Akasha
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Ren

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le Lun 12 Mar - 18:00
Une tâche d'encre sur un parchemin


[Flashback ~ Fin de la période de Ruwa, année 992]

Comme toujours, les couloirs de l’Académie résonnaient des conversations des étudiants, des pas se rendant en cours et du bruissement des pages que l’on tournait. En cette fin d’année, le temps se réchauffait peu à peu, Ruwa bientôt prête à céder la place à Liekki. Mais qui disait réchauffement disait des trombes d’eau et la pluie venait frapper les vitraux de la bâtisse, accentuant cette impression de brouhaha constant.

Ren venait de quitter son cours d’anatomie, dernier à sortir comme toujours, le regard baissé vers le sol, ses livres à la main. Agé de 22 ans, le jeune homme finissait ses études quelques semaines plus tard et avait déjà sécurisé une place en tant qu’enseignant dans ce prestigieux édifice qu’était l’Académie de la Contrée d’Aap. La Souveraine actuelle et son Gardien avaient grandement contribué à l’essor des lieux et sa renommée était plus grande que jamais. Ren aimait cet endroit. Etudiant depuis quatre ans ici, il considérait l’Académie comme sa deuxième maison. Bien qu’il n’ait pas réellement d’amis et qu’il aimait être auprès des siens, il désirait demeurer ici, dans cet endroit où il pouvait tant apprendre et échanger avec des personnes qui comprenaient sa soif de savoir et la partageait.

Mais deux ans auparavant, sa vie avait basculé à jamais. Deux ans auparavant il avait appris qui il était réellement et les secrets sur sa naissance et son enfance solitaire avaient été levés. Depuis, un rideau sombre semblait être tombé sur sa vie et tout ce qu’il voyait autour de lui lui semblait distant et inatteignable. Malgré toutes ces révélations, il avait souhaité continué de vivre une vie normale et voulait continuer d’étudier et ensuite enseigner. Il ne voulait en aucun cas être mêlé de près ou de loin à la politique du Royaume ou aux Souverains qui le gouvernaient. Mais il se rendait peu à peu compte qu’il ne pourrait jamais y échapper. Que sa destinée était liée à Seren, cet infâme despote, et à la contrée d’Akasha dont le simple nom donnait à Ren envie de vomir.

Sortant de sa torpeur en entendant un éclat de rire devant lui, Ren se dirigea alors vers la salle d’étude du premier étage, celle qu’il préférait pour l’ambiance paisible qui y régnait. Là, il s’installa, à l’écart de ses camarades comme toujours et ouvrit un livre de langue ancienne. Parchemin, encre et plume sortis de son sac, il fit mine de se mettre à écrire. Mais au moment où la plume gorgée d’encre se posa sur le papier, il ne sut que dire. Une tâche d’encre noire commença à se former, grossissant de plus en plus et Ren assista, fasciné, à sa croissance, à la façon dont elle s’emparait du papier, lentement mais sûrement.

Une illustration parfaite du vide qui peu à peu envahissait sa vie.
lumos maxima
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Llyn

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le Lun 12 Mar - 22:08


Une tâche d'encre sur un parchemin
ft. Ren


[ Fin Ruwa de l'année 992 ]

Assise sur l’une des chaises de la salle d’études, Llyn observe la pluie tomber sur les vitres. Le temps est changeant depuis quelques jours, voire semaines. Les températures commencent doucement à remonter et les trombes d’eau qui recouvrent la Cité de Saphir donnent du fil à retordre à pas mal de monde. Néanmoins, la jeune femme attend toujours cette période avec impatience. Depuis toute petite, le son de la pluie a toujours contribué à l’apaiser. Son frère, Lori, disait que c’était parce qu’il pleuvait le jour de sa naissance, et elle lui demandait comment il pouvait savoir ça puisqu’il n’était pas là. A chaque fois, il se contentait de sourire en lui ébouriffant les cheveux avant de répondre un simple « je le sais, c’est tout ». Perdue dans la contemplation des filets d’eau, Llyn se surprend à sourire en pensant à son aîné et se demande comment il va. La dernière fois qu’elle l’a vu, c’était il y a déjà quelques mois. Maintenant que Endor et lui ont pris la relève de Prithvi, il a moins de temps pour venir lui rendre visite à Aap.

Un bâillement lui échappe si soudainement que Llyn n’a pas le temps de le masquer derrière sa main. Heureusement, tous les étudiants présents dans la salle d’études sont trop concentrés sur leurs travaux qu’ils ne font pas attention à elle. Reprenant ses esprits, elle regarde les livres et les parchemins posés devant elle avec lassitude. Cela doit bien faire deux heures qu’elle est installée ici, perdue sur ce devoir qu’elle ne parvient pas à terminer. Un devoir de langue ancienne  ennuyant dont elle ne parvient pas à comprendre l’utilité. Ama est rentrée au Palais après avoir essayé de la convaincre de la suivre, mais si elle ne le termine pas avant la fin de la semaine, elle risque le recalage. Il en est hors de question.  Abandonnant donc la contemplation de la pluie, à regrets, elle récupère sa plume posée dans l’encrier et reporte son attention sur la page ouverte.

Quinze minutes plus tard, la jeune femme a rangé sa plume et ses parchemins, et s’empresse de regrouper ses trois livres pour quitter les lieux. J’y comprends rien, ça m’énerve. Une fois qu’elle a tout récupéré, elle s’éloigne de sa table pour quitter les lieux, un peu trop vite peut-être car l’une de ses feuilles s’échappe de sa main pour s’envoler un peu plus loin. Zut. Elle s’approcher pour la ramasser et son regard est attiré par le parchemin posé sur la table où s’étale une large tâche d’encre noire.

« On dirait l’océan les jours d’orage. Quand il s’empare de la plage… »

Elle lève les yeux vers le propriétaire de la plume fautive de la tâche, et croise le regard bleu d’un jeune homme qu’elle a déjà eu l’occasion d’apercevoir dans cette salle d’études.

