Akasha
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Àliya

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le Dim 11 Mar - 16:39
Les semaines s’étaient écoulées avec un sentiment de torpeur étrange. En une fraction de seconde j’avais perdu l’essentiel de ma famille, une partie par décès, l’autre par maladie. Je me retrouvais seule à la tête d’un empire familial, et même si il était surtout de administratif, j’avais certains devoirs. Mais pour l’instant, je ne voulais pas revenir en Vaata. Une charge émotionnelle trop vive m’empêchait d’y remettre les pieds. C’était…comme réellement accepter la mort d’Helge. Je ne pouvais pas. Pas encore. J’avais réussi à trouver une maison aux abords de la Ville et ne pouvant rester oisive aussi longtemps, j’avais entreprit de chercher un travail. Me contenter des échanges commerciaux de mes parents auraient pu convenir, mais j’aspirais à autre chose. C’était aussi une façon d’honorer toutes ses personnes qui avaient cru en moi.

Akasha possédait la plus grande bibliothèque de tout Seele, déjà quand j’étais étudiante, j’avais voulu y avoir accès. Cet endroit recelais de mystère, de culture, de secrets et de divers savoirs. Le bâtiment était imposant, c’était une structure incroyable, riche et travaillé. Je demeurais un instant en face d’elle, assise sur la bordure d’une fontaine qui jouait. Les gerbes d’eau qu’elle lançait brumisaient agréablement ma peau. Il faisait particulièrement chaud à cette époque de l’année, même à l’ombre de l’imposant bâtiment. Une fois imprégnée de sa présence esthétique atypique, j’inspirais profondément et me levais pour me rendre d’un pas décidé et souple à mon rendez-vous.

Le contraste entre l’intérieur du bâtiment et l’agitation de la cour était saisissant. Porté par un air bien plus frais, ce fut le calme ambiant qui me fit frissonner. L’endroit était immense et remplit de ce silence religieux qui en devenait presque opaque. Présent. Intense. Le bruit de mes pas raisonnait jusqu’à se perdre dans les hauteurs des voutes. Le long corridor en marbre était à la fois austère et élégant. Il me fit penser à Vilya et plus largement, à Vaata. J’eu instantanément le sentiment d’être chez moi. Une fois le long couloir traversé, un espace plus chaleureux s’offrit à moi. Une coupole de verre offrait à la rotonde un vaste puits de lumière douce et doré. J’avisais un comptoir en bois sombre où une femme semblait affairé à quelque travail administratif. D’un revers de main je lissais ma tunique d’un vert sombre, vert de sous-bois, rehaussée çà et là par des teintes plus claires aux emmanchures et au coutures apparentes. Elle tombait sur le bas de mes reins, sur un pantalon brun, à moitié dissimulé par de hautes cavalières noires. Je tentais vaguement de nouer mes cheveux en un chignon, laissant s’échapper nombre de mèches folles.

      "- Bonjour. Veuillez m’excuser, je me présente, je suis Àlyia Hildegard. J’avais fais parvenir un courrier pour prétendre au poste d’archiviste de la bibliothèque. Un coursier m’a prévenu que l’on m’attendait aujourd’hui vers quatorze heures….
     - Àliya hum….Oui en effet. Prenez l’escalier juste derrière la porte, à votre droite. Il vous mènera à l’étage des bureaux et des salles de travail. Frappez à la dernière porte au bout du couloir, vous ne pouvez guère la manquer. On vous y attend. "

Mon merci se perdit quelque part entre son désintérêt et mon adrénaline. Je suivi ses instructions à la lettre, grimpant l’escalier en colimaçon qui se présentait à moi. Ses pierres étaient froides, et il n’était pas spécialement large, aussi l’imaginais je réservé au personnel. Une fois arrivée, j’avisais de nombreuses salles ouvertes qui donnait sur de longues tables de travail, avec des pupitres avec des cruches d’eau mise à disposition. On venait de tout Seelie pour étudier ici et le soin qu’il devait être accordé aux personnes venant travailler semblait important. Il ne s’agissait pas seulement de courtoisie élémentaire, mais bel et bien d’une bienveillance sincère et adapté à chacun. J’avais entendu que pour la consultation de certains ouvrages, les demandes devaient être fait en amont par courrier, avec une justification et même avec ceci, l’on se réservait le droit de vous refuser l’accès. C’était intriguant, mystérieux mais j’en comprenais aussi la nécessité. Tous les savoirs n’avaient pas à être mis à disposition de chacun. Aussi bien parce qu’ils n’étaient pas aptes à accuser le coup de pareilles informations mais aussi pour ce qu’ils seraient en mesure d’en faire. Je repris ma marche après cet instant de réflexion. Et effectivement, je ne mis pas longtemps à trouver la fameuse dernière porte dont m’avait parlé la préposée à l’accueil. Je frappais quelque coups à la porte, puis me recula de quelques pas, mes mains se tenant du bout des doigts d’une allure désinvolte et sérieuse.

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Akasha
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Ren

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le Dim 11 Mar - 18:45
Tous les chemins du savoir mènent à la Bibliothèque d'Akasha

Les journées se succédaient. Les saisons également. Le vent, la pluie, la chaleur, le froid. Chaque journée apportait son lot de nouveautés, qu’elles soient de bon ou de mauvais augure. Mais il était des choses qui ne changeaient pas. Le regard des passants, les pas en arrière et les têtes qui se baissaient. La crainte, le mépris. Les gardes, main posée sur le pommeau de leur épée, l’entourant tandis qu’il avançait dans les rues pavées de sa Cité. Et ce regard bleu qui se posait sur tout cela avec la plus grande des indifférences. Les mèches sombres qui venaient caresser un visage inexpressif, froid et fermé. La démarche souple et mesurée, le bruit des talons contre la pierre. Vêtements bruissant doucement à chaque pas, épousant un corps au repos, détendu, cachant une énergie qui sonnerait sa fin.

Ren se rendait à la Bibliothèque, sans prêter attention à ce qui se passait autour de lui, n’en ayant pas besoin. Une dizaine de soldats l’accompagnait et s’occupait de regarder pour lui. Le Souverain n’avait plus besoin de ses yeux. Ni de ses mains d’ailleurs. Et il avait du se battre pour qu’on lui laisse au moins l’usage de ses jambes. Cette grotesque mascarade avait lieu dès qu’il souhaitait sortir. Non, Sire, vous n’y pensez pas… vous promener dans les rues de la Cité sans escorte. Mais Sire voyons, on pourrait tenter d’atteindre à votre vie. C’est dangereux Sire…

L’était-ce ? Comment pourrait-il le savoir. Il n’avait jamais eu l’occasion de s’essayer à cette théorie qui affirmait que sa vie était en danger dès qu’il passait le pas de sa porte. Etait-il plus en danger dans les rues que dans l’enceinte du palais, cet ignoble édifice qui suintait la domination et le pouvoir ? Une question très pertinente à son sens mais à laquelle on avait refusé de lui répondre. L’ignorance provoquait la peur. Mais également le mépris. L’ignorance des conseillers et leur peur de la moindre ombre sur leur route les rendaient méprisables aux yeux de Ren.

Il avait pourtant travaillé dur pour que son mépris diminue. Il avait entrepris de transformer cette Cité et cette Contrée. Il souhaitait sincèrement tenir la promesse faite à Isil alors que ce dernier rendait son dernier souffle. Mais que pouvait-il faire face à l’ignorance la plus totale dont faisait preuve son entourage imposé. Cela aussi devait changer…

« Sire ? Nous y sommes. »

Ren sortit de ses pensées et son visage s’anima alors. Son regard se leva et se posa sur l’édifice majestueux qui se tenait debout devant lui. Un souffle de vie, chaud dans son cœur et il perdit de sa froideur et de sa rigidité.

« Merci Fearghas. Attendez ici. »

Le chef de sa garde hocha la tête et indiqua aux soldats où se positionner tandis que le Souverain pénétrait dans la Bibliothèque, terre sacrée dans laquelle aucune arme n’était autorisée. Et il y pénétra seul. La fraicheur des lieux et la soudaine solitude furent comme une bouffée d’oxygène et le jeune homme s’arrêta un instant dans le vaste hall, admirant comme toujours l’architecture des lieux, sa clarté et son silence. Dirigeant son regard vers le comptoir derrière lequel se tenait Mair, Ren lui adressa un signe de la tête auquel elle répondit, sans aucune raideur dans ses muscles. Ren sourit. Mair avait connu son père et rien que pour cela, elle avait placé une foi aveugle dans le jeune Souverain, en se moquant éperdument de ce qu’il pouvait bien faire en dehors de la Bibliothèque. Tant qu’il respectait cet endroit et avait sa prospérité à cœur, cela suffisait à la vieille femme qui avait détesté Seren de tout son cœur lorsque celui-ci était au pouvoir. Le changement était donc le bienvenu et ils travaillaient ensemble à rendre ce lieu aussi splendide qu’il le méritait.

«  -Est-ce que le coursier est bien parti Mair ?
-Oui Sire. La candidate ne devrait plus tarder. Je suppose que comme pour les précédents, vous ne souhaitez pas que je lui divulgue qui lui fera passer l’entretien ?
-Non en effet. J’ai bien peur que ça influe sur leur comportement s’ils savent qui je suis. Cet endroit mérite ce qu’il y a de mieux.
-Vous avez tout à fait raison. Vous serez dans le bureau de votre père ?
-C’est exact.
-Très bien, je vous l’envoie dès qu’elle se présente.
-Merci. »


Ren prit congé de Mair et se dirigea alors vers l’escalier qui montait dans les bureaux. Quittant l’immense hall et son sol dallé, il gravit une à une les marches qui craquèrent sous son poids. Un bruit rassurant qui lui rappelait que l’endroit vivait. Il passa devant les tables d’études et les différents bureaux sans les voir, attiré comme à chaque fois vers la porte, tout au bout du couloir. Et comme à chaque fois, son cœur battait vite et sa main était moite tandis qu’il posait sa paume sur le bois avant d’actionner la poignée qui révéla alors la pièce qui avait jadis appartenu à son père, avant que sa vie bascule et qu’il ne quitte tout pour ne plus jamais revenir.

Rien n’avait changé. Ren avait pris un soin particulier à rendre à la pièce sa splendeur d’antan, s’assurant que rien des affaires de son père n’avait été touché. Le bureau en acajou massif trônait au milieu de la pièce, entouré de nombreuses étagères, croulant sous divers livres et parchemins. La pièce n’était pas immaculée et le mobilier était usé. De nombreux papiers traînaient dans des coins, des objets tous plus étranges et venant des cinq coins de Seele ainsi que des terres inconnues jonchaient des étagères. Ren avait refusé qu’on y touche. Il s’agissait là de l’œuvre de son père. Le travail de toute sa vie avant que son premier né ne vienne au monde. Son héritage véritable. Pas celui qu’on lui avait imposé en le marquant à la naissance, mais celui qui aurait du lui revenir dans un autre monde. Un monde où ses parents seraient encore en vie et où il aurait pu succéder à son père.

Combien de temps Ren s’était-il plongé dans ses souvenirs, impossible pour lui d’en être certain. Il en fut cependant brusquement tiré par des coups contre la porte. Ah… sûrement la nouvelle candidate au poste d’archiviste. Un poste longtemps inoccupé. Un poste que seul Ren pourrait attribuer. Car la bibliothèque toute entière serait entre les mains de l’heureux candidat.

« Entrez. »
lumos maxima
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Àliya

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le Mer 14 Mar - 17:52
Le son d’une voix grave, derrière la porte, me traversa en un fracas d’échos de son, qui vinrent à percuter les fondements de mon être. Un frisson me parcourut l’échine, s’étirant dans les muscles de mes bras, nouant mon ventreet coupa ma respiration le temps d’un battement d’aile. Le temps se figea tandis que le sol semblait se dérober sous mes pieds. Je papillonnais des yeux pour reprendre une certaine constance, avant d’inspirer tranquillement, lisser encore une fois et symboliquement ma tunique et poussa la lourde porte. Une expression détendue et souriante était dessiné sur mon visage, sans pour autant jouxter avec une légèreté qui serait mal venu. Je tendis la main à mon interlocuteur pour échanger avec lui, une bref poignée de main. Bref, mais qui avait toujours le mérite d’en dire long sur la personnalité d’en face.

Alors qu’il m’invitait à prendre place en face de lui, à son bureau, je pu constater que je me trouvais dans un bureau….Que l’on aurait aisément pu confondre avec un cabinet des curiosités. Il y avait tellement de vie ici. Mes yeux allèrent rapidement d’un élément à l’autre, laissant mon inconscient sélectionner et mémoriser.  Il ne s’agissait pas seulement de livres ou de parchemins, il y avait aussi des objets anciens, dont l’usage de certains m’échappait. Des morceaux de pierres, des accessoires, des objets de décoration. Archiviste n’était pas seulement un travail purement littéraire. Je comprenais, avec un plaisir certains, que ma tâche serait multiple, et nécessiterai plus d’adaptation qu’une simple bibliothécaire.

Une fois les banalités échangées, je pu être pleinement à mon entretien, évacuant de mon esprit, toute autre question existentielle. Je me tenais droite, les mains posées l’une sur l’autre sur mes genoux. Mon interlocuteur semblait être dans ma tranche d’âge. Son air était sérieux, grave et presque sévère. Ses yeux trahissaient une certaine vivacité d’esprit et quelques micro expressions autour de sa bouche et ses yeux permettaient de me rassurer sur le fait qu’il était humain. Aussi froid pouvait il paraître, il me semblait familier. Au-delà du physique et d’une simple reconnaissance. Il y avait quelque chose…De plus imperceptible qui se dégageait lui et qui me  mettait en confiance.

« - Je me prénomme Àliya Hildegard. Je suis originaire de Vaata, mais j’ai fais une large partie de mes études a Aap. J’ai également passé plusieurs années en voyage. J’ai beau avoir conscience qu’il s’agit d’années…Dans le vide, si je suis me permettre, aux yeux d’un simple bureaucrate, elles n’en demeurent pas moins enrichissante d’un point de vue personnel. Voyez-vous, ce vide est un concept, qui à mon sens, effraie plus par méconnaissance que par réel danger. Durant ces cinq années, j’ai appris des coutumes de peuplades différentes des miennes. Différentes même de ce que l’on connaît dans les frontières rassurantes de notre royaume. J’ai pu embrasser des philosophies de vies, des spiritualités que je n’avais guère pu imaginer, même en fouillant dans le plus improbable des livres d’histoire mis à ma disposition…Non, je ne crois pas qu’il faille avoir peur de ce que nous ne connaissons pas. Nous devons apprendre de cet état de fait. »

Ma posture avait changé radicalement, l’expression de mon visage également. Mon visage rayonnait, littéralement, je m’étais penchée sur l’avant, parlant avec les mains, souriant, mes yeux brillant d’une source inépuisable d’inspiration et de passion. Le naturel à sitôt fait de revenir, du moment qu’il est contrait à un état qui ne lui est pas naturel. Et pour être honnête, je n’en avais cure. Je ne voulais pas…acquérir un poste pour mes lettres de noblesses,  pour ma capacité à devenir ce que l’on attendait de moi. Je désirais cet emploi, car je le savais au plus profond de moi, il allait m’apporter autant que j’allais lui apporter.


« - Cependant, je comprendrais que cela vous gêne qu’une personne aussi jeune postule à ce poste. J’ai conscience qu’il exige une discipline et un bagage intellectuel extrêmement pointu, voir délicat. Mais je vous prie de croire qu’une expérience hors marge, à tendance à forger des tempéraments plus complexes et plus subtile qu’une vie d’étude entière. Pardonnez ma question mais...Vous m’êtes étonnement familier, ne nous serions nous pas déjà rencontré par le passé ? »


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Ren

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le Mer 14 Mar - 20:05
Tous les chemins du savoir mènent à la Bibliothèque d'Akasha

La porte s’ouvrit dans le dos de Ren et il se retourna, mains croisées dans son dos afin d’accueillir son invitée. La porte s’effaça, laissant apparaître une jeune femme aux mèches claires et rebelles, aux yeux brillants d’un éclat qui était familier au jeune Souverain. Un sourire se dessinait sur ses lèvres et rien dans son attitude ne laissait transparaître la nervosité que pouvait apporter un tel entretien. Si elle était nerveuse, elle savait non pas le dissimuler mais s’en servir à la perfection. Elle s’approcha de lui et lui tendit la main. Geste banal et usage courant mais Ren ne la serra pas. Gardant ses mains croisées dans son dos il lui sourit et l’invita à s’assoir sur la chaise faisant face au bureau.

Prenant lui-même place dans le fauteuil de son père, croisant ses longues jambes et caressant les bras en cuir avant d’immobiliser ses mains, il prit tout son temps, demeurant dans un silence calculé. Il ne cherchait pas à l’effrayer, simplement à l’observer. Le silence pouvait révéler bien des choses que des paroles inutiles ne pouvaient pas. Puis, il lui laissait également le temps de se composer, de se familiariser avec l’endroit. Enfin, au bout de quelques minutes, il prit la parole, d’une voix douce et posée.

« Bienvenue à vous. Nous sommes ravis que vous ayez répondu favorablement au coursier que nous vous avons envoyé. Je suis en charge de cet endroit et cela fait maintenant plusieurs mois que je recherche la personne idéale pour prendre la relève de l’ancien archiviste. Si vous voulez bien vous présenter… ? »

Alors elle prit la parole. Se présenta. Et bien plus encore. Ren écoutait mais surtout, regardait. Fasciné, il vit le visage de la jeune femme prénommée Àliya s’ouvrir peu à peu et s’animer, comme si un brasier s’allumait en elle tandis qu’elle parlait. En l’entendant évoquer le vide, Ren se focalisa à nouveau sur ses paroles. Sa propre expérience transparaissait dans les propos de la jeune femme et il dut se retenir de laissait paraitre la surprise qu’il ressentait en l’entendant énoncer son parcours, si similaire au sien. Coudes en appui sur les bras du fauteuil, il joignit ses mains devant sa bouche, cachant ainsi la commissure de ses lèvres qu’il ne pouvait empêcher de s’incurver. Puis, alors qu’il l’observait et l’écoutait, une étrange sensation de familiarité commença à naître en lui. Une image similaire, venue d’un ancien temps, se superposa et il eut alors l’impression de la connaître. Et comme si elle lisait dans ses pensées, Àliya finit en lui posant une seule et unique question. Se connaissaient-ils ? Probablement. Que tous deux ressentent la même chose ne laissait plus vraiment place au doute et Ren commença alors à avoir une vision plus claire de la jeune femme à l’Académie d’Aap, bien des années auparavant.

Cependant il ne répondit pas tout de suite. Il continua d’observer la jeune femme devenue silencieuse, mains toujours jointes devant ses lèvres, son regard bleu la scrutant, comme s’il la jaugeait. Puis il s’anima et s’enfonça dans le dossier du fauteuil, laissant ses mains retomber sur les côtés et à nouveau, il lui sourit.

« Félicitation » commença-t-il.  « Vous êtes engagée. »

Il détourna le regard avant de pouvoir observer la réaction d’Àliya et se leva, se dirigeant vers l’immense fenêtre qui donnait sur la cour, devant la bibliothèque. Mains à nouveau dans son dos, il observa l’extérieur, le mouvement de la foule.

« Nous nous connaissons en effet » reprit-il après avoir laissé le silence s’installer à nouveau dans le bureau. « De vue seulement. Vous et moi étudiions ensemble à Aap. Je me rappelle de vous et surtout de cette… passion qui vous caractérisait si bien et qui faisait souvent pleurer nos professeurs. Mais vous ne devez avoir qu’un très vague souvenir de moi, je n’étais pas de ceux dont on se souvient. »

Il s’interrompit et se retourna vers Àliya, lui désignant la pièce d’un geste de la main.

« Ceci est le bureau de mon père. Après avoir quitté Aap, comme vous j’ai voyagé dans chaque contrée. L’Académie ne me suffisait plus, dévorer des livres non plus. Je voulais dévorer le monde… et je l’ai fais. Avant de revenir ici. Tout comme vous. C’est pourquoi je sais que vous serez parfaite pour le poste. »

A nouveau, il lui sourit, tranquillement, arpentant la pièce comme s’il souhaitait s’imprégner de son énergie si particulière. Lui aussi se souvenait de cette passion qu’il ressentait par soif du savoir. Il ne l’extériorisait jamais mais elle était bien là, présente et attendant son heure, tel un feu ardent que l’on couvre, de peur des dégâts qu’il pourrait commettre. Son chemin avait pris une tournure bien différente de ce qu’il avait pensé en entrant à l’Académie mais qu’importe le rang quand l’envie d’apprendre et de découvrir était présente.

« Peut-être avez-vous des questions mademoiselle Hildegard ? Ou préférez-vous madame… ? »
lumos maxima
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Àliya

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le Mer 14 Mar - 21:36
Si, quelques minutes plus tôt, j’avais eu le sentiment que le monde entier s’était figé, tant le sang battait mes tempes, là…j’eu plutôt le sentiment qu’il venait de s’accélérer, au point d’en faire vaciller mon esprit. Les informations se succédèrent dans mon esprit, mais une conservait la pole position dans mon scepticisme. Je me reculais dans mon siège, regardant mon interlocuteur qui ne s’était toujours pas présenté, continuer de discuter le plus simplement du monde. Un sourire s’arqua sur le coin gauche de ma lèvre, presque un rictus. La dissimulation n’avait jamais été quelque chose que je maitrisais avec brio. Si je pouvais m’y adonner, faire éventuellement, de la rétention d’information, j’étais trop expressive et entière pour tenter de donner le change. Mon visage était un véritable livre ouvert, aussi, faut il savoir composer avec cette état.

«  - Que voulez-vous ? Il faut savoir pousser un peu les gens, pour qu’ils nous montrent le meilleur d’eux même. Ou le pire, c’est selon. Ceci dit, je n’ai jamais rien prémédité ou calculé, c’était toujours très spontané. J’imagine que c’est un trait de caractère fort peu habituel dans les rangs des étudiants qui fréquentent l’Académie. »

Je croisais les bras, me plongeant dans le regard d’acier du trentenaire qui me faisait face. Son sourire aurait même presque pu être blessant si j’avais supposé qu’il sous estimait mon intelligence. Passant une main dans mes cheveux, je détachais mon regard pour contempler le groupement d’arbre visible depuis la fenêtre du bureau. Je me levais en sa direction, m’accoudant à l’encadrure  de la fenêtre. La vue était superbe. J’avais eu l’occasion de souvent contempler la nature dans ma vie, que ça soit pour mes études ou pour le simple plaisir d’un contemplation esthétique. Mais Akasha était un joyeux de couleurs, de teintes dans une profusion à la fois simple et complexe de diversité.

« - Votre père avait bon goût. Un homme cultivé qui ne se contente pas de son schéma de spécification…C’est assez rare pour être salué. J’imagine qu’il vous a transmis cette qualité… »

Je jetais un rapide coup d’œil à mon supérieur. Je ne savais pas tellement ce qu’il attendait de moi. Comment réagir lorsqu’on vous offre un poste rapidement, sans plus creuser ? Si l’instinct est une qualité que j’apprécie chez la plus part des gens, il faudrait être stupide pour ne pas réaliser qu’il y avait autre chose qu’une simple accointance entre nous deux. Délaissant ma contemplation, je revins vers cet homme étrange de distance, jusqu’à son identité, le toisant avec sérieux.

« - Madame Hildegard se porte très bien, je vous en suis reconnaissante, quand à mademoiselle, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de me pencher sur le symbolisme de ce terme, aussi Àliya, conviendra très bien. Quant aux questions…J’en aurais plusieurs en effet. »

Je ne pouvais laisser passer cet affront. Non pas que s’en fu volontairement un je présume, personne ne peut être aussi doué pour jauger les individus. Et même si je mets en perspective mon intelligence et mon apparence physique somme toute agréable, je ne crois pas que mon simple charme suffise à obtenir quelque poste cela soit. Je laissais filer ma main en douceur sur les boiseries du mobilier, déambulant tranquillement dans le bureau, qui j’espère, après tout, deviendra le mien.

« - N’y voyez aucune mauvaise intention de ma part mais cela serait manquer de respect à ma perspicacité que ne pas réagir. Je ne pense pas qu’offrir un poste à quelqu’un sans avoir d’avantage creuser soit une idée judicieuse. Surtout pas un poste de cette envergure. Et je ne crois pas que vous soyez homme à offrir quoi que se soit pour de beaux yeux. Vous semblez être un homme particulièrement aiguisé, aussi je dois supposer qu’il y a une autre intention derrière cette offre aussi généreuse que rapide." Volontairement, je marquai un silence.Je captais son regard avant de continuer à me déplacer. "Je soupçonne une arrière-pensée et si je peux comprendre que vous ayez quelques intentions à mon égard, ne croyez pas que je sois dupe.  J’ai longtemps évolué dans des sphères de manipulation sous couvert de courtoisie et d’intérêt. J’ai appris à reconnaître la rétention d’information quand je la voyais. Alors j’aimerais assez comprendre ce qui vous pousse à m’engager aussi rapidement, sans même vous être présenter… ? »


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Ren

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le Mer 14 Mar - 22:29
Tous les chemins du savoir mènent à la Bibliothèque d'Akasha

Il ne s’était pas trompé. Ren observa son interlocutrice qui, à son tour, s’était levée et était venue observer le paysage au-dehors, les rues animées et les couleurs chatoyantes qui faisaient de la Capitale l’une des plus belles cités de Seele. Indifférent à ce spectacle, Ren se détourna et préféra observer la jeune femme, bien plus intéressante que quelques arbres et badauds. Elle semblait agitée à nouveau, mais pas de la même agitation qui l’avait saisie lorsqu’elle avait mentionné son parcours et ses convictions. Il se doutait que des questions viendraient et il ne fut pas déçu. Au fond de lui, il avait espéré que la jeune femme se révèlerait à la hauteur de sa première impression car il savait que sa déception aurait été grande dans le cas contraire. Il ne bougea pas, se contentant de la suivre du regard tandis qu’elle arpentait le bureau, frôlant les divers objets avec une révérence qu’il salua intérieurement. Sa passion n’était pas factice mais bien réelle, tout dans sa gestuelle et son ton le prouvait.

Mais la partie était loin d’être terminée. Loin de considérer cela comme un jeu, le Souverain était on ne peut plus sérieux et la jeune femme avait encore beaucoup d’épreuves à passer. Elle avait réussi la première avec les honneurs et il espérait que là où ses prédécesseurs avaient lamentablement échoué, elle réussirait. Et les questions arrivèrent. Il l’écouta avec attention, ne la quittant pas du regard, croisant le sien lorsqu’elle se retournait vers lui. Il ne souriait plus, laissant de côté cette fausse impression de bienveillance qu’il avait voulu créer et pour laquelle elle n’avait pas été dupe. Et ainsi, elle passa la deuxième épreuve. L’intelligence et la perspicacité de la jeune femme lui faisaient honneur. Il attendit qu’elle ait fini de parler avant de prendre à son tour la parole, le timbre de sa voix ayant relativement changé. Là où auparavant on pouvait discerner un soupçon de douceur, il n’y avait plus qu’un ton calme, dénué de la moindre émotion.

« En effet, il faudrait être particulièrement irréfléchi pour offrir un tel poste après seulement quelques paroles certes justes mais guère révélatrices. Mais voyez-vous, vos prédécesseurs n’ont jamais eu l’idée de remettre mon offre en question. Ils se sont contentés de la facilité, choisissant d’ignorer l’étrangeté de la situation par peur ou par paresse. Leur bagage n’était déjà pas aussi intéressant que le votre, alors imaginez lorsqu’ils se mirent à sauter de joie dans cette pièce, pensant qu’un miracle s’était produit. Or, il n’y a pas de miracles dans ce monde. Seulement ceux qui savent faire preuve de discernement et ceux qui ne le peuvent. Ceux qui en sont incapables n’ont jamais passé plus de cinq minutes dans cette pièce car il était hors de question que je perde mon temps avec des ignorants. »

Il se redressa et s’approcha d’Àliya, s’adossant à une des bibliothèques, la scrutant, un vif intérêt dans le regard.

« Vous en revanche, votre première réaction fut juste. Et loin de vous en tenir là, lorsque je vous ai donné la chance de me montrer si vous alliez également choisir la facilité ou au contraire me montrer que ce poste vous intéresse réellement, vous avez choisi la deuxième solution. Vos questions, aussi pertinentes soient-elles n’étaient rien en comparaison de cette lueur dans votre regard. Comme vous le dites si bien, vous n’êtes pas dupe. Mon intention première à votre égard était donc de juger si oui ou non vous alliez rester plus de cinq minutes dans le bureau de mon père ou si j’allais vous renvoyer à Vaata. Peut-être trouvez-vous cela déplacé, présomptueux, arrogant ou tout simplement insultant. Mais j’en viens maintenant à la prochaine étape… »

Il s’interrompit un court instant, regardant autour de lui, effleurant du regard tous ces trésors qui appartenaient à un temps révolu. Une autre époque à laquelle il avait mis brutalement fin en venant au monde.

« Vous excuserez mon impolitesse, je l’espère, d’avoir omis de me présenter. Encore une fois, vos prédécesseurs n’ont pas jugé utile de savoir si je travaillais réellement ici ou tout simplement comment je me nommais. Tout ce qui leur importait était ce poste prestigieux. C’était bien entendu un oubli volontaire de ma part car je doutais que vous donner mon nom aux premiers instants de notre entrevue aurait eu le même effet sur vous qu’en choisissant de rester dans l’anonymat. Mais peut-être me suis-je trompé et en ce cas j’en suis heureux. » Il marqua un temps d’arrêt, comme s’il réfléchissait, avant de reprendre, dans un murmure. « On me connait sous bien des noms… Meurtrier… Usurpateur… Enfant du Vide… Beaucoup d’appellations engendrées par diverses croyances. Mon nom véritable est Ren mais je suppose que pour vous, il vous sera plus aisé de m’appeler Sire… ? »

Une question en suspend, une note amère dans la voix. Son identité révélée et l’attente. Deux esprits sur le même pied d’égalité, séparés par des classes sociales imposées dans un lieu de neutralité. Un espoir auquel s’accrocher après une phrase entendue. Croyait-elle réellement en ce qu’elle disait ? Le Vide. Peur causée par l’ignorance. Etait-ce sincère ? A présent était le moment de lever le voile et d’en avoir le cœur net.
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Àliya

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le Jeu 15 Mar - 9:41
Je m’étais préparé à énormément de chose en venant à cet entretien. Des questions théoriques sur quelques réflexions philosophiques, une estimation de mes connaissances sur divers sujet, une rapide évaluation de mes capacités à organiser et gérer. Somme toute, des attentes assez ciblés et évidente auxquelles il était possible de s’attendre durant un entretien. A tout, sauf à ça. Force est d’admettre que la franchise de mon interlocuteur me désarçonna. Mon corps tressailli d’un frisson glacé. Si avoir raison était toujours galvanisant, se savoir manipuler en revanche, était toujours peu agréable. Je plissais les yeux, ne pouvant m’empêcher de contenir le sourire un peu froid qui se dessinait sur mes lèvres. Un sourire un peu amers et agacé, mais un sourire quand même. Je croisais à nouveau les bras, fronçant les sourcils au fur et à mesure que les informations prenaient place dans mon esprit. Il me fallait les mettre en corrélations les unes avec les autres plus rapidement que jamais. Comprendre. Réaliser.

J’étais intriguée. Sincèrement. J’avais en face de moi, le dernier homme politique à avoir marqué l’histoire. Vivant qui plus est. Et qui se  trouve avoir été un de mes camarades de classe durant mes études. La plus part des intellectuels et hommes politiques que j’avais étudié étaient tous morts, pour la première fois j’avais un sujet d’étude vivant sous les yeux. Comment ne pas être intéressé ?  Et puis, je ne pouvais oublier la lettre d’Helge. Son souhait. Son dernier souhait. Comment avait il pu savoir, supposer… ? Je lui devais de résoudre cette énigme. Et j’avais un fragment de réponse juste devant moi.


