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Ishüen
Seigneur des Chevaux
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Ishüen
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Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Jeu 1 Mar - 17:38
Ishüen, Seigneur des Chevaux
Généralités
• Nom: Ben Iphraïm
• Prénom: Ishüen
• Age: 37 ans
• Genre: Masculin
• Origines: Agni, oasis de Raasfalim
• Lieu de vie: Partout où l'appellent ses affaires dans le Désert Rouge
• Métier: Seigneur des Chevaux au sein de la Guilde des Princes Marchands. Il fait surtout commerce de bétail en tout genre. Bœufs, moutons, chèvres, porcs, dromadaires, éléphants, chevaux, humains... vous pouvez tout trouver en ses mains pour peu que vous y mettiez le prix (et que vous restiez discret, bien entendu)
• Avatar: Gilmore le glorieux (Donjons & Dragons). Illustré par shalizeh7 et Chandra Pandhita, entre autres
• Règlement:
• Chemin: J’ai été capturé comme esclave par les fondas pour dessiner la carte. Foutu pour foutu, j’ai posé mes valises c:
• Commentaire: C'est très joli. C'est limpide. C'est vaste et foisonnant de potentiel. Et c’est une bien belle carte, en vérité…
Physique
Ishüen était jeune lorsqu’il a endossé l’or et la pourpre des Princes Marchands. C’est sans doute pourquoi son titre le pare aujourd’hui comme une seconde peau. Haut d’un peu plus de six pieds, son corps vigoureux n’accuse pas encore le poids des ans. Toute une vie passée à monter à cheval et à manier le sabre en digne fils d’Agni l’a doté de réflexes acérés et de longs muscles solides et souples roulant sous sa peau brune. Si ces derniers sont peu visibles sous les longues tuniques damassées et les sarouels qu’il aime à porter pour se garder de la chaleur, un œil averti estimera à sa juste valeur son pas sûr et sa démarche agile. Cet équilibre plein de confiance va de paire avec l’élégance de ses gestes et son port de tête altier, propre à l’homme de cour qu’il a aussi appris à être.

Ishüen est bel homme. Si le temps épargne encore sa robustesse, il se fait davantage sentir sur son visage sans que cela ne porte préjudice à l’équilibre de ses traits. Sa prestance, ses sourires et sa chaude voix de conteur lui confèrent charme et virilité. Malgré les rides qui se creusent ça et là, son front haut, ses pommettes larges, son regard sombre frangé de longs cils ont gagné en profondeur, en mélancolie aussi peut-être mais cela est le lot de tous ceux qui portent avec eux leur poids de regrets. Les reflets d’acier de ses yeux n’y sont pas étrangers eux non plus. Son nez aquilin et sa mâchoire volontaire sont soulignés par une barbe taillée, tressée et habilement ornée de bijoux tout comme sa lourde chevelure noire. Nattée, huilée et parfumée, elle repose sagement sur ses épaules et le milieu de son dos le plus souvent, mais déploie aussi ses épaisses boucles dans l’intimité, pour la plus grande joie de ses plus jeunes enfants. De manière générale, Ishüen prend grand soin de sa personne. Les nombreux anneaux, colliers et bracelets dont il se pare sont simples et confortables malgré le luxe de leur matière car ce n’est pas à eux de témoigner son statut s’il ne le porte pas déjà en lui.
Caractère
Nul homme ne peut prétendre n’avoir qu’un seul visage aux yeux du monde. Le Seigneur des Chevaux ne fait pas exception à la règle.