« Oh, désolée. Ça n’a pas vraiment de sens ce que je dis… » Son regard est attiré par le livre posé à côté. « Tu étudies les langues anciennes ? Moi aussi. » Elle désigne les livres qu’elle tient à la main. « Mais je n’y comprends rien… »

Et c’est assez contraignant en soi.
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Ren

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le Mar 13 Mar - 21:43
Une tâche d'encre sur un parchemin

Tout concentré qu’il était sur son parchemin maintenant imbibé d’encre et irrécupérable, Ren ne fit pas attention à la jeune fille qui s’approcha de lui, ramassant un bout de papier qui lui avait échappé. Ce n’est que lorsqu’elle s’adressa à lui qu’il releva le regard, croisant le sien. Et ce qu’il vit le surprit davantage que les paroles de la jeune femme. Deux iris d’un bleu tirant sur le violet le regardaient et il pensa alors brièvement qu’il s’agissait là de la plus belle couleur qu’il ait jamais vu. Reportant son attention sur son parchemin, il hocha doucement la tête, quelques mèches sombres frôlant doucement sa mâchoire tandis qu’il attrapait le papier entre ses longs doigts fins et le retourna.

« Un océan serait moins effrayant car il serait en constant mouvement. Un orage également car il serait bruyant. Là il ne s’agit rien d’autre que du néant. »

Il jeta le papier sur la table et se redressa alors véritablement, observant la nouvelle venue avec un certain intérêt. Il la dévisagea longuement, simplement, sans aucune émotion autre que l’attention.

« Je sais ce que tu étudies. Car je sais qui tu es » prononça-t-il d’une voix tranquille. « Assieds-toi, je vais te montrer. »

Ren lui désigna la chaise à ses côtés. Puis, il attrapa le parchemin vierge qu’elle avait fait tomber et ouvrit le livre à la page correspondante. Il lui montra un symbole du doigt et reprit la parole, toujours de cette voix si douce et calme.

« Il ne s’agit pas de comprendre la langue ancienne. Le secret réside bien au-delà de la compréhension. Regarde ce symbole. Tu ne vois que quelques courbes, un trait. Et pourtant de ces quelques tracés sont nés des mots, des sens et des images. Ces courbes s’animent et ce trait s’étend. Et ainsi tu obtiens le mot Eau. Mais je suppose que tu connais déjà bien ce symbole n’est-ce pas ? »

Il lui sourit et referma doucement le livre. Bien entendu, il savait qui était sa voisine bien qu’il ne la connaisse pas. Mais qui donc à l’Académie d’Aap pourrait ignorer à quoi ressemblait la future Gardienne de l’Eau. Ainsi, Ren la voyait réellement pour la première fois. Au-delà d’un titre, au-delà d’un destin imposé, il pouvait enfin poser un visage, d’une extrême joliesse, sur un nom déjà connu de tous. Peut-être son comportement intriguait-il la jeune femme car il fallait avouer que Ren, pourtant encore bien jeune, semblait venir d’un autre temps, d’une autre époque. Parlant peu et ne se liant pas facilement, le jeune homme se plaisait parfois à imaginer qu’il était tel un vieux livre poussiéreux sur l’étagère de la plus ancestrale des bibliothèques. On ne lui prêtait que peu d’attention mais il était réellement là, renfermant des connaissances qu’il n’attendait que de pouvoir partager.

« Je dois t’avouer que je suis un imposteur… » commença-t-il en inclinant la tête sur le côté. « Je n’étudie plus les langues anciennes depuis longtemps. A vrai dire je ne suis plus réellement un étudiant. Mais j’aime me replonger dans ces lectures incompréhensibles. Je m’appelle Ren. Enchanté de te connaître. »
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Llyn

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le Mer 14 Mar - 19:37


Une tâche d'encre sur un parchemin
ft. Ren

Le néant… C’est effrayant de penser à ça. Le vide absolu, là où il n’y a rien, absolument rien. Llyn se souvient de ses cours, sur les pierres et les gemmes. Elle se souvient de la pierre représentant les astres et le vide. Le symbole de ce dernier éteint et jamais éveillé. Desde lui a expliqué que cette partie de la gemme ne s’était jamais activée. Mais elle se souvient s’être demandé à quoi elle pouvait bien servir. Les choses ne sont pas là par hasard. C’est ce qu’elle a pensé alors que le jeune homme retournait le parchemin pour en masquer la tâche noire. Le papier est jeté un peu plus loin et un regard se pose sur elle. Llyn se sent soudain légèrement mal à l’aise en entendant que son identité n’est pas un secret pour cet inconnu. Elle regarde la chaise désignée et hésite quelques secondes avant de se décider à s’asseoir.

En soi, celui lui est égal que les gens savent qui elle est. Néanmoins, il lui est déjà arrivé de se demander ce que serait sa vie si elle pouvait déambuler sans subir les regards curieux des gens autour d’elle, les murmures déplacés par moment et les paroles un peu trop solennelles qu’elle reçoit. Jamais personne n’est venu lui parler pour ce qu’elle est réellement, et dans le fond, même si elle ne l’avouera jamais, cela lui fait du mal de n’être considérée que par son titre et non pas pour elle-même. Une fois installée, Llyn se tourne vers son vis-à-vis qui a entrepris de récupérer feuille et livre pour lui montrer un symbole. Elle grimace légèrement en le reconnaissant mais écoute patiemment ce qu’il lui dit, prête à tout enregistrer pour comprendre ce cours.

Les mots qu’ils prononcent, Llyn les entend et… les comprends. Elle connait mieux que quiconque la signification de ce symbole et de ce qu’il représente. C’est d’ailleurs ainsi qu’il termine sa petite explication.

« Oui en effet… »

Le livre est refermé et Llyn lève les yeux vers son voisin. Elle ne le connait pas, mais elle l’a déjà vu plusieurs fois, que ce soit dans cette salle d’études ou dans les couloirs de l’Académie. Toujours seul, souvent plongé dans un livre. Malgré son jeune âge apparent, il donne l’impression d’en avoir le double dans sa façon d’agir en solitaire. Il finit par se présenter, prétextant être un imposteur.

« Egalement. Inutile que je me présente à mon tour si j’ai bien compris… » Un faible sourire sans joie étire ses lèvres avant qu’elle ne reprenne. « Je pense qu’il faut être un brin masochiste pour revenir ici dans le seul but de se perdre dans ce genre de livres. Mais j’imagine qu’il en faut pour tous les goûts. » Elle lui sourit, légèrement taquine, avant de reposer les yeux sur son livre. « Tu dis ne plus étudier les langues anciennes depuis longtemps, mais est-ce que ce serait prétentieux de ma part de te demander de m’aider à travailler mon devoir ? Tu sembles t’y connaître suffisamment pour pouvoir m’aider. »

Derrière eux, des chuchotements attirent son attention et elle jette un coup d’œil sur le groupe d’étudiants qui regardant dans leur direction, avant de détourner le regard quand ils se rendent compte qu’elle les observe. Un soupir lui échappe.

« Dis-moi, toi qui sembles parvenir à me parler sans partir en courant. Est-ce que j’ai l’air si effrayant que ça ? »

Un peu amère, elle plonge son regard dans le sien, attendant sa réponse. Est-ce que, lui aussi, il va préférer ne pas rester à ses côtés ? Est-ce qu’il va se sentir mal à l’aise et s’enfuir comme tous ces idiots qui la craignent sans aucune raison ?
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Ren

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le Mer 14 Mar - 21:33
Une tâche d'encre sur un parchemin

Un léger rire s’échappa d’entre les lèvres du jeune homme lorsqu’on l’accusa d’être masochiste. Après tout, pourquoi pas ? Il y avait une part de vérité dans ces paroles car qui serait assez fou pour se replonger dans l’étude d’une des matières les plus fastidieuses qui soient ? Mais son attention était toute entière portée sur les gestes et l’attitude de son interlocutrice. Une sorte de gène, de gaucherie, comme si elle n’était pas à l’aise avec son corps. Ou peut-être tout simplement avec elle-même ? Cette timidité apparente qui ne l’embellissait que plus, à quoi était-elle due ? Mais était-ce réellement de la timidité ? Car son petit sourire taquin laissait présager tout le contraire. Un sourire qui raviva l’éclat de ses prunelles violines.

Elle se retourna et Ren suivit son mouvement, jetant un coup d’œil au groupe d’étudiants derrière eux qui semblaient en pleine séance de ragots. La jeune femme semblait en être le sujet principal car dès lors qu’ils croisèrent son regard, ils se turent et se détournèrent. Ren laissa son regard s’attarder plus longtemps qu’elle sur le groupes de garçons et il ne reporta son attention sur son interlocutrice qu’en entendant sa question.

Le ton de sa voix, cette amertume qui semblait la consumer, Ren la connaissait bien. On ne choisissait pas qui l’on était. Tous deux en payaient les frais. Et soudainement, une immense tristesse s’empara du cœur du jeune homme. Une tristesse comme il ne se souvenait pas en avoir déjà ressenti. Cette solitude qui semblait peser sur la jeune femme, n’était-ce pas le reflet de ce qu’il ressentait lui-même depuis deux ans ? Alors, il fit quelque chose d’impensable. Sa main s’éleva et du bout de ses longs doigts fins, il vint caresser sa joue. Un simple effleurement qui ne dura que le temps d’un battement de cœur.

« Effrayante ? » murmura-t-il en reposant sa main sur le bureau. « Non. Tu peux être beaucoup de choses si tu le souhaites mais même avec la meilleure volonté du monde, je doute que qui que ce soit puisse te qualifier d’effrayante. »

Il lui sourit doucement et reporta son attention sur ses propres mains dont les doigts s’entremêlaient sur la table, à quelques centimètres du parchemin tâché.

« Je t’ai dis savoir qui tu étais. Tu as pensé que cela t’enlevait alors le droit de te présenter. Or, ton nom t’appartient, il t’a été donné à ta naissance et c’est la seule chose que personne ne pourra jamais t’enlever. Il s’agit de ton identité, qui t’est propre. Ne laisse jamais personne te priver de ce droit. Je sais qui tu es oui, mais cela ne veut pas dire que je connais la résonance de ton nom ou de quelle façon tu le prononces. Je ne t’ai jamais entendu le prononcer alors je me refuse à l’utiliser. »

A nouveau il la regarda et à son tour plongea son regard dans le sien. Il y avait quelque chose chez cette jeune femme. Une délicatesse qui, pour une raison obscure, l’attirait tel un aimant. Ils partageaient tous deux un destin trop lourd pour leurs jeunes épaules et cela s’accompagnait inévitablement d’une grande solitude. La différence majeure était que alors que la future Gardienne serait acclamée et aimée, lui ne connaitrait rien d’autre que le rejet ou le dégoût.

« Je ne t’aiderai pas pour ton devoir. Je ne pense pas que tu ais besoin d’aide. Il te suffit juste de faire danser les symboles et tu y arriveras. Alors maintenant… et si nous reprenions depuis le début ? Je m’appelle Ren… et toi ? »
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Llyn

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le Mer 14 Mar - 23:21


Une tâche d'encre sur un parchemin
ft. Ren

Son rire a quelque chose de mélodieux qui contraste fortement avec son allure solitaire, et cela la fait sourire. C’est bref et à peine audible, mais Llyn est suffisamment proche pour avoir pu l’entendre et s’en approprier les notes. Néanmoins, le sourire que cela fait naître en elle disparaît bien vite à cause de murmures désagréables qu’elle capte involontairement et qui lui compriment le cœur. Elle sait ce qu’ils disent, que ce soit à son sujet ou au sujet de Ren, à ses côtés. Ces mots elle les a déjà entendus malgré elle. « Vous croyez qu’elle sera aussi forte que Dede ? » « Sera-t-elle  à la hauteur ? » « Elle passe plus de temps seule qu’auprès d’Ama. » « Ne va pas lui parler, elle doit s’entrainer pour devenir forte. » « Elle n’a pas le temps pour nous. » « Il ose aller lui parler ? » « Comment ose-t-il l’approcher ? Lui un simple homme du peuple. » Et bien d’autres encore. La pression de son rang et la solitude qu’il lui apporte ne font d’elle qu’une caricature froide qu’elle ne souhaite pas être. Pourtant, inconsciemment, c’est ce qui arrive, sans qu’elle ne puisse y faire face.

Un léger mouvement lui fait relever les yeux vers Ren. Celui-ci lève la main pour venir frôler sa joue du bout des doigts. C’est aérien, un simple effleurement, si léger qu’elle crut pendant une seconde l’avoir rêvé. Une seconde pendant laquelle son cœur cesse de battre et, quand il repose sa main sur le bureau, elle respire à nouveau, sans se souvenir d’avoir retenu son souffle. Bêtement, elle sent ses joues commencer à chauffer doucement. Elle détourne les yeux, gênée, tout en écoutant la réponse à sa question. Malgré ses paroles, elle ne parvient pas à entièrement le croire. Si elle n’est pas effrayante, alors pourquoi les gens continuent-ils de la fuir comme si elle avait la peste ? Ses doigts se tordent légèrement sur la table et Ren reprend la parole.

Pourquoi cet inconnu semble comprendre ce qu’elle ressent ? Ce qu’il dit lui réchauffe le cœur à un point qu’il n’imagine même pas. Un peu perdue, Llyn se perd dans le bleu de ses yeux alors qu’il prononce ces mots. Quinze minutes plus tôt, elle s’apprêtait à quitter les lieux pour rentrer, comme elle le fait chaque jour, et à la place, elle se retrouve face à un homme inconnu qui lui dit des choses qu’elle aurait souhaité entendre plus d’une fois dans sa vie. Quand il termine de parler, relançant les présentations depuis le début, elle ne répond pas de suite et laisse le silence s’étendre sur quelques secondes. Elle en oublie sa remarque sur son devoir et sur les symboles qu’elle a du mal à apprendre et, finalement, un fin sourire étire ses lèvres.

« Ce n’est pas très gentil de me refuser ton aide, tu sais ? Je pense que la moitié des personnes derrière nous serait outrées de voir que tu me refuses de l’aide. » Il n’y a aucun reproche dans ses mots, juste un constat. Elle reporte son attention devant elle, sur le bois du bureau. « Mais merci. »

Oui, Llyn le remercie de son refus. Ce qui n’aurait aucun sens pour la plupart des gens autour d’elle, en a pourtant beaucoup à cet instant. Cela lui donne l’impression, l’espace d’un instant, d’être une étudiante comme les autres. Ou tout simplement d’accepter un compliment qui lui a été fait sur ses capacités d’apprentissage et de compréhension. Finalement, elle le regarde, s’ancrant de nouveau à ses iris, et répond à sa dernière question.

« Llyn. Juste… Llyn. »

Quatre lettres, une syllabe. Rien de plus, rien de moins. C’est ainsi que ses parents l’ont nommée à la naissance et c’est l’héritage qu’elle garde d’eux, bien plus qu’un titre ou un rang, elle est Llyn, une jeune femme de tout juste vingt ans qui se cherche encore. En réalité, il y a d’autres mots derrière cet unique prénom, d’autres noms, mais, même s’ils font partis de son identité, elle préfère les taire. Ils lui rappellent d’où elle vient, mais ne font pas d’elle qui elle est, de la même façon que son prénom.

« Et toi Ren, qui es-tu, si tu n’es plus un étudiant parmi tant d’autres ? »
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Ren

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le Jeu 15 Mar - 21:59
Une tâche d'encre sur un parchemin

A nouveau, un petit rire s’échappa d’entre les lèvres de l’étudiant. Lui qui ne riait jamais, ou alors peut-être en compagnie de sa sœur, voilà qu’en l’espace de quelques minutes, il se surprit à faire preuve plusieurs fois de cette joyeuse spontanéité que semblait provoquer la présence de la jeune femme. Aux paroles de Llyn, il se retourna à nouveau, observant le groupe d’étudiants qui leurs lançaient des regards de biais. Un goût d’amertume sur les lèvres, il hocha doucement la tête, plus pour lui que pour répondre à son interlocutrice. Oui, ils devaient être en train de se demander ce que faisait la future Gardienne avec un homme quelconque, sans grand intérêt, dont on ne connaissait même pas le son de la voix. S’ils savaient que, là où ils ne voyaient que désintérêt se tenait en réalité l’instrument qui pourrait causer leur perte à tous. L’énergie nécessaire à la destruction de tout ce qu’ils aimaient en ce monde. Mais ces sombres pensées s’évanouirent lorsqu’il l’entendit enfin. Il se retourna et regarda la jeune femme, une affection évidente dans ses prunelles bleutées.

« Llyn… » répéta-t-il doucement, dans un lent murmure, comme s’il en goûtait la sonorité et en admirait la mélodie. « Un prénom qui te va à la perfection… »

Se retournant complètement et faisant à nouveau face au bureau, il marqua un temps d’arrêt en entendant la dernière question de la jeune femme. Et alors, ses épaules s’affaissèrent, ses mains se crispèrent et il détourna le regard, fuyant ces prunelles dans lesquelles il se serait pourtant volontairement perdu. Une tristesse infinie s’abattit sur lui, lui faisant courber l’échine, ployer sous le poids écrasant de son identité. Qui était-il, qu’était-il. Un homme qui n’aurait pas du se trouver ici. Un enfant qui n’aurait pas du vivre et qui fut traqué et continuera d’être traqué tant que sa tête ne reposera pas sur un plateau d’argent, servi aux grands de ce monde. Son existence était prohibée et pourtant il osait vivre. Osait faire comme si rien de tout ça n’existait. Comme s’il n’était pas cet enfant marqué par le Vide qui pouvait voir sa vie s’arrêter à tout instant.

« Je ne veux pas te le dire… » Sa voix n’était plus qu’un faible chuchotement, sa gorge nouée par la douleur et la peur alors qu’il imaginait ce qu’il se passerait s’il révélait la vérité. « Car si je te le dis, tu partiras… et je ne veux pas que tu t’en ailles. »

Pendant un instant, il fut tenté de tout lui raconter, de trouver une alliée en la personne de la jeune femme, qui comprenait ce qu’était le poids du destin. Oui… une épaule sur laquelle compter, sur laquelle se reposer. Une amie à qui se confier. Une chaleur contre laquelle se réchauffer. Oui, il faillit se livrer… Mais il se retint. Car la jeune femme ne comprendrait pas. Personne ne le comprendrait. Ce qu’être né avec la marque du Vide, dont tous ignoraient l’existence, voulait dire. Ce que les Astres avaient osé faire depuis toutes ces centaines d’années. Ce serait trop effrayant pour eux de tenter de le comprendre et de l’accepter. Alors Ren se tut et n’ajouta rien. Il devait taire son identité et vivre en ignorant la marque gravée sur son avant-bras. Jamais il ne pourrait se livrer à personne. Jamais il ne pourrait réduire la distance qui le séparait des autres. Le gouffre serait à jamais ouvert à ses pieds, sans que personne ne puisse jamais le faire disparaitre. Il était effrayant de penser que sa seule compagne de vie serait la solitude, qu’il se terrerait à jamais dans l’ombre de Seren, guettant l’épée qui pourrait s’abattre à tout instant sur le fil de sa vie. Sauf… Sauf s’il décidait de revendiquer ce qui lui revenait de droit. Mais à cette pensée, son cœur battit plus vite, la peur menaçant de le submerger et, sans crier gare, il se leva, attrapant la main de la jeune femme dans la sienne, pressant ses doigts.

« Viens avec moi » chuchota-t-il avant de l’entrainer en dehors de la salle d’étude sous le regard stupéfait des étudiants qui s’y trouvaient. Il délaissa toutes ses affaires, celles de Llyn également. L’air lui manquait, il suffoquait et la terreur enserrait son cœur dans un étau d’acier. Il dévala les escaliers, traversant le vaste hall de l’Académie, plein de bruit et d’agitation. Plein de vie. Il ne s’arrêta pas lorsqu’ils sortirent de l’enceinte et franchirent les murs les séparant de la cité. Ils marchèrent, pendant encore un temps qui semblait durer une éternité et pendant lequel son cœur semblait sur le point d’exploser. Enfin, il s’arrêta. Ils venaient de franchir une arche les amenant dans un jardin calme et tranquille, ou il n’y avait personne. De là, ils pouvaient toujours voir les hautes tours de l’Académie mais son animation ainsi que celle de la ville n’étaient plus réduites qu’à un simple bourdonnement. Il lâcha enfin la main de la jeune femme, avançant sur l’herbe verdoyante, appréciant la brise marine qui venait caresser son visage et chasser la peur.

« Les murs de l’Académie peuvent parfois ressembler à une prison… Ce ne sont que des instants très vivaces, courts et qui ne durent pas… mais dans ces moments là, j’ai l’impression que le monde va s’ouvrir sous mes pieds et m’engloutir dans… le Vide. Ici, personne ne te jugera, personne ne te regardera. Tu peux être qui tu désires, personne n'en saura jamais rien.»

Il se retourna et regarda la jeune femme. Il ne s’approcha pas, restant où il se trouvait, à quelque distance d’elle.

« Ici » reprit-il, d’un ton calme où toute trace de panique avait disparu, « personne ne te trouvera. Car personne ne vient jamais. Je vais te révéler un secret Llyn… » Il s’interrompit. Les traits de son visage durcirent, son regard refroidit et sa voix résonnait entre les arbres, contre les murs. « Je suis un imposteur… car je ne devrais pas exister. Mon existence est proscrite. Dangereuse. Je pourrais te faire du mal. Je pourrais faire du mal à tous ces étudiants qui te regardent et moi m’ignorent. Je pourrais tuer… et anéantir. Voilà qui je suis vraiment… »

Son apparente froideur se fissura et une douleur sans nom s’inscrivit sur son visage tandis qu’un voile sombre sembla tomber devant ses prunelles, en ternissant l’éclat bleuté.

« As-tu peur Llyn… ? Souhaites-tu partir ? »
lumos maxima

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Llyn

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le Ven 16 Mar - 16:09


Une tâche d'encre sur un parchemin
ft. Ren

A vingt ans, Llyn n’a jamais réellement eu de relation sociale et encore moins amoureuse. Les gens, et particulièrement les hommes, semblent garder une certaine distance avec elle. Contrairement à Ama qui, du haut de ses dix sept ans, s’est déjà fait courtiser plus d’une fois par les hommes de la cour. Cette barrière qui s’est créée autour de la jeune Gardienne l’a éloigné des gens bien plus qu’elle ne l’aurait souhaité. Alors quand Ren la complimente ou lui caresse la joue du bout des doigts, elle se donne l’impression d’être une adolescente qui découvre la gentillesse et la tendresse d’autrui pour la première fois. Elle marmonne un « merci » inaudible, un peu gênée alors qu’il se retourne de nouveau pour regarder les étudiants derrière eux.  Quand elle tente de renverser un peu la discussion pour parler de lui et non d’elle, Llyn voit ses épaules s’affaisser et son visage se figer alors qu’il détourne le regard pour fuir le sien. Qu’est-ce que j’ai dit ? Elle ignore de quelle façon sa question a pu le blesser, mais elle se sent légèrement vexée quand il refuse de le lui dire de peur qu’elle s’en aille.

La curiosité, la peine et une légère émotion se mêlent alors. Cette dernière pour le fait qu’il ne veut pas la voir partir, la seconde pour cette petite vexation alors qu’il ne veut pas lui répondre, et la première pour les raisons qui la pousseraient à partir s’il parlait. Qui est cet homme pour penser qu’elle réagirait de cette façon ? Elle a bien envie de lui répondre en riant, pensant presque à une plaisanterie de sa part, mais son attitude l’en empêche. Lorsqu’il se lève brusquement, elle sursaute, l’observant avec surprise. Mais elle n’a pas le temps de dire quoique ce soit qu’il attrape sa main et l’entraîne à sa suite sous les regards hébétés des autres étudiants.

