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Samir

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le Jeu 29 Mar - 10:27
La confiance se gagne comme une guerreS'assure-t-on sur l'alliance qu'a faite la nécessité ?

An 998, fin de la saison de l’eau

Je marchais dans les rues de la Cité d’Ébène comme dans un rêve. Depuis environ une semaine Seren était mort, et j'avais du mal à accepter ce fait comme une réalité. Je ne niais pas que ce geste était sûrement devenu une nécessité, mais je n'acceptais pas encore complément la part que j'avais prise dans son accomplissement. La ville était dans un état d'ébullition permanent depuis la prise du palais, qui était bien différent de l'excitation qu'il aurait dû y avoir à l'approche de la fête célébrant l'arrivée de la nouvelle année. Les rues n'étaient pas aussi remplies qu'elles auraient dû l'être, les habitants se demandant à quelle sauce Ren allait les manger.

Je me posais la même question, à vrai dire. Je ne lui faisais qu'à moitié confiance. Pris dans le mouvement, nous avions accepté le premier Souverain légitime pour nous débarrasser de l’ancien, mais nous ne le connaissions pas, et ses méthodes inspiraient un certain degré de méfiance. Il n'hésitait pas à nous faire arrêter ses opposants et leur sort n'était pas clair, pour autant que j'en savais. Comme mes frères d'armes, j'avais prêté serment lors de sa prise de pouvoir mais rien ne nous assurait, ni lui ni nous, que chacun allait tenir ses engagements. J'étais à peu près persuadé que les semaines voire les jours à venir allaient être décisifs.

Pour ma part, j'allais peut-être être fixé plus tôt, puisque que je devais rencontrer notre bon Souverain ce jour-là. Pendant une semaine je m'étais demandé tous les jours si j'allais avoir la surprise d'une arrestation sommaire suivie d'un peloton d'exécution, ou plus simplement d'un coup de couteau dans le dos. Je n'imaginais que difficilement qu'un dirigeant puisse accepter à son service ceux qui lui avaient permis d'assassiner son prédécesseur, quels que soient les serments, qui ne valent guère mieux que les hommes qui les prêtent. Si je n'étais pas confiant – et je savais que nombre de mes camarades étaient aussi méfiants que moi – Ren n'avait aucune raison de l'être plus que nous.

Je montai les marches familières menant au palais un peu comme si c'était la dernière fois, n’ayant aucune assurance que j’allais pouvoir les prendre dans l’autre sens. Je n’avais pas eu notion que d’autres de mes frères aient déjà été requis avant moi, mais rien ne pouvait m’en assurer, pour l’instant. D’ailleurs moi-même n’en avait parlé à personne, et en passant la porte, je me demandai si je n’avais pas fait une erreur en gardant un secret qui ne m’avait pas été explicitement spécifié. J’entrai dans le bâtiment et m’annonçait à un des domestiques. En observant les allées et venues, je me demandai combien des employés avaient les mêmes interrogations que moi sur leur devenir. La prise de pouvoir de Ren nous avait donné un bon aperçu des méthodes qu’il était capable d’employer pour arriver à ses fins, et cela n’avait pas grand chose de rassurant. J’attendis donc ainsi quelques temps, mon imagination en marche – et par forcément pour mon plus grand bien.
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Ren

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le Lun 2 Avr - 0:01
La confiance se gagne comme une guerre


[Flashback ~ An 998 ~ Période de Ruwa]

Huit jours. Cela faisait déjà huit jours. Déjà… ou seulement ? Ren n’aurait su dire avec exactitude ce qu’il ressentait face au temps qui s’était écoulé. Les journées étaient passées vite, trop vite et pourtant il sentait le poids de chaque minute, de chaque seconde. Comme un marteau qui viendrait frapper son épaule, faisant résonner en lui le souvenir vivace de l’épée s’enfonçant dans le cœur noircit du Souverain fou. En huit jours il avait eu le temps de revivre maintes et maintes fois les derniers moments de Seren et d’Isil. Il avait eu le temps de passer par tout un panel d’émotions auxquelles il n’était pas habitué, passant par la colère, la tristesse, le regret, la culpabilité… et la peur. Bien que cette dernière ne soit rien de plus qu’une vieille amie avec laquelle il avait appris à vivre. Il l’accueillait à bras ouverts, sachant pertinemment qu’elle ne le laisserait jamais. Malgré le fait que l’objet de ses cauchemars soit à présent mort et enterré, l’enfant qui sommeillait au fond de son cœur lui rappelait toutes ces nuits sans dormir, guettant les bruits dans l’obscurité, attendant de voir l’ombre d’un poignard s’abattre sur lui.

