Souverain du Vide
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Ren

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le Lun 12 Mar - 20:02
Le parfum de l'amertume

Le vignoble du Marquis de Barth s’étendait sur les terres, au sud du lac de Seele. Vignoble le plus important, comprenant plusieurs hectares de terres, il était également le plus riche et le plus productif. L’import-export fonctionnait à merveille et le vin de Barth était un des plus réputés dans tout le Royaume. Il allait sans dire que nombreux habitants passant dans la Contrée d’Akasha s’arrêtaient régulièrement à Veren afin de venir visiter le vignoble, espérant pouvoir déguster de ce délicieux vin dont l’arôme n’avait d’égal que le prix. Le commerce n’avait cessé de croître ces dernières années et le Marquis de Barth était sans conteste une des personnes les plus riches de tout le Royaume. Hélas pour lui, son nouveau Souverain ne voyait pas son opulence du même œil que son prédécesseur…

Seren avait toujours fermé les yeux sur les agissements de ses sujets. Tant que l’or continuait d’affluer dans ses caisses et que sa Contrée demeurait la plus riche et puissante du Royaume, qu’importe comment l’or était récolté. Mais Seren avait été tué. Et son assassin n’aimait pas particulièrement que l’on détourne les règles ou que l’on abuse de son rang pour s’octroyer privilèges et richesses. Et de nombreux nobles avaient déjà perdu leur tête pour cela. Le Marquis était le prochain sur la liste. Car le Souverain avait entendu dire que le meilleur nectar du Royaume devait sa production à un groupe d’esclaves, employés dans la vigne dans la plus grande illégalité. Or, Ren avait mis fin à l’esclavagisme qui était monnaie courante dans la Contrée des Astres sitôt le trône lui appartenant. Et tout manquement à ses règles vaudrait un allé simple à l’échafaud.

La rumeur que le Souverain du Vide venait en visite officielle au vignoble de Barth avait déjà parcouru tout Veren et ses alentours et le Marquis suait déjà à grosses gouttes lorsqu’il aperçut la délégation royale remonter la colline, entrant sur ses terres. Comme toujours, Ren ne pouvait se déplacer seul et pour une fois, il ne le souhaitait pas. Il s’agissait là d’une affaire officielle de la plus haute importance et tout serait fait dans les règles. S’il découvrait la moindre trace d’activité illégale dans les vignes, le Marquis serait arrêté, jugé et très certainement exécuté. Et le Souverain n’était pas connu pour sa clémence, notamment envers la noblesse.

L’endroit était d’une beauté à couper le souffle, il fallait le reconnaître. La demeure du Marquis s’élevait sur la colline, avec vue sur le lac qui scintillait de mille feux par cette chaude après-midi. Le vignoble s’étendait au pied de la demeure, un arôme alléchant accompagnant les nouveaux venus sur leur chemin. Mais le décor laissait Ren indifférent tandis qu’il parcourait les quelques pas qui le séparait encore de la demeure du Marquis. Comme toujours, il était vêtu simplement. Chemise fine et sombre sur pantalon sombre également. Une ceinture de cuir nouée à la taille et un autre morceau de cuir retentant ses cheveux, dégageant son visage aux traits fermés et durs tandis que quelques mèches retombaient devant ses yeux d’un bleu glacial. Et devant cette froideur et cette dureté, le Marquis crut que ses jambes allaient se dérober tant elles tremblaient.

Fearghas, capitaine de la garde, s’avança et annonça l’arrivée de Ren, comme le voulait l’usage. Tous s’inclinèrent devant lui tandis qu’il avançait, mains croisées derrière son dos, d’une démarche tranquille que trompait son regard d’acier. Il n’adressa qu’un bref regard au Marquis mais cela suffit pour que ce dernier ne recule d’un pas, couinant légèrement. L’attention du Souverain était portée sur le vignoble et sur les ombres des travailleurs qu’il pouvait voir se découper contre les vignes. Fearghas s’avança et s’inclina légèrement avant de prendre la parole, ignorant également le Marquis qui semblait prêt à s’effondrer.

«  -Souhaitez-vous que nous fermions l’accès Sire ?
-Non… Laissez les visiteurs venir si cela leur chante. Qu’ils soient témoins de ce que nous trouverons ici. Vous resterez ici. Assurez-vous que notre hôte ne soit pas pris d’une brusque envie de s’éclipser. »


Pour toute réponse, le soldat sourit, d’un sourire mauvais qui n’avait rien d’avenant. Le Marquis était entre de bonnes mains. Il fit signe à ses soldats de rentrer dans la maison, s’assurant que certains d’entre eux resteraient à bonne distance du Souverain sans pour autant le perdre de vue. Puis, Ren s’avança, redescendant la colline, pénétrant dans le vignoble, se fondant parmi les vignes et les ombres.
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le Jeu 15 Mar - 18:42

Le parfum de l'amertume



Elyn regarda par la fenêtre de la petite bâtisse avant de pousser un soupir. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas quitté Calib et la voilà perdu dans le continent d'Akasha. Sa sœur habitait le petit village au grand patrimoine vinicole : Veren. Dans ses missives, la plus jeune l'avait toujours invité à venir lui rendre visite, mais Elyn était une femme occupée. Cependant, depuis la mort de Hornes et son spleen qui reprend le dessus, la rousse pensait quitter la ville désertique mais marchande. Alors rendre visite à sa jeune sœur ne serait qu'une bonne excuse pour visiter un coin où elle établirait ses futurs bagages. Après tout, pourquoi pas ? Et puis ce n'était pas non plus la cité d'ébène, simplement un petit bourg. De ce qu'elle en savait, le duc ou le comte qui régnait sur ces terres, recrutait du monde en permanence pour son vignoble. A cette pensée, Elyn regarda ses mains, puis son corps en général. Elle ? Travailler dans un vignoble ? C'était trop épuisant. Elle n'avait plus vingt ans !

Détenant les clés de la maison lorsque les propriétaires s'absentaient pour aller travailler, Elyn décida de finir rapidement sa vaisselle pour prendre l'air. L'atmosphère, la température, l'ambiance qui se dégageait de cette petite bourgade était rafraîchissant. Si exotique qu'ils lui paraissaient irréel. Elle ne savait plus à quoi ressemblait Prithvi, sa terre natale, et n'avait jamais vu autre chose. Peut être était-ce ici qu'elle devrait s'installer... ? Elle y songeait de plus en plus. Son fils serait tellement heureux...
Si Elyn ne dénotait pas du tout dans le paysage avec sa peau pâle et ses cheveux cuivrés, elle décida de vêtir une robe des plus sobres et peu volumineuse. La femme désirait malgré tout ne pas se faire repérer outre mesure. Erhn était parti avec Julius, le mari de Krysta, sa soeur ce qui faisait d'Elyn une femme très libre.
N'oubliant pas le foulard noir autant de son bras, elle claqua la porte en bois très typique, pour descendre les allées pavées. Tout la charmait, du sol aux arbres, du ciel à la terre, et à chaque fois qu'elle tournait les yeux, l'architecture ou l'horizon la comblait.

Ce fut à pas lents qu'elle finit par se perdre dans une partie accessible de l'immense vignoble. Les travailleurs étaient très dispersés et étrangement, il n'y en avait pas tellement. Egalement, les oiseaux ne chantaient pas ici, dans les vignes. Pourtant, ce n'était pas très agité...
Essayant de ne pas fouler la terre souvent meuble à certains endroit, elle resta sur une des allées principales. Le nez dans une grappe de raisins dans le but d'en sentir les différentes effluves, elle sursauta à la vue de deux jambes apparaissant silencieusement de l'autre côté des fils tendus. Laissant échapper un léger cri de surprise Elyn dit doucement « Pardonnez ma surprise, je ne m'attendais pas à voir quelqu'un. Je sentais les fruits mais n'en ai touché aucun. » Bien que l'homme ne payait pas de mine, elle ne préférait pas se mettre à dos un ouvrier ou pire, un responsable d'exploitation. Si elle ou sa sœur avaient des ennuis, ce serait la fin de tout ! « Je ne suis pas originaire de la région alors je suis curieuse de ses spécialités. Je ne voulais pas paraître déplacée. » Car après tout, elle se tenait sur une propriété privée tolérant les étrangers. Elyn n'était pas timide ou gênée mais elle affichait une moue légèrement embêtée. Elle souhaitait nullement que ses intentions soient mal interprétées.