« Q-Quoi ? Attends ! »

Mais il ne lui en laisse pas le temps et elle ne proteste pas plus que ça, trop intriguée par cet homme. De sa main livre, elle relève le bas de sa robe pour ne pas se prendre les pieds dedans par inadvertance. Tout en courant à travers les couloirs de l’Académie, son regard se fixe sur la nuque de Ren. Où l’emmène-t-il ? Il court vite, et elle n’a pas eu le temps de se préparer à cet effort physique trop brusque. Les battements de son cœur se sont accélérés dans sa poitrine, sa respiration se fait plus rapide également et il y a cette petite pointe de peur qui prend racine dans son esprit. Elle ne connait rien de lui après tout… Ils quittent l’enceinte de l’Académie, se retrouvant sous la pluie, et Ren ralentit pour continuer à marcher, gardant sa main dans la sienne. Elle garde les enseignements de Desde en tête. Toujours rester prête face au danger. Il peut venir de n’importe où, même d’un visage allié. Contre son mollet, glissé dans sa botte, le contact de son poignard la rassure. Llyn ignore combien de temps ils marchent dans les rues de la cité. Ils sont trempés mais l’un comme l’autre semble ignorer ce détail. Ses longs cheveux bruns se retrouvent gorgés d’eau et leur poids s’ajoute à cette tension étrange qui s’est emparée d’elle.

Quand Ren s’arrête enfin, dans un petit jardin reculé au sein même de la Cité, elle récupère sa main pour la serrer contre elle, le regardant s’éloigner de quelques pas. Elle l’écoute parler, essayant de comprendre où il veut en venir. Son regard balaye brièvement les alentours du petit jardin. Les jours de grand soleil, l’endroit doit être réellement agréable. Quelques arbres se dressent là, un banc un peu plus loin, et une vue sublime sur une partie de la Cité de Saphir et sur les tours de l’Académie qui s’élèvent vers le ciel orageux. Quand il se retourne vers elle, le mouvement lui fait reporter son regard sur lui. Les gouttes de pluie s’écoulent doucement au bout de ses mèches de cheveux et son regard semble lointain et dur. Sa voix a perdu de ces inflexions effrayées qu’elle lui a entendues plus tôt. Ses mots sont durs, inquiétant, tout comme la froideur qui s’empare de ses yeux bleus. Par instinct, elle sent ses muscles se tendre, la poignée de son poignard lui brûler la peau, mais elle ne bouge pas, gardant juste sa main contre elle. La réponse qu’il donne à la question qu’elle lui a posée dans la salle d’études est loin d’être celle qu’elle pensait entendre. Mais plus que la froideur, c’est aussi la douleur qu’elle parvient à voir sur les traits de son visage quand il lui pose une dernière question.

Un silence s’installe entre eux, seulement brisé par le son de la pluie qui tombe sur les pavés de la petite cour où ils se trouvent, et par le souffle du vent qui fait doucement bouger le feuillage des arbres.

« Non. » Le mot tombe comme un couperet entre eux. « Non, je ne souhaite pas partir. » Elle relâche sa main et fait un pas vers lui. « Tu dis que tu pourrais tous nous anéantir et, même si je ne comprends pas comment, est-ce que c’est une chose que tu aurais envie de faire ? Est-ce que c’est ce que tu souhaites ? Il y a une différence entre être capable de faire quelque chose et en avoir envie. »

Comment pourrait-elle se douter de l’identité de l’homme face à elle ? Comment pourrait-elle ne serait-ce une seconde imaginer l’ampleur des paroles qu’il lui a dites ? Llyn ignore ce qu’il a réellement voulu dire, elle n’en comprend pas le sens. Peut-être est-ce un fils de noble qui pense que sa vie est importante ? Même si cette hypothèse lui est peu probable. Elle doute qu’il soit un homme d’Aofa et elle connait déjà tous les futurs souverains. Donc elle ne comprend pas, mais elle ne veut pas remettre en cause la puissance de ses mots, parce que la douleur qu’il ressent est bien réelle. Elle le voit. Elle termine de franchir la distance qui les sépare, s’arrêtant à deux pas de lui.

« N’est-ce pas toi qui m’as dit tout à l’heure, que notre identité nous appartenait ? Qu’elle nous est propre ? J’imagine que de la même façon, c’est à nous de décider de ce que nous souhaitons faire de nos dons. » Elle fait une petite pause pour le regarder, avant de lâcher un petit soupir.  « Je ne te connais pas, j’ignore qui tu es ni d’où tu viens. On vient à peine de se rencontrer, mais je n’ai pas l’impression que tu sois quelqu’un de foncièrement mauvais. Tu me demandes si j’ai peur de toi, mais je me demande si ce n’est pas plutôt à toi que tu devrais poser cette question. »
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Akasha
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Ren

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le Sam 17 Mar - 20:46
Une tâche d'encre sur un parchemin

Ren ne réagit pas aux paroles de la jeune femme. La naïveté dont elle faisait preuve en cet instant le touchait réellement, atteignant cette part de lui qui connaissait la cruelle vérité de ce monde et n’avait plus foi en rien. Il leva le regard vers le ciel chargé de nuages gris, ayant à peine remarqué qu’il pleuvait. Fermant les yeux, il se concentra sur cette brise qui venait caresser son visage et sur les perles de pluie qui coulaient le long de ses joues telles des larmes cristallines. Lorsqu’il rouvrit les yeux et baissa à nouveau le regard, Llyn se tenait à deux pas de lui, le regardant, fière et déterminée. Belle et vindicative. Il lui sourit et vint attraper une mèche de sa longue chevelure sombre, gorgée d’eau. La pluie accentuait l’odeur de sa chevelure et il imagina une cascade d’eau scintillante, froide et belle, un trésor caché en ce monde.

« Notre identité nous appartient… mais pas notre destin. Tu n’as pas choisi de devenir la future Gardienne d’Aap comme tu n’as pas choisi cette voie qui t’éloigne des jeunes gens de ton âge. Ta naïveté est touchante, ton ignorance bienfaitrice. Tu auras toujours le choix de faire ce qui te semble juste car c’est ce que tu as décidé. Moi en revanche… »

Il s’interrompit et laissa sa main retomber le long de son corps. Pendant un court instant, il s’imagina ce qu’aurait été sa vie s’il n’avait pas été marqué le jour de sa naissance. Aurait-elle été heureuse ? Aurait-il fait parti de ces étudiants qui regardaient la jeune femme avec révérence et un respect teinté de crainte ? Au lieu de se tenir là, trempé, dans un jardin isolé de la Cité, faisant face à la jeune femme qu’il ne connaissait que depuis très peu. Et tandis qu’il la regardait, il se prit alors à souhaiter que leurs destins soient entremêlés, que leurs destinées se croisent et que le futur leur apporte d’autres moments semblable à celui qu’ils vivaient en ce moment.

« Moi, je n’ai pas le choix. Pour moi, il n’est pas question de choix ou d’envie, seulement du moindre mal. Car même si je souhaitais faire le bien, je serais d’abord obligé de faire du mal. Si je ne fais rien, le mal perdurera et rie de bien n’en sortira. Que serait le pire selon toi ? Quel chemin emprunter ? »

Il se pencha vers elle, leurs visages à seulement quelques centimètres l’un de l’autre. Alors, enfin, il put se plonger dans ces iris violines, dans cette profusion de couleurs qui l’avait touchée au moment où il avait posé le regard sur elle.

« Tu dis ne pas avoir peur de moi » chuchota-t-il « mais moi je suis effrayé. Et si tu étais raisonnable, tu le serais également Llyn… enfant des lacs et des rivières. Tes dons te feront faire des choses stupéfiantes et tu seras digne de ce statut qui te fut offert à la naissance de ta Souveraine. Je ne peux en dire autant de moi-même car je ne sais pas quel chemin je choisirais d’emprunter… Je suis simplement heureux que tu n’ais pas peur de moi. Cela me suffit pour l’instant. »

Il se redressa lentement, souriant, affichant pour la première fois une véritable émotion sur les traits de son visage encore si jeune et pourtant marqué par le poids que le destin avait laissé tomber sur ses épaules.
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Aap
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Llyn

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le Sam 24 Mar - 16:14


Une tâche d'encre sur un parchemin
ft. Ren

Toute cette histoire lui donne l’impression d’être hors du temps, dans un monde à part. Comme si tout ce qui c’était passé depuis qu’elle s’était levée pour quitter la salle d’études n’était qu’un rêve irréel. S’est-elle endormie à sa table, rêvant tout ce qui se passe actuellement ? Après tout, comment peut-on en venir à parler de telles choses avec un parfait inconnu ? Comment cet inconnu peut prononcer des mots qu’on aurait aimé entendre toute notre vie si ce n’est pas dans un rêve ? Un frisson léger lui parcourt la nuque quand Ren lève la main pour venir attraper l’une de ses mèches de cheveux. Elle ignore si c’est le froid ou son contact qui la fait frémit mais elle ne réagit pas outre mesure et continue de le regarder pendant qu’il reprend la parole.

Le destin d’une Gardienne. Il y a quelques années, elle a voulu y échapper, elle aurait aimé pouvoir le faire. Elle a haï le Cercle de Pierres de l’avoir choisi, de l’avoir éloignée de ses parents et de l’avoir liée à une inconnue, une enfant sans intérêt à ses yeux. Aujourd’hui, elle a accepté ce qu’elle était et ce qu’elle devrait faire pour protéger Ama, Aap et Seele. Mais a-t-elle réellement eu le choix ? Pas vraiment… Elle fronce les sourcils quand il mentionne son ignorance et sa naïveté, prête à s’énerver face à cette attaque qu’elle pense injustifiée. Mais son air si abattu l’en empêche et elle se contente de l’écouter. Et lui ? Quel est ce destin qui lui pèse autant et qu’il aimerait pouvoir fuir ? Faire le mal pour faire le bien, ou alors laisser le mal sévir... Quel est le meilleur chemin à emprunter ? Mettre de côté sa propre intégrité pour le bien de tous ou fuir et laisser le mal continuer d’agir ? Comment le bien peut-il exister si le mal n’est pas là ? Elle se souvient de cette question prononcée par Desde, il y a longtemps, et elle se souvient ne pas avoir eu de réponse à donner. Il lui a tout simplement répondu qu’elle trouverait la réponse à cette question un jour.

Lorsque Ren se penche vers elle, approchant son visage à quelques centimètres du sien, son corps se tend mais elle ne bouge pas. Leurs regards se fondent l’un dans l’autre alors que la pluie continue de tomber sur leurs visages. Il admet avoir peur et ne pas savoir quel chemin choisir, mais encore une fois, elle ne comprend pas pourquoi elle devrait avoir peur de lui. Llyn le regarde, intriguée et curieuse, essayant de percer le mystère qui l’entoure sans parvenir à trouver une explication logique et rationnelle à ses paroles. Quand il se redresse, souriant réellement, la jeune fille parvient à voir le jeune homme qu’il est derrière tous ces sentiments qui le tirent vers le bas. Bêtement, elle se sent rougir.

« Je ne comprends pas pourquoi je devrai avoir peur de toi. Tu dis que je suis ignorante et naïve, mais dans ce cas, explique-moi. Dis-moi ce que je ne sais pas. Prouve-moi qu’il y a une bonne raison à cette frayeur que tu ressens. »

Les poings serrés le long de ses flancs, Llyn le défie du regard, prête à entendre tout ce qu’il pourrait lui dire. Prête à lui prouver que tout ce qu'il pense est infondé.
Comment pourrait-elle se douter que jamais elle ne s'est autant trompée ?
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Ren

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le Mer 28 Mar - 18:33
Une tâche d'encre sur un parchemin

Il aimait l’air de défiance qu’affichait la jeune femme en ce moment. Il aimait ces poings serrés, aux jointures blanchies, pour empêcher l’émotion de prendre le dessus. Il aimait ce qu’il voyait en cet instant et un frisson d’horreur le parcourut en pensant à ce qu’il se passerait si elle venait à savoir la vérité. Elle le détesterait forcément. Comment pourrait-il en être autrement ? Il n’était pas désiré dans ce monde, n’aurait pas du vivre. Parfois il regrettait qu’Isil ait aidé sa famille à s’échapper. Tout aurait si simple si on avait mis fin à son existence dès ses premiers jours. Il n’aurait pas à subir le destin et ce que le Cercle des Eléments avait décidé de lui imposer.

Une ombre passa sur son visage tandis qu’il écoutait les propos de Llyn. Bien entendu qu’elle ne comprenait pas. Ses paroles n’avaient aucun sens. A quoi bon tenter de se justifier ? Il ne serait probablement jamais traité comme un enfant légitime. Soupirant, il se détourna de la jeune femme, portant son regard sur les arbres aux branches agitées. Quel espoir y avait-il ?

« A quoi bon… Que pourrais-tu y faire… ? »

Sa voix s’était élevée dans un murmure amer, son regard fuyant à présent le sien. En cet instant, Ren détestait ce qu’il était. De tout son être.

« Rien… Tu ne pourrais rien faire. Personne ne peut rien y faire. Je ne mérite pas que tu t’entêtes à chercher à comprendre. Je ne t’apporterai rien de bon. Je pense que nos chemins se recroiseront future Gardienne… mais en attendant… je refuse de t’entrainer dans le Chaos qu’est mon existence. »

C’était là des paroles d’adieu qu’il prononçait. Car il n’entrainerait pas la jeune femme dans ce cercle vicieux qu’était sa propre descente dans le Vide. Elle méritait mieux, tellement mieux. Il ne serait pas un fardeau pour elle, un poids que la vérité ne pourrait jamais relâcher. D’un geste vif, spontané, il l’attrapa par la taille et la serra dans ses bras, enfouissant son visage dans sa lourde chevelure gorgée d’eau dont l’odeur resterait à ses côtés pendant plusieurs années.

« Je te demanderais juste une chose… » chuchota-t-il, le visage toujours caché. « Si un jour tu en viens à me détester… s’il te plait rappelle-toi que je suis celui à qui tu as demandé de l’aide. Moi et non les étudiants de la table d’à côté. »

Sur ces paroles, il la relâcha, à regret, et s’éloigna du jardin sans plus un regard, sans aucune autre parole. Il savait que le jour où leurs chemins se recroiseraient n’arriverait que lorsqu’il aura pris son destin en main. Et en pensant au jour où cette fatalité s’imposerait à eux, son cœur se brisa. Oui, il avait sa réponse… Sa vie aurait été très certainement plus heureuse sans qu’aucune marque ne vienne entacher sa peau. Car alors il aurait pu être un garçon normal. Et il aurait pu rencontrer Llyn dans ce jardin, un jour où le soleil aurait décidé de briller haut dans le ciel. Et où les Astres n’auraient en aucun cas été une menace.
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Llyn

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le Dim 8 Avr - 21:57


Une tâche d'encre sur un parchemin
ft. Ren

Le froid pénètre par ses vêtements humides. La jeune femme sent l’eau couler dans son cou à cause de ses cheveux mouillés qui lui collent au visage. Elle est trempée et elle sait par avance qu’elle risque de se faire réprimander en rentrant au Palais, que ce soit par Ama, Jilya ou Desde. Mais à l’instant présent, elle s’en fiche. Son regard reste posé sur le visage de Ren, face à elle, qui a détourné les yeux, fuyant les siens pour observer les arbres agités par la tempête qui semble se lever petit à petit. Sa voix n’est qu’un murmure, mais portée par le vent, elle parvient à Llyn avec aisance. Celle-ci se tend en entendant la réponse qu’il lui donne. Que pourrais-je y faire… Comment pourrait-elle le savoir si elle ignore de quoi il est réellement question ? Elle s’apprête à lui en faire la remarque, mais elle n’en a pas le temps.

Desde serait extrêmement déçu de ce qu’il se passe. Le Gardien de l’eau lui a appris à toujours rester sur ses gardes, à ne jamais laisser l’ennemi franchir la distance qui les sépare pour s’en prendre à elle. Toujours rester en alerte, et garder sa main à proximité du poignard glissé dans sa botte. Ren n’est pas un ennemi, mais elle ne le connait que depuis moins d’une heure, en plus des paroles étranges qu’il prononce depuis tout ce temps. Alors elle aurait dû rester prudente. Mais elle ne l’a pas été. Les mains du jeune homme se sont posées sur sa taille avant qu’il ne l’attire à lui pour la serrer dans ses bras. Llyn se tend contre lui, les yeux écarquillés par la surprise, s’attendant à tout sauf à ça. Ce n’est qu’une étreinte chaleureuse sans arrière pensée. Elle a même cette sensation étrange d’un appel à l’aide.

Hésitante, elle lève les mains pour les poser sur sa taille avec légèreté, sans trop savoir quoi faire. Les mots qu’il murmure au creux de son oreille y entre pour s’ancrer dans sa mémoire. Puis, sans prévenir, il la relâche et s’éloigne, la laissant seule au milieu de ce petit jardin perdu dans la Cité de Saphir. Debout dans ce dernier, elle regarde sa silhouette s’éloigner, semblant porter le poids du monde sur ses épaules.

« Je m’en souviendrai… »

Ces mots ne sont qu’un murmure alors que Ren disparaît derrière un mur. Encore une fois, Llyn a l’impression d’avoir vécu quelque chose d’irréel durant cette dernière heure. Tout a été si vite qu’elle n’est pas certaine d’avoir réellement compris ce qu’il s’est passé. Les paroles du jeune homme tournent en boucle dans sa tête, sans qu’elle ne parvienne à y trouver un sens quelconque. Peut-être qu’il est inutile d’en chercher un après tout. Ren n’est peut-être qu’un fou qui cherchait de l’attention. Pourtant, même si cette idée tente de s’inscrire en elle, la jeune gardienne sait qu’il n’y avait que des vérités dans son discours. L’étau qui se resserre autour de son cœur n’en est que plus douloureux. Resserrant ses bras autour d’elle pour essayer de se réchauffer, Llyn quitte le jardin pour aller récupérer ses affaires et retourner auprès d’Ama, là où est sa place.
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