Aap
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Llyn

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le Jeu 15 Mar - 16:22


Dans le brouillard de sable
ft. Ishüen


[ An 1000  – Saison de Liekki ]

Agni, la belle Agni. Ses déserts de sable chaud, ses dunes gigantesques qui s’étendent à perte de vue, ses oasis magnifiques qui donnent des illusions de paradis, ses habitants joyeux et dansants qui vous accueillent à bras ouverts, peu importe la période de l’année. Peu importe que vous soyez un soldat de Vaata, un pécheur d’Aap, un sculpteur de Prithvi ou un habitant d’Akasha, vous serez toujours bien accueillis. Néanmoins, le désert sait être capricieux et un véritable danger pour ceux qui se lancent dans sa traversée. Entre la faune hostile, la chaleur suffocante et les tempêtes de sable trop souvent meurtrières, beaucoup ne sont jamais ressortis vivants du Désert Rouge. Beaucoup n’ont même jamais été retrouvés.

Llyn n’aurait jamais pensé se retrouver perdue en plein cœur de l’une d’elle après son départ de la Cité de Rubis. Envoyée là-bas par Ama pour des affaires propres aux deux souverains, en visite non officielle, la jeune femme est partie seule, sans d’autre escorte que son cheval. Malheureusement, ce dernier s’est fait prendre dans des sables mouvants, plusieurs heures après son départ de la Capitale, Llyn s’en sortant de justesse grâce à la force de l’animal. Devant continuer à pieds pour rejoindre Aap, elle pensait pouvoir rejoindre une oasis où trouver une autre monture, mais le désert en a décidé autrement, et elle a fini par se perdre dans le brouillard de sable qui lui fouette le visage malgré le foulard qui lui entoure le cou et la tête. Le vent fait claquer sa longue tunique censée la protéger.

Un cri de surprise lui échappe quand son pied se prend dans un trou invisible dans le sable. Un juron lui échappe alors qu’elle reprend appui sur ses bras pour se remettre debout et continuer d’avancer face au vent et au sable. Je vais mourir ici ? Elle ne peut pas vraiment se le permettre. Ama a besoin d’elle, tout comme le peuple d’Aap, et elle ne peut les abandonner comme ça, à cause d’une fichue tempête de sable. Cette dernière est tellement violente qu’elle ne sait plus s’il fait jour ou nuit, ni depuis combien de temps elle tente d’avancer – ni si elle avance réellement. Chaque pas qu’elle réussit à faire l’épuise et le désert continue de lui happer ses forces encore et encore.

Llyn… Tiens bon, je t’en prie…
Ne t’inquiète pas, tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement…


Même à des centaines de kilomètres de la Souveraine de l’eau, Llyn peut ressentir l’inquiétude qui lui enserre la poitrine. Leur lien si étroit peut avoir autant d’inconvénients que d’avantages et Ama a très vite compris que Llyn était en difficultés, si ce n’est plus. En relevant les yeux à travers le voile de sable, la jeune femme se fige soudain, face à elle, des lumières semblent danser dans la tempête. Ou bien est-ce un mirage ? La bouche sèche, le corps engourdi et manquant de forces, elle finit par tomber de nouveau dans le sable. Au moins, une fois allongée sur le sol, le sable semble se faire moins violent.

Lève-toi.

La voix d’Ama résonne dans son esprit et elle lui obéit. Encore une fois, elle se relève. Devant elle, à une distance indéfinissable, les lumières continuent de flotter. Peu importe que ce soit un mirage ou non, si cela peut lui donner une chance de s’en sortir. Alors la main devant elle pour se protéger au mieux, elle avance…
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Agni
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Ishüen

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le Ven 16 Mar - 11:15
 
Dans le brouillard de sable

La tempête est arrivée sans prévenir, ou à peine, comme c’est le cas généralement pour ce genre de choses. L’haleine du désert s’est seulement faite plus lourde, plus âpre alors que les vents tourbillonnants du nord affrontaient le souffle froid tombant des flancs déchiquetés des Dents du Lion. Puis le sable s’est joint au combat, tel un invité tardif à une fête qui se jetterait sur le buffet pour rattraper les autres convives, gonflant et roulant ses volutes à grands bruits. L’immense nuage ocre, large comme une ville et tutoyant le ciel, a alors assombri l’horizon. Tous les habitants du Désert Rouge ont ployé la tête et se sont terrés à l’abri sur son passage. Raasfalim s’est recroquevillée dans sa pierre blanche et ses volets fermés, patiente, comme toujours.

Dans l’une des chambres la plus profonde de la demeure jouxtant le caravansérail, l’éclat des lampes à huile vacille aux quatre coins de la pièce, faisant danser les ombres des coussins sur les murs. Le vent furieux de dehors rugit contre la pierre, fait claquer les volets pourtant solidement calfeutrés et remplit de frayeur le regard d’Azhan. Ishüen l’a pris sur ses genoux pour le rassurer mais il sent ses tremblements contre lui et le poids de son petit corps chaud qui se pelotonne un peu plus à chaque rafale de sable jeté rageusement à l’assaut de leur maison. Les filles sont un peu moins craintives. Elles préfèrent tromper leur peur en jouant ensemble sur le tapis garnis de poufs, avec leurs jouets de bois et leur plateau de dames. Le claquement brefs des pions sculptés et le petit chœur de voix enfantines repoussent un peu le chaos vociférant au-dehors et le Seigneur des Chevaux les écoute d’une oreille tout en lisant les lettres et comptes-rendus qui jalonnent sa table de travail.

Il n’a aucune raison d’être inquiet. Seylim est partie pour Rubis hier et n’aura certainement pas pris le risque de poursuivre vers Akasha alors que le temps menaçait. Elle est en sûreté chez ses parents ou l’une de ses sœurs, peut-être même en compagnie du Souverain pour planifier les derniers détails de ce voyage diplomatique, qui sait. Aucune raison de s’en faire. La pensée l’effleure à peine alors qu’il caresse les cheveux de son fils tout en réfléchissant distraitement à ce qu’il a sous les yeux, jusqu’à ce qu’une agitation inhabituelle se fasse entendre dans le couloir, brisant soudain l’hibernation de la maison. Ishüen se lève de son bureau, décrochant délicatement de son sirwal l’étreinte frileuse d’Azhan lorsqu’un serviteur vient lui annoncer avec une courbette pleine de déférence et d’urgence à la fois qu’une voyageuse perdue dans la tempête vient d’être recueillie dans le palais.

Il lui a fallu toute son autorité de père pour empêcher Tylim d’aller voir à quoi ressemblait l’inconnue suffisamment folle pour traverser le désert en plein maelstrom, puis pour les confier tous les quatre à leur gouvernante avant d’aller voir de quoi il retourne. Cette histoire l’intrigue. Il faut en effet ne pas être totalement sain d’esprit pour s’aventurer dehors dans ces conditions et il s’étonne qu’une voyageuse vienne frapper à sa porte plutôt qu’à celle de n’importe quelle autre demeure de l’oasis. La ride du lion creuse imperceptiblement son front alors que ses pensées s’aiguisent. Y a-t-il une chance pour que ce soit un piège ? Toutefois, toutes ses questions trouvent réponse lorsqu’il voit l’étrangère en question, abritée à la hâte dans l’une des dépendances du palais, prostrée sur un siège. Le sable a poissé ses cheveux noirs, ravaudé et bruni sa peau blanche mais il reconnait ce visage et ces prunelles d’améthyste bien que la jeune femme semble à deux doigts de perdre connaissance. Aussitôt, les ordres fusent :

« Conduisez-la dans la suite de jade. Baignez-la, soignez-la et préparez-lui de quoi reprendre des forces pendant qu’elle se repose. Faites vite. »

Une partie des serviteurs s’égaille aussitôt en toute hâte. La suite de jade est la plus luxueuse du palais du Seigneur des Chevaux, mise uniquement à la disposition des invités les plus prestigieux. Qui que soit cette femme, elle doit être traitée avec tous les égards. Pour confirmer ce fait, Ishüen s’avance devant elle et s’incline respectueusement, ses tresses parfumées glissant de ses épaules dans un cliquetis de bijoux.