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Ren

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le Sam 17 Mar - 20:02
Le parfum de l'amertume

Les ouvriers se faisaient rares parmi les vignes et Ren serra les dents, furieux. Bien entendu, il ne pouvait se déplacer sans que des trompettes ne sonnent et que son nom ne résonne dans les rues. Le Marquis avait eu vent de sa venue bien avant que le Souverain n’apparaisse et cela lui avait laissé suffisamment de temps pour prendre toutes les dispositions nécessaires et cacher l’activité illégale qui avait lieu ici. Car le jeune homme en était sûr, Mme De Lys était une source fiable et elle avait eu vent de ce qui se tramait ici. Son établissement était le lieu parfait pour délier les langues, devenues hardies sur l’oreiller, et les informations récoltées jusqu’à présent s’étaient toujours révélées véridiques. Mais ne pouvoir opérer discrètement agaçait au plus haut point le jeune Souverain. Qu’importe, il trouverait un moyen de faire parler les ouvriers. Ou le Marquis, avec qui il se montrerait beaucoup moins tendre.

En tournant dans une allée, souhaitant s’enfoncer un peu plus dans le vignoble, Ren fut surpris de tomber nez à nez avec une femme qui, aussi surprise que lui, lâcha un petit cri lorsqu’il apparut dans son champ de vision. Fronçant les sourcils, il l’observa partiellement, comprenant bien vite qu’elle ne travaillait pas ici. Ses vêtements étaient de trop bonne qualité et ses mains, bien trop propres. Elle confirma bien vite sa première supposition, affirmant être étrangère à la région et ne souhaitant simplement que sentir les grappes de raisin. Il secoua légèrement la tête, comme agacé, non pas après la femme qui lui faisait face mais bien après l’endroit dans lequel ils se trouvaient tous deux.

« Je doute que le Marquis trouve quoique ce soit à redire si l’on se déplace depuis une autre Contrée pour venir sentir ses grappes. » Sa voix était froide, dénuée de la moindre émotion, comme à son habitude. Un sourire moqueur vint étirer ses lèvres tandis qu’il reprit, « à vrai dire il est actuellement dans l’incapacité de dire ou faire quoique ce soit, même si vous vous décidiez de goûter à l’un de ces fruits Madame. »

Il s’inclina légèrement, observant un peu plus la femme qui lui faisait face. De lourdes boucles rousses encadrant un visage sans âge réel, trop marqué pour être jeune mais au grain trop lisse pour être âgé. Elle n’était pas noble, bien qu’une certaine aisance se devinait dans la délicatesse de ses mouvements. Le tissu de ses vêtements laissait deviner une femme aisée mais non riche. Profitant de ce rapide examen pour reprendre son calme, Ren inspira lentement, cherchant à reprendre le contrôle. Il détestait être surpris, qui plus est dans un lieu tel que celui-ci.

« Pardonnez ce manque de délicatesse. Vous n’avez pas choisi la plus agréable des journées pour venir vous promener dans le Vignoble. Le Marquis et moi sommes en pleines… négociations, concernant l’avenir de ses terres. » Il s’interrompit, regardant autour de lui, sentant l’agacement revenir en pensant à la supercherie dont faisait preuve De Barth. « Mais en tant que Souverain de cette Contrée, permettez-moi de vous souhaiter officiellement la bienvenue sur les Terres d’Akasha. »

A nouveau, il s’inclina légèrement. Il choisit de révéler sa véritable identité pour éviter toute maladresse, sachant pertinemment que, dans l’état d’esprit où il se trouvait, il serait bien capable de se montrer déplaisant, même envers une femme innocente qui n’avait fait rien d’autre que de sentir l’arôme des vignes.