Voilà huit jours que Seren et son Gardien ainsi que leurs héritiers étaient morts. Huit jours pendant lesquels Ren avait tenté de comprendre ce que cela signifiait pour lui. Et ainsi il s’était retrouvé, déambulant dans les vastes salles du Palais, nettoyées du sang des combats, cherchant un quelconque but auquel s’accrocher afin de ne pas sombrer dans le chaos. C’est ainsi qu’il s’était retrouvé dans la salle du trône. Cette pièce immense, vide et sombre, à l’architecture exubérante. Le siège royal trônait en haut d’un large escalier, encadré par de somptueuses sculptures de marbre sillonné d’or. Une simple illustration de la prétendue puissance des Astres. Un rappel que le Souverain était Dieu en cette Contrée et qu’il était tout-puissant.

Ren s’était retrouvé là, observant ce trône qui ne lui inspirait que dégoût et mépris avant de lui tourner le dos. Assis, non pas sur le siège, mais sur les premières marches de l’escalier, il était resté là, plongé dans ses pensées, regard baissé vers le sol, pendant plusieurs heures. Il tentait de comprendre les changements qui s’étaient opérés en lui depuis qu’il avait reçu l’énergie de la gemme d’Obsidienne mais aucun mot ne lui venait pour décrire l’indescriptible. Il se sentait différent mais n’aurait su dire pourquoi ou comment.

C’est alors que du mouvement aux alentours le sortit de ses pensées. Chassant les souvenirs pour se concentrer sur le présent, Ren vit l’un des domestiques qui semblait vivre au Palais se tenir devant la porte, de profil, droit et raide dans sa tenue. Il refermait la bouche, comme s’il venait de parler et Ren songea alors qu’il avait du annoncer la présence d’un nouveau venu, comme il avait déjà vu faire ces derniers jours. Et il n’avait rien entendu, tout absorbé dans le passé qu’il avait été. Fronçant les sourcils, ne se levant pas de son trône improvisé, il vit alors les lourdes portes s'ouvrir, dévoilant un homme se tenanr sur le seuil qu’il reconnut sans mal bien qu’il ne se souvienne pas de son nom. Devant lui se tenait un des soldats d’Isil qui l’avait aidé dans sa prise du palais. Et tout revint alors brusquement. Ren se souvint avoir donné l’ordre de faire quérir les soldats toujours vivants qui avaient pris part à l’assaut et qui avaient servi sous les ordres du défunt Gardien. A son souvenir, le cœur de Ren se serra mais ce n’est qu’un visage dépourvu de toute expression qu’il offrit au soldat. Il se leva alors et s’approcha, restant à une distance raisonnable de son invité, le bruit de ses pas résonnant dans la vaste salle dénuée de vie.

« Merci à vous d’être venu. Pardonnez mon indélicatesse mais j’ai peur de ne pas avoir entendu votre nom lorsqu’on vous a annoncé. » Son ton était calme, presque doux bien qu’aucune émotion ne transparaissait dans ses paroles. Il reprit néanmoins presque aussitôt la parole, ne perdant pas de temps en formules de politesse inutiles. « Vous devez sans doute vous demander pourquoi je vous ai fais venir. Rassurez-vous… je ne viens pas réclamer votre tête. Seulement parler, si cela vous convient. »
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Samir

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le Mer 4 Avr - 18:08
La confiance se gagne comme une guerreS'assure-t-on sur l'alliance qu'a faite la nécessité ?

Bon sang mais qu'est-ce qui prenait si longtemps ? J'avais l'impression que j'attendais dans cette antichambre depuis des heures et que rien de bougeait. Parfois un domestique me faisait un faux espoir en entrant mais ils m’accordaient à peine un regard et traversait la pièce sans un mot. Je me demandais ce que cela signifiait, d'être ignoré ainsi, et j'essayais de me rassurer en me disant que s'il s'agissait d'une punition, ils ne m'auraient probablement pas laissé cent fois le temps de m'en aller, mais une petite voix au fond de moi me susurrait que rien ne m’assurait que je pourrais sortir si je le désirais… À bout de nerf, je finis pas intercepter une femme chargée d'une pile de documents pour lui demander ce qu'il en était. Elle me jugea de haut en bas avant de hausser les épaules et de me répondre qu'elle n'en avait aucune idée. Je n'étais pas plus avancé, et je sentais mes entrailles commencer à se contracter d'impatience mêlée d'angoisse.

Enfin, enfin ! Un homme entra en me regardant directement. Je l'avais déjà vu les quelques fois où j'étais venu au sein du palais. À l'époque, il était au service d’Isil, si je ne me trompais pas. Le fait que Ren garde avec lui une partie des serviteurs de l'ancien Gardien a quelque chose de rassurant, même si je ne me basai pas uniquement là-dessus pour estimer mon destin. Le nouveau venu, après une courbette rigide, m'invita à le suivre sans plus attendre. Je m'exécutai tout en cherchant sur son visage le moindre indice sur ce qui m'attend, mais l'homme était de marbre et aussi froid que les dalles du couloir. Depuis combien de temps vivait-il dans ce palais pour être fait des mêmes matériaux ?

Il me précéda à travers une porte que j’identifiai comme étant celle de la salle du trône. J'étais enfin revenu dans un endroit que je connaissais. Raide comme la justice, il s'inclina profondément et m'annonça à la salle vide. Je ne savais pas qu'elle attitude adopter, hésitant entre m'incliner et me mettre au garde-à-vous.  Si j'avais su les circonstances de ma convocation, cela m'aurait bien aidé. Dans le doute, je ne bougeai pas d'un pouce. Au moment où le domestique salua une nouvelle fois pour se retirer, je vis enfin la silhouette qui s'était mise en mouvement. Je n'étais pas fier de mon sens de l'observation à cet instant, mais essayai de me persuader que c'était dû à l'angoisse.

Voir Ren assis au pied des marches menant au trône fit plus en une seconde pour le faire monter dans mon estime que tout ce qu’il avait fait depuis sa prise de pouvoir – il faut dire qu’assassiner le jeune héritier et son futur gardien ne le plaçait pas d’emblée très haut. J’avais conscience que toute la scène avait peut-être été calculée au millimètre près, mais je ne pouvais m’empêcher de penser que j’étais tombé sur un authentique moment de désoeuvrement. J’appréciais l’humilité que trahissait sa posture. J’étais plus méfiant en ce qui concernait son expression, trop neutre et artificielle, et qui dénotait avec le reste de la situation. Je finis par m’incliner.

Samir Al-Raïs, mon seigneur.” Je n’avais comme expérience des Souverains que son prédécesseur, je ne savais donc pas à quel degré de formalisme je devais me tenir. Pour être sûr, je choisis le maximum. Il avait beau dire qu’il ne voulait pas ma tête sur une pique, je préférais ne pas lui donner de raison de changer d’avis. “Cela me convient tout à fait.
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Ren

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le Dim 8 Avr - 20:51
La confiance se gagne comme une guerre


Un muscle de sa mâchoire se contracta en entendant le dénommé Samir l’appeler par un titre honorifique qui n’était pas le sien. Il entrouvrit les lèvres, prêt à le reprendre mais rien ne s’en échappa si ce n’était un soupir discret. Au dernier instant, il avait pris conscience de la réalité et de ce que serait sa vie à partir de maintenant. Seigneur de ces terres. Souverain d’Akasha. Un frisson parcourut son échine, un frisson désagréable, accompagné de sueurs froides et de vertiges qui le forcèrent à fermer les yeux le temps de reprendre le contrôle de son corps.

En regardant à nouveau Samir, Ren lui offrit un regard las, des traits tirés et fatigués. Il était maître en la matière lorsqu’il s’agissait de dissimuler ses émotions mais en cet instant, le poids des derniers jours et de ses actes devenait trop lourd à porter et il ne pouvait rien contre cet infime instant de faiblesse. Il n’en avait pas la force. Se retournant légèrement, il porta à nouveau son regard sur le trône de Seren et hocha doucement la tête, plus pour lui-même que pour le soldat, comme s’il venait tout juste de comprendre quelque chose.

« Oui, je suppose que je vais devoir m’habituer à ne plus être simplement Ren… et aux courbettes rigides des domestiques. » Il se retourna et dévisagea à nouveau Samir, le regard plus dur, plus ferme. « Mais je ne vous ai pas fais venir pour me lamenter sur mon sort. Ce serait insulter Isil et sa mémoire que de revenir sur mes pas et faire preuve de regret. Et c’est d’ailleurs de lui que je souhaiterais parler avec vous… »

Il s’interrompit, réfléchissant à ce qui suivrait. Il était crucial qu’il ne commette pas d’impairs car en ces jours qui suivaient le coup d’état, il était le plus vulnérable. Dans deux jours, il serait chez Vilya qui avait convoqué Souverains et Gardiens afin de rencontrer officiellement le nouveau Souverain d’Akasha. Sa position en cet instant était bancale et pouvait basculer à tout instant. Ses alliés étaient suffisamment nombreux en Vaata pour assurer la sécurité d’Akasha et de ses habitants en son absence, mais qu’en était-il de son support parmi les rangs d’Isil ? Qu’en était-il de ces hommes et de ces femmes qui avaient suivi l’ancien Gardien, se révoltant contre leur propre Souverain, participant à sa mise à mort et aidant un parfait inconnu à renverser l’ordre établi depuis le début de leur ère. Ren n’avait jamais été quelqu’un qui faisait facilement confiance, même du temps où il ignorait tout de sa naissance et de ce qu’elle impliquait. Or, à présent que tout le Royaume commençait à entendre et connaître son nom, son degré de méfiance envers son prochain n’avait fait que s’accroître. Sur qui pouvait-il réellement compter si ce n’était lui-même. La réponse était simple ; personne. Mais il ne gouvernerait pas Akasha par lui-même. Alors il allait devoir faire taire cette méfiance naturelle, la passer sous silence, le temps de s’entourer de quelques personnes dont il ne redouterait pas l’ombre au détour d’un couloir.

« Tout d’abord, permettez-moi de vous présenter mes regrets les plus sincères pour la perte d’Isil. Si cela avait été possible… » Il se tut. Etait-il réellement nécessaire de finir sa phrase, d’aller au bout de sa pensée. Bien entendu, cela n’aurait jamais été possible. Comment Ren aurait-il pu le savoir. Lui qui n’avait jamais connu ce lien unissant Souverain et Gardien, qu’Isil avait désiré lui cacher jusqu’à la toute dernière seconde afin qu’il ne recule pas, qu’il n’hésite pas au moment d’abattre son épée. Comment aurait-il pu deviner qu’en tuant Seren, il condamnait Isil, devenant ainsi son bourreau. « Enfin… revenir sur le passé ne changera en rien le présent. C’est plutôt du futur dont il nous faut à présent discuter. Nous allons au devant d’une période instable sur les terres d’Akasha et j’en suis l’unique responsable. Samir je tenais à vous remercier pour le rôle que vous et vos camarades ont joué dans toute cette affaire. Je ne suis qu’un parfait étranger et rien ne vous dit que je ne serais pas cent fois pire à Seren. Pourtant, vous vous êtes battus à mes côtés et vous m’avez aidé. J’ai une dette envers vous et le reste du régiment. »

Pour la première fois, un sourire sincère passa fugacement sur les lèvres du nouveau Souverain. Il n’était pas dupe, se doutait que la motivation première de ces soldats avait été de se débarrasser du despote qui faisait vivre un enfer aux habitants d’Akasha. Mais les faits restaient les mêmes. Ces soldats s’étaient battus pour lui, sous les ordres d’Isil et beaucoup étaient morts pour cette cause qu’ils considéraient sûrement comme juste. Après tout, son but à lui restait le même. Se débarrasser de l’homme qui menaçait sa vie et celle des siens depuis près de trente ans.

« Nous partageons le même but. Rendre à Akasha sa véritable splendeur. Honorer la mémoire d’Isil en accomplissant ses dernières volontés. Mais ma simple parole ne pourra vous convaincre, j’en suis bien conscient. Vous ne savez rien de moi comme je ne sais rien de vous. Qui me dit qu’après avoir aidé à tuer mon prédécesseur, vous ne tenterez pas de me porter le coup de grâce à mon tour. Rien. Je n’ai aucune assurance comme vous n’en avez aucune concernant mon honnêteté. Quelle assurance avez-vous concernant cette entrevue et le fait que vous en ressortirez vivant. Aucune si ce n’est ma parole. Et cependant nous allons devoir travailler ensemble, côte à côte. Nous n’avons pas le choix. Si nos idéaux concordent, si nos objectifs sont les mêmes et si notre sincérité est bien réelle, alors nous devrons nous faire mutuellement confiance. Alors dites-moi Samir… je ne vous pose pas la question en tant que Souverain à son soldat mais bien en tant qu’un homme demandant conseil auprès d’un autre. Comment pourrais-je vous faire confiance ? Et comment pourrais-je gagner la vôtre ? »
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Samir

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le Mer 11 Avr - 11:55
La confiance se gagne comme une guerreS'assure-t-on sur l'alliance qu'a faite la nécessité ?

Ren avait l'air épuisé. J'imagine que c'était quelque chose que je pouvais concevoir avec facilité. J'ignorais d'où il venait, et apparemment ce n'était pas d'un autre trône. Moi-même j'étais fatigué de me retrouver mêlé à des intrigues politiques dont je ne voulais pas, mais j'imaginais ce que j'aurais ressenti à sa place, en plein cœur du cyclone, à devoir du jour au lendemain gouverner un pays sans y avoir été préparé, tout en ayant toujours un œil par-dessus mon épaule. Je n'avais pas eu notion d'un mouvement organisé contre lui, mais je n'étais pas né de la dernière pluie et je me doutais qu'il y en avait un mais qu'on ne m'y avait pas convié. Peut-être cela allait-il venir, d'ailleurs. Certaines personnes devaient penser qu'il avait réussi son coup d'état et assassiné Seren et que l’ancien corps de garde d’Isil allait chercher à venger son défunt gardien. Je n’en aurais peut-être pas mis ma main à couper à l’époque, il était vrai que sa mort nous avait tous heurtés, mais j’espérais qu’aucun de nous ne serait pris dans ce genre de filet.

Je n’étais cependant pas tout à fait prêt à compatir avec son sort. Il nous avait traîné avec lui dans cette situation – pas contre notre volonté évidemment, mais pas totalement par choix non plus – et il était trop tard maintenant pour regretter son geste, ou le nôtre. Nous n’avions tous plus qu’un seul choix : aller de l’avant et composer avec les éléments que nous avions nous-même forgé.
Je plissai légèrement les yeux lorsqu’il me présenta ses condoléances. J’avais compris qu’il n’avait pas tué Isil de gaieté de coeur, mais nul ne lui avait forcé la main non plus, et ses mots sonnaient comme s’il n’assumait pas. Heureusement il s’interrompit et rejoignit ma manière de penser.

Ses remerciements n’appelaient pas de réponse, je sentais qu’il n’avait pas fini. Ce n’était pas la raison pour laquelle il m’avait fait venir jusqu’ici. Je n'allais pas répéter un “à votre service” creux, que je n'étais pas encore certain de pouvoir tenir. Si ce type de paroles l'avaient satisfait, il se serait contenté du serment qu'il nous avait fait prêter. Mais cela n’empêchait pas ses mots d’être les bienvenus, et j'appréciai qu'il ait pris la peine de les prononcer. Il n'attendait pas pour se montrer très différent de Seren. J’inclinai ma tête en réponse. Je ne savais pas à quoi m'attendre après cela. J'appréhendais un peu la suite de son discours, car c'était bien cela qui se préparait.

Sa question me prit au dépourvu, et pourtant je n'en imaginait pas de meilleure ou de plus à propos. Oui, c'était de confiance mutuelle dont le royaume avait besoin, et je n'étais pas le dernier à le penser. Malgré son assurance que je n’avais pas à répondre comme un subordonné à son supérieur hiérarchique, j’avais quand même l’impression de poser ma tête directement sur le billot, et que les mots que j’allais prononcer donneraient l’instruction au bourreau d’abattre sa hache ou non. Au point où j’en étais cependant… autant faire preuve d’honnêteté, ça serait toujours la meilleure manière d’essayer de sauver ma peau.

Je n’ai rien à dire qui pourrait vous assurer de mon soutien de manière réaliste, je le sais. La seule chose, et elle répondra également à votre deuxième question, c’est que nous croyions tous en Isil et en sa volonté de rendre la vie des citoyens meilleure. S’il vous a choisi pour cette tâche, le moins que l’on puisse faire c’est de lui faire confiance, sinon sa mort aura été vaine. Je ne peux pas forcément parler au nom de tous mes frères, mais vous l’avez dit vous-même : nous avons un but commun, et tant que vous oeuvrerez dans cette direction vous pourrez compter sur moi. Je crains que la confiance ne puisse venir qu’avec le temps.

Je pris mon courage à deux mains, les yeux volontairement fixés sur un point légèrement au-dessus de son épaule, attendant la sentence qui n’allait pas tarder. Il me semblait avoir été aussi diplomate qu’il m’était possible.
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Ren

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le Dim 15 Avr - 10:22
La confiance se gagne comme une guerre

Aux paroles de Samir, Ren n’offrit aucune réaction immédiate. Il se contenta d’observer le soldat, pensif, immobile, laissant le silence s’installer et s’enrouler autour d’eux. Le temps s’arrêta quelques instants, plus rien ne bougeait autour d’eux et la pièce paraissait encore plus immense. Puis, à son tour, Ren s’inclina devant le soldat.

« La franchise est une denrée bien trop rare… trop précieuse pour être rejetée quand elle se présente à vous. J’apprécie votre honnêteté Samir et je peux vous assurer que vous en recevrez autant de ma part. »

Se comportait-il comme un Souverain devrait le faire en cet instant ? Etait-il trop laxiste, pas assez sévère ? Qu’importe. Après tout, son nouveau titre honorifique ne serait officiel qu’une fois la rencontre avec les autres dirigeants terminée. Pour le moment, il désirait prendre le peu de temps qu’on lui offrait pendant lequel il pouvait encore se permettre de n’être qu’un homme.

« Qu’il en soit ainsi. Isil nous a tous choisis pour cette tâche. Pas seulement moi mais vous également. Je n’ai pas eu l’occasion de le côtoyer assez pour le connaître parfaitement mais je pense ne pas me tromper en pensant que s’il vous avait à ses côtés, il devait être sûr de votre allégeance et de vos motivations. Beaucoup d’hommes et beaucoup de femmes ont été brisés par Seren… J’ai eu la chance de vivre loin de son influence. Je doute que ce soit le cas de tous ces soldats qui ont pris la Cité à nos côtés. »

Son regard se faisait plus pénétrant tandis qu’à nouveau, il observait le soldat. Quel était son passif. Quelles étaient les raisons qui l’avaient poussé à se retourner contre son Souverain, à trahir sa Contrée et ainsi, le Royaume tout entier. Il savait que Seren avait fait vivre un enfer à Akasha depuis sa venue au monde et surtout sa disparition. Le Souverain était tombé dans la folie dans sa quête pour trouver l’enfant et le tuer. De nombreuses familles en avaient souffert, des enfants innocents avaient été tués à même le berceau et leurs parents passés sous silence. La contrée des Astres s’était peu à peu transformée en cauchemar tandis que Seren et ses Suivants plongeaient les villages dans la peur. Soudainement, la tâche confiée par Isil sembla peser encore plus sur les épaules de Ren. Comment un seul homme pourrait-il changer le cours des choses. Il avait tué Seren. Cela avait été son but. L’héritier des Astres également. Né le même jour que Ren, il avait été conditionné par Seren pendant près de trente ans, il partageait sa vision des choses, ses motivations. Il s’était défendu, battu, mais avait échoué. Une fois les deux représentants des Astres et leurs Gardiens morts, il ne restait plus que lui. Le représentant d’un pouvoir qui n’avait encore jamais été dévoilé au Royaume, dont nul n’avait jamais entendu parler.

Passant une main sur son visage, dissimulant la fatigue et l’amertume qui l’envahissaient à ces pensées, Ren se ressaisit, se focalisant sur le moment présent et sur le soldat.

« Pour nous faire confiance, nous devons donc faire confiance à Isil, avoir confiance en son jugement. Il nous a choisis. A nous à présent de faire de même. Et je vais commencer dès à présent à vous faire confiance Samir. Je ne dis pas que cela sera tâche aisée car je ne sais pas faire confiance à d’autres qu’à moi-même. C’est ce qui m’a maintenu en vie toutes ces années. Mais je vous ai promis d’être franc avec vous et je tiens toujours mes promesses. Laissez-moi donc vous dire ce qui attend Akasha à présent… » Il s’interrompit le temps de jeter un dernier regard autour de lui. Un regard absent, presque automatique, dénué de la moindre émotion. « Seren est mort. Son héritier également. Il n’y a plus aucun représentant des Astres dans le Royaume. C’est donc au Vide de prendre place et au chaos de s’installer. Beaucoup vont avoir peur, peut-être avez-vous peur également Samir. Car le chaos est souvent signe de destruction. Mais pas ici. Akasha fut presque détruite par Seren. A nous de la reconstruire. Cette contrée renaîtra de ses cendres j’en fais le serment. Mais comme je vous le disais, je n’y arriverais pas seul. J’ai besoin d’aide. De votre aide Samir et de tous vos camarades qui partagez les mêmes idéaux. Vous connaissez cette contrée bien mieux que moi, vous avez du y vivre bon nombre d’années, peut-être même depuis votre naissance. Vous avez été témoin de sa déchéance, de sa descente en enfers. Nous avons tué le responsable… mais il n’était pas le seul à propager son poison. Ce que je m’apprête à vous demander Samir va être très difficile pour vous… Vous avez déjà trahi votre Souverain. Je vais vous demander de trahir encore. Donnez-moi des noms. Livrez-moi les suivants de Seren, ceux qui ont semé la terreur à ses côtés et profité de leurs avantages, se croyant intouchables. Aidez-moi à les traquer. Ils seront jugés en conséquence de leurs actes… et ainsi commencera la purge d’Akasha. »
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Samir

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le Dim 15 Avr - 21:06
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Le silence qui s’installa alors aurait pu m’étouffer dans sa noirceur épaisse. Ren me regardait fixement, sans bouger, sans un bruit. Il était si inexpressif et froid que j’avais l’impression de faire face à l’une des statues de marbre qui encadraient la salle. Il laissa le temps s’étirer pour ce qui me sembla être une éternité et plus les secondes passaient, plus mon coeur martelait mes tempes et essayait de s’échapper par ma bouche. La pièce était sombre, et j’avais l’impression que les ténèbres s’allongeaient pour venir nous envelopper, ou bien étaient-ce les murs qui se rapprochaient pour m’écraser ? Le souffle court et des sueurs froides dans le dos, je fus surpris lorsque mon Souverain brisa son immobilité exemplaire, pour s’incliner devant moi, qui plus est.

Au moins, ma tête n’allait pas rouler tout de suite, c’était une bonne chose. Si c’était là sa vision de la situation, nous devions pouvoir arriver à nous entendre. En effet, parmi mon escouade, tous n’avaient pas eu la chance dont j’avais bénéficié. Asheria m’avait évité d’avoir à “épurer” – comme le terme était utilisé à l’époque – ma propre famille, mais je savais qu’elle-même n’y avait pas échappé, et bien qu’elle ne me l’ai jamais dit clairement, j’avais toujours soupçonné que là avait été la base de sa rébellion. Encore aujourd’hui il m’arrive de rêver du visage d’Aaisha et de la trahison que j’avais pu lire dans ses yeux. Et ce jour-là, face à Ren, il m’apparaissait encore plus nettement. J’avais certes trahi Seren, et il était encore difficile pour moi de l’admettre sans honte, mais je restais persuadé que par ce geste, j’étais resté fidèle à moi-même et surtout au pays. Selon moi, la vraie trahison aurait été de ne rien faire, et de continuer à commettre les exactions de notre Souverain.

C’est parce que malgré tout j’étais en paix avec ma conscience que je me tenais ici, le dos droit. Ren n’avait pas quitté le masque de froideur qui me hérissait, mais il s’était focalisé sur moi et je sentais qu’il n’était pas indifférent malgré le visage qu’il montrait. Je n’avais aucune idée de la nature de état d’esprit, mais au moins il devait être un humain comme les autres. Il me donnait l’impression de regarder autour de lui comme il aurait pris une grande inspiration avant de plonger dans une eau glaciale et sombre, puis il m’exposa son projet.

Je n’étais pas sûr de l’apprécier, d’ailleurs. Au fil de son discours, mes poings se serrèrent contre mes cuisses et mes sourcils se froncèrent. Je comprenais son point de vue en ce qui concernait le chaos. Quiconque a une fois nettoyé une pièce comprend forcément la nécessité du désordre pour créer de l’ordre. Ce nettoyage-là serait forcément plus violent qu’un simple ménage de printemps puisqu’il toucherait des vies, mais le principe était là et je pouvais le suivre aisément. Il m’était moins facile d’être en accord lorsqu’il parlait de traque, et de purge. Les mots ont un poids, surtout lorsqu’ils sont dans la bouche d’une personne tenant l’autorité, et l’emploi de ceux-ci me contrariait. Avec une pointe de défi, je répondis.

Si vous cherchez ces noms, je peux d’ores et déjà vous en donner un, mon seigneur. Le mien. J’ai été aux côtés de Seren de nombreuses années, j’ai exécuté ses ordres et fait de la vie de beaucoup un enfer. Toutes ces années où vous n’étiez pas là vous ont donné un avantage moral sur la majorité de la population de la cité et même d’ailleurs. Beaucoup ici ont fait sa volonté, mais nul ne peut savoir ce qui se cache dans le coeur d’un homme lorsqu’il accomplit une action. Vous êtes prompt à juger ce que vous n’avez pas connu. Sauf votre respect, et parce que vous avez demandé ma sincérité, ce n’est pas comme ça que vous arriverez à conquérir Akasha.
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Ren

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le Dim 22 Avr - 22:13
La confiance se gagne comme une guerre

Pour la première fois depuis que Samir était arrivé dans la pièce, voire même pour la première fois en plusieurs jours, le masque de Ren se fissura. La froideur et la dureté disparurent de son visage pour laisser place à une franche surprise. Il ne s’était pas attendu à cela. Il avait sous-estimé le soldat, l’avait mal jugé et, il s’en rendait à présent compte, l’avait relégué trop vite dans la mauvaise catégorie. Une déferlante d’émotions passa dans son regard tandis qu’il faisait face à sa propre réalité. Il s’était trompé. Il avait fait une erreur, lui qui détestait les faux-pas, qui calculait chaque instant avec la froideur propre à celui qui n’en avait cure afin de ne rien laisser au hasard et de ne pas se laisser prendre au dépourvu. Et c’était arrivé. Ce rappel qu’il n’était rien d’autre qu’un homme avec ses faiblesses et ses défauts et qui pouvait faire des erreurs. Qui faisait des erreurs. Un rappel qui, étrangement, le réchauffa de l’intérieur et le fit se sentir plus vivant qu’il ne l’avait été ces huit derniers jours.

Face au mécontentement de Samir, face à son regard empli de défi et à ses poings serrés, Ren respirait à nouveau. Huit jours dans le doute et la peur. Huit jours à subir les courbettes rigides et les regards effrayés. Huit jours à s’entendre dire « oui Sire » à tout ce qu’il disait. Huit jours qui avaient suffi à ce qu’il se perde lui-même dans les limbes de son esprit, incapable d’affronter la réalité du monde, incapable d’y faire face avec les yeux ouverts. Ses épaules s’affaissèrent tandis qu’un poids semblait disparaître de sa poitrine. Il reprit le contrôle de ses émotions mais ne se cachait plus derrière le masque qui l’avait dissimulé pendant trop longtemps. Il n’en avait pas besoin en cet instant. Il lui avait promis d’être franc et cela ne s’appliquait pas seulement aux mots qu’il employait.

« Samir… je comprends vos sentiments. Et je les respecte… Mais je ne puis les partager. » Sa voix était plus douce qu’auparavant, son timbre, plus chaud. Le défi de Samir et sa volonté propre inspiraient le respect mais également la vérité la plus simple. Oui, Ren comprenait ses sentiments. Il les enviait également. Mais c’était tout ce dont il était capable. « Nos expériences passées ont fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Notre but est le même, mais notre vision du monde diffère. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Nous sommes simplement deux hommes, rassemblés sous la même bannière, tentant de vivre ou de survivre à notre façon. »

Il s’interrompit légèrement, réfléchissant, son regard posé sur le soldat sans réellement le voir. « Vous vous méprenez sur mon compte Samir. Je ne cherche pas à conquérir Akasha. Cela n’a jamais été mon but. Mais bien à la nettoyer dans un premier temps. Aussi cruels ces mots peuvent-ils paraître c’est la vérité. Je n’ai peut-être jamais mis les pieds à Akasha avant mais cela fait des années que mon regard est tourné vers cette Contrée. Des années que je l’observe et que je la vois de plus en plus souillée sans que personne n’y fasse quoique ce soit. Avez-vous entendu parler de la réserve de la Bibliothèque ? J’y suis allé Samir. Et j’y ai découvert des actes d’une horreur telle que le simple fait d’y repenser me fait frémir. Seren et ses prédécesseurs ont mis sur papier tout ce qu’ils ont fait à cette Contrée. Ce qu’ils ont fait aux enfants du Vide avant moi mais également aux habitants. Tout y est. Les preuves sont indiscutables. Et il y a bien des noms. Les noms de ceux qui ont usé de cette position de divinité que Seren utilisait pour s’offrir une vie basée sur le vol, le mensonge, voire même le meurtre. Je ne sais s’ils y sont tous, c’est pour cela que je vous ai demandé des noms. Pour m’assurer que la liste est complète. »

Ren prit une profonde inspiration et ses derniers mots résonnèrent dans la vaste salle, comme une sentence qui tomberait sur la Contrée toute entière. « Ces hommes et ces femmes seront jugés pour leurs actes selon les nouvelles lois d’Akasha. Je ne laisserai pas cette souillure se propager ni même s’échapper. Tout sera fait dans les règles, un nouveau tribunal sera érigé. Ils devront répondre de leurs actes devant témoins et nous verrons alors s’ils sont aussi invulnérables face à la vérité étalée aux yeux de tous. Quant à vous… » A nouveau, son ton s’adoucit lorsqu’il regarda Samir. « Je ne pourrais vous demander de prendre part à quelque chose qui vous fait horreur Samir. Je ne suis pas Seren, malgré ce que vous pouvez penser en cet instant. Je comprendrais parfaitement votre refus de prendre part à l'arrestation de ces personnes. Sachez cependant que vous serez très certainement interrogé car vous étiez un soldat de sa garde. Nous chercherons à récolter toutes les preuves possibles concernant les agissements de Seren et de ses proches. Samir, je ne peux vous promettre que toutes les vies seront épargnées… Certains nobles seront exécutés, d’autres emprisonnés et la plupart déchus de leurs biens. Tout ce que je peux vous promettre, c’est que tous seront traités de la même manière, tous auront la chance de se défendre. Mais c’est là tout ce que je peux faire pour le moment. »
lumos maxima

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