« Ne craignez rien, votre Grâce. Vous êtes en sécurité. »

L’illustre inconnue n’a pas plus tôt été emmenée dans ses quartiers que le Seigneur des Chevaux sent une petite main se glisser hardiment dans la sienne. Baissant les yeux, il reconnait la mine curieuse et le regard franc de Tylim qui le fixe d’un air bravache (et légèrement inquiet), consciente d’avoir désobéi.

« Qui est cette femme, Père ? »

Il lui adresse un demi-sourire complice en lui faisant signe de filer.

« C’est la Gardienne d’Aap. »

Dans le rugissement lointain de la tempête, les prunelles de l’enfant brillent soudain de mille étoiles.
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Llyn

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le Ven 16 Mar - 17:32


Dans le brouillard de sable
ft. Ishüen

Quand elle atteint la  porte d’une maison, Llyn pense d’abord qu’elle a perdu l’esprit et qu’elle est sur le point de sombrer dans l’inconscience. Tomber sur une habitation en pleine tempête de sable est une chance qu’elle ne pensait pas possible. Mais quand la porte s’ouvre sur une personne ébahie de la voir ici, elle se dit que les miracles peuvent parfois exister. Sur le point de tourner de l’œil, elle se laisse entrainer à l’intérieur avant que les portes ne soient refermées derrière elle au plus vite. D’un coup d’œil rapide, elle se rend compte que ce qu’elle a pris pour une simple maison au premier abord est finalement bien plus que cela. Mais elle n’a pas la tête à s’en soucier pour le moment, l’esprit encore embrumé par le sable et la bouche sèche et pleine de sable malgré sa protection de tissu.

Assise sur une chaise, le regard perdu dans le vide, Llyn se demande encore comment elle est parvenue à trouver un abri dans cette tempête de sable dans laquelle elle a bien cru laisser la vie. Au loin, elle peut ressentir le soulagement d’Ama encore légèrement teinté d’inquiétudes. Elle aimerait pouvoir lui dire qu’elle va bien, mais user de leur lien est trop épuisant et ses forces sont encore loin. Hébétée, elle lève les yeux vers l’homme qui vient s’incliner face à elle pour lui signifier qu’elle est en sécurité. Elle l’entend à peine, comme à travers un voile. Comme si elle n’était pas réellement là. Mais une douce odeur de jasmin lui parvient, florale et délicate, avant que des mains ne l’invitent à se lever pour l’emmener. Epuisée, elle se laisse entièrement faire, même si une petite voix lui assure que ce n’est pas la chose à faire de rester aux mains d’inconnus qui entreprennent de la déshabiller pour la plonger dans une baignoire d’eau tiède.

Malgré la chaleur régnant à Agni, elle se sent prise de frissons alors qu’on lui lave les cheveux où elle à la sensation que le désert entier a trouvé refuge. Elle a du mal à garder les yeux ouverts lorsqu’une femme s’empresse de recouvrir sa peau d’huile parfumée, la soulageant des quelques brûlures dues au sable. Une coupe d’eau fraîche lui est offerte quand elle en exprime l’envie et sa tête a à peine toucher l’oreiller qu’elle sombre déjà dans le sommeil.

« Vous croyez qu'elle va se réveiller ? »
« C'est un djinn ? »
« Non c'est une Gardienne. »
« C'est pas pareil ? »

Des petites voix enfantines lui parviennent, d’abord de loin, puis de plus en plus nettes au fur et à mesure que les limbes du sommeil s’éloignent doucement.  Des odeurs parfumées flottent dans l’air et bientôt la lumière franchit le fin barrage de ses paupières. Doucement, Llyn ouvre les yeux et tourne la tête pour voir l’origine de ses petites voix. Deux fillettes sont penchées sur le lit pour l’observer, les yeux écarquillés dès qu’elles la voient éveillée.

« Elle est réveillée ! »

Et les mots sont à peine prononcés qu’elles s’enfuient de la chambre. Llyn se redresse sur le lit et a tout juste le temps de voir quatre petites silhouettes disparaître derrière le paravent et d’entendre une porte se refermer. La jeune femme regarde autour d’elle. Elle se trouve dans une magnifique chambre faite de pierres blanches. Des tentures colorées et des coussins se trouvent un peu partout, en plus des lampes à huile qui éclairent la pièce tout en la parfumant. La Gardienne repousse les draps pour s’asseoir au bord du lit et constater qu’elle ne porte plus ses vêtements mais une très jolie djellaba aux couleurs bleutées. Par réflexe, elle cherche ses affaires autour d’elle et aperçoit ses armes posées sur un tabouret non loin du lit. Ses vêtements, eux, ont disparu. Bien qu’elle ignore combien de temps elle a dormi, les événements lui reviennent et elle se lève.

Derrière le paravent masquant le lit, une table installée dans un creux à même le sol accueille des fruits et des pâtisseries. C’est en voyant ces dernières que Llyn se rend compte qu’elle est affamée. Néanmoins, la prudence étant de mise et ignorant l’endroit où elle se trouve, elle se retient d’aller se servir. En passant devant un miroir, son reflet attire son attention et elle y jette un œil. Ses cheveux ont été soigneusement lavés et coiffés et plus aucun grain de sable ne s’y trouve lorsqu’elle passe la main dedans. Sa peau semble encore abimée à certains endroits mais à part cela, tout semble normal. De légers coups à la porte la font se retourner et c’est méfiante qu’elle répond.

« Entrez. »
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Agni
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Ishüen

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le Dim 18 Mar - 17:21
 
Dans le brouillard de sable

Il ne se souvient pas très bien à quelle occasion il l’a rencontrée. En fait, il ne l’a pas réellement rencontrée. Dame Llyn n’est gardienne que depuis peu. Elle s’était trouvée à la cour de Nàr en même temps que lui un jour où la Souveraine de l’eau rendait visite à son homologue, il l’avait vue de loin et avait demandé son nom, puis avait soigneusement retenu son visage puisque l’occasion d’aller lui parler ne s’était pas présentée. Il se félicite d’avoir pris cette peine aujourd’hui, alors que toute la maison s’anime suite à ses ordres. Laissant aux domestiques le soin de s’occuper de leur invité de fortune, il entreprend également de faire en sorte qu’elle soit à son aise. Ses vêtements sont lavés et raccommodés. La suite de jade est parée, parfumée, rafraîchie de draps frais et de coussins propres, et une légère collation y est disposée bien qu’il soit peu probable qu’elle en profite dans l’immédiat. Certain qu’elle aurait accepté avec honneur (mais non sans une pointe de jalousie), Ishüen fait mettre à la disposition de la Gardienne une des djellabas de soie brodée de son épouse, ainsi que ses deux meilleures femmes de chambre. Et une fois que tout est prêt, il peut s’atteler au plus difficile, à savoir combler la curiosité de ses enfants. La tâche lui prend une bonne partie de la soirée tandis que chaque réponse donne naissance à trois nouvelles questions, celle revenant le plus fréquemment étant bien sûr « Peut-on la voir ? ». Il n’a toujours pas fini de les en dissuader au moment de les coucher, tandis que les derniers souffles de la tempête accompagnent sa voix de conteur ébauchant une nouvelle histoire pour les quatre silhouettes pelotonnées dans leurs lits.

Il a tôt fait de voir que ses efforts n’ont pas tenus plus d’une soirée. Dès le lendemain, la tenace Tylim invente moult jeux nécessitant pour elle et toute sa fratrie de rôder aux alentours de la suite de jade malgré l’interdiction qui leur a été faite. Les gouvernantes les surprennent et les rabrouent plus d’une fois. Rien n’y fait : les quatre garnements se font de plus en plus audacieux sous la conduite de leur aînée, jusqu’à entrer discrètement dans la chambre de l’étrange magicienne surgie du désert. Ishüen soupire. Au moins est-il prévenu immédiatement lorsque la gardienne émerge du sommeil. Un djinn n’aurait pu faire fuir plus rapidement sa progéniture. Laissant là les affaires qu’il traitait, il corrige sa mise pour aller frapper humblement à la porte, entrant dès qu’on le lui permet. Les deux femmes de chambre le suivent aussitôt pour se courber respectueusement devant elle avant d’aller ouvrir les volets. La tempête est passée durant la nuit et la cour bruisse d’activité alors que tout le monde s’affaire encore à nettoyer. On entend au loin la rumeur du caravansérail et les chevaux qui piaffent dans le haras.

« Bonjour, votre Grâce. Je me réjouis de vous voir réveillée si vite. »

Ishüen s’incline à son tour, un sourire avenant aux lèvres. Elle a bien meilleure mine que la veille. Ses yeux sont encore rougis par le sable du désert mais ses cheveux noirs et sa peau de lait ont retrouvé presque tout leur éclat grâce aux soins avisés dont elle a fait l’objet. Dans la lumière du matin et la soie bleutée qui la recouvre, la ciselure délicate de ses traits est un délice pour les yeux. Le Seigneur des Chevaux s’avance pour recueillir doucement sa main dans la sienne, effleurer ses jointures de ses lèvres.

« Permettez-moi de me présenter. Ishüen ben Iphraïm, Seigneur des Chevaux. La tempête vous a jetée hier au soir à la porte de ma demeure, à Raasfalim. Je rends aujourd’hui grâce aux dieux de pouvoir faire votre connaissance. »

Pour sa part, sa mise est à la mesure de son rang, bien que décontractée. Une jebba crème, brodée d’or et rehaussée par une longue ceinture de tissu pourpre, une épée d’apparat glissée dedans, un turban d’un blanc éclatant, et les quelques bijoux qu’il garde en intérieur. Il est chez lui, après tout.

« N’êtes-vous pas trop lasse ? Souhaitez-vous vous restaurer plus largement ? Vous n’avez qu’un mot à dire. Vous êtes ici chez vous pour aussi longtemps qu’il vous plaira. »
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Llyn

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le Mar 27 Mar - 23:11


Dans le brouillard de sable
ft. Ishüen

Lorsque la porte s’ouvre, Llyn pose les yeux sur l’homme qui semble être le maître des lieux. Elle se souvient vaguement de son visage pour l’avoir vu la veille, au milieu de son épuisement certain. Bel homme, il porte ses vêtements crème et pourpre avec une certaine prestance qui ne fait aucun doute sur le rôle qu’il tient dans cette demeure. Ses longs cheveux noirs ainsi que sa barbe tressée sont parés de nombreux bijoux cliquetant doucement à chacun des pas qu’il fait en entrant dans la chambre. Deux jeunes femmes l’accompagnent pour venir s’incliner poliment face à Llyn qui leur rend leur salut avec tout autant de grâce, bien qu’un peu surprise. L’un d’elles s’empresse d’aller ouvrir les volets pour faire entrer la lumière du jour. Un regard dehors ainsi que les sons extérieurs indiquent à la Gardienne que la tempête est passée. La voix de l’homme lui fait reporter son attention sur lui.

Elle a beau l’observer avec attention, elle est persuadée de ne l’avoir jamais rencontré avant aujourd’hui. A moins que sa mémoire ne lui fasse défaut, après avoir passé trois ans à arpenter Seele avec Ama pour rencontrer les Souverains et certains seigneurs des différentes contrées, il est possible que son esprit ait fini par arrêter de retenir tous les visages qu’elle pouvait voir. Quoiqu’il en soit, alors qu’il s’avance vers elle pour prendre sa main et y déposer délicatement ses lèvres, elle se demande à quelle occasion Ishüen ben Iphraïm a pu voir son visage et retenir son rang.

« Je vous remercie pour votre aide et votre sollicitude Sieur Ishüen. »

Les quelques heures passées dans la chaleur de la tempête de sable ont eu raison de sa gorge et la voix de la jeune femme lui donne l’impression d’avoir perdu son intonation habituelle. Par réflexe, elle porte doucement sa main à sa gorge pour la masser dans un geste peu utile.

« Comme vous semblez l’avoir deviné, je me prénomme Llyn, Gardienne d’Ama, Souveraine d’Aap. »

Quelqu’un lui a dit un jour que même si la personne en face connaissait son identité, cela ne lui retirait pas le droit de se présenter. La jeune femme a retenu la leçon, même si cet homme n’était pas ce qu’il prétendait être à l’époque.

« Le désert sait se montrer capricieux et épuisant, mais je dois avouer avoir très bien dormi dans votre demeure. » Elle lui fait un petit signe de tête en guise de remerciement. « Vous dites que je me trouve à Raasfalim, c’est bien cela ? Pouvez-vous me dire si je suis loin de la frontière d’Aap je vous prie ? »

Elle ignore quelle direction elle a pu prendre dans la tempête, mais Llyn espère ne pas s’être trop éloignée de sa route.
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Ishüen

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le Mer 28 Mar - 12:27
 
Dans le brouillard de sable

Il incline la tête avec un sourire lorsqu’elle le remercie et affirme avoir pu se reposer.

« Vos paroles me comblent de joie. »

Ishüen est un fils d’Agni. Son hospitalité fait partie intégrante de son honneur et s’entendre remercier par un hôte est toujours une source de fierté, à plus forte raison lorsque l’hôte en question est aussi prestigieux qu’inattendu. Bien que prévoir et s’adapter à toutes les éventualités fasse partie intégrante de sa fonction, il doit avouer n’avoir que rarement songé à accueillir un jour une gardienne, perdue seule dans le désert sans même un cheval. Sa présence pose d’ailleurs question, maintenant qu’elle est éveillée. Cependant, le Seigneur des Chevaux repousse ses interrogations pour le moment. Il y a plus urgent. D’un geste du bras vers la cour de sa demeure visible par la fenêtre ouverte, il désigne par-delà ses murs le caravansérail, la ville blottie dans l’oasis, le dos rond des dunes au-delà des palmeraies.

« Raasfalim est la porte de l’ouest vers votre pays, ma Dame. Si vous vous mettiez en route dans l’instant, vous verriez la fin du désert au coucher du soleil. Je vous ferai donner un bon chameau lorsque vous souhaiterez repartir afin que vous progressiez sans encombre dans les sables. Vous pourrez facilement l’échanger contre un cheval une fois parvenue à la frontière. Mais j’ose espérer que vous n’allez pas nous quitter si vite. Toute ma maison se réjouit de votre présence et vous devez être affamée… »

Ishüen frappe dans ses mains et aussitôt les deux servantes qui s’affairaient discrètement dans la pièce reviennent respectueusement s’incliner devant lui. Quelques ordres prompts sont donnés et, avec l’accord de la jeune gardienne, une vasque de cuivre et un broc d’eau chaude et parfumée sont apportés dans sa chambre, mis à disposition derrière le paravent avec de nombreux savons, huiles, crèmes et parfums. Le Seigneur des Chevaux la laisse à son intimité mais les deux femmes de chambre demeurent à portée de voix et de main pour prendre soin de sa chevelure et oindre sa peau. Ses vêtements de la veille l’attendent sur un coffre, lavés et pliés. Lorsque Llyn est fin prête, on la conduit avec déférence dans l’une des cours intérieures. Si le désert règne en maître en dehors de l’oasis, on pourrait facilement l’oublier dans ce lieu enchanteur, paré de verdure, embaumant l’orange et le jasmin. À l’ombre d’un bosquet de palmes, un auvent de toile a été dressé au-dessus d’un épais tapis recouverts de coussins, arrangés autour de deux tables basses supportant chacune un plateau de métal ouvragé. Des plats divers et variés, chauds ou froids, appellent les ventres affamés de leur parfum d’épices et les quatre enfants de la maison ne se font d’ailleurs pas prier pour picorer dans les entrées, sous l’œil bienveillant de leur père. Malgré tout, dès que la gardienne fait son apparition, ils se lèvent tous ensemble pour venir la saluer, impressionnés et curieux devant une personne aussi importante. Après cela, Ishüen l’invite à s’assoir et à se restaurer.

« Vous vous êtes étonnée en apprenant que je vous connaissais. Je vous ai vue à Rubis, un jour où votre Souveraine rendait visite au mien, mais je n’ai guère eu l’occasion de vous présenter mes hommages. La richesse n’est pas un titre et n’ouvre pas les mêmes portes… »

Il s’interrompt pour aider Azhan qui peine à couper sa viande, laissant le silence donner davantage de poids à ses mots, puis pose à nouveau ses yeux perçants et son sourire avenant sur la jeune femme.

« Mais puisque le mal est à présent réparé, puis-je me permettre de vous demander comment la Gardienne d’Aap s’est retrouvée prise dans une tempête, sans aucune escorte, et sans que qui que ce soit à la capitale n’ait fait courir le bruit de sa venue ? »
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Llyn

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le Dim 22 Avr - 20:07


Dans le brouillard de sable
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Raasfalim. La porte à l’ouest d’Agni, ouvrant sur les frontières avec Aap. Llyn se souvient maintenant avoir vu ce nom sur la carte analysée avant de prendre la route de la Cité de Rubis. Elle n’a pas souhaité passer par ici, préférant une route plus rapide et moins utilisée. Apparemment, la tempête a fini par décider à sa place quel chemin elle devrait emprunter pour le retour. Au-delà de la fenêtre, la jeune femme peut apercevoir les ombres de la ville se trouvant dans l’oasis. Savoir qu’elle pourrait être de retour sur les terres d’Aap avant le coucher du soleil la rassure. Elle va pouvoir partir au plus vite pour retrouver Ama et lui faire part des décisions prises avec Nár concernant l’affaire qui l’a menée jusqu’à ses portes. Néanmoins, la proposition du Seigneur Ishüen la ramène au moment présent, alors qu’il lui fait part de la joie de sa maisonnée de la recevoir ici. Son estomac choisit se moment pour se rappeler à elle avec, heureusement, une certaine discrétion alors que le maître des lieux tape dans ses mains pour faire venir les deux servantes.

Un peu prise au dépourvu, Llyn finit par accepter l’invitation à déjeuner. Ishüen quitte la chambre pour la laisser seule. Quand elle était plus jeune, elle n’aimait pas particulièrement que des servantes s’occupent d’elle, car, comme elle le disait, elle était capable de le faire elle-même. En grandissant et en ayant vu la misère dans certains endroits du Royaume, elle a appris à apprécier et profiter de la chance que lui apportent sa place et son rôle. Aussi se laisse-t-elle aller à quelques instants de bien être aux mains des deux jeunes femmes qui s’occupent de ses cheveux et de sa peau à l’aide de différentes huiles parfumées très agréables. Une fois habillée de ses vêtements lavés, la Gardienne hésite un instant et se décide à seulement glisser sa dague dans sa botte, laissant le reste de ses armes dans la chambre. Elle ne veut pas paraître impolie à se réarmant, mais ne souhaite pas non plus rester entièrement désarmée. Elle opte donc pour la discrétion et quitte la suite.

Elle se laisse guider vers l’une des cours intérieures de la demeure et elle en reste, intérieurement, ébahie. Difficile de se dire qu’elle se trouve réellement dans le désert. Une douce odeur florale et fruitée enveloppe les lieux emplis de verdure. Sous un auvent de toile, des tables ont été dressées de divers mets et entourées de coussins plus moelleux les uns que les autres. Devant tant de nourriture, Llyn se rend compte que la faim est vraiment présente. Elle sourit légèrement en voyant les quatre enfants déjà occupés à picorer dans les plats sous l’œil de leur père. Lorsqu’il la voit arriver, ils se lèvent tous pour la saluer. Saluts qu’elle leur rend avec politesse avant de répondre à l’invitation d’Ishüen et de s’installer autour de la table. Une fois invitée à le faire, Llyn commence à se servir pour entamer le repas, tout en écoutant les paroles de son hôte.

« Je comprends mieux, en effet. Hélas, beaucoup ne pensent pas comme vous Seigneur Ishüen et sont persuadés que, parce qu’ils sont riches, ils possèdent davantage de droits que le reste du commun des mortels. »

Affamée, Llyn profite du petit interlude offert par l’aide parentale pour prendre une bouchée de sa propre viande avant que le fils du désert ne reprenne la parole. Evidemment. Elle s’attendait à une telle question et ne s’en surprend même pas. Elle prend une gorgée d’eau fraîche avant de répondre.

« J’ignore si vous êtes au courant, mais des conflits nous ont été rapportés entre deux villages se trouvant à la frontière à plusieurs kilomètres au Nord de votre oasis. Des groupes de mercenaires ont été engagés et la querelle a pris des proportions exagérées. Je me suis rendue à la Cité de Rubis pour discuter avec votre Souverain des mesures à prendre. Je me devais de voyager dans l’anonymat pour ne pas éveiller les soupçons des deux villages. Tout simplement. »

Un sourire poli avant de croquer dans une pomme. Cette querelle dure maintenant depuis un moment et il faut y mettre fin au plus vite. La discussion entretenue avec  Nár et Meira devrait permettre cela sans trop de difficulté.

« Il est vrai que je n’ai pas eu de chance. Cette tempête m’a prise par surprise et j’aurai pu y laisser la vie si votre oasis ne s’était pas trouvée sur mon chemin. Mais dites-moi Seigneur Ishüen, me pensez-vous incapable de me déplacer sans escorte et de me défendre seule ? »

Aucune animosité dans ces mots, simplement une curiosité certaine et un peu d’amusement. Les gens semblent penser que les Gardiens ne sont là que pour faire joli auprès de leurs Souverains. Beaucoup seraient surpris de savoir que c’est loin d’être le cas.
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Agni
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Ishüen

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le Ven 27 Avr - 9:32
 
Dans le brouillard de sable

Un sourire effleure ses lèvres lorsqu’elle souligne l’arrogance dont font preuve certains autres nantis, persuadés que l’argent seul suffit à appeler la puissance. C’est vrai dans une certaine mesure, si l’on ne pense qu’à court terme. La richesse est semblable à un splendide palais bâti à flanc de falaise, sur une côte battue par les vents. Elle ne peut donner qu’une vue splendide sur l’océan, tout en commençant à s’éroder au bout d’une décennie. Ishüen en est bien conscient, quand bien même il aspire exactement à la même chose que les opulents parvenus qu’il décrie. Ce qui pourrait passer pour de l’humilité ou de la modestie n’est qu’une façon différente de jouer ses cartes. L’argent est une clé, une passerelle vers une forme plus durable de pouvoir, un pouvoir qui ne se joue pas dans le luxe et le brillant de l’or mais sous les voûtes des salles du conseil, dans la pénombre des couloirs du palais, dans les chambres secrètes des puissants. Ou bien simplement autour d’une table bien garnie dans un jardin, en compagnie d’enfants rieurs et d’une Gardienne en voyage… Le Seigneur des Chevaux hoche la tête en entendant les raisons de sa visite officieuse. Il a eu vent de cette histoire.

« C’est donc cela. Hélas, je ne vois que trop bien de quoi il s’agit. Nos bien-aimés souverains auront beau passer tous les accords et redessiner toutes les cartes qu’ils désirent, ils ne pourront changer le cœur des hommes. Les agniens de cette région ont trop à gagner et les aapiens trop à perdre à ce que la frontière soit repoussée… »

La paix fragile des régions frontalières ne pourra se consolider qu’avec des années de dialogue, si tant est qu’ils peuvent avoir lieu. Forcer les deux partis à un compromis apaisera sans doute les tensions sur l’instant mais fera couver la rancœur. Une des nombreuses situations inextricables avec lesquelles doivent jongler ceux qui siègent sur les trônes. Portant un morceau de viande et de pain à ses lèvres, Ishüen marque un temps d’arrêt à la question que lui pose la jeune femme avant de rire brièvement. Il prend le temps de finir sa bouchée et de s’essuyer les lèvres avant de répondre d’un ton velouteux :

« Loin de moi une telle idée. Si vous êtes aussi coriace que Dame Méira sous vos allures de sirène, vous pourriez mettre au pas la totalité des bandits de ce désert. Ce qui serait une bénédiction pour mes affaires… »
« Vous avez déjà combattu des bandits ? »

Sa fille aînée a délaissé son assiette pour se joindre à la conversation, les yeux brillants de curiosité. Le Seigneur des Chevaux sourit. Nul moyen plus efficace de passionner cette enfant que d’évoquer des récits de bataille. Ce qui ne la dispense pas de faire preuve de politesse pour autant, comme il le lui rappelle d’un mot et d’un regard :

« Tylim. »
« Pardon, Père… Avez-vous déjà combattu seule contre des bandits, Dame Llyn ? »
« Pardonnez la curiosité de mes enfants. Ils n’ont encore que peu l’occasion de rencontrer des invités aussi prestigieux. »
« Est-ce que vous avez des pouvoirs magiques comme Dame Méira ?! »

Le repas se poursuit dans la bonne humeur. Les fruits, les sirops et les pâtisseries succèdent aux plats, suivies par les coupes d’eau parfumées pour se rincer les mains. Sitôt les enfants autorisés à quitter la table, Tylim et sa cadette partent à l’assaut du jardin pour jouer aux Gardiennes et aux Souverains tandis qu’Imrani préfère accompagner son petit frère à la sieste. Ishüen quant à lui, offre son bras à son invité pour se promener dans l’orangeraie.

« Votre Souveraine doit se réjouir de vous savoir saine et sauve. Les dieux la gardent. Elle est encore si jeune et le destin lui impose déjà de terribles décisions… Pardonnez ma curiosité, mais est-ce vous qui lui avez conseillé la neutralité lors de la guerre civile d’Akasha ? »

Comme chaque fois qu’il parle de cette contrée, son regard s’aiguise…
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Llyn

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le Jeu 10 Mai - 17:20


Dans le brouillard de sable
ft. Ishüen

La jeune femme ne peut qu’acquiescer aux paroles d’Ishüen sur les conflits frontaliers. Peu importe les accords que pourront passer Ama et Nar, si les habitants ne sont pas d’accords et ne parviennent pas à faire une trêve, cela continuera jusqu’à ce qu’un camp ou l’autre réussisse à obtenir ce qu’il désire. La jeune femme mord doucement dans un morceau de pain quand son hôte rit à sa remarque sur le fait de la penser incapable de se défendre seule. Elle le rejoint quand il la compare à Méira. Cette dernière est effectivement une combattante hors pair, et Llyn éprouve un profond respect pour elle. La voix d’une des enfants intervient avant qu’elle ne puisse lui répondre. Surprise par la véhémence de la petite, Llyn ne répond pas tout de suite, laissant son père la réprimander d’un mot avant.

« Ce n’est rien. La curiosité peut être une vertu si elle n’est pas utilisée à mauvais escient. »

La jeune femme se tourne vers les enfants qui l’observent, intrigués et curieux. Tout en reprenant la parole, elle attrape la coupe d’eau devant elle.

« Oui, j’ai déjà combattue des bandits seule. Une fois. C’était à l’entrée les marais de Sunach. Ils étaient six et avaient enlevé une jeune fille de votre âge pour demander une rançon. Ils avaient pour objectif d’user de la flore des marais pour se cacher. Mais j’étais derrière eux. »

Llyn pousse légèrement les plats pour faire un peu de place sur la table et renverse le contenu de sa coupe sur le bois. L’eau commence à s’écouler. Elle repose la coupe et porte sa main devant elle pour, d’un geste, rassembler toute le liquide au centre et le faire s’élever au-dessus de la table. Au moyen de ces petits tours de passe-passe et d’une voix de conteuse, la Gardienne parvient à susciter l’intérêt des enfants. Puis le repas se poursuit tranquillement et Llyn se surprend à apprécier la compagnie d’Ishüen et de sa progéniture, en oubliant presque la raison de sa présence ici. Une fois les enfants ennuyés de rester à table, ils sont autorisés à aller jouer et la jeune femme ne peut s’empêcher de rire discrètement en voyant les deux filles aînées partir en courant vers les jardins en parlant de souverain et de gardien. Lorsque son hôte lui propose une balade, elle se lève pour prendre son bras et le suivre.

Etonnamment, elle n’est pas surprise d’entendre sa question. Depuis que Ren a pris le pouvoir et qu’Aap a clairement montré sa neutralité dans ce conflit, les rumeurs sont nombreuses sur Ama et elle. Si Llyn a regardé Ishüen avec une certaine méfiance, elle finit par se détendre pour observer les jardins qui les entourent, après avoir vu le regard de l’homme se faire plus sérieux.

« Ama est jeune, c’est indéniable. Mais cela ne l’empêche pas de prendre les décisions qu’elle juge bonnes. Elle n’a pas besoin de moi pour se positionner sur de tels sujets. Néanmoins… Je mentirai si je disais que j’y étais totalement étrangère. »

Lorsqu’elles ont appris ce qu’il s’était passé à Akasha, Ama et Llyn ont regretté la disparition de leurs prédécesseurs. Encore  toutes les deux bien jeunes dans la politique de Seele, elles n’ont pas tout de suite su comment agir. La réunion ayant eu lieue à Emeraude par la suite les ont aidé à prendre la position qu’Aap s’est toujours évertuée à garder.

« Beaucoup estiment que la neutralité est signe de faiblesse. Peut-être ont-ils raison. » Elle s’arrête quelques instants pour frôler une fleur d’oranger et en humer son parfum. « Personnellement, je pense que c’est un signe de sagesse que de prendre la décision qui préservera le peuple d’un conflit qui ne le concerne pas et qui ne ferait que lui apporter la misère et la mort. »

Laissant la fleur tranquille, Llyn se tourne vers son hôte en souriant poliment.

« Qu’en pensez-vous Seigneur Ishüen ? »

Question vague, que ce soit sur la question de neutralité ou la présence de Ren sur le trône d’Ebène.
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Ishüen

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le Ven 11 Mai - 9:23
 
Dans le brouillard de sable

Leurs regards se sont affrontés une brève seconde, peut-être deux alors que la Gardienne jugeait si oui ou non son impertinente question méritait réponse. Ishüen est satisfait que cela soit le cas alors que la jeune femme laisse à présent ses yeux se perdre sur la floraison du jardin, les suaves bribes de parfum les enveloppant comme pour les inviter à la confidence. Il se tait le temps qu’il faut pour l’écouter, considérer tous les tenants de ce qu'elle lui révèle. La modestie et la prudence dont fait preuve dans le choix de ses paroles une femme aussi assurée lui apparait comme une gracieuse manœuvre d’esquive, qu’il apprécie en connaisseur. Il lui rend son sourire en inclinant humblement la tête.

« J’en pense que je taxerais très certainement la neutralité aapienne de faiblesse si j’étais l’un des généraux de notre armée. Mais, par la grâce des dieux, je ne suis qu’un marchand qui tente de faire fructifier son commerce et assurer la survie de son propre royaume, si modeste soit-il. Aussi, je ne peux vous donner tort sur ce point. La guerre est mauvaise pour les affaires. Tout le monde dans ce pays, qu’il soit mendiant ou souverain, finirait par souffrir d’un conflit avec Akasha. Il faut simplement apprendre à… laisser quelques rancunes personnelles de côté pour embrasser la situation d’un œil aussi perçant que possible. Mais si je puis me permettre d’être totalement sincère, ce n’est point cela qui me préoccupe le plus. »

À son tour, il laisse son regard dériver vers le jardin. Le Seigneur des Chevaux a l’habitude de jouer des mots comme de la plume ou de l’épée, avec art et maîtrise. Les déployer élégamment, masquer dans la joliesse de leur musique et  leurs multiples chatoiements des parcelles de vérités, c’est une seconde nature pour lui depuis bien des années. Aussi se permet-il quelques secondes pour goûter l’ironie de son propos lorsque l’on sait que ce sont justement ses propres rancunes personnelles qui le poussent à se mêler de ce qui se passe en Akasha.

« Il m’arrive parfois de faire capturer des chevaux sauvages pour les besoins de mes haras. Il y a quelques années, mes gens m’ont ramené un étalon d’une beauté à couper le souffle, aussi magnifique que fougueux. J’ai aussitôt su que je ne pourrai rien en tirer et le temps m’a donné raison. Ni patience, ni douceur, ni brutalité n’y ont rien fait. Il était impossible de le dresser. Il a blessé plusieurs de mes palefreniers, plusieurs de mes chevaux. Il a fini par tuer l’un des garçons d’écuries d’un coup de sabot à la tête et je me suis résigné à l’abattre. La seule chose qui reste de lui aujourd’hui sont les poulains des juments qu’il a saillies lors de sa captivité. Ils ont beau être splendides et bien plus dociles, je n’oublie pas en les voyant ce que leur père m’a coûté. »

Leur marche dans les jardins les porte jusque sous une tonnelle délicatement ajourée, surchargée d’un buisson de jasmin si dense que son parfum embaume à au moins dix mètres alentours. L’ombre qui règne sous son feuillage abrite un petit banc qu’Ishüen délaisse pour le moment, arrêtant ses pas pour se tourner vers la Gardienne.

« Ren est à l’image de ce cheval, et bien plus dangereux encore. Nous ignorons tout de lui exactement de la même façon qu’il ignore à peu près tout de la politique de Seele. Il n’en a cure car il entend faire table rase du passé, quitte à rebâtir sur des ruines. Voyez ce qu’il a mis en œuvre en Akasha alors qu’il est au pouvoir depuis un an à peine. Les graines du changement qu’il entend jeter de force dans sa contrée donneront peut-être de superbes rejetons à la génération suivante mais elles ne font pour l’instant que ravauder les fondations d’alliances séculaires. Et au-delà de cela, la réelle étendue de ses pouvoirs est encore un mystère et il n’a pas de gardien pour le protéger de sa propre puissance. Nous nous devons d’éviter le conflit. Comment pouvons-nous le faire quand il y a de fortes chances pour que ce soit Ren lui-même qui ne l’initie, peut-être sans même en avoir conscience ? »

Quelque part à l'autre bout du jardin, un cri de surprise puis les éclats de rire de ses filles leur parviennent. Ishüen leur est reconnaissant de la joie de leurs jeux, dont la soudaine effusion d'innocence vient renforcer tout à propos le poids de ses paroles, en un contraste solennel.
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Llyn

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le Jeu 17 Mai - 23:30


Dans le brouillard de sable
ft. Ishüen

Quelques rancunes personnelles. Ces mots laissent Llyn songeuse. Mettre de côté ses sentiments personnels pour le bien de tous est la chose la plus logique à faire. Les actions égoïstes de certains peuvent amener à des situations catastrophiques pour le bien commun. Tout comme la neuvième Souveraine d’Aap a su le prouver en décidant d’adopter un enfant, mettant de côté tout ce que le peuple pouvait penser. Ce qui a amené à la plus grande guerre civile de toute la contrée. Combien de fois la jeune gardienne a-t-elle entendu cette histoire ? Trop souvent pour pouvoir en faire abstraction. Elle a appris à mettre de côté son propre ressenti pour le bien de tous. C’est ainsi qu’il faut agir, et pas autrement.  C’est ce que la jeune femme tente de garder en mémoire dans l’attente du jour où elle recroisera Ren.

Lorsque le regard d’Ishüen se perd à son tour dans le magnifique jardin de sa demeure, Llyn l’observe en silence. Qu’est-ce qui le préoccupe davantage que la neutralité d’une contrée ? Bien qu’elle se pose la question, les interrogations précédentes de l’agnien la mènent sur la voie. La suite de ses propos ne la détrompe pas, même s’il lui faut quelques instants pour comprendre où il veut en venir. L’odeur du jasmin embaume rapidement l’air lorsqu’ils s’approchent d’une tonnelle abritant un banc disposé près d’un magnifique buisson de fleurs. Ishüen se tourne vers elle pour expliquer le fond de sa pensée. Les éclats de rire de ses filles terminent de ponctuer ses paroles. Un léger silence s’installe entre eux avant que la Gardienne ne reprenne la parole.

« Etes-vous en train d’insinuer qu’il faudrait abattre le Souverain du Vide, Seigneur Ishüen ? »

Le ton employé reste neutre, mais le regard de Llyn n’en est pas moins extrêmement sérieux lorsqu’elle continue.

« Savez-vous que de tels propos pourraient vous attirer une mort certaine ? » Un bref sourire apparaît sur ses traits alors qu’elle semble se détendre. « Heureusement pour vous, Agni ne semble pas encore prête à offrir sa légitimité à Ren. Il y a du vrai dans vos paroles, je ne peux dire le contraire. La nature même du pouvoir de Ren est incertaine. L’absence de Gardien à ses côtés n’en est que plus inquiétante. Malheureusement, nous ignorons beaucoup de choses sur le Vide. Les siècles passés ne nous ont pas appris à l’appréhender. L’équilibre est devenu précaire depuis son arrivée au pouvoir et je suis la première à m’inquiéter de la suite. J’ignore où cela nous mènera mais une chose est sûre, je doute que la paix qu’il tente d’instaurer puisse venir aussi facilement. »

Un soupir lui échappe. Il y a bien d’autres choses qu’elle reproche au Souverain autoproclamé, des choses dont elle ne peut parler au Seigneur des Chevaux. Des raisons personnelles qui la poussent à garder le silence quelques instants.

« Les dernières années sous le règne de Seren n’étaient pas particulièrement paisibles. Ce serait hypocrite de dire le contraire. Mais sa présence était nécessaire, tout comme celle d’Isil. Vous parliez de la politique de Seele dont Ren ignore tout. Chaque contrée a sa part de responsabilités dans les événements passés et futurs. Aap, Prithvi, Vaata, Agni et Akasha. Personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir. Les choix de chacun ont amené à cette situation aujourd’hui, certains plus que d’autres. Même s’il est difficile de rester passif face à tout cela, tout ce que nous pouvons faire aujourd’hui est d’attendre et d’observer la suite des événements. Pour le moment du moins. »

A cet instant, probablement inconsciemment, le regard de Llyn se fait plus dur.
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Ishüen

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le Ven 18 Mai - 9:33
 
Dans le brouillard de sable


Les yeux d’Ishüen s’agrandissent sous leur mince trait de khôl tandis que la gardienne lui pose une question qui le laisse sans voix durant quelques secondes avant qu’il n’éclate d’un rire grave et velouté, ressemblant à une main caressante sur les pierres chaudes du désert. Avec déférence, il s’incline devant elle :

« Oh, ma Dame, si j’ai pu par mes paroles vous donner à penser qu’un acte aussi horrible était ce que je vous suggérais, je ne peux que me confondre en excuses. Ce n’était qu’une comparaison comme une autre. Quelques soient mes inquiétudes, jamais je ne voudrais couper la tête de la contrée centrale. Je suis d’ailleurs l’un des seuls à Agni, je ne puis vous le cacher… »

Ce n’est certes pas ici que de tels propos lui vaudraient un aller simple pour l’échafaud. Parmi les élites, tout du moins. Ses espions lui rapportent régulièrement que les opinions ne sont pas aussi tranchées parmi le peuple, surtout à la frontière qui voit passer son lot de réfugiés sous le nouveau comme sous l’ancien Souverain. En haut de l’échelle, personne ou presque ne voit d’un bon œil l’arrivée de Ren au pouvoir et, s’il avait été un humain comme les autres, nul doute qu’il aurait déjà eu quelques tranchantes visites nocturnes. Ishüen en aurait certainement payé une de sa poche. Malgré tout, ces conjectures restent bien à l’abri de sa discussion avec Llyn alors qu’il hoche profondément la tête à ses paroles après avoir respecté ses silences.

« Je suis d’accord avec vous. Nous avons tous joué un rôle dans les troubles qui ont marqué le règne de Seren, même en restant simplement sur le côté de la scène. Il serait idiot de le nier aujourd’hui. Mais je suis soulagé de constater que nos préoccupations se rejoignent. »

Sans doute même plus qu’elle ne veut bien le dire. Le Seigneur des Chevaux n’oserait s’avancer sur ses pensées profondes, mais plus de vingt ans passés à la cour de Maeldan puis de Nàr donnent quelques habilités à déceler certains indices. Ses soupirs, ses regards au loin… Contrairement à lui, la Gardienne a sans doute déjà eu l’occasion de rencontrer Ren. Les tourments discrets qui rident imperceptiblement le marbre de son front dépassent peut-être la simple politique. Peut-être… Le Prince Marchand note cette hypothèse dans un coin de sa tête avant de poursuivre comme s’il n’avait rien remarqué.

« La paix que Ren entend établir n’est qu’à un pas du désastre. Nàr est trop sage pour déclencher une guerre et c’est là la seule chose qui nous préserve, les dieux en soient loués. Tout ce que nous pouvons faire pour le moment est d’espérer que cette situation dure assez longtemps pour construire des boucliers solides face aux tempêtes qui s’annoncent. »

Ce que sa chère épouse cherche déjà à faire de son côté. Comme il est ironique qu’il lui vienne en aide aujourd’hui, ne peut-il s’empêcher de songer alors qu’il repose les yeux sur les prunelles d’améthyste de la Gardienne, enténébrées par la pénombre végétale de la tonnelle comme la mer avant un orage.

« Ren est fougueux, sans attache, révolutionnaire et dangereux, mais par-dessus tout il est seul. Plus seul que ne le sera jamais aucun autre Souverain. Si les choses perdurent telles qu’elles sont, il n’aura plus aucun soutien d’ici à la mort de Vilya, hormis celui de Joran qui sera sans doute aussi jeune qu’Ama ne l’est actuellement. D’ici là, l’héritier des Astres sera certainement venu au monde et il n’en faudra pas plus pour qu’Akasha se déchire entre deux dirigeants. Ren sera seul face tout cela, face à Agni, face à Prithvi, et face cette terrible méconnaissance du Vide et de lui-même qui nous accable tous. Je m’avance peut-être mais je pense que lorsque ce temps viendra, les conseils les plus avisés viendront de ceux qui auront su prendre suffisamment de recul pour considérer les choses dans leur ensemble. La neutralité d’Aap pourra alors s’avérer une bénédiction plutôt qu’une marque de faiblesse… »
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Llyn

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le Sam 19 Mai - 22:23


Dans le brouillard de sable
ft. Ishüen

Le rire et les excuses d’Ishüen la laissent légèrement perplexe. Même s’il semble sérieux en disant qu’il ne souhaite pas la mort de Ren, Llyn ne peut s’empêcher de garder certains doutes sur ses réelles pensées. Bien qu’elle-même ne porte pas le Souverain du Vide dans son cœur, émettre la simple idée de tuer un être choisi par les gemmes et le Cercle de Pierres est difficilement acceptable. Quoiqu’on en dise, elle reste une gardienne et une enfant d’Aofa, et le pouvoir qui émane de cette dernière reste extrêmement important pour elle. Remettre en cause son choix c’est faire de même avec tout le fonctionnement du Royaume. Pourtant, elle ne peut que se sentir tiraillée par ses propres sentiments.

Llyn écoute avec attention les paroles du Seigneur des Chevaux. Des mots avisés, il est certain. Toute une vie passée à la cour de Saphir et à observer la scène politique aux côtés de Jylia et Desde lui a appris à observer et à écouter. Son vis-à-vis semble particulièrement doué avec les mots et pour savoir où se trouve son intérêt. Ce qu’il dit au sujet de la solitude de Ren est on ne peut plus vrai, et Llyn persiste à avoir peur de la suite à cause de l’absence d’un gardien à ses côtés. Un léger sourire apparaît sur ses lèvres à ses derniers mots.

« Nous en revenons donc à la neutralité et à ce qu’elle pourrait apporter. J’espère que vous avez raison Seigneur Ishüen, sincèrement. Mais malheureusement, j’ai bien peur que vos suppositions sur l’avenir ne soient exactes également. Lorsque l’héritier viendra au monde, ou devrais-je dire, les héritiers, nous ignorons comment réagira le peuple. Les Astres ont toujours gouverné et le Vide nous est inconnu. Peu importe ce que choisira de faire Ren, le peuple pourrait ne pas le suivre. Seul l’avenir nous le dira. »

Lorsque l’héritier des Astres naîtra, est-ce que ses parents le déclareront ? Si l’enfant du Vide est amené à la Cour, il deviendra probablement la cible de complots d’assassinat ? Peu importe ce qu’il se passera durant les années à venir, ces deux enfants naîtront dans un monde en conflit.

« Seigneur Ishüen, vous- »

Des cris lui coupent la parole. Il leur faut une demi-seconde pour que leurs regards se croisent avant de courir dans la direction de l’agitation. Plus ils s’approchent de la maison, plus l’odeur du foin brûlé les enveloppe. Lorsqu’ils arrivent enfin en vue du caravansérail et des écuries, Llyn se stoppe une seconde. Devant eux, c’est l’agitation la plus totale. Des flammes gigantesques s’échappent des écuries, des gens paniqués tentent de calmer les chevaux tout aussi effrayés qu’eux et certains tentent de faire une chaîne depuis l’oasis pour éteindre au mieux le feu.

« Je m’occupe de l’incendie ! »

Et la jeune femme part rejoindre le bord de l’oasis.
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Ishüen

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le Dim 20 Mai - 12:38
 
Dans le brouillard de sable


Ishüen lui rend son sourire, heureux qu’elle approuve ses paroles. Il a tout à gagner à ce que leurs avis s’accordent, tout comme à faire preuve de mesure. Gagner sa sympathie, son respect, voire sa confiance, lui sera forcément utile à long terme car devenir un allié officieux de la gardienne de l’eau est un gain qui mérite amplement l’investissement de départ, une assurance pour l’avenir, et les dieux savent à quel point l’avenir est incertain... Il incline la tête à son tour lorsqu’elle confirme ses inquiétudes quant à ce dernier.

« Pour sûr, nous naviguons maintenant en eaux troubles. »

Sans carte et sans boussole le long d’une côte familière mais napée d’écueils et de brouillard. Aussi est-il important de bien placer ses pions pour se constituer un équipage fiable et un navire solide. Néanmoins, il n’a pas le temps de filer la métaphore : le vent brûlant de l’après-midi se charge soudain d’une odeur inhabituelle alors que Llyn lui adresse à nouveau la parole. Une odeur de fumée et de roussi, un danger bien vite confirmé par les cris qui leurs parviennent soudain des écuries de la maison, coupant net la discussion. Une fraction de regard échangé suffit pour que la gardienne et le seigneur s’élancent d’un même mouvement à travers le jardin, coupant au plus court pour aller voir ce qui se passe. Ils sont accueillis par un chaos de flammes et de hennissements affolés. Ishüen retient un juron. Par la maladresse d’un palefrenier ou d’un garçon d’écuries distrait, un incendie s’est déclaré dans les stalles. Le feu s’élève déjà haut dans le ciel en rugissant avec appétit, dévorant la paille et les plafonds de bois, léchant de suie les murs blanchis à la chaux. Quelqu’un a eu la bonne idée d’ouvrir les portes pour permettre aux chevaux de s’enfuir et plusieurs de ses serviteurs essaient en vain de les rattraper malgré leur affolement. Une chaîne se forme péniblement pour acheminer l’eau depuis l’oasis mais les flammes sont déjà tellement voraces que le Seigneur des Chevaux craint un instant de contempler la ruine de sa demeure. Malgré tout, il se reprend rapidement. Alors que Llyn s’élance vers le point d’eau, affirmant s’occuper du feu, il tonne d’une fois forte dans la cour :

« Rassemblez les chevaux dans le corral ! Ils ne doivent pas s’échapper vers la ville, ils pourraient blesser quelqu’un ! »
« Seigneur ! »


Luttant avec deux autres hommes contre un hongre gris et paniqué qui se cabre au bout de sa longe, Ishüen détourne à peine la tête vers le palefrenier en nage qui accourt vers lui. Quelque chose dans l’expression affolée de son visage lui noue aussitôt les entrailles. Pointant un doigt tremblant vers la porte des écuries en proie aux flammes, il s’exclame avec précipitation :

« Seigneur ! Yussuf dit qu’il a vu vos filles entrer dans l’écurie juste avant que l’incendie ne se déclare ! »

Ishüen ben Iphraïm, Seigneur des Chevaux, Prince Marchand de la Guilde, se fige dans la brûlure de l’air calciné. Son regard se tourne vers le bâtiment qui gronde et craque sous la morsure du feu, exsudant une lourde fumée par toutes ses ouvertures. Son cœur s’arrête…

C’est une fille, Seigneur.

Il lâche la longe sans réfléchir pour courir vers l’écurie, se couvrant le nez et la bouche de sa manche avant de pénétrer à l’intérieur malgré l’affolement soudain de sa maisonnée. Le mur de chaleur qui l’arrête presque aussitôt le fait suffoquer, coule sur sa peau et dans ses poumons comme du plomb fondu mais il n’y prête pas attention. Ignorant la douleur de ses yeux et de son épiderme qui s’assèchent, il progresse en évitant de son mieux les poutres et les barrières enflammées, les morceaux de plafond qui menacent à tout instant de s’écrouler. Ses filles, ses enfants sont quelque part dans cet enfer. Il ne peut les y laisser. Malgré la brûlure de sa gorge et la toux qui l’accablent, il appelle aussi fort que possible :  

« Tylim ! Shensheila ! »
« Père ! »
« Au secours ! »


Plus loin, après ces deux boxes vides dont les portes sont en flammes. Il les trouve blotties dans un coin, terrifiées, toussant à fendre l’âme, leurs larmes s’évaporant aussitôt sur leurs joues maculées de suie. Il les prend aussitôt dans ses bras, les laisse se cramponner à lui de toutes leurs forces et se relève pour repartir en sens inverse. Le chemin de fournaise jusqu’à la sortie lui parait aussi long que le désert lui-même. La fumée l’étouffe, le brûle, sape ses forces et il ne sait s’il tiendra jusqu’au bout. Il le faut pourtant. Il refuse de mourir ainsi, avec la chair de sa chair. Au moment même où il commence à avancer, un brusque craquement de bois retentit au-dessus de sa tête alors que la charpente du toit s’écroule.
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Llyn

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Aujourd'hui à 14:29


Dans le brouillard de sable
ft. Ishüen

La chaleur est étouffante aux abords des écuries, bien plus que d’ordinaire pour une ville qui se trouve dans le désert. Une épaisse fumée a pris possession de l’air et les gens se protègent le visage derrière des tissus humides du mieux qu’ils peuvent. La panique est encore totale entre les chevaux qui tentent de fuir et les habitants qui essayent de les arrêter. Llyn vient se placer devant l’oasis, se concentre et porte ses mains en avant pour faire appel à la magie qui coule dans ses veines. L’eau se rassemble alors petit à petit pour former une vague qu’elle dirige vers les flammes qui continuent de s’élever au-dessus de l’écurie. Les agniens qui s’occupaient de la chaîne pour stopper le feu s’arrêtent petit à petit, observant ce qu’il se passe au-dessus d’eux, à la fois ébahis et rassurés de voir qu’ils ont soudain plus de chance d’être sauvés.

La Gardienne écarte les bras et l’eau vient former un cercle autour d’elle. Quand elle se tourne vers les flammes et qu’elle voit Ishüen se diriger vers l’enfer de feu qui fait rage, elle comprend alors qu’il y a un problème. Se dépêchant, Llyn court dans la même direction. Si son hôte est entré à l’intérieur, c’est qu’il y a probablement une raison assez importante pour qu’il ose mettre sa vie en danger de la sorte. Elle doute que ce soit pour un animal ou l’un de ses serviteurs qui le pousse à agir ainsi, et le visage des deux fillettes parties jouer plus tôt lui traversent l’esprit. Elle blêmit, et sans réfléchir, elle envoie l’eau parcourir les couloirs du bâtiment pour noyer les flammes qui se trouve sur son passage. Lorsque les premières sont éteintes, Llyn entre à son tour, ignorant les protestations qu’elle peut entendre derrière elle.

La fumée encore présente lui pique les yeux, mais la chaleur est moins importante maintenant que l’incendie commence à s’éteindre. La jeune femme court dans le couloir à la recherche de n’importe quelle trace de vie. L’odeur de la paille brûlée n’est pas spécialement agréable, mais ce n’est rien comparé à celle de la chair calciné. Un coup d’œil dans un box indique qu’un des chevaux n’a pas réussi à s’enfuir. L’eau qu’elle contrôle continue de se faufiler partout jusqu’à ce qu’elle se fige au bout d’un couloir encore enflammé où elle aperçoit la silhouette d’un homme qu’elle devine aisément être Ishüen, portant ses filles.

Tout se passe alors très vite. La Gardienne perd le faible sourire qui apparaissait alors qu’elle se trouvait rassurée de les voir, lorsqu’elle aperçoit le plafond au-dessus d’eux craquer et commencer à s’écrouler sur eux.

« Attention ! »

Sans réfléchir, elle envoie une vague d’eau sur eux pour les pousser de la trajectoire de la charpente. Celle-ci s’écroule sur le sol la seconde qui suit, soulevant un nuage de poussière et de cendres. Llyn baisse les bras qu’elle a levés pour se protéger le visage. Le cœur battant d’inquiétude, elle s’élance dans leur direction pour contourner les débris et découvre Ishüen et les petites derrière, sains et saufs. Laissant échapper un soupir de soulagement, elle vient récupérer l’une des enfants dans ses bras avant d’aider son père à se relever.

« Vite sortons d’ici avant que le reste ne s’écroule. »

L’eau ayant servi à les repousser continue sa route pour éteindre le reste des flammes du couloir et ils s’empressent de faire demi-tour pour quitter les lieux. Une fois dehors, Llyn compte bien noyer entièrement les écuries pour qu’aucune braise ne survive.
© Daemon

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