« Puis-je vous demander de quelle Contrée venez-vous ? Vous semblez ne pas connaître Akasha… c’est un choix bien étrange que de venir la visiter pendant ces temps troublés. »
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le Dim 18 Mar - 23:08

Le parfum de l'amertume



L'homme était tout de même assez antipathique. C'était peut-être un marginal ? Il y en avait quelques uns à Calib. De braves gens juste quelque peu... Déboussolés disons. Elyn préféra lui servir un grand sourire quand il commença à s'exprimer. Il avait l'air de connaître le chef des lieux et se permis une réflexion assez... Honnête. La femme serra un pan de sa robe, comme pour cacher son offuscation. En effet, elle se sentait idiote et cette homme ne manqua pas de le lui faire ressentir. Venir d'ailleurs juste pour sentir des fruits. Pauvre femme, vraiment. Ne souhaitant pas étaler sa vie non plus, elle se contenta d'hocher la tête avant de répondre « Oh, non, je ne me permettrai pas. Je ne connais pas assez le marquis je dois avouer. Est-il souffrant ? » En réalité elle n'en avait cure mais il fallait bien être polie, que voulez-vous. Ayant l'habitude du contact, elle savait assez bien feindre l'intéressement.

Elyn n'osait pas insister sur la tenue de l'inconnu. Il était des plus simple mais dégageait quelque chose d'assez hypnotisant. Cependant, elle ne prit pas la peine de relever et laissa sans mal les quelques secondes de flottement qui s'imposaient entre eux. Lorsqu'elle  l'entendit souffler lentement, elle se dit que c'était peut-être le bon moment pour lui fausser compagnie mais le type changea de ton et d'attitude pour continuer à parler.

Certains mots se détachèrent des autres, alors que quelques uns ne parvinrent même pas à ses oreilles. Elyn bloqua sur le mot souverain. Son visage se figea, son corps se raidit et elle le laissa palabrer sans l'arrêter. Au bout de quelques secondes elle finit par murmurer « Pardon ? » Est-ce que son âge avancé faisait qu'elle déformait les sons et cru entendre des... Divagations... ? Quoi ? Comment ? Ici ? Veren ?
Se raclant la gorge doucement, elle tourna la tête pour couper le contact visuel avec le type et se départit de son sourire faussement jovial. Comment dire qu'elle était assez peu peignée, habillée comme une roturière et plutôt surprise dans une position des plus inconfortable, les pieds dans la gadoue. Devant le souverain d'Akasha, l'enfant du Vide. Tout à coup, elle se félicita d'avoir toujours soutenu son règne. Pas ses manières d'y accéder mais sa présence sur le trône.

« Excusez-moi, j'ai eu un moment d'absence. Le climat me fait faire quelques baisses de tension. » Foutaises. « Je me prénomme Elyn. Elyn Chamberlain. » Elle s'inclina prestement, en direct des chaussures royales de sa majesté « Je suis affreusement confuse de ne pas avoir eu la présence d'esprit de vous reconnaître. Je viens d'arriver et je ne me suis pas renseignée au sujet de votre venue sur ces terres. » Se relevant, elle était assez rouge. Sa peau porcelaine ne pouvait pas mentir et la gêne était lisible en lettres majuscules sur son visage « Je suis originaire de Prithvi mais habitante d'Agni. Calib plus précisément, depuis une vingtaine d'année. Ainsi, je suis venue rendre visite à ma jeune sœur et son mari qui habitent et travaillent ici, autour du vignoble. » Elyn remit une boucle derrière son oreille avant de soupirer « Elle... Elle ne m'a pas prévenu que ce n'était pas la bonne saison pour venir. Disons qu'il n'y a pas de bon ou mauvais moment pour rendre visite à la famille... » Cela faisait un peu mièvre dit comme ça et elle n'en prit conscience que lorsqu'elle le prononça. La femme, pourtant sure d'elle et pleine d’aplomb, se trouvait bien cruche au milieu de ce champ à parler avec Ren. Ses mots étaient mal choisis et son ton un peu hâtif et hésitant « En effet, Akasha est vaste et inconnue. C'est la première fois que je viens à Veren également mais, majesté, loin de moi l'idée d'accaparer votre temps. Si je peux faire cependant quelque chose pour vous, se sera avec plaisir. » Oui car de un, il devait être particulièrement occupé vu son air apathique et de deux, la moindre des choses était de ne pas le submerger du récit d'une vie dont il n'avait cure. Polie, courtoises et respectueuses. Car actuellement, elle se trouvait chez lui, dans ses terres et s'il lui prenait l'idée de lui trancher la tête, il en aurait tout à fait le droit. Depuis toujours, Akasha était connue comme le territoire où il ne fallait pas faire de vague et elle avait du mal à ce dire que le nouveau souverain changerait ça. Bien qu'elle ne soit jamais venu, elle avait tendance à avoir vite les mains moites.


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Ren

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le Lun 26 Mar - 18:50
Le parfum de l'amertume

Lentement, un sourire vint à nouveau étirer les lèvres du Souverain. Cette fois-ci cependant, on y dénotait une touche d’amusement et non plus de moquerie. Un des rares plaisirs dont il se délectait depuis sa prise de fonctions était la réaction des gens en apprenant qui il était réellement. Ren avait toujours été un jeune homme effacé, invisible, inexistant aux yeux du monde. Cela relevait de son propre choix et bien longtemps, on l’avait regardé sans réellement le voir. Mais à présent, le Royaume entier connaissait son nom, le méprisait ou l’admirait, qu’importe. Il se moquait des rumeurs, des opinions et des regards. Et le changement d’attitude lorsqu’on le rencontrait pour la première fois était toujours un spectacle qui le ravissait. Qu’on s’aplatisse au sol à ses pieds, qu’on recule devant lui, qu’on s’évanouisse même, il avait tout vu, avait tout entendu. Mais la femme qui lui faisait face, répondant au nom d’Elyn, eut une réaction pleine de grâce et mesurée, bien que sa surprise soit évidente.

Il aimait cette délicatesse dans ses expressions, cette composition dont elle semblait faire preuve à tout instant. Même ses réactions les plus spontanées semblaient légèrement travaillées. Il ne répondit rien devant l’excuse qu’elle lui offrit, accusant le climat pour sa réaction. Il accepta cette excuse, sachant pertinemment que chaque mot sonnait faux, car qu’aurait-elle pu dire d’autre ? Reconnaître qu’elle n’aurait jamais soupçonné que l’homme qui lui faisait face gouvernait ces terres ? Elle aurait pu perdre sa tête pour cela. Or, il souhaitait qu’elle la garde. Non pas par pure acte de bienveillance mais bien parce qu’il sentait que la présence de la dame pourrait rentre cette journée plus supportable. Et elle pourrait également lui servir.

Il inclina la tête, attendant qu’elle ait fini de parler. Chaque information fut enregistrée, reléguée dans un coin de son esprit, attendant le bon moment pour être réutilisée. Lorsqu’elle s’interrompit, cachant difficilement sa nervosité, il prit un instant pour réfléchir. Il n’avait pas de temps à perdre avec des conversations mondaines mais en même temps… Elyn pourrait certainement jouer un rôle dans l’affaire en cours. Un témoin supplémentaire était toujours le bienvenu.

« Agni… eh bien je doute que votre Souverain ait quelques portraits de moi accrochés sur les murs de sa cité, aussi que vous ne m’ayez pas reconnu n’est pas une réelle surprise. » A nouveau, un fin sourire vint éclairer son visage, alors que son regard restait aussi froid que la glace. « Il n’y a aucune saison pour venir visiter sa famille en effet. J’espère qu’ils n’ont pas souffert des… désagréments qu’à connu Akasha ces derniers mois. »

Il faisait bien entendu référence au coup d’état et aux conflits qui avaient suivi. Mais la principale cible de Ren était la Capitale. La Cité d’Ebène avait souffert de la purge tandis que les villages au contraire avaient retrouvé de leur splendeur et pouvaient à nouveau vivre sans craindre l’ombre des Astres.

« En réalité Dame Chamberlain… il y a une chose que vous pourriez faire pour moi. Je serais votre obligé si vous acceptiez de m’accompagner. Comme je vous le disais, une affaire m’a amené ici, une affaire en rapport avec le commerce du Marquis. Votre présence pourrait m’être particulièrement bénéfique. De plus… vous aurez ainsi tout loisir de sentir chaque grappe présente dans ces vignes… »

Une lueur malicieuse passa dans son regard tandis qu’il finissait de parler. D’un geste du bras, il invita Elyn à marcher à ses côtés alors qu’il s’avançait dans les vignes, s’enfonçant sur le chemin de terre, à l’affut du moindre mouvement qui pourrait annoncer la présence d’un travailleur dans les parages. Il n’avait pas laissé à sa compagne le temps de répondre car bien que présentées comme une requête, ses paroles ne toléraient aucun refus. Il avança ainsi en silence pendant plusieurs minutes, mains croisées derrière son dos, comme perdu dans ses pensées. Le Souverain n’était pas l’homme le plus sociable qui soit et il semblait avoir déjà oublié la présence d’Elyn à ses côtés. Pourtant, au bout de quelques temps, il reprit la parole, d’une voix lointaine et voilée tandis qu’il se remémorait un passé qui semblait appartenir à un autre monde.

« J’ai vécu à Calib fut un temps. A Prithvi également. Les coutumes locales m’avaient fort étonné je dois l’avouer. Mais j’y ai retiré de nombreux enseignements qui m’ont été bien utiles. Malheureusement, ce sont les deux Contrées où il m’est aujourd’hui difficile d’aller pour… divergences politiques. Je me souviens parfaitement de Calib et de ses nombreux commerces. J’en garde un souvenir passablement agréable malgré le peu de temps que j’ai passé là-bas. »
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le Lun 23 Avr - 9:08

Le parfum de l'amertume



Elyn se demanda si la mort par étouffement avec un grain de raisin n'aurait pas été plus douce face au calvaire que lui imposait le prince. Les sourires de cet homme ne collait pas avec le reste de son visage ou de sa stature. Rien n'avait l'air vrai et en même temps, rien n'avait l'air faux non plus. Ren s'enquit des désagréments qu'aurait pu causer son soulèvement, sur sa famille vivant ici. Elyn se contenta de secouer la tête, exhumant un sourire poli « Aucune inquiétude. » Et même si ça avait été le cas, d'aucun sait qu'elle ne se serait pas empressé de le lui dire.

La rousse écouta alors le monarque parler. Elle espérait qu'il soit honnête et bienveillant avec son peuple car elle en était maintenant sûre, ce n'était pas la joie et l'amabilité qui lui arrachaient les dents. Lorsqu'il formula la requête d'un service, Elyn cru qu'elle allait tourner de l’œil. Elle était trop polie. Pourquoi ne s'était-elle pas enfuie en courant au lui de faire du zèle et lui demander si elle pouvait lui servir en quoi que ce soit ? Evidemment qu'il allait trouver ! De la main d'oeuvre gratuite, ça ne courrait pas les rues ces temps-ci.
Sans se départir de sa droiture, la Dame ne releva pas la moquerie navrante et pour le coup un peu trop répétitive, que lui fit le prince. Au contraire, elle se concentra sur le reste des paroles avant de lui emboîter le pas, emprisonnée dans un étau social dont elle ne pouvait fuir « Bien évidement, j'en serai honorée, Majesté. » Elle inclina légèrement la tête pour appuyer ses dires, en signe de respect et devait-elle l'avouer, de soumission.

Pensant qu'il allait lui demander quoi que ce soit en rapport avec cela, il partit dans un monologue hors sujet. Il lui parla de Calib, puis d'Agni en général ainsi que de Prithvi. Elyn acquiesça tant bien que mal à ses paroles, glissant dans un murmure « Les voyages fondent la culture. » En tous les cas cela s'appliquait à elle. Elle ne fut plus radieuse qu'en changeant de région, haïssant Prithvi et la souffrance qu'elle endura. Mais bien sûr ça, elle n'avait pas besoin de l'exprimer « Je suis désolée que votre position vous empêche désormais d'aller où bon vous semble mais sachez que depuis votre passage dans ces contrées, rien n'a réellement changé. » Qu'il en soit soulagé, ses souvenirs étaient intacts. Bien qu'elle ne souhaitait pas le presser ou le bousculer, elle avait envie que cela se termine rapidement.
La rousse pataugeait dans la boue. Elle avait fait deuil de ses chaussures et de son accoutrement, décidant de marcher de manière plus aisée et droite. Tant pis si elle en avait jusqu'au genoux car, visiblement, son camarade de ballade appréciait cela, de s'enliser dans la fange.


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Ren

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le Dim 29 Avr - 13:25
Le parfum de l'amertume

Ren haussa un sourcil, surpris, en entendant le faible murmure qu’était devenue la voix de sa compagne du moment. Ses réponses étaient courtes, incertaines et semblaient se limiter à ce que la courtoisie exigeait. Pendant un court instant, il se demanda d’où provenait ce brusque changement. Bien entendu, la réponse s’imposa presque aussitôt tant elle était simple et évidente. Le Souverain retint un soupir. S’il trouvait amusant l’ahurissement qui peignaient les traits de ses interlocuteurs lorsqu’il se présentait, en revanche il s’amusait moins du changement radical qui s’opérait chez certains d’entre eux après coup. Mais qu’y pouvaient-ils. Il n’était plus le simple étudiant effacé, avide de connaissances, souhaitant toujours en apprendre plus, se plongeant corps et âmes dans des lectures longues et fastidieuses pour certains mais tellement enrichissantes pour lui. Il avait choisi une autre voie. Une voie bien plus sombre et sinistre que celle de l’enseignement. Il ne regrettait aucun de ses choix et assumait pleinement ce qu’il était et la destinée qu’il avait embrassée. Mais devant le malaise apparent d’Elyn, il savait que ce qu’il était suffisait généralement à effrayer voire écœurer la moitié de la population de Seele. Et cela lui laissait un goût bien désagréable en bouche.

« Vous semblez mal à l’aise ma Dame. » Ce n’était pas une question, simplement un constat, prononcé d’une voix douce, tandis qu’il continuait d’avancer, s’enfonçant toujours plus dans le vignoble, son regard d’acier scrutant les alentours, à la recherche d’une preuve ou d’un indice qui lui permettrait de mettre fin à la grotesque mascarade du Marquis. « Je suppose que j’en suis l’unique responsable. Nous prenons souvent pour acquis ce qui nous est dû et les habitudes peuvent parfois nous faire oublier la plus élémentaire des courtoisies. Vous êtes étrangère à ces terres, vous souhaitiez simplement vous enquérir de nos spécialités et je suis la première personne à croiser votre route, vous imposant une situation à laquelle vous auriez sûrement souhaité pouvoir échapper. Et je ne vous blâme pas. »

Ren s’arrêta alors et se retourna, reportant toute son attention sur Elyn à ses côtés, laissant pendant un court instant la tâche dont il était venu s’acquitter. « Permettez-moi de me faire pardonner de ma grossièreté et du temps que je vous vole en cet instant. Cette partie de la vigne sert surtout à la culture des grappes et à la production. Très peu de gens s’aventurent par ici lors de leurs visites car il n’y a rien de plaisant, d’où ma surprise de vous y trouver ici. Le reste du vignoble en revanche… est un des trésors des terres d’Akasha. Il me faut visiter le reste des terres, si vous acceptez de m’apporter votre aide, je pourrais alors vous montrer toute la splendeur de cette petite Contrée… Qu’en dites-vous ? »
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