Aller en bas
Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Jeu 20 Juin - 9:40
 
L'Art et l'Artisan


20e jour de Liekki 989. Elle le savait. Dès le début, elle avait su comment les choses se passeraient parce qu’il ne pouvait en être autrement. C’était pour cela qu’elle avait détesté cette enfant, qu’elle avait tout fait pour ne pas s’y attacher. Il ne fallait aimer personne quand on était un esclave, quand on était assuré de perdre nos êtres chers et pouvoir s’en défaire sans remords lorsque ce jour viendrait. Elle s’en souvint avec amertume le jour où Montagne revint chercher l’enfant alors qu’elles étaient aux cuisines, après le nourrissage du matin. Tatalia regarda le pagne de tissu fin de l’eunuque, sa peau huilée, le maquillage de ses yeux et elle sut aussitôt qu’il ramenait Sable au Pavillon du Lys. La fillette le comprit également et vint se réfugier dans ses jupes avec tellement de naturel que la vieille esclave en eut la gorge nouée. Sa main caressa les boucles poussiéreuses, détacha doucement les petits doigts de son vêtement.

« Allez, obéis. Tu seras en sécurité là-bas. Il ne t’arrivera que du malheur si tu restes ici. »

S’agenouillant un instant devant elle, elle prit son visage dans ses paumes couturées de cicatrices et essuya les yeux humides du plat de ses pouces. Elle tenta de sourire, de se rappeler quelle horrible petite peste elle était en arrivant ici, mais ne pouvait voir autre chose que sa peine à l’idée de partir.

« Sois sage, petite. Garde bien ton talisman, n’en fais pas qu’à ta tête. Et fais attention. Oh, s’il te plaît fais attention à toi... »

Les larmes lui nouèrent la gorge. Elle aurait voulu lui dire tant d’autres choses. De rester discrète. De plaire à ses maîtres. De ne pas être cruelle avec les chiens pour ne pas fâcher Veshar. De se mêler aux autres car on ne survit à la violence des jours qu’avec l’aide de mains secourables. De bien se purifier quand elle aurait son premier sang. De prendre de l’aludra ou du pied-de-djinn pour ne pas tomber enceinte. De se méfier des hommes, de tous les hommes. De ne pas tomber amoureuse. De ne pas trop aimer ses amis, ses amants, ses enfants quand elle en aurait car ils lui seraient tous arrachés un par un. De ne pas oublier les histoires qu’elles avaient pu lui raconter. De ne pas oublier son Vipère. Tant de choses qu’elle était désespérée de voir soudain ses mots se tarir alors qu’elle regardait le joli visage de la petite fille, cette enfant qui avait pleuré dans ses bras en se serrant contre elle, qui lui avait rappelé la venue au monde de tous ses bébés et la façon dont ils avaient eu besoin d’elle pour grandir et vivre avant qu’on ne les emmène au loin. Ces bébés qui lui avaient donné le nom de mère, qui avaient fait d’elle autre chose qu’une esclave. Tatalia contemplait à présent la fillette qui sanglotait à l’idée de la quitter alors que cet endroit était le dernier où l’on pouvait désirer rester et son cœur se brisait tandis qu’un millier de questions le traversait. Était-elle assez grande ? Assez forte ? Y aurait-il quelqu’un pour veiller sur elle là où on l’emmenait ? Quelqu’un qui lui apprendrait tout ce qu’elle devrait savoir, la consolerait quand elle pleurerait, qui lui rendrait le sourire lorsqu’il le faudrait, qui la protégerait du malheur qui finissait toujours par frapper les faibles ? Il le fallait…

La vieille esclave ne pouvait en être certaine. Une fois encore, elle était forcée de remettre l’un de ses enfants entre les mains du destin, condamnée à ignorer à jamais ce qu’il en adviendrait, à le pleurer en secret comme on pleure les choses ni vivantes ni mortes, les blessures qui ne se referment pas. Lorsque la petite eut disparu avec Montagne et qu’elle se retrouva seule dans la cuisine vide, elle ne put s’empêcher de pleurer quelques minutes, priant dans le secret de son cœur fatigué. Dieux tout puissants, gardiens de la flamme et du foyer, ayez pitié. Ayez pitié...

27e jour de Liekki 989.

« Reshgrim. »
« Oui, Seigneur ? »
« Pourquoi ce nom figure-t-il encore sur les rapports d’incidents ? »
« Quel nom, Seigneur ? Oh ! Cette esclave-là, la peste l’emporte. Même après une lune au Pavillon des Chiens, il n’y a toujours rien de bon à en tirer. »
« Pourtant, elle était parfaitement docile à son retour. »
« Oui, mais c’est de la mauvaise graine, Seigneur. Son naturel a repris le dessus... »
« Qu’a-t-elle fait, exactement ? »
« Elle a refusé de participer aux travaux pratiques comme les autres bourgeons. Ismaë l’a fait remettre au cachot. »
« Rien d’autre ? »
« Il ne me semble pas, Seigneur. »
« Hmm… Fais-la sortir. Laisse-la rejoindre le Pavillon. Et préviens Ismaë que j’assisterai en personne à la prochaine séance d’apprentissage des bourgeons. »
« Bien, Seigneur. Comme vous voudrez, Seigneur. »

30e jour de Liekki 989.


« Attends… Tourne la tête… Et voilà ! À ton tour maintenant, nous n’avons plus beaucoup de temps. »

Arroyo reposa le peigne et admira la coiffure de tresses et de perles qu’elle venait de faire à son bourgeon, plutôt satisfaite d’elle-même. Heureusement que ses cheveux commençaient à ressembler à quelque chose. Quelques jours plus tôt, c’était un véritable boisseau de paille, sale et cassant. La jeune Fleur avait pâli d’horreur, puis de honte lorsque Sable était revenue du Pavillon des Chiens. À dire vrai, elle ne pensait pas qu’elle la reverrait. On entendait tellement d’histoires atroces sur cet endroit qu’elle était sûre que la fillette mourrait en quelques jours et qu’on lui donnerait un nouveau Bourgeon. Mais non. Et même si elle n’en était pas fière, elle aurait préféré que ça soit le cas au début. Sable ne lui avait causé que des soucis. Elle avait été punie plusieurs fois, puis était devenue la risée des autres pour n’avoir pas su l’éduquer correctement. Quand elle avait été ramenée par Montagne, elle était aussi crasseuse et puante qu’une soue à cochon ! Arroyo en aurait pleuré en entendant les commentaires des autres tandis qu’elle s’efforçait de lui redonner une apparence décente. Cependant, au fil des jours, ses craintes et ses griefs envers l’enfant s’étaient vus apaisés par la docilité toute nouvelle dont elle faisait preuve. Elle ne s’enfuyait plus, ne se rebellait plus, s’appliquait pour s’occuper d’elle et apprendre les différentes disciplines du Pavillon. Et elle s’accrochait à elle la nuit comme un petit chat pour dormir. Le cœur tendre d’Arroyo lui avait bien vite pardonné avant qu’une nouvelle déconvenue ne survienne en travaux pratiques et que son Bourgeon ne termine de nouveau aux cachots…

« Serre un peu plus la tresse de ce côté. Il ne faut pas que ça se défasse pendant la journée. »

La jeune Fleur lui adressa un sourire dans le miroir mais la douceur de ce dernier ne pouvait en effacer totalement la crainte. Aujourd’hui était un jour de travaux pratiques, où l’on s’initiait à l’art de donner du plaisir. Ismaë les avait prévenus le matin même que le Maître en personne assisterait à ce cours, pour une raison mystérieuse et toutes les Fleurs étaient en ébullition.

« Tu te tiendras bien cette fois, n’est-ce pas ? »
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Dim 30 Juin - 22:20

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen


27ème jour de Liekki 989

L’obscurité m’enveloppe, douce et apaisante. Je ne pensais pas un jour apprécier le silence à ce point, ni l’isolement. D’une certaine façon, je me sens sereine ici, jamais je n’aurai imaginé que cela puisse être le cas, surtout après avoir passé tant de temps enfermée entre ces murs. Mais après tant de jours passés dans le Pavillon des Chiens, le cachot ne me semble plus effrayant. Au moins, ici, on me laisse tranquille avec moi-même. On ne m’enferme pas dans un endroit rempli d’hommes affamés et sales, on ne m’appelle pas Sable, mais surtout on ne me demande pas de faire des choses dégoûtantes et horribles. Allongée sur le sol, la tête posée sur mon bras replié, ma main libre dessine des dessins invisibles dans la poussière pendant que je fredonne.

Cela fait plusieurs jours que j’ai quitté le Pavillon des Chiens, je ne saurai dire combien exactement puisque j’ignore depuis quand je suis enfermée là. Après que Montagne soit venu me chercher, j’ai retrouvé la chaleur du Pavillon du Lys, ses couleurs, sa bonne ambiance, sa musique, sa nourriture et ses eaux de toilette parfumées. Mais j’ai surtout retrouvé Arroyo qui a semblé surprise de me revoir. Je n’y ai pas fait plus attention que ça et je l’ai laissée m’aider à me nettoyer, ignorant les murmures sur mon passage. Je n’avais pas le cœur à parler, à me rebeller ou à quoi que ce soit d’autre. Même si le Lys est un endroit mille fois plus agréable que la fosse où je me suis retrouvée, mon cœur se serre encore en repensant à Tatalia et Vipère, encore enfermés là-bas. Ils me manquent encore. Arroyo a dû s’y reprendre à plusieurs fois pour me débarrasser de toute la crasse qui me recouvrait, le pire ayant été mes cheveux, pourtant régulièrement coiffés par la vieille esclave.

Tout en me souvenant des conseils de cette dernière, j’ai obéi. J’ai suivi les ordres en silence, arrêté de protester en entendant ce nom qui n’est pas le mien, j’ai commencé à apprendre à m’occuper d’Arroyo en faisant attention de ne pas lui faire mal, en m’excusant quand c’était le cas. Je me suis accrochée à elle durant la nuit, pour faire fuir les images qui dansent encore devant mes yeux. La jeune fille a pris la place de Tatalia à mes côtés et j’ai même commencé à apprécier être là. Avant que l’horreur ne se rappelle à moi.

Des bruits de pas se font entendre dans le couloir mais c’est l’ouverture de la porte qui me fait sursauter et redresser. Par réflexe, je recule vers le mur pour m’y cacher avant de reconnaître Montagne. Celui-ci me regarde de ses yeux à la fois si durs et si vides. Ça suffit à me transmettre l’ordre muet. Hésitante, je finis par me relever et par le rejoindre hors de la cellule avant qu’il ne me reconduise auprès d’Arroyo.

***

30ème jour de Liekki 989

Admirative, je tourne un peu la tête pour observer dans le miroir la magnifique coiffure que vient de me faire la fleur. Un léger sourire vient même ourler mes lèvres alors que les petites perles brillent à la lumière du jour. Après un hochement de tête, je me relève pour échanger nos places et attrape la brosse pour coiffer la jeune fille. Je ne suis pas encore aussi douée qu’elle pour tresser les cheveux, mais je m’améliore petit à petit. J’admets avoir toujours peur de serrer trop fort et de lui faire mal, mais Arroyo répète de bien le faire pour que la coiffure ne s’en aille pas au cours de la journée. Alors j’obtempère, me concentrant sur la danse de mes doigts dans les longues mèches brunes, la langue légèrement sortie au coin des lèvres pendant que je passe une mèche sous l’autre.

« Tu te tiendras bien cette fois, n’est-ce pas ? »

La question de la fleur me fait relever la tête sous la surprise pour croiser son regard dans le miroir. Il y a une légère crainte dans ses yeux qui me fait rougir. Aujourd’hui, c’est le jour des travaux pratiques et le dernier est ce qui m’a valu de me retrouver de nouveau aux cachots. Doucement, je hoche la tête avant de revenir me concentrer sur les tresses. Je n’ai pas envie d’embêter Arroyo et je sais que la moindre de mes bêtises la met dans une position difficile, néanmoins… Mon cœur accélère quand je repense à tout ça. J’ignore pourquoi, mais c’est un événement particulier qui se déroule en ce moment. Apparemment, le Maître va assister au cour, même si je n’ai pas vraiment compris ce que cela impliquait réellement. Alors j’ai envie d’être sage. Vraiment.

Quand l’heure arrive, nous rejoignons tous la salle où va se dérouler la matinée. Agrippée au bras d’Arroyo, je la suis en gardant les yeux baissés, ignorant les regards que les autres fleurs posent sur moi, rougissant de honte et de gêne. Les fleurs retirent leurs ceintures dès que les gardes du Pavillon les déverrouillent et chacun va s’installer à sa place. Mes doigts s’enfoncent dans le bras de la jeune femme à mesure que nous nous approchons de notre partenaire du jour. Les battements de mon cœur s’affolent petit à petit et je commence à regarder autour de moi, comme pour chercher une porte de secours. Mais comme toujours, toutes les entrées sont sécurisées et chacun d’entre nous est surveillé. Esman est un garçon d’un an ou deux de plus que moi. Ses cheveux noirs encadrent son visage délicat et son sourire est doux. Néanmoins, le simple fait de le voir me fait peur et je me cache derrière Arroyo sans même y penser. Celle-ci semble soudain contrariée et se baisse pour me caresser le visage, me souriant pour me rassurer. Mon regard passe d’Esman à Arroyo, en s’arrêtant sur Prune, la fleur qui accompagne l’adolescent. Je tente de prendre sur moi alors qu’Ismaë arrive à son tour pour annoncer le début du cours.

Tout va alors très vite. Esman retire son pantalon et mon regard tombe sur son entrejambe. Un glapissement m’échappe et je recule jusqu’à me cogner contre Arroyo. C’est Prune qui lance les hostilités, qui se met à parler pour m’expliquer les choses à faire, qui me fait une démonstration, mais je n’entends plus rien. Mon regard est rivé sur ce qu’elle fait, mais mon esprit est parti totalement ailleurs, se repassant une scène à laquelle j’ai assisté involontairement. Tatalia n’a pas fait exprès de me montrer ça, mais elle n’a pas eu le choix pour éviter Maruk et en tournant la tête, je les ai vu. Les chiens avec les chiennes. Soudain, sans prévenir, je me mets à hurler et à tirer sur le bras d’Arroyo pour m’éloigner. Je me débats pour lui échapper.

« Non ! Non je veux pas ! Laisse-moi ! Je veux pas ! Non ! »

La panique s’empare de moi, remonte du plus profond de mon corps pour m’enserrer la poitrine et la gorge. Les larmes me montent aux yeux. Les fleurs et les bourgeons se sont tournés vers moi mais je n’y fais pas attention. J’entends à peine la voix d’Arroyo tenter de me calmer, me soufflant de me taire.
Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Dim 21 Juil - 11:02
 
L'Art et l'Artisan


30ème jour de Liekki 989. Ce n’était plus comme avant. Il s’en rendit compte sitôt qu’il la vit entrer dans la pièce, cramponnée à sa Fleur, une délicieuse créature à la peau d’ébène parée de tresses et de reflets d’acajou dont il fixa le prix sans même y penser. Oui, elle avait changé.

En vérité, il aurait été absurde qu’il en fût autrement. Si les djinns entraînaient les âmes des pécheurs dans les enfers, nul doute que le Pavillon des Chiens en était l’antichambre. Le Seigneur des Chevaux ne s’y rendait pas souvent mais ses quelques visites suffisaient chaque fois à l’en convaincre. Même maintenant après que presque dix ans de gestion des haras l’ait dépouillé de sa maladresse et de ses angoisses, il ne pouvait y descendre sans se souvenir de l’horreur qu’il avait éprouvé en s’y rendant la première fois, à seize ans à peine. Il ne doutait pas qu’une lune entière passée la-bas pouvait mettre au pas une petite fille indocile, pour peu qu’elle y survive. C’était un risque qu’il avait accepté de courir quand la colère avait quitté son jugement, la laissant là où elle était sans adoucir sa punition après l’y avoir jetée. Si Seylim ou l’enfant qu’elle portait avaient souffert de l’agression de cette furie, il l’y aurait laissée sans l’ombre d’un remord, en aurait fait une chienne pour qu’elle regrette à jamais son geste, à chaque portée qui viendrait grossir son ventre dans la douleur et le viol. Mais rien n’était venu menacer la santé de sa femme et du bébé et la fillette avait survécu, ce qui relevait du miracle après son passage dans la fosse dont il avait été informé par Urû. Elle était retournée au Pavillon du Lys en vie, entière, sans blessure qui aurait pu compromettre son avenir de Perle, et bien plus obéissante que lorsqu’elle y était entrée. Pour Ishüen, la punition avait porté tous ses fruits. Aussi était-il persuadé, contrairement à Reshgrim, qu’elle ne pouvait se montrer insolente sans raison.

Il sut qu’il avait vu juste peu après le début des travaux pratiques. Conformément à son souhait, Ismaë avait préparé pour lui une alcôve masqué par un paravent de bois sculpté, de façon à ce qu’il puisse observer ce qui se passait dans la pièce sans que l’on ne le voit. La matinée était encore jeune et le bassin carrelé où flottait de délicats pétales au centre de la pièce rafraîchissait l’atmosphère parfumée d’encens. Par petits groupes, les Fleurs s’installèrent sur les coussins et les nattes tressées tout autour de la vasque, abandonnant leurs ceintures de chasteté. Le Seigneur des Chevaux s’absorba un instant dans la contemplation des membres graciles, des peaux parfaites, des jeunes corps splendides aux mouvements gracieux qui s’initiaient sous ses yeux à l’art du plaisir. Il songea à ce que pourrait payer nombre seigneurs et dames de sa connaissance pour se trouver à sa place, aux agréables privilèges dont il jouissait en temps que seul homme autorisé à pénétrer dans ce pavillon, puis retrouva son sérieux en voyant s’avancer la fillette et sa Fleur pour s’installer devant lui. Ismaë y avait veillé. Se penchant légèrement en avant, il l’observa avec une attention redoublée et vit très exactement le moment où les choses dégénérèrent.

L’autre bourgeon se déshabilla et la fillette glapit de terreur en reculant. La Fleur put bien expliquer et faire ce qu’elle voulait ensuite, son apprentie ne l’écoutait pas, ne l’entendait pas. Toute son attention était rivée sur le sexe qui s’érigeait lentement devant elle. Ce fut bientôt plus qu’elle n’en était capable de supporter et elle se mit à hurler en tentant de s’échapper. Le Seigneur des Chevaux se releva du siège où il était installé au moment où Montagne repoussait durement Arroyo pour saisir la fillette par le bras.

« Cela suffit. »

Il émergea à la vue de tous. Toutes les Fleurs se figèrent avant de se prosterner fébrilement, le front contre le sol. La jeune Arroyo tremblait de tous ses membres. Ishüen était sûr qu’elle pleurait, ou à peu de choses près. Il la trouva délicieuse. Un sourire effleura ses lèvres, brièvement.

« Je crois savoir le problème de ce bourgeon. Renvoyez-la aux dortoirs pour le moment et poursuivez les travaux pratiques. »
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 12 Aoû - 19:52

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen

Les cris et les grognements emplissent ma tête, me rappellent l’horreur et la douleur auxquelles j’ai assistées. Les visages des femmes déformés par la souffrance alors que les chiens les brutalisaient avec… ça. Si Esman n’a jamais fait preuve de méchanceté ou de cruauté, cela ne veut pas dire qu’il n’en est pas capable. N’est-ce pas ? Alors je crie, je rue et je tente d’échapper à la prise d’Arroyo pour fuir cet endroit et tous ceux qui s’y trouvent. Ce sont tous des monstres ! Des créatures envoyées par les djinns pour me faire du mal ! Je n’entends pas la voix de la Fleur, ni sa propre peur qui s’est immiscée dedans. Il n’y a plus rien qui prend sens en cet instant et mes cris se transforment en hurlement quand c’est la poigne de Montagne qui s’abat sur mon bras, repoussant violemment la jeune femme à mes côtés.

« Cela suffit. »

La voix est dure  et tombe dans la pièce comme un couperet, une seconde à peine avant que le paravent près de nous ne soit repoussé pour faire place à un homme. Prise dans ma panique, je ne le remarque pas tout de suite, préférant me concentrer sur le fait de me dégager de la prise  de Montagne. Autant essayer d’en déplacer une. Alors je finis par me calmer suffisamment pour tourner la tête vers le nouveau venu et je me fige. Mon coeur s’arrête alors que je viens croiser le regard de cet homme. Je ne vois pas les Fleurs se prosterner, je ne vois pas Arroyo trembler de tous ses membres, je ne vois plus Montagne à côté de moi, ni sa grosse main sur mon bras. Je ne vois que cet homme, la source de tout.

Tout est de sa faute. C’est à cause de lui que je suis là, que je suis obligée de faire ça. C’est à cause de lui que Tatalia doit survivre au Pavillon des Chiens, que Vipère doit se battre tous les jours pour se nourrir et rester en vie face à tous ces monstres qui y vivent. C’est de sa faute si les femmes hurlaient de douleur, si je suis enfermée ici avec tous les autres. C’est lui qui m’a arrachée à tout ce que je connaissais avant. C’est lui le Maître des lieux qui autorise le fait que les choses se passent ainsi. Vipère et Tatalia souffrent par sa faute. Ils souffrent et...

Alors un nouveau hurlement m’échappe et je tire de nouveau sur mon bras pour échapper à mon geôlier afin d’aller frapper cet homme qui sourit.

« C’est de votre faute ! C’est de votre faute ! Je vous déteste ! Monstre ! Queue tordue d’Aodh ! Puanteur de chameau ! Allez en Enfer ! Je vous déteste ! »

Et tout en continuant de l’insulter, je cherche à le frapper de mes pieds et de mes poings, même si Montagne m’empêche de l’atteindre.
Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Mer 25 Sep - 18:00
 
L'Art et l'Artisan


Lorsqu'il avait révélé sa présence, le Seigneur des Chevaux ne comptait même pas punir la fillette. Il avait toujours de la rancoeur envers elle en repensant à ses coups de griffes furieux sur la peau brune de son épouse, à la courbe de son ventre qui s’ébauchait à peine. Mais il s’estimait jusqu’ici suffisamment payé par les affres de son séjour dans le Pavillon des Chiens, par toutes les horreurs qu’elle y avait vues et pratiquement subies, il le savait de source sûre. Alors non, il ne comptait pas la punir pour son accès de terreur, pas alors qu’il venait d’en découvrir la possible cause. Du moins, jusqu’à ce qu’elle le reconnaisse.

Le visage de la petite fille se dépouilla de sa peur, se tordit en un masque de rage repoussant et sa bouche s’ouvrit pour vomir un torrent d’insultes à faire rougir les putains de tous les bordels alentours. Les bourgeons et les Fleurs relevèrent vers elle des yeux horrifiés, Ismaë couvrit sa bouche de ses mains chargées de bijoux avec épouvante et Montagne lui-même pâlit, choqué, tournant vers le Maître un regard désemparé quant à ce qu’il convenait de faire après un tel outrage. Arroyo, elle, n’y tint plus et fondit en larmes, le front toujours appuyé contre le marbre du sol. Pendant quelques instants, alors que la fillette reprenait son souffle après ses vociférations, ses sanglots désespérés furent le seul son que l’on entendit dans la pièce avec le doux murmure de la fontaine. Le Seigneur des Chevaux, lui, n’avait pas bougé. Exactement comme la première fois, il considéra l’enfant en silence de son regard métallique, examina en elle tous les nœuds de ce problème qui paraissait insoluble depuis tant de jours. Lorsqu’il parla finalement, sa voix avait le tranchant et la netteté d’un sable revenant de la meule et chacun frissonna en sentant dans l’air son éclat d’acier :

« Réflexion faite, oubliez les dortoirs. La chambre de pitié lui conviendra davantage. Tu peux poursuivre les travaux pratiques, Ismaë. »

Ces ordres mirent fins à la stupeur horrifiée qui paralysait tout le monde. Montagne se ressaisit le premier et affermit sa prise sur le bras de la fillette pour la traîner sans ménagement hors de la pièce, hors du Pavillon, vers les cachots. Contrairement à toutes les fois précédentes, il l’entraîna plus loin dans les profondeurs des geôles, jusqu’à ce que les portes des cellules disparaissent et que ne demeure que le couloir, long, sombre avalant la moindre lumière comme un monstre vorace. La porte de bois vermoulu qui apparut aux yeux de la petite fille après cette galopade ressemblait elle-même à la gueule d’une bête terrifiante, toute prête à la dévorer.  Les têtes des clous qui la recouvraient avaient été limées et elles se dressaient comme autant de piques désireuses de mordre la chair de ceux qui oserait cogner contre son battant. Montagne jeta l’enfant à l’intérieur de la cellule ronde, étonnamment vaste, ne la rejoignit que le temps de l’attacher à une paire d’anneaux encastrés dans le mur. Dans la manoeuvre, il entendit le son infime d’un petit objet léger chutant au sol des replis des vêtements de soie. En se baissant, ses doigts trouvèrent la fragile poupée de Veshar. Montagne la ramassa sans précaution, sans plus prêter la moindre attention à sa captive, puis sortit et ferma la porte. Aussitôt, l’obscurité fut totale. Pas un seul rayon de lumière ne parvenait jusqu’ici. Seul le son chuintant, lancinant et quasi perpétuel de l’air hululant dans une invisible bouche d’aération loin au-dessus de sa tête s’insinuait dans le silence, comme le gémissement d’un damné.

La petite y resta des heures, oubliée de tous. On ne lui apporta ni eau ni nourriture. Nulle lueur, nul son autre que le vent mourant sans fin au-dessus d’elle pour lui donner la moindre notion du temps. Les choses se passaient comme si elle n’existait plus. Le monde avait tout simplement disparu et on l’avait oublié dans l’un de ses débris par mégarde. La chambre de pitié était conçue pour rendre fou ceux qui l’occupaient trop longtemps. Le Seigneur des Chevaux avait songé à l’y laisser quelques jours pour lui apprendre mais il en avait définitivement assez de ce petit jeu. Il fallait mater pour de bon cette impertinente, aujourd’hui ou jamais. Lorsque la porte se rouvrit, moins d’une demi-journée s’était écoulée, le temps pour lui de rassembler les éléments dont il avait besoin. Il entra à la suite de la silhouette massive, du ventre pansu et de la trogne de dogue d’Urû qui lui tenait la porte d’une main, une torche de l’autre. Et de Vipère.

« Je conseille mon Souverain, je contredis mes pairs, je sermonne mes serviteurs et je punis mes chiens quand ils n'obéissent pas. Tu n'es absolument pas une créature obéissante et tu mérites punition mais jusqu'à nouvel ordre, tu n'es pas un chien. Vipère, si. »

Pendant qu’Urû suspendait le flambeau à une torchère rouillée, l’adolescent tomba à genoux au centre de la pièce, le regard baissé. Il n’avait plus grand-chose de commun avec le garçon qui avait protégé la petite fille au péril de sa vie dans la fosse. Pour la première fois peut-être depuis que l’enfant l’avait rencontré, il avait l’air d’un chien. Un chien docile, soumis, animé uniquement par la volonté de son maître. Le Seigneur des Chevaux dépassa sa silhouette prostrée pour faire face à l’enfant, la toisant d’un regard dur. Sa voix résonnait étrangement entre les murs de pierres et donnait un relief menaçant à son mécontentement :

« Cette histoire me navre en vérité. Vipère est un bon chien. Il m'a donné pleine satisfaction jusqu'ici et sa vente s'annonçait très lucrative. Il n'a commis qu'une seule erreur et il l'a commise à cause de toi. C'est pourquoi je te le redis afin que cela soit bien clair : tu es entièrement responsable de tout ce à quoi tu vas assister à présent. »

Après avoir savamment articulé cette dernière phrase, il se tourna vers le maître-chien et aussitôt, ce dernier offrit un sourire immonde à la fillette accrochée au mur. Un sourire qui semblait grouiller de vermines tandis qu’il détachait de sa ceinture des objets à faire froid dans le dos.

« Vipère, tu as interdiction de crier. Urû, commence par le fouet. »
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 28 Oct - 12:33

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen

A force de crier et de me débattre, le souffle me manque rapidement et la fatigue s’empare de moi. Je finis par me calmer quelques instants pour reprendre ma respiration, plongeant ainsi la salle dans un silence profond, seulement entrecoupé par les pleurs d’Arroyo. Néanmoins, je ne fais pas attention à ces derniers, me concentrant uniquement sur l’homme face à moi, posant sur lui un regard noir empli de colère et de rancune. Par sa faute, des gens souffrent, pleurent et subissent de nombreuses choses horribles. C’est de sa faute si tout cela arrive et il s’en fiche. C’est lui le pire de tous. Pire que Maruk, Uru ou Montagne. C’est lui le monstre ! Je tente de me débattre une dernière fois avant que sa voix ne rompe le silence d’un ton tranchant. Je me fige pour regarder le Monstre et je n’ai pas le temps de répliquer que Montagne se ressaisit et m’entraîne à sa suite. Je crie une dernière fois pour la forme mais me tais en sachant pertinemment que ça ne sert à rien. La dernière chose que je vois est le corps prostré d’Arroyo qui n’a pas bougé et mon coeur se serre de culpabilité.

A ma grande surprise, Montagne ne m’emmène pas dans la cellule habituelle et continue son chemin dans le long couloir. Je regarde derrière moi les portes qui s’éloignent avant de reporter mon attention sur ce qui se passe devant. Après ce qui me semble être plusieurs minutes, une porte se dresse devant nous, recouverte de clous pointus. Je blêmis et crie sous la surprise quand mon geôlier me jette sur le sol de la cellule. Je gémis de douleur et relève les yeux vers Montagne, l’observant à travers une mèche de cheveux échappée de la magnifique coiffure que m’a faite Arroyo. J’ai à peine le temps de constater que la pièce n’a rien à voir avec celles que je connais, qu’il s’approche de moi et m’attrape pour m’attacher au mur du fond. Ça aussi c’est nouveau. Le son d’un objet tombant sur le sol me fait baisser les yeux et je peux voir la poupée de Veshar que m’a offerte Vipère. Montagne la ramasse.

« Non ! Non, rends-la-moi ! Montagne, s’il te plait ! »

Mais il ne m’écoute et quitte la cellule en fermant la porte dans un grondement sourd. L’obscurité se fait et je sens les battements de mon coeur me faire mal. Il m’a pris la poupée de Vipère… Choquée, je me mets à pleurer en tentant de tirer sur mes entraves.

Plongée dans le noir et le silence complets, seulement brisé par le bruit du vent au-dessus de moi, j’ignore combien de temps je reste ici, debout accrochée au mur sans la possibilité de faire le moindre mouvement, les bras au-dessus de ma tête. Je ne peux ni marcher, ni m’allonger, ni détendre mes bras, rien. Mes épaules me font rapidement mal et, une fois l’adrénaline due à mon agitation disparue, je commence même à avoir froid. Puis sans prévenir, après un temps indéterminé qui me semble avoir duré des heures, voire même des jours, la porte s’ouvre de nouveau. La lumière d’une torche me fait plisser les yeux avant qu’ils ne s’y habituent et je blêmis en reconnaissant la silhouette massive d’Urû, le gardien du Pavillon des Chiens. Néanmoins, ce n’est pas sa présence qui me surprend le plus, mais celle de Vipère qui avance derrière lui. Hébétée, je le regarde entrer, précédant le Maître qui avance à sa suite. Ce dernier se met à parler et, si je l’écoute d’une oreille, mon regard est fixé sur l’adolescent qui ne m’accorde pas un seul regard. Mais dès qu’Ishüen mentionne la condition de chien de Vipère, je relève les yeux vers lui avant de les reporter de nouveau sur mon protecteur qui tombe à genoux dans la cellule. Il n’a plus à rien à voir avec le garçon de la fosse, qui s’est battu pour me protéger contre tous les autres chiens.

« Vipère ? »

J’essaye de l’appeler, mais il n’a aucune réaction, puis le Maître se place devant moi, le masquant à ma vue. Je lève les yeux vers lui. Les siens sont durs et je frémis.  Ses paroles me font peur. J’ai peur de comprendre ce qu’il veut dire vraiment dire ou ce qu’il va se passer. Ma faute ? Non, ce n’est pas de ma faute, je n’ai rien fait. C’est lui le monstre ! C’est lui qui fait du mal aux gens, qui donnent des ordres. C’est de sa faute. Il se détourne alors et j’ai une expression de peur et de dégoût en voyant le sourire d’Urû alors qu’il montre les objets à sa ceinture et sort un fouet. La suite n’est qu’horreur.

C’est au premier coup que je comprends. Le son du cuir claquant sur la chair me fait frissonner de terreur, résonnant sur les murs de la cellule. Le deuxième coup suit rapidement, puis le troisième… Au début, je ne dis rien, me contente de regarder Vipère. Il a l’air de ne pas avoir mal, mais plus les coups pleuvent, plus son visage se tord de douleur et plus je la vois. Si Vipère obéit et ne crie pas, je peux parfaitement voir sur son visage baissé la douleur qui déforme ses traits, ses poings serrés alors qu’il se retient. Si lui ne pleure pas et ne crie pas, ce n’est pas mon cas. Je finis par craquer bien assez vite.

« Arrêtez ! Arrêtez, vous lui faites mal ! »

Je tire sur mes chaînes comme pour essayer d’aller l’aider, d’aller le protéger, mais c’est vain. Je sens le métal entrer dans ma peau mais c’est tout.

« Je vous en prie, arrêtez ! S’il vous plait… Vous lui faites mal… Arrêtez… »

Les larmes coulent sur mes joues alors que je ne parviens plus à regarder ce qu’il se passe devant moi.
Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 4 Nov - 17:37
 
L'Art et l'Artisan


Il se souvenait de la première fois qu’il avait vu fouetter un homme. Son père et sa soeur était mort depuis trois saisons, il était le nouveau maître tout puissant de Raasfalim et il était terrifié du lever au coucher du soleil. Pendant la visite journalière dans les haras, un grand tumulte avait bourdonné dans l’une des cours intérieures alors qu’on y attachait un esclave fautif quasiment sous son nez. Il s’était senti mal en voyant la peau éclater sous la morsure du fouet. Il n’avait pas dormi de la nuit tant il craignait de voir le dessin de leurs lignes sanglantes sur le dos gonflé et tordu de douleur danser sous ses paupières closes. Ce temps était loin et il n’était plus un enfant mais le Seigneur des Chevaux n’aimait toujours pas la torture. C’était sale, bruyant, souvent répugnant et cela laissait des traces désagréables sur le sol et l’esprit. Mais aujourd’hui, il contemplait sans sourciller, sans dévier le regard la punition du jeune chien couché à ses pieds.


Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 11 Nov - 12:05

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen


Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 11 Nov - 12:39
 
L'Art et l'Artisan



Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 11 Nov - 13:05

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen

Le son de la chair qui crépite s’arrête enfin et, à travers mes larmes, j’aperçois le Maître s’approcher de Vipère. J’ai d’abord peur qu’il le frappe, mais il se contente de lui caresser la tête comme un chien. Je pleure de plus belle. Ce n’est pas de ma faute si Vipère souffre. C’est de sa faute à lui, le Maître de cet endroit, celui auquel tout le monde obéit. C’est lui qui transforme les gens en chiens, qui les abandonne dans des endroits horribles et qui les laisse souffrir. Il se relève pour s’approcher de moi et je tremble sous son regard. Je tire sur mes bras. Ceux-ci me font mal, tout comme mes épaules. Je veux que ça s’arrête. Non, il a tort. C’est lui qui lui fait du mal, qui donne les ordres à Urû, c’est de sa faute à lui. Ce n’est pas moi. Ce n’est pas de ma faute. Ce n’est pas de ma faute. Ce n’est pas de ma faute. Ce n’est… Ce n’est pas… Les visages d’Arroyo et Tatalia apparaissent devant mes yeux. La première a reçu des gifles de Montagne quand j’ai essayé de m’enfuir, a pleuré quand je n’ai pas obéi, a subi les moqueries des autres fleurs quand je suis revenue… La seconde est allée avec Maruk pour me protéger. Vipère est en sang sur le sol, parce qu’il m’a aidée. Je blêmis. Si je n’avais pas été là… ils n’auraient pas souffert… Sans moi, il n’aurait pas mal…

Hébétée, je ne réponds rien, ne réalise qu’à peine l’ordre qu’il donne à Urû avant de s’approcher de moi. Je ne me débats pas quand il attrape mon visage, le relevant vers lui pour me regarder dans les yeux. Je ne dis rien sous ce regard intransigeant, froid, vide de toute émotion. Je tressaille quand il essuie mes joues avec une douceur presque irréelle. Il a raison. C’est de ma faute. C’est parce que je suis là. Silencieusement, des larmes se remettent doucement à couler sur mes joues. Je dois disparaître… Je fais du mal aux gens qui m’aident… C’est de ma faute… J’ignore ce que fait Urû derrière le Maître quand celui-ci lui donne un nouvel ordre. Je ne vois plus rien en dehors du regard en acier du Maître qui entreprend de défaire les menottes qui me retiennent accrochée au mur. D’un seul coup, la douleur dans mes épaules s’atténue quand je récupère mes bras et que je les serre contre moi en les frottant, tentant de faire partir les tiraillements dans mes muscles.

Puis la scène qui se déroule derrière m’apparaît alors. Vipère, les yeux à demi clos, la bouche maintenue ouverte par Urû à l’aide d’une pince et une lame s’approchant de sa langue. Je me fige et écarquille les yeux d’horreur. Sans la main du Maître sur mon épaule, j’aurai peut-être essayé de m’interposer. Je l’ignore. Je lève les yeux une seconde à l’ordre qu’il me donne, les reporte de nouveau sur Vipère et retiens les larmes qui me viennent de nouveau.

Je dois disparaître.

Amir doit disparaître.

Les jambes tremblantes, la fillette s’agenouille sur le sol, tentant d’ignorer encore la douleur de ses muscles. Elle pose les mains devant elle, suivies de son front qui vient rencontrer le sol.

« Sable… Je m’appelle Sable… »

Elle se mord la lèvre.

« Maître… »

Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Mar 19 Nov - 8:58
 
L'Art et l'Artisan

La fillette éplorée fit courir son regard aux deux extrémités de la scène, tremblante comme une gazelle acculée par un lion. Le combat qui se livrait en elle était tellement visible qu’il put en discerner toutes les passes d’armes jusqu’au coup fatidique, la seconde précise où elle bascula, s’effondra sous la sentence finale. Devant lui, l’enfant rebelle qui lui avait causé tant d’ennuis au cours de cette saison disparut dans un sanglot. Vacillant sur ses jambes, le visage maculé de larmes, l’esclave ploya le genou et se prosterna à ses pieds, enfin. Un sourire étira longuement les lèvres du Seigneur des Chevaux.

« Bien. C’est très bien. Enfin tu me contentes. Suffit, Urû. Ramène-le au Pavillon des Chiens et soigne-le. »

Le garde-chiourme relâcha aussitôt l’adolescent et ricana brièvement en le voyant s’effondrer au sol, à bout de forces, le dos ensanglanté. Ishüen se détourna du spectacle sans prêter attention au commentaire graveleux d’Urû sur l’usage que l’esclave pourrait toujours faire de sa langue et partit frapper deux coups brefs sur la porte de la cellule. Montagne l’ouvrit aussitôt et entra dans la pièce, son immense silhouette huilée et son pagne immaculée jurant cruellement avec le sol crasseux et éclaboussé de rouge. Il n’eut besoin que d’un geste pour s’avancer jusqu’à la fillette, sans un regard pour les autres personnes présentes, la relever et l’entraîner par la main à sa suite. Le Seigneur des Chevaux, lui, était déjà parti. Il précéda l’eunuque et l’esclave alors qu’ils retournaient vers le Pavillon des Lys, respira avec bonheur l’air frais et parfumé qui régnait dans les couloirs si joliment décorés et retrouva Ismaë dans une vaste pièce d’où s’échappait une musique rythmée et sensuelle. Les travaux pratiques étaient terminés depuis longtemps et les fleurs pratiquaient leur dernière leçon de danse du jour avant de pouvoir se reposer pour la soirée. Les membres graciles et les voiles transparents épousaient avec grâce les mouvements de la mélodie et Ishüen laissa son regard dériver sur les corps nus et musclés qui ondoyaient comme des rubans de soie tandis qu’il s’adressait à la maîtresse du Lys :

« Je pense qu’il n’y aura plus de problèmes avec elle à partir de maintenant. En revanche, je veux que des dispositions spéciales soient prises pour elle lors des travaux pratiques. Cette enfant a peur des hommes, c’est une affliction qui se soigne. »
« Oh. Effectivement, Seigneur. S’il ne s’agit que de cela, ce ne sera pas un problème encore longtemps. Qui préconisez-vous pour s’occuper d’elle ? »
« Arroyo. Et un mâle très calme et doux. Ibiscus, peut-être. »
« Bien, Seigneur. Il sera fait comme vous l’ordonnez, Seigneur. »


Ismaë s’inclina profondément et, d’un claquement de doigt, appela Arroyo pour qu’elle vienne une fois de plus s’occuper de son bourgeon. La jeune fleur se précipita, les yeux baissés et les épaules tendues par la nervosité. Elle s’effraya un peu en voyant les larmes qui couvraient le visage de l’enfant mais s’efforça de n’en rien montrer et lui prit la main pour l’emmener dans une des salles d’eau. Ce n’est qu’une fois là, alors qu’elles étaient seules, qu’elle nettoyait ses joues et ses poignets blessés par les fers, qu’elle se laissa aller à réprimander la petite fille de sa voix douce et plaintive. On avait depuis longtemps privée Arroyo de la capacité à se mettre réellement en colère :

« Je t’avais dit de rester tranquille. Je t’avais dit que tout irait bien si tu étais sage, mais tu ne m’écoutes jamais, tu ne me causes que des ennuis… Oh je t’en prie, ça suffit maintenant. Il faut que tu arrêtes tout ça. Notre seul moyen de partir d’ici un jour, c’est d’être obéissantes et de plaire à un bon maître. Les choses seront plus simples ensuite… Tu comprends ? Tu comprends vraiment, cette fois ? S’il te plaît, arrête de pleurer… »

Émue par la tristesse de son bourgeon, la jeune fille posa un instant la lavette pour la prendre dans ses bras.

« Là, là, tout ira bien maintenant. Je t’apprendrai à ne plus avoir peur. Je t’apprendrai tout ce dont tu as besoin et tu auras un bon maître plus tard. Il sera gentil et te fera des cadeaux, peut-être même qu’il t’aimera. C’est la meilleure chose qui puisse t’arriver. Si ton maître t’aime, tu ne seras jamais malheureuse… »

Elle continua ainsi un long moment, lui donnant les meilleurs conseils qu'elle pouvait, les seuls qui pouvaient lui sembler utile dans la vie captive qui serait la sienne...
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Ven 29 Nov - 16:51

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen

Le front toujours posé sur le sol, la fillette pleure en silence, n’osant plus bouger de peur que les hostilités envers Vipère ne reprennent malgré l’ordre que le Maître a donné. Tremblante, elle se retient de relever les yeux pour regarder l’adolescent face à elle, qu’elle entend respirer avec difficulté. Elle entend ensuite la porte s’ouvrir quelques instants avant que Montagne ne vienne la remettre debout pour prendre sa main et l’entraîner à sa suite. Ce n’est qu’à cet instant qu’elle s’autorise à poser les yeux sur le jeune homme, toujours recroquevillé sur le sol. Elle blêmit en voyant l’état de son dos et la respiration saccadée qui soulève son corps avec difficulté. Sa gorge se serre et elle détourne les yeux pour continuer de pleurer en silence. Elle ne le sait pas encore, mais c’est la dernière image qu’elle voit de Vipère, ce garçon qui l’a sauvée plus d’une fois depuis son arrivée à Raasfalim.

Le chemin du retour se passe à travers le filtre opaque de ses larmes. La grande main de Montagne agrippe la sienne, la forçant à avancer. Quelques pas devant, le Maître ouvre la marche, les conduisant jusqu’au Pavillon des Lys. La douceur odeur de fleurs les enveloppe alors, remplaçant celle d’humidité des cachots et une musique agréable emplit l’air. Sable remarque à peine les autres fleurs en train de danser, le regard rivé sur le sol avec horreur, comme si elle y voyait encore les déchirures sur le dos de Vipère. La petite fille n’écoute pas ce qu’il se passe au-dessus d’elle, elle n’entend pas l’échange entre le Maître et Ismaë, la tête encore emplit du son du fouet. Elle ne relève brièvement les yeux que lorsqu’Arroyo apparaît à ses côtés pour prendre sa main à la place de Montagne et l’emmener dans une salle d’eau. Sable, puisque tel est son nom désormais, n’offre pas un regard vers les adultes derrière elle et suit la jeune fleur dans les couloirs, frissonnant sous la fraîcheur de la pièce.

Toujours silencieuse et immobile, les larmes continuent pourtant de couler sur les joues de la petite fille, bien qu’Arroyo insiste pour les essuyer et pour qu’elle cesse de pleurer, la réprimandant pour son comportement. Encore une fois, elle n’entend pas les paroles de la jeune fille, elle ne peut pas les entendre, car seule l’horreur continue de hanter son esprit des images horribles du cachot. Quand elle la prend alors dans ses bras, Sable se laisse aller complètement à ses sanglots et se met à pleurer à chaudes larmes, cherchant le réconfort de la fleur, tout en sachant pertinemment qu’elle ne le mérite pas. Arroyo aussi a souffert sa faute, le Maître l’a dit tout à l’heure. Pourtant, elle enfouit son visage dans son cou en pleurant, s’accrochant aux vêtements de l’adolescente.

« Ils lui… Ils lui ont fait du mal… Ils l’ont frappé… À cause de moi… »

Sable finit par la relâcher pour venir frotter ses yeux de ses poings tandis que les sanglots continuent d’entrecouper ses paroles.

« A cause… de moi… Il est blessé… Il n’avait rien fait… Je suis désolée… Pardon… C’est de ma faute…  »

Hésitante, elle relève des yeux rougis et trempés de larmes vers la fleur.

« Toi aussi, je t’ai fait du mal… Pardon… Je le ferai plus… Je suis désolée… »

Les larmes redoublent encore et il lui faut un long moment pour se calmer. Arroyo termine de la nettoyer, de la changer et de libérer ses cheveux du reste de sa coiffure. Ce soir-là, Sable mange très peu et finit par se calmer en s’endormant dans les bras de l’adolescente, d’un sommeil entrecoupé de cauchemars.
Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Mer 4 Déc - 9:31
 
L'Art et l'Artisan

« Non, non petite, c’est terminé, ne pleure plus ! On ne lui fera plus de mal maintenant ! »

Arroyo serra l’enfant dans ses bras, bouleversée par son chagrin. Elle ne comprenait pas la moitié de ce qu’elle disait, de qui ou de quoi elle parlait, mais elle la berça longuement contre elle en lui murmurant des mots apaisants. Elle essuya les larmes sur ses joues en espérant que les siennes ne débordent pas. Cela aurait abîmé son maquillage et sa beauté était la seule protection dont elle disposait en ce lieu. Elle devrait l’apprendre à son bourgeon, cela aussi.

« Maintenant que tu es sage, on ne fera plus de mal à personne. »

~~~

« Dans la lumière de Liekki, je te nomme.
Dans les eaux du Tanwen, je te nomme.
Dans la chaleur du feu primordial, je te nomme.
Puissent-ils veiller sur tes pas et te guider vers un doux avenir
Shensheïla bin Ishüen… »


~~~

« Bien. La leçon est terminée. Reposez-vous, buvez et soignez votre peau. Vous avez quartier libre jusqu’à ce soir. »

Un discret soupir de soulagement s’échappa à l’unisson des poitrines délicates des Fleurs. Les musiciens reposèrent leurs instruments et les danseurs se relâchèrent avant de commencer les étirements. On était au milieu de l’après-midi et la saison de Ruwa faisait peu à peu revenir la chaleur après la fraîcheur d’Eira portée par les vents en provenance de l’ouest. Dans la cour du Pavillon du Lys, le jasmin et les roses étaient tous en bouton et n’attendaient que de répandre leur parfum. En attendant de goûter plus avant aux délices de la saison, les Fleurs suivaient leurs entraînement quotidien sous la direction d’Ismaë et babillaient comme à leur habitude dans la pénombre parfumée des différents salons égayés par le bruit des fontaines.

« Félicitations, Arroyo. Tu étais dans le rythme, cette fois. »
« Je suis toujours dans le rythme, Cornaline. Tu dois confondre avec quelqu’un d’autre. »
« Oh, ne sois pas si hautaine, voyons. Tout le monde sait que tu te trompais tout le temps au début. »


La jeune fille interrompit le mouvement du tissu ciré avec lequel elle frottait minutieusement les cordes de l’oud pour jeter un regard froid à la Fleur rousse et plantureuse qui épongeait délicatement la sueur de sa peau rougie avant de s’étirer, aidée de son bourgeon. Comme tous les résidents du Pavillon, elle était d’une beauté ensorcelante, la bouche pulpeuse et les iris couleur d’eau de mer, émaillés de paillettes d’or qui semblaient s’y être égarées. Mais le petite sourire imperceptiblement suffisant qu’elle affichait ne parvenait pas à masquer complètement une jalousie dont Arroyo n’ignorait rien. Elle la regarda droit dans les yeux pour lui répondre avec un calme imperturbable :

« Si tu es obligée de déterrer mes erreurs passées pour t’en prendre à moi, cela signifie que je n’ai plus grand-chose à craindre de ta part aujourd’hui. Contrairement à toi qui n’es jamais assez souple pendant la danse des voiles. »

Cornaline perdit son sourire et son beau visage souffrit soudain d’une expression mauvaise qui plissa ses paupières, fit trembler ses cils aussi roux que ses cheveux.

« Je ne m’en prenais pas à toi. Mais l’idée devient tentante, je n’aime pas du tout la façon dont tu me parles. »
« Pardon si je t’ai blessée. En ce qui me concerne, je n’aime pas du tout la mesquinerie. »
« Depuis quand es-tu devenue si arrogante ? Ton bourgeon aurait-il déteint sur toi ? »
« Je ne vois pas de quoi tu parles. Sable me sert à la perfection. »
« Ah ! Tu as la mémoire bien courte. Personne ici n’a oublié le nombre de fois où tu as pleuré comme un bébé quand elle te menais la vie dure et perturbais toutes les leçons. »


Arroyo sourit gracieusement devant la bassesse de l’attaque. Cornaline voulait tant être la meilleure des Fleurs qu’écraser ses rivales était le seul moyen pour elle de faire oublier qu’elle n’avait pas les moyens de ses ambitions. Avec une majesté parfaitement étudiée, Arroyo reposa son oud dans son étui et se tourna vers son bourgeon, impeccablement coiffée et habillée, pour lui tendre l’une de ses mains couvertes de bijoux, paume ouverte vers le plafond. Ses yeux rencontrèrent ceux de l’adolescente dont les courbes éclosaient doucement sous sa tunique de soie, augurant autant de perfection et de délices que les boutons de roses du jardin. Aucune peur ne se lisait dans son regard, juste la plus parfaite sérénité. Le temps avait passé depuis le temps dont parlait Cornaline et, si Sable avait encore beaucoup à apprendre, elle exécutait à la perfection tout ce qu’elle savait déjà. Prendre soin des mains d’Arroyo après la musique faisait partie de ce savoir.
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Jeu 12 Déc - 15:36

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen


25 Ruwa 992

Imitant les autres Fleurs, Sable laisse échapper un petit soupir de soulagement à l’annonce d’Ismaë. Les muscles se relâchent et chacun commence déjà à s’étirer. La jeune fille fait de même, ramenant ses bras vers elle un par un peu avant de se baisser pour toucher ses pieds. Son regard glisse vers Arroyo en train de nettoyer les cordes de son instrument. Elle se tient prête à la rejoindre dès qu’elle en émettra le souhait, d’un simple regard que le bourgeon a appris à reconnaître. Concentrées sur leurs étirements, le silence s’est emparé un instant des Fleurs. Certaines s’entraident pour plus de facilité, avant d’inverser les rôles, mais Sable reste seule dans son coin. Même après trois ans de présence au Pavillon, elle garde cette solitude en elle. Peu de ses camarades acceptent de trop s’approcher d’elle, comme si le passé pouvait refaire surface et les contaminer tel une maladie contagieuse. Elle ne s’en offusque pas et se contente d’accepter les paroles agréables de ceux qui sont arrivés après elle.

Sable se remet debout doucement, dépliant sa colonne vertébrale lentement avant de s’étirer vers le ciel, quand la voix de Cornaline lui parvient. Un frisson glacé lui traverse le dos et elle se tourne pour voir la Fleur parler à Arroyo. Elle s’avance discrètement pour venir soutenir cette dernière, attrape son matériel pour s’occuper des mains de l’adolescente. Toutefois, le regard suffisant de l’autre Fleur la fige sur place et Sable se fait toute petite. La jeune femme à la peau noire reste imperturbable face aux insultes, mais son bourgeon, lui, se tend dès que Cornaline fait mention du passé. Honteuse, Sable se renfrogne légèrement. L’attaque est fourbe mais non moins vraie. Même après toutes ces saisons, la jeune fille a honte de ce qu’il s’est passé à l’époque, du mal qu’elle a fait. Aujourd’hui, cela lui semble si loin et elle sait qu’elle a changé, autant par son caractère que physiquement. Son corps a grandi, ses formes ont commencé à naître dès qu’elle a eu son premier sang et elle est devenue un bourgeon obéissant et doué. Néanmoins, les regrets, eux, sont toujours là.

Ce n’est pas la première fois, et sûrement pas la dernière, que Sable et Arroyo font face à ce type d’attaques, mais à chaque fois, la première se sent mal à l’aise, tandis que la seconde sait comment agir: en ne faisant rien. Elle se contente de se tourner vers elle en souriant lui tendant sa main, paume vers le haut, après avoir reposé son instrument. Sable croise son regard, calme, serein, ainsi que son sourire. Elle le lui rend doucement avant d’attraper délicatement ses doigts pour leur prodiguer les soins habituels après plusieurs heures de jeux.

Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Lun 16 Déc - 18:42
 
L'Art et l'Artisan

Arroyo vit le malaise dans les yeux de son bourgeon mais ne dévia pas le regard. Au contraire, elle appuya ce dernier d’un sourire pour la rassurer. Elle n’éprouvait toujours pas la moindre once de peur. Elle savait que dès que Sable commencerait sa tâche, elle serait irréprochable. Et ce fut exactement ce qu’il advint : l’adolescente la débarrassa délicatement les bijoux ouvragées qui couvraient ses doigts, rafraîchit ces derniers à l’eau claire, puis les sécha soigneusement avant de huiler ses paumes et le dos de ses mains. Elle massa ses doigts en s’attardant sur chaque extrémité malmenée par les cordes dures de l’oud, puis remit en place bagues et bracelets. Chacun de ces gestes avaient été exécutés avec une grâce et une précision absolument sans défaut. Le sourire d’Arroyo s’élargit.

« Merci, Sable. »

Lorsqu’elle reposa les yeux sur Cornaline, cette dernière plissa à nouveau les paupières, sentant venir le mauvais coup derrière cette mise en scène. Impériale, la douce voix d’Arroyo prit les inflexions nettes de la mise à mort tandis qu’elle reprenait la parole, semblable à un fouet de velours :

« Je n’ai rien à redire à mon Bourgeon aujourd’hui, Cornaline. Tout comme il n’y a plus rien à redire à mon sens du rythme. Si cela n’est pas le cas pour toi, c’est que tu devrais travailler davantage. »

Cette fois, le visage de Cornaline se plissa en une telle expression de haine qu’Arroyo considéra l’affrontement comme gagné. On ne pouvait pas être victorieux lorsque l’on s’abaissait à montrer une figure aussi laide. Satisfaite, elle acheva de ranger ses affaires et, après avoir remis l’oud à sa place, prit doucement la main de Sable pour l’entraîner vers l’un des nids de coussins où les attendaient déjà Hibiscus et d’autres fleurs avec qui elles s’entendaient. Avant qu’elles n’arrivent à portée de leurs voix, elle se pencha à l’oreille de son bourgeon :

« Ne fais pas attention à ce que dit ce vilain serpent. Le fait que tu aies été indocile au début ne montre que davantage à quel point tu es parfaite aujourd’hui. Ta beauté et ton talent seront tes seules armes pour te défendre quand tu seras fleur et elle est jalouse parce que tu es plus belle et plus talentueuse qu’elle ne le sera jamais. »

Pour son malheur, Arroyo ne savait pas encore à quel point elle avait raison.

La nuit suivant cette altercation étirait ses heures les plus sombres lorsqu’Arroyo se réveilla, tenaillée par une envie pressante. Encore à moitié endormie, elle lutta par paresse pendant quelques minutes contre les signaux de son corps, elle finit par s’extraire du lit le plus silencieusement possible, tâchant de ne pas réveiller Sable, pour se diriger vers la petite pièce attenante aux dortoirs où se trouvait les pots de chambre. Elle n’entendit, ni ne vit la silhouette qui ne tarda pas à la suivre, dissimulée dans l’ombre. Arroyo poussa la porte de bois sculptée quand un choc brutal l’y plaqua, vidant ses poumons de leur air. Avant même qu’elle n’ait le temps d’avoir réellement peur, une douleur cuisante lui brûla la joue gauche, lui arracha un cri. L’instant d’après, la chose inconnue qui l’avait poussée contre la porte s’enfuit aussi vite qu’elle l’avait agressée, Arroyo tomba au sol et tout fut fini. Le coeur battant, tremblant de tous ses membres, elle resta un long moment immobile à tenter de comprendre ce qui s’était passé. La réponse ne vint que sous la forme de la douleur qui pulsait sur tout le côté gauche de sa tête. Le coeur soudain au bord des lèvres, la jeune fleur porta les doigts à sa joue. Le contact poisseux du sang et les bords à vif d’une coupure la plongèrent dans un abîme d’effroi. Elle était blessée au visage. Elle était… blessée… au visage…

Un hurlement déchirant transperça la nuit, brisant la quiétude du Pavillon du Lys.
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Mar 31 Déc - 11:34

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen

Quand Sable termine de prodiguer les soins à la fleur, celle-ci la remercie en souriant et le jeune bourgeon fait de même. Elle aime Arroyo. Cette jeune fille qui l’a prise sous son aile quand bien même elle l’a humiliée de nombreuses fois à ses débuts. Encore aujourd’hui, il arrive régulièrement au bourgeon de s’en vouloir, de regretter cette époque, notamment quand des pestes comme Cornaline le lui rappelle avec autant de méchanceté gratuite. Mais Arroyo est toujours là pour la protéger et la défendre, lui rappeler à quel point elle a changé et jusqu’où elle ira. Alors Sable la remercie du fond du cœur d’un simple regard avant que la jeune femme ne se retourne de nouveau vers l’autre Fleur. Celle-ci fronce les sourcils avant de pâlir face à l’attaque qu’elle subit. Son visage se déforme sous la rage et les deux autres s’éloignent. Sable adresse un dernier regard à Cornaline avant de rejoindre Ibiscus et les autres fleurs. La jeune fille s’arrête un instant en écoutant les paroles d’Arroyo. Elle se sent alors rougir.

« Merci Arroyo. Mais c’est grâce à toi. »

Elle attrape sa main dans la sienne et la serre fort avant qu’elles n’aillent s’installer sur les coussins pour se reposer avec leurs quelques amis.

Durant la nuit qui suit, Sable sent Arroyo s’extraire du lit. La jeune fille gémit un peu dans son sommeil puis se rendort malgré l’absence de la fleur à ses côtés. C’est un hurlement déchirant qui réveille pourtant le bourgeon en sursaut, le cœur affolé. Elle se redresse dans le lit, regarde autour d’elle pour constater qu’elle n’est pas la seule à s’être réveillée brusquement. Constatant l’absence de son amie à côté d’elle, la jeune fille s’extrait du lit à son tour et se précipite vers la pièce à côté dont elle aperçoit la porte ouverte dans l’obscurité. Elle trouve Arroyo recroquevillée sur le sol, en larmes et criant encore. Sable s’agenouille à ses côtés, apeurée et finit par apercevoir la coupure pleine de sang sur sa joue lorsque quelqu’un allume les torches du dortoir. Elle pâlit à cette vision.

Arroyo est blessée au visage. Les exclamations des autres fleurs et bourgeons autour d’elles montrent que tout le monde sait ce que cela veut dire. Sa perfection vient d’être brisée. Jamais la cicatrisation ne fera disparaître entièrement cette marque, c’est impossible. Elle sent les larmes lui monter aux yeux.

« Arroyo… »

Sable prend les mains de la fleur dans les siennes, n’ose pas faire quoi que ce soit d’autre quand bien même elle voudrait la prendre dans ses bras. Puis une pensée lui traverse l’esprit face à l’horreur dont elle est témoin. La jeune fille tourne la tête vers le rassemblement de garçons et de filles. Son regard tombe alors sur Cornaline restée en retrait et ne semblant pas si horrifiée de la situation. Sable sent alors la colère s’emparer d’elle. Furieuse, elle se relève, repousse les autres et se jette sur la fleur pour la frapper au visage à son tour de toute la force dont elle peut être pourvue.

« C’est toi ! C’est toi qui a fait ça ! »

Cornaline crie et se protège de ses bras mais Sable ne s’arrête pas. La frappant et la griffant autant qu’elle peut pour venger Arroyo.

« Espèce de monstre ! Sorcière ! »

Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Dim 16 Fév - 17:34
 
L'Art et l'Artisan

« Amenez-moi Sable. »

L’ordre résonna calmement, avec la netteté d’une goutte d’eau sur la pierre dans une caverne silencieuse. Son écho se propagea le long des couloirs du Pavillon du Lys, anormalement éclairés à cette heure de la nuit, et les murmures frénétiques, les pas pressés qu’il éveilla au fur et à mesure de sa course révélaient bien assez vite à quel point l’apparente quiétude du lieu était factice. La langueur habituelle de l’endroit avait disparu. Seuls demeuraient une sourde tension et un silence lourd, comme l’orage qui retiendrait son souffle. Confortablement installé dans le bureau d’Ismaë où l’on venait de lui apporter du thé en toute hâte, Ishüen soupira en lissant distraitement sa barbe. On lui avait fait un rapport complet des événements, on avait rassemblé pour lui tous les protagonistes et lorsqu’il était arrivé dans le Pavillon, la scène était pour ainsi dire identique à ce qu’elle avait été quand elle était advenue. Arroyo était toujours prostrée au sol pour cacher son visage sans cesser de pousser des gémissements déchirants, Cornaline geignait en essuyant les griffures et le bleu qu’elle arborait sur la joue, et Sable n’avait même pas fini de se débattre entre les bras de Montagne, fixant la fleur rousse avec une haine brûlante au fond des yeux. C’était elle qu’il avait demandé à voir en premier, seul à seule, après avoir su de quoi il s’agissait.

Il avait tout juste bu sa première gorgée de thé lorsqu’elle arriva, sous la conduite d’Ismaë et de l’immense eunuque noir. Il les congédia d’un geste puis lui intima d’approcher. La grâce de ses mouvements souffraient quelque peu des émotions violentes auxquelles elle s’était laissée aller et de l’ombre de peur qu’il devinait dans son regard baissé, ses épaules raidies. Pourtant même ainsi, elle n’avait plus rien de la fillette rétive et bruyante qu’il avait du mater en personne quelques années plus tôt. Depuis, elle avait tenu toutes les promesses qu’il avait décelées dans son corps d’enfant et chaque saison qui passait la voyait devenir plus belle, plus talentueuse et plus chère. Aussi était-il passablement mécontent de la découvrir mêlée à cette sordide affaire qui entachait le fonctionnement bien huilé de ses haras, la perfection raffinée du Pavillon du Lys. Il laissa le silence s’étirer jusqu’à ce qu’elle prenne pleinement conscience de cette irritation, puis parla d’une voix nette et posée. La même qu’il avait employée avant de torturer Vipère :

« On m’a réveillé en pleine nuit pour m’informer que quelque chose de grave s’était produit dans le pavillon du Lys. Je suis donc venu aussi vite que j’ai pu et en effet, tout cela est très grave. Une fleur sur laquelle je fondais de grands espoirs est défigurée et inutilisable, une autre a été battue. Toutes les deux pleurnichent de façon très irritante. Et puis il y a toi, que Montagne devait retenir pour ne pas que tu abîmes davantage ta consœur… »

Reposant sa tasse de thé, il croisa les mains devant lui, à hauteur du menton. Il n’avait pris le temps ni de mettre de bijoux ni de se coiffer et ses longs doigts se chevauchaient avec une élégance où le naturel se disputait à l’étude sans que l’on puisse discerner de vainqueur. Ses cheveux noirs étaient sommairement tressés dans son dos et quelques mèches bouclées s’échappaient autour de son visage, retombant sur ses épaules. L’échancrure de sa chemise laissait deviner l’ossature de ses clavicules, la peau lisse et brune de son torse où la lampe à huile faisait danser des reflets de cuivre. Malgré tout, la lueur d’acier de son regard était aussi vivace et tranchante qu’en plein jour. On aurait dit un fauve s’étirant au réveil.

« Es-tu redevenue le petit scorpion que tu étais, Sable ? Vais-je devoir écraser à nouveau ce scorpion ? Ou avais-tu une bonne raison d’agir comme tu l’as fait ? »
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Sable
Agni
Agni
Sable
Messages : 235
Inscrit.e le : 04/07/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Mar 18 Fév - 11:50

L'Art et l'Artisan

Flashback

Feat Ishüen


Depuis ce fameux jour dans les cachots du Pavillon du Lys, Sable peut se targuer d’être devenue une fleur docile et calme. En dehors de quelques petites contrariétés dérisoires, la colère n’est plus jamais revenue hanter son regard brun et elle a toujours été obéissante envers les personnes autour d’elle. Toujours. Pourtant, une nouvelle rage s’empare d’elle avec tellement de force que ça lui fait presque tourner la tête, tandis qu’elle continue de gifler et griffer Cornaline. La jeune fleur geint et tente de se défendre, sans succès face à l’animosité de son assaillante. Sable ne voit plus rien d’autre que ce beau visage délicat à détruire comme elle a détruit celui d’Arroyo. Plus rien d’autre n’a d’importance que cette petite garce à faire disparaître. La jeune fille ignore combien de temps passe avant qu’elle ne sente deux puissants bras l’entourer pour l’éloigner de Cornaline. Elle tente évidemment de se débattre pour retourner à l’assaut de cette dernière qui s’est reculée et recroquevillée contre d’autres fleurs venues la rassurer. Ce n’est que lorsque la silhouette du Maître apparaît que la jeune fille trouve enfin l’intérêt à se calmer, sans pour autant cesser de lancer des regards remplis de haine vers Cornaline.

Peu de temps après, Sable, entourée de Montagne et Ismaë, arrive dans le bureau de cette dernière, les mains encore tremblantes, pour faire face au Seigneur des Chevaux. Celui-ci congédie les deux adultes et elle se retrouve seule en sa présence, le cœur battant et la peur au creux de l’estomac. Quand elle a appris qu’il voulait la voir, la colère s’est évanouie comme la nuit face au soleil et une peur indicible a pris sa place. Elle n’a jamais eu à lui refaire face comme aujourd’hui, depuis ce fameux jour où il a torturé Vipère sous ses yeux. Penser au jeune homme lui serre le cœur et elle garde obstinément le regard baissé vers le sol, le corps figé face au bureau. Le silence s’étire en longueur, ne faisant qu’augmenter la crainte de l’adolescente face au Maître. Sable tord ses mains devant elle, ignorant la légère douleur qui se faufile sous certains de ses ongles après son attaque sur Cornaline. C’est bien peu face à ce que doit endurer Arroyo en ce moment même. Cette simple pensée refait grimper la colère mais la voix d’Ishüen résonne dans la pièce à ce moment-là. Un long frisson lui remonte le long du dos.

Il relate les faits avec une telle netteté, exprimant ainsi son mécontentement évident, et Sable se remémore les mêmes intonations, dans un autre contexte. Elle frémit et blêmit. Le bruit de la porcelaine le ferait presque sursauter mais elle garde désespérément le regard baissé sur le sol. Toutefois, du coin de l’œil, elle peut apercevoir les ombres danser sur les murs, à la lueur de la lampe à huile. Le jour ne tardera pas à se lever car les nuits sont courtes à Agni, mais pour le moment, l’obscurité règne en maître dans la pièce. La question et la menace sous-jacente la font déglutir difficilement et elle tente de chercher ses mots rapidement.

« N-Non… Je- Sable a agi ainsi car elle sait que Cornaline est coupable d’avoir blessé Arroyo. Elle est jalouse de sa beauté et de son talent. Sable le voit tous les jours. »

Les piques, les gestes déplacés, les remarques désobligeantes et les regards en coin… Sable est discrète mais elle voit tout cela. Toutefois, elle s’empresse de s’agenouiller sur le sol, le front posé dessus.

« Sable présente toutes ses excuses. Elle n’aurait pas dû agir ainsi mais elle était furieuse après Cornaline… Sable supplie le Maître de bien vouloir lui pardonner… Cela ne se reproduira plus… »

Ishüen
Seigneur des Chevaux
Seigneur des Chevaux
Ishüen
Messages : 457
Inscrit.e le : 01/03/2018
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen Aujourd'hui à 11:08
 
L'Art et l'Artisan

S’il devait répondre honnêtement à la question, Ishüen dirait que non, Sable n’était plus le petit animal nuisible qu’elle était à son arrivée aux haras. Il y avait veillé. Il l’avait méticuleusement brisée de ses mains, morceaux par morceaux, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus aucune armure sous laquelle se cacher. Il avait atteint la matière fragile, tendre de son âme, et l’avait remodelée à sa convenance jusqu’à ce qu’elle soit conforme à ce qu’il attendait d'elle. Tout cela au prix de la torture d’un bon chien qu’il avait vendu à très bon prix une fois guéri. Les cicatrices et le regard froid font toujours une excellente impression sur les acheteurs cherchant des combattants aguerris. Sable aussi promettait de combler toutes ses attentes lorsque viendrait sa mise aux enchères. Du moins, si elle était vraiment aussi docile qu’il le pensait. Au vu de sa férocité lorsqu’elle s’était jetée sur Cornaline, il commençait à avoir quelques infimes doutes. Toutefois, il écouta attentivement ses paroles. Une histoire de jalousie, donc. Ce n’était guère étonnant. C’était même le quotidien du Pavillon du Lys. Cela n’avait simplement jamais pris de telles proportions et il s’assurerait que cela n’arrive jamais plus. Dès qu’il aurait tiré cette affaire au clair, le véritable coupable n’aurait pas assez de larmes pour regretter son geste. Cette résolution fermement ancrée dans son esprit, il reporta son attention sur Sable.

À bien y regarder, elle n’était pas plus apprêtée que lui. Aucune trace de maquillage ne venait souligner la pureté ses traits et ses cheveux retombaient en une forêt de boucles sombres autour de son visage, tout juste disciplinés par une tresse que la nuit avait froissée. Elle avait l’air plus jeune que son âge, plus vulnérable, plus réelle aussi. Le genre de beauté juvénile qui se révélait trois fois plus éclatante sans artifice, qui plaisait aux esthètes les plus raffinés. Une simple tunique de soie drapait son corps et les lampes à huile suspendues au mur derrière elle la rendaient quasiment transparente. Mais même sans cela, il pouvait tout deviner de son corps à la seule tension du tissu sur les courbes pleines de ses hanches et de ses seins ronds, sur le grain de ses mamelons visible à travers la finesse de l’étoffe. Rien qu’il n’ait pas déjà vu, en maître tout puissant des lieux qu’il était. Son regard s’attarda néanmoins un long moment sur elle, pensif. De longues secondes de silence où il ne fit rien d’autre que regarder son souffle soulever sa poitrine comprimée entre ses bras, la cadence s’accélérant légèrement à mesure que la nervosité la gagnait. Lorsqu’il leva de nouveau les yeux sur son visage, ceux-ci étaient toujours aussi froids. Et pourtant plus perçants, effilés comme une lame capable de trancher le fragile vêtement de soie…

« Jalouse, dis-tu… Pourtant, tu es la plus proche d’Arroyo. Tu aurais facilement pu l’entendre se lever, la suivre, voire même l’approcher sans qu’elle ne se méfie. Quelles preuves te rendent si sûre de toi pour accuser Cornaline sans la moindre hésitation ? »

Ses mains étaient toujours croisées à hauteur de son visage, masquant sa bouche à la jeune esclave. Sa voix prit des intonations veloutées que toutes les fleurs du Pavillon avaient appris à reconnaître comme la première ombre de la menace…

« Serait-il possible que tu sois jalouse toi aussi, Sable ? »
Codage par Libella sur Graphiorum


L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen - Page 2 Signaishuen2
Contenu sponsorisé
Re: L'Art et l'Artisan • Ft. Ishüen
Revenir en haut
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum