Aller en bas
Ren
Souverain du Vide
Souverain du Vide
Ren
Messages : 731
Inscrit.e le : 27/12/2017
[Flashback] Le Jugement Sam 1 Juin - 11:49
Le Jugement

Le jour venait de se lever sur la capitale akashane et la ville baignait dans une lumière douce et tamisée, encore éloignée des rayons brûlants de l’après-midi. Ebène était resplendissante. Un bijou d’architecture, ses rues pavées et fleuries serpentant sur les flancs de la colline, le lac scintillant à ses pieds, les montagnes prithviennes au loin s’élançant vers le ciel d’un bleu azur. Oui, Akasha était magnifique. Ses villages colorés, ses vignobles et ses moulins étaient un véritablement ravissement pour les yeux qui se posaient pour la première comme pour la millième fois sur la cinquième contrée. Ren aurait pu être du nombre. Posé devant l’une des fenêtres de sa chambre, le regard perdu sur la cité qui sommeillait encore, il aurait pu s’enthousiasmer et s’émerveiller devant la beauté de sa contrée d’origine. Mais son regard était froid, son visage dénué de la moindre expression. Car il savait ce que dissimulait cet esthétisme. Il savait que derrière cette façade parfaite, se cachait un monde de pourriture. Et jour après jour, il faisait tomber un peu plus le masque. Pierre après pierre, il détruisait cette illusion de perfection et de bonheur et révélait au grand jour ce qui sommeillait sous la surface depuis des siècles. La tranquillité de la matinée avait suivi les cris dans la nuit tandis que plusieurs arrestations avaient eu lieu. Des hommes et femmes tirés de leurs lits, mis à bas du piédestal sur lequel ils s’étaient hissés en pensant être intouchables. Leurs rêves réduits à l’état d’illusions tandis que leurs méfaits se rappelaient à eux. Ils avaient voulu suivre leur Dieu. Ils l’accompagnaient dans sa chute.

Oui, le jour venait juste de se lever sur la belle cité d’Ebène, joyau d’Akasha. Et cette journée, comme les autres avant elle, serait la dernière pour certains habitants. Ren sortit de ses appartements et se dirigea vers la salle du trône où avait été installé le tribunal provisoire, sa garde rapprochée l’entourant, mains sur le pommeau de leurs épées. Le nouveau Souverain avait les traits tirés, le regard cerné par manque de sommeil. Cela faisait à présent presque une demi-saison qu’il avait pris le pouvoir, qu’il avait tué Seren et Sohan et qu’Isil était mort dans ses bras. Une demi-saison qu’il était devenu le Souverain d’Akasha et que le Vide avait remplacé les Astres. Une demi-saison qu’il peinait à trouver le sommeil car à chaque fois qu’il fermait les yeux, il revoyait le visage de Seren au moment où la vie quittait son corps.

Lorsqu’il arriva dans la vaste salle du trône, les murmures se turent et les regards convergèrent tous vers le jeune homme. On s’inclina à son passage, respectueux ou effrayés et seul le bruit de ses pas sur le marbre brisait le silence qui s’était installé, résonnant en écho contre les hauts murs et colonnes qui habillaient l’endroit. Le trône était massif, presque intouchable. Un large escalier permettait d’y accéder et comme à chaque fois qu’il posait le pied sur la première marche, un frisson de dégoût parcourut son corps. Les Souverains avant lui aimaient cette supériorité, cette invulnérabilité qu’ils pensaient posséder et le trône akashan en était la preuve. Ren s’assit sur le siège royal, austère et froid, contrastant étrangement avec la dorure et la marbrure exubérantes qui l’entouraient.  Ses gardes se tinrent debout à ses côtés, immobiles et aussi inexpressifs que leur Souverain. Les conseillers récemment nommés étaient assis sur des fauteuils qui formaient comme une allée menant au trône.  Derrière eux, sur des bancs, étaient installés les membres de la noblesse qui avaient prouvé leur allégeance, qui venaient pour témoigner, défendre ou accuser. Au centre de cet espace, une estrade en bois, avec un simple anneau en fer en son milieu. Ren hocha la tête et le signal fut donné. Les portes s’ouvrirent et le premier condamné entra.

Cela faisait plusieurs semaines à présent que Ren avait entrepris de nettoyer les geôles d’Ebène, bien trop remplies par Seren et sa suite. Des hommes, des femmes voire même des enfants emprisonnés par caprice ou par simple amusement pour la plupart. Des procès injustes, souvent inexistants. Beaucoup d’innocents s’étaient retrouvés derrière les barreaux pour avoir simplement croisé le regard du Souverain déchu. Certains n’avaient pas survécu aux conditions et aux sévices. D’autres en revanche, avaient eu le temps d’attiser leur haine envers les Astres. Il semblait bien que c’était le cas de l’homme qui entra dans la salle, enchainé, le pas trainant à cause d’une blessure que Ren ne pouvait voir. Mais s’il semblait particulièrement affaibli et amoindri, son regard était alerte et vif, perdu au milieu d’un visage défiguré par des blessures qui n’avaient pas encore pu cicatriser.

Il monta sur l’estrade et tomba à genoux tandis qu’on attachait ses chaines à l’anneau. Mais rien dans son attitude n’exprimait la moindre trace de soumission. Une lueur d’intérêt s’alluma dans le regard du Souverain devant l’aura que dégageait le prisonnier et il continua de l’observer tandis qu’on ouvrait son procès. Il entendit son nom, entendit le crime pour lequel on l’avait accusé et quelle avait été sa sentence. Il hocha la tête et prit la parole, sa voix, posée et tranquille, contrastant comme toujours avec ce qu’il dégageait.

« - Vous vous appelez bien Fearghas ?
-Oui.
-Et quel est votre nom ?
-Je n’en ai pas.
-Savez-vous qui je suis Fearghas et pourquoi vous êtes ici ?
-J’ai entendu des rumeurs en prison. J’ai vu beaucoup de visages familiers disparaître des geôles et beaucoup de visages inconnus arriver. »


Un sourire fissura le masque de Ren. Son regard se promena sur l’assemblée, sur le tribunal et ses spectateurs. Oui, beaucoup avaient été innocentés et presque autant avaient été condamnés. Tous ici le savait et certains visages trahissaient la peur, d’autre la détermination et d’autres encore la satisfaction.

« -Je suis le nouveau Souverain d’Akasha. Seren est mort. Et vous êtes ici car votre procès n’était ni équitable ni juste. Voilà plus de dix ans, vous avez été jugé pour le meurtre d’un baron dans une maison close où vous travailliez. Que plaidez-vous ?
-Coupable.
-Vous reconnaissez l’avoir tué ?
-C’était un accident mais oui, la finalité est restée la même. Il est mort. »


Des murmures se firent entendre dans la salle. Ren continua d’observer Fearghas, intrigué par cette envie de vivre qu’il voyait briller dans son regard. Il n’avait pas baissé les yeux en apprenant la mort de Seren, n’avait pas réagi à la mention de son nouveau Souverain. Il n’avait pas cillé en reconnaissant ses actes. Il était resté aussi droit que le lui permettaient les chaînes qui l’entravaient. A nouveau, le regard de Ren se dirigea vers l’assemblée et surtout vers les membres du public.

« Y en a-t-il parmi vous qui souhaitent s’exprimer en faveur ou contre le prisonnier ? »

Il ne le montrait pas, mais son intérêt pour cet homme enchaîné grandissait de minute en minute. Il avait lu les grandes lignes concernant son arrestation mais il n’y avait aucun détail sur ce qui s’était passé le jour où il avait été arrêté. Son procès avait été expédié et aucune trace écrite n’avait été gardée. Ren ne savait pas s’il avait face à lui un assassin ou un homme innocent. Et il espérait bien le découvrir dans les minutes qui suivraient.
lumos maxima
Voir le profil de l'utilisateur
Katheryn
Akasha
Akasha
Katheryn
Messages : 19
Inscrit.e le : 11/03/2019
Re: [Flashback] Le Jugement Jeu 6 Juin - 2:52
Il fait nuit noire dans la Cité et je tourne en rond à l’entrée du palais. Voilà ce que je suis devenue, M. Enard. Moi, Katheryn De Lys, assez informée pour briser psychologiquement et professionnellement bien des hommes, je tourne en rond au pied du palais royal. Katheryn De Lys, au pied de son souverain, à la merci de ses lèche-bottes. Mais ce n’est pas vers Seren que ce porte mon attention cette fois-ci. Le nouveau souverain est juste et bon dit-on. Il libère les hommes injustement enfermés et compatit à la douleur de ses sujets, dit-on. En tout cas, ce sont ces rumeurs-là que j’ai décidé d’écouter, M. Enard, car on raconte aussi qu’il est effrayant, sans pitié, que son jugement est faussé. On dit qu’il n’a rien à envier à Seren.

Des flashs du premier procès me reviennent en tête. Mes muscles se crispent malgré moi à cette pensée. Je me laisse bien trop hanter par ce souvenir, je sais. Mais tout cela, c’est à cause de lui… Ce stupide, stupide... sans coeur, sans âme... ce souverain de malheur. Ce chien. Je les hais, cet exécrable souverain sur son trône d’or et ses serviteurs médisants dont la langue a connu le goût de l’hypocrisie avant le lait de leur mère.

Respire.

Nogga m’aurait sûrement lancé un regard accusateur. “A ton âge, Katheryn, la haine n’a plus sa place. Tu dois te soigner.”
Avant de partir j’ai passé quelques heures devant le portrait de Fearghas, celui qui est accroché dans le couloir du deuxième étage. Il avait tellement de mal à se tenir le jour-là ! Le peintre était à bout, mais ça, Fearghas il en avait que faire ! Pourtant, sur la peinture finale, son visage a cette expression très sérieuse qu’on ne lui connaît pas. Comme s’il s’agissait d’une porte ouverte vers les profondeurs de son âme, ou comme un aperçu de l’homme droit et responsable auquel sa mère et moi le destinions.
Evidemment, qui sait dans quel trou à rat on l’oblige à dormir maintenant.

Je n’ai pas le temps de ruminer plus. Les portes s’ouvrent enfin. J’entre dans le palais tout en me souvenant de ma bonne résolution. Je ne dois pas me laisser porter par la haine. Vous n’auriez pas agi de la sorte M. Enard, je le sais. Alors que je pensais retrouver Fearghas dans la salle, je ne vois personne, si ce n’est quelques visages familiers… visages dont les yeux fuient les miens. Oh ils ont raison de me fuir ainsi M. Enard, cela fait bien longtemps que je ne suis plus la petite Katheryn d'autrefois. Ma vue s’est affinée, ma vision me porte au-delà de l’horizon, j’ai vu l’invisible...
Assez pour les sous-entendus douteux M. Enard, voilà qu’entre un homme étrange.

Je compris bien vite qu’il s’agissait de Ren, le nouveau souverain d’Akasha. Aussitôt, un frisson me parcourt. L’espoir que je portais en moi fut balayé. Je ne m’attendais pas à voir apparaître un homme aussi glacial. Je me dis qu’il est surement plus jeune que Fearghas. D’une certaine manière c’est ce qui m’effraie le plus chez cet individu. Il ne m’a pas paru terrible à cause de sa corpulence ou de son rang, mais bien à cause de cette expression étrange, grave et splendide pour quelqu’un d’aussi jeune.

On fit entrer Fearghas. Par où commencer M. Enard ? A quoi bon vous dire que mon cœur manqua quelques battements ? Ou que comme chaque fois que je le vois, chacune de ses blessures se matérialise sur mon corps, que mes os me brûlent et que l’air me manque… mais même alors que mon corps est au bord de l’évanouissement, j’ai envie de courir et d’attraper mon petit. J’ai envie de le serrer dans mes bras et de le protéger.
J'entends Fearghas dire : “C’était un accident mais oui, la finalité est restée la même. Il est mort.”
Peut-être suis-je trop vieux jeu mais le culot de Fearghas me glace le sang. Que dites-vous M. Enard ? Bon sang, le “serrer dans mes bras” et “le protéger” ?! Et puis quoi encore. Cet impertinent mérite que je lui tire les oreilles ! Je ris. “Coupable” qu’il dit. Pourquoi m’inquiéter pour ce gamin s’il s’est déjà condamné, dites-moi M. Enard ? Plus de TRENTE ans que je le prépare au monde et voilà que tous mes enseignements sont balayés au moment où il aurait le plus besoin d’humilité. Ah non, il n’est pas mon fils celui-là, pas avant que je le corrige.
Son impertinence m’arrache un rire. Alors que j’écoute la conversation du seigneur et de Fearghas, je ne peux m'empêcher de lui dicter sa conduite par la pensée et d’observer les réactions du souverain Ren. Peut-être est-il royalement calme pour ne pas s’emporter contre son prisonnier ?

Je dois dire que malgré tous les sentiments contraires qui gravitent en moi, je suis soulagée. Si je n’avais pas en face de moi le Fearghas que je connais j’aurais sûrement flanché. En fait, je ressens la même chose que j’ai pu ressentir chaque fois que j’ai vu Fearghas en prison. Il n’a plus la même légèreté qu’avant mais lorsqu’il ouvre la bouche, j’ai l’impression de revenir 10 ans en arrière. Je le retrouve tel que je l’ai connu et j’en suis soulagée.

« Y en a-t-il parmi vous qui souhaitent s’exprimer en faveur ou contre le prisonnier ? »
Je lève bien évidemment la main. Mon regard se pose sur le souverain. On me demande de m’avancer. Je salue le souverain, puis jette un regard à Fearghas pour lui faire comprendre que c’est ce genre de comportement que j’attendais de lui. Mais il fait semblant de ne pas avoir saisi le message.

“Mon seigneur, je suis Katheryn De Lys, Fearghas travaillait pour moi lorsque les meurtres se sont produits.”
Je choisis mes mots car je sais qu’au moindre écart on utilisera mes erreurs contre lui. Mon ennemi principal est M. Azur Dimétri.
“En effet, il s’agit de deux morts que je porte sur ma conscience aujourd’hui. Ce soir-là, un grand fracas s’est fait entendre au premier étage de mon établissement. Fearghas qui travaillait comme garde et moi sommes entrés dans la chambre qu’avait réservée le regretté M. Asmar Dimétri.”
Je fis une pause, pour couper ma voix monocorde. Je croise le regard de ce Azur. Il garde le silence pour respecter la mémoire de son frère, mais je sais qu’il n’en pense pas moins.
“Dans un accès de colère que nous ne pouvons expliquer M. Dimétri avait brisé un bol en porcelaine et avait utilisé l’un de ces bouts comme arme pour agresser Maria, l’employé qui était avec lui à ce moment-là.”
Ma voix ne s’est pas brisé mais je prends tout de même une grande inspiration. Cette fois-ci, je vois Azur lever les yeux au ciel. Il n’y croit sans doute pas.
“Le rôle de Fearghas lorsque l’une de nos employées est en danger EST d’intervenir.” dis-je en me tournant à nouveau vers le nouveau souverain.
“Mais il était jeune et inexpérimenté. Il n’a pas pu empêcher M. Dimétri de donner des coups à la jeune fille. M. Dimétri a… porté un coup fatal à Maria. Mais cela, nous nous en sommes rendu compte plus tard.”
C’était faux, lorsque Fearghas a vu le sang gicler de la gorge de ma pauvre fille, il est devenu incontrôlable.
“La priorité de Fearghas et des autres étaient de désarmer ce client... dangereux. M. Dimétri ne s’est pas laissé faire malheureusement.”
C’était faux aussi, lorsque Asmar s’est rendu compte de son geste, il a tout de suite lâché son arme, il était horrifié.
“Fearghas fut dévoué à son devoir comme aucun autre.” Je le regarde. “Il a su contrôler une bête enragée sans peur alors que nous le craignions. C-”
“Une bête enragée ? C’est de mon frère dont vous parlez, Mme. De Lys !” cette voix s’est élevé, claire comme un cristal.
Voir le profil de l'utilisateur
Ren
Souverain du Vide
Souverain du Vide
Ren
Messages : 731
Inscrit.e le : 27/12/2017
Re: [Flashback] Le Jugement Jeu 27 Juin - 12:56
Le Jugement

La première main à s’élever était celui d’une femme d’un certain âge, assise bien droite parmi les rangées de nobles. Un des gardes s’approcha et murmura quelques paroles à l’oreille de son Souverain. Katheryn de Lys. Noble mariée à l’oncle de Seren, restée veuve après son décès et tenancière de la Fleur de Lys, établissement réputé dans la contrée. Et établissement où le dénommé Fearghas vivait et travaillait avant d’être emprisonné. Donnant son assentiment d’un signe de tête, on invita la Dame à se lever et à s’exprimer. Elle s’inclina devant le nouveau Souverain et jeta un regard à Fearghas, resté de marbre, le regard fixé devant lui. Puis, elle commença à parler. L’écoutant, le regard fixé sur elle, Ren remarqua également l’agitation qui commençait à régner parmi les rangs, notamment de la part d’un homme qui regardait Katheryn, le regard luisant de haine. L’ignorant pour le moment, il se concentra sur le récit de la femme, réfléchissant en même temps. Deux morts en l’espace de quelques secondes dans un établissement qui se targuait d’être irréprochable. Disait-elle la vérité ? Ou défendait-elle l’homme enchainé, minimisant ses actions ? La fin de son récit fut cependant interrompu par le dénommé Azur Dimétri, frère de l’homme tué par Fearghas.  Ren haussa un sourcil. Son intervention avait permis de laisser éclater la bulle de tension qui régnait dans la pièce depuis l’arrivée de Fearghas sur l’estrade. Plusieurs personnes se levèrent et tous y allèrent de leur intervention, criant et hurlant au visage des autres.

« Silence ! »

La voix de Ren s’était élevée, se répercutant sur les hauts plafonds de la salle du trône. Aussitôt on se tut et tous se rassirent. Le regard sombre, Ren observa les spectateurs du procès avant de venir se reporter sur Katheryn de Lys et sur Azur Dimétri.

« Vous semblez tous deux avoir à cœur de défendre les intérêts de personnes qui vous sont proches. Comment dans ce cas déceler la vérité du mensonge ? Vous ne me connaissez pas. Pas plus que je ne vous connais. Aussi, avant que nous continuions, il y a une chose qu’il faut impérativement que vous compreniez à mon sujet. Je déteste le mensonge. »

Sa voix était froide et implacable, presque menaçante et ses paroles se dirigeaient à l’intention de toutes les personnes présentes dans la salle. Toute sa vie, on lui avait menti, lui avait dissimulé la vérité. Le mensonge avait régi sa vie et avait régi Seele toute entière pendant des centaines d’années sous couvert de l’équilibre. Plus jamais il ne pourrait tolérer l’absence de vérité.

« Bien. Maintenant que cela est clair pour tous ici, je vous invite à continuer Madame de Lys. Ensuite, j’écouterai votre version Monsieur Dimétri. Mais je vous demanderai de ne plus nous interrompre comme vous venez de le faire. Vous aurez droit à la parole une fois le témoignage de madame terminé. »

lumos maxima
Voir le profil de l'utilisateur
Katheryn
Akasha
Akasha
Katheryn
Messages : 19
Inscrit.e le : 11/03/2019
Re: [Flashback] Le Jugement Jeu 4 Juil - 23:55
“Fearghas a simplement agi avec sang-froid. Je lui dois la prospérité de mon établissement au prix de sa liberté. Je peux même affirmer qu’aucun de mes employés ne se sentirait plus en sécurité que si Fearghas était présent.”


J’étais bien trop lancé dans mon personnage pour faire attention aux paroles du souverain. Mais lorsque j’ai repensé à ce qu’il nous a dit, je me suis demandé à quoi Ren pouvait bien jouer. On n’a jamais vu un souverain parler de la sorte avec ses sujets, comme s’il était un ami du peuple, comme si du haut de son palais royal il pouvait comprendre. Je n’ai jamais été souveraine, M. Enard, mais lorsque… après votre décès, j’ai décidé de reprendre ma vie en main, lorsque je me suis rapproché pour la deuxième fois de la mère de Fearghas j’ai compris à quel point nos mondes étaient différents. J’ai fait des efforts considérables pour abandonner mes préjugés de petite sotte gâtée. Alors, comment ce personnage qui sort de nulle part et prend le pouvoir par la force peut-il nous parler de manière si décontractée ? C’est tout à fait contraire à ce que l’on attend d’un souverain. Je pense que vous apprécieriez cela chez lui, M. Enard.

Les rumeurs tournent dans ma tête, j’essaie de faire le tri. Dois-je revoir ma stratégie ? Une bonne femme d’affaire doit savoir se remettre en question, n’est-ce pas ? Du coup, je ne fais même plus attention au discours de Dimétri, à qui on a donné la parole :


“Mon bon souverain, j’espère que vous aurez la bonté d’excuser mon geste de tout à l’heure. Je m’excuse auprès de vous aussi Mme. De Lys pour vous avoir coupé dans votre récit. Cela était déplacé de ma part mais vous devez comprendre que cette histoire me touche au plus profond du coeur. J’ai perdu mon seul et unique frère, le dernier représentant de ma famille. Je ne peux vivre aisément en sachant que celui qui lui a ôté la vie jouit d’un quotidien paisible sous la surveillance d’une marraine aussi influente que vous, Mme. De Lys.”
Azur me sort de mes pensées. Je dois rester concentrer sur ce qui est important maintenant, c’est vrai.
“Il est vrai que je n’étais pas présent sur les lieux lorsque cet accident s’est produit. Mais je connais mon frère, il n’aurait jamais levé la main sur qui que ce soit. Or, on ne peut dire cela de M. Fearghas.”
M. Dimétri marque une pause. Je constate qu’il a bien travaillé son discours. Il sait qu’à ce moment, toute l’attention revient sur mon fils et l’expression sur le visage de Fearghas ne joue pas en sa faveur, évidemment…
“Nombreux sont ceux qui subirent des actes violents de la part de ce jeune homme (il le pointe du doigt avec un geste éloquent.) et cela depuis des années ! Les témoignages ne manquent pas d’ailleurs ! J’ai avec moi quelques témoins qui pourront témoigner en cela.”


Dimétri continue avec ardeur son plaidoyer contre Fearghas en évoquant notamment la violence de ce dernier. Je profite de ce moment pour prendre du recule sur la situation.

J’ai posé une carte sur la table, lui en a posé deux. Il a vu clair dans ma stratégie et a choisi la manière la plus courte de contre-attaquer. Il ne reprendra pas son souffle avant d’avoir enterré Fearghas. Lorsqu’il aura fini, ses témoins reprendront le flambeau. Je n’ai aucun témoin de mon côté, et il le sait. Je ne pourrais pas répondre seule de toutes ses histoires qui montrent Fearghas sous son plus mauvais jour. Ma parole n’est que la parole d’une citoyenne qui plus est, la marraine du détenu. Mon avis sera considéré comme faussé par mon lien affectif fort avec Fearghas. Il pense que, consciente de tout cela, je vais céder à cette pression et que le procès tournera court, avec le retour au cachot de Fearghas.


Je dois reconnaître plusieurs choses, M. Enard : j’ai énormément sous-estimé le lien qui unit les frères Azur et Asmar. N’ai-je pas été déchiré lorsque j’ai quitté Vaata ? Lorsque je vous ai perdu ? J’aurais dû prendre en compte cette donnée capitale dans mon analyse. Deuxièmement, j’ai peut-être surestimé la bonté de Ren. Je me suis laissé avoir par de belles histoires à son sujet mais je n’ai pas joué de mes relations pour essayer d’en savoir plus à son sujet. Ce que Azur n’a pas hésité à faire en effet. Il a l’air d’avoir compris à quel genre d’homme il s’adresse alors que je baigne dans un flou morbide. Troisièmement, j’ai peut-être été trop confiante en pensant pouvoir défendre seule Fearghas aujourd’hui. Ma fierté mal placée n’aurait pas dû avoir sa place dans cet événement. Je ne m’en remettrais pas, si Fearghas retourne en prison par ma faute. Je me mords la lèvre.


Je constate trois éléments qui peuvent par contre jouer en ma faveur : un, les témoins que je vois auprès de Dimétri ne m’inquiètent pas. Certains sont des clients avec lesquels Fearghas s’est crêpé le chignon. Mais il n’y a jamais eu d’acte de violence physique de la part de Fearghas envers aucun client autre que Asmar. Les autres, je les connais car je connais le visage de chaque ennemi : des nobles par dizaines. Mais je ne vois pas par quel miracle ils auraient pu croiser Fearghas puisque je ne les ai jamais vu près de la Fleur de Lys et que Fearghas n’a jamais assisté à aucun évènement proche de l'aristocratie. Je remarque cependant que certains sont venu avec leurs servants, bonnes, valets. Ce point noir me perturbe. Je regarde Fearghas. Les connaît-il ?

En parlant de Fearghas, il est le deuxième point qui peut jouer en notre faveur. C’est un enfant débrouillard qui saura se défendre. Mais est-ce qu’il se défendra de la bonne manière ? Est-ce qu’il saura se faire apprécier par le souverain ? Depuis qu’il est petit Fearghas brûle d’une énergie si passionnée qu’il a souvent du mal à se faire accepter.

Enfin, le dernier élément qui peut m’aider serait le jugement de Ren. Eh oui. Vous, M. Enard, vous le trouveriez bien barbant ce souverain au visage de marbre, à l’expression si énigmatique, mais pour moi, il est ma dernière lueur d’espoir. Il est comme ce petit bout d’espoir qui vous pince le coeur mais qui est si beau par sa gravité. Je ne peux détacher mes yeux de lui tant que je continuerais de croire qu’il m’est possible de tenir Fearghas dans mes bras avant la fin de cette journée.
Voir le profil de l'utilisateur
Ren
Souverain du Vide
Souverain du Vide
Ren
Messages : 731
Inscrit.e le : 27/12/2017
Re: [Flashback] Le Jugement Mar 23 Juil - 22:13
Le Jugement

Si Ren n’avait pas été capable d’exercer un contrôle parfait sur lui-même et sur ses expressions, il aurait très certainement levé les yeux au ciel en entendant Dimétri prendre la parole, se confondant en excuses mielleuses. Bon Souverain, vraiment ? Ren doutait très fortement que ce soit cette image qu’il dégageait. Il avait assassiné un Souverain, son Gardien et leurs deux héritiers – du moins officiellement – et menait une chasse sans merci contre les fervents suivants des Astres. On ne le connaissait pas, ou peu et on ne pouvait le juger que sur ses actes qui pour l’instant ne peignaient pas une image glorieuse de sa personne. Cela lui importait peu. Son regard passa brièvement sur Dimétri et sur Katheryn de Lys avant de revenir se poser sur Fearghas, objet de toute son attention. Il l’intriguait véritablement. Il restait stoïque, de marbre et ne réagissait ni aux paroles de soutien ni aux accusations. Tout en continuant de regarder Fearghas, il leva une main, mettant fin au babillage incessant de Dimétri qui l’exaspérait de plus en plus. Par les Dieux, qu’il exécrait la noblesse. Il finit par regarder à nouveau le noble bafoué et son regard brillait étrangement lorsqu’il reprit la parole.

« Si vous n’étiez pas présent sur les lieux lorsque Fearghas fut arrêté, cela ne m’intéresse pas. Je ne suis pas là pour juger les actes ou réactions de cet homme dans sa vie passée. Je suis là pour essayer de comprendre pourquoi il fut enfermé par Seren il y a dix ans sans aucune forme de procès. Ce que vous appelez un quotidien paisible se traduit par dix ans d’enfermement sans jugement équitable et des sévices et tortures qui vous feraient très certainement frémir. Vous pouvez donc garder vos témoins. Car si nous devions juger tous ceux ici qui ont commis des actes répréhensibles sous le règne de Seren, je doute que beaucoup sortirait de cette pièce. Et je serais le premier à être jugé car, au cas où vous l’auriez oublié, je suis également un meurtrier. Si vous n’avez aucun élément supplémentaire à ajouter sur la mort de votre frère, je vous demanderai donc de vous asseoir. »

Son ton s’était fait glacial et tranchant tandis que l’impatience qu’il ressentait commençait à se voir sur son visage. Il avait parfaitement compris que le seul but de Dimétri était de faire en sorte que Fearghas ne revoit jamais le jour. Son frère était mort et que cela ait été voulu ou non, Fearghas en était responsable. Mais en tentant de l’incriminer pour des faits autres ne l’aiderait pas. Ren serait inflexible. A nouveau, il reporta son attention sur le prisonnier, toujours silencieux et une lueur de curiosité anima son regard face à cette attitude.

« -Fearghas, n’avez-vous rien à dire de plus ? Deux témoins se sont empressés de prendre la parole pour et contre vous et vous n’avez pas cillé une seule fois. On vous a refusé la parole il y a dix ans. A présent, je vous la donne. Qu’auriez-vous souhaité dire, lorsqu’ils vous ont arrêté ?
- Beaucoup de choses… Que j’ai tué un homme et que pas un seul jour ne se passe sans que je ne regrette mon action. Que la douleur et la haine m’ont poussé à commettre l’inimaginable en découvrant le corps de Maria, injustement tuée, juste parce qu’il a eu un accès de colère. Mais parce qu’il était mort, on lui a pardonné. Parce qu’il était baron, et qu’il était fidèle à Seren, on m’a enfermé sans rien dire, sans me laisser la chance de parler. J’ai payé le prix de mes erreurs en prison, j’en porterai les marques à vie. J’ai payé pour le crime que j’ai commis et pour toutes mes mauvaises décisions qui ont mené à cet instant fatidique. J’ai payé parce que j’étais pauvre et que je ne jouissais pas de la protection de Seren mais si vous saviez ce que j’ai pu voir chez Mme de Lys et qui est resté impuni, alors ma peine ne serait rien comparé à ce que d’autres auraient mérité. Et certains sont ici même dans cette salle et osent s’indigner ! »


Des hurlements d’indignation résonnèrent en écho, répondant au cri de colère de Fearghas. Des cris, des injures retentirent et plus personne ne sembla pouvoir se contenir, comme si Fearghas, par sa déclaration, avait levé le voile sur la vérité. Et face à ce spectacle, Ren ressentit une profonde et sombre satisfaction. Il se leva et son mouvement mit à nouveau un terme à la colère qui se déchainait dans la salle du jugement. Il se leva et descendit les marches qui menaient au trône. Il descendit et se retrouva au pied de l’estrade, plus bas que Fearghas, obligé de lever la tête pour le regarder. Les gardes le suivaient, tendus, main sur la poignée de leur épée. Ren s’approcha alors des bancs où se trouvaient les témoins et son attention se reporta sur la tenancière. A nouveau, son regard brillait lorsqu’il s’adressa à elle, brillait de l’assurance de celui qui sait pertinemment comment se terminera cet échange.

« Ma Dame j’ai quelques questions après la déclaration de Fearghas. La première est la suivante ; avez-vous emmené d’autres témoins qui pourraient confirmer vos propos concernant la nuit du meurtre ? La deuxième ; que s’est-il passé lorsque Fearghas fut arrêté ? Avez-vous tenté de témoigner en sa faveur tout comme vous le faites aujourd’hui ? Et ma dernière question est la suivante ; est-ce vrai que des clients de votre établissement ont abusé de leur position auprès de Seren pour sortir impunis de fautes qu’ils auraient commises ? »


lumos maxima
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
Re: [Flashback] Le Jugement
Revenir en haut
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum