frémi d’excitation en voyant l’attention intense et exclusive dont il voyait faire preuve son Souverain envers la jeune femme, pour la première fois en dix ans de service. Et bien évidemment, il a eu le coeur brisé lui aussi en voyant la ruine accabler ce qui n’avait même pas encore eu le temps d’éclore entre eux deux. C’est pourquoi il a intérieurement sauté de joie en voyant Auriane appeler Endor à l’aide et Endor répondre aussitôt à Auriane, laissant Prithvi aux mains fidèles du Gardien pour galoper vers une Ebène en proie au chaos. Mais, s’il nourrissaient tous les espoirs en venant ici, Keral doit bien avouer que voir la jeune femme éplorée frapper en larmes de timides coups à la porte de son Souverain est au-delà de tout ce qu’il aurait pu souhaiter. Les voir revenir pas à pas l’un vers l’autre malgré le cruel différend qui les a séparés à la fin des longues nuits est plus beau, plus fort, un millier de fois plus ardent que toutes les scènes de batailles que le commun des hommes semble se plaire à entendre. Alors, quand les coups de la pauvre dame restent lettres mortes, tout pilier qu’il soit, Keral ne peut rester de marbre.

Passant outre toutes ses prérogatives, il pose la main sur la poignée, ouvre la porte et adresse un bref signe de tête à la jeune femme. Drenn est évidemment sidéré mais il n’en tient pas compte. Il cherche plutôt du regard son capitaine à l’intérieur de l’antichambre, lequel avance déjà, sourcils froncés et main sur le pommeau…


« Sa Majesté a dit pers-... »

… Avant de s’arrêter de lui-même, confondu tant par l’identité de la visiteuse que par les larmes qui dévalent son visage. Keral se retient de lever les yeux au plafond. Il respecte profondément son supérieur mais Rhaengar est aussi doué pour le commandement qu’empoté pour tout le reste… Heureusement, un coup d’oeil appuyé de sa part suffit à dissiper sa confusion.

« Je vais l’informer de votre présence, ma Dame. »

Fait-il humblement en tournant aussitôt les talons vers la porte de la chambre. Keral est peut-être le plus jeune des Piliers mais il sait faire preuve d’autorité sur les sujets d’importance. On ne laisse pas une femme en larmes sur son seuil. Quand, quelques instants plus tard, dame Auriane est admise auprès de son Souverain, le jeune homme accepte sans broncher les vagues remontrances de Rhaengar et le commentaire désobligeant de Drenn avant de reprendre son poste, le visage barré d’un grand sourire satisfait, savourant par avance l’évolution des choses.

« Dame Auriane ? »

Je n’étais pas prêt. Les dieux m’en soient témoins, je n’ai pas fait un seul pas ver Akasha depuis que j’ai reçu sa lettre sans m’interdire le moindre espoir. Malgré la douleur que cela me causait, pas un seul instant je n’ai espéré qu’elle me demande davantage que de l’aide pour empêcher sa contrée de disparaître dans l’ombre et la flamme. Ce genre de pensées est inutile et me détourne des raisons pour lesquelles je suis là. Ce que je croyais possible entre nous n’a été qu’une erreur, une illusion, et je dois en faire le deuil. Les choses sont ainsi. Aussi, je ne sais ni que dire ni que faire lorsque, moins d’une heure après la fin du conseil, tandis que je tente de trouver un peu de repos dans mes appartements, Rhaengar passe ma porte pour m’annoncer qu’Auriane se trouve dans l’antichambre et demande à me voir. La foudre me frappe en même temps que son prénom. Pendant un instant, je suis aussi désorienté que si je me trouvais seul au-dehors, dans le monde privé de soleil. Comment est-ce possible ? Pourquoi ? Je me suis tellement forcé à enterrer à jamais toutes les aspirations que j’ai commis l’erreur de nourrir que je ne peux comprendre ce qu’elle fait là. Et je n’ai même pas le temps de réfléchir à une hypothèse que le premier de mes Piliers lui tient soudain la porte. Je ne me rappelle même pas avoir accepté sa venue même si je sais que je n’aurais pu la refuser, de la même façon que je ne peux rester impassible en la voyant soudain face à moi malgré toutes mes résolutions.

« Ma Dame, que se passe-t-il ? Pourquoi pleurez-vous ainsi ? »

J’avance vers elle, soudain glacé d’inquiétude en voyant ses épaules tremblantes, son teint livide et trempé de larmes. Jamais encore je ne l’ai vue pleurer ainsi. Je ne pensais pas qu’il était possible de souffrir autant de la douleur de quelqu’un d’autre. Son chagrin m’est tellement insoutenable qu’en un instant, je renonce. Au diable la distance que j’ai pu creuser, les mots cruels que j’ai pu avoir, le supplice qui m’accable à l’idée qu’elle pleure son amant qui se meurt. Je ne peux tout simplement pas supporter de la voir aussi triste.

« Venez, je vous en prie. »

Congédiant Rhaengar d’un signe de tête, je la prends doucement par le bras pour la conduire vers l’un des fauteuils qui siègent devant l’âtre allumé. La toucher ainsi est une torture si douce et si cuisante que je détourne le regard. Elle est si près de moi que je suis obligé de prendre la mesure de ce qui nous sépare...
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Sam 27 Avr - 12:49






Les choses qui s'éveillent

Il ne répondait pas. A quoi s’était-elle donc attendue ? Ses regards et ses propos avaient été sans équivoque, elle le savait. Elle l’avait profondément blessé, pour une raison qu’elle ignorait. Et il ne se passait pas une journée sans qu’elle ne soit assaillit par les remords et les doutes, tentant de trouver dans son propre comportement et ses propres paroles ce qui aurait pu lui fermer la porte menant au cœur du Souverain. Mais elle n’avait pu trouver ou deviner. Alors quand le silence fut la seule réponse à ses coups contre le panneau de bois, elle ferma les yeux, résignée. Mais elle les rouvrit en sentant du mouvement à ses côtés. Regardant pour la première fois ce qui se passait autour d’elle, son regard croisa celui d’un des soldats, qui venait d’ouvrir la porte et qui lui faisait signe d’entrer. Son grand regard gris s’écarquilla et vint se poser sur l’antichambre avant de revenir sur le soldat.

« Merci… »

Un faible murmure empli de toute sa gratitude tandis qu’elle franchissait les quelques pas qui la séparaient du seuil. Elle vit alors le capitaine des piliers, qu’elle connaissait déjà pour lui avoir été présentée pendant la fête de l’Ambre et elle s’arrêta, tressaillant et baissant le regard sous ses premières paroles. Elle n’avait aucun droit d’être ici et il pouvait parfaitement la renvoyer d’où elle venait s’il le désirait. Mais elle souhaitait de tout son cœur qu’il n’en serait rien. Elle n’était pas leur ennemie. Elle avait tenté de leur prouver maintes et maintes fois lors du conseil, défendant Prithvi et les autres contrées face aux regards emplis de mépris des membres du Conseil. Elle avait chanté pour eux, souhaitant une union entre eux tous, un pacte de paix et d’amitié. Elle n’était pas leur ennemie. Aussi, quand le capitaine tourna les talons, tout agacement aillant quitté sa voix, elle trembla encore plus, remerciant intérieurement ces hommes pour qui elle éprouvait le plus profond des respects. Et c’est alors qu’elle entendit le son de sa voix.

Pour la première fois depuis qu’elle avait pénétré l’antichambre, elle releva le regard et le posa sur le Souverain de Prithvi. Et le peu de résolution et de bon sens qui lui restaient disparurent dans le bleu de ses prunelles inquiètes. Il avança vers elle et elle trembla encore plus tandis que le vide qui les séparait se réduisait de plus en plus. Elle s’était préparée à affronter sa froideur, sa distance mais en aucun cas elle n’aurait pensé faire face à son inquiétude et à sa sollicitude. Et c’est probablement cela qui eut raison de ses dernières forces. D’un geste d’une douceur qui lui était presque insupportable, il l’emmena dans sa chambre, vers l’un des fauteuils faisant face à l’âtre. Elle ne le vit pas congédier Rhaengar. Elle ne vit pas le soldat refermer la porte derrière eux, les laissant alors seuls l’un face à l’autre. Tout ce qu’elle voyait en cet instant c’était la douceur et la gentillesse qu’il lui témoignait et dont elle avait cru ne plus jamais avoir droit. Et elle se brisa.

Ses jambes ne la supportant plus, elle tomba à genoux devant le Souverain, tête baissée vers le sol, les larmes dévalant ses joues déjà humides et finissant leur course dans les plis de sa robe et sur le tapis. Elle n’avait plus la force de se relever et la sollicitude d’Endor avait balayé le peu de résistance qui lui restait encore. Elle tenta de parler, tremblant de tous ses membres, mais les mots qui s’échappaient de sa bouche ne pouvaient former des phrases complètes tant elle était en cet instant perdue dans l’immense tourbillon de douleur qui menaçait de la dévaster.

« Je… Je suis désolée… Je… Je vous en prie… Je vous en supplie… »

Ses mains vinrent cacher son visage ravagé. Elle était incapable de s’arrêter ou de se reprendre. Elle avait tant essayé. Elle avait essayé d’être courageuse et d’être forte. Mais elle n’y arrivait plus. Elle ne pouvait plus.

« Je vous en supplie… Aidez-moi… Je ne sais pas quoi faire… Je ne sais pas… Je ne peux pas le perdre… C’est… C’est… »

Elle releva le regard, croisant celui d’Endor et toute volonté s’échappa d’elle. Les mots qu’elle prononça alors, peut-être les regretterait-elle plus tard. Peut-être se sentirait-elle coupable. Mais en l’instant, elle ne réfléchissait plus. Elle avait besoin d’aide. Elle avait besoin de soutien. Et la seule aide qu’elle voulait, c’était la sienne. C’était la seule assurance qui lui restait tandis qu’elle levait alors le voile sur la vérité et qu’elle dévoilait le secret qu’elle s’était juré de protéger.

« C’est mon frère… C’est mon grand frère… Et il va mourir… Et je ne peux rien faire… Rien… »

Et elle explosa en sanglots, laissant alors toute la douleur, toute la souffrance et toute la peur qu’elle avait toujours ressenties pour son ainé s’échapper d’elle. Toutes ses incertitudes, tous ses cauchemars, toutes ses frayeurs de petite fille avaient pris vie et il n’y avait plus personne pour la réveiller et pour la rassurer tout comme il le faisait avant. Ce qu’elle avait toujours redouté était en train de se produire. Seele lui arrachait son frère, la seule famille qui lui restait. Elle l’avait déjà perdu une fois. Elle ne surmonterait pas une deuxième perte. Elle en était incapable.

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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Jeu 2 Mai - 20:29
Les choses qui s'éveillent
j’ai senti les tremblements qui l’agitaient, qui semblaient ouvrir les faille dans sa chair sous la pression de la fatigue. C’était comme s’ils me fissuraient moi aussi, comme si je me sentais devenir plus fragile à chaque seconde en l’ayant si près de moi. Durant les quelques pas qui nous séparaient des fauteuils, j’ai vainement tenté de lutter contre le flot, de me cuirasser contre la douleur que me causait son chagrin et les folies que je risquais de commettre. Maintenant plus que jamais, je ne dois pas me laisser aller. J’ignore pourquoi elle est venue me voir mais ce n’est certainement pas pour que j’ajoute à ses angoisses les querelles illégitimes qui m’écartèlent en secret. Pourtant, plus encore que sa détresse, je perçois à quel point je suis proche de basculer lorsque je la vois soudain perdre pied devant moi. Mon coeur s’arrête, le froid qui s’engouffre à la place de ses battements presse un peu plus cruellement contre mes fissures alors qu’elle s’effondre sur le tapis, en larmes. Paniqué, je pose un genou à terre auprès d’elle.

« Auriane ! Par les dieux, qu’avez-vous ? Relevez-vous, je vous en prie… »

Je supplie car je ne peux la toucher. J’ai levé les mains pourtant, amorcé le geste pour l’empêcher de s’effondrer davantage et tenter de contenir ses sanglots, mais mes paumes demeurent suspendues au-dessus de ses épaules, frémissantes. Rien ne me sépare d’elle, pourtant. Rien, si ce n’est ce vide lancinant, compact et glacé qui m’empêche de le franchir. À la façon d’un iceberg, l’espace qui me paralyse se prolonge au-delà de mon champ de vision. Ce n’est pas seulement ces quelques centimètres entre mes mains et son corps. Ce sont aussi les longs couloirs surchargés de décorations du palais, la pièce où un Souverain privé de pierre se meurt lentement, l’air qui se raréfie dans ses poumons alourdis. Tout ce qui la sépare de lui me sépare d’elle également et ce poids gigantesques m’empêche de lui apporter le réconfort qu’elle mérite. Dieux, pardonnez-moi. Je voudrais lui donner le soutien qu’elle me demande, je lui offrirais ma vie et mon âme sans hésiter une seconde, mais je l’aime trop pour pouvoir la toucher alors qu’elle pleure un autre homme. Du moins, c’est ce que je croyais mais l’intégralité de mes croyances volent en éclat lorsque l’un de ses mots percutent mon esprit avec la force d’un marteau sur une enclume.
Frère.

« Votre… Quoi ? »

Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il me brise les côtes. Son vacarme résonne violemment sous mon crâne, exactement comme les tambours de la fête de l’Ambre. Ceux qui finissent par délier toutes les entraves qui me retiennent en temps normal. Ma voix tremble sur mes lèvres quand je m’entends répéter :

« Votre frère ? Ren est votre frère ?! »

Ma question n’attend pas de réponse. Les mots plongent seulement leurs racines en moi, se frayant un chemin au plus profond de mon être pour y ancrer leur vérité, et je reste muet, sans souffle, pendant toute la durée de l'éclosion. Plus tard, j'aurai honte de l'avoir laissé pleurer ainsi face à moi sans être capable de réagir mais pour l'heure, je ne peux réfréner l'émotion qui bouillonne en moi, fait craquer la glace alors que je n’ose encore y croire. Je me relève en vacillant, sans réellement savoir ce que je fais, où je cherche une prise où me rattraper en balayant fébrilement la pièce du regard.

« Eira toute puissante, mais comment est-ce possible ? Je… Pourquoi n’avoir pas... »

Je m'interromps tout seul lorsque mes yeux reviennent sur elle, stoppant le flot de sottises qui se mêlent aux pensées sensées émergeant de ma tourmente, solides et sûres comme des rocs. Bien sûr que c'est possible. S'ils avaient tous vécu, j'aurais moi-même quatre aînés. Et maintenant que je regarde Auriane avec plus d'attention, leur ressemble me saute aux yeux, discrète mais indéniable. Bien sûr… Tout est clair à présent. Auriane elle-même a évoqué cette parenté lorsque nous devisions à l’aube sous le saule des jardins du palais, il y a une vie me semble-t-il. Elle l’a déguisée pour que je ne puisse rien deviner mais ce n’est au final pas une surprise. Eu égard aux circonstances de sa prise de pouvoir, il n’est guère étonnant que le Souverain du Vide n'ait pas voulu révéler ce lien de parenté tant il aurait pu s'avérer dangereux pour la jeune femme. Mais si le nom de pupille a effacé celui de sœur, il n'a en rien diminué l'affection qu'ils se portent. Cet amour fraternel qui l'a poussé lui à la garder à ses côtés pour la cérémonie des lanternes et l'aurait conduite elle à partir à sa recherche, dans la neige furieuse et le vent glacé…

Ce souvenir me porte un nouveau coup. Le fourmillement, le fol espoir qui commençait à bourdonner dans chacune de mes veines se flétrit soudain, gelé par le blizzard issu de mes souvenirs, de ce jour où j’ai tout brisé. À nouveau je chancelle, horrifié par l’ampleur de la cruauté dont j’ai fait preuve alors qu’elle reposait sur une erreur. Une seule, terrible, colossale erreur qui nous a fait souffrir au-delà des mots, a creusé entre nous un abîme de silence et de larmes interdites. L’espace d’un instant, je me déteste. Pour tout ce que je nous ai infligé, toute la haine, le regret, l’amertume que j’ai éprouvé en vain, je voudrais disparaître. Je ne mérite rien d’autre, cette conviction marque ma chair au fer rouge tandis que je contemple ses larmes, atterré.

« Comment ai-je pu ne pas comprendre avant, comment ai-je pu… Dieux, j’ai été tellement stupide ! »

Pâle et tremblant de honte, je me détourne. Elle pleure toujours, effondrée sur le tapis, dévastée par la lente agonie du dernier membre de sa famille, et je suis toujours aussi incapable d’avoir un geste envers elle. Comment le pourrais-je ? Quel droit m’en reste-t-il après ce que je lui ai fait, après lui avoir reproché une faute imaginaire sous l’influence d’une jalousie qui n’avait pas lieu d’être ? La réponse est évidente. Elle me brise à nouveau le coeur mais j’en accepte docilement la torture. Ce n’est que justice. La mort dans l’âme, je finis malgré tout par revenir auprès d’elle. Même si je n’en ai pas le droit, même si je n’aimerais rien tant qu’être puni pour mon erreur et ses douloureuses conséquences, je ne peux pas rester sourd à sa détresse pour autant. Elle a déjà bien assez souffert par ma faute. Avant d’avoir pu réfléchir à ce que je faisais, je saisis doucement ses mains dans les miennes. Ses doigts humides de larmes me font frissonner. Je rougis quand le désir coupable de les porter à mes lèvres me traverse l’esprit, y reste honteusement attachée.

« Auriane, ne pleurez plus, je vous en supplie… Je ne peux rien vous promettre, l’état de Ren dépasse mes pouvoirs. Mais je vous le jure, je ferai tout, je… Je ne peux supporter de vous voir aussi malheureuse... »

C'est la pure vérité, quand bien même je ne peux me pardonner d'avoir été moi-même un artisan de son chagrin.
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Mer 8 Mai - 11:32






Les choses qui s'éveillent

Elle n’arrivait plus à articuler la moindre parole. Depuis l’annonce de la disparition de l’obsidienne, elle avait tenté d’amasser tout le courage qu’elle possédait pour se créer une armure afin de faire face à la situation catastrophique qui s’empirait de jour en jour. Son frère avait besoin d’elle et dépendait entièrement d’elle. C’était ce qu’elle s’était répété sans cesse, avançant tout en titubant, mais avançant quand même. Mais en l’instant, elle avait ouvert la porte aux différentes émotions qu’elle tentait d’enfouir au plus profond d’elle-même depuis plusieurs jours. Et elle pleurait. Encore et encore. Pour tout ce qui s’était passé, pour ce qui était en train d’arriver et pour ce qui risquait de se produire dans un futur très proche. Elle sentit le choc et la surprise chez Endor, elle entendit ses paroles, mais elle n’arrivait pas à lui répondre. Il y avait une sorte de liberté à se laisser ainsi aller. Lorsqu’elle reprendrait contenance, elle aurait sûrement honte d’avoir fait ainsi preuve de faiblesse devant un Souverain, de s’être laissée tomber à genoux à ses pieds et de l’avoir supplié de l’aider. Sûrement. Mais pour le moment, elle n’était qu’une femme qui souffrait et qui cherchait du réconfort chez l’homme que, bien malgré elle, elle avait commencé à aimer sous un saule,
près d’une année auparavant.

Mais même pleurer l’épuisait. Et le flot de ses larmes n’était pas éternel malgré la douleur qui restait la même, aussi vivace et aussi percutante que le jour où elle avait perdu ses parents. Etait-ce là son destin, à elle qui aurait pu mourir alors qu’elle n’était même pas encore âgée d’une saison, de voir les gens qu’elle aimait la quitter ? Etait-ce la fatalité qui la rattrapait ? Avait-elle échangé sa survie contre celle de sa famille ? Pas lui… Ruwa toute puissante je vous en conjure… Prenez-moi à sa place mais laissez-le vivre…

La lucidité commençait à reprendre le dessus sur son chagrin. Endor était près d’elle et doucement, délicatement, il vint retirer ses mains de son visage pour les tenir dans les siennes. La chaleur et la douceur qui se dégageaient de son contact suffirent à convaincre la jeune femme de relever le regard vers lui. Les paroles qu’il prononça alors eurent définitivement raison des barrières mentales de la jeune femme et elle faillit se jeter dans ses bras afin de se recouvrir de cette douceur dans laquelle elle souhaitait disparaitre. Mais elle ne le fit pas. Le visage inondé de larmes, les yeux rougis et fatigués, elle ne put que tenter de lui sourire, d’un sourire d’une tristesse à fendre l’âme. Serrant ses mains dans les siennes, elle souhaitait simplement rester ainsi indéfiniment. Que le temps s’arrête et que plus rien ne puisse l’atteindre. Mais elle savait que c’était impossible. Alors, elle reprit la parole, un murmure, presque un chuchotement. Dévoiler la vérité l’avait soulagé d’un poids immense et à présent qu’elle avait commencé, elle souhaitait continuer, lui raconter toute l’histoire. Car il n’y avait rien d’autre à faire que de parler. Elle ne le savait que trop bien.

« Je suis désolée de vous avoir menti… De vous avoir dit que mon frère était mort en même temps que mes parents… Peut-être est-ce pour ce mensonge que je suis punie aujourd’hui mais… C’était la meilleure chose à faire. Nous avons grandi ensemble et il était tout ce que j’avais. Il est tout ce que j’ai encore aujourd’hui. Nous ignorions tout de sa véritable identité. Et le jour où nous l’avons su… J’en ai tellement voulu au Royaume. J’en ai tellement voulu aux pierres de m’enlever mon frère de la sorte. Je n’étais qu’une enfant, mon seul désir était de garder mon grand frère à mes côtés. Aujourd’hui les Dieux me punissent pour cet égoïsme en le rappelant à leurs côtés… Je n’ai même pas pu aller le voir après le conseil… »

A nouveau, les larmes refirent leur apparition et elle se mordit la lèvre, luttant contre la nouvelle vague de chagrin qui menaçait de la terrasser en repensant à l’accueil qui lui avait été réservé devant les appartements de Ren. Une crise si violente que même elle n’avait pas été autorisée à aller le voir. Dans quel état serait-il la prochaine fois qu’elle poserait son regard sur lui ? Et si elle ne le revoyait plus ? Frissonnant, elle s’accrocha au contact de ses mains dans celles d’Endor, s’accrocha à son regard bleu afin de garder la raison. Lui, qui détestait tant son frère, qui venait de lui promettre de faire tout ce qui était en son pouvoir, qui faisait fi de ses sentiments envers lui pour elle. Le méritait-elle seulement ?

« Nous ne pouvons rien faire… La gemme doit lui revenir… Sans quoi il mourra… Mais merci… Merci mille fois. Je… Je sais qu’il y a eu beaucoup de colère et même de la haine entre vous et je sais qu’involontairement j’y ai contribué… Je vous demande pardon… Je n’ai jamais voulu ça. Je n’ai jamais voulu vous faire de mal. Jamais… »

A nouveau, les larmes se mirent à briller dans ses yeux et à ruisseler sur ses joues tandis qu'elle repensait à la froideur d'Endor, à sa dureté lors de leur dernière recontre. De la montagne qui avait tremblé et de son frère qui était entré dans une colère noire en apprenant ce qui s'était passé. De leur face à face qui avait résonné dans tout un chacun tandis que les deux Souverains s'affrontaient. C'était la dernière fois qu'elle l'avait vu. Et pourtant, il avait accouru dès qu'il avait reçu sa lettre. Elle ne méritait rien de tout ça. Elle ne méritait pas sa gentillesse, son dévouement ni même la moindre marque d'attention de sa part. Elle avait envenimé les choses quand elle avait souhaité les apaiser. Elle avait lamentablement échoué.

« Pardon... Je vous demande pardon Endor... Du plus profond de mon coeur... »

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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Sam 18 Mai - 21:24
Les choses qui s'éveillent
Son sourire me fend le cœur. Jusqu’aux os, jusqu’à l’âme, la tristesse de sa gratitude me broie de l’intérieur et fait gronder en moi une indignation que je ne crois pas avoir déjà ressentie auparavant. Il ne peut être juste qu’elle ait à me sourire de la sorte, pas alors que je voudrais que tout chagrin lui soit étranger. Jamais avant ce jour je n’ai réellement éprouvé l’envie de me rebeller car chaque fois, les conséquences de ces révoltes imaginaires n’en valaient pas l’enjeu. L’on m’a appris depuis bien trop longtemps qu’il valait mieux plier que rompre, supporter stoïquement les iniquités que je pouvais subir si cela pouvait servir le bien commun. Je me suis toujours efforcé de le faire même au prix de ma fierté car cela me paraissait l’attitude la plus sage, mais c’était avant ce jour, cet instant où elle me sourit à travers ses larmes au cœur de la longue nuit. S’il est tolérable dans ce monde que cette jeune femme ait à souffrir de telles pertes, si je ne peux réellement rien faire pour l’y aider, alors je refuse que ce monde existe. Le désir grotesque et insensé de le détruire pour le rebâtir pierre à pierre frissonne dans mes mains contre les siennes. Je ne peux pas réaliser ce fantasme puéril, uniquement rester spectateur de mon impuissance à alléger son chagrin. Ses paroles elles-mêmes me rappellent bien vite que je ne peux rien arranger, rien réparer. J'ai déjà tout brisé… Résistant à l’envie de caresser son visage, je me contente de me pencher légèrement vers elle pour lui parler d’une voix assourdie par l’émotion :

« Dame Auriane, croyez-moi, vous n’avez rien à vous reprocher. Vous ne méritez pas la moindre punition pour ce qui vous est arrivé ou pour ce que vous m’avez dit. Il n’y a… Il n’y a qu’une seule personne à blâmer ici... »

Mortifié, je détourne le regard. J’ai tellement honte de ma méprise, honte d’avoir foulé au pied ce qui commençait à émerger, honte de l’avoir blessée aussi injustement. J’ai la sensation que jamais rien ne pourra racheter cette faute, que je devrai vivre en pleurant pour toujours cette occasion manquée, étouffée dans l’œuf à cause de mon aveuglement. Même s’il s’avère finalement qu’elle n’est pas la maîtresse de Ren, je ne crois pas que j’aurais jamais le droit de prétendre à quoi que ce soit venant d’elle désormais. La poitrine écrasée de remords, les mots m’échappent d’eux-mêmes sans que je ne puisse les retenir :

« Je me suis montré… distant, dur et cruel avec vous sans aucune raison. Vous ne m’avez jamais fait de mal. Je suis le seul à m’être fait souffrir, à vous avoir fait souffrir également de la plus injuste des façons parce que j’ai été trop stupide. Bien trop stupide... »

Je me mords la lèvre à mon tour, relâche ses mains. Une partie de moi voudrait s’arrêter là, garder pour moi cette part honteuse de la vérité, mais je sais d’ores et déjà que je ne peux m’y résoudre. Je n’ai pas le droit de lui cacher quoi que ce soit après ce que je lui ai infligé et, si elle doit me détester après cela, et bien soit. Il est juste que je sois puni pour mes erreurs et mon châtiment ne peut en l’occurrence provenir que d’une seule personne. Prenant une courte inspiration, ma voix tremble pourtant un peu lorsque je laisse échapper l’aveu fatidique :

« Je… n’ai pas songé que le Seigneur Ren pouvait être votre frère. À la place, j’ai cru… J’ai cru qu’il était votre amant... »
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Lun 27 Mai - 21:24






Les choses qui s'éveillent

EElle tressaillit sous ses paroles et baissa le regard. Une seule personne à blâmer ? Ne le regardant plus dans les yeux, elle ne put voir la gêne sur son visage et un instant, elle pensa qu’il parlait de son frère. Elle se mordit la lèvre, bien consciente que malgré la situation, elle doutait de pouvoir dire quoique ce soit en sa faveur mais elle n’avait pas la force de tenter de le défendre. Elle refusait de parler de ses mauvais côtés et de ce qu’il avait fait. Pas alors qu’elle ne savait pas si elle pourrait le revoir en vie. Mais elle s’était méprise sur les paroles d’Endor et il le lui fit rapidement comprendre en reprenant la parole et, devant son hésitation et sa propre incrimination dans la douleur qui avait été la leur, elle se redressa et l’observa, confuse.

Elle voulut le rassurer, lui dire qu’elle ne lui en voulait pas le moins du monde, persuadée qu’il parlait des mots qu’ils avaient échangé tandis qu’elle voulait partir à la recherche de Ren sur un coup de folie. Elle avait été coupable, n’avait su se contrôler. Elle n’avait pas voulu que son frère aille le trouver mais sur le moment, elle avait été tellement soulagée de le retrouver qu’elle avait sombré dans le plus profond des sommeils. C’était Fearghas qui avait prévenu son Souverain de l’échange dur entre Endor et Auriane. Quand elle l’avait appris, elle avait été mortifiée. S’était sentie atrocement coupable. Mais à aucun moment, elle n’aurait pensé rejeter la faute sur Endor.

Car jamais, par les dieux, elle n’aurait pu deviner quelle avait été la conclusion à laquelle le Souverain avait sauté. Et lorsqu’il le lui dit, lorsque les mots franchirent le barrage de ses lèvres, Auriane resta sans réaction, figée pendant quelques secondes, le temps que l’information se fasse une place dans son esprit. Puis, ses yeux s’écarquillèrent et elle le fixa, comme s’il avait perdu la raison, la bouche entrouverte sur des mots qui ne franchirent jamais le barrage de ses lèvres. Plus brusquement qu’elle ne l’aurait voulu, elle retira ses mains d’entre celles du Souverain, comme si ce contact l’avait brûlée. Elle s’assit sur ses talons, incapable de dire quoique ce soit, trop stupéfaite pour avoir une réaction sensée. Amants. Il avait cru qu’ils étaient amants.

Enfin, cette pensée s’imposa à son esprit et elle rougit violemment, indignée et étrangement agacée. Elle secoua violemment la tête et son regard dévia, refusant de le regarder. Elle s’en voulait de se sentir autant énervée face à cette révélation mais n’arrivait pas à réagir rationnellement. De toutes les personnes dans ce Royaume…

« Je… Comment avez-vous… Ce n’est pas… »

Elle n’arrivait pas à formuler correctement le fond de sa pensée, pour la simple et bonne raison que son esprit s’était transformé en véritable chaos. Tout se mêlait et se mélangeait, les pensées, les émotions et les souvenirs. Elle lui en voulait d’avoir pu penser ça. Elle n’aurait pas dû, mais c’était la vérité et elle ne pouvait rien y faire. Elle lui en voulait réellement. Car pas un seul instant, elle n’avait usé de malices ou de mensonges, n’avait jamais été qu’honnêteté et sincérité avec lui. Elle avait souffert, s’était sentie horriblement coupable face à sa froideur alors qu’en réalité, il s’était méprisé sur la relation qu’elle entretenait avec son Souverain. A quel moment avaient-ils laissé croire à une possible liaison ? A quel moment lui avait-elle fait part d’autre chose que des attentions les plus pures et sincères à son égard ? Avait-elle agi avec un autre comme elle avait agi avec lui ? Avait-il donc si peu d’estime pour elle ou était-ce simplement sa haine pour son frère qui l’avait aveuglé ? Tout se mélangeait et elle ne savait même pas par où commencer.

« Je savais qu’il y avait des rumeurs qui courraient… Mais jamais je n’aurais pensé que vous y auriez apporté le moindre crédit… Pas vous… »

A nouveau, elle le regarda. La détresse et la tristesse l’avaient pour le moment désertée et son regard gris brillait de colère. Contre qui était-elle le plus en colère en l’instant ? Contre lui pour sa méprise ou contre elle pour ne pas avoir été assez claire dans ses sentiments ?

« Je n’ai jamais… Depuis notre première rencontre sous le Saule, je n’ai cessé de penser à vous. Je… Je suis venue jusqu’à Ambre pour vous voir. J’ai affronté mon frère pendant des semaines pour pouvoir voyager avec lui. J’ai… J’ai tout fait pour passer autant de temps possible en votre compagnie malgré les relations entre nos contrées. J’ai mis en danger nos relations diplomatiques et politiques simplement parce que j’étais incapable de faire taire mes sentiments. Et vous… M’apportez-vous donc si peu de crédit pour penser que je pourrais vous regarder comme je le faisais pendant que vous dansiez alors que mon cœur était déjà engagé ailleurs ? Que je pourrais ainsi me jouer de vous en partageant le lit d’un autre ? Même si Ren n’avait pas été mon frère… Est-ce donc cela que vous pensez de moi ? N’ai-je donc pas été suffisamment claire dans mes sentiments pour vous ? Aurais-je dû oublier toute raison et simplement vous le crier dans la neige ? N’avez-vous donc jamais pris au sérieux mon intérêt ? »

Elle s’interrompit, reprenant son souffle. Les mots sortaient sans qu’elle ne les contrôle. Car c’était bien cela au final qu’elle lui reprochait. Que malgré ce qui s’était passé entre eux, malgré la naissance de quelque chose de doux et de tendre, malgré son intérêt si peu dissimulé que son frère l’avait presque aussitôt percée à jour, malgré tout cela, Endor avait sauté à la conclusion la plus absurde et la plus éloignée de la vérité sans plus rien retenir de leurs échanges. Lorsqu’elle reprit la parole, sa voix était un murmure, une supplique.

« Ne m’avez-vous donc pas entendue chanter pour vous… ? »

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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Mer 29 Mai - 17:18
Les choses qui s'éveillent
La honte m’étrangle tout entier. Ses liens sont si serrés que je crois bien ne plus jamais pouvoir bouger, respirer, ou la regarder à nouveau dans les yeux. Avouer la vérité, lui donner corps avec des mots me fait réaliser à quel point j’ai été aveugle et j’ai l’impression que je n’aurais jamais assez de ma vie pour mesurer l’ampleur de la peine que je lui ai causée en me laissant abuser par mes chimères. Mais même si mon regard demeure baissé sur les franges du tapis, un étrange enchantement fait apparaître son visage devant mes prunelles avec une précision d’orfèvre, m’infligeant sans pitié les moindres détails de sa stupeur, de la consternation dont est empreint son silence. Lorsqu’elle retrouve la voix, l’indignation qui ourle ses paroles et croit peu à peu comme les vagues à l’approche de la côte me donne envie de disparaître sous terre. Dieux, je souffrirais moins sur le billot. Aucun coup de hache, si fatal soit-il, ne pourrait approcher ce que j’éprouve en l’entendant exprimer sa déception. Je ferme les yeux, au supplice. Oui, j’ai entendu ces rumeurs et j’ai toujours refusé d’y accorder foi jusqu’à ce jour maudit. Je ne suis plus digne de la moindre estime de sa part après cela. Mais alors que je rassemblais tout mon courage pour accepter cette condamnation, les mots dont Auriane m’accable soudain me plonge dans la plus profonde stupéfaction. Je viens recroiser son regard sans même m’en rendre compte, ahuri sous le feu de sa colère et de ses aveux.

« Non, je… Jamais je ne… »

Le reste, quel qu’il soit, meurt dans ma gorge, balayé par les paroles de la jeune femme. Elle a raison de m’en vouloir et de me parler ainsi. Alors que je me refusais à prêter foi aux rumeurs qui couraient sur son compte, j’ai fini par les répandre moi-même auprès de mon ami Nàr tant la douleur m’aveuglait, me rendait amer. Elle a tous les droits de me blâmer pour cela. Mais même si je me sais coupable, je ne peux concevoir un instant qu’elle s’imagine être une femme légère à mes yeux. J’ai essayé, c’est vrai. Par dépit, dans le secret de mon âme, j’ai tenté de la parer de défauts, d’en faire une perfide créature qui s’était jouée de moi, qu’il aurait été facile de haïr. Je n’ai jamais pu. Chaque fois, la vérité revenait s’imposer à mon esprit, à mon cœur, implacable et douloureuse. Auriane n’est pas ainsi. C’est la femme la plus sincère que je connaisse et c’est pourquoi ce qu’elle m’avoue sous le coup de l’émotion me laisse sans voix. Oubliant de respirer, je ne peux croire à ce que j’entends alors que je contemple son visage. Cela ne se peut. Les espoirs inavouables que je croyais morts, que je me suis efforcé d’enterrer ne peuvent pas se révéler fondés à présent. Elle n’a pas pu… penser à moi de la sorte, elle ne peut pas parler de sentiments à mon égard. Mais pourquoi alors mon cœur bat soudain si vite, si fort ? Pourquoi ai-je l’impression qu’il est à vif, hors de ma poitrine, alors qu’elle me rappelle tous les regards, les sourires, tout ce que nous avons échangé sans un mot et que je me demande comment j’ai pu les oublier ?

Lorsqu’elle s’interrompt, essoufflée et frissonnante face à moi, je ne peux plus esquisser un geste car je suis trop occupé à revivre les jours où elle se trouvait dans mon palais, à me souvenir de tous ces détails que je n’ai pas su comprendre lorsque je l’aurais du. Plus je déroule le fil de ma mémoire, plus je me sens palpiter de l’intérieur sous l’effet d’une émotion vibrante, pas tout à fait inconnue, qui prend de l’ampleur entre mes côtes sans que je ne puisse l’en empêcher, pressentant le séisme sans pour autant m’y soustraire. Voilà donc ce dont je me suis privé par ma bêtise, voilà ce que j’ai échoué à comprendre à temps alors que je n’avais peut-être qu’à tendre la main… Cette pensée ébranle si profondément les murs de ma raison que j’entends l’écho de leur effondrement jusque dans les battements de mon cœur. Debout dans leurs débris, je regarde Auriane face à moi, cette femme pour qui j’ai abandonné ma contrée plongée dans les ténèbres sans hésiter une seule seconde. J’entends son murmure imperceptible, le désespoir qui enveloppe de son linceul le souvenir de sa chanson et, subitement, je retrouve l’usage de mes membres. Libéré de ma stupeur, emporté par la crue vibrante qui envahit soudain ma poitrine, je m’avance soudain pour envelopper son visage et embrasser ses lèvres.

Un éclair dans la nuit, une flamme dans les ténèbres, un éclat d’étoile qui germe dans mon cœur. La terre entière frémit alors que je me perds et me retrouve contre la douceur irréelle de sa bouche. Ma peau toute entière s’éveille au contact de la sienne, se couvre d’étincelles et se tend vers elle. Je ne pensais pas que l’on pouvait éprouver tant avec si peu. J’ignore d’où me vient cette audace, comment je peux oser un tel geste après toutes mes erreurs. Mais, dieux, comme le prix de cette ignorance m’est précieux…

« Je n’ai entendu que vous... »

Je me suis écarté d’elle, à peine. La tête me tourne, mon souffle tremble. J’ai l’impression de perdre l’équilibre, de basculer sans fin autour d’un point fixe, comme si la tête s’était trouvé un nouvel axe. Mon front contre le sien, les paupières mi-closes, je dépose mon murmure tout contre ses lèvres, incapable tout comme elle de mettre un frein aux mots :

« Pendant les quelques jours où vous vous trouviez sous mon toit, rien d’autre que vous ne pouvait exister à mes yeux. Jamais je n’ai ressenti cela pour personne, jamais je ne me suis autant laissé dominer par mes sentiments que lorsque vous étiez près de moi. Je ne voyais que vous, je ne désirais que vous. J'aurais dansé toute la nuit, toute ma vie pour que vous ne cessiez pas de me regarder. C’était mon souhait le plus cher… »

Je ferme un instant les yeux pour contenir les pulsations passionnées qui résonnent jusque dans mes paumes comme pour lui crier tout ce que j’ai pu ressentir alors que je me souviens soudain de tout. Tout ce que je n’ose pas dire, ces autres instants où je l’ai tenue contre moi et où j’ai cessé d’être un Souverain pour n’être plus qu’un homme. Faillible, vulnérable, plus vivant que je ne l’ai jamais été alors que j’oubliais le poids de la terre pour n’éprouver que celui de mon corps, de mon coeur qui battait pour elle. Je n’aurais jamais cru lui avouer tout ceci. Je n’aurais jamais cru que je pourrais me sentir aussi blessé et guéri à la fois qu’en laissant éclater les sentiments inscrits dans ma chair depuis tant de saisons...

« Et lorsque je vous ai vue, pâle d'inquiétude, prête à affronter la tempête pour un autre homme… Moi, Endor le Froid, Endor l'Austère, pour la première fois de ma vie j'ai brûlé de jalousie. J’ai été incapable de faire preuve de mesure ou de raison. L’idée que vous puissiez appartenir à un autre m’a rendu sourd et aveugle à tout le reste, pour mon malheur… »

Et c’est cette dernière phrase qui me rend à moi-même. Alors que je réalise une fois de plus à quel point je me suis fourvoyé, tous les tourments inutiles que je nous ai infligés, je prends également conscience du geste que j’ai osé faire. Mon coeur trébuche, je tressaille de bas en haut. Aussitôt, je la relâche, m’écarte, effaré par ma conduite. Les joues à nouveau empourprées de honte, je la regarde sans plus savoir que dire ou que faire, le coeur cognant de peur à l’idée qu’elle me haïsse désormais. Dire qu’elle était venue quérir du soutien...

« Pardonnez-moi… Je vous en prie, pardonnez ma hardiesse. Je ne veux plus jamais vous causer du tort, de quelque façon que ce soit... »
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Dim 2 Juin - 11:59






Les choses qui s'éveillent

Lorsqu’elle se tut, Auriane mesura alors l’impact de ce qu’elle avait dit. Mortifiée, elle observa Endor qui semblait passablement surpris par ses paroles et qui, à son tour, avait perdu l’usage de la parole. Essoufflée par son excès de témérité, frissonnant de froid après avoir senti le sang lui monter aux joues, elle voulut disparaître. Poussée par sa colère, elle avait perdu toute retenue et toute raison et avait incriminé Endor en oubliant qui il était. Un Souverain. Elle avait haussé la voix sur un Souverain. Un Souverain qui avait laissé sa contrée pour venir l’aider dès qu’il avait reçu sa lettre et qui avait accepté sans véritablement broncher la suspicion et le manque de respect des conseillers akashans. Un Souverain à qui elle venait tout simplement de dévoiler ses sentiments. Si elle était encore trop stupéfaite par sa propre audace pour réaliser dans quelle situation elle s’était mise, en revanche, elle ne réalisait que bien trop l’embarras dans lequel elle avait plongé le Souverain. Elle voulut lui dire de tout oublier, de mettre ses paroles sur le coup de la colère et de la douleur, de ne pas prêter attention aux paroles insensées d’une jeune femme qui souffrait. Mais elle ne le fit jamais.

Car l’homme face à elle s’était avancé, approché si près qu’elle pouvait observer les détails de ses traits, de l’éclat dans son regard bleu aux fines ridules au coin de ses yeux. Ses mains enveloppant son visage, il l’embrassa, en réponse muette à ses suppliques et Auriane sentit alors son cœur arrêter de battre dans sa poitrine. Ecarquillant les yeux en sentant les lèvres d’Endor se poser sur les siennes, elle fut dans un premier temps incapable de réagir, trop stupéfaite pour comprendre ce qui était en train de se passer. Mais la surprise laissa vite place à une onde de chaleur qui remonta dans tout son corps et balaya tout le reste. La peur, la tristesse, la peine, la colère. Plus rien n’existait, plus rien ne comptait. Fermant les yeux, elle se laissa aller, s’abandonnant entièrement dans le tourbillon de sensations qu’avait éveillé le baiser d’Endor. Lorsqu’il s’éloigna, elle alla bien malgré elle à sa rencontre, refusant de perdre cette chaleur et cette douceur qui l’avaient bercée pendant quelques secondes. Leurs souffles s’entremêlant, leurs fronts posés l’un contre l’autre, elle frissonna à nouveau, sentant les larmes lui monter aux yeux tandis que ses mains venaient se poser sur celles du Souverain, les pressant doucement, l’implorant de ne pas la lâcher. Jamais elle n’aurait pensé pouvoir un jour partager plus que quelques regards et sourires échangés avec lui. Jamais elle n’aurait pensé qu’ils pourraient mettre de côté leurs titres, étiquettes et tout ce qui les accompagnaient pour n’être plus qu’un homme et une femme, guidés par leurs cœurs au-delà de toute raison. Et pourtant, par ses paroles, Endor éveilla tout ce qui faisait d’elle une femme amoureuse et en l’instant elle aurait été prête à affronter le Royaume tout entier pour pouvoir simplement rester ainsi, dans ses bras et aussi proche de lui qu’elle le pouvait, bercée par sa voix. La tête lui tournait, son cœur battait à tout rompre et les larmes coulaient sur ses joues tandis qu’elle tentait de ne pas se noyer sous l’émotion qui était sienne et qui menaçait de tout submerger. En l’entendant justifier ses actes et paroles à cause de la jalousie, elle rouvrit les yeux, sentant que la réalité les rattrapait tous deux. Au-dessus d’eux le spectre de ce qui s’était passé revint les envelopper et la bulle éclata, faisant presque sursauter Auriane lorsqu’Endor la relâcha. Perdue, déboussolée, elle tenta de reprendre pied, songeant un instant qu’elle venait très certainement de rêver et que rien de tout cela ne s’était véritablement produit tant le souvenir du baiser du Souverain lui paraissait éphémère et irréel.

A nouveau, il s’excusa. Pour son geste, pour ses mots. Pour tout ce qui avait été et pour tout ce qui aurait pu être. Et à nouveau, l’indignation enserra le cœur de la jeune femme. Une révolte gronda en elle, non plus dirigée contre Endor mais contre le reste du monde qui les avait façonnés ainsi. Ne cesseraient-ils donc jamais de s’excuser l’un envers l’autre ? Devraient-ils donc toujours faire preuve de retenue et de bienséance ? Au moment même où ces questions traversèrent l’esprit de la jeune femme, elle savait déjà quelle était sa réponse. S’avançant doucement vers lui, elle posa une main timide sur son torse, à l’endroit même où battait son cœur dont elle pouvait sentir les échos affolés vibrer sous sa paume.

« Si Ren était revenu de la montagne et vous non… Croyez-bien que j’aurais affronté mon frère avec la même ferveur pour aller vous chercher. Même si je me doute bien que le Seigneur de la Terre ne peut pas se perdre, surtout dans ses propres montagnes. Je crois… Que je comprends. Ce que vous avez pu ressentir. J’ai été stupide d’agir ainsi à la vue de tous. Mais il y a des choses pour lesquelles je ne peux tout simplement plus me plier à l’étiquette et me contraindre à la raison. Mon frère en est une. Vous également. »

Elle lui sourit doucement tandis qu’à son tour, elle enveloppa le visage du Souverain entre ses mains, caressant sa peau, observant les traits de son visage. Elle était exténuée, à bout de forces. Partagée entre la douleur de la réalité et la douceur du songe dans lequel elle était plongée. Une saveur douce-amère qui faisait autant saigner que bondir son cœur. Son sourire était doux mais son regard était triste. Son corps menaçait de se briser et son cœur appelait à l’aide. Les mots à nouveau s’échappèrent d’entre ses lèvres, dans un murmure à peine audible tandis qu’elle tentait de puiser un semblant d’énergie auprès d’Endor.

« Je n’appartiens à personne… Mais bien malgré moi, je vous ai offert mon cœur il y a un an, sous ce saule. Aujourd’hui, je ne sais pas exactement ce qu’il en reste mais je suis certaine d’une chose… Je préfère affronter ce qui m’attend auprès d’Endor le Froid que sans lui. Alors s’il vous plait… Si vous ne souhaitez plus me causer le moindre tort alors ne vous excusez plus jamais pour votre hardiesse. »

Et sur ces mots, elle se redressa et l’embrassa à son tour. Par ce geste elle souhaitait sceller ainsi une promesse muette qu’elle se fit à elle-même. De ne plus laisser l’étiquette dicter sa conduite. De ne plus se perdre dans ce rôle qui n’était qu’une façade pour lui permettre de survivre dans ce monde de politique qui était à présent le sien. Une façade qui avait fait bien des dégâts qui auraient pu être épargnés. Une façade qui l’avait éloignée de son frère et d’Endor. Plus jamais.

L’instant se suspendit dans le temps pendant quelques instants avant que l’illusion ne se brise par des coups portés à la porte. Rouvrant doucement les yeux, s’éloignant légèrement, le regard d’Auriane se porta sur la porte des appartements du Souverain. Et presque aussitôt, la torpeur qui avait envahie son être s’éloigna pour laisser place à une peur froide et viscérale alors qu’elle se souvenait pourquoi elle était ici. Et aussitôt, un mauvais pressentiment l’étreignit. Combien de temps s’était-il écoulé depuis qu’elle s’était écroulée à genoux devant Endor ? Combien de temps depuis qu’elle avait été refoulée devant les appartements de Ren ? Reportant son attention sur Endor, pâle comme la mort, elle l’observa, la peur se lisant clairement dans son regard gris alors qu’elle attendait de connaître l’identité du visiteur et la raison de sa venue.

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Endor
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Endor
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Lun 17 Juin - 18:39
Les choses qui s'éveillent
Elle s’est avancée vers moi. J’essaie de toutes mes forces de ne pas y songer, de retrouver la distance respectueuse, insoutenable, que nous étions parvenus à instaurer entre nous mais toutes mes forces ont justement étés ensevelies dans l’audace dont je viens de faire preuve. À genoux sur le tapis, luttant pour ne pas bouger et tenter de maîtriser mes tremblements, je ne cesse de revoir ce mouvement, de le ressentir à nouveau contre moi. L’ondoiement infime, infiniment gracieux avec lequel son corps a ployé vers moi alors que je respirais encore le parfum de notre baiser. Cela ressemblait au méandre souple d’une branche de saule sous la brise et je rougis de honte en songeant à ce que j’aurais pu donner pour éprouver au creux de ma paume la souplesse de ses reins à cet instant précis. J’essaie d’oublier ce fragment de désir incandescent qui n’a pas sa place ici, beaucoup moins que ses mains sur les miennes. J’en sens encore la chaleur, les frémissements sur mes phalanges alors que je la vois réduire de nouveau la distance qui nous sépare. Aussitôt, mon souffle s’immobilise comme un animal aux abois, piégé quelque part dans ma gorge soudain aride. Par les dieux, que fait-elle ? La réponse est plus insensée que le plus fou de mes rêves. Bien plus réelle également.

Le contact de sa paume incendie toute ma poitrine et, l’espace d’un instant, je ne sais si je dois bénir ou maudire l’épaisseur de vêtements qui sépare ma peau de la sienne. Serais-je seulement capable de supporter la douceur de son contact sans cela ? J’arrive à peine à soutenir l’éclat de son visage, les larmes et la lumière dont elle me semble irradier toute entière malgré sa peine et son épuisement, palpables jusque dans ses tremblements. Jamais je ne l’ai vue si belle. Jamais je ne cesserai de penser ces mots. Jamais je ne pourrai me dérober à son contact même si la raison m’ordonne de le faire. Je ne reçois plus d’ordre de personne en cet instant, sa voix seule me tient en son pouvoir alors que ses murmures résonnent en moi comme des coups de tonnerre. Est-ce vraiment possible ? Ne suis-je pas en train de rêver, prisonnier comme tout le monde dans cette nuit sans fin ? Je ne peux réellement croire ce qu’elle m’avoue de sa voix tremblante. Je ne peux m’imaginer en avoir le droit… Quand ses mains se posent sur mon visage, je ferme à demi les yeux dans un soupir, vacillant à la limite de ce que je peux endurer. Comment le moindre de ses contacts peut-il me happer de la sorte ? Comment puis-je devenir en un clin d’œil si sensible que je perçois la pulsation de son cœur, chaque frémissement de son corps dans la bout de ses doigts caressant doucement mes joues ? Je l’ignore. Je ne crois pas désirer consciemment la réponse à cette question. La seule chose que je désire sans me l’avouer, de tout mon être, elle finit par me le donner, achevant de clore mes paupières dans un second baiser.

J’oublie la nuit. J’oublie le froid. J’oublie l’abîme qu’a creusé entre nous mon orgueil. J’oublie la peine, la peur, la haine, la rancœur. Tout disparaît dans un souffle, purifié par ses lèvres et les sentiments vibrants qui palpitent en elle en réponse aux miens. Doucement, religieusement, l’une de mes mains se pose sur son épaule, l’autre se perd dans ses cheveux pour la garder près de moi car je voudrais que cet instant ne cesse pas. Peu importe les erreurs que j’ai commises, que je commettrai sans doute encore car il n’est rien de plus fou qu’un homme en proie à l’amour. Même si chacune de ces fautes ne cessera de m’accompagner, pour l’instant le poids en est effacé. Quelques secondes inestimables où cette femme si frêle libère mes épaules de mon fardeau, de mon titre, de la terre elle-même. Un fragment d’infini où seul demeure l’homme, humble et vulnérable, ardent et dévoué, imparfait, perfectible par la seule force de son regard, de son sourire, avide déjà de tout lui offrir.

J’ignore combien de temps s’écoule avant que le monde ne nous rappelle dans sa marche, avant que quelques coups frappés à la porte ne m’arrachent à ses lèvres avec un tressaillement qui me fait figure de sacrilège. L’espace d’un instant, je suis prêt à renvoyer sans manières l’importun là d’où il vient pour prolonger cette étreinte si tendre, si précieuse à mes yeux. Mais l’expression d’Auriane me ramène à la réalité aussi brutalement qu’elle-même vient d’y revenir. La douceur flamboyante que nous venons de partager s’évapore dans un frisson glacé tandis que son visage pâle comme celui d’un spectre me dit sa peur avec autant d’éloquence que ces tremblements. Je sais à présent à quel point elle a raison d’être aussi angoissée. Qui ne souffrirait pas en sachant sa seule famille à l’article de la mort ?

« Seigneur Endor ? Dame Auriane ? »

Rhaengar. Tel que je connais le premier de mes Piliers, il ne se permettrait pas d’interrompre un entretien privé avec la pupille d’Akasha sans une excellente raison, qui a malheureusement toutes les chances d’être funeste. Avec précaution, ignorant le nœud qui me serre à présent les entrailles, je tiens Auriane contre moi pour nous relever. Quand Rhaengar entre dans la pièce après que je lui en ai donné la permission, j’ai gardé la jeune femme à l’abri de mes bras, comme pour faire rempart de ma silhouette contre le malheur qui rôde au-delà de la porte. Pour la première fois de sa carrière, le vieux guerrier marque un temps d’arrêt, figé par la surprise. Même s’il se reprend aussitôt, son visage impassible et déférent demeure marqué par deux petites taches roses sur les pommettes. Dans d’autres circonstances, j’aurais ri de cette improbable vision.

« Qu’y a-t-il ? »
« Pardonnez-moi. Sire Fearghas vous envoie chercher, ma Dame. Vous pouvez rendre visite au Seigneur Ren. »


Mon cœur bondit, peut-être en même temps que le sien. Ne sachant que faire tout d’abord, je baisse les yeux sur elle. Il serait tout naturel qu’elle se rende auprès de son frère à présent qu’elle le peut et, maintenant que je connais la véritable nature de leur relation, une partie de moi ne souhaite que cela. L’autre, traîtresse, persiste à me souffler que je mourrais si je la laisser s’éloigner maintenant… Finalement, c’est en sentant la faiblesse de son corps éprouvé bien au-delà de ses limites contre le mien que je prends ma décision.

« Allons-y. »

Tous les deux. Peu importe si cela signifie faire de nouveau face à l’Usurpateur, à cet homme que j’ai tant haï que nous avons failli ensevelir Ambre toute entière sous notre colère. J’endurerai tout son mépris, je courberai la tête face à tous ses reproches s’il le faut. Il n’y a plus de limites à ce que je suis prêt à faire pour elle. C’est le regard forgé par cette détermination nouvelle que je lui offre l’appui de mon bras pour quitter la chambre et suivre Fearghas qui nous attend à l’extérieur. Ce dernier, après quelques instants de surprise (et un coup d’œil méfiant), accepte ma présence sans un mot et entreprend sans tarder de nous guider dans les couloirs. Aussitôt, Rhaegar, Keral et Drenn quittent comme un seul homme leur faction devant la porte pour se déployer en éventail dans notre dos et compléter l’escorte.

Cette configuration empêcha d’ailleurs Endor de soupçonner quoi que ce soit de l’effort surhumain que du fournir le plus jeune des Piliers pour ne pas laisser éclater sa jubilation quand il l’a vu quitter ses appartements en compagnie d’Auriane, plus proches qu’ils ne l’avaient jamais étés. Tout cela sous le regard affligé de Drenn.
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Dim 30 Juin - 17:04






Les choses qui s'éveillent

En entendant la voix du capitaine des piliers s’élever de derrière la porte close, Auriane crut que son cœur allait subitement s’arrêter sous la terreur qui s’empara d’elle. Si le message s’adressait également à elle, il ne pouvait s’agir que d’une seule chose. Pas un instant elle ne pensa à Akasha, pas un instant elle ne se souvint qu’elle fût à présent régente. Elle ne pensa qu’à son frère. Et elle sut qu’Endor pensait la même chose tandis que leurs regards se croisèrent et qu’Auriane s’accrocha au sien pour ne pas se noyer. Ses mains avaient quitté le visage du Souverain pour venir s’agripper inconsciemment à sa chemise. Pas lui. Je vous en supplie. Pas lui. Sans le soutien d’Endor, jamais elle n’aurait pu se lever. S’il ne l’avait pas tenue fermement contre lui, entourée de ses bras, elle se serait très probablement écroulée lorsqu’il permit au soldat d’entrer. Elle ne pouvait pas le regarder, les yeux résolument baissés au sol car elle craignait de voir l’expression sur son visage. Elle redoutait les mots qui allaient franchir le barrage de ses lèvres et elle s’accrocha un peu plus à Endor, tentant de puiser un minimum de courage dans sa présence forte et réconfortante.

Et le soulagement fut tel que ses jambes se dérobèrent sous son poids. Toujours debout, toujours soutenue par Endor, elle enfouit son visage contre son torse, tentant de dissimuler l’émotion qui était la sienne au soldat qui venait de la part de Fearghas pour l’amener auprès de son frère. Il lui fallut quelques instants avant de pouvoir reprendre un minimum de contenance et lorsqu’elle se redressa, son regard croisa à nouveau celui du Souverain. Plus que tout, elle désirait se rendre au chevet de son frère. Elle voulait le voir, non, elle avait besoin de le voir. Mais ce désir était entaché par le refus de quitter Endor. Ils avaient réussi à retisser ce fil si ténu qu’ils avaient malheureusement brisé. Ils l’avaient renforcé. A présent, l’idée de s’échapper de son étreinte était aussi insupportable que de se trouver face à une porte fermée devant les appartements de son frère. Mais Endor mit rapidement fin à la torture qu’elle s’infligeait. Ecarquillant les yeux de stupeur, sans voix, la jeune femme dévisagea ses traits emprunts d’assurance et de résolution tandis qu’il prenait son bras pour l’aider à sortir de ses appartements afin que tous deux se rendent auprès de Ren. Et l’amour qu’elle ressentit en l’instant pour lui était si fort qu’elle en eut le souffle coupé. Car jamais elle n’aurait voulu lui imposer la présence de son frère après ce qui s’était passé lors de la dernière fête de l’Ambre. Jamais elle n’aurait émis la demande de l’accompagner auprès de lui car elle savait que les sentiments qui animaient les deux hommes étaient sombres et douloureux. Et pourtant, c’était bien son bras qu’il lui avait offert pour l’aider à marcher, c’était bien lui que Fearghas dévisagea lorsqu’ils sortirent de ses appartements. C’était bien lui qui avançait dans les couloirs à ses côtés.

Le capitaine des gardes n’avait rien dit. Il avait été surpris sans véritablement l’être de trouver Auriane auprès d’Endor. Il savait comment s’était terminé leur échange lors de la dernière fête de l’ambre pour en avoir été le témoin. Il savait ce qui s’était passé entre les deux Souverains pour en avoir été bien malgré lui l’instigateur. Quand il avait su qu’Endor venait vers Akasha, il avait craint beaucoup de choses. Mais il savait également qu’il était le seul à pouvoir apporter un semblant de réconfort à la jeune pupille alors que son tuteur disparaissait peu à peu. Alors il n’était pas surpris. Mais cela ne l’empêchait pas d’être méfiant. Car la protection de Ren et d’Auriane passait avant toutes ses autres obligations. Et il ne put s’empêcher d’en faire part à Auriane tandis qu’ils arrivaient devant les appartements de Ren.

« -J’étais auprès de Sa Majesté lorsque vous avez tenté d’entrer. Nous ne savions pas que les médecins vous avaient interdit l’accès. Cela n’aurait jamais dû arriver, je suis sincèrement désolé.
-Comment va-t-il ?
-Il était furieux quand il a appris ce que les médecins ont fait. Il est conscient et parfaitement lucide. La crise semble être passée… Pour le moment. Mais il est toujours aussi faible.
-J’ai… J’ai véritablement eu peur.
-Je sais. Et je vous assure que cela ne se reproduira plus. Je pensais que le conseil s’éterniserait bien plus sinon je vous aurais attendu sur le palier.
-Vous n’y êtes pour rien… Et il a besoin de vous également. Je crains que la présence des médecins ne finisse par véritablement l’exaspérer.
-A ce propos... Pardonnez-moi ma Dame mais… »

Ils étaient arrivés devant les portes à nouveau closes. Les médecins n’étaient plus là, seuls les gardes de Fearghas avaient repris leur poste. Ce dernier s’arrêta et hésita avant de se retourner vers Endor et Auriane. Son regard se posa sur le Souverain, longuement, comme s’il semblait peser le pour et le contre. Puis il soupira et s’inclina légèrement.

« Sire, pardonnez-moi et n’y voyez aucune remise en question de votre bonne foi de ma part. Je l’ai dit lors du conseil et je le répète, votre aide nous est particulièrement précieuse et vous aurez tout mon soutien. Mais mon Souverain est affaibli et vulnérable. Et j’ai peur que votre présence ne lui soit pas bénéfique. J’ai ma part de responsabilité dans ce qui s’est passé à Ambre et je vous présenterai mes excuses comme il se doit lorsque nous aurons un moment. Mais pour le moment, la santé de mon Souverain est ma priorité et je manquerai à tous mes devoirs si je vous laissai entrer auprès de lui sans m’assurer que cela n’envenimera pas la situation.»

Auriane observa le soldat puis reporta son attention sur Endor dont elle tenait toujours le bras. Les craintes de Fearghas étaient fondées. Ils savaient tous ici ce qui s’était passé lors du dernier face à face entre les Souverains d’Akasha et de Prithvi. Et elle savait que la haine était toujours présente, couvant paresseusement, attendant d’être à nouveau embrasée. Mais elle avait autant besoin de son frère que d’Endor en l’instant. S’ils voulaient tous survivre à l’épreuve qui les attendait, ils avaient besoin de faire face ensemble et de regarder dans la même direction.

« -Fearghas… Est-ce que vous me faites confiance ?
-… Bien sûr.
-Alors je ne vous demanderais rien de plus que de me laisser faire. S’il vous plait. »

Le soldat la dévisagea longuement. Au bout d’un temps qui parut une éternité à la jeune femme, il finit par hocher lentement la tête, une lueur de résignation dans ses yeux. Puis, il prit congé d’eux, les informant qu’il allait rejoindre à présent Samir, invitant Endor à les rejoindre dès qu’il le pourrait. Puis, il partit. Prenant une longue inspiration, Auriane finit par demander aux soldats d’ouvrir les portes. Ils pénétrèrent dans l’antichambre, plongée dans l’obscurité et les gardes qui y étaient en poste les regardèrent entrer, stupéfaits. Tous les regards convergèrent vers Endor mais aucun ne fit le moindre commentaire. Car si tous pensaient comme Fearghas, aucun ne se serait permis de faire part de leurs pensées à voix haute. Ils s’effacèrent en voyant la pupille et le Souverain se diriger vers la porte menant à la chambre et l’ouvrirent, révélant l’obscurité des appartements royaux. Il faisait frais dans la pièce, l’air circulait librement grâce à la nuit éternelle, peut-être seul bienfait de cette période si sombre. Après une dernière pression sur son bras, Auriane se sépara d’Endor et franchit le seuil, s’avançant vers le vaste lit qu’éclairait faiblement une unique chandelle, posée non loin de Ren. Il semblait dormir et pourtant ses yeux s’ouvrirent en sentant le mouvement de sa sœur qui se rapprochait du lit. Comme la dernière fois qu’elle l’avait vu, il était en position semi-assise, soutenu par une pile d’oreillers. Son visage était toujours aussi pâle, ses traits toujours aussi tirés. Ses cernes en revanche semblaient plus accentuées, renforçant le noir de son regard qui avait perdu sa couleur habituelle depuis que la gemme avait disparu. Une fine pellicule de sueur recouvrait son front et son torse se soulevait difficilement. Mais malgré tout ça, il sourit en reconnaissant Auriane qui vint s’assoir près de lui, sur le rebord du lit. Un véritable sourire qui anima quelque peu son visage.

« -Ah… Tu as donc survécu à ces horribles langues de vipère. Bien joué, je suis impressionné.
-Je suis désolée que ça ait pris autant de temps. C’était… compliqué. J’ai voulu venir te voir après…
-Oui,  c’est ce que j’ai appris. Je peux t’assurer qu’ils y repenseront à deux fois, la prochaine fois qu’ils voudront t’interdire d’entrer. Je suis content de te voir.
-Ren… Je ne suis pas venue seule. »

Il avait levé une main pour venir caresser la joue de sa sœur et s’était immobilisé dans son geste. Ses sourcils s’étaient froncés alors qu’il tentait de comprendre ce que voulait dire sa sœur, puis son regard s’était portée sur la pénombre de sa chambre. Et alors, il l’avait vu. Ou plutôt avait reconnu sa silhouette, sa haute stature.

« Toi… »

Son visage avait encore plus pâli si c’était possible. Il avait agrippé le bras de sa sœur et son regard était passé de l’un à l’autre tandis que sa respiration s’était faite plus saccadée, plus bruyante et que la colère était réapparue dans ses prunelles sombres.

« -Qu’est-ce que…
-Ren, calme-toi s’il te plait.
-Sors d’ici !
-Ren ! »

Le jeune Souverain avait voulu pousser sa sœur, comme pour la soustraire à la vue d’Endor et Auriane avait clairement vu la panique passer furtivement dans son regard alors qu’il pensait l’avoir mise en danger sans le savoir. Guère en état de pouvoir faire quoi que ce soit, elle n’avait pas eu le moindre mal à se défaire de sa poigne et l’avait forcé à se rallonger, consciente que le moindre effort lui en demandait beaucoup trop.

« -Ecoute-moi s’il te plait. Il sait.
-Quoi ? Il sait quoi ?
-Il sait tout. Je lui ai dit. »

La stupeur du Souverain était telle qu’il s’immobilisa presque aussitôt. La colère disparut et il regarda sa sœur comme si elle était subitement devenue folle. Auriane se mordit la lèvre. Elle avait juré de protéger le secret de leur parenté et de ne jamais le révéler à personne. Mais elle n’avait pas pu mentir à Endor. Cela avait été beaucoup trop lui demander. Ren se laissa tomber contre ses oreillers, assommé. Il s’était attendu à beaucoup de choses, prévoyant comme il l’était. Mais que sa sœur vienne le voir avec Endor pour lui avouer qu’elle lui avait dévoilé la vérité était bien loin de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Fatigué par son excès de colère, il ne savait que dire. Il refusait de le regarder, de les regarder. Endor, face à lui. Endor, debout, solide, face à lui, faible et misérable. C’était pathétique. Mais il était incapable d’en vouloir à sa sœur de le forcer à vivre pareil moment. Car il savait pertinemment pourquoi elle l’avait fait. Se redressant légèrement, il observa le Souverain, le regard sombre, les lèvres serrées.

« Je sais pourquoi Auriane a voulu que tu sois là. Je la connais par cœur. Mais toi Endor, pourquoi es-tu là ? »

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Endor
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Dim 14 Juil - 12:43
Les choses qui s'éveillent
Je l’ai sentie s’effondrer contre moi. Je l’ai soutenue avec dévotion lorsque la peur, le soulagement, toutes les peines en devenir qui s’amassent au fil de ces heures sombres l’ont blottie contre mon torse à la recherche d’un abri. Je l’ai protégée de toute ma ferveur, toute ma force domptée pour lui servir d’appui et, Eira me pardonne, j’ai laissé ma main caresser ses cheveux. J’en ressens encore la douceur ployer souplement sous ma paume, brasiller contre mes doigts comme une promesse qui me laisse le cœur battant même si je n’en montre rien tandis que nous avançons en silence dans les couloirs, guidés par Fearghas. Je ne dois pas me laisser subjuguer par ce que nous venons de partager, de nous avouer dans le secret de mes appartements. La situation est bien trop grave pour que je puisse permettre à mes émotions de prendre le dessus ou à mes sentiments d’éclore enfin comme ils le voudraient après tant de saisons piégés dans les glaces. Auriane est à mes côtés. Je sens la faiblesse de son corps, sa détresse dans les mots qu’elle échange avec le capitaine des gardes, l’appel à l’aide que sont ses mains tremblantes serrées autour de mon bras. Il n’est pas encore temps pour la floraison, pas alors que la pays tout entier est en péril et qu’elle craint autant pour la vie de son frère. Je me dois d’être le soutien dont elle a besoin pour l’instant, et rien de plus. Cette résolution prend corps en moi comme les racines invisibles de la montagne sous la terre et, comme elles, je demeure inflexible lorsque Fearghas s’adresse à moi avec une prudence et un respect qui ne masquent rien de sa circonspection.

Je considère un moment l’homme balafré face à moi. Une heure dans la salle du conseil m’a permis de constater qu’il s’agissait de quelqu’un de droit, de fiable et de fidèle. Ce sont ces honorables vertus qui le font se dresser entre moi et la porte des appartements de son Souverain aujourd’hui et, bien que je devine dans mon dos que mes trois Piliers sont tout prêt à laver le moindre affront qui puisse m’être fait, je ne lui en tiens pas rigueur. Les évènements de l’an passé lui donnent d’excellentes raisons de craindre une nouvelle entrevue entre Ren et moi-même. Aussi, ma voix est calme et posée lorsque je lui réponds :

« Parlez franchement, sire Fearghas. Vous craignez que je reprenne notre précédente discussion là où nous l’avons laissée ? Cela n’est pas dans mes intentions. Je ne suis pas là pour chercher querelle à votre Souverain, ni pour menacer ses jours. Je vous en fais le serment. »

Bien que je présume que les minutes à venir vont m’être pénibles, je peux l’en assurer. J’endurerai tout ce que je dois endurer. C’est ma punition pour avoir fait inutilement souffrir Auriane de ma méprise et, ironiquement, elle semble presque le confirmer en achevant de convaincre le capitaine de me laisser rentrer dans cette chambre avec elle. De longues secondes s’écoulent avant qu’il ne finisse par accepter de guerre lasse et s’éloigner, m’enjoignant au passage à le rejoindre au plus tôt. Je hoche la tête pour le lui assurer. Nul doute que j’aurais besoin d’une longue séance de logistique avec Samir et lui pour me remettre de ce qui m’attend…

Tous les regards se posent sur moi avec stupéfaction lorsque nous passons le seuil mais je les ignore. Je sais déjà ce qu’ils pensent tous et je n’ai d’yeux que pour Auriane qui s’éloigne de moi, avançant seule au chevet de son frère tandis que j’attends mon heure à quelques pas de l’entrée. Mon regard passe de l’une à l’autre et je ne peux m’empêcher de grimacer en observant son visage. Ses traits creusés, son teint cireux et les cernes profondes comme des cavernes sous ses yeux ternis me rappellent à la réalité, me font remarquer ce que je n’avais pas pressenti jusqu’ici alors que nous approchions de cet endroit. Nous autres, Souverains et Gardiens, ne sommes sensibles à la présence de nos semblables que lorsque nous ne faisons pas usage de nos pouvoirs, du moins pas autrement que le commun des mortels. Pourtant, ce n’est pas mon cas dans cette pièce. J’ai ressenti la vibration du Vide lors de son passage à Ambre, quand notre fureur a manqué de détruire la crypte. C’est totalement différent de ce qui est à l’œuvre ici. Cela ressemble à une fêlure dans un miroir, à un crissement d’ongles sur de l’ardoise, une absence dérangeante qui me donne une sensation désagréable, semblable à un vertige. Une brèche dans l’harmonie du monde, un gouffre béant dont je ressens les échos loin en moi, à la lisière de ma conscience là où palpite mon propre lien avec ma pierre. Je frissonne devant ce spectacle. On le croirait presque déjà au fond de la tombe…

Je n’ai pas le temps de penser davantage. Sur un mot de sa sœur, Ren se rend compte de ma présence. Le geste tendre qu’il avait amorcé se brise net et, en voyant la fureur envahir son visage, je me raidis soudain sous mon effort pour contenir la mienne. C’est moins aisé que ce que je pensais. Malgré la présence d’Auriane, malgré la tendresse qu’elle vient de m’offrir et la promesse que je me suis faite, je ne peux empêcher ma mémoire de s’ouvrir en deux, de laisser échapper de ses flancs toutes les attaques atroces qu’il m’a assénées l'an passé. Toute cette haine et cette souffrance mutuellement infligées m’apparaissent aujourd’hui bien vaines maintenant que je sais qu’une partie de leur raison d’être n’était qu’un malentendu mais cela n’en rend pas les cicatrices moins cuisantes. Sans Auriane pour apaiser la fureur de son frère, les choses auraient pu à nouveau mal tourner en dépit de mes résolutions. Au lieu de cela, une surprise sans nom, puis un fatalisme abyssal se peignent sur les traits épuisés du Souverain. Pour ma part, je ne dis rien, demeurant immobile à ma place. J’ai bien conscience de la situation. L’espace d’un instant, j’ai pitié de lui. Si les rôles se trouvaient inversés, si c’était moi qui dépérissais au fond de mon lit tandis que lui se tiendrait debout à mon chevet, je ne souhaiterais rien tant que l’on abrège mes souffrances pour ne pas avoir à endurer une telle humiliation. Et dire que je l’ai accusé autrefois de me voler celle que je désirais… Aujourd’hui, c’est moi qui me tiens aux côtés de sa sœur bien-aimée, en possession d’un secret inavouable qu’elle a jugé bon de me confier, pendant que lui lutte contre le déclin de ses forces. Pourtant, je n’esquisse pas un mouvement pour quitter la pièce. Dans le creux de ma paume, la douceur des cheveux de soie d’Auriane murmure encore. Je ne souhaite être nulle part ailleurs.

Quand sa question fend sèchement l’espace qui nous sépare, je me permets finalement de m’approcher de quelques pas, veillant à maintenir un peu de distance en sentant le regard perçant des soldats présents sur ma nuque. Les Piliers restent auprès de la porte, impassible mais aux aguets. Mes yeux se plongent dans les siens, privés de couleurs.

« Je suis là parce qu’Auriane m’a appelé à l’aide et qu’il n’est pas de contrée que je ne pourrais traverser si elle me le demandait. Je suis là pour elle, même si je dois me retrouver face à toi. »

Mes sentiments à son égard n’ont pas changés. Je ne crois pas qu’ils pourront le faire aussi facilement, même maintenant que certaines choses que j’ignorais jettent une lumière différente sur l’homme face à moi. Mais malgré toute l’inimitié que je peux lui poter, tous les griefs que je peux nourrir à son encontre, je ne mentais pas en entrant ici. Je ne suis pas là pour déclencher une nouvelle guerre.

« Tu as une mine affreuse. »

Je réalise que c’est la seconde fois que nous nous parlons sincèrement.
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Jeu 1 Aoû - 17:56






Les choses qui s'éveillent

Les réactions du frère et de la sœur aux propos du Souverain de la Terre étaient si différentes que cela aurait pu en être risible. Auriane baissa le regard en rougissant tandis qu’une ombre passa sur le visage de Ren pour s’y accrocher et ne plus le quitter. Il observa Endor longuement, un tourbillon d’émotions toutes aussi négatives et violentes les unes que les autres passant dans son regard. Mais il ne dit rien. A la dernière remarque du Souverain, il le quitta du regard et observa les gardes présents. Akashans et prithviens se tenaient dans la large pièce et ce fut trop pour Ren.

« Sortez. Tous. »

Les soldats échangèrent des regards interdits et peu assurés. Ils étaient en poste depuis qu’il était alité, se relayant mais s’assurant de ne jamais le laisser sans protection. Il n’y avait jamais rien redit. Auriane observa les réactions des soldats, inquiète avant de regarder à nouveau son frère puis Endor.

« -Sire… Ce n’est pas…
-Dehors. Que vous soyez d’Akasha ou de Prithvi. Sortez de cette chambre et fermez la porte. Laissez-nous. »

Auriane comprit. Elle comprit que son frère se retenait, retenait ses propos envers Endor, à cause de la présence des soldats. Il s’était déjà bien trop laissé aller et, malgré leur loyauté sans faille et leur discrétion exemplaire, elle savait qu’il ne dirait rien de plus tant qu’ils ne se retrouveraient pas seuls, tous les trois. Les soldats akashans ne tentèrent pas de discuter. Ils se retirèrent et Auriane vit le regard de son frère se poser à nouveau sur Endor, le défiant de laisser ses piliers sur le seuil. Les portes se refermèrent et ils se retrouvèrent seuls. Et Auriane se sentit minuscule, presque de trop. Elle réfléchissait à ce qu’elle aurait pu dire pour briser la glace mais rien ne vint. L’hostilité était bien trop palpable et rien de ce qu’elle n’aurait pu dire n’aurait allégé l’atmosphère si pesante qui régnait dans la chambre. Un instant, elle se demanda si elle n’avait pas fait une erreur. Puis, elle croisa à nouveau le regard d’Endor et son assurance tint bon. Non, elle avait agi comme elle aurait du le faire des saisons auparavant. Elle eut l’impression que la même pensée traversa l’esprit de son frère en voyant la fureur dans son regard, décuplée.

« -Jamais elle n’aurait dû te le dire. Tu ne mérites pas la moindre marque de confiance de sa part…
-Ren !
-… Tu lui brises le cœur et ensuite tu viens te répandre en belles paroles sur son compte en me regardant droit dans les yeux. Mais pour qui te prends-tu ?!
-Ca suffit ! Arrête ! »

Elle s’était relevée sans même s’en rendre compte. Elle avait suffisamment haussé le ton pour que Ren s’interrompe et l’observe, les sourcils froncés. Elle s’opposait rarement à lui mais en l’instant elle ne pouvait le laisser continuer. Elle n’acceptait ni les propos ni le ton employé. Pas alors qu’Endor avait fait passé ses propres sentiments avant les siens, l’accompagnant jusqu’à son frère alors qu’elle savait très bien combien cela lui en coûtait. Pas alors que la seule cause de leur éloignement venait d’un fâcheux malentendu. Pas alors qu’elle venait tout juste de le retrouver. Mais comment expliquer ça à son frère, alors que celui-ci avait été laver l’affront qui lui avait été fait et en gardait encore des séquelles aujourd’hui ? Il l’observait, attendant qu’elle continue mais elle ne savait plus que dire. Pour la première fois, elle se sentit démunie face au regard noir de son aîné.

« -Quoi ? Qu’est-ce qu’il a bien pu te dire pour que tu prennes ainsi sa défense ?
-C’est… Tu ne comprends pas…
-Non en effet, il y a un certain nombre de choses qui m’échappent alors vas-y éclaire-moi Auriane. Explique-moi pourquoi est-ce que tu viens dans ma chambre avec lui, après ce qu’il t’a fait. Explique-moi ce qu’il a bien pu te servir comme excuse pour que tu le regardes à nouveau avec des yeux brillant d’amour et surtout, surtout, explique-moi pourquoi est-ce qu’il est l’une des seules personnes de tout le royaume à savoir la vérité sur nous. Fearghas lui-même n’est pas au courant et la seule raison pour laquelle Samir le sait est parce qu’il était chargé de te ramener. Alors dis-moi. »

Les mots se bousculaient dans son esprit mais aucun ne passa le barrage de ses lèvres. Elle qui était si assurée en entrant dans la chambre, voilà qu’elle avait perdu l’usage de la parole et toutes ses bonnes résolutions semblaient voler en éclat. A croire que seule le contact d’Endor pouvait lui permettre de rassembler son courage et s’affronter ce qui se présentait à elle. Alors elle regarda Endor, désespérée, ne sachant que dire. Pour rien au monde elle ne voulait l’incriminer encore plus aux yeux de son frère et elle craignait que sa maladresse ne leur cause une nouvelle fois du tord.

« -C’était… C’était un malentendu.
-Je te demande pardon ?
-Un malentendu Ren… Ca n’aurait jamais dû se passer de cette façon.
-Et c’est pourtant arrivé. Donc, je repose ma question, Endor, qu’est-ce que tu fais ici, dans cette chambre, avec ma sœur ? »


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Endor
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane] Mar 13 Aoû - 16:58
Les choses qui s'éveillent
Lorsque Ren congédie sèchement tous les gardes présents dans la salle, je me raidis tellement que même mes Piliers se hérissent. Je les devine qui modifient imperceptiblement leur placement dans mon dos, prêts à se déployer si la nécessité s’en faisait sentir, pas ému pour un sou par leur criante infériorité numérique. Je demeure immobile pour ma part. Je sais ce qu’il cherche à faire, pourquoi il veut que nous nous retrouvions seuls. C’est bien pour cela que mon intuition me hurle le danger qui couve, pourquoi j’attends si longtemps avant de croiser le regard de Rhaengar par-dessus mon épaule. Il resterait contre vents et marées, contre toute la garde d’Akasha si je le lui demandais. La certitude de sa loyauté sans faille me donne assez de courage pour hocher la tête, lui signifiant d’obéir. Ainsi, nous ne demeurons que tous les trois. Je noue mes mains dans mon dos, solidement. La porte ne s’est pas plus tôt refermée que la rancoeur et la colère commencent déjà à me brûler les entrailles lorsque mes yeux rencontrent les siens.

Mon intuition ne m’a pas trompé. Dès le départ, ses paroles hargneuses me heurtent. J’élève en retour un millier de murailles, de piques, de défenses acérées pour ne pas craquer et pourtant déjà il m’en coûte. Sans l’intervention d’Auriane, j’ignore si j’aurais pu le laisser continuer encore longtemps et même ce trop bref répit n’est pas suffisant pour le supplice qui m’attend. Pour mon malheur, je ne sais que trop bien ce que je dois dire à présent. Il n’y a qu’une façon de lui faire comprendre la raison de ma présence ici. Mais cet aveu a déjà été si dur, si mortifiant, je souffre encore si vivement de mon erreur et de toutes ses conséquences que pendant quelques instants, je ne me sens pas la force de le lui livrer. Pas à lui, pas à cet homme qui m’a traité de lâche devant tous les Souverains de la Terre, qui n’éprouve pour moi que haine et mépris. Dans le silence étouffant qui agrippe nos souffles, je passe à deux doigts de renoncer et de quitter la pièce. Il me faut croiser le regard d’Auriane, sentir mon coeur battre soudain plus fort sous le seul éclat de ses yeux brillants et de son teint pâli par l’inquiétude pour sentir les brèches de ma volonté se colmater. Un soupir résigné, résolu s’échappe de ma poitrine. Je ferme les yeux une seconde, rassemblant mon courage…

« Je suis là parce que les événements d’Eira sont arrivés par ma faute, uniquement par ma faute, et qu’il n’y avait qu’ici que je pouvais l’expier. »

Ma voix est plus rauque que je ne le voudrais. À pas lents, je me rapproche encore pour faire face à Ren, aussi raide que les montants du lit. J’ai dit que j’endurerai tout, que ce serait la punition pour m’être laissé dévorer par mes émotions, pour avoir fait souffrir Auriane comme je l’ai fait. J’y suis toujours déterminé. Mais la lutte que je mène contre moi-même pour en être capable est si violente que les jointures de mes mains serrées dans mon dos commencent à devenir douloureuses.

« Auriane dit vrai : il s’agit d’un malentendu. Votre secret était si bien gardé que je n’ai pas pensé que vous étiez liés par le sang. »

Les mots m’échappent à cet instant. Je déglutis aussi discrètement que possible malgré ma gorge nouée, mes mâchoires serrées. J’aurais aimé rester digne et impassible, supporter stoïquement la honte de devoir avouer de nouveau cette erreur, si terrible soit-elle. Mais, tandis que je m’efforce de ne pas dévier le regard, je suis mortifié de m’apercevoir que je tremble un peu. Tout ceci me rappelle Seren et les humiliations qu’il aimait par-dessus tout à me faire subir. Si je fais un effort, un tout petit effort, j’entendrai le mépris de son rire, je reverrai la suffisance de son visage. Je ressentirai de nouveau la peur et le dégoût de moi-même que me causaient toutes ses flétrissures. L’écho des paroles que j’ai adressées à Ren l’an passé me revient soudain. Tu es sa créature, tu lui ressembles en tout point. Quelle raison, dans ce cas, aurait-il de me traiter différemment que son prédécesseur ? Je ne sais comment je parviens finalement à poursuivre avec cette certitude amère chevillée au corps :

« Je lui ai brisé le coeur sous l’effet de la colère et de la jalousie parce que j’ai cru que vous étiez amants. »

À la lisière de ma conscience, je réalise que mes ongles commencent à se planter dans mes paumes.
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Re: [EVENT]Les choses qui s'éveillent [Auriane]
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