« - Vous avez fais vos études dans l’anonymat alors. Etudiant, fils d’archiviste, cela tiendrait presque de l’évidence social que vous soyez mon supérieur hiérarchique. De toute évidence, vous l’êtes, d’une manière plus…absolue, si je puis dire. »

Je comprenais un peu mieux ce visage froid, dépourvu des expressions les plus exemplaires. Cette distance qu’il laissait volontairement planer autour de lui. Je ne pouvais avoir manqué toute l’agitation qu’il avait causé autour de lui, c’était en partie pour ça que j’étais revenue plus rapidement de mon voyage. Un rire soufflé sorti de ma poitrine, tandis que je le regardais avec une certaine lassitude.

« - J’aurais pu me sentir blessée, je suis surtout un peu déçue. J’ai quitté ma terre et les frasques inhérentes de mon rang pour vivre…autre chose. A croire qu’il existe une certaine forme de destiné, que nous ne pouvons échapper à ce que nous sommes foncièrement. Et nous nous devons d’honorer ce que la vie ou plus encore, attend de nous. Rien n’arrive par accident. Tout ce qui existe et tout ce qui existera, n’est que la sommes de tous les choix passés. Nous ne pouvons réellement agir sur le présent ou l’immédiat. Nos choix impacterons l’avenir. »

Avais-je réellement un avis sur ce qu’il s’était passé ici ? Pas vraiment. Cela faisait longtemps que je ne croyais plus en la politique, tant elle me semblait creuse, dépourvue du moindre sens. A quoi bon ? A quoi bon vouloir vivre dans l’illusion de pouvoir changer le monde, alors que pour la plus part, nous sommes incapable d’impacter notre quotidien ou notre entourage. J’inspirais profondément, fermant les yeux pour plonger en moi. Quand je les rouvris, un voile de tristesse habitait mon regard couleur ébène.

« - Je suis fatiguée du jeu des intrigues. Je suis lasse d’être déçue par le manque de profondeur de certains. Leur manque…De sincérité  et de personnalité. Je ne crois pas que ma vie fut destinée à ce genre de banalités obséquieuses et ennuyeuses. Aussi vais-je faire preuve d’honnêteté.  J’ai accouru à bride abattue en Akasha quand j’ai entendus parler du soulèvement. J’ai crains pour la vie de mes parents. Quand j’ai constaté qu’ils allaient bien…Honnêtement, le reste n’avait aucune importance. Peu m’importait qui pouvait bien être sur le trône, les situations sont faites pour changer, évoluer. La violence est inhérente au genre humain. Nous l’avons oublié. Nous nous sommes…Aseptiser, d’une certaine manière. Nous avons perdu notre substance. Notre profondeur. »

Je me redressais de l’accoudoir du fauteuil contre lequel je m’étais installé, déambulant à nouveau dans la pièce, le regard perdu dans le vague, cherchant d’avantage en moi qu’en l’extérieur, une réponse. Il n’y en avait guère. Tout était plus complexe, plus intrinsèquement lié que ce que le commun des mortels voulait bien dire. Je m’arrêtai alors, le dos tourné à Ren, inspirant lentement un air chargé de poussière, de parfum de cuir et de vieux parchemins. Avec une extrême lenteur et grâce, je me retournais, le toisant d’un regard fier et plongea dans une révérence sobre et élégante.  

« - Peu m’importe vos exactions. Je n’avais pas particulièrement de lien avec votre prédécesseur et je ne vous connais pas. Aussi je ne vais pas porter de jugement ou vous prêter des intentions que vous n’avez peut être pas. En l’état, vous êtes mon employeur, ce que vous faites de votre temps libre et de votre vie privé, ne me regarde pas. Tant que j’estime votre intelligence, c’est pour l’heure, tout ce dont j’ai besoin…Je ne pus m’empêcher de sourire, qui vint illuminer mon visage, faisant briller mes yeux de malice. Et dans l’immédiat, je sais que vous êtes capables de manipulation et de mise en scène pour juger quelqu’un. De fait, je crois pouvoir dire que vous aimez vous compliquer la vie, Sire. »

Je me redressais, ce port altier qui laissait toujours paraître mon rang et mon éducation. J’étais attachée aux traditions, aux respects des mœurs et des civilités en tout genre. Mais je n’étais pas préparer à devoir appeler mon employeur Sire. Mes mains s’étaient refroidies, mon cœur avait fini de propulser mon sang partout dans mon corps. Le calme était revenu en moi. Aussi regardais-je Ren avec un mélange de tristesse et d’admiration dans le regard. Nous étions tous deux très loin de ce que l’on avait pu attendre de nous, mais le destin offre des perspectives parfois curieuses.

« - Alors dites moi, pourquoi quelqu’un avec des occupations comme les vôtres, fait passer lui-même des entretiens ? Si je peux comprendre que souhaitiez protéger la charge affective que cet endroit à pour vous, je ne crois pas que cela soit la seule raison. Vous auriez pu déléguer à quelqu’un de confiance. Même si j’imagine qu’en l’état, vous ne devez pas en avoir énormément. »


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Ren

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le Ven 16 Mar - 17:39
Tous les chemins du savoir mènent à la Bibliothèque d'Akasha

Un sourire vint à nouveau étirer les lèvres du Souverain devant cette fière jeune femme qui lui faisait face. Elle lui plaisait de plus en plus. Loin de se recroqueviller sur place comme le ferait une bonne partie de la population, elle venait de le regarder droit dans les yeux avant de s’incliner, de cette manière si spéciale qui caractérisait le peuple de Vaata. Il songea avec amusement que Vilya aurait été fière d’avoir une telle représentante de son peuple sur les terres d’Akasha. Oh la Souveraine connaissait déjà très certainement la jeune femme, qui ne semblait pas venir de n’importe quelle famille, mais ces derniers temps, il était rare qu’on choisisse de venir s’établir sur les terres d’Akasha, à cause de son passé douloureux et de son présent houleux. Mais tout pouvait encore changer. Et Àliya semblait être une candidate idéale pour prendre part à ce changement. Volontairement ou non. Il n’était pas certain que son apparente indifférence envers sa Contrée d’accueil et sa politique demeure si elle choisissait de s’établir ici, au cœur des conflits qui alimentaient la vie quotidienne des plus riches et des plus démunis. Mais il était à peu près certain en revanche qu’elle se consacrerait entièrement à son travail et réussirait à remplir ses fonctions sans que les conflits ne viennent perturber la Bibliothèque.

Satisfait, Ren se rassit dans le fauteuil de son père. Comment réagir face à ce déferlement d’émotions différentes ? Un moment fière et royale, celui d’après, taquine et espiègle et voilà maintenant qu’elle lui offrait un savant mélange de tristesse et de révérence. La jeune femme était son opposé parfait et il y voyait là une qualité inestimable. Mais rien n’était encore joué. La balance pouvait pencher en sa défaveur en une fraction de seconde. S’il n’était pas satisfait, elle repartirait. La seule chose dont il était véritablement certain était qu’elle repartirait sans que sa tête ne soit séparée de son corps.

« Me compliquer la vie… oui en effet » murmura-t-il, songeur, pensant aux précédentes paroles qu’elle avait prononcées à son encontre. « Ou alors il ne s’agit là que d’une habitude tenace. J’ai toujours du dissimuler mon identité, depuis le jour de ma naissance. J’ai transformé cela en jeu pour en oublier la terreur et l’horreur que m’apportait mon identité au quotidien. J’ai appris à juger avant d’être jugé et cela de bien des manières. En général, je suis rarement bon perdant. »

Il haussa les épaules comme pour se débarrasser de cette encombrante réflexion qui ne lui apportait rien et pour montrer que l’affaire était close. Il y avait beaucoup plus intéressant à discuter en l’instant. Epoussetant le bureau devant lui, il se pencha en avant, posant ses coudes sur l’acajou, mains croisées sous son menton.

« Les gens de confiance sont une denrée si rare en ce monde… surtout pour moi. La moitié du Royaume souhaite ma mort et l’autre moitié attend de voir si je peux lui apporter quoique ce soit que mon prédécesseur ne pouvait pas. En d’autres termes, ils souhaitent ma mort également, mais de façon plus lente. Plus douloureuse. J’ai donc décidé de prendre les devants. Votre prédécesseur le plus récent a perdu sa tête pour avoir tenté de m’évincer. Des conseillers qui me sont… proches… sont en ce moment-même dans les cachots pour avoir tenté de me contrôler. Je n’obéis à aucun ordre, aucune autre loi que celle que j’ai moi-même édicté. Et par ce fait, mes ennemis sont plus nombreux de jour en jour. Car le Chaos que j’amène dans mon sillage les terrifie. Tous sont fermés d’esprit, ne voient que signes de destructions quand bien même j’essaye de reconstruire. Après un an à jouer aux jeux politiques instaurés par les puissants de ce monde, je suis las de devoir me plier à cette hypocrisie qui maintient l’ordre. Seren était craint et haït mais ce qu’il représentait était bien trop important aux yeux de tous pour tenter quoique ce soit. Mais avec moi… et bien disons que je leur offre le plus parfait des présents ; un présage de destruction et de néant, une abomination éradiquée depuis des temps immémoriaux. Une opportunité pour enfin laisser parler leur peur et leur lâcheté. »

Son ton était désinvolte, son visage, inexpressif. Rien de tout cela ne le touchait, il ne s’agissait que d’une suite de faits qu’il avait depuis longtemps exposés. Il se savait intouchable mais il se savait aussi mortel. Si ses défenses étaient parfaitement bâties et solides, le temps ne les épargnerait pas et il lui fallait s’entourer de personnes en qui, à défaut d’avoir toute confiance, il pourrait cependant placer une certaine estime.

« Comme vous Àliya, je suis las de cette superficialité et de ce manque de profondeur comme vous le dites si bien. Si j’ai choisi de vous faire passer cet entretien, tout comme je l’ai fais pour les candidats avant vous, c’est avant tout pour assurer la prospérité de cet endroit qui m’est cher mais également pour m’assurer que les personnes qui évoluent dans ce cercle restreint qui m’entoure ne tentent pas de me poignarder dans le dos. Non pas par valeur, par morale ou par principes. Mais parce qu’elles sont suffisamment intelligentes pour savoir que ce serait la plus grossière des erreurs. J’ai des projets pour cette Contrée. J’ai fais une promesse que je compte tenir. Mais je ne peux y arriver seul. Rendre à Akasha sa splendeur que les Astres ont ternie me demande un temps et une énergie que seul je ne peux fournir. Et tout commence ici, au cœur de cette Bibliothèque, là où tout a commencé pour mon père lorsqu’il apprit l’identité de son premier né. »

Son regard s’était peu à peu animé d’une fureur flamboyante, d’une force magnétique qui l’avait animé alors qu’il s’emparait de la Gemme d’Obsidienne et transperçait le cœur de Seren. Il avait fait une promesse à Isil alors que celui-ci mourrait lentement dans ses bras un an auparavant. Et son souvenir était aussi vivace qu’alors. Et maintenant que la purge était passée dans la Contrée, à présent qu’il avait semé le chaos et laissé le vide s’installer, il pouvait penser à bâtir et construire ce qui jadis représentait la splendeur et la beauté, la force et l’équilibre. Le Cinquième Elément.

« Et je pense Àliya que vous faites parti des ces quelques personnes dont l’intelligence n’a d’égal que la perspicacité. De plus, je connais votre passé académique, je n’ai donc aucunement besoin de vous tester afin de savoir si vous aurez les compétences pour vous occuper de cet endroit. La Bibliothèque n’a point besoin de théorie rébarbative, elle a besoin de passion et de dévotion. Je ne pense pas me tromper en pensant que ce sont là deux qualités présentes chez vous car j’ai certains souvenirs particulièrement vivaces de vos interventions en cours dont je me délectais sans cesse. Le choix vous appartient. Vous avez dis que le Vide n’était qu’un concept, que la peur qu’il engendrait n’était causée que par une ignorance générale. La Bibliothèque ne souffrira pas de cette ignorance. Les écrits interdits concernant le Vide seront exposés, les Astres seront relégués au rang de simples souvenirs et l’hypocrisie sera enfin balayée. Aidez-moi à faire face à cette ignorance et à y remédier. »
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Àliya

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le Sam 17 Mar - 10:01
La tournure de cet échange avait pris un virage que je n’aurais pu prévoir en aucun cas. C’était au-delà du simple entendement, mais pourtant…Pourtant je savais que j’avais ma place à cet endroit. Au fond de moi, j’étais convaincue que je ne devais être qu’ailleurs qu’en cet endroit. J’écoutais patiemment le discours de Ren, ses paroles faisaient échos en moi. Elles retentissaient en éclats cristallins et puissants, d’un fragment cellulaire à un autre. Elles s’imprégnaient dans ma chair, dans mon esprit. S’emparaient de mon être. Pour la première fois depuis ma rencontre avec Helge jusqu’à sa mort, je rentrais en résonnance avec quelqu’un. C’était une compréhension intuitive, sincère. Qui frôlait le cosmique. Comme si…je n’avais pas le choix. L’évidence de cette relation s’imposait à moi et j’avais beau l’intellectualiser en la retournant dans tous les sens, sa profondeur m’échappaient. A chaque fois que je m’apprêtais à en saisir le sens….les sensations se dispersaient en fragment éthérés.

Il régnait dans la pièce, une atmosphère pesante. Non, plutôt…présente. Comme une vieille amie. Comme une présence qui viendrait veiller sur vous. Imperceptible et puissante. L’électricité statique qui s’était déployé de nos êtres, créait des liens énergétiques, en nous mais entre nous. Je pouvais le sentir. Cette alchimie à la fois physique et spirituel. Je me  sentais attiré….non pas par lui, mais par la destinée qu’il représentait. Ma destinée, étroitement lié à la sienne, cela m’apparaissait comme de plus en plus évident. Je passais une main dans mes cheveux, détachants la masse ondulante qui tomba lourdement dans mon dos. Après tout, les présentations étaient faites. Je pouvais être un peu plus naturelle. J’allais au-devant d’un certain nombre de problème, c’était évident, autant…Ne pas perdre de temps.


« - Et suffisamment intelligentes pour ourdir quelques plans contre vous également…Cet endroit est un joyau de savoir et de culture. Il faut être prudent dans ce que l’on souhaite transmettre. Si l’éducation et le savoir jouent un rôle crucial et fondateur dans une société démocratique et juste…Ils n’en restent pas moins des armes. Et tout le monde n’est pas apte à les manier avec autant de souplesse et de sagesse que nous le voudrions. Je n’envie pas la place qui est la vôtre, quoi qu’il semble de plus en plus établit que je n’en serais jamais très loin. »

Je fronçais les sourcils. Mon corps était parcouru de petits frissons, qui courraient sur mon corps, jusqu’à la racine de mes cheveux. Mes yeux captèrent un objet peu commun, aussi décidais je de m’en approcher. Il s’agissait d’une orbe, avec à l’intérieur un mécanisme de voûte céleste. Je laissais glisser mes mains sur la paroi en verre transparente, dont l’intérieur semblait être un gaz, une fumée d’un bleu intense.

« - La plus part des gens oublient que lorsqu’ils lèvent les yeux au ciel pour contempler le firmament, ils contemplent le vide, le néant d’où nous sommes venus. Qu’il existe des formes de chaos plus subtiles. S’il est, en premier lieu, un état larvaire, dans lequel rien ne peut se passer, il est devenu, depuis la Création du monde, quelque chose plus complexe. D’un état passif, nous sommes passés à une volonté de construction. Créative. Et dans nos quotidiens, nous cherchons à reproduire cette cosmogonie. Pour nous rapprocher des temps immémoriaux. Nous sommes, à proprement parler, composer de vide. Et pourtant, nous pouvons nous parler, nous toucher. Avoir des interactions. Créer.  C’est un des nombreux paradoxe du genre humain. Ces incroyables capacités cognitives, ces possibilités presque infinies de création…..provenant toutes d’un rien dissolu, sans contours, d’une profondeur insondable. »

Mes yeux se perdaient dans le vague de la sphère. J’étais face à un de plus grand paradoxe personnel. J’étais venue ici dans l’espoir d’accéder à un poste me permettant un accès à un savoir presque illimité, à la possibilité d’apprendre et de faire évoluer ce dit savoir. Maintenant, il y avait une dimension de transmission à laquelle je n’avais jamais songé. J’avais toujours été partagé entre la nécessité de la culture et l’incapacité notoire du genre humain à accepter de s’instruire. Je représentais, d’une certaine manière, la face pessimiste du plan du souverain d’Akasha. Inspirant profondément, je délaissais l’objet de mon attention pour revenir vers Ren.

« - Ce que vous avez offert aux gens, c’est la possibilité de réfléchir par eux même. La nécessité de plonger en eux même pour s’introspecter dans l’espoir de découvrir ce qu’ils veulent réellement. De leur permettre l’accès à la culture pour qu’ils y arrivent. Mais ne vous méprenez pas. L’essentiel de votre peuple n’attend qu’un chemin à suivre, tout tracé, dans lequel ils peuvent se fondre et se confondre. Ce que vous leur avez offert, c’est la possibilité de ne plus voir par le petit bout de la lorgnette, mais bel et bien d’ouvrir la porte sur le chaos de leur existence. Et les gens ne veulent pas de ça. Du moins, je ne crois pas. Mais….Pourquoi pas ? Je n’ai jamais souhaité qu’une chose dans ce genre de triste constat : que l’on prouve à quel point j’ai tort. »


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Ren

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le Ven 23 Mar - 18:51
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Un sourire vint lentement se figer sur les lèvres du Souverain. Un sourire dénué de la moindre émotion, froid, calculateur. Un sourire de satisfaction tempérée. Le sourire de celui qui sait que l’on ne peut rien lui refuser et qu’il gagnera la partie quoiqu’il advienne. Immobile, assis dans le fauteuil, un doigt tapotant l’accoudoir, Ren affichait en cet instant une attitude nonchalante, presque désintéressée.

« Àliya, si vous devez travailler pour moi, vous devez savoir une chose à mon propos. Je n’ai que faire de ce que les gens attendent ou veulent de moi. »

Les mots étaient sortis, aussi froids que son regard, alors qu’il reportait son attention sur la jeune femme qui s’était intéressée de près à la sphère qui reposait sur l’une des nombreuses étagères. Un objet perdu parmi tant d’autres, dont il aurait aimé connaître l’histoire et l’utilité et savoir pourquoi il était arrivé jusqu’ici, dans ce bureau. Mais il ne le saurait jamais. Un instant, son regard vint glisser le long des boucles blondes de la jeune femme, qui d’un simple geste de sa main, étaient retombées en une cascade scintillante sur ses épaules. La simplicité du geste l’avait étonné. Un instant si sérieuse, si ordonnée et la seconde d’après, libre et affirmée. Ses paroles, sages et avisées, renfermaient une sentence silencieuse envers le genre humain et leur incapacité à accepter le changement qui, il fallait bien l’avouer, lui avait apportées une certaine satisfaction.

« Ne vous méprenez pas à mon sujet. Je suis tel que les rumeurs me décrivent. J’ai fais toutes les choses dont on m’accuse et je peux affirmer sans l’ombre d’un remord que je recommencerais. Voyez-vous pendant trente ans j’ai du me plier au bon vouloir des grands de ce monde, j’ai du cacher, mentir, nier. J’ai fais ce que l’on attendait de moi, j’ai obéi au bon vouloir des adultes qui m’entouraient. J’ai appris à observer et ce que j’ai vu m’a profondément déplu. Je n’ai que faire de ce que le peuple attend de leur Souverain. Je n’ai que faire de leur étroitesse d’esprit. Croyez-vous que j’ai exécuté Seren pour sauver Akasha ? Je l’ai tué par colère. Je l’ai tué pour mettre fin à ce profond sentiment d’injustice que je ressentais vis-à-vis de ma propre existence. J’aurais pu m’arrêter là et repartir, renier cet héritage qui me revenait de droit. Mais j’ai fais une promesse. Une promesse à une personne que j’estimais par-dessus tout. Une promesse à l’homme qui m’a donné la vie. »

Un instant, il ferma les yeux, renversant la tête sur le dossier, les traits soudainement las, comme si cette couronne invisible qui ornait à présent son front était bien trop lourde à porter. L’était-elle ? Possible… Sans Isil, Ren aurait été exécuté dès ses premiers jours, tout comme les autres enfants porteurs de la marque du Vide avant lui. Sans Isil, il n’aurait jamais eu accès à la connaissance. Et sans lui, il n’aurait jamais pu porter le coup fatal au despote qui s’autoproclamait Dieu. Il avait une dette éternelle envers le défunt Gardien et la promesse qu’il lui avait fait alors que le sang d’Isil souillait ses mains résonnait chaque jour dans son esprit.

« Ce que j’attends de vous… » reprit-il en rouvrant les yeux, se redressant légèrement « c’est une fidélité sans faille. L’assurance que vous ne tenterez en aucun cas de nuire à cet endroit. Que m’importe si les gens refusent de contempler leur ignorance et d’y remédier. Comme je l’ai déjà dis, la Bibliothèque, elle, ne souffrira pas de cette ignorance. Et je forcerai le Royaume tout entier à contempler sa propre lâcheté, que cela lui plaise ou non. Akasha était souillée par la corruption mais Seele est souillé encore plus profondément. Si les gens refusent de regarder la vérité en face, je les y forcerais. Aussi simplement que cela. »

Ren se tut. Le silence plana dans la pièce pendant quelques instants. Puis, il se redressa complètement, se leva, abandonnant le fauteuil de son père et se dirigea vers la porte. La maintenant ouverte, il se tourna à nouveau vers Àliya, le regard scrutateur, attendant sa réaction.

« J’ai le pouvoir de plier les gens à ma volonté, nous le savons tous les deux. Mais je vous fais la promesse solennelle que si vous décidez de rejeter mon offre, vous serez libre de repartir d’ici comme vous êtes arrivée et vous n’entendrez plus jamais parler ni de moi ni d’Akasha. Je suis un homme de parole. Ma présence dans cette Cité en est une preuve suffisante. »
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Àliya

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le Mar 27 Mar - 20:42

Je pouvais sentir sur ma poitrine, un poids se déposer, tranquillement, mais avec assurance. Je pouvais sentir que chacune de mes inspirations se faisaient plus lourdes, appesanties par le poids du choix qui s’imposait à moi. Et plus j’écoutais Ren parler, plus je prenais conscience de la gravité de la tâche qui m'incomberait si jamais j’acceptai. J’eus fais, tout au long de ma vie, des choix qui m’avaient coûté, certains plus que d’autres, mais je crois pouvoir affirmer aujourd’hui, que jamais je ne m’étais retrouvé face à une situation de cette ampleur. Inconsciemment, je portais ma main à ma gorge pour jouer avec le pendentif qui s’y trouvait, une pierre d’un bleue stellaire, tantôt plus marine que ciel, marbré de sous teintes vertes et brune. Helge me l’avait offert durant mes études en Aap, en me disant que c’était un symbole de savoir et de protection. Bleu comme l’eau reflétant le ciel. Ce bleu si changeant, mais de partout visible. Cette immensité dans laquelle se noyer, à l’instar du savoir.

Je détournais à nouveau le visage pour contempler l’extérieur, la vie qui s’écoulait paisiblement. Il était difficile de croire qu’il y avait eu un tel bain de sang et pourtant, les habitants d’Akasha en portaient des stigmates invisibles, mais persistants. Mon cœur était partagé, et je me demandais quels conseils avisés Helge aurait pu m’apporter. Puis ces derniers mots, écris à l’encre d’un condamné à mort, s’imposèrent à moi. Les larmes montèrent fugacement à mes yeux, les faisant miroiter comme un miroir d’obsidienne. Comme l’étendue scintillante d’un ciel au sommet des cimes. Comme le reflet persistant d’un abyme d’où perdureraient, quelques éclats de vie luminescents. C’est ce visage, plus dur, plus froid et pourtant qui irradiait d’une étrange aura, qui se tourna vers Ren.


« - Pour quelqu’un qui fait peu cas de ce que son peuple attend de lui, il est curieux de le voir alors, nécessiteux de quelques attentes. J’ai conscience de qui vous êtes. De ce que vous êtes. Et ce à quoi l’on vous associe. Mais peut être devriez-vous vous demander : A quel moment votre exigence à notre égard ne nécessite plus d’exigence envers vous-même ? »


Je le contemplais. Les contours de son visage, sa chevelure aussi sombre qu’un bois hivernal, les ridules autour de ses yeux et de sa bouche. Ce visage marqué, non pas par quelques expressions qui pouvaient le trahir, mais par toute une vie de soumission, d’apprentissage, à ourdir colère et vengeance. C’était un homme brisé par Seren qui se tenait en face de moi, mais non pas comme un amas de morceaux disjoints, mais comme une pièce soumis au Kintsugi. Plus belle et plus vivante, rendue plus solide par les marbrures d’or que la vie lui avait imposé. Et j’avais du respect et de la considération pour cet art. Doucement, je m’approchais de lui, réduisant la distance qui nous séparait à l’unique bureau. Je posais mes mains sur la table, soutenant son regard avec toute la tranquillité que je pouvais prodiguer.


« -  Ne vous méprenez pas non plus, le peuple d’Akasha aura forcément des attentes. Et même si je ne doute en aucun cas de votre capacité à faire ployer, n’oubliez pas que le chêne se brise alors que le roseau lui, se plie. Le peuple est un ensemble rigide, malléable certes, mais solide et puissant. »


Il est possible, qu’à cet instant précis, j’aurai surement du avoir peur. N’importe quelle autre personne normalement constituée aurait du abdiquer face à l’adrénaline qui fusait dans son corps. Je pouvais sentir mon corps être parcouru d’un feu liquide et brûlant, qui battait mes tempes avec une rare puissance. Je pouvais sentir ma jugulaire pulser, ma peau être sillonnée de frissons électriques. Dépasser ses limites, physiques ou intellectuelles, ou du moins, les mettre à profits durant quelques rares évènements de ce type, méritaient bien que je me batte.


« - Mais il est possible que l’histoire se souvienne de vous, non pas comme un souverain, mais comme l’élément déclencheur d’une nouvel ère. L’instigateur d’un ordre nouveau. Le moteur d’une mise en marche qui perdurera, espérons-le, jusqu’à des temps lointains. Mais je crois qu’il n’est pas encore temps pour la spéculation ou la divination. Et encore moins à quelques échanges sur le concept de responsabilités. Quoi que vous fassiez, c’était écrit et donc nécessaire. Tous changements majeurs dans l’histoire, s’est accompagné d’actes violents et sanglants, vous n’échappez pas à la règle. Le glaive dans un fourreau de savoir. Je sais que je ne vivrais pas pour voir les temps de paix, où règnera la connaissance dans une parfaite harmonie. Je ne crois même pas que cela soit possible pour être honnête, mais ce n’est jamais une raison pour ne pas essayer. En cet instant…Je ne vais pas choisir un simple travail. C’est aussi face à mon destin que je me trouve. J’ai voulu fuir mes responsabilités, et je réalise à présent que je n’ai pas acquis tout ce savoir…pour le simple fait de le posséder. Faire de moi quelqu’un de meilleur, c’était, et cela demeure toujours, comme un chemin de vie. Mais cela s’accompagne également de coupe drastiques et de choix difficiles. Parce que d’aucun en sont incapables et que pour beaucoup, ils nécessitent que l’on choisissent pour eux. Et peut-être mieux vaut il moi qu’un autre. »


Je fermais les yeux et me redressait. A aucun moment mon ton ne s'était élevé, je parlais avec la simplicité et la tranquillité qui était mienne. Il ne s’agissait pas tellement de convaincre ici, que d'échanger.Le poids sur ma poitrine s’était comme dissipé. J’avais accepté la fatalité qui était la mienne, et laissait derrière moi, d’autres possibilités, noyées dans pareilles ténèbres que je les aurais cru inexistantes. Comme si elles n’avaient alors, jamais existé. Une seule chose était importante : cette entrevue et les conséquences qu’elle soulevait. Je savais qu’en refermant la porte derrière moi, plus rien ne serait comme avant, et l’avenir…serait particulièrement incertain.


« - Votre rôle….Et bien, il sera celui qu’il doit être et je m’acquitterai de ma tâche avec ferveur et dévotion. Vous me demandez ma loyauté, je n’espère que la vôtre en retour. En vous-même, en vos convictions et aussi en moi. Je crois que vous et moi, sommes des êtres qui supportons mal la déception. Aussi, je crois pouvoir dire que je ferais en sorte que cela n’arrive jamais, mais que s’il advenait une situation qui demanderait plus que je ne suis en mesure d’offrir, je devrais avoir la possibilité de vous en faire part. Aussi, et si malgré la rudesse de mes propos me le permettent toujours, j’accepte cette offre, et bien au-delà des murs de la bibliothèque. »


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Ren

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le Dim 1 Avr - 17:35
Tous les chemins du savoir mènent à la Bibliothèque d'Akasha

Lorsqu’ Àliya eut fini de parler, Ren ne bougea pas, ne réagit pas. Main toujours sur la poignée de la porte ouverte, il fixait la jeune femme, son regard trahissant ce que son visage ne souhaiter dévoiler. Un feu brûlant, une lave en fusion d’un bleu éclatant, une fièvre ravivée par l’éclat sauvage de ses prunelles. Une sombre aura sembla alors s’emparer de lui, lentement, sûrement, laissant une trainée électrique parcourir sa peau. La lumière au-dehors sembla s’atténuer, le soleil, dissimulé. La clarté disparut du bureau tandis que les ombres semblaient avancer, venant s’enrouler autour des deux protagonistes dans une étreinte intime, sensuelle. Pendant un court instant en suspens où le temps s’arrêta, le sol sembla sur le point de se dérober sous leurs pieds. Le Vide les appelait, les attirait, promettant une lente et tortueuse descente dans les ténèbres du Chaos. Un appel alléchant, terriblement tentant.

Ren cligna doucement des yeux et prit une longue inspiration silencieuse, seulement trahie par sa poitrine qui se souleva doucement et s’abaissa. La lumière revint dans la pièce, la chaleur et la vie également. Le regard du Souverain s’adoucit, sa lueur se ternit. L’aura disparut, ne laissant derrière elle qu’un vague souvenir effrayant de noirceur.

« Suivez-moi. »

La requête appelait à l’ordre. Ses paroles, dénuées de la moindre intonation, ne souffraient aucun refus. Cessant enfin de fixer la jeune femme, il se détourna et sortit du bureau. Longeant à nouveau le couloir, passant devant divers bureaux et salles d’études, il fit le chemin inverse à celui emprunté lors de son arrivée. Les escaliers les attendaient et il les descendit prestement. Le regard de Mair tandis qu’il passait devant son comptoir trahissait une inquiétude qui ne fit que grandir en voyant le jeune Souverain se diriger vers le vaste Hall. Pendant un instant, elle fut tenter de retenir la jeune femme, de l’arrêter et de lui dire de rentrer chez elle, mais elle ne le fit pas. Car elle craignait en cet instant l’attitude de Ren. Il semblait vif, pressé, alerte. Or, à chacune de ses visites, Mair constatait toujours la même expression. Cette sérénité, ce calme contemplatif. Elle ne lui avait jamais rien connu d’autre en un an. Le changement en l’instant lui faisait se demander ce qui avait pu se passer dans le bureau de son père.

La fraicheur de la Bibliothèque attirait en cette saison de Liekki. De nombreux érudits, chercheurs ou simples visiteurs déambulaient en cet instant dans le vaste Hall. Les regards se détournèrent, les têtes s’inclinèrent au passage du Souverain qui continuait son chemin, se dirigeant vers l’autre extrémité du Hall. D’ici, on pouvait admirer toute la superbe de la bâtisse, la délicatesse des sculptures et la splendeur de la marbrure. Il s’agissait sans l’ombre d’un doute de la plus belle construction jamais érigée sur les terres d’Akasha. Mais Ren ne tenait pas lieu de guide en cet instant. Il ne laissa pas le temps à Àliya d’admirer, de demander ou d’observer. Tout au bout du Hall, au fond d’un couloir dérobé, presque dissimulé aux yeux de tous, il y avait une porte. Et derrière cette porte, un escalier. C’était là que Ren emmenait la jeune femme sous les regards curieux des badauds. Jamais personne ne s’était aventuré derrière cette porte. Jamais personne n’avait su ce qu’il se trouvait au bas de ces escaliers. Car son accès était interdit. Puni et passable de mise à mort. Car les Astres n’avaient jamais voulu que leurs méfaits soient connus du Royaume tout entier. L’ignorance… une sentence juste et confortable.

L’escalier descendait sous terre, tournant et retournant, des torches éclairant faiblement, leur lueur créant des ombres menaçantes sur les murs aux pierres glacées. Pas un bruit, pas une âme. Le silence n’était trahi que par les bruits de pas tandis qu’ils continuaient de descendre. Puis, il s’arrêta. L’escalier touchait à sa fin, dévoilant une nouvelle porte en bois sombre. Elle s’effaça dans un bruit grinçant, lentement, dévoilant les ténèbres les plus denses. Puis, Ren s’avança. Et la lumière se fit. Les torches aux murs s’allumèrent une à une. Le feu flambait dans les réceptacles, révélant alors la largeur de la pièce et son contenu. Des étagères, couvertes de livres et de parchemins, tous ternis par la poussière. Certains tombaient en lambeau, d’autres semblaient sur le point de disparaitre. Ainsi se dévoilait à Àliya la réserve interdite de la Bibliothèque d’Akasha. Sous leurs yeux se tenaient les ouvrages interdits, qui auraient pu valoir à la jeune femme sa vie pour le simple fait d’avoir posé les yeux sur eux.

Ren avança parmi les étagères, sa chevelure et ses vêtements se fondant parmi les ombres. Silencieux, il disparut bientôt, se soustrayant à la lumière, seule sa voix révélant sa présence.

« Bienvenue Àliya dans l’endroit le plus dangereux de tout Seele… » Sa voix n’était qu’un murmure mais le silence ambiant la portait entre les allées, la faisait ricocher et résonner contre les parois humides. « Votre simple présence ici pourrait vous coûter la vie car devant vous se tiennent les écrits interdits les plus dangereux de notre temps. Ici, vous ne trouverez aucun mensonge, aucune hypocrisie. Aucune science, aucune littérature. Seulement les faits. Les faits véritables. Ici, il n’y a que la vérité. »

Il passait sa main sur les étagères, caressant du bout des doigts les reliures abimées, les parchemins désintégrés. La réserve n’avait jamais été ouverte à nul autre qu’au Souverain des Astres et à son Gardien. Car ce qu’elle renfermait aurait pu changer le Royaume tout entier. L’anéantir.

« Les monstruosités commises par les grands de ce monde avant nous. Les registres entiers de toutes les familles tuées pour avoir abrité un enfant marqué. L’horreur commise par les Astres afin de maintenir l’équilibre. Oui… tout ce savoir existe bel et bien et a été recensé au fil des siècles. Par perversité. Par complaisance. Pour masquer la culpabilité et la transformer en charité. Tous mes ancêtres. Tous ces nouveaux nés qui portaient la marque du Vide avant moi. Tous ces enfants assassinés à même le berceau. Tout est là. A votre portée. »

Il délaissa les ouvrages et revint au centre de la pièce, à la lumière. A la main, il tenait un parchemin. L’œuvre écrite par Isil, le journal qu’il avait tenu à la naissance de Ren et qui s’arrêtait quelques jours seulement avant sa mort. Il leva la main, amenant le parchemin à la lumière.

« Voici ma contribution à cet héritage ignoble. Ma venue au monde non recensée et ce qu’elle a couté à mes parents et au peuple d’Akasha. Ma culpabilité pour avoir survécu. Tout est gravé dans le papier. Ce serait si simple de tout brûler… de tout effacer et de fermer les yeux. Tout comme il serait si simple de vous arrêter en cet instant, de vous mettre les fers et de vous enfermer dans le plus sombre des cachots pour votre franchise arrogante… » A nouveau, son regard sembla flamboyer dans l’obscurité. « Faites attention Àliya… Le fait de vous avoir emmené dans cette pièce me donne le droit de vous exécuter sur place. Une excuse pitoyable mais qui a finement fonctionné pendant plusieurs siècles. Un claquement de doigt et votre corps serait enterré, oublié et votre nom effacé. Il ne resterait rien de vous qu’un très lointain souvenir dans les mémoires, une vague impression de familiarité. Mais rien d’autre. »

Il ferma les yeux et s’assit sur le bord de la table qui semblait crouler sous le poids des livres qui s’y trouvaient. Les derniers travaux d’Isil.

« Je suppose que cela serait arrivé si Seren vivait toujours. Quoique je doute que vous ayez survécu plus de cinq minutes en sa présence avec ce franc-parler dont vous faites preuve. » Il rouvrit les yeux et pour la première fois, une lueur de malice passa dans son regard tandis que ses lèvres s’incurvèrent en un demi-sourire. Pendant un court instant, il devenait un homme comme les autres, admirant les qualités d’une femme à son goût, se complaisant dans les sentiments les plus primaires que l’être humain pouvait ressentir. « Vous me plaisez énormément Àliya. Il me tarde de voir ce qui pourrait naître de cette collaboration. Voici l’essence même du travail qu’il vous faudra fournir en premier lieu. Rendre la lumière à cette pièce plongée dans l’obscurité. Bien entendu, nous nous y attèlerons progressivement… nous ne voudrions pas que Seele s’écroule sous le poids écrasant d’une vérité trop lourde à porter… »
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Akasha
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Àliya

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le Lun 16 Avr - 11:41


Le froid semblait m’envahir avec une rare rapidité, en cette saison pourtant si chaude. Je pouvais sentir mon sang se glacer, le rythme de mon cœur se ralentir. Mon corps était à l’affut d’une situation que mon cerveau n’était pas à même d’analyser. Je n’étais plus que sensation, instinct. Je n’étais plus que cette énergie flottante, cette matière organique vivante, au travers d’une alchimie à la fois puissante et singulière, impossible à réitérer, de l’ordre de l’infiniment inconcevable. Un acte aussi pur que magique. En cet instant précis, c’était comme si le temps s’était figé, et que je pouvais, au travers de chacune des cellules qui nous composaient, nous mais également l’univers dans lequel nous évoluons, ressentir cette création comme vivante et vibrante. Et, sans que je ne bouge, je pouvais sentir mon essence se rapprocher de celle de Ren, comme si elles s’étaient mises à chuchoter de concert. A s’effleurer. A s'hérisser. Comme des pôles magnétiques, s’attirant tantôt irrémédiablement au point parfois, de se repousser violemment.

Lorsque que la lumière revint, que l’air de la pièce se radoucie, j’eu comme un vertige, je vis tout autour de moi basculer en arrière, en raie de couleurs et de lumières. Je me retins à l’accoudoir du fauteuil, papillonnant des yeux dans l’espoir de retrouver un tant soit peu de contenance. Et comme hypnotisée, je suivis Ren, le regard perdu dans le vide, mon esprit encore en train de tenter de démêler le vrai du faux, et d’accuser le coup de l’expérience que je venais de vivre. Nos pas nous guidèrent au travers de la bibliothèque, dédale de savoir et de connaissance et je ne m’offusquai pas de ne pouvoir prendre le temps de la contempler. J’étais hagard, perdu dans une réflexion qui dépassait tout ce que j’avais jamais pu engranger. Nous disparûmes de la vue de tous, passant par une porte dérobée, pour descendre dans les entrailles de la bâtisse. Le savoir sous le monde. La connaissance dissimulé dans les entrailles des Enfers. L’écho de nos pas se brisait, s’étouffait, se perdait ou raisonnait, au point d’attendre mon cortex nerveux comme une décharge électrique pour me sortir de ma torpeur. Le temps d’arriver là où les lumières jaillirent, j’avais retrouvé ma pleine mesure et ma tranquillité.

Mais c’était sans compter mon actuel souverain. Si j’avais été un esprit faible, prompt à soupçonner et à comploter, j’aurais pu croire qu’il y avait derrière toutes ses mises en scènes, une quelconque tentative d’atteinte à mon intégrité psychologique. Mais derrière toutes ces froides explications, ses menaces dissimulées, je savais qu’il continuait de me jauger. Frottant doucement la peau de mes bras nus pour me réchauffer, je penchais la tête sur le rouleau que me tendait Ren, lisant rapidement et en diagonal, les informations qui le concernaient. J’avais sous les yeux, la preuve qu’Helge avait un instinct aiguisé, ou alors qu’il tenait quelques informations de quelqu’un dont il ne m’aurai jamais parlé. J’avais beau être capable d’accepter ce que je lisais, de ne pas tomber de haut en apprenant ses informations, je ne pouvais pourtant m’empêcher de me sentir fébrile face à autant de cruauté. " Autant de mort….Mais que peuvent les hommes, face à tant de haine ? " A nouveau, je sentis la chaleur quitter mon corps, comme absorbé par la présence de Ren. C’était à la fois agréable et particulièrement énervant. J’étais le témoin involontaire du concept même de complémentarité, de fusion et, malgré moi, d’inéluctabilité. C’était quelque peu frustrant.

Quittant pour de bon, mon allure de statue de sel, figée et froide, je me mis à déambuler dans la pièce, humant le parfum de poussière, de pierre humide, de parchemin vieilli, je caressais du bout des doigts, les ouvrages à reluire de cuir, les rouleaux et leur structure de métal. Il y avait tant ici, de richesse, de savoir. De danger également. Et une terreur….Je pouvais l’anticiper, je pouvais presque la sentir irradié dans les rues et les foyers. Si moi-même, j’avais été mis à terre par l’aura de Ren, plus que décontenancé par ce que je venais d’apprendre, comment le quidam moyen allait réagir ? Et la culpabilité…. ? Je m’assis lourdement sur une chaise, sur une expiration, conservant ma tête entre mes mains quelques instants. Si lourd était le savoir. Si seule, allais je me retrouver.


«  - Je… » Je tournais la tête vers lui, posée sur les tranchants de mes mains, le regardant avec une expression presque accablée. « Je crois que mon arrogante verve vous manquerai. Et puis qui sait ? Je serais peut être venue hanter vos nuits, je suis tenace paraît-il »

Je fermais les yeux en souriant doucement. Je glissais la main sur un ouvrage posé sur la table à laquelle je m’étais assise, m’adossant nonchalamment en arrière, le laissant pendre mollement au bout de mon bras pour en faire tomber la poussière.