En société, c’est un homme charmant. Il ne faut rien de moins lorsque l’on entend se mêler aux puissants, quels qu’ils soient. Calme et mesuré, ne soyez pas surpris si vous le sentez d’abord vous observer de loin avant de vous approcher, s’il s’y décide. Il peut tout aussi bien préférer vérifier si vous avez vous-même l’audace de venir. Même lorsqu’il vous parle, il ne cesse jamais de vous jauger, estimant continuellement à l’aune de vos paroles et de vos gestes de quel bois vous êtes fait, si vous pouvez être utile, ou le serez plus tard, ou l’étiez autrefois. Mondain accompli, il n’en est pas moins un marchand et un homme de pouvoir influent, avec tout ce que cela implique lorsque vous le fréquentez. Quel que soit le plaisir qu’il prend à votre compagnie, le Seigneur des Chevaux a un commerce à gérer, un rôle à assumer, des ambitions et des responsabilités qui ont fini par remodeler ses épaules à leur exacte mesure. Cela se ressent parfois. L’élégance de ses tournures de phrases agrémente le raffinement de sa conversation mais sait aussi parer harmonieusement ses menaces si le besoin s’en fait sentir, enrobant ses mots de juste assez de miel pour en souligner le venin. Ne vous en faites pas un ennemi, mais peut-être pas un allié trop proche non plus. Tant qu’il a quelque chose à gagner auprès de vous, il vous sera fidèle. Mais si le vent venait à tourner, il faut parfois savoir mentir, tricher, trahir et faire preuve de cruauté pour tenir la badine d’or.

En privé, les masques tombent, au moins en partie. Ses enfants vous diront qu’il est un père attentif, qui veille à leur accorder un peu de temps à chacun malgré ses journées chargées et qu’il raconte les histoires comme personne. Ishüen les aime en effet, tous les quatre. Ils sont le miel de son cœur et ses plans pour l’avenir. Il les élève en dignes futurs seigneur et dames, tous prêts à laisser leur marque dans le monde plutôt que se laisser charrier par lui. Cela réclame d’être un peu dur parfois, mais sans que cela n’efface jamais la fierté qu’il ressent pour chacun d’eux. Son épouse en revanche vous le décrira sans doute comme un homme distant, mélancolique parfois, insaisissable comme le vent du désert. S’il est capable d’attentions et de gestes affectueux, ceux-ci semblent tous méticuleusement quantifiés, comme s’il restait perpétuellement à la frontière entre le contrôle et la sincérité. Ishüen ne contredira pas cette version, tout en précisant que l’on peut rarement en attendre plus de toute alliance politique, qu’elle soit intime ou commerciale. Cette part de cynisme est comme la maille sous son armure d’apparat, protégeant la dernière citadelle retranchée en son âme, dont lui-même a perdu la clé le jour où il a endossé le titre de Seigneur des Chevaux. Ishüen est un homme seul et secret. Il doit le rester s’il veut conserver ce qu’il a acquéri au fil des années et les étincelles qui s’échappent encore parfois de ce mausolée sont dangereuses, trop pour qu’il puisse se permettre de les laisser briller pour qui que ce soit. Tel est le sort de tous ceux qui montent un jour sur un trône, peu importe sa hauteur.
Histoire
Rivage des jours heureux où je pleure le Soleil
Oh ! Mon Amour, mon Astre bien-aimé
Pourquoi n’es-tu pas venu…


Je n’ai jamais voulu parler de toi. Jamais, à personne, pas une seule fois. Pendant des années, ne plus prononcer ton nom, prétendre ne pas te connaître, t’évoquer comme un étranger lorsqu’il ne pouvait en être autrement a été ma façon de te chasser hors de ma vie, de te jeter à bas de la place que tu y avais tenue. J’y ai plutôt réussi. Le temps aidant, tu as vraiment fini par ne devenir qu’une ombre un peu moins floue que les autres dans la légion de celles que nous croisons chaque jour et ton souvenir ne me laissait rien de plus qu’un peu d’amertume au coin des lèvres. Juste un tout petit goût de regret que je parvenais tant bien que mal à oublier. Je pensais avoir réussi, je le pensais vraiment. Et comme de juste, je me trompais. Sans quoi, je ne serais pas aussi peu surpris aujourd’hui, à l’heure où plus rien ne compte, où tout se termine, que ça sois toi qui revienne à moi avec une éblouissante netteté, redonnant vie à celui que tu étais, ceux que nous étions lorsque nous nous sommes connus, avant que le monde prenne fin.

Longtemps le désert accueillit mes pas
Longues furent sa brûlure et mon agonie
J’avançais à tâtons, pèlerin ignorant ce qu’était la foi…


Je ne sais pas par où commencer, si je peux commencer quelque part. Même si le temps n’érodaient pas à ce point mes souvenirs, je serais incapable de dire où a débuté cette histoire, si elle a réellement une origine ou même si elle est bel et bien finie. Comme toujours, comme souvent, tout est parti de rien. De choses que je ne peux pas raconter. De l’enfant que tu étais il y a si longtemps, dans le petit joyau de l’oasis de Raasfalim perdue au cœur de ce Désert Rouge qui t’a vu naître. Je ne peux que dire les évènements que tu m’as toi-même confiés, comme tu m’as confié tant d’autres mots à mi-voix toutes ces nuits où nous étions étendus l’un contre l’autre, mêlant nos souffles et nos peaux dans l’espoir de rapprocher nos corps au-delà des frontières que nous imposaient l’ordre des choses. Je t’écoutais de tout mon cœur, je t’écoutais comme si manquer le moindre détail devait rompre ses battements en même temps que ton récit. Je t’écoutais, et je revoyais avec toi les arches blanches du caravansérail, la lumière éclatante qui tombait dans la cour débordante d’hommes, de bêtes et de couleurs, de voix, de cris, de vie que tu tentais de saisir en t’échappant de la demeure de ton père, siégeant non loin derrière le mur parfumé des jardins et des orangeraies.

Loin de tout foyer
Mon cœur était le luth pleurant les palais de jadis
Et j’attendais ta venue dans l’obscurité…


Iphraïm Ben Yassouan était d’après toi un homme rude et réservé, presque austère en comparaison d’autres Princes Marchands de la Guilde. Il recevait avec faste les caravanes aux flancs lourds de richesses s’arrêtant dans l’oasis, les nobles et les puissants venus traiter avec le Seigneur des Chevaux, mais laissait à ses invités les mets délicats et les alcools capiteux. Il comptait par dizaines guerriers, serviteurs et esclaves, mais s’imposait la même discipline stricte qu’il exigeait d’eux lorsqu’il maniait l’épée, dressait les pouliches ou gérait ses affaires parfois jusqu’aux petites lueurs du jour. Il goûtait à la beauté, appréciait les doigts habiles des musiciens et les membres déliés des danseuses, mais se contentait de son unique épouse et des deux enfants qu’elle avait pu lui donner avant d’être rappelée dans la demeure des dieux. Baymat, celle qui porte le feu, son héritière, et Ishüen, celui qui contemple la lune. Toi. Je me souviens. Allongé contre toi à la lueur de la lampe, je t’écoutais. Tu me décrivais ta famille comme l’aurait fait un conteur, esquissant leur grandeur et leurs qualités avec l’emphase gracieuse qui me berçait et endormait ma méfiance. Mais c’est toi que je regardais. Alors que le miel de ta voix m’enivrait de sa douceur, je ne pouvais ignorer le voile d’amertume dans tes yeux lointains, perdus dans ce passé que tu faisais revivre pour moi. Et dans le conte que devenait ton enfance, je voyais l’enfant que tu avais dû être, le petit garçon entravé par ses beaux vêtements, incapable de courir suffisamment vite pour se hisser à la hauteur de cette sœur aînée éclatante ou de ce père inaccessible. Jeune et ignorant moi-même à l’époque, je t’ai regardé grandir trop vite lors de ces nuits à tes côtés.

Marchant sans avancer dans la cour des mirages
Mon âme assoiffée fixait son prix pour une gourde d’eau claire
Lorsque je vis dans les dunes poindre ta demeure…


Tu n’étais pas l’aîné. Tu n’aurais jamais du régner, jamais du tenir dans ta main la badine d’or du Seigneur des Chevaux. Personne n’avait escompté qu’il en serait ainsi, pas même toi. Malgré toute l’énergie que tu mettais à apprendre et à t’instruire dans l’espoir de briller aux yeux de ton père, même toi tu n’y croyais pas. Les choses sont ainsi. Baymat était l’aînée. Baymat était forte et sensée, elle faisait la fierté de son père au sein de votre foyer comme sur les routes commerciales qu’elle arpentait à la tête de vos caravanes pour vous ramener gloire et richesses. Elle était faite pour succéder et toi pour la soutenir, dans l’ombre, en un pâle reflet de son éclat. Seule, la lune ne peut se substituer à la lueur du feu. Et si le désert, cet ogre mouvant à la cruauté indolente ne vous avait pas tous frappé, le destin n’aurait sans doute pas dévié de son cours. Je ne t’aurais jamais connu. Même si nos chemins s’étaient croisés, jamais tu n’aurais été celui que j’ai vu pour la première fois sous les tonnelles de la maison de mon père. L’homme puissant, drapé de soieries et de métal précieux, de dignité, de force et du titre respecté qui lui était échu alors qu’il sortait de l’enfance. L’homme dont les yeux reflétaient l’acier du cœur, portant sous l’acuité de leur regard la vieille cicatrice d’avoir perdu son père et sa sœur dans une tempête de sable sur la route de Rubis. Tout a un prix. Tout gagner et tout perdre en l’espace d’un instant est celui des princes.

Rivage des jours heureux où tombait la Nuit
Oh ! Mon Amour, mon Astre bien-aimé
Comme ton avènement était proche…


Tu étais jeune. Tu me l’as dit, mais il aura fallu que j’attende ce jour, ce jour maudit qui disperse aux quatre vents le monde paisible que nous avons connu, pour que mes paupières se décillent enfin et que j’entrevois pleinement ce que ces mots signifiaient. Tu n’avais que seize ans, tu mettais au tombeau la seule famille que tu possédais et rien ne t’avait préparé à ce fardeau doré qui tombait soudain sur tes épaules, alourdi du poids du linceul. Ceux qui avaient conseillé ton père de son vivant t’avaient juré allégeance mais nul ne te pensait capable d’assumer ta nouvelle charge et nombre d’entre eux se demandaient si un autre que toi ne ferait pas un bien meilleur Seigneur des Chevaux. Tu me racontais cela en riant et je ne pouvais m’empêcher d’admirer l’éclat de ton sourire, subjugué par ta force pour avoir su t’imposer dans ce creuset de serpents. Mais, pris au piège de ton calme et de ta voix de conteur, je t’imaginais déjà tel que tu étais à l’époque et oubliais que tu ne devais en réalité pas être différent de moi qui me pâmais dans tes bras. Aujourd’hui, je vois la vérité derrière tes belles histoires. Tu étais encore presque un enfant. Tu ne pouvais te fier à personne. Tu étais seul. Tu avais peur. Alors tu as fait ce que font ceux qui veulent survivre : tu t’es battu. Âprement, désespérément, sans relâche, tu as fait taire le garçon qui pleurait en toi. Tu l’as asphyxié sous le métal d’une armure nouvelle, enfilée à la hâte et sans cesse reforgée au fil de tout ce que tu t’efforçais d’acquérir. Apprenant de tes erreurs, écoutant les conseils tout autant que ton intuition, puisant autant que possible dans les souvenirs de ton père, tu as affermi ta prise sur la badine d’or. Le Seigneur des Chevaux a repoussé dans l’ombre l’enfant que tu étais, qui ne réclamait qu’un peu d’attention, qui ne désirait que briller pour ceux qu’il aimait. Au prix de cette vaine demande, immolée avec tes autres rêves sur l’autel des désillusions, il a émergé des cendres et du plus profond de ton âme pour te remodeler à son image. Et l'homme que tu aurais pu être sans ce devoir venu trop tôt est mort à jamais. Tu étais si jeune, mon Prince…

J’ai lavé mes mains des impuretés de la route
J’ai offert mon corps au repos dans ta maison
J’ai appelé mon hôte et nul ne répondait
Puis tu es venu et par toi se fit le jour…


Je repense parfois à toutes ces années que tu as vécues sans moi et à tout ce qui les a jalonnées. Je ne peux les raconter car je n’ai aucun moyen de le savoir. Je ne sais pas de quelle façon tu as réduit tes ennemis au silence ou à l’inaction. Je ne sais pas comment tu as déjoué leurs tentatives pour t’évincer du pouvoir. Je ne sais pas comment tu as rencontré la nièce d'un autre Prince Marchand de la Guilde, celle qui deviendrait ton épouse, et guère plus que cela à vrai dire, mais te donnerait quatre enfants en douze ans, les quatre bijoux les plus précieux au creux de tes mains. Je sais seulement qu’au fil des années, tu as avancé jusqu’à devenir celui que j’ai vu dans les jardins, ce jour de Ruwa 992 où tes affaires t’ont mené dans la maison de mon père, le baron de Verfeur, avec qui tu traitais principalement lorsque tu venais commercer en Akasha. Oh, je me souviens du jeune homme que j’étais alors, majeur depuis peu, insouciant et fougueux comme un poulain. Je ne savais pas qui tu étais, je ne t’avais jamais vu, tu n’étais guère qu’un invité plus intriguant que les autres car tu venais de loin. Je revis aujourd’hui les instants précédant notre première rencontre tandis que j’ignorais ton existence pour un tout petit peu de temps encore. Quelques minutes que je regarde chaque fois s’amenuiser avec impatience jusqu’à ce que je vous rejoigne dans le jardin, père et toi, et que tu remplisses mon monde en un instant comme une crue de lumière.

J’ai vu dans tes cheveux toutes mes armées rebelles
Entendu ta voix sur le son de mon luth
Et n'ai cessé de désirer qu'en atteignant ta lèvre rouge…


J’étais jeune, moi aussi. Jeune, fou, et vierge d’amour. Je pourrais fustiger des heures durant l’imbécile que j’ai été. Mais même ainsi, malgré les regrets amers qui me poissent la bouche... Oh, comme tout ce qui suivit m’est précieux. Comme j’aimerais retenir ces images qui s’enfuient, revoir clairement le déroulement de ces jours si durs et si doux à la fois. Ishüen, mon Prince, mon mirage du désert… Je m’en veux de t’avoir aimé si vite, si fort, sans aucun espoir de retour. J’aurais du savoir que rien n’était possible entre nous. J’étais un héritier de la noblesse d’Akasha, tu étais marié, père, riche et influent, et nous étions des hommes. Si j’avais cessé de m’aveugler un instant contre toi, j’aurais su que rien de ce qui aurait pu naître ne connaîtrait autre chose qu’un retour au néant et j’aurais porté le deuil de cet amour stérile dès sa naissance. Mais puisque j’ignorais tout cela, puisque rien ne m’avait été inaccessible avant toi, je me suis jeté à corps perdu dans les flammes. Tu étais si savant dans ta tendresse, si virtuose dans ta passion chaque fois que nous nous rejoignions en secret… Si je devais choisir, je ne garderais de nous que ces moments où nos corps se déployaient autour du même axe en effaçant le temps, où je goûtais sans fard à ta beauté, où nos regards et nos âmes frémissaient ensemble de bonheur et de douleur mêlés. Peu importe les masques que nous devions porter ensuite. Tant que je pouvais me fondre dans la fougue de tes membres et noyer mon souffle dans les vagues de ton parfum, rien d’autre n’existait à mes yeux que la perfection qui prenait vie avec nous et que nous prolongions tard dans la nuit, haletants et engourdis. Je me souviens… il y avait toujours cette emprise dans tes gestes lorsque tu me caressais lentement, soigneusement, pour continuer de me faire tien. J’aurais voulu que ces instants ne cessent pas, j’aurais tout donné pour que ce soit le cas. Mais le temps ne suspend pas son cours à l’envie des mortels et, emportés par son fleuve, nous finissions invariablement par briser le silence lorsque le feu de nos unions s’apaisait dans nos esprits. Nous parlions du passé parfois, du présent même s’il n’en était nul besoin, et jamais de l’avenir. J’aurais du comprendre alors. J’aurais du deviner que la tombe nuptiale était déjà creusée, dans les fleurs de ces nuits d’amour...

Rivage des jours heureux où le jour me trouva seul
Oh ! Mon Amour, mon Astre bien-aimé
Où es-tu parti à la lueur de l’aube…


Les choses auraient peut-être étés plus simples si tu m’avais quitté tout de suite. Au lieu de cela, nos rencontres se sont égrenées sur des mois. Tu me rejoignais dès que tu le pouvais et tes absences étaient parsemées de lettres au parfum de sable et d’épices que j’apprenais par cœur, fasciné comme un papillon dans la lumière. Tant et si bien que je n’ai même pas remarqué que tes visites comme tes lettres commençaient à s’espacer… Je n’en doutais pas à l’époque mais je ne peux m’empêcher de me poser la question aujourd’hui. Ai-je pu t’atteindre, mon Prince ? Ai-je compté pour toi, pour que tu me gardes en vie si longtemps de ton miel avant de me laisser retomber brutalement de tes doigts fatigués ? Ai-je pu, rien qu’un instant, effleurer ta peau refroidie par ton trône d’or et le poids de ton titre, et y faire naître un frisson ? Je n’ose y croire. Ça n’a plus d’importance. Tout a cessé, tout est brisé désormais. Il y a des années que je ne t’ai pas revu, que je m’absente lorsque tes affaires t’appellent à Akasha. J’ai grandi, vieilli, suivi ton exemple et fait ce que l’on attendait de moi. Je t’ai relégué dans le passé en m’efforçant de ne plus me retourner. Et puis le chaos est arrivé. Le Vide, à l’image de celui que tu avais laissé derrière toi. C’est peut-être pour cela que je l’ai combattu de toutes mes forces, de tout mon orgueil, et que je connais à présent une fin si misérable…

Si je ne puis distinguer ta forme, c’est que tu es partout désormais
Ta présence remplit mes yeux de ton amour
Et il n’est point de lieu où je ne puis te rejoindre…


Ishüen, mon lointain marchand d’Agni, mon prince sans couronne… Je vais perdre la vie aujourd’hui pour m’être dressé contre Ren et pour avoir failli. C’est dans l’ordre des choses. Mais alors que je m’abandonne au regret et à la hache du bourreau, ce n’est pas à mon père emprisonné, à ma famille ou à mon pays que je songe. C’est à toi. Toi que je n’aurais jamais réellement connu, toi qui m’a tout donné et tout pris en un instant, toi dont je ne pourrai pas voir la place que tu prendras dans ce monde qui s’ébranle. J’ai toutes les raisons de penser que tu n’aimes pas plus que moi le faux Souverain d’Akasha. Pas uniquement parce qu’il fait ombrage à ton commerce, mais parce qu’il est trop sauvage et trop entier pour se plier aux lois qui sont les nôtres depuis si longtemps, comme un cheval qui refuserait le licol et se dresserait comme un homme pour combattre. Aussi je me demande… M’aurais-tu aidé, si tu avais su ? Non, je ne le pense pas. Tu as bien trop à perdre et tu n’as jamais été un jeune fou comme moi, trop aveuglé par sa fougue et ses idéaux. Les gens comme moi sont toujours les premiers à tomber dans un monde en guerre. Ce sont les hommes à ton image qui survivent. Aussi je te le demande : si tu apprends un jour ce qui m’est arrivé, si j’ai compté pour toi, ne serait-ce qu’un peu, ne cède pas à la rancœur. Il est inutile de se battre pour des choses stériles, c’est toi-même qui m’as appris cette leçon. Des temps sombres se profilent à l’horizon. Tu dois garder tes forces pour les batailles à venir car elles viendront forcément. Protège ce qui peut l’être. Soit celui que j’ai connu dans les jardins de mon père, celui que j’ai aimé et haï d’un même élan. Vis, mon Prince, et fais quelque chose de ce monde.

Si nos lèvres devaient encore s’unir
Je souhaiterais que tu me perdes à ton tour
Et ne plus être le seul à brûler de douleur…


La lune veille sur l'oasis de Raasfalim. L'éclat froid et bleuté qu'elle jette sur les dunes inverse la marche du monde et donne au Désert Rouge des allures de fonds marins. C'est ce que songe le Seigneur des Chevaux lorsque l'un de ses espions d’Akasha lui apprend la mort d'Aymeric de Verfeur, survenue il y a deux jours à la capitale après une rébellion ridicule et belle, réprimée dans le sang. Ishüen sent la froideur de l'océan nocturne le happer, réduire à néant son souffle et ses pensées. D'un geste, il congédie l'homme pour demeurer dans le silence. Les souvenirs affluent en chapelets d'étincelles qui flamboient étonnamment fort dans la nuit, jaillies de braises qu'il croyait éteintes depuis longtemps. Il ne l'avait pas vu depuis sept ans. Cela lui ressemble bien de finir ainsi. C'était bien pour cela qu'il l'avait désiré, charmé par cette jeunesse pleine de fougue, ce feu dévorant qui palpitait dans ses veines. Un long soupir lui échappe. Il a beau ne pas l'avoir aimé très longtemps, il ne peut pas songer à lui aujourd'hui sans un pincement au cœur. Aymeric... Jeune fou, insolent petit soleil qui a oublié que même les astres peuvent périr dans la gueule du Léviathan.

« Vous êtes tout aussi imprudent, petit Souverain. Le chaos ne vous épargnera pas même si c’est vous qui le semez… »

Et il jaillira de partout, de mille endroits que vous aurez négligés, de failles dans votre garde qui auront commencé à s'ouvrir avant même que vous n'ayez débuté le combat. Le champ de bataille est immense. Il prend racine dans le passé, dans une myriade de détails insignifiants que vous ignorerez à jamais même lorsqu'ils précipiteront votre fin. De vos amis, de vos proches, d'ennemis embusqués sous vos pieds. De rencontres sans importance et de quelques mots échangés dans un autre temps. D'une tête de trop que vous aurez coupé en négligeant de regarder jusqu'où elle pouvait bien rouler. De la trop grande hardiesse d'un jeune homme et d'une poignée de nuits éphémères, il y a des années...

Rivage des jours heureux où je pleure le Soleil
Oh ! Mon Amour, mon Astre bien-aimé
Où te caches-tu à présent…

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Llyn
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Re: Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Jeu 1 Mar - 17:47
Bienvenue ! Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 3828281359

Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Nouvelle-an-on-drague
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Ren
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Re: Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Jeu 1 Mar - 18:22
Mouhaha on va bien s'entendre toi et moi ! Bienvenue à toi ! (sorry not sorry pour t'avoir kidnappé, vu le rendu on a vraiment bien fait !)

Hâte de lire ta fiche ! J'adore ton avatar !
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Invité
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Re: Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Jeu 1 Mar - 20:28
J'ai envie de faire la rebelle avec toi en commentant ta fiche sans être validée, advienne que pourra !
Ishuen est vraiment bel homme Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 1317000085

Courage pour ta fiche !
Ishüen
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Ishüen
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Re: Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Jeu 15 Mar - 10:48
Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 1091

Merci pour votre accueil chaleureux ! Après ce délai honteux, je vous informe avec bonheur et joie que j'ai fini ma fiche ! Youhouh Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 3828281359 Je la livre donc à votre œil avisé et vos doigts habiles. Merci encore pour votre patience ! Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 2715026490
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Llyn
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Re: Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Jeu 15 Mar - 11:39
Analyse de fiche

Re-bienvenue Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 3828281359

Le physique
Validé ♥️

Le caractère
Validé ♥️

L'histoire
Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 2681688703

Validée ♥️

Conclusion
Bah euh... Pas besoin de m'éterniser sur ce que je pense de ta plume, tu le sais déjà je crois... Mais je te hais de m'avoir fait verser ma petite larme, voilà. L'histoire est bien écrite et j'avais tellement mal pour Aymeric... Bref... Amuse-toi bien dans le Royaume de Seele, et on se croisera bientôt Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men 2528907821



Tu es validé(e) !
Toutes mes félicitations, ta fiche est validée !

Tu peux maintenant aller...
• ... recenser ton avatar.
• ... faire une demande de rp pour démarrer ton aventure dans le Royaume de Seele.
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• ... remplir ton profil !

N'hésite pas également à faire de la pub autour de toi et à voter régulièrement sur les tops sites ! ♥️

Amuse-toi bien ♥️
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Ishüen
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Ishüen
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Re: Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Jeu 15 Mar - 11:46
Merci, gente dame, je suis touché au-delà des mots

Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men Raw

Je pars sur le champ faire honneur à ce beau continent ! Merci encore !
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Re: Ishüen Ben Iphraïm ~ Of beast and men
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