« - La somme de ce travail va être titanesque. Vous avez de l’avance sur moi, je présume que vous en avez lu une large partie, sinon l’intégralité. Si vous voulez que nous travaillons ensemble, je vais devoir, dans un premier temps, prendre connaissance de l’ensemble de tout ce qui se trouve ici. Ordonner, hiérarchiser et juger ceux qui seront les premiers à être accessible, et à ceux que dont nous devrons surveiller la consultation. Autant pour préserver nos concitoyens, que les ouvrages ici présent. Certains sont fragiles, il faudra peut être en recopier certains si nous voulons les laisser en libre accès. »

Constater le poids du travail qui allait m’incomber venait de restaurer quelques une de mes barrières psychologiques. Je me penchais sur la table, plongeant mon regard dans celui que avait attenté à mon équilibre psychique, tant est qu’il fut existant. Cette relation promettait, au-delà d’une profonde richesse de savoir, quelque chose qui m’échappait. J’avais en face de moi, une des rares personnes que je ne pouvais anticiper et appréhender en plein en une seule fois. C’était agréable. Et changeant.

« - Vous ne m’avez pas conduit jusque ici, après m’avoir promis la vie sauve quelque fut mon choix, pour me menacer aussi grossièrement. C’est insultant pour vous et moi. Tout de même, vous valez mieux que ça. Et moi aussi, accessoirement. Seren n’est plus, ses coutumes sont mortes avec lui. N’invoquons pas en ce lieu sacré de connaissance, un traitre fielleux au savoir et à l’intégrité. Vous avez tué celui qui vous a condamné à devenir celui que le peuple craint. Cet endroit lui permettra d’exister sous les traits de l’histoire, mais n’oublions jamais que l’histoire, est écrite par les vainqueurs. Voilà ici, son seul et unique tribut à l’avenir. Je ne l’ai pas connu et le connaîtrais jamais, ce qui m’intéresse, c’est de vous connaître. Sire. »

Un nouveau sourire s’esquissa sur mes lèvres, et je délaissais la contemplation de mon souverain, pour profiter de l’étrange sous-sol que j’avais sous les yeux. Les voutes, les colombages, les décorations, les armoiries. Un endroit emplit de mystère qu’il me tardait de découvrir.

« - Cet endroit est magnifique. »


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Ren

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le Lun 23 Avr - 18:19
Tous les chemins du savoir mènent à la Bibliothèque d'Akasha

Ren regarda la verve de la jeune femme disparaitre tandis qu’elle se laissait tomber sur une chaise, abattue, comme s’il venait de poser un poids infini sur ses épaules. Ce qui était le cas dans un sens. Il ne s’était cependant pas attendu à ce qu’elle réponde à ses menaces non dissimulées par un trait d’humour et son masque se fissura, ses yeux s’écarquillant sous la surprise avant qu’un rire bas et grave ne s’échappe d’entre ses lèvres, faisant trembler ses épaules. Il était rare de voir le Souverain du Vide rire. Très rare. Il n’y avait qu’une seule personne en ce monde qui en était véritablement capable, d’amener un peu de légèreté dans son cœur cloitré derrière des murs d’acier. Il semblerait qu’à présent il y en ait deux, bien que l’humour ne soit pas de la même catégorie.

Il hocha doucement la tête en regardant autour de lui en entendant Àliya évoquer la charge de travail qui l’attendait. Oui, il s’agissait là d’une tâche dense, difficile sous tous les plans ; physique, psychologique, psychique. La jeune femme s’apprêtait à plonger dans les ténèbres les plus profondes de Seele et nul ne pouvait en ressortir indemne. Ren n’avait pu. Fou de rage, il avait entrepris cette chasse aux sorcières dans tout Akasha, arrêtant et jugeant tous ceux dont il avait vu le nom écrit à l’encre de sang sur les parchemins qui hantaient ces étagères. Les horreurs commises avaient parfois été si atroces qu’il se réveillait parfois la nuit, en sueur, hanté par les récits des Astres qu’il avait découverts dans cette pièce. Et il s’apprêtait à faire vivre le même enfer à la jeune femme. Un soupçon de culpabilité s’éprit de lui tandis qu’il la regardait, portant un regard presque émerveillé sur les alentours. Un sourire vint à nouveau s’accrocher à ses lèvres en entendant sa dernière remarque. Oui, l’endroit était magnifique malgré tout. Ren avait eu cette même sensation la première fois qu’il avait pénétré la réserve interdite, quelques heures seulement après la mort de Seren. Il aimait cette presque innocence qu’il voyait en la jeune femme tandis qu’elle admirait les sculptures, sa verve revenue, son énergie également, lui conférant une sorte d’aura lumineuse qui attirait Ren vers elle.

« Votre souhait sera réalisé bien plus tôt que vous ne le pensez Àliya… nous allons passer un certain nombre d’heures dans ce sous-sol vous et moi… Comme vous le dites, le travail qui nous attend n’est pas des moindres… Vous aurez alors tout le loisir d’apprendre à me connaître tout comme je prendrais plaisir à apprendre à vous connaître vous. »

Pour la première fois sûrement depuis que la jeune femme avait fait irruption dans son bureau, Ren avait abandonné son ton froid, ses menaces à demi voilées et ses discours à double sens. Il était sincère. En à peine une heure, cette femme avait réussi à le convaincre qu’elle était la personne idéale, celle qu’il recherchait. Pas seulement pour s’occuper de la Bibliothèque mais également pour l’aider à redresser Akasha. En l’instant et devant le regard brillant qu’elle posait sur lui et sur les alentours, il n’avait plus envie de jouer son rôle de Souverain. Il ne voulait plus apparaître intimidant, effrayant ou menaçant. Il souhaitait simplement redevenir cet étudiant qui, voilà plus de dix ans, avait désiré converser avec elle sur tant de sujets passionnants mais n’avait jamais osé. Àliya le regardait et lui parlait comme à un homme, non comme à un Souverain. Oui, il désirait apprendre à la connaître, à entendre à nouveau cette verve s’exprimer sur tant de sujets différents. Parler d’art, de littérature, se complaire dans le silence, accueillant la sérénité lorsqu’elle se présentait. Il sentait que tout cela était possible avec elle.

Soupirant, il se redressa et s’approcha de la jeune femme. La regardant, la dominant de toute sa hauteur tandis qu’elle était toujours assise, il l’observa, son regard pétillant d’une lueur nouvelle. Ainsi, il y avait de l’espoir pour lui et pour cette Contrée. Il lui sourit véritablement, les traits de son visage s’adoucissant tandis que deux mots seulement s’échappèrent d’entre ses lèvres et qu’il s’inclina devant elle, selon la tradition de Vaata.

« Merci, Àliya »

Puis, il se redressa et son visage reprit sa neutralité habituelle. Il désigna les escaliers de la main et cette fois-ci, l’ordre céda la place à la requête tandis qu’il s’exprimait à nouveau.

« Je pense que nous pouvons laisser le passé et les souvenirs derrière nous pour le moment… Maintenant… Que diriez-vous de voir votre bureau ? »
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Akasha
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Àliya

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le Mer 2 Mai - 18:49


Ma rencontre avec Ren avait eue quelque chose d'étrange. D'atypique. De presque irréel. Et je sais qu'elle portera toujours cette étrange sensation, même lorsque  j'y songerais à nouveau, des années plus tard. Le temps m'avait semblé s'écouler différemment ici, à ses côtés. Et l'ambiance semblait plus texturée. Plus épaisse. Plus dense. Etait ce cet effet là que faisait le Souverain sur son peuple ? Ou bien était ce la sensation qui nous étreignais du moment que se tenait en face de nous, une personne rare, complexe, riche et intrigante ? Je pense pouvoir dire que Ren appartient à cette catégorie, et pas seulement en tant que dirigeant, mais en tant qu'individu à part entière. Il n'était pas ce que son rôle lui intimait. Il était plus vaste encore. Je portais sur lui un regard nouveau, comme s'il m'était apparu sous les yeux, un paysage vaste dont je ne pouvais couvrir l'ensemble du regard en une seule fois. Dont je ne pouvais deviner les infinies possibilités, dissimulées par delà les reliefs.

Jouant avec le parchemin que je tenais dans les mains, je pouvais sentir le grain du papier que je caressais de la pulpe de mes doigts. Les nervures disparates et irrégulières qui s'invitaient dans ma course, comme des monts solitaires dans une campagne verdoyante. Je pouvais également sentir le contact froid du métal, contrastant par son aspect si lisse et si soyeux. Je souriais en coin, appréciant le mélange des matériaux, du choix de leur association et l'élégance qu'ils conféraient à un objet reléguant autant de savoir. La littérature est art, mais ce genre d'objet pouvaient aisément rejoindre le panthéon des œuvres. Et je fus tirer de ma contemplation silencieuse par le rire du Souverain. J'esquissais un haussement de sourcil, expression manifeste de ma surprise. J'avais eu raison de voir en lui bien plus qu'il n'y laissait paraître. Par certains traits, il me faisait penser à une version de moi antérieure parfois, mais bel et bien vivace. Cette mise en scène...C'est parfois une façon de faire un premier tri : ceux qui seront capables ou non de dépasser ce qu'ils ont sous les yeux.

Suivant du regard Ren, je le vis s'approcher de moi et je ne pus m'empêcher de sourire, devant cet homme aux larges épaules, dont le visage pourtant, venait  de s'illuminer d'un éclairage nouveau. Je le contemplais, comme on contemple une œuvre, avec douceur et intérêt, me laissant porter autant par ma réflexion, que par ma sensibilité. Et je fus plus que toucher de le voir exécuter, à la perfection, avec un naturel propre au mien, une révérence. Cette marque d'attention me toucha profondément, d'autant que mes terres, quelques fois, me manquaient. Cette politesse m'alla droit au cœur, aussi décidais je de me lever avec l'élégance requise pour les princes et les rois, le port altier, inclinant le buste en retour. Ce qui existait entre nous....me semblait fragile. Précieux. Inaltérable.


"- Merci à vous, de m'avoir accorder un intérêt tout particulier et de m'avoir jugé digne de vos attentes. C'est un honneur et un privilège que je chérirais chaque jours. Vous m'avez obligez, en m'offrant ce poste. Je serais à jamais votre humble débiteur."

Je jetais une dernier coup d'œil au sous sol dans lequel nous nous trouvions, comme pour m'assurer de sa présence. De sa réalité. Une aura particulière vibrait en ces lieux, je pouvais le ressentir. Une attirance électrique, magnétique m'attirait ici. Et ce tintement si unique...presque cristallin. Je fermais les yeux un instant, inspirant pleinement la parfum de cet endroit. Je venais d'embrasser mon destin avec une fougue et une détermination sans pareille. Un nouveau sourire s'étira sur mon visage, plus malicieux qu'à l'accoutumé.


" - Un bureau alors ? Intéressant. J'ai hâte de voir ça. J'ai hâte de commencer ce nouveau chapitre de ma vie. Je vous suis."

Et avec une plus grande sérénité, je me dirigeais vers l'escalier, abandonnant ma contemplation, avec cette certitude de bientôt revenir. Quelques mots d'un dramaturge cher à mon cœur me revint, et je ne pouvais trouver plus grand hommage que les réciter à voix basse, comme une prière. Comme une promesse.


"- Se quitter est un si doux chagrin que je dirais bonne nuit jusqu'à ce qu'il fit jour." W